‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 4)Chapitre 51 sur 129 · RENARD VARIÉ. CANIS VARIEGATUS. Rüppel · texte numérisé non relu

RENARD VARIÉ. CANIS VARIEGATUS. Rüppel

CaRaCTÈRES SPÉCIFIQUES. — Pelage d'un fauve jaunâtre en dessus, blanc en dessous; sur le dos et sur la queue, il y a des mèches noires formées par des poils plus longs que les autres.

Habite la Nubie et l'Égypte.

Ces trois espèces semblent au moins voisines, et ne sont peut-être que des variétés d'âge et de sexe d'une seule et même espèce.

Fig. 56. — Renard d'Égypte.

À ces espèces africaines, les zoologistes en ajoutent encore quelques-unes que nous nous bornerons à citer; telles sont les :

4° Vulpes riparius, Hempring et Ehrenberg, de Nubie; 2° Vulpes pygmœus, Hempring et Ehrenberg, du même pays; 3° Vulpes dorsalis, Gray, du Sénégal;

4° Vulpes Caama, Smith, du cap de Bonne-Espérance.

CARNASSIERS. 93 Nous pouvons encore citer comme ayant été placées dans le même sous-genre et la même division, puisqu'ils proviennent tous d'Afrique :

1° Le MécaLoris où Rexarn De Derazanne (Canis melagotis, À. G. Desmarest), type du genre Méca- LOTIS Où ÜTocxoN:

2 Le Fenxec ou Zero (Canis cerdo, Gmelin);

3° Le RexarD D'AFRIQUE (Canis famelicus, Creutzchmar), qui constitue, avec le précédent, le genre FENNEC;

4° Le Rexarp pe Dennan (Canis funecus, Denham), qui doit probablement rentrer dans le même groupe générique. :

Nous reviendrons plus tard sur ces diverses espèces de la tribu des Caniens, ainsi que sur le Canis pictus, A.-G. Desmarest, type du genre CyxnyÈxe, parce que nous les considérons comme formant des groupes génériques différant de celui des Caiexs ou Canis.

Fig. 57. — Renard gris.

En décrivant le Chien ordinaire, le Loup, le Ghacal, le Renard et l'Isatis, nous avons parlé des traces fossiles de diverses espèces découvertes dans le sein de la terre; dans nos généralités sur le genre Chien, nous avons aussi donné, en quelques mots, l’histoire paléontologique des Chiens; il nous reste maintenant à compléter notre travail en faisant connaître les différentes espèces de Canis fossiles connues aujourd'hui, et qui n’ont pas leurs analogues dans les espèces qui vivent à l'époque actuelle.

1° Canis gypsorum. — G. Guvier a rapporté à une espèce du genre Chien une première phalange trouvée dans la pierre à plâtre de Montmartre, et qui indique un animal de grande taille; De Blainville pense qu'il y a du rapport entre cet os et ceux du Cunis campestris, quoiqu'en même temps il ait de l’analogie avec un Felis.

2% Canis Viverroides. — De Blainville désigne sous ce nom un fragment de màchoire inférieure trouvé dans le gypse du terrain tertiaire de Montmartre, et que G. Cuvier considérait comme appartenant au genre des Genettes; il y joint, mais avec doute, une dent carnassière trouvée par M. Charles D'Orbigny dans l'argile plastique des environs de Paris. .

5° Canis brevirostris. — M. l'abbé Croizet à créé sous cette dénomination une espèce fondée sur deux fragments de mâchoire supérieure et de mâchoire inférieure, découverts dans les alluvions sous-volcaniques d'Auvergne. D'après De Blainville, ces débris fossiles indiqueraient l'existence d'une espèce de Chien, intermédiaire aux Chacals et aux Renards, rapprochée des espèces de Chiens à pouce court, et, du reste, ne pouvant être confondue avec aucune d'elles.

4° Canis Issiodorensis. — C'est encore M. l'abbé Croizet qui, le premier, a indiqué cette espèce, d'après deux fragments provenant de la montagne de Perrier, près d'Issoire, et de celle de Saint-Géran. Ces morceaux consistent en deux fragments de mächoire inférieure, qui constituent une espèce assez voisine de la précédente, mais en étant cependant distincte.

b° Canis Neschersensis. — M. Croizet à également trouvé cette espèce, et son nom indique la paroisse d'Auvergne dont il est le curé. Cette espèce repose sur un côté gauche de mandibule, presque complète dans sa branche horizontale, et armée de sa canine et des cinq molaires intermédiaires, c’est-à-dire qu'il ne manque que la première et la dernière, dont il ne reste que l’alvéole. De Blainville regarde cette mandibule comme appartenant à une espèce de Canis, différente des deux précédentes. mais comme tout à fait semblable au petit Loup des montagnes, encore existant aujourd'hui dans les Pyrénées.

