CHAT PROPREMENT DIT, FELIS CATUS. Linné
Caracrènes spÉciriQuEs. — Poil long et touffu, principalement sur les joues; parties supérieures et latérales du corps variant du gris foncé jaunâtre au gris brun; parties inférieures blanchâtres; dos marqué, dans son milieu, d'une ligne longitudinale noire, de laquelle partent des bandes transversales peu tranchées, assez nombreuses, et qui s'étendent parallèlement les unes aux autres sur les flancs, les épaules et les cuisses; quelques petites lignes, également parallèles entre elles, sur le front et le sommet de la tête; une bande partant de l’angle externe de l'œil et traversant les joues; coins de la bouche gris-blancs, ainsi que la poitrine et le dessous du ventre; lèvres noires; face externe des pattes fauve; queue très-touffue, annelée de noir, et ayant son extrémité de cette même couleur, qui est également celle des poils de dessous les quatre pieds; oreilles droites, roides; pupille des yeux se contractant longitudinalement. Longueur totale du corps, mesuré depuis le bout du museau jusqu'à l’origine de la queue, 0,50 : de la‘ tête, 0°,07, des oreilles, 07,05; de la queue, 0,55. Hauteur moyenne au train de devant, 0”,20; au train de derrière, 0193:
La description que nous venons de donner, d'après A. G. Desmarest, est celle du Chat sauvage, que l’on doit prendre pour type de l'espèce. Malgré sa petite taille, on retrouve dans ce Carnassier toutes les habitudes des grandes espèces : il vit isolé dans les bois, de la chasse active qu'il fait aux Lièvres, aux Lapins, aux Perdrix, et à tous les-animaux faibles qu'il rencontre; il grimpe dans les arbres avec une grande agilité, et place ses petits dans les trous caverneux des arbres. Chassé par les Chiens courants, il se fait battre et rebattre dans les fourrés, absolument comme le Renard; puis, quand il est fatigué, il s’élance sur un arbre, se couche sur une grosse branche basse, et, de là, il regarde tranquillement passer la meute, sans s’en mettre autrement.en peine. On le trouve, mais assez rarement, dans presque toutes les forêts de l'Europe et de l'Asie; autrefois il était commun dans toute la France, mais, depuis une soixantaine d'années, il y devient très-rare, et on ne le voit plus guère que dans les grands bois de la partie méridionale.
Avant de nous occuper des diverses races du Felis eatus, qu'il nous soit permis d'analyser en quelques pages l'ouvrage de M. Straus-Durckhein, intitulé : Anatomie descriptive et comparée du Chat, type des Mammifères en général et «les Carnivores en particulier, 2 vol. in-4° et atlas, Paris, 1845, que nous avons déjà cité, et qui, fruit du travail de nombreuses années, comprend un très-grand
nombre de détails sur l'ostéologie, la syndesmologie et la myologie de l'espèce que nous étudions. Ce que nous dirons iei sure Chat domestique pourra s'appliquer à toutes les espèces du genre Felis, car, dans un groupe aussi naturel que celui-là, les caractères anatomiques importants sont les mêmes dans toutes les espèces, et les variations qu'on peut observer ne sont que de très-peu de valeur, ne tenant souvent qu'à la taille plus ou moins grande, et surtout aux mœurs diverses de l'espèce. Ce sont ces considérations qui nous ont engagé à nous étendre autant que nous allons le faire sur quelques points importants de l'anatomie du Felis catus, car ce que nous en dirons pourra être considéré comme un complément de nos généralités sur les Féliens.
La tête, comparée à celle de l'homme, est plus allongée en avant, d'où résulte que non-seulement la face saille davantage, mais le crâne est aussi, proportionnellement au volume de la tête, plus étroit, plus bas, et par conséquent plus allongé dans le même sens; cet allongement porte cependant moins sur les diverses parties du crâne que sur celles de la face. L’angle facial, qui dans l'homme est de 80°, n’est, dans le Chat, que de 52°, dimension due en partie à l’abaissement du front, qui rase presque le bord supérieur des orbites, et en partie à l'allongement du museau. Le trou occipital est situé en arrière, à la partie inférieure de la face postérieure de la tête, et dirigé obliquement de haut en bas et en avant. La face est plus proéminente que dans l'espèce humaine; toutes les parties qui la composent sont plus tirées en longueur, et le front très-oblique en avant; les os du nez, plus déprimés, continuent l’arc des coronaux; les siagonaux, les labraux, les malaires, les palatins et les arcades zygomatiques, sont tous plus allongés, quoique, du reste, dans les mêmes rapports de connexion. Il en est de même de l’ethmoïde, du vomer, du sphénoïde, du sphécoïde et du basilaire. La mâchoire est moins haute et plus étroite en avant, ce qui contribue à rendre le museau pointu et saillant.
