‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 4)Chapitre 72 sur 129 · C. CHAT DES cHaRTREUx. Felès catus cœruleus, Linné · texte numérisé non relu

C. CHAT DES cHaRTREUx. Felès catus cœruleus, Linné

CARACTÈRES DISTINCTIFS

Poil très-fin, un peu long, partout d'une belle couleur gris ardoisé uniforme; lèvres et plante des pieds noires. :

Cette race, après celle du Chat tigré, est la plus rapprochée de la race sauvage; elle est trèsalerte.

D. cHar p'ancona. Felis catus Angorensis, Linné.

CARACTÈRES DISTINCTIFS

Poil du corps doux, soyeux, très-long, surtout autour du cou, sous le ventre et à la queue; poils de la tête et des pattes courts; couleur blanche, gris pâle, fauve pale, ou mélangée par plaques irrégulières.

Cette race, très-éloignée du type primitif, ne présente point les mœurs carnassières ni la vivacité du Chat tigré; elle est indolente, dormeuse et malpropre. Elle est originaire d’Angora, en Natalie, patrie de plusieurs races de Mammifères à poils longs et soyeux.

Ces différentes races, par leur mélange, produisent une foule de sous-variétés, qui toutes ont des traits confondus et affaiblis des variétés dont elles proviennent. Les plus curieuses, toutefois, sont celles des Chats tout blancs ou des Chats tout noirs, et à poils non soyeux.

Parmi les autres races, nous citerons seulement les suivantes, car nous indiquerons comme espèces distinctes plusieurs des variétés que Lesson y a réunies. Ce sont :

4° Le Chat roux de Tobolsk, indiqué par Gmelin;

9 Le Chat à orcilles pendantes, à poils fins et longs, noirs ou jaunes, qui se trouve en domesticité en Chine, dans la province de Pé-chi-y, et qui est probablement le Felis Sinensis, Neuhmann;

3° Le Chat du Charazan, en Perse, à poils longs, doux et fins, comme celui du Chat d’Angora, et de couleur grise comme la robe du Chat des Chartreux; d’où Buffon conclut que ces trois races n'en font qu'une seule;

4 Le Chat gris-bleu où ardoisé, du cap de Bonne-Espérance, mentionné par Kolbe, et que Buffon rapporte aussi à la même race que la précédente;

5° Le Chat rouge où Felis domesticus ruber, Gmelin, indiqué également par Kolbe, provenant aussi du cap de Bonne-Espérance, et remarquable par une ligne rousse qui s’étend tout le long du dos et qui commence à la tête;

6° Le Chat de Pensa, propre à la Russie, cité par Pallas et très-peu connu;

7 Le Chat de Madagascar où Suca, de Flacourt, qui s’accouple avec les autrés, et qui, dit-on, est caractérisé par sa queue tortillée ; fait qui est loin d'être prouvé.

8° Le Chat du Japon ou Felis Japonica, Kæmpfer, indiqué récemment, et non suffisamment connu.

On observe chez les Chats plusieurs degrés de domesticité : ceux qui sont le plus près de la race sauvage par leur conformation le sont aussi par leur naturel défiant et farouche.

« La domesticité des Chats, fait remarquer Fr. Cuvier, ne semble pas remonter à des temps trèséloignés, en Europe, du moins. Il paraïîtrait que les Grecs les connaissaient assez peu; Aristote n’en a dit que quelques mots, et il en est de même des autres auteurs de ce temps qui ont traité de l’histoire naturelle : cependant ils étaient communs chez les Égyptiens. Mais d’où ce peuple les connaissait-il? Ces animaux ont été transportés par les Européens dans toutes les contrées de la terre, et ils n'ont éprouvé qu'une légère influence de la diversité des climats. Bosmann dit que, sur les côtes de Guinée, ils sontencore comme ceux de Hollande; les races d'Amérique, qui paraissent venir des Chats d'Espagne, sont toujours les mêmes que les nôtres, et ceux de l’Inde et de Madagascar n’ont point éprouvé de changements importants.

« L'éducation a, au contraire, diversifié les Chats domestiques à l'infini; tant sous le point de vue physique que sous le point de vue moral.