6° et 7° Canis Juvillacus et medius. — M. Bravard désigne sous ces noms deux espèces de Chiens découvertes à Juvillac, en Auvergne, et consistant en un assez grand nombre d'os; la deuxième, même, est fondée sur une tête assez complète.

8° Canis Borbonulus. — Espèce également créée par M. Bravard, découverte à Ardé, en Anvergne, et qui se rapporte probablement au Canis megamostoides de M. Pomel.

9 Canis Pacivorus. — De Blainville regarde comme une simple espèce de ce genre le fossile que M. Lund a indiqué sous la dénomination de Spæothus Pacivorus, et qui provient des cavernes du Brésil. Cette espèce repose sur une mâchoire supérieure qui a quelque analogie avec les Canis cancrivorus et prunmævus, et doit probablement son nom au grand nombre d'os de Paca qu'on a trouvés dans les mêmes cavernes.

Nous pourrions encore citer les Canis Tormelii et Buladi, Croizet et Jobert, des environs d’Issoire, en Auvergne, et le Canis propagator, Kaup, du diluvium du Rhin.

La plupart des auteurs rapprochent aussi des Canis le genre fossile des Amphicyon, que, d'après De Blainville, nous avons mis dans la famille des Petits-Ours, auprès des Blaireaux. (Voyez, volume [‘' des Carnassiers, page 236.)

De Blainville regarde le groupe des Æyænodons comme n'étant qu'un sous-genre des Canis, et y range les {f. leptorhinchus et brachyrhynchus. Mais, selon la manière de voir de G. Guvier, et celle plus récente de M. Laurillard, nous ne nous en occuperons pas maintenant, et nous en parlerons en traitant des Didelphes.

Enfin, c’est à tort que l’on a rapproché de ce genre les groupes fossiles des Agnotherium, Kaup, et celui des Cainotherium, Bravard; ce dernier surtout n'étant, en quelque sorte, qu'une simple subdivision des Anoplotherium.

2me GENRE. — FENNEC. FENNECUS. À. G. Desmarest, 1804. Tableau méthodique dans le tome XXIV de la première édition du Dictionnaire d'Histoire naturelle édité par Deterville,

Nom spécifique transporté au genre.

CARACTERES GENERIQUES Système dentaire : incisives, £ canines, 1; molaires, 5, c'est-à-dire ayant la formule générale des Chiens. En effet, ce système dentaire se rapproche beaucoup de celui des Renards : les incisives sont un peu plus larges proportionnellement: les avant-molaires sont dans le même cas, triangulaires,

plus larges à la base, surtout celles d'en bas; la carnassière supérieure a ses deux lobes externes presque égaux, à talon interne plus prononcé, tandis que lu carnussière inférieure est plus soulcvée à sa partie antérieure, plus aiguë, plus insectivore dans son lobe externe postérieur; la dernière tuberculeuse, en haut comme en bas, est plus petite que celle qui la précède.

Museau pointu.

Oreilles très-ampies, beaucoup plus développées que celles des Renards.

Yeux gros.

Pieds propres à la marche, digitigrades, à quatre doigts

Ongles crochus, aiqus, non rétracules.

Taille très-petite.

Forme élancée.

Aueun animal, peut-être, n'a soulevé, autant que le Fennec, de polémique parmi les naturalistes. On en a fait tantôt un Chien, tantôt un Galago, tantôt le type d’un groupe générique distinct, et, enfin, on semble porté aujourd'hui, et probablement avec raison, à l'indiquer comme une des espèces de la subdivision des Renards.

