QUATRIÈME TRIBU
HYÉNIENS. HYENII. Isidore Geoffroy Saint Hilaire,
Molaires alternes, à couronne au moins en partie tranchante. Tuberculeuses nulles où rudimentaires.
Membres plus ou moins allongés, fortement digitigrades. Corps surbaissé en arrière.
Le genre des Hyæna, auquel on joint un groupe générique nouvellement décrit, forme la tribu des Hyéniens de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, qui correspond à celle des Hycænina de M. Gray, et, en partie, au genre Hycæna de De Blainville.
Cette tribu est voisine de celles des Caniens et des Féliens; mais elle se distingue principalement de l'une et de l’autre par son corps surbaissé en arrière, ainsi que par l’aspect tout particulier des animaux qui y entrent; en outre, tandis que les tuberculeuses sont nulles ou rudimentaires chez ces animaux, comme chez les Féliens, chez les Caniens, au contraire, il y a toujours deux tuberculeuses au moins en haut et en bas. Quelques auteurs varient sur la position que l’on duit assigner à cette tribu dans la série mammalogique; les uns commencent par elle la division des Carnivores, et placent à la suite la tribu des Caniens,; les autres la rangent après les Viverriens, et comme joignant ceux-ci aux Féliens, enfin, il en est, et à leur tête vient se placer M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, qui mettent les Hyéniens entre les Caniens et les Féliens : nous adopterons cette dernière manière de voir.
L'espèce typique de cette tribu, la Hyène rayée, est connue depuis longtemps, et citée par les Grecs et les Romains; mais les autres n’ont été indiquées que dans des temps beaucoup plus récents.
Le régime diététique des Hyéniens est encore la carnivorité; mais ces animaux ne sont pas carnassiers à un degré aussi prononcé que les Chats, en effet, les Hyéniens semblent préférer les matières animales putréfiées, qu’elles vont rechercher jusque dans les charniers et les cimetières, et il semble que ce n’est que par exception qu'elles s'emparent d’une proie vivante, et alors même elles ne chassent que des animaux de petite taille, et qui n'offrent pas beaucoup de résistance. Les Protèles semblent avoir le même genre de vie, mais, en outre, ils se nourrissent de jeunes animaux, et surtout de la matière grasse qui se trouve dans la loupe caudale des Moutons à grosse queue, qui ne sont pas rares, surtout dans les fermes, dans les pays qu'ils habitent. D’après cela, on voit que ces animaux ont, en quelque sorte, usurpé la réputation de férocité que l'on se plaît en général à leur donner, et qui ne leur est probablement venue que de leur aspect farouche, et qui semble être sanguinaire. Loin d’être redoutables, les Hyènes se voient parfois en liberté dans les rues des villes d'Orient, où elles vont à la recherche des matières animales en putréfaction.
Deux genres seulement entrent dans cette tribu; ce sont ceux des Hyxèxes, créé par Brisson en 1756, ayant quatre doigts à tous les membres, et Pnorèces, fondé, en 1824, par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, ayant cinq doigts en avant et quatre en arrière.
On n’en connaît qu'un très-petit nombre d'espèces actuellement vivantes, cinq au plus : trois se rapportant au genre Hycæna, et une, peut-être deux, au genre Proteles; mais on a décrit sept à huit espèces de Hyènes comme s'étant trouvées à l’état fossile.
Les Iyéniens vivants habitent diverses parties de l'Afrique, principalement les environs du cap de Bonne-Espérance, et plus rarement l'Abyssinie, l'Égypte, la Nubie, la Barbarie, le Sénégal; mais, en outre, il en est une espèce, la Æyæna vulgaris, qui se trouve non-seulement dans ces diverses régions, mais dont l'habitat s'étend aussi dans une portion de l'Asie, particulièrement dans la Perse et dans l'Inde.
Les espèces fossiles sont plutôt propres à l'Europe, et ont surtout été découvertes, en France, dans les cavernes du Midi, ainsi que dans quelques-unes de celles de l'Allemagne et de l'Angleterre; cependant, M. Lund en a signalé aussi des traces, en Amérique, dans les cavernes du Brésil; et MM. Baker et Durant, dans les monts Himalayas.
Quelques auteurs joignent à cette tribu des animaux que nous avons compris avec les Caniens; tels sont les genres Cynhyæna où Hyénoïdes, ayant pour type le Canis pictus, et l'AGuraGuaza ou Lour noucE (Canis jubatus), dont Wagler a fait le type d'un genre particulier, celui des Cynailurus, qui n’est généralement pas adopté.
Fig. 61. — Hyène tachetée.
4er GENRE. — PROTÈLE. PROTELES. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, 1824. Mémoires du Muséum, tome XI.
Héc, devant; terres, complet.
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Système dentaire : incisives, Ÿ; canines, 4; molaires, =; en totalité trente-deux dents, qui ont unc disposition anormale.
Formes générales des Hyènes.
Tête plus allongée.
Museau fin, presque conique, et, sous ce rapport, se rapprochant de celui des Chiens et des Civettes.
Membres antérieurs à cing doigts : le dernier, ou le pouce, peu développé, où rudimentaire.