« Si les uns, dit Fr. Cuvier, sont des fripons incorrigibles, d'autres vivent au milieu des offices et des basses-cours, sans être jamais tentés de rien dérober, et l’on en voit qui suivent une Marte, comme le ferait un Chien. Ce haut degré de domesticité de certains Chats est, sans contredit, l'exemple le plus remarquable de la puissance de l’homme sur les animaux, de la flexibilité de leur nature, des ressources nombreuses qui leur ont été données pour se ployer aux circonstances, et pour se modifier suivant les causes qui agissent sur eux. Je ne crois pas, en effet, que, excepté chez les Chats, nos soins aient développé entièrement et presque créé une qualité nouvelle dans nos animaux domestiques : nous avons étendu, perfectionné celles qu'ils avaient reçues de la nature, et surtout celles qui les portent à l'affection. Avant l’état où nous les avons réduits, ils sont entraînés par un sentiment naturel à vivre avec leurs semblables, à s'attacher les uns aux autres; à s’entr'aider mutellement. Nous ne sommes devenus pour eux, en quelque sorte, que d’autres individus de leur espèce : seulement nous avons pris sur ces animaux l'empire qu'auraient pris, mais à un moindre degré, les individus qui parmi eux auraient été les plus heureusement organisés. Les Chats étaient poussés, par leur naturel, à vivre seuls; une profonde défiance les suivait partout; rien ne les portait à s'attacher à notre espèce; on n’apercevait en eux aucun germe de sentiments affectueux; cependant quelques races sont profondément domestiques, et ont un besoin extrême de la société des hommes. C'est surtout chez les femelles que ce besoin-là se manifeste : aussi je serais disposé à trouver l’origine de leur domesticité dans l’affection de celles-ci pour leurs petits, et il est à remarquer que les mäles sont beaucoup moins dépendants qu'elles. I semblerait que la domesticité de ceux-ci ne participe plus de celle de leur mère, n’a pour cause que l'influence que sa nature, modifiée par nous, a

exercée sur la leur, et non point cette disposition profonde et indestructible sur laquelle, par exemple, est fondée la sociabilité du Chien. »

Les mâles et les femelles, hors le temps des amours, n'ont que peu de rapports entre eux. Ces dernières sont plus sédentaires. Elles font le plus habituellement deux portées par an, au printemps et en automne, et quelquefois trois, après une gestation de cinquante-cinq ou cinquante-six jours, et ces portées sont composées chacune de quatre à cinq petits. Ceux-ci sont allaités pendant plusieurs semaines, et pour l'ordinaire soignés avec une grande tendresse par leur mère, qui leur apporte des Souris, de petits Oiseaux, ete., et les dresse à la chasse. Les mâles, au contraire, sont sujets à dévorer leur progéniture. Les jeunes Chats sont très-joueurs, et s'occupent continuellement à guetter l'objet qui sert à leur amusement, comme si c’était une proie, et à sauter brusquement dessus : ils sont très-adroits pour saisir ainsi les Oiseaux. les Souris, les petits animaux et jusqu’à certains Insectes.

Les Chats sont observateurs et n’entrent jamais dans un endroit qu'ils n’ont pas encore parcouru sans en faire une visite exacte. Ils aiment la chaleur en hiver, et, au contraire, recherchent en été les lieux les plus frais pour y dormir. Leur sommeil est généralement très-léger, et le moindre bruit les éveille. Adultes à l’âge de quinze mois, et quelquefois même plus tôt, les mâles se battent entre eux pour se disputer la possession des femelles. Dans leurs combats, ils font entendre une voix entrecoupée de sons rauques ou plaintifs, de faux sifflements : alors ils répandent une odeur de choux gâtés ou de mauvais muse particulière.

Quand on les caresse, ils expriment leur contentement par un bruit analogue à celui d'un rouet, et dont on n’a pas expliqué la production d'une manière bien satisfaisante. Le mouvement balancé de leur queue est, chez eux, un signe de colère ou d'impatience, et, lorsqu'ils sont surpris, ils relèvent leur dos en are, s'élèvent tant qu'ils peuvent sur les pattes, hérissent leurs poils et gonflent leur queue, qu'ils laissent pendre, ou plutôt qu'ils balancent de droite à gauche, ou de gauche à droite. Îs ont un goût passionné pour certaines plantes odorantes, et notamment pour la valériane et le chataire : quand ils en trouvent, ils se frottent dessus avec délices.

Ils sont très-propres et ne manquent jamais de se lécher après avoir pris leur nourriture, et de lustrer très-souvent leur robe avec leur salive. Ils ont aussi le plus grand soin d'enterrer leurs excréments et de les couvrir de poussière ou de cendre. Leur urine est très-puante, surtout chez les mâles, qui la lancent en arrière, et sans s’accroupir comme les femelles et les jeunes.

