‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 4)Chapitre 62 sur 129 · LES JAGUARS · texte numérisé non relu

LES JAGUARS

7, JAGUAR. FELIS ONCA. Linné,

CaracTÈRES spÉcIFIQUES. — Proportions épaisses et lourdes; poils courts, fermés et très-serrés les uns contre les autres, tous soyeux, et un peu plus longs aux parties inférieures qu'aux supérieures; fond du pelage jaunâtre , couvert de taches ou entièrement noires ou fauves, bordées de noir, celles de la première sorte existant seulement sur Ja tête, sur les membres, sur la queue et sur toutes les

parties inférieures du corps; celles de la seconde sorte se trouvant principalement sur le dos et le cou, ainsi que sur les côtés, étant grandes et peu nombreuses, avec une forme plus ou moins arrondie, et quelques-unes ayant un ou deux points noirs dans le milieu, et l'on n'en compte au plus que cinq ou six de chaque côté du corps, en suivant la ligne la plus droite du dos au ventre; quelques taches bordées sur le cou et sur les épaules; celles de la ligne moyenne du dos étroites, longues et pleines; celles de la tête et des pattes plus petites que celles du ventre; cette dernière partie, ainsi que la poitrine, le cou, la gorge, la mâchoire inférieure, la partie antérieure de Ia lèvre supérieure, le bord antérieur des cuisses, la face interne des jambes et le dedans de la conque de l'oreille, blancs: derrière de l'oreille noir, avec une tache blanche; commissure des lèvres noire, ainsi que le bout de la queue et les trois anneaux qui se voient près de son extrémité; quatre mamelles seulement d'après Fr. Cuvier. C'est la plus grande espèce connue de Chat, après le Lion et le Tigre; D'Azara en à mesuré un qui avait une longueur de 1°,94, non compris la queue, qui était longue de 0",59.

Cette espèce est la Granne PanTHÈRE de Buffon, et a souvent porté le nom de Ticre D'Aérioui (Tigris Americana, Bolivar) : c'est le Yagouarété de D'Azara, le Tlatlanqui-Ocolotl d'Hernandes, l'Onça de Maregrave, et le Jaguar d'Ét. Geoffroy Saint-Hilaire.

On y distingue plusieurs variétés : la plus connue est le Jacuar nom où Jaguareté de Marcgrave, qui a été à tort distingué spécifiquement par Erxleben, sous la dénomination de Felis nigra: elle est toute noire, avec des taches en raies encore plus noires que le fond du pelage: sa lèvre supérieure est blanche, et les parties inférieures du corps sont cendrées, elle est rare et habite le Brésil Une variété tout à fait albine a été signalée par D’Azara. Enfin les chasseurs du Paraguay assurent qu'il existe dans ce pays deux autres variétés du Jaguar; l’une plus grande et à jambes plus fortes et plus robustes, qu’ils nomment Jaquarété-popé, et que M. Hamilton Smith a scientifiquement indiquée sous la dénomination de Felis onça major, et l’autre plus petite, qu'ils appellent Onza : c'est le Felis onça minor, Hamilton Smith.

Le Jaguar habite une grande partie de l'Amérique méridionale; il est répandu depuis le Mexique exelusivement jusque dans Le sud des pampas de Buénos-Ayres, et nulle part il n’est plus commun et plus dangereux que dans ce dernier pays, ainsi que le fait observer M. Boitard : « Malgré le climat presque tempéré et la nourriture abondante que lui fournit la grande quantité de bétail qui pait en liberté dans les plaines, rapporte l’auteur que nous venons de citer, il y attaque très-souvent l'homme. tandis que ceux du Brésil, de la Guyane et des parties plus chaudes de l'Amérique fuient devant lui, à moins qu'ils n’en aient été attaqués. Les bois marécageux du Parana, du Paraguay et des pays voisins, sont peut-être les endroits où ils sont le plus fréquents; ils étaient encore si nombreux au Paraguay, après l'expulsion des jésuites, qu'on y en tuait deux mille par an, selon D'Azara. Aujourd'hui le nombre en est considérablement diminué. Cependant, au Brésil et dans la Guyane, presque régulièrement au lever et an coucher du soleil, on entend leur cri retentir à une très-grande distance; il consiste en un son flûté, avec une très-forte aspiration pectorale, ou bien, quand lanimal est irrité, en un râlement profond qui se termine par un éclat de voix terrible. Le Jaguar se plait particulièrement dans les grandes forêts traversées par des fleuves, dont il ne s'éloigne pas plus que le Tigre, parce qu'il s’y occupe sans cesse à la chasse des Loutres et des Pacas. Il nage avec beaucoup de facilité, et va dormir, pendant le jour, sur les îlots, au milieu des touffes de jones et de roseaux. Il pêche, dit-on, le Poisson, qu'il enlève très-adroitement avec sa patte. Îl ne quitte sa retraite que la nuit, s'embusque dans les buissons, attend sa proie, se lance sur son des en poussant un grand cri, lui pose une patte sur la tête, de l’autre lui relève le menton, et lui brise ainsi le cräne sans avoir besoin d'y mettre la dent. Il est d’une force si extraordinaire, qu'il traine aisément dans un bois un Cheval ou un Bœuf qu'il vient d’immoler. Il attaque les plus grands Caïmans; et, S'il est saisi par eux, il a l'intelligence de leur crever les yeux pour leur faire lâcher prise. En plaine, le Jaguar fuit presque toujours devant l'homme, et ne fait volte-face que lorsqu'il rencontre un buisson ou des hautes herbes, dans lesquelles il puisse se cacher. On prétend qu'il vit en société avec sa femelle, ce qui ferait exception parmi les animaux de son genre. Quoique grand, il grimpe sur les arbres avec autant d’agilité que le Chat sauvage, et fait aux Singes une guerre cruelle. La nuit, rien n'égale son audace, et, sur six hommes dévorés par les Jaguars, à la connaissance de D’Azara, deux furent enlevés devant un grand feu de bivac, »

On fait une chasse active au Jaguar, parce que sa fourrure est très-recherchée et est une branche importante de commerce entre l'Amérique et l'Europe.

Fig. 90, — Jaguar femelle

G. Cuvier avait indiqué cet animal comme se trouvant à l’état fossile en Europe; mais, comme il l'a fait observer plus tard, ce fait est loin d’être démontré. M. Lund en a figuré quelques os comme trouvés dans les cavernes du Brésil. Enfin, on en rapproche le Felis protopanther, du même auteur, et qui a été découvert dans la même localité.

G. LES RIMAOUS.

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