Membres postérieurs à quatre doigts seulement disposés comme ceux des Hyènes.
Langue douce.
Pelage composé de poils, les uns courts, doux, et les autres longs, rudes; quelques-uns formant une crinière sur le dos.
Les Protèles se rapprochent beaucoup des Hyènes, des Chiens de la subdivision des Renards et des Civettes; aussi est-ce avec ces trois genres de Mammifères qu'on a généralement comparé l'espèce typique, découverte assez récemment au cap de Bonne-Espérance, par Delalande, et avee lesquels on les a successivement placés, jusqu'à ce que M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire en ait fait, à juste raison, un groupe générique particulier.
Au premier coup d'œil, le Protèle frappe par sa grande ressemblance avec l'Hyène; ses formes générales sont les mêmes; ses membres postérieurs, fléchis sur eux-mêmes, semblent, comme dans ce genre, beaucoup plus courts que ceux de devant : c'est surtout avec l'Hycena vulgaris que le
Proteles Delalandi a le plus d'analogie par sa forme et par son pelage, offrant sur un même fond de coloration de semblables rayures transversales. On pourrait dire la même chose d'un autre animal que nous avons étudié dans la tribu des Caniens, celui des Cynhyènes ou Hyénoïdes, qui a avec le Protèle d'assez nombreux rapports; mais, toutefois, on trouve de nombreuses différences entre les uns et les autres. Ainsi, sans parler maintenant de leur système dentaire, qui est assez caractéristique pour les uns comme pour les autres, on peut observer que la tête, au lieu d’être ramassée comme dans les Hyènes, est légèrement plus svelte, et remarqüable par ses proportions élégantes; le museau, au lieu d'être obtus et comme tronqué, est plus allongé, assez fin, en sorte que la tête du Protèle, dans son ensemble, ressemble à celle de la Givette, et même un peu à celle du Renard. Les membres antérieurs sont pentadactyles comme chez les derniers Carnassiers que nous venons de nommer, et le pouce n'est que rudimentaire comme chez les Chiens proprement dits; les membres postérieurs sont tétradactyles comme dans les Hyènes : l’étymologie du nom de ce genre rappelle la particularité que nous venons de signaler relativement au nombre des doigts des pieds de devant, qui sont complets, comparativement avec ce qui a lieu chez les Hyènes, où on ne trouve plus que quatre doigts seulement. Le carpe et le tarse sont disposés comme chez les Hyènes, c'est-à-dire que, tandis que chez la plupart des Carnassiers les os métacarpiens sont plus courts que les métatarsiens, ici tout le contraire a lieu, et le pied antérieur est au moins aussi grand que le postérieur. Les ongles sont forts, robustes, pointus. Le pelage est composé de poils assez nombreux; les uns courts, doux, et les autres plus longs et très-rudes; en outre, on remarque sur la partie dorsale du corps une crinière très-forte; la queue est très-touflue.
Fig. 62. — Protile de Delalande.
Un des points les plus intéressants de l'histoire des Protèles se trouve dans l'étude de leur système dentaire, et c'est en même temps un des sujets qui a le plus occupé les naturalistes modernes. G. Cuvier, qui s'en est occupé le premier, dit n’avoir eu en sa possession que des crânes n'ayant que des dents de lait, petites et usées, parce que les dents persistantes, ajoute-t-il, avaient été retardées, comme il arrive assez souvent aux Genettes: de sorte que, pour lui, les dents de cet animal, à leur état normal, devaient ressembler à celles des Civettes et des Genettes, et, d’après cela, il fit du Protèle une espèce de Civette. Cette explication hypothétique n'a pas été confirmée, et M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (Wagasin de Zoologie, 1841) à démontré, au contraire, que le système dentaire du jeune âge persistait, et qu’il se présentait de la même manière à l’âge adulte; en outre, suivant lui, le Protèle adulte, aussi bien que le jeune Protèle, n'a pas un système dentaire de Viverra, etses molaires ne sont comparables à celles d'aucun autre Carnassier, car il faut descendre jusqu'aux
Edentés et aux Cétacées pour trouver sur les arcades maxillaires un ensemble de dents aussi sim- €?