Bruce, le premier, a signalé cet animal, qui, depuis, a été décrit, en Suède, par Brander, d’après l'individu même que Bruce avait vu. Sparmann, dans son Voyage au Cap de Bonne-Espérance, le considéra trop légèrement comme appartenant à l'espèce d’un petit animal des sables de Camdebo, près du Cap, qu'il ne décrivit pas suffisamment, dont il fit une espèce de Chien, et auquel il attribua le nom de Zerda. Pennant, Boddaërt et Gmelin, adoptant ensuite ce rapprochement, ont donné les noms de Canis zerda et de Canis zerdo à l'animal de Bruce, que Brander regardait, de son côté, à plus juste raison, comme une espèce de Renard. D'après les traits de la description publiée postérieurement par Bruce, dans son Voyage en Lybie, Blumenbach considéra le Fennec plutôt comme appartenant au genre des Civettes qu'à celui des Chiens. À. G. Desmarest avait également pensé, d’après les mêmes données, que cet animal était le type d’un genre particulier de Carnassiers, qu'il rapprocha dans sa Mammalogie du groupe naturel des Chats. [liger l’a placé dans l’ordre des Carnassiers, à côté des Hyènes, et il a donné, sur la dentition de cet animal, des détails que ne lui ont certainement procuré ni les descriptions de Bruce et de Brander, ni celle de Sparmann sur son Zerda. Et. Geoffroy Saint-Hilaire a récusé entièrement l'opinion d'Illiger; et, discutant la description de Bruce, qui lui paraissait imparfaite et mexacte, il a pensé y trouver assez de renseignements pour établir que le Fennec, loin d'être un Carnassier, n’était qu'un Galago : le nombre des molaires (que l’an ne connaissait pas d'une manière parfaite lorsqu'il écrivait son travail), la présence des canines, les grandes dimensions des oreilles. la longueur de la queue, la grosseur des yeux, la petitesse de la taille, le genre de nourriture et la vie nocturne, semblaient fournir les motifs qui militaient en faveur de cette hypothèse. Mais, aujourd'hui que lon connaît plus complétement le Fennec, dont on n'avait guêre précédemment que des peaux mal conservées ou quelques débris incomplets du squelette, aujourd'hui que l’on en a vu plusieurs individus vivants en Europe, et que la Ménagerie du Muséum en possède même un en ce moment, l'opinion d'Et. Geoffroy Saint-Hilaire n'est plus admise, et l'animal qui nous occupe est bien définitivement rangé parmi les Carnassiers digitigrades, et doit y former une subdivision distincte, à moins même, ce qui est plus probable, qu'il ne rentre dans le genre Chien, sous-genre des Renards.

L'espèce typique de ce genre est le :

FENN C. FENNECUS BRUCEI. A.-G. Desmarest.

CaracTÈRES SPÉCIFIQUES. — Pelage d'un joli roux isabelle en dessus, avec une tache fauve placée devant chaque œil; le dessous du corps blanchâtre; la base et le bout de la queue noirs. Taille petite, et moindre que celle des Renards.

La synonymie de cette espèce est très-embrouillée. Bruce, le premier, lui appliqua le nom qu'elle porte vulgairement, celui de Fennec, quoiqu'elle soit quelquefois désignée sous celui de Zerdo.

Gmelin en fit son Canis cerdo; À. G. Desmarest, son Fennecus Brucei; Lesson, son Fennecus xerda; Leach, son Canis Saharensis; Leuckart, son Canis pygmwæus; Griffith, son Canis megalotis; Blumenbach, son Viverra aurita, et Iliger, son Megalotis zerdo; enfin, Buffon l’'indiqua sous la dénomination d'Animal anonyme.

Fig 58 — Fennec de Bruce,

D'après De Blainville, on devrait probablement rapporter au Fennec plusieurs figures des tombeaux égyptiens, qui ontété données, par M. Rosellini, dans son grand ouvrage sur les monuments égyptiens.

Bruce donne de ce Mammifère la description suivante : « Ce Fennec avait six pouces de longueur, depuis le bout du nez jusqu'à l'origine de la queue; celle-ci avait cinq pouces un quart, et le bout trés-noir dans la longueur d’un pouce environ; celle de ses pattes de devant, mesurées depuis la pointe de l'épaule jusqu’à l'extrémité des doigts, était de deux pouces sept huitièmes; celle de la tête, depuis la pointe du museau jusqu'à occiput, de deux pouces; celle des oreilles, de trois pouces trois huitièmes. Ses oreilles avaient un pli en dehors de leur base, et leur face interne était couverte d’un poil très-doux, blane et touffu sur le bord, et d’un poil rare et couleur de rose dans le milieu; leur largeur était d’un pouce et demi, et leur conque avait beaucoup d'ouverture; l'œil était d'un bleu foncé, et la prunelle était très-grande et très-noire. Les moustaches étaient roides et épaisses, et le bout du nez était pointu, noir et très-lisse; les dents canines et celles de devant étaient longues et exirèmement pointues, et il y avait cinq molaires de chaque côté; les jambes étaient minces, et les pieds très-larges, et divisés en quatre doigts noirs, longs et crochus; ceux des pieds de devant étant beaucoup plus crochus que ceux de derrière; tout le dessus du corps était couvert d’un poil blanc roussâtre ou couleur de crème; le poil du ventre était plus blane, plus doux et plus long. Il y avait plusieurs mamelles, qu’on ne pouvait compter à cause de la vicacité de l'animal. La queue, qu'il étendait rarement, était couverte d’un poil plus rude que le restant du corps. »

Métis de Lion et de Panthère.