La tête est composée de vertèbres et de leurs appendices. Les vertèbres sont au nombre de cinq : 4° La vertèbre rhinale est réduite en majeure partie à des pièces purement cartilagineuses ; la partie centrale du système nerveux ne s’y prolongeant plus, le canal rachidien y est entièrement effacé, c'est-à-dire que la lame de la vertèbre s'applique sur le corps de cette dernière, et les parties latérales de la masse apophysaire, avec les appendices, contournent la portion antérieure des fosses nasales, où elles sont représentées par les cartilages pararrhins, les cornets et les cartilages alaires, ou ailes du nez. 2 La vertèbre ethmoïdale, la seconde de la face, commence déjà à entrer par une surface assez large dans la composition de la boîte crânienne, surface plus étendue que chez les Reptiles et les Oiseaux, où l’'ethmoïde est entièrement facial; cette vertèbre a principalement pour corps la lame verticale de lethmoïde; sa lame est formée par les os nasaux, les apophyses obliquesantérieures, et les anfractuosités ethmoïdales ; les cornets de Bertin sont les apophyses obliques postérieures, et les transverses se trouvent dans les os planum ; l’éthmoïde est très-compliqué. 3° La vertèbre sphénoïdale à pour corps le sphénoïde, et plus spécialement la cloison qui sépare les deux sinus; les os coronaux forment la lame; les apophyses obliques antérieures et transverses constituent les parties latérales des sinus, qui se séparent assez distinctement de la cloison dans les fœtus de presque tous les Mammifères, et les apophyses obliques postérieures sont représentées par les ailes d'Ingrassias. 4° La vertèbre sphécoïdule ressemble mieux encore que la troisième à celle du rachis; ces apophyses latérales offrent même la disposition qu'elles ont sur ces dernières, et l’épineuse, ordinairement représentée par un os à part, connu sous le nom de wormien, se prolonge souvent sous la forme d’une crête longitudinale le long de la suture sagittale. 5° La vertèbre basilaire comprend le corps ou os basilaire, les apophyses obliques, les transverses, la lame et l'apophyse épineuse, formant des pièces particulières, ne se confondant que longtemps après la naissance les unes avec les autres.
Les appendices des vertèbres céphaliques constituent, en général, les os de la face, tandis que celles-ci représentent plus particulièrement ceux du crâne. Les appendices de la vertèbre rhinale constituent deux séries; la première renferme le cartilage alaire, ou ailes du nez, et la seconde les deux os labraux, ou os incisifs. Les appendices de la vertèbre ethmoïdale sont rudimentaires et présentent deux petits osselets, le vomer et les unguis. Les appendices de la vertèbre sphénoïdale forment aussi deux séries, dont l'une constitue la chaine des os palatin et siagonal, c’est-à-dire la mâchoire supérieure, ainsi que les dents supérieures, et la seconde forme une branche de celle-ci, comprenant l'os malaire et les cartilages des paupières. Les appendices de la vertèbre sphécoïdale ne comprennent qu'une seule série formée par l'os squammeux et la mâchoire inférieure, avee toutes ses dents. Enfin,
les appendices de la vertèbre basilaire forment deux séries bien distinctes, la première comprenant les osselets de l'ouie, l'os tympanique et mastoïdien, et la seconde série composée par l'appareil hyo-laryngien, renfermant surtout lhyoïde et le Irynx.