ples; de plus, ces molaires simples se trouvent associées avec des incisives et des canines parfaitement analogues, par leur fornie et leur disposition, comme par leur nombre, à celles des autres Carnassiers, 6e qui est très-remarquable et unique dans la série zoologique. Enfin, De Blainville, tant dans les Annales d'Anatomie et de Physiologie que dans son Ostéographie : fascicule des Canis, regarde le système dentaire des Protèles comme présentant, dans l’ordre des Carnassiers, un exemple d'anomalie constante. En effet, pour lui, les dents des Protèles sont anomales; il y en a presque toujours quelques-unes qui, tout à fait rudimentaires, restent cachées dans la gencive; parfois même il y a de vieux individus qui manquent complétement de l'une des molaires. Quoi qu'il en soit, le système dentaire des Protèles se compose, en général, de six incisives, deux canines à chaque mâchoire, etde quatre molaires tant supérieurement qu'inférieurement. Suivant De Blainville, il serait possible de trouver daus le système dentaire de la mâchoire supérieure de ces animaux les six molaires des Chiens, en considérant comme une seconde avant-molaire une plus petite dent que la première, mais de même forme, qui se trouve d’un seul côté, entre cette première et la seconde, et sur un seul crâne de la collection du Muséum d'Histoire naturelle de Paris: mais il serait plus difficile, sinon impossible, de trouver sept molaires pour la mâchoire inférieure. En haut, les incisives, en demi-cerele assez avancé, sont petites, bien rangées, et un peu plus subégales que dans le Loup, et toutes les trois épaisses et régulièrement bilobées à la couronne. La canine est assez forte, conique, peu comprimée, assez pointue. Les molaires sont complétement anomales de nombre et de forme : elles sont au nombre de quatre seulement, petites, débordant à peine la gencive, et très-espacées. Une première avantmolaire à une seule racine longue, conique, un peu courbée, portant une couronne simple, conicoobtuse, un peu comprimée, en forme d’incisive. Une seconde avant-molaire de même forme à peu près à la couronne, mais évidemment plas grosse et plus haute, à deux racines peu séparées. Une troisième plus basse, probablement la principale, et qui est subtriquètre à deux et peut être trois racines connées, sans talon postérieur et triangulaire, subtranchante. Après un intervalle, qui sans doute représente la place de la première tuberculeuse, vient la quatrième molaire, réelle de forme, presque triquètre, presque ronde à la couronne, él souténue probablement par trois racines connées, et la plus petite des quatre. En bas, les trois incisives, un peu déclives, subtransverses, bien rangées et subégales, courtes, épaisses, sont sans doute bilobées, ce qui est certain pour la première, du moins dans le jeune âge. Les canines sont comme celles d'en haut, assez fortes, coniques et très-divergentes en dehors, ce qui donne à l'extrémité de la mandibule quelque chose de celle de certains Sangliers. Les molaires, au nombre de quatre, S'entrecroisent avec les supérieures, de manière que l'extérieure est entre la première et la seconde d'en haut, la seconde entre la seconde et la troisième, et les dernières entre celle-ci et la quatrième : elles vont assez loin en décroissant de grandeur de l’antérieure à la postérieure. Après un intervalle en forme d’échancrure semi-lunaire, et tranchant sur ses bords, la première, la plus élevée, la plus déjetée en dehors, est triangulaire, simple à la couronne, et probablement à une seule racine. La seconde un peu moins haute, mais légèrement plus large, à couronne triangulaire, est certainement pourvue de deux racines serrées, et d’une sorte de talon. La troisième est un peu plus petite que la seconde, mais de mème forme et également à deux racines. Enfin, la quatrième, la plus petite et la dernière, formée de deux parties presque égales, l'antérieure, cependant, un peu plus grande, n'a véritablement qu'une seule racine. Les molaires de lait du Protèle sont normales, quoique celles d'adultes ne le soient que très-difficilement; en effet, elles sont au nombre de trois, disposées comme dans les autres espèces. Une première avantmolaire à deux racines en haut comme en bas, une principale plus forte, mais assez bien de même forme; enfin, une arrière-molaire complexe à trois racines et à couronne formée de ces deux parties. Les alvéoles sont des plus singulières, d’abord par leur petitesse et ensuite par leur disposition, semblables, pour les incisives, à ce qui à lieu chez les Chiens, mais espacées et difficilement perceptibles pour les molaircs.
En examinant son système dentaire, on voit que le Protèle manque de dents propres à la mastication dans son état adulte, aussi bien que dans son jeune âge; que dès lors il doit avaler sans mächer; qu'il ne peut probablement, comme les animaux du groupe naturel dans lequel il entre, celui des Hyéniens, et des Caniens suivant De Blainville, déchirer une proie vivante, et doit conséquemment se nourrir de matières molles, de chairs putréfiées ou de la chair de jeunes animaux, qui est moins dure que celle des animaux adultes. I paraîtrait, en effet, ainsi que le rapporte M. Burchell, que le Pro-
tèle attaque les Moutons à grosse queue, et qu'il recherche surtout la loupe graisseuse qui forme la plus grande partie de la queue de ces Ruminants, et cela est en rapport avec leur système dentaire, car, pouvant déchirer la peau avec leurs canines, ils emploient ensuite facilement pour leur nourriture la matière semi liquide dont se compose la loupe graisseuse.