PI

La collection de la Société zoologique de Londres possède un squelette de cet animal, et M. Yarrel en a donné la description.

Le Fennec monte sur les arbres avec la plus grande facilité; il se plait surtout à grimper sur les Dattiers, dont il aime, dit-on, à manger les fruits. Mais il fait surtout la chasse äux petits Mammifères et aux Oiseaux, et recherche les œufs de ces derniers. De son habitude de monter sur les arbres, et de ce qu'il ne peut embrasser les branches avec ses petits membres, on en a déduit que les ongles devaient être à demi rétractiles ou même tout à fait rétractiles; et, de ce que sa nourriture consistait en matières végétales et animales, on a dû soupçonner que ses molaires devaient différer de celles des Chiens, et se rapprocher davantage de celles des Insectivores, c'est-à-dire qu’elles devaient être à couronne tuberculeuse. Le Fennec dort la plus grande partie de la journée, et ce n’est que le soir qu'il sort de son gite pour satisfaire son appétit. Sa physionomie est fine et rusée, et ressemble beaucoup à celle du Renard. I porte ses oreilles droites, et ce n’est que lorsqu'il est effrayé qu'il les couche en arrière. Il se prive aisément; et l'on peut, aujourd’hui, être témoin de ce fait en étudiant l'individu qui vit depuis quelques mois à la ménagerie du Muséum, et à laquelle il a été donné, en 1851, par M. Ducourt. Ce Fennec provient du grand désert du nord de l'Afrique; son aspect général rappelle tout à fait celui d'un Renard, et ses oreilles ne semblent même pas aussi démesurément grandes que l'avaient annoncé les naturalistes. Il est d’une grande douceur, aime à ce qu'on le flatte, et vit en assez bonne intelligence avec un jeune Chien qu'on lui a donné pour compagnon de captivité. Il n'a pas une nourriture exclusivement carnassière, car il ne repousse pas les fruits ou gâteaux qu'on lui présente. ’

Cette espèce, dont Bruce a vu trois individus de variétés différentes à Tunis, à Alger et à Sennaar, se trouve fréquemment dans le territoire des Arabes Beni-Menzzahs, et Werglahs, ancien pays des Mélano-Gétulés, et aussi, dit-on, mais beaucoup plus rarement, dans la province de Constantine. Les Arabes de ces contrées le chassent pour en avoir la fourrure, qu'ils envoient vendre à la Mecque, d’où elle passe dans l'Inde. On le trouve aussi en Nubie et en Égypte; mais il est très-rare partout.

Une seconde espèce propre à ce genre est le RexarD D'ArriQue (Canis famelicus, Rüppel; Fennecus famelicus, Lesson), propre à la Nubie et au Kordofan. Dans cet animal, qui a beaucoup d’analogie avec le Fennec, les oreilles sont moins longues; la tête est jaune, et le corps gris, ainsi que les deux tiers de la queue, qui est blanche à l'extrémité.

Enfin, une dernière espèce est le Fennec pe Dexat (Vulpes Denhamii, ou Canis fennecus, Denham), qui diffère du Fennec par son pelage d’un roux blanchâtre uniforme, seulement plus päle en dessous; son dos brun blanchâtre uniforme; son menton, sa gorge, son ventre et les parties internes de ses cuisses et de ses jambes, blancs; son museau noir. Il se trouve dans Afrique centrale, et n’est probablement pas distinct du l'ennee ordinaire.

5% GENRE. — OTOCYON. OTOCYON. Lichstenstein, 1838. In Wiegmann Archiv., tom, IV.

Q;, oreille; xvov, Chien

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Système dentaire : incisives, À; canines, =; molaires, ZX; en totalité, quarante-deux dents, d'où il résulte qu'il y a, à chaque mâchoire, deux dents de plus que dans le genre Canis, et, en outre, on peut remarquer que les dents sont plus omnivores que dans le groupe que nous venons de nommer.

Oreilles très-larges et très-longues, égalant presque la tête, avec un double rebord à leur bord inférieur externe.