Ces animaux, d'un caractère plein d'indépendance, sont en général, assure-t-on, plus attachés aux habitations qu'aux hommes, et on les a vus quelquefois revenir de plus d’une lieue dans l’ancien domicile dont on les avait écartés. Ils font ces voyages de nuit et se dirigent alors plutôt par la vue que par l’odorat. La durée moyenne de la vie des Chats est de quinze ans environ; mais quelques individus vivent plus longtemps; et nous en avons possédé un qui avait plus de vingt-deux ans.

La langue du Chat domestique est mince et large à son extrémité; elle est hérissée de petites pointes qui la rendent très-rude, particulièrement lorsqu'elle n'est pas humectée d'une salive abondante. Leurs pattes de devant sont divisées en cinq doigts, et celles de derrière en quatre seulement; les ongles sont crochus, longs et aigus; le Chat les retire à volonté et les tient cachés dans leurs étuis, de sorte qu'ils ne s’usent pas en marchant, et l'animal ne les fait sortir que lorsqu'il veut saisir une proie, se défendre ou attaquer, ou bien s'empêcher de glisser. La manière dont les femelles transportent leurs petits est curieuse à étudier : d'abord elles les lèchent dessous le cou, comme pour les préparer à être saisis par la même partie; elles les serrent ensuite avec leur gueule, de façon à ne pas les laisser échapper, mais pas assez fortement pour les faire crier; ainsi chargées, elles marchent la tête haute, afin que le petit ne frappe pas contre terre, et celui-ci ne fait aucun mouvement et laisse pendre son corps et ses pattes comme s’il était mort; la Chatte, en le déposant dans l'endroit qu’elle à choisi pour lui, le lèche de nouveau sous le cou. Lorsque les petits commencent à marcher, la mère les accompagne partout, les appelle près d'elle par un miaulement doux et particulier; lorsqu'ils ne répondent pas, elle miaule de nouveau : sa physionomie prend un caractère d'inquiétude; elle fait quelques pas dans le chemin qu’elle voudrait leur faire suivre, les appelle encore, et revient à eux; elle tâche de les emporter; s'ils sont déjà un peu grands, elle les traine les uns après les autres, et se repose de temps en temps. Si quelque ennemi paraît, un Chien, par exemple, la femelle défena ses petits avec fureur. Toutefois les femelles se prêtent assez souvent à nourrir de jeunes animaux d’un tout autre genre, et même d'espèces qui leur sont naturellement ennemies.

Ua murmure court et continu est l’expression de contentement, de l'affection et même des désirs des Chats. Is ont encore une autre manière de marquer les sensations agréables qu'ils éprouvent, en élargissant les doigts, et en posant et relevant alternativement les pieds de devant; mais cette espèce de pétrissement n’a lieu que lorsqu'ils se trouvent sur quelque meuble mollet, comme un coussin, un lit, ou qu'ils appuient leurs pieds sur les vêtements ou sur l'objet qu'ils caressent. Les petits Chats, dans le moment où ils tettent avec le plus de plaisir, pressent de la même manière les mamelles de leur mère. L'agitation de la queue est un signe de colère ou de passion violente dans les Chats; ils la tiennent relevée et droite en marchant vers un objet qui les flatte: lorsqu'ils sont assis, ils la font habituellement revenir en rond sur leurs pattes de devant, et, lorsqu'on les retient de force, ils témoignent leur impatience par le mouvement de balancement qu'ils donnent à son extrémité. Ces animaux regardent en général les Chiens comme leurs ennemis les plus redoutables ; cependant, élevés jeunes ensemble et toujours dans les mêmes maisons, ces deux Carnassiers finissent par s'entendre très-bien et par Jouer presque continuellement les uns avec les autres. Les Chats marchent légèrement, presque toujours en silence et sans faire aucun bruit. Dans leurs courses sur les toits les plus escarpés, ils sont exposés à tomber de très-haut; mais, lorsqu'ils tombent d’euxmêmes, ils se trouvent presque constamment sur leurs pieds, de sorte que souvent la chute est pour eux sans danger. Après avoir mangé, les Chats passent leur langue de chaque côté des mâchoires et sur leurs moustaches pour les nettoyer. Comme ils ne peuvent atteindre de leur langue les côtés de la tête, ils mouillent une patte de leur salive, et la frottent ensuite sur ces parties pour les lustrer. A la sortie de leurs dernières dents, les jeunes Chats sont ordinairement malades : on les voit alors souffrir beaucoup, languir et maigrir Ils sont sujets aux vomissements, qu'ils font précéder de cris douloureux : ils font de grands efforts pour vomir. De même que les Chiens, ils mangent du chiendent et quelques autres Graminées.