Le squelette du Protèle a été décrit avec soin, par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, dans les Mémoires du Muséum, et par De Blainville (Ostéographie : fascicule des Canis), auquel nous empruntons les détails qui vont suivre. « Considéré d'abord dans son ensemble, et comparé avec celui de la Civette, du Loup et de l'Hyène, il est évident que ce squelette a beaucoup plus de ressemblance avec celui des Chiens qu'avec l’un des deux autres, par la brièveté du tronc, surtout dans la région lombaire, et par celle de la queue, ainsi que par l'élévation des mains et des pieds, qui sont certainement dans la proportion ordinaire des Canis. La tête, courte et large, et par là assez différente de celle du Loup, rappelle, au contraire, un peu la forme du crâne du Chien crabier d'Amérique, par la manière dont le chanfrein, doucement arqué dans toute son étendue, tombe, en s'excavant légèrement en avant, pour former un museau raccourci. On peut même reconnaitre une certaine analogie dans la manière dont se produisent la crête occipitale et l'intervalle supérieur des fosses temporales. Vais on trouve des différences assez grandes dans la forme des os du nez, bien plus scaléniformes, le sommet supérieur très-aigu, et la base plus large et oblique; dans l'orbite, plus circulaire, plus complète dans son cadre, par l'avance presque égale des deux apophyses orbitaires, et surtout de celle du jugal, qui, lui-même, est plus large et plus court, et ressemble un peu à ce qu'il est dans les Felis. La mâchoire supérieure est également singulièrement large, et cela dans tous les os qui la constituent. Ainsi, l'apophyse ptérygoïde interne, très-saillante, est un peu dolabriforme; le palatin et le maxillaire, par leur grande étendue, forment une voûte palatine à bords parallèles, remarquable par sa largeur et son excavation, se rétrécissant assez peu aux prémaxillaires, dont la branche montante est courte et très-aiguë. Cette forme de la fosse osseuse du Protèle et de ses mächoires, même à l'extrémité, rend assez difficile de concevoir la comparaison qui en a été faite avec celles du Renard et de Ta Civette. Cet élargissement du museau et du palais a nécessairement déterminé quelque chose de semblable dans l'appendice maxillaire inférieur : il commence, en effet, par une caisse considérable, contre laquelle s'applique, d’une manière fort serrée, un os mastoïdien très épais. Le squammeux est court dans son apophyse jugale; mais celle-ci S'écarte fortement en dehors, afin que les branches de la mandibule se disposent de manière à correspondre aux bords maxillaires, C'est-à-dire à former, par leur écartement, une sorte de parachute ou de fer à Cheval très-ouvert, au sommet duquel la mandibule se rétrécit presque subitement dans une partie de la symphyse pour s’élargir transversalement à sa terminaison. Chaque côté a, du reste, assez bien la forme de celui de la mandibule du Chien crabier, avec moins de hauteur cependant, et plus d'obliquité de l'apophyse coronoïde, un peu plus de saillie de l’apophyse anguleuse, et moins d'arrêt dans le coude. Elle est aussi plus étroite dans sa branche horizontale. Cette disposition des deux mächoires est sans doute en rapport avec un élargissement proportionnel de la langue, ce qui, joint à la forme si anomale des dents, fait présumer quelque particularité biologique singulière dans l'espèce, et peut-être dans l'état de la nourriture de cet animal.
« Le reste du squelette rentre presque complétement dans ce qui existe chez les Canis. Aux vertèbres cervicales, l'apophyse épineuse de l’axis est longue, très-basse, presque rectiligne à son bord supérieur, et nullement convexe, comme daus les Givettes. Le lobe interne de l'apophyse transverse de la sixième vertèbre cervicale est court et arrondi, plus semblable à ce qu'il est chez le Loup que chez celles-ci, où il est échancré. Du reste, les apophyses transverses des vertèbres intermédiaires sont également courtes et arrondies, et les épineuses, quoique larges à la base, sont très-peu élevées, pro portion qui est particulière à cet animal. Les vertèbres du tronc sont au nombre de quatorze dorsales et de six lombaires, comme dans les Felis, et non pas comme dans les Canis ni dans les Viverra, et encore moins dans les Hycena. Leurs apophyses épineuses sont en général courtes; les onze premières vertèbres dorsales rétroverses, et les trois dernières plus courtes encore, et un peu inelinées en avant, comme celles de toutes les lombaires, vertèbres qui sont habituellement courtes, et dont les apophyses transverses croissent de la première à la dernière, la plus longue et la plus large. Le sacrum n’est formé que de deux vertèbres seulement, et la queue de vingt et une; toutes courtes, et décroissant rapidement d'épaisseur.
