‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 5)Chapitre 15 sur 62 · BUSE COMMUNE. BUTEO VULGARIS · texte numérisé non relu

BUSE COMMUNE. BUTEO VULGARIS

La Buse a les parties supérieures, le cou et la poitrine, d'un brun foncé; la gorge et le ventre d'un gris brun, mais varié de taches d'un brun plus sombre; la queue faiblement arrondie, portant douze bandes transversales; le bec couleur de plomb; la cire, les iris et les pieds, jaunes. Taille : 0m,55 àOm,60; envergure : im,30 à lm,40

Habite l'Europe

Les individus de cette espèce varient considérablement. Ils difterent particulièrement dans les nuances brunes plus ou moins foncées des parties supérieures; tandis que les inférieures varient pour le plus ou le moins de taches blanches, et pour leur forme et leur distribution. Les vieux ontrouvent tout le plumage d'un brun très-foncé; la gorge blanchâtre, avec de petites raies longi-

(udinales brunes; sur le milieu du ventre, quelques bandes transversales blanches; des bandes jaunâtres vers l'abdomen.

Les jeunes de l'année ont le fond du plumage d'un brun clair, varié de blanchâtre ou de jaunâtre; la gorge blanche, avec des taches longitudinales; les plumes de la poitrine bordées de blanc; le milieu du ventre blanchâtre, avec de grandes taches longitudinales, ovales ou cordiformes.

Parmi les variétés, on doit placer le Busardet des auteurs; je puis assurer que cette espèce prétendue n'est qu'une variété plus ou moins blanche de la Ruse commune; elle a, le plus souvent, le corps blanc, marqué de grandes taches brunes, et la queue de couleur obscure, rayée et tachée de roux et de brun. (Temjiinck.)

Cette espèce est très-répandue en Europe : on l'a vue en Barbarie, et elle se trouve vraisemblable ment dans d'autres contrées de l'Afrique. Les Cailles. les Perdreaux, les jeunes Lièvres, les Lapins, sont, en été, sa proie la plus ordinaire, et, dans la même saison, elle dévaste les nids des autres Oiseaux. A défaut de gibier, les Taupes, lesMulots, les Grenouilles, les Sauterelles et d'autres Insectes, assouvissent sa faim. La Ruse rend, sous ce rapport, des services ù l'agriculture; et de jeunes Ruses, élevées avec de la viande hachée, pourraient aussi être employées à la destruction des Vers et des Insectes nuisibles dans les jardins, si elles n'attaquaient de même les petits Oiseaux qui les égayent par leur chant.

La Ruse plane quelquefois, sans agilité, au-dessus des petits taillis pour découvrir le menu gibier; mais, dans les champs, elle aime à se poser sur un arbre, un buisson, une motte de terre, où elle attend le moment de se jeter sur la proie qui passe à sa portée. C'est sur les arbres élevés qu'elle construit son aire, qui est composée de petites branches, et garnie de laine ou d'autres matières molles; souvent elle s'empare d'un nid de Corneille, qu'elle agrandit. Elle nourrit ses petits plus longtemps que les autres Accipitres; et Ray prétend même que, si la mère est tuée, le mâle leur continue ses soins jusqu'au moment où ils peuvent s'en passer. Lorsque ceux-ci ont pris leur essor, on leur entend sans cesse jeter des cris aigres et plaintifs. (Duhont.)

Les Ruses ont une forme trapue, l'air indolent, le vol lourd et pesant; elles fréquentent les bois plutôt que les plaines ou les montagnes.

Elles se réunissent parfois en bandes, dans certaines contrées désertes de la Champagne, par exemple, vers le milieu de l'automne, et peu avant le coucher du soleil, pour chasser de petits Oiseaux, tels que Pitpits et Alouettes. Après les avoir rabattus au vol vers la terre, et les avoir en quelque sorte étourdis, elles se disposent cireulairement, en vrais rabatteurs, sur les différentes roches ou aspérités entourant la localité; puis, rétrécissant progressivement leur cercle, elles finissent par s'en emparer, et il en est toujours fort peu qui parviennent à se soustraire â cette chasse d'un genre tout particulier.

Elles nichent tantôt sur les arbres, tantôt sur les rochers ou au bord des ravins et dans les buissons. Leur nid est souvent garni, â l'intérieur, de plumes et de duvet.

