ISATIS ou RENARD BLEU. CANIS LAGOPUS, Linné
CaracrÈRes spéciriQuEs. — Tête courte; museau allongé, noir à l'extrémité; oreilles velues; pattes et plantes des pieds couvertes de longs poils; queue longue, très-touffue; poils du corps longs de 0,5 environ, d'un cendré ou d’un brun très-elair, uniforme, devenant d'un très-beau blanc en hiver ; dessous des doigts garni de poils : cinquième doigt des pieds de devant presque aussi fort que les autres, un peu plus court seulement, avec l'ongle plus recourbé. Jeunes individus tantôt gris très-foncé, tantôt blanc jaunâtre, tantôt marqués d’une ligne dorsale brune, et d’une ligne transversale de la même couleur sur les épaules, lignes qui disparaissent à leur première mue, ce qui leur a fait donner le nom de Renards croisés, déjà appliqué à une variété du Renard ordinaire. Longueur de la tête et du corps, 0",60 à 0",66; de la queue, qui descend jusqu’à terre, 0,35. Hauteur du train de devant, environ 0,32.
L'Isatis, dont les nomenclateurs modernes font leur Vulpes lagopus, est le Pescts des Russes, le Fiatracka des Suédois, le Refr des Islandais, le Graa-rœv des Danois, le Naudi des Finnois, le Melrak des Norwégiens, le Njal des Lapons.
Get animal se trouve sur tout le littoral de la mer Glaciale et des fleuves qui s’y jettent, et, partout au nord du soixante-neuvième degré de latitude; il est surtout commun en Islande, dans le Groënland, vraisemblablement au Spitzherg, et peut-être même dans le nord de l'Amérique. Les Isatis ont une singulière habitude, et qui est unique parmi les Carnassiers; ils émigrent, en grand nombre, du pays qui les a vus naître, dès que le gibier dont ils se nourrissent ordinairement vient à manquer. En général, ces émigrations ont lieu vers le solstice d'hiver, et les émigrants descendent parfois au delà du soixante-neuvième degré; ils n’y fixent pas leur domicile et n'y creusent pas de terriers, quoiqu'ils y restent quelquefois trois ou quatre ans, mais jamais plus. Passé ce laps de temps, pendant lequel Le gibier a dû se repeupler dans leur patrie, ils y retournent.
Comme le R enard, lIsatis est rempli de ruses, de hardiesse, et enclin à la rapine. Sans cesse il est occupé, pendant la nuit, à fureter dans la campagne, et quelquefois on l'entend chasser avec une voix je tient à la fois de l’aboïement du Chien et du glapissement du Renard. Il a, sur ce deruier, l'avan-
tage de ne pas craindre Peau, et de nager avec la plus grande facilité; aussi se hasarde-t-il souvent à traverser les bras des rivières ou les lacs pour aller chercher, parmi les joncs des îles, les nids des Oiseaux aquatiques. Mais sa nourriture ordinaire consiste en Rats, en Lièvres et en divers petits animaux. Quoique vivant dans les contrées les plus froides du globe, l'fsatis se tient cependant dans les lieux découverts et montueux, et non dans les vastes forêts de pins qu'on y rencontre. Ses ter-
ricrs sont profonds et étroits, tapissés de mousse, et très-propres. L'accouplement a lieu au mois de mars, la chaleur dure quinze jours, et la gestation un peu moins de deux mois.
La fourrure des lsatis est très-recherchée, très-précieuse, et constitue une branche de commerce considérable; aussi fait-on une chasse à outrance à ces animaux. M. Boitard donne quelques détails à ce sujet, et nous croyons devoir les transcrire ici, à cause surtout de leur originalité. « S'il arrive à un chasseur de prendre un ou deux très-jeunes fsatis, il les apporte à sa femme, qui lesallaite et les élève jusqu'à ce que leur fourrure puisse être vendue. Les voyageurs prétendent qu'il n’est pas rare de trouver de pauvres femmes qui partagent leur lait et leurs soins entre leur enfantet trois ou quatre Renards bleus. La portée des femelles est composée de sept à huit petits. Les mères blanches font leurs petits d’un gris roux en naissant, et les mères cendrées font les leurs presque noirs. Vers le milieu du mois d'août, ils commencent à prendre la couleur qu'ils doivent conserver toute leur vie. En septembre, ceux qui doivent être blancs sont déjà d'un blanc pur, excepté une raie sur le dos et une barre sur les épaules, qui noircissent encore: on les nomme alors Krestowiki ou Croisés. En novembre, ils sont entièrement blancs; mais leur pelage n’a toute sa longueur, tout son prix, que depuis décembre jusqu’en mars. Les gris prennent leur couleur plus vite; ce sont les plus précieux, surtout quand cette couleur est d'un gris ardoisé tirant sur le bleuâtre. La mue commence en mai et finit en juillet. A cette époque, les adultes ont la même livrée que les nouveau-nés de leur couleur, et ils parcourent des phases de coloration absolument semblables. » Ces variations de couleur suivant les diverses époques de l'année, et aussi quelques diflérences de coloration individuelles, ont fait appliquer des noms différents à certains individus de cette espèce; tels sont les Cuuis lagopus fuscus, cæruleus, Fr. Cuvier, et fuliginosus, Richardson.