108 HISTGIRE NATURELLE.
«Les membres, généralement élevés, rappellent presque complétement ceux des Canis. L'omoplate est étroite, et ressemble cependant assez à celle de la Givette. Son acromion est un peu bifurqué, et la tubérosité coracoïdienne est très-épaisse. L'humérus est tout à fait celui d’un Canis, mais peut-être un peu plus droit cependant, avecun trou médian, et sans canal interne ni crête externe. Les deux os de l'avant-bras sont encore plus dégradés que dans les Canis et autant que dans les Ilyènes; le radius plus antérieur, plus large, plus contigu au cubitus, qui, comme dans celles-ci, est robuste et triquètre, dans la division bicorne du bord antérieur de l'apophyse olécranienne, qui est, au contraire, arrondie. Le carpe est élevé; le métacarpe comme dans les Canis, ainsi que le pouce; mais les phalanges sont plutôt comme dans la Hyène, par la brièveté et la presque égalité des secondes. Outre les sésamoides ordinaires de articulation métacarpo-phalangienne, M. Isidore Gcoffroy Saint-Hilaire en décrit d'autres en dessus dans les tendons de l'extenseur commun. Aux membres postérieurs, dont la proportion avec les antérieurs est la même que celle des Canis, le bassin est fort court, et l’iléon dilaté dans sa partie antérieure un peu comme dans la Hyène : quant au quatrième os de la cavité cotyloïde, que M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire parait regarder, avec M. Serres, comme l’analogue de l'os marsupial des Didelphes, il est probable que c’est l’épiphyse de l’extrémité articulaire de Filéon. Le fémur est un peu moins courbe que dans le Chien, mais dans les mêmes proportions. Le tibia ressemble peut-être plus à celui de la Hyène, sauf la taille, parce qu'il manque, à sa partie supérieure, de la crête si brusquement arrêtée chez les Canis. Quant au péroné, il est tout à fait comme dans eeux-ei et dans la Hyène, grèle et collé, dans sa moitié inférieure, contre le tibia, ce qui est tout autrement dans la Civette. Le pied rentre entièrement dans la forme de celui des Canis, par l'étroitesse du calcanéum et par celle du métatarse et des doigts : les secondes phalanges sont néanmoins moins courtes. Il n’y a probablement pas d'os ou pénis. »
La seule espèce authentique de ce genre est le :
PROTÈLE DE DELALANDE. PROTELES DELALANDII. {sidore Geoffroy Saint-Hilaire.
Caracrères sréctriques. — Le fond du pelage est d’un blanc lavé de gris roussâtre, et varié, sur les côtés de la poitrine, de lignes noires transversales inégalement prononcées et espacées : les flancs présentent six ou sept bandes noires étroites, transversales; les bandes des cuisses et des jambes sont plus petites que celles-là. Les tarses sont noirs; le bas de la jambe, de la même couleur que le corps, est également varié de bandes noires transversales, dont les supérieures se continuent avec celles du tronc; il y a une petite crinière noire; la queue est noire, avec du gris à la base.
Cette espèce a été désignée, par G. et Fr. Cuvier, sous la dénomination de Gexerre ou Civerre nyénoïine; À. G. Desmarest lui applique, mais avec doute, le nom de Viverra hyenoides; De Blainville, ceux de Proteles et Canis hyenoides; enfin, on l’a aussi nommée Proteles fusciatus et Proteles hyenoides, d’après Lesson; mais la dénomination qui doit être adoptée est celle de Protcles Délalandu, de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire.
A l'âge adulte, Le Protèle est de la taille du Chien de berger, d’après ce qu'en rapporte M. Knox, qui l'a observé en Cafrerie; il est ainsi plus petit que la Hyène, mais en présente l'aspect extérieur : toutefois, ses formes sont plus légères, son museau plus pointu, ses poils plus courts, et sa crinière moins bien fournie. Ses jambes de derrière paraissent très-courtes, ce qui provient de la flexion continuelle où il en tient les différentes parties : mais, en réalité, elles ne sont pas plus courtes que celles de devant. Les oreilles sont allongées, pointues, et couvertes d’un poil très-court et peu abondant : elles ressemblent assez à celles de l’'Hyène. Le nez est assez semblable à celui des Chiens. Les narines font saillie au delà du museau, qui est noir, est peu garni de poils. Les moustaches sont longues. La crinière s'étend de la nuque jusqu'à l'origine de la queue, qui est moins longue et moins touffue que celle de l'Hyène. Les poiis de la crinière, et ceux de toute la queue, sont rudes au toucher, et annelés de noir et de blanchâtre, ce qui fait que la crinière et la queue sont aussi, dans leur ensemble, annelées des mêmes couleurs. Le reste du corps est presque en entier couvert d’un poil laineux, entremèlé de quelques poils plus longs et plus rudes : le pelage est généralement blanc ronssätre, varié, sur les
côtés de la poitrine, de lignes noires : il y a six ou sept bandes de la même couleur sur les flancs; et les cuisses, ainsi que les jambes, offrent aussi de plus petites bandes.
Le Protèle habite la Gafrerie, et principalement le pays des Hottentots, aux environs du cap de Bonne-Espérance; mais il est probable qu’on le rencontre également dans d’autres parties de l'Afrique, et que l’on doit rapporter à la même espèce l’individu qui a été découvert en Nubie.