Jambes plus grandes que celles du Renard.

Tête petite.

Queue très-fournie.

ce? 45

Le genre Otocyon de Lichstenstein, qui correspond au genre Megalotis (ueyas, grand; w:, oreille) de Bennett, et qui a pour type une espèce de Chien, le Canis megalotis, À. G. Desmarest, du Cap de onne-Espérance, est parfaitement caractérisé par le nombre de ses molaires plus considérable que dans les véritables Canis. Dans ce genre, la disposition omnivore est au minimum, non-seulement parce que les carnassières sont tout à fait au minimum en elles-mêmes, mais aussi relativement aux tuberculeuses, dont le nombre est augmenté aux deux mâchoires: d'où il résulte que le système dentaire de ce groupe a une certaine analogie avec celui de quelques Petits-Ours. Les incisives ont assez peu le caractère de celles des Canis, en ce que les supérieures sont petites, presque égales, espacées et entières, peut-être cependant par usure; mais les inférieures sont bilobées; les canines de même, et n'étant pas plus comprimées, ni carénées, que dans les Renards. Les avant-molaires sont à peu près dans le même cas, seulement elles sont plus petites, moins espacées, que dans les espèces du genre Chien; mais elles croissent graduellement de la première à la troisième, sont tout à fait simples et triangulaires en haut comme en bas, et seulement un peu plus étroites inférieurement. C'est surtout dans la forme de la principale ou carnassière d'en haut, et de la première avant-molaire ou carnassière d’en bas, que les différences commencent à être marquées. Elles consistent en ce que, en haut, la partie antérieure de la dent, c’est-à-dire sa partie carnassière, a considérablement augmenté d’étendue, puisqu'elle constitue la dent entière, celle-ci n'étant cependant pas plus large que la première tubereuleuse, et qu’en bas cette carnassière, moins changée et moins réduite toutefois, est devenue presque insectivore; les trois pointes ou tubereules pointus de la moitié antérieure étant également soulevés, et le talon étant entièrement formé de deux pointes. Quant aux tuberculeuses, au nombre de trois à chaque mâchoire, celles d'en haut sont tout à fait semblables à celles des Caais, sauf qu’elles décroissent sensiblement de la première à la dernière, ayant deux denticules presque égaux en dehors, et un large talon en dedans. Celles d'en bas décroissent encore plus rapidement : les deux premières à deux collines transvérses, bicuspidées, et la dernière à peu près de même forme, mais la colline postérieure réduite à n'être qu'un petit talon.

Le squelette de F'Otocyon a été décrit avec soin par De Blainville dans son Ostéographie, etcet auteur a montré que l’ensemble des os rappelle évidemment celui d’un petit Renard, mais encore plus grêle et plus élancé ou élevé sur pattes, et avec une queue plus courte et plus rapidement eflilée. Les apophyses épineuses des vertèbres dorsales sont plus étroites que dans les Renards, et ne vont pas en s'élargissant en arrière : celles des lombaires sont également plus étroites et plus inelinées en avant; etles transverses d’une gracilité extrême, la dernière étant peut-être la plus large. La série sternale, ainsi que les côtes, scntabsolument comme dans les Vulpes. L'omoplate est peut-être un peu plus haute, un peu plus étroite, et sa crête très-élevée, surtout vers sa terminaison. L’humérus est certainement plus long, plus droit, en un mot plus semblable à celui des Chats; mais sans crête épicondylienne, sans canal interne, et même sans trou médian à son extrémité inférieure : l'articulation est, du reste, en double poulie comme dans les Canis. L'avant-bras est encore plus long que le bras. Le radius tès-courbé, et le eubitus presque tout à fait postérieur, soudé même dans sa moitié supérieure, et trés-grèle dans le reste. Le carpe est comme dans le Renard; mais la main est beaucoup plus allongée, surtout dans les métacarpiens, qui sont d’une longueur et d’une gracilité tout à fait particulières. Les premières et les secondes phalanges sont assez bien comme dans le Renard, mais les onguéales sont encore plus longues, plus comprimées et plus aiguës. Les membres postérieurs présentent des différences à peu près de même intensité. Le bassin est proportionnellement plus long, et son angle antérieur et inférieur est plus arrondi. Le fémur est long, arqué, comprimé en haut et moins en bas. Les os de la jambe sont plus grêles, et le péroné entièrement soudé au tibia dans sa moitié inférieure. Le pied est encore plus long, plus grêle et plus serré que dans le Renard, avec le pouce également plus rudimentaire. Mais c’est surtout la tête qui offre le plus de différence, quoiqu'elle rentre cependant très-bien dans la forme de celle des Renards, et surtout du Renard argenté. Elle est seulement encore un peu plus allongée, l'espace lyriforme supérieur étant plus large, l'orbite est aussi plus circulaire et plus complète dans son cadre par plus de longueur des apophyses orbitaires. L'os du nez est moins fortement bifide; le trou sous-orbitaire est plus avancé; la pointe médiane du bord palatin beaucoup plus longue; l'apophyse ptérygoïde interne plus petite; le trou auditif plus grand; l'apophyse anguleuse de la mandibule plus large, plus arrondie, de manière à ce que Pos mandibulaire est presque droit.