Le Chat était, parmi les Mammifères, celui dont les Égyptiens punissaient le plus sévèrement la mort, soit qu'on l'eût donnée par inadvertance, soit de propos délibéré. On était toujours criminel quand on tuait un Chat, et ce crime ne s’expiait que par les plus cruels supplices. Hérodote dit même que, quand le Chat meurt d’une mort naturelle, tous les gens de la maison où cet accident est arrivé se rasent les sourcils en signe de tristesse. On embaumait le Chat et on l'ensevelissait à Bubastis, actuellement Bacta. La vénération des Égyptiens pour cet animal était fondée en partie sur l'opinion qu'ils avaient qu'Isis, la Diane des Grecs, voulant éviter la fureur de Typhon et des Géants, s'était cachée sous la figure du Chat. Ils représentent leur dieu Chat tantôt avec sa forme naturelle, et tantôt avec un corps d'homme portant une tête de Chat. Il semble que les Grecs ne connaissaient pas ce Carnassier.

Les Chats domestiques ont été transportés dans toutes les contrées de la terre, et S'y sont partout conservés avec des caractères à peu près constants.

Buffon à évidemment chargé de sombres couleurs le portrait du Chat, pour faire valoir celui du Chien. En effet, ainsi que le fait observer M. Boitard, auquel nous empruntons ce passage : « cet animal est d’un caractère timide; il devient sauvage par poltronnerie, défiant par faiblesse, rusé par nécessité, et voleur par besoin : il n'est jamais méchant que lorsqu'il est en colère, et jamais en colère que lorsqu'il croit sa vie menacée; mais alors il devient dangereux, parce que sa fureur est celle du désespoir, et qu'alors il combat avec tout le courage des Tâches poussés à bout. Forcé, dans la domesticité, de vivre continuellement en société du Chien, son plus cruel ennemi, sa méfiance naturelle a dû augmenter, et é’est probablement à cela qu'il faut attribuer ee que Buffon appelle sa fausseté, sa marche insidieuse, et il a conservé de son indépendance tout ce qu'il lui en fallait pour assurer son existence dans la position que nous lui avons faite, et, si l'on rend cette position meilleure, comme à Paris, par exemple, où le peuple aime les animaux, il abandonne aussi une partie de son indépendance en proportion de ce qu'on lui donnera en affection. »

Malgré ce que nous venons de dire, et quoique nous y trouvions aussi un peu d’exagération, nous ne devons pas moins rapporter quelques-unes des pages de Buffon sur le Chat domestique, et nos lecteurs pourront d'eux-mêmes rétablir les inexactitudes qu'il a pu commettre.

« Le Chat est un domestique infidèle, qu'on ne garde que par nécessité, pour lopposer à un autre ennemi domestique encore plus incommode, et qu'on ne peut chasser; car nous ne comptons pas les gens qui. ayant du goût pour toutes les bêtes, n’élèvent des Chats que pour S'en amuser : Pun est

l'usage, l'autre l'abus; et quoique ces animaux, surtout quand ils sont jeunes, aient de la gentillesse, ils ont en même temps une malice innée, un caractère faux, un naturel pervers, que l'âge augmente encore et que l'éducation ne fait que masquer. De voleurs déterminés, ils deviennent seulement, lorsqu'ils sont bien élevés, souples et flatteurs comme les fripons; ils ont la même adresse, la même subtilité, le même goût pour faire le mal, le même penchant à la petite rapine; comme eux, ils savent couvrir leur marche, dissimuler leur dessein, épier les occasions, attendre, choisir, saisir l'instant de faire leur coup, se dérober ensuite au châtiment, fuir et demeurer éloignés jusqu'à ce qu'on les rappelle. Ils prennent aisément des habitudes de société, mais jamais des mœurs : ils n’ont que l'apparence de l'attachement; on le voit à leurs mouvements obliques, à leurs yeux équivoques; ils ne regardent jamais en face la personne aimée; soit défiance ou fausseté, ils prennent des détours pour en approcher, pour chercher des caresses auxquelles ils ne sont sensibles que pour le plaisir qu’elles leur font. Bien différent de cet animal fidèle dont tous les sentiments se rapportent à la personne de son maitre, le Chat paraît ne sentir que pour soi, n'aimer que sous condition, nese prêter au commerce que pour en abuser; et, par cette convenance de naturel, il est moins incompatible avec l'homme qu'avec le Chien, dans lequel tout est sincère.