Le rachis ou colonne vertébrale présente dans le Chat des courbures à peu près semblables à celles que l’on observe dans le même organe chez l'homme; les deux premières vertèbres cervitales forment un petit are concave.en avant, dû au poids de la tête, de manière que l'arc de l’atlas est oblique de bas en haut et en avant, pour que sa cavité articulaire s'adapte mieux aux condyles de la tête. Les vertèbres cervicales suivantes, avecles premières dorsales, produisent un arc concave en dessus trèsprécipité. Les autres dorsales avec les lombaires forment, au contraire, une seule courbure concave en dessous, et moins forte que celle de la région cervicale. Le sacrum est de nouveau replié en dessus, et, enfin, la queue, en obéissant à son propre poids, s’arque encore en dessous. La tête et le cou sont assez courts. La longueur relative des régions dorsale et lombaire est à peu près égale, ou plutôt dans la proportion de quinze à treize. Le sacrum, composé seulement de trois vertèbres, est très-court. La queue n’est pas longue, quoique un peu plus développée que celle des Lynx. Quant à la grosseur des diverses parties de la colonne vertébrale, elle varie, d'une part, selon l'ampleur du canal rachidien, et, d'autre part, selon la force que chaque vertèbre a à supporter, et par suite selon la grosseur de leur corps, ainsi qne la force et la longueur de leurs apophyses, qui servent principalement de points d’attache ou de bras de levier aux muscles de l’épine. Le canal rachidien est large dans l’atlas, se rétrécit dans la troisième vertèbre, et commence à augmenter de largeur à partir de la cinquième vertèbre jusqu’à la dernière lombaire, où son diamètre transversal égale celui de l’atlas. Les vertèbres rachidiennes se développent par cinq centres d’ossification : un pour la partie moyenne du corps, deux pour les épiphyses de ce dernier, et un de chaque côté pour la masse apophysaire. Quant à la forme et à la grandeur des vertèbres, ainsi qu’à la longueur et à la disposition de leurs apophyses, elles ressemblent assez à celles de l'homme, en présentant cependant des différences notables, dépendantes, les unes de l'attitude horizontale du corps, et les autres de la faculté de sauter, genre de mouvement dans lequel excellent les Felis. Nous nous bornerons à ce que nous venons de dire du rachis en général, car nous craindrions d'être trop long si nous entrions dans la description particulière de chacune des régions de la colonne vertébrale et de chaque vertèbre en particulier.
De même que les vertèbres céphaliques ont des appendices qui composent principalement les parties de la face, en contournant sous le corps des vertèbres des cavités où sont placés divers organes, et surtout l'origine des appareils de la respiration et de la digestion, de même aussi les vertèbres rachidiennes portent des appendices qui embrassent des cavités du tronc, mais modifiés selon le besoin. C’est ainsi que sur les vertèbres cervicales ces appendices ou apophyses costillaires sont réduits à de simples rudiments, nuls en apparence chez les Mammifères, mais dont l'existence est prouvée par la composition des vertèbres chez les Oiseaux et les Reptiles. Sur les vertèbres dorsales, ces appendices forment les côtes et le sternum ; sur les lombes, ils n’existent chez les Mammifères que sur les vertèbres les plus antérieures, où ils constituent les fausses côtes ou costines, et disparaissent complétement sur les vertèbres lombaires suivantes, où on les retrouve toutefois chez la plupart des Vertébrés ovipares. Aux vertèbres sacrées, les appendices immédiats ne forment que de simples rudiments de costinelles, qui se confondent bientôt avec le sacrum; mais les appendices plus éloïgnés sont ce qu’on nomme les os coxaux. Enfin, à la queue, les analogues des côtes ou les costelles se présentent aux premières vertèbres caudales, soit sous la forme de très-petits osselets rudimentaires, soit en se soudant par paires sous celle d'os upsiloïdes.
En particulier dans le Chat, les côtes, au nombre de dix paires, et les costines, fixées aussi par paires aux trois premières vertèbres lombaires, ne diffèrent que fort peu de celles de l’homme, étant simplement plus grêles, moins larges et aplaties d'avant en arrière dans leur moitié interne ou supérieure, et au contraire plus étroites et légèrement comprimées de dehors en dedans, à la moitié inférieure, en diminuant de grosseur de la première à la dernière. Les côtes se développent par deux points d’ossification, l'un pour la dyaphyse, et le second pour l’épiphyse, formant sa tête supérieure. Les cartilages costaux sont des tiges grèles, simples, qui prolongent les côtes et les costines vertébrales en dessous, et se dirigeant en bas, en avant et en dedans vers le sternum, avec lesquels les huit premières paires seules s’articulent, tandis que les deux paires suivantes ne l’atteignent pas, de même que ceux des trois costines.