Elles pondent trois ou quatre œufs, dont la forme est généralement d'un ovale presque parfait, plus ou moins renfléversle centre, et ayant rarement l'un de leurs bouts sensiblement plus aigu quel'autre; la coquille d'un grain assez lin, légèrement bleuâtre dans sou épaisseur, et extérieurement peu poreuse, unie, mate et presque sans aucun reflet, la couleur d'un blanc très-légèrement bleuâtre, fort souvent uni et sans la moindre tache : c'est alors le premier, et plus souvent le dernier pondu d'une couvée

Tantôt maculé de quelques taches rares d'un brun de rouille très-léger, et d'autres d'un gris lilas, ressemblant à des gouttes tombées du sommet de l'oeuf vers sa base, et augmentant graduellement de densité dans le même sens.

Tantôt légèrement rosé vers le gros bout, et clair-semé de nombreux petits points d'un brun rougeâtre et de quelques gouttes plus rares d'un gris lilas vaporeux, et se perdant insensiblement dans le fond blanc de la coquille; les unes et les autres plus fréquentes au gros bout qu'à la pointe.

Tantôt présentant relativement les mêmes caractères que chacune de ces deux dernières descriptions; mais, dans Tune et dans l'autre, beaucoup plus faibles et bien moins prononcées : c'est alors i'œuf de la Ruse changeante (Butco mutons) de Vieillot, variété non admise comme espèce par les ornithologistes.

Tantôt légèrement onde de brunâtre, et maculé, dans le. premier tiers de la longueur de l'œuf, de larhes rares d'un brun rougeâlre, qui vont en se rapprochant graduellement les unes des autres

en descendant vers la base, où elles finissent par ne plus figurer qu'une seule teinte uniformément brune.

Tantôt, enfin, plus ou moins régulièrement et uniformément maculé de taches d'un brun légèrement rougeâtre, en forme dégouttes partant (verticalement au grand axe de l'œuf) du sommet vers la base, et augmentant dans ce sens en nombre et en densité au point de donner à cette dernière portion de l'œuf, par leur réunion, l'apparence d'une teinte uniformément brune : c'est encore alors la Buse à poitrine barrée (Buieo fasciatus) de Vieillot, variété également rejetée de la science ■ comme espèce.

Grand diamètre, de 0m,057 a 0m,058; petit diamètre, de 0m,0i5 à 0m,047.

Nous n'avons pas besoin d'ajouter que ces descriptions, auxquelles nous venons de nous livrer sans y attacher aucune importance spécifique, ne constituent et n'établissent que des variétés de la même espèce, la Buse commune, résultant uniquement, d'après les noms mêmes qu'il a plu à Vieillot de donner aux individus dont ils proviennent, de l'âge auquel ces individus les ont pondus.

L'œuf de la Buse rounoir (Butco jaekal) offre, presque identiquement, les mêmes caractères.

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Fig 58. —

Buse commune.

Buffon, à l'appui de ses réflexions sur l'instinct ou l'éducabilitè des Oiseaux, cite le fait suivant, relatif a une Buse commune.

On m'apporta, dit M. Fontaine, curé de Saint-Pierre de Belesme (dans une lettre adressée à l'illustre naturaliste, en date du 28 janvier 1778), une Buse prise au piège; elle était d'abord extrêmement farouche, et même cruelle; j'entrepris de l'apprivoiser, et j'en vins à bout en la laissant jeûner et la contraignant de venir prendre sa nourriture dans ma main; je parvins, par ce moyen, à la rendre très-familière, et, après l'avoir tenue enfermée pendant environ six semaines, je commençai à lui laisser un peu de liberté, avec la précaution de lui lier ensemble les deux fouets de l'aile; dans cet état, elle se promenait dans mon jardin, et revenait quand je l'appelais pour prendre sa nourriture. Au bout de quelque temps, lorsque je me crus assuré de sa fidélité, je lui ôtai ses liens, je lui attachai un grelot d'un pouce et demi de diamètre au-dessus de la serre, et je lui appliquai une plaque de cuivre sur le jabot, où était gravé mon nom; avec cette précaution, je lui donnai toute

.if. HISTOIRE NATURELLE.