L'espèce unique de ce genre est le :

OTOCYON A GRANDES OREILLES. OTOCYON MEGALOTIS. Lesson.

Caracrères spéciFiQuEs. — Pelage gris de fer, très-légèrement teint de fauve; une ligne de poils plus longs que les autres, et noirâtres, le long du dos; oreilles grises en dehors, avec le bout noir, et bordées de petits poils blancs; queue très-touffue, noire, avec du gris seulement à la racine; tête grise, jusqu'au bout du nez, ainsi que le chanfrein, noirâtre; ventre d’un blane sale; les quatre pattes noires. Le pelage étant, en général, plus laineux que celui des Chiens. Sa taille est moins considérable que celle du Renard ordinaire.

Cette espèce a reçu, d'A. G. Desmarest, la dénomination de Canis megalotis; Desmoulins lui a appliqué celle de Canis Lalandi, tirée du nom du naturaliste voyageur qui l'a trouvée le premier, et M. Hamilton Smith, qui la range dans sa subdivision des Agriodus auriti de son sous-genre Chien, le nom de Megalotis Lalandü, enfin, c’est l'Otocyon Cafer de Lichstenstein.

Elle habite les environs du cap de Bonne Espérance. et, dit M. Boitard, la Cafrerie.

Fig 59. — Zcrda de Lalande.

C’est auprès de ce genre, et à côté de celui des Hyénoïdes, que vient se ranger le genre Prinæœvus de M. Hogson, fondé sur une espèce de Canis, propre aux monts Himalayas et aux pays des Mahrattes, le Cniex pes Himarayas, Canis primævus, Hogson; Canis Dukhunensis, Sikes; Primævus buansu, Lesson, qui se fait distinguer par quelques particularités de son système dentaire et de son ostéologie.

Dans cet animal, nommé Chien primitif par M. Hogson, parce qu'il pense que cette espèce a pu être la souche sauvage du Chien domestique de tout le versant méridional des Himalayas, et même du Dingo de la Nouvelle-Hollande, la tête osseuse est remarquable. En effet, quand on la compare à celle d'un Loup, on observe qu’elle s’en éloigne assez fortement par sa brièveté et la déelivité presque sans courbure de son chanfrein pour se rapprocher de celle du Chien crabier et peut-être encore mieux de lyène, formant ainsi quelque chose d’intermédiaire entre les Caniens et les Hyéniens. Elle est large

et courte dans ses deux parties, sans coup de hache ni relèvement frontal, les os du nez sont plus larges; les prémaxillaires plus courts; les orbites moins grandes, plus longues et un peu plus complètes dans leur ordre. La caisse est moins renflée, et la mandibule à quelque chose d'intermédiaire à celle du Loup et à celle du Chien crabier, étant un peu plus en bateau que dans celui-ci, et cependant ayant le coude assez marqué, et lapophyse angulaire presque comme dans celui-là.

Dans le système dentaire, on voit que l'étendue de la carnassière supérieure est proportionnellement au maximum de ce qu'elle est chez les Chiens, puisqu'elle dépasse notablement celle des deux tuberculeuses, dont la dernière est même très-petite, à peine triquètre; mais, de plus, en bas, cette même dernière tuberculeuse n'existe plus, et la carnassière est d'une largeur plus grande que dans aucun Canien, surtout en proportion avec l'unique tuberculeuse presque ronde. Au reste, les incisives, les canines, les avant-molaires et les principales sont comme dans le Loup et dans les autres espèces de Canis de grande taille.

ue GENRE. — CYNHYÈNE. CYNHYÆNA. Fr. Cuvier, 1829. Dictionnaire des sciences naturelles.

Kvowv, Hyæna, qui ressemble à l'Hyène et au Chien

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Système dentaire comme celui des Chiens, e’est-à dire composé de canines, © incisives, —;

molaires, 5; mais présentant le petit lobe cn avant des fausses molaires moins prononcé.