Ce Carnassier paraît assez rare, car il est très-peu connu des naturels des pays où on le trouve, et il n’a été clairement désigné dans les relations d'aucun voyageur. Aussi a-t-il échappé pendant trèslongtemps aux recherches des naturalistes, et n'a-t-il été découvert qu’en 1820, par l'un des plus zélés voyageurs français, pat Delalande. Outre sa grande rareté, la nature de ses habitudes a pu, pendant longtemps, cacher aux zoologistes l'existence du Protèle. En effet, il est nocturne, et se tient, pendant le jour, dans des terriers profonds, à plusieurs issues, qu'il se creuse facilement au moyen des ongles forts et pointus dont il est armé. Il semble vivre en société, car Delalande a tué, et rapporté au Muséum, trois individus de cette espèce qui habitaient dans le même terrier. Lorsqu'on irrite cet animal, sa crinière se redresse, et ses longs poils se hérissent depuis la nuque jusque sur la queue; puis il fuit avec vitesse, le corps disposé obliquement sur le sol, et les oreilles, ainsi que la queue, baissées. D'après ce qui a été observé aux environs du cap de Bonne-Espérance par Delalande et par M. Ed. Verreaux, le Protèle se nourrit, en partie, de la chair des petits Ruminants, principalement de très-jeunes Agneaux; et surtout des énormes loupes graisseuses qui entourent la queue chez les Moutons africains. D’autres voyageurs ont aussi parlé de ce genre d'alimentation de cet animal, et ce fait semble bien démontré aujourd'hui; mais il faut que les Protèles puissent prendre une autre nourriture, car les Moutons à grosse queue dont ils sucent la graisse ne sont pas originaires de l'Afrique australe, et y ont été introduits par les colons qui sont venus habiter le cap de Bonne-Espérance. Il est probable aussi que le Protèle se nourrit également de chairs putréfiées, de même que cela a lieu pour les Hyènes, avec lesquelles il a de nombreux points de ressemblance sous le rapport des mœurs.
M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire indique, comme étant peut-être distinct du Proteles Delalandii, un Protèle, découvert en Nubie par M. Joannis, et qui est désigné, dans le pays, sous le nom d'El Basko. Lesson a donné à cette prétendue espèce le nom de Proteles Joannii : nous ne pensons pas, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, que cette espèce doive être admise actuellement, car elle ne repose que sur un dessin fait d'après un animal mort, et dans lequel les raies ou bandes transversales seraient un peu différentes de la disposition que présente le Protèle de Delalande.
Qme GENRE. — HYÈNE. AY ÆNA. Brisson, 1756.
Règne animal.
Yaxv2, nom spécifique appliqué par les Grecs à l'espèce type de ce genre
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Système dentaire : incisives, £; canines, =; molaires, =; en totalité trente-quatre dents. lucisives supérieures sur une seule ligne droite; canines fortes; molaires de la mâchoire supérieure au nombre de cinq de chaque côté; savoir : trois fausses molaires coniques, mousses et trèsgrosses; une carnassière, la plus grande de toutes, à trois pointes en dehors, et munies d'un petit tubercule en dedans et en avant, et une petite tuberculeuse. fncisives inférieures un peu plus petites que les supérieures; canines fortes; molaires semblables à celles de la mächoire supérieure, si ce n’est que la tuberculeuse manque, et que la carnassière n’est qu'à deux pointes, et est dépourvue de tubercule.
Tête de médiocre grosseur, à chanfrein relevé, à museau assez fin, et à mächoires plus courtes que celles des Chiens, mais plus longues que celles des Chats.
Yeux grands, à prunelles longitudinales, anguleuses en haut, arrondies en bas.
Oreilles longues, pointues, mobiles, très-ouvertes.
Moustaches dures, longues.
Langue garnie de papilles cornées.
Membres postérieurs toujours fléchis, et semblant ainsi plus courts que les antérieurs, qui sont étendus.
Pieds terminés, tant ceux de devant que ceux de derrière, par quatre doigts.
Ongles assez robustes, non rétractiles.
Queue courte.
Pelage composé de poils longs, grossiers, offrant des taches ou des bandes obscures sur un fon plus clair, blanchätre; une criniètre épaisse régnant sur toute la longueur du dos.
Mamelles seulement au nombre de quatre.
Une poche profonde, glanduleuse, sous l'anus.
Ce genre ne renferme qu'un petit nombre d'espèces, dont le type était placé, par Linné, dans le genre Canis, avec lequel il a de nombreux rapports, mais dont il se distingue cependant facilement par la disposition de son système dentaire, ainsi que par celui de ses doigts. Les [yènes sont des animaux qui se trouvent encore aujourd'hui sous le coup de préjugés extrêmement injustes, et pour la plupart portant évidemment à faux, comme cela a été de tout temps, et même déjà avant Aristote. « Seulement, ainsi que le fait observer De Blainville, ces préjugés erronés sont maintenant d'une autre nature. On ne pense plus, il est vrai, de nos jours, que ces Carnassiers n’ont qu'un seul os dans le cou; que les dents qui arment leurs mâchoires ne forment avec elles qu'un tout continu; qu'ils boitent de la jambe droite, et cela assez naturellement; qu'ils sont hermaphrodites, et qu'ils peuvent changer de sexe à volonté, ete.; opinions qui reposaient sur une observation spécieuse et incomplète, mais on les regarde comme les plus féroces, les plus redoutables de tous les Mammifères, et cela parce que, carnivores, se nourrissant et recherchant la chair morte autant et plus que celle des animaux vivants, qu'ils ne pourraient attaquer, et surtout atteindre, ils déterrent souvent les cadavres d'hommes qui n'ont pas été enterrés à une profondeur suffisante, et, comme le respect pour les morts et pour les sépulcres est, de l’aveu de