liberté, et elle ne fut pas longtemps sans en abuser, car elle prit son essor et son vol jusque dans la forêt de Belesme; je la crus perdue, mais, quatre heures après, je la vis fondre dans ma salle, qui était ouverte, poursuivie par cinq autres Buses qui lui avaient donné la chasse, et qui l'avaient contrainte à venir chercher son asile. Depuis ce temps, elle m'a toujours gardé fidélité, venant tous les soirs coucher sur ma fenêtre; elle devint si familière avec moi, qu'elle paraissait avoir un singulier plaisir dans ma compagnie ; elle assistait à tous mes dîners sans y manquer, se mettait sur un coin de la table et me caressait très-souvent avec sa tête et son bec, en jetant un petit cri aigu, qu'elle savait pourtant quelquefois adoucir. Il est vrai que j'avais seul ce privilège; elle me suivit un jour, étant à cheval, à plus de deux lieues de chemin en planant. Elle n'aimait ni les Chiens ni les Chats; elle ne les redoutait aucunement; elle a eu souvent, vis-à-vis de ceux-ci, de rudes combats à soutenir, elle en sortait toujours victorieuse; j'avais quatre Chats très-forts que je faisais assembler dans mon jardin en présence de ma Buse; je leur jetais 'un morceau.de chair crue; le Chat qui était le plus prompt s'en saisissait, les autres couraient après, mais l'Oiseau fondait sur le corps du Chat qui avait le morceau, et, avec son bec, lui pinçait les oreilles, et, avec ses serres, lui pétrissait les reins de telle force, que le Chat était forcé de lâcher sa proie; souvent un autre Chat s'en emparait dans le même instant, mais il éprouvait aussitôt le même sort, jusqu'à ce qu'enlin la Buse, qui avait toujours l'avantage, s'en saisît pour ne pas la céder; elle savait si bien se défendre, que, quand elle se voyait assaillie par les quatre Chats à la fois, elle prenait alors son vol avec sa proie dans ses serres, et annonçait par son cri le gain de la victoire; enfin, les Chats, dégoûtés d'être dupes, ont refusé de se prêter au combat.

Cette Buse avait une aversion singulière; elle n'a jamais voulu souffrir de bonnets rouges sur la tête d'aucun paysan; elle avait l'art de le leur enlever si adroitement, qu'ils se trouvaient tête nue sans savoir qui leur avait enlevé le bonnet; elle enlevait aussi les perruques sans faire aucun mal. et portait ces bonnets et ses perruques sur l'arbre le plus élevé d'un parc voisin, qui était le dépôt ordinaire de tous ces larcins. Elle ne souffrait aucun autre Oiseau de proie dans le canton; elle les attaquait avec beaucoup de hardiesse, et les mettait en fuite; elle ne faisait aucun mal dans ma basse-cour; les volailles, qui, dans le commencement, la redoutaient, s'accoutumaient insensiblement avec elle : les Poulets et les petits Canards n'ont jamais éprouvé, de sa part, la moindre insulte; elle se baignait au milieu de ces derniers; mais, ce qu'il y a de singulier c'est qu'elle n'avait pas cette même modération chez les voisins. Je fus obligé de faire publier que je payerais les dommages qu'elle pourrait leur causer; cependant elle fut fusillée bien des fois, et a reçu plus de quinze coups de fusil sans avoir aucune fracture; mais, un jour, il arriva que, planant dès le grand matin an bord de la forêt, elle osa attaquer un Renard. Le garde de ce bois la voyant sur les épaules du Renard, leur tira deux coups de fusil; le Renard fut tué, et ma Buse eut le gros de l'aile cassé; malgré cette fracture, elle s'échappa des yeux du chasseur, et fut perdue pendant sept jours; cet homme, s'étant aperçu, par le bruit du grelot, que c'était mon Oiseau, vint le lendemain m'en avertir; j'envoyai sur les lieux en faire la recherche; on ne put le trouver, et ce ne fut qu'au bout de sept jours qu'il se retrouva; j'avais coutume de l'appeler tous les soirs par un coup de sifflet auquel elle ne répondit pas pendant six jours, mais, le septième, j'entendis un petit cri dans le lointain, que je crus être celui de ma Buse; je le répétai alors une seconde fois, et j'entendis le même cri; j'allai du côté où je l'avais entendu, et je trouvai enfin ma pauvre Buse qui avait l'aile cassée, et qui avait fait plus d'une demi-lieue à pied pour regagner son asile, dont elle n'était pour lors éloignée que de cent vingt pas; quoiqu'elle fut extrêmement exténuée, elle me fit cependant beaucoup de caresses. Elle fut près de six semaines à se refaire et à se guérir de ses blessures, après quoi elle recommença à voler comme auparavant, et à suivre ses anciennes allures pendant environ un an, après quoi elle disparut pour toujours. Je suis très-persuadé qu'elle fut tuée par méprise, elle ne m'aurait pas abandonné par sa propre volonté.