Veux gros, saillants.

Pupille arrondie, diurne.

Pieds ne présentant que quatre doigts seulement; le pouce manquant en avant comme en arrière.

Tète grosse.

Museau large.

Queue touffue, longue.

Ce genre, l'un des plus curieux de la famille des Carnassiers, sert à établir le passage des Caniens aux Hyéniens; en effet, il a le système dentaire des premiers et la conformation digitale des seconds, ce qui fait qu'on l'a rangé tantôt dans l’une, tantôt dans l’autre des deux tribus que nous venons de nommer; quoique réellement il ait plus de rapport avec les Canis qu'avec les Hyæena.

Temminck rangeait la seule espèce qui entre dans ce groupe dans le genre Æyæna, sous la dénomination d'A. picta, et Burchell en fit sa Z1. venatica. Ruppell désigna le même animal sous le nom de Canis pictus, et Griffit sous celui de Canis tricolor. Enfin, Fr. Cuvier, le premier, la regarda comme devant être le type d'un genre distinct, qu'il nomma Cynhycæna, et M. M. Smith le désigna comme une subdivision de son sous-genre Canis, qu'il nomma Lycaon. Ce genre est généralement adopté, mais la dénomination en a été changée en celle d'Hyévoïne (Hyenoies\, assez généralement admise aujourd'hui, et adoptée par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire.

De Blainville, dans son Ostéographie, donne les détails suivants sur cet animal remarquable : «Nous devons d'abord faire observer que, comme cette espèce n'a pas le singulier pénis des Chiens, ni même la bilobure de la racine du bord postérieur de l'oreille, nous ne voudrions pas assurer que, malgré la similitude complète du système dentaire, le squelette de cet animal fût réellement celui des Canis, de manière qu'il est, à leur égard, la contre-partie du Megalotis. Nous n'avons vu, en effet, qu'une partie de la tête osseuse d’un seul individu de sexe inconnu. Cette tête est encore plus courte, plus brusquement déclive, du moins depuis le front, que dans le Canis primævus, ee qui fait supposer que Le rapprochement de celle des Hyènes est encore plus grand. Toutefois, la gouttière fronto-nasale est très-forte, plus que dans aucune autre espèce de Canis, et, par conséquent, autrement que dans les Hyènes, où il n'y en à pas de traces. Les os du nez sont assez bien, comme dans le Canis prinuevus, larges surtout dans leur moitié supérieure. On peut en dire autant du bord

palatin, et même de la mandibule, qui, sauf plus de largeur pour le premier, de force et de brièveté pour la seconde, sont assez bien intermédiaires à celui-ci et au Loup. Du reste du squelette je n’ai pu étudier que les extrémités, et même sans le carpe ni le tarse complets; cependant il m’a semblé qu'il y avait au moins autant de rapprochement à faire avec la Hyène qu'avec le Loup, le pouce n’étant ni plus ni moins rudimentaire en avant qu’en arrière. »

Le système dentaire de l'Hyénoïde est en tout semblable à celui du Loup, sauf plus de rapprochement et plus de force pour chaque dent. Toutefois, la proportion de la carnassière supérieure, et les deux tubercules qui la suivent, n’est pas plus à l'avantage de celle-là que dans le Loup ordmaire, puisqu'il y a égalité; et que la dernière tuberculeuse est, proportionnellement avec la première, trèspetite, et sensiblement plus que dans le Loup. À la mâchoire inférieure, il y a moins de différence, si ce n’est dans la troisième incisive, proportionnellement plus petite, et dans la première avant-molaire, plus haute, plus aiguë, ainsi que dans les denticules antérieurs et postérieurs des deux autres et de la principale, qui sont évidemment plus prononcés, même dans un sujet dont les carnassières sont assez usées.

Fig. 60. — Iyène lycaon.

L'espèce type et unique de ce genre est le :

HYÉNOIDE. CYNAYÆNA PICTA. Temminck.

CaracrÈnEes spéciriques. Pelage très-varié; en effet, sur un fond grisâtre se dessinent, d’une manière plus ou moins tranchée, des taches blanches, noires, d’un jaune d’ocre foncé, très-irrégulièrement parsemées et mélangées, quelquefois assez larges, d’autres fois très-petites, toujours placées sans ordre et sans nulle symétrie : et ces taches variant beaucoup, non-seulement sur les parties cor-

respondantes du même animal, mais encore d’individu à individu. La queue est touffue, blanche au bout, et descend jusqu'aux talons. La taille est celle du Loup ordinaire.