« La forme du corps et le tempérament sont d'accord avec le naturel; Le Chat est joli, léger, adroit, propre et voluptueux; il aime ses aises, il cherche les meubles les plus mollets pour s’y reposer et S'ébattre : il est aussi très-porté à l'amour, et, ce qui est rare dans les animaux, la femelle paraît être plus ardente que le mäle; elle l'invite, elle le cherche, elle l'appelle, elle annonce par de hauts cris la fureur de ses désirs, ou plutôt l'excès de ses besoins; et, lorsque le mâle la suit ou la dédaigne, elle le poursuit, le mord, et le force, pour ainsi dire, à la satisfaire, quoique les approches soient toujours accompagnées d'une vive douleur. La chaleur dure neuf ou dix jours, et n'arrive que dans des temps marqués. Comme les mäles sont sujets à dévorer leur progéniture, les femelles se cachent pour mettre bas; et, lorsqu'elles craignent qu'on ne découvre ou qu'on n’enlève leurs petits, elles Les transportent dans des trous et dans d’autres lieux ignorés ou inaccessibles; et, après les avoir allaités pendant quelques semaines, elles leur apportent de petits animaux, et les accoutument de bonne heure à manger de la chair : mais, par une bizarrerie difficile à comprendre, ces mêmes mères, si soigneuses et si tendres, deviennent quelquefois cruelles, dénaturées, et dévorent aussi leurs petits, qui leur étaient si chers. À

« Les jeunes Chats sont gais, vifs, jolis, et seraient aussi très-propres à amuser les enfants si les coups de patte n'étaient pas à craindre; mais leur badinage, quoique toujours agréable et léger, n’est jamais innocent, et bientôt se tourne en malice habituelle; et, comme ils ne peuvent exercer ces talents avec quelque avantage que sur les plus petits animaux, ils se mettent à l'affût près d’une cage, ils épient les Oiseaux, les Souris, les Rats, et deviennent d'eux-mêmes, et sans y être dressés, plus habiles à la chasse que les Chiens les mieux instruits. Leur naturel, ennemi de toute contrainte, les rend incapables d’une éducation suivie. On raconte néanmoins que des moines grecs de l'ile de Chypres avaient dressé des Chats à chasser, prendre et tuer les Serpents dont cette ile était infestée; mais c'était plutôt par le goût général qu'ils ont pour la destruction que par obéissance qu'ils chassaient; car ils se plaisent à épier, attaquer et détruire assez indifféremment tous les animaux faibles, comme les Oiseaux, les jeunes Lapins, les Levrauts, les Rats, les Souris, les Mulots, les Chauve- Souris, les Taupes, les Crapauds, les Grenouilles, les Lézards et les Serpents. [ls n’ont aucune docilité, ils manquent aussi de la finesse de l’odorat, qui, dans le Chien, sont deux qualités éminentes; aussi ne poursuivent-ils pas les animaux qu'ils ne voient plus, ils ne les chassent pas, mais ils les attendent, les attaquent par surprise, et, après s'en être joués longtemps, ils les tuent sans aucune nécessité, lors même qu'ils sont les mieux nourris et qu'ils n’ont aucun besoin de cette proie pour satisfaire leur appétit.

« La cause physique la plus immédiate de ce penchant qu'ils ont à épier et à surprendre les autres animaux vient de l'avantage que leur donne la conformation particulière de leurs yeux. La pupille dans l’homme, comme dans la plupart des animaux, est capable d’un certain degré de contraction et de dilatation; elle s’élargit un peu lorsque la lumière manque, et se retrécit lorsqu'elle devient trop vive; dans l'œil du Chat et des Oiseaux de proie, cette contraction et cette dilatation sont si considérables, que la pupille, qui dans l'obscurité est ronde et large, devient au grand jour longue et étroite comme une ligne, et dès lors ces animaux voient mieux la nuit que le jour, comme on le remarque

dans les Chouettes, dans les Hiboux, ete.; car la forme de la pupille est toujours ronde dès qu'elle n’est pas contractée. [ ÿ a donc contraction continuelle dans l'œil du Chat pendant le jour, et ce n’est, pour ainsi dire, que par effort qu'il voit à une grande lumière : au lieu que, dans le crépuscule, la pupille reprenant son état naturel, il voit parfaitement, et profite de cet avantage pour reconnaitre, attaquer et surprendre les autres animaux.

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