D’après De Blainville, l'Isatis semblerait avoir laissé des traces de son existence ancienne, et cela dans la faune paléontologique même de Paris; en effet, le Canis Montis martyrum de quelques anatomistes, ou Canis Parisiensis de plusieurs autres, décrit pour la première fois par G. Cuvier, parait devoir lui être rapporté. Ce fossile consiste en une demi-mächoire inférieure du côté droit, découverte dans le gypse de Montmartre. En comparant les fragments de cette mâchoire, on trouve les plus grands rapports avec le Canis lagopus, quoique indiquant un animal un peu plus fort; ainsi la proportion de la dent principale, et des deux dernières avant-molaires, la position du trou mentonnier postérieur au-dessous de la troisième avant-molaire, la forme presque aiguë de l'apophyse angulaire, et même la forme peu convexe du bord inférieur, sont comme dans le Canis lagopus : seulement, il y a plus de force en général, et surtout l’apophyse coronoïde est notablement plus large. Ce rapprochement parait très-probable; mais, s’il n’est pas exact, on doit au moins en conclure que le Canis Parisiensis était très-voisin de l'Isatis.
Il. ESPÈCES D'AMÉPIQUE.
18. RENARD ARGENTÉ. CANIS ARGENTATUS. Et. Geoffroy Saint-Ililare.
CaracrÈRes spÉCIFIQUES. — Formes du Renard; pelage entièrement de couleur noire, à laquelle se mêle, dans plusieurs points, et en plus ou moins grande quantité, quelque peu de blanc; extrémité de la queue presque tout à fait blanche; devant de la tête et flancs blanchâtres; quelques poils terminés de blanc dans ies parties noires du pelage; poil laineux, très-épais et très-fin, d'un gris presque noir; pattes et museau couverts de poils courts; yeux jaunâtres; quelquefois une tache blanche sous le cou. Longueur de la tête et du corps, 0°,70.
Cette espèce, à laquelle Gmelin donnait la dénomination de Canis Lycaon, et que G. Cuvier nommait Renard noir, nous présente encore l'exemple d’un animal qui a passé d’un continent dans l'autre, car, s'il habite principalement le nord de l'Amérique, on le trouve aussi dans le Kamtchatka, comme l'affirment Krakenninikof et Lesseps.
Ia les mêmes mœurs que le Renard; mais, comme il est plus grand et plus fort, il est également
plus courageux, et ne craint pas d'attaquer des animaux d'une certaine grosseur. On assure que, lorsqu'il peut s'approcher d’un troupeau, il a la hardiesse d'enlever, malgré les cris des bergers, les Agneaux ou Chevreanx qui lui conviennent; mais cela parait être une exagération. Sa fourrure est moins estimée que celle du Renard blec: elle a, néanmoins, du prix.
La ménagerie du Muséum en a possédé un vivant, et il avait les habitudes du Renard. Ainsi que ce dernier, il marchait la tête et la queue basses, et, quoique très-bien apprivoisé et assez doux, il gardait un amour de liberté qui a fini par le faire mourir dans la tristesse et le marasme. Lorsqu'on le contrariait, il grognait comme un Ghien en montrant les dents, et il eût été dangereux de Le toucher dans ses moments de mauvaise humeur et de tristesse. Il exhalait une odeur très-désagréable, mais qui ne ressemblait pas à celle du Renard. Il paraissait beaucoup souffrir de notre température d'été.
Fix. D4 — Renard d'Amérique