Fr. Cuvier donne la description suivante d’un individu qu'il a pu observer avec soin : « Tête noire; front, calotte, derrière des yeux et dessus du cou, jaune roussâtre; côtés du cou d'un brun noirâtre; dessous d'un gris brun, avec un large demi-collier blane vers le bas; épaules, dos, flanes et ventre, noirs; une large tache rousse derrière le haut de lépaule, et deux taches blanches en avant; quelques taches de roux sur les côtés du corps; jambes blanches, avec une tache rousse derrière le coude, bordée d’une ligne noire, qui se termine vers le bas par une tache de même couleur, dont le centre est roux : celle-ci suivie d'une tache semblable, au-dessous de laquelle se trouve encore une tache noire, mais pleine; une autre tache noire en rose, et à centre roux, vers le haut du devant de la jambe, suivie de deux plus petites taches pleines; croupe variée de roux et de brun; cuisses et haut de la jambe bruns, avec deux fortes taches blanches : l'une au mulieu de la cuisse, et l’autre à la partie postérieure du genou; bas de la jambe et partie antérieure de la cuisse roux, avec quelques taches noires; un anneau noir au talon; tarse blanc; doigts noirs, ainsi que quelques taches sur les côtés du tarse; queue rousse à l’origine, puis blanche, ensuite noire, et, enfin, blanche à la pointe; dessous du corps noirâtre: intérieur des jambes de devant blanc, avec quelques taches et quelques lignes noires; celui des postérieures roux pâle sur la jambe, avec quelques ondes noires obliques vers le bout; tarse blanchâtre; une tache en rose, noire, et roussâtre au centre près du talon, oreilles grandes, ovales, noires, avec de petites taches roussâtres; poil assez court, excepté sur la queue, qui est touffue vers le bout. »

La description donnée par Temminck ne se rapporte pas entièrement à celle que nous venons de rapporter, et cela démontre les variations individuelles que nous avons indiquées.

M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire indique un fait des plus importants relativement à cet animal «Un voyageur très-digne de foi, dit le savant professeur que nous venons de nommer, qui a vu vivant un individu de cette espèce, nous a assuré qu’il tenait dans un état habituel de flexion, non pas seulement, comme les Hyènes, les membres postérieurs, mais aussi, ce qu'on n’a encore observé chez aucun autre animal, les membres antérieurs. »

Gette espèce habite le midi de l'Afrique, c’est-à-dire le cap de Bonne-Espérance, le Kordofan, la Nubie et l'Abyssinie.

Avec le courage du Chien, l'Hyénoïde a la voracité des Hyènes, ce qui la rend très-dangereuse pour le bétail. Elle se réunit en troupe plus ou moins nombreuse, et ose alors se défendre contre le Léopard, et même contre le Lion. Elle aime à se nourrir de voirie et de cadavres corrompus, et, pour satisfaire ce goût, elle a la hardiesse de pénétrer, pendant la nuit, dans les cours des fermes, et même dans les villages, où elle vient ramasser les immondices jusqu'aux portes des maisons. Malgré cela, elle ne se livre pas moins avec ardeur à la chasse des Gazelles et autres espèces d’Antilopes. Dans ce cas, plusieurs Hyénoïdes se réunissent en meute, et poursuivent leur gibier avec autant d'ordre et de persévérance que nos meilleurs Chiens courants, et en plein jour. Lorsque l'animal est pris ou forcé, elles le dévorent toutes ensemble sans se quereller; mais elles ne souffrent pas qu'un animal carnassier d’une autre espèce vienne leur disputer leur proie, et c’est alors que, comptant sur leur courage, sur leur nombre et sur leur force collective, elles osent résister au Léopard et au Lion. Faute de gibier, les Hyénoïdes attaquent parfois les troupeaux, les Moutons surtout, et même les Bœufs et Chevaux quand elles les trouvent isolés; mais aucun fait ne constate qu’elles se soient jamais jetées sur les hommes. Comme les Hyénoïdes ont presque toujours été confondues, par les voyageurs, avec les Hyènes, il est possible que quelques-uns des traits de leurs mœurs et de leurs habitudes, que nous venons de signaler, d’après M. Boitard, ne s'appliquent pas exclusivement à elles.

. Le genre Protèle, que nous décrirons dans la tribu suivante, est rangé, par De Blanville, dans le groupe naturel des Chiens et placé à côté du Cynhyène.

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