Le sternum est composé d’une série de neuf os allongés, renflés aux bouts, et réunis à leur base par des eartilages simulant les ligaments fibro-palpeux des vertèbres, et les pièces ressemblent même beaucoup pour la forme aux veftèbres caudales postérieures, dont elles ne diffèrent guère que par l'absence des crêtes apophysaires. Les neuf pièces du sternum sont consécutives, non épiphysées, disposées en ligne droite, plongeant antérieurement un peu en dessous. Chaque pièce sternale n'a qu'un seul point d’ossification.
On remarque chez quelques Chats de petites pièces rudimentaires très-courtes, articulées par des ligaments sur les extrémités des appendices transverses des premières vertèbres lombaires, d’ordipaire privées de costines, et ces osselets paraissent faire la continuation immédiate de ces apophyses.
Dans son ensemble, le bassin dés Chats, que l’on peut considérer comme formant les appendices des vertèbres sacrées, est beaucoup plus étroit que chez l'homme, surtout dans sa partie antérieure correspondant au grand bassin, qui n'est guère plus évasé que le petit, dont il n’est pas distinct; il est aussi plus allongé d'avant en arrière, et surtout dans la partie qui répond à la sympbhyse des pubis, symphyse qui se prolonge beaucoup entre les deux ischions. La direction du bassin suivant sa plus grande longueur, c’est-à-dire de la crête iliaque aux tubérosités ischiatiques, est oblique d'avant en arrière et en dessous; mais, du reste, les deux parties latérales sont parallèles entre elles. Quant aux différentes parties du bassin, tellès que liléum, le pubis, le cotylien, lischion et le pénisial de M. Straus-Durhkeim, c’est-à-dire los du pénis, nous n'entrerons pas dans leur description particulière, qui serait trop étendue pour notre ouvrage.
Les membres antérieurs, comme chez tous les Mammifères, sont composés de cinq parties consécutives, formant des angles alternatifs entre elles, et qui sont l'épaule, le bras, Favant-bras et la main.
L'épaule est formée de la réunion de deux os, l’omoplate et la clavicule, avec un os coracoïdien rudimentaire fixé à l'omoplate, où il constitue l'apophyse coracoïde, et un quatrième os formant une épiphyse sur le bord de la cavité glénoïde, mais distinct seulement comme os à part dans les trèsjeunes sujets.
Le bras ne renferme qu'un seul os, ou l’humérus, formé d’une diaphyse et de plusieurs épiphyses, lesquelles s'unissent en une seule pièce, lorsque l'animal devient adulte.
L'avant-bras renferme deux os longs, le eubitus et le radius, mobiles à la fois sur l’humérus et sur la main, et mobiles l'un sur l’autre dans les mouvements de pronation et de supination. L'avantbras fait un angle obtus avec l'humérus, en se dirigeant verticalement en dessous dans la station.
La main du Chat se compose de deux parties bien distinctes, la palmure et les doigts. La palmure se subdivise en carpe et métacarpe, et présente à peu près les mêmes os que chez l’homme, avec des différences notables dans la forme et la disposition. Dans l'état de station, la palmure est toujours étendue sur l’avant-bras, mais seulement jusqu’à la direction droite et un peu plus, afin que le poids du corps tende à la maintenir en extension. Les doigts, au nombre de cinq, ont entre eux les mêmes longueurs relatives que chez l'homme, et entre eux les mêmes rapports de longueur que leurs os métacarpiens : c’est-à-dire que le premier interne, ou le pouce, est le plus court; et ensuite le cinquième; le second, le quatrième, et enfin le troisième, sont progressivement de plus en plus longs. Chacun de ces doigts, à l'exception du pouce, se compose de trais osselets consécutifs ou phalanges, mais le pouce manque de phalangine. Outre ces trois os, chacun des quatre doigts externes porte en dessous, à la base de la phalangeale, deux osselets sésamoïdes, égaux dans le même doigt; tandis qu'au pouce seulement le sésamoïde interne est seul ossifié, et l'externe réduit à un simple grain cartilagineux.
On retrouve également dans les membres postérieurs les mêmes parties que chez l'homme, avec des différences de forme et de disposition que nécessitent principalement la marche quadrupède et le genre de vie auquel les Felis sont appelés. Ges membres se partagent en cuisse, jambe et pied, correspondant dans les antérieures au bras, à l'avant-bras et à la main; et ces parties font, dans leur disposition naturelle de repos, des angles alternatifs entre elles, afin de rendre la marche, la course et surtout le saut, plus faciles, plus souples, et même la station plus sûre. La euisse se dirige obliquement en dessous et en avant; la jambe obliquement en dessous’ et en arrière; le pied en dessous et un peu en avant, et, enfin, les orteils en avant, en appuyant sur le sol.