tous les philosophes, le premier acte, le plus hautement significatif de la nature, et, par suite, de la société humaine, ainsi que le prouve l'histoire de tous les peuples, même les plus sauvages, on voit comment, par suite de cette habitude connue des Hyènes, elles inspirent, partout où elles existent, et même parmi nous, une sorte de répugnance presque invincible. Ajoutons à cela que leur physionomie basse, leur regard terne, leur démarche oblique, le train de derrière étant plus faible et plus abaissé, par plus de flexion, que celui de devant, contrairement à ce qui existe chez les Féliens et les Caniens, si admirablement construits, les uns pour l'élan, les autres pour la course, la grosseur et l'épaisseur du cou, la crinière dont le dos est hérissé dans toute son étendue, surtout quand l'animal est ému par quelque passion, et l'on concevra comment il en résulte que l'idée qui se présente d'abord à l'esprit, aussitôt qu'on entend prononcer le nom de l'Hyène, lui-même si expressif, et tiré de celui du Sanglier (en grec, vzv2), est celle de l'animal le plus à craindre pour les vivants et pour les morts, et par conséquent le plus effrayant pour limagination. Les pages éloquentes que Buffon a consacrées à l'histoire de ces animaux, pages dans lesquelles il a d'autant plus volontiers adopte la plupart des préjugés reçus, qu'elles furent écrites à l'époque où la bête du Gévaudan, regardée à tort comme une Hyène échappée de quelque ménagerie, venait d'épouvanter les populations de cette province de France, n'ont pas peu servi à prolonger celte réputation non méritée. Le grand et inimitable peintre de la nature a produit ici l'effet qu'ont toujours obtenu les grands poëtes et les grands peintres, celui de faire pénétrer dans les masses des contre-vérités, des exagérations, par suite de la richesse du coloris, dissimulant la sèche réalité du dessin. Mais, au fait, les Hyènes, considérées dans leur nature véritable, appuyée sur des faits nontbreux et répétés, ne sont, pour ainsi dire, que des espèces de Chiens; susceptibles, en effet, d'être facilement apprivoisées, dressées même à la chasse, comme nos Chiens domestiques, mais qui, dans leur organisation assez différente, tenant à la fois de celle des Civettes, des Féliens et des Caniens, n’en constituent pas moins une dégradation évidente sous le rapport du système digital. »
On a cru pendant longtemps que l'Hyène était l'animal indiqué, dans les livres sacrés, sous le nom de Saphan, mais il est démontré aujourd'hui que cette dénomination était employée pour désigner le Daman; tandis que, comme semble le prouver Brochart, l'Hyène est le schoa des Israélites. Aristote est le premier qui en ait parlé chez les Grecs, et, pour lui, c’est son Yzw, et quelquefois son
Loup
Squelette du Loup.
Paavss. Ce n'est que fort tard que les Romains, qui nommaient aussi cet animal ffycæna, et parfois Crocuta, en montrèrent dans les jeux du cirque: et Pline rapporte, au sujet de ces animaux, une foule de fables, qu'il avait copiées dans Élien. D'après Julius Capitolinus, c'est Gordius le jeune qui, le premier, dans le premier tiers du troisième siècle de notre ère, montra, à Rome, dix de ces animaux, à l'occasion de son triomphe sur les Perses. On ne trouve pas d'indication de ces animaux chez les Arabes. Aussi l'existence de l'Hyène vulgaire ou rayée n'a été bien constatée que lorsque Belon, Busbeck et Kæmpfer, en eurent donné une figure et une description d'après des individns vivants qu'ils avaient été à même de voir dans leur pays natal. Wesling en disséqua une au Caire vers le milieu du dix-septième siècle. Ce ne fat, cependant, que vers 1761 qu'une Hyène vivante fut observée, en Europe, par Buffon et Daubenton, ce qui leur permit, et surtout au second, d'en donner une description extérieure et intérieure, après avoir par conséquent relevé les notions fabuleuses que les anciens nous avaient transmises sur cet animal. Depuis ce temps, les deux sexes de cette espèce, et plus tard ceux de deux autres, ont pu être étudiés avec plus de soin, soit dans leur pays natal, soit dans nos ménageries, où ces animaux vivent même très-longtemps, et se montrent très-doux pour leurs gardiens.
Les Hyènes vivantes habitent, ainsi que nous le dirons, plusieurs contrées de l'Afrique et de l'Asie, et n'ont jamais été trouvées dans d’autres parties du monde. [l n’en est pas de même des espèces fossiles, dont on a rencontré des ossements en grand nombre, principalement dans les cavernes de l'Europe. Les premiers fragments fossiles qui aient réellement appartenu à une espèce d'Iyène ont été figurés, par Esper, en 1774, et proviennent de la caverne de Gaylenreuth. D'autres débris ont été décrits par Collini et Jœger, mais c’est G. Cuvier, le premier, qui démontra qu'ils se rapportaient au genre Hyène. Depuis, on a recueilli beaucoup d’ossements fossiles de ces animaux; en Angleterre, dans la caverne de Kirdale, d’après M. Buckland; puis dans celle de Gaylenreuth, par M. Goldfuss; dans celle de Sundwig, en Westphalie, par M. Noggeratb; dans celle de Lunel-Vied, du midi de la France, par MM. De Christol, Marcel De Serres, Dubreuil et Jean-Jean: dans celles de la province de Liége, par M. Schmerling; dans une grotte, à Kent, près de Torquay, en Angleterre, par M. Mac-Enry, et, enfin, dans beaucoup d’autres endroits de l'Europe, et surtout en France dans l’ancienne Auvergne, et en Italie dans Le val d'Arno. Enfin, MM. Baker et Durant en signalent aussi dans les monts Himalayas, et M. Lund dans les cavernes du Brésil. De sorte qu'aujourd'hui on connaît, à l’état fossile, non-seulement une espèce analogue à l’une de celles vivant actuellement, mais encore plusieurs espèces qui en sont tout à fait distinctes.