Buse rayée. Buteo lineatus.

IM. \ô.

Buse rayée", Iluteu hueatus. Vieillot'.

2me GENRE. - ARCHIBUSE. ARCHIBUTEO. (Brehm.)

Genre présentant les mêmes caractères que le genre Buse, dont il ne se distingue que par des tarses généralement emplumés jusqu'à la naissance des doigts, ou au moins aux deux tiers de leur longueur sur le devant.

Même genre de vie et même mode de nidification.

Ce genre renferme cinq espèces cosmopolites, représentées, en Europe et en France, par la Buse pattue (Archibutco lagopus) dont la longueur est de 0'",60 environ.

Les œufs de cette espèce ont leur forme généralement d'un ovale presque parfait; l'un des bouts très-faiblement moins obtus que l'autre ; la coquille d'un grain assez serré, légèrement bleuâtre dans son épaisseur et à sa surface, poreuse, unie, mate et sans reflet; leur couleur est d'un blanc trèslégèrement bleuâtre; chez quelques-uns, clair-semée de fortes taches rares d'un brun de rouille ayant leur point de départ du sommet de l'œuf; chez d'autres, grivelée de taches plus nombreuses et plus fines, de la même couleur, mais d'un ton beaucoup plus clair.

Grand diamètre, de 0m,035 à 0'",056 1/2; petit diamètre, 0m,044.

BUSE PATTUE. BUTEO LAGOPUS.

Cet Oiseau a les pieds emplumés jusqu'aux doigts; un large plastron brun sur le ventre, et une grande partie de la queue blanche depuis sa base.

Habite le nord de l'Europe.

Fïjî. "i9 — Ruse |Mltti<;

Fi?. 60. — Buse pallue

Chez les individus adultes, la tête, la partie supérieure du cou, la gorge, la poitrine et les cuisses, sont d'un blanc jaunâtre, varié de larges raies oblongues et brunes; le manteau, les couvertures des

ailes et du dos, sont d'un brun noirâtre, chaque plume étant bordée de jaune roussâtre; un grand espace d'un brun foncé ceint le bas-ventre; l'abdomen, le croupion et les couvertures inférieures de la queue, sont d'un blanc jaunâtre; la queue, blanchâtre à sa base, est d'un brun uniforme, et toutes

Fig. (51 - — Buse pallue.

les pennes sont terminées de blanc terne; les pieds et l'iris sont bruns; la cire est jaune, et le bec noir. Taille : 0m,65 à 0ra,75; envergure ■■ lm,40 à lm,50.

La femelle a plus de blanc à la tête, au cou, à la queue, sur les cuisses et sur les tarses, et plus de brun sur les côtés et sur le ventre; des bordures d'un jaune blanchâtre aux plumes du manteau

Cette espèce varie suivant l'âge, et présente souvent plus ou moins de taches brunes; les parties supérieures sont plus ou moins variées de blanc; on remarque quelquefois une raie blanche au-dessus des yeux; du brun et du blanc irrégulièrement disposé sur la poitrine; souvent le ventre est, en grande partie, blanchâtre, et varié de quelques petites taches brunes, et le ceinturon du bas-ventre se trouve indiqué, sur les côtés, par de grandes taches brunes; les plumes des cuisses sont aussi parfois rayées transversalement; la queue porte, vers le bout, trois bandes, dont l'inférieure est la plus large. (Tkmminck.)

Cet Oiseau habite la lisière des bois, dans le voisinage des marais ou des rivières; il se nourrit de menu gibier, de Rats, de Taupes et de petits Reptiles. Souvent il vit isolé, et ne se laisse point poursuivie, comme d'autres Oiseaux de la même famille, par des Corbeaux, des Pies-Grièches et d'autres Passereaux; son vol est vif et facile. (Dumoht.)

Fig. 62. — Mésange charbonnière.

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