La cuisse renferme quatre os, dont le principal est le fémur, et trois autres os, fort petits, pla-
cés dans le creux du one qui n'ont pas été vus par la plupart des anatomistes, et que M. Straus- Durhkeim décrit pour la première fois : deux de ces os ont reçu le nom de crithoides, à cause de leur forme demi-ovale qui leur donne quelque ressemblance avec un grain d'orge, et le troisième, situé sous le crithoïde externe, et, dans le tendon du muscle poplité, est le poplitaire.
La jambe renferme deux os principaux, Île tibia et le péroné, ainsi que le rotule et les eartilages interarticulaires, fixés au tibia par des ligaments particuliers. Ces os diffèrent assez peu de leurs correspondants dans l'espèce humaine.
Le pied des Carnassiers se compose des mêmes parties principales que celui de l’homme, et analogues à celles de la main, c’est-à-dire qu'on y distingue deux parties principales : le cou-de-pied, correspondant à la palmure, et les orteils, correspondant aux doigts; mais la disposition de ces parties n’est pas tout à fait la même que dans l'espèce humaine pendant la station et la marche. Les Chats appartenant à la grande division des Digitigrades n'appuient plus la plante sur le sol, mais seulement l'extrémité du métatarse et les orteils absolument comme à la main, ettiennent le pied dans une position presque verticale, de manière que ses faces antérieures et postérieures correspondent au dessus et au dessous du pied de l’homme.
Le cou-de-pied se divise en tarse et métatarse, eux-mêmes subdivisés en un assez grand nombre d'os, dont quelques-uns ont reçu des noms particuliers de M. Straus-Durhkeim.
Dans les orteils, le pouce où hallux manque; les quatre orteils restants ressemblent parfaitement pour la forme aux doigts, dont ils ne différent que par une grandeur un peu plus considérable, mais élant toutefois dans les mêmes proportions, c'est-à-dire que le second, ou le hillux, est le plus long et le plus fort; le troisième, ou le hollux, à peine un peu plus court et plus faible; le premier, ou le hellux, sensiblement plus petit que ceux-là; et, enfin. le quatrième, ou le hullux, est un peu moindre encore que le premier. Il y a aussi trois phalanges et deux sésamoïdes.
La syndesmologie ou la description du système ligamentaire a été faite avec grand soin et beaucoup de détails par M. Straus-Durhkeim, et cette étude, entièrement nouvelle dans le Chat, a donné lieu à de nombreuses découvertes intéressantes. Mais ce sujet est trop peu connu pour que nous nous y arrètions longtemps ici ; aussi nous bornerons-nous à donner seulement quelques généralités.
D'une matière très-générale, le système ligamentaire du Chat ne diffère en rien de celui de l'homme, et la plupart de ses parties se rapportent même individuellement à leurs analogues chez ce dernier. Quelques-unes cependant manquent dans cet animal; mais, par contre, il en a aussi un assez grand nombre qu'on ne retrouve pas dans l'espèce humaine. On peut les diviser en ceux appartenant au torse et en ceux appartenant aux membres.
Les ligaments de la partie centrale du corps se distinguent ensuite en ceux de la tête et en ceux du tronc.
La plupart des pièces qui entrent dans la composition de la tête étant articulées entre elles par suture et par synchondrose, on n’y trouve qu'un fort petit nombre de ligaments proprement dits, mais les pièces mobiles en offrent une quantité plus considérable.
Les ligaments et les aponévroses du tronc se distinguent en ceux qui unissent les vertèbres entre elles; en ceux qui se rendent de celles-ci à leurs appendices, et en ceux qui réunissent les parties de ces derniers. Les ligaments et les aponévroses de la colonne vertébrale sont ou généraux, et embrassent plusieurs vertèbres, où bien spéciaux seulement, en passant d’une pièce à celle avec laquelle celle-ci s'articule immédiatement.
Les membres présentent un très-grand nombre de ligaments et d’aponévroses. Dans le membre antérieur, on distingue ceux qui sont propres aux diverses parties de ce membre, et en outre une gaine aponévrotique £ générale qui enveloppe toutes les parties. [l en est de même de ceux du membre postérieur, qui, outre les ligaments qui lui sont propres, comprend une sorte de gaine continue qui enveloppe tout le membre, et qui est l'aponévrose crurale, jambière et podale.