Si l'on n’a connu que très-tard les diverses espèces d'Hiyènes, et même le type, que l'on a longtemps confondu, tantôt avec le Chacal, tantôt avec la Civette, tantôt avec le Glouton, et tantôt avec le Babouin, les recherches des voyageurs modernes et les études des naturalistes nous les ont fait connaître d'une manière complète, tant sous le point de vue anatomique et zoologique que sous celui de la paléontologie.
Daubenton a donné-la description d'un squelette de l'Hyène, et il en a comparé les os avec ceux de la Panthère et du Loup. G. Cuvier a figuré la plupart des os des deux Hyènes rayée et tachetée. MM. Pander et D'Alton en ont publié les squelettes. Enfin, De Blainville, auquel nous empruntons les détails qui vont suivre, a complétement étudié, anatomiquement et iconographiquement, l'espèce type de ce genre, l'Hyène rayée.
Les os sont assez durs et assez denses, serrés et articulés entre eux d'une manière pénétrante, ce qui donne à leur tronc, et surtout à leur cou, une roideur qui avait pu faire supposer que ce dernier n'était formé que d'une seule pièce. Le squelette est remarquable, dans son ensemble, par la direction un peu oblique de la série vertébrale et dans la disproportion de grosseur entre les membres anterieurs et les postérieurs : le nombre total des os qui le compose est de cent cinquante, de même que cela a lieu pour le Loup.
La colonne vertébrale se subdivise en quatre vertèbres céphaliques, sept cervicales, vingt troncales, subdivisées en quinze dorsales et cinq lombaires, trois sacrées et vingt-deux ou vingt-trois coccygiennes. La tête, dans son ensemble, est moins effilée que celle des Chiens, plus courte, et se rapproche un peu de la forme de celle des Chats. Les vertèbres céphaliques, dont nous ne croyons pas devoir donner ici une description détaillée, offrent comme caractère commun d'être assez étroites dans leur corps, et surtout d’être très-élevées en toit très-aigu dans leur axe, et cela à cause de la
grande saillie de leur apophyse épineuse formant une crête dépassant, en arrière, les condyles par la grande saillie de l’épine de l’occiput. Les mâchoires sont remarquables par leur grande force et par leur brièveté, quoique un peu moindre, peut-être, que dans les Féliens, et, sous ce rapport, bien éloignées de ce qu'elles sont chez les Cauiens. L’apophyse ptérygoïde est assez distincte, quoique soudée de très-bonne heure. Le palatin est médiocre. Le lacrymal très-petit, un peu arrondi. Le jugal est épais et large. Le maxillaire est prismatique, large, court. Le prémaxillaire de médiocre grandeur, de même que l’appendice mandibulaire. Le rocher est petit, court, irrégulièrement arrondi. La caisse est un peu comprimée. Les osselets de l’ouïe sont assez bien comme chez tous les Carnassiers : l’étrier à platine ovale un peu allongée et convexe: le lenticulaire comme soudé, et formant le crochet du plus grand des deux bras de l'enclume, l’un et l'autre assez courts; enfin, le marteau assez courbé dans sa longueur. Le temporal est assez bien comme dans les Chiens. L’arcade zygomatique est large, épaisse. L'angle facial est plus ouvert que dans le Loup. Les fosses occipitales et ptérygoïdiennes sont grandes, tandis que les cavités sensoriales sont peu développées. Quant aux trous d'entrée des artères, ou de sortie des veines et des nerfs, ils sont plus petits que dans les Chats, et même que dans les Chiens. Les vertèbres cervicales sont en général beaucoup plus fortes, plus larges, plus épaisses et plus longues que dans les animaux que nous venons de nommer; elles ressemblent, du reste, assez à celles du Loup. Les vertèbres dorsales, en plus grand nombre que dans la plupart des Carnassiers, sont encore assez fortes, mais évidemment plus étroites et plus courtes que les cervicales, surtout dans leur corps remarquablement petit. Les vertèbres lombaires sont courtes, plus que dans les Chats, mais elles sont moins larges que dans les Ours, et même, peut-être, que dans le Loup, étroites, presque égales, décroissant un peu, et presque insensiblement, de la première à la dernière. Les vertèbres sacrées sont petites, décroissant rapidement de la première à la troisième, formant un sacrum court. Les vertèbres coccygiennes sont assez bien dans le même cas que les précédentes, c'est-à-dire qu'elles constituent une queue courte et tombante.
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