Le système musculaire du Chat offre beaucoup de particularités remarquables; il nous séra impossible d'entrer dans ce sujet avec quelques détails, nous ne pourrons même pas donner les noms des muscles nombreux du Chat, et nous ne pourrons guère indiquer que quelques généralités, qui sont même plutôt du ressort de l'anatomie comparée en général que de celui plus spéciale de Phistoire du genre Felis.
Les museles qui mettent la tête et ses parties en mouvement se subdivisent d’après les organes qu'ils meuvent en ceux des téguments, des oreilles, des veux, du nez, des lèvres, des mâchoires, de la langue, du voile du palais, du pharynx, de hyoïde, du laryox, et, enfin, en ceux qui meuvent la tête entière. Les téguments, n'ayant aucun point fixe sur lequel ils se meuvent, ne reçoivent que des museles qui les déplacent en les fronçant. Les muscles de l'oreille se distinguent en ceux qui meuvent sa partie antérieure, et en ceux qui meuvent sa partie interne, placés dans la caisse du tympan. Les muscles qui meuvent les yeux et leurs dépendances se distinguent en ceux qui font agir les paupières et ceux qui meuvent le globe de l'œil. Les muscles moteurs du nez sont, chez le Chat, beaucoup moins développés que chez l'homme; aussi leur nez est-il très-peu mobile : il n'y a même que le myrtiforme, dont la fonction est de dilater les narines, qui soit bien distinct, tandis que le pyramidal n’est qu'une dépendance du frontal, et l’élévateur de l'aile du nez qu'une dépendance de l'élévateur de la lèvre supérieure. Quoique les Chats ne puissent pas produire, avec leurs lèvres, et surtout avec l'inférieure, des mouvements aussi variés que peut le faire l'homme avec les siennes, ce qui vient principalement du peu de force du muscle labial, leur lèvre supérieure est cependant pourvue de muscles plus puissants, surtout l’élévateur propre, qui fait exécuter ce mouvement d'élévation qu'on remarque chez ces animaux lorsqu'ils menacent : ces muscles sont, pour les deux lèvres, au nombre de six. La mâchoire étant, dans le Chat, articulée à la tête par des gynglymes, dont les cavités sont très-profondes et embrassent étroitement les condyles, il n'y a guère que les mouvements d’élévation et d’abaissement qui soient possibles, avec un bien léger glissement latéral dans les deux articulations, mais non le mouvement de prétraction et de rotation, comme cela a lieu chez l'homme, et mieux encore chez les Ruminants, où les cavités glénoïdes sont presque planes. Il n'y a ainsi chez le Chat que des muscles élévateurs et abaisseurs de la mâchoire; mais, par le genre de vie des Felis, ces muscles ont dû être très-développés, très-puissants. La langue est mise en mouvement par deux ordres de muscles : les uns, qu'on nomme extrinsèques, prenant leur point fixe sur quelque partie extérieure à cet organe, et les autres, ou les intrinsèques, constituant la masse même de la langue, et lui faisant exécuter des mouvements sur elle-même. Les muscles du voile du palais ont une disposition particulière. On retrouve, parmi les muscles qui meuvent le pharynx, tous ceux qu'on remarque chez l'homme, et quelques-uns de plus qui existent bien aussi chez ce dernier, mais moins distinctement, ou qui ont été décrits comme faisant partie d’autres muscles; tels sont le génio-pharyngien et le glosso-pharyngien : tous ces muscles peuvent se distinguer en prétracteurs, élévateurs et constricteurs. Les muscles de l’hyoïde et du larynx sont assez nombreux, et quelques-uns sont communs à ces deux organes. La tête étant mobile dans tous les sens par la combinaison des mouvements qu’elle peut exécuter sur l’atlas et l'axis, les divers muscles qui entourent ces articulations et qui se fixent, soit à la tête, soit à l’atlas, peuvent être distribués en quatre ordres : les extenseurs, les fléchisseurs latéraux, les fléchisseurs directs et les rotateurs.
Les muscles qui meuvent les diverses parties du trone sont distribués en six régions principales particulières : celles des téguments, du rachis, du thorax, de l'abdomen, de l'anus, des organes urinaires et des parties génitales. Il y a quatre muscles bien distincts et bien développés qui meuvent la peau du tronc; ce sont des contracteurs. Les vertèbres étant plus ou moins mobiles en tous sens, leurs muscles se partagent de là en ceux qui les portent en dessus, ou les extenseurs; en ceux qui les portent de côté, ou les fléchisseurs latéraux; en ceux qui les fléchissent en dessous; et, enfin, en ceux qui leur font éprouver un mouvement de rotation : ces muscles sont puissants dans le Chat, et cela se conçoit, car il meut avec une assez grande facilité les diverses parties de sa colonne vertébrale et spécialement sa queue. Les côtes ont des muscles protracteurs et rétracteurs. Relativement aux muscles moteurs du sternum, on peut remarquer qu'outre l’analogue du muscle triangulaire de l'homme, il existe encore, chez le Chat, un second moteur propre du sternum, placé en dehors de la poitrine, et qui a la même fonction, celle de porter le sternum en avant, en rendant plus aigu l'angle que les côtes font avec lui, tandis que le sternum est porté en arrièrespar le droit abdominal : les autres mouvements de cette chaîne d'os sont impossibles, et les muscles se distinguent de là exclusivement en prétracteurs et en rétracteurs.
Relativement aux muscles moteurs de la respiration, on peut dire que, dans le Chat, il n’y a qu'un seul muscle essentiellement inspirateur, le diaphragme, et point d’expirateur, excepté dans des circonstances où la respiration devient pénible.
“anboty,y nv assey7
Plusieurs muscles peuvent mouvoir Pabdomen; ces muscles sont tous constricteurs, mais la dilatation du ventre peut être aussi produite par des museles qui agissent sur les fausses côtes en les portant en arrière.
Il y a des muscles spéciaux de l'anus, des organes urinaires et des organes génitaux, et ces derniers différent dans les deux sexes de la même espèce.
Fig. 94. — Chat domestique.
Les muscles des membres sont puissants, quoique cependant assez peu développés. Les os de l'épaule, lomoplate et la clavicule, étant librement suspendus dans les chairs, sont mobiles dans tous les sens; toutefois, comme la première est appliquée contre le thorax, elle ne peut se mouvoir que dans un plan vertical, d’où ces muscles se distinguent en prétracteurs, élévateurs, rétracteurs et abaisseurs, La elavicule est réduite à un petit osselet suspendu dans un repli où plusieurs muscles se rencontrent, mais sur lesquels elle n’a aucune influence, et il en résulte qu’elle n’a pas de muscles qui lui soient propres. L'avant-bras, étant uni à l’humérus par une articulation ginglymoïdale, ne peut se mouvoir que dans deux sens opposés, en avant et en arrière, ou en flexion et en extension; mais les deux os qui entrent dans sa compositica se meuvent en outre l’un sur l’autre en supination et en pronation; il existe de là quatre espèces de muscles, des extenseurs, des fléchisseurs, des supinateurs et des pronateurs. Dans le Ghat, la main est mobile en tous sens, cependant plus fortement en avant eten arrière que de côté, où le mouvement est très-borné : cette partie du membre reçoit aussi quatre espèces de muscles : des extenseurs, qui la portent en avant: des abducteurs, qui la portent en dehors, des fléchisseurs qui la plient en arrière, et, enfin, des adducteurs, qui l'inclinent en dedans.
Quoiqu'il y ait une très-grande ressemblance entre les membres postérieurs et antérieurs, tant sous le rapport des os que sous celui des muscles, les différences sont cependant encore assez considé-
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rables, surtout dans les parties les plus proches du tronc. En effet, quoique les os du bassin et celui de l'épaule soient bien évidemment les analogues les uns des autres, les différences qu’ils présentent sont toutefois fort grandes, et elles sont encore plus sensibles relativement aux muscles : ceux mouvant l'épaule étant très-nombreux et fort développés, tandis que les muscles fixés au bassin, qu'on doit leur comparer, sont plutôt des moteurs de la colonne vertébrale, le bassin étant à peu près immobile. Quant aux analogues des muscles moteurs de l’humérus, ils doivent nécessairement être ceux qui meuvent le fémur; et ceux de l'avant-bras, de la main et des doigts, sont ceux de la jambe, du pied et des orteils, parties entre lesquelles il y a, au contraire, beaucoup de ressemblance, comme aussi des différences notables.
La cuisse étant, comme dans l'homme, susceptible d’un mouvement de circumduction, les muscles qui la meuvent peuvent de là être distingués en extenseurs, fléchisseurs, adducteurs, rotateurs en dedans et rotateurs en dehors; mais, comme la cuisse, dans l’état de station, est fortement fléchie en avant, tandis qu’elle est en extension chez l’homme, les fonctions de plusieurs de ses muscles ne sont pas les mêmes dans les deux espèces.
Dans la jambe, nous trouvons des muscles produisant des mouvements d'extension, de flexion et de rotation : la supination et la pronation sont impossibles.
Les muscles du pied se distinguent en muscles moteurs du cou-de-pied et de ses parties, et en moteurs des orteils. Relativement aux muscles du cou-de-pied, on peut remarquer que plusieurs des muscles moteurs du pied, prenant leur attache sur le fémur, contribuent beaucoup aux mouvements de la jambe, et, par contre, d’autres, spécialement destinés aux mouvements des orteils, contribuent à leur tour aux mouvements du pied, prenant leur point fixe sur la jambe. Le pied peut exécuter des mouvements d'extension et de flexion, et des mouvements latéraux d’abduction et d’adduction; mais ces derniers sont plus bornés.
Les muscles qui meuvent les orteils sont aussi nombreux que ceux qui meuvent les doigts, avec lesquels ils ont la plus grande analogie, tant par leur fonction que par leur forme et leur disposition, surtout dans leur partie podale, et se distinguent de même en extenseurs, abducteurs, fléchisseurs et adducteurs.
Nous avons cherché à donner, d’après M. Straus-Durbkeim. une idée générale de l'ensemble du système locomoteur du Ghat domestique, et ce que nous avons dit peut, à quelques remarques près, s'appliquer non-seulement à tous les Felis, mais même à presque tous les Carnassiers. C’est pour cela que nous nous sommes autant étendu sur ce point purement d'anatomie comparée, un autre but que nous nous proposions était de faire brièvement connaître l'ouvrage si peu répandu de M. Straus- Durhkeim, dans lequel, quoique nous soyons loin d'adopter toutes les idées de l'auteur, nous avons trouvé des remarques du plus haut intérêt, et qui sont, pour la première fois, introduites dans la science de l’organisation.
Après cette description anatomique, peut-être un peu trop longue, revenons à la partie zoologique, proprement dite, du Chat domestique.
Du Chat sauvage, que l'on peut spécialement nommer Felis catus ferus, Schreber, et qui est le même que le Manal de Pallas, et peut-être de son croisement avec quelques espèces voisines, sont provenues de nombreuses variétés et races, que l’on a parfois regardées comme constituant des espèces particulières, parce qu’elles présentent des caractères tranchés et assez constants, mais dont la plus grande partie, devenue domestique depuis un grand nombre d'années, et qui s’est répandue partout, ne présente guère plus de caractères distinctifs, et passe, d’une manière insensible, d'une variété à une autre, et même d'une race à l’autre.
Les races les plus caractérisées sont :
À. CHAT DOMESTIQUE TIGRE. 'elis catus domesticus, Linné. CARACTÈRES DISTINCTIFS.
Pelage très-analoque à celui du Chat sauvage; lèvres et plantes des pieds constamment noires; selon les divers individus, il y a des différences notables dans le nombre des taches des flancs et des
anneaux noirs «de la queue, mais le front et les joues ont de petites bandes disposées comme celles du Chat sauvage, et le bout de la queue est noir.
Cette variété, moins carnassière que le Chat sauvage, a les intestins proportionnellement plus longs que les siens. Elle est plus défiante que les autres races, et conserve les habitudes sauvages de sa souche primitive, dont elle est très-rapprochée.
B. cHar D'espaGne. Felis catus Hispanicus, Linné.
CARACTÈRES DISTINCTIFS
Poil assez court, brillant; pieds et lèvres couleur de chair; robe tachée par plaques irrégu-
lières de blanc pur, de roux vif et de noir foncé, et quelquefois ne présentant que deux de ces couleurs.
Cette variété, qui est la même que le Felis catus maculatus, Boddaërt et Linné, est assez répandue dans nos maisons en Europe. Une remarque intéressante, faite par A. G. Desmarest, est que les individus qui offrent à la fois les trois couleurs que nous avons indiquées, c'est-à-dire le blanc, le roux et le noir, sont constamment des femelles; toutefois, il paraîtrait probablement, d’après Bory De Saint- Vincent, qu'en Espagne et en Portugal on aurait vu quelques mâles dont la robe était également tricolore.