‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 5)Chapitre 17 sur 62 · Aigle, 4. Haliastur · texte numérisé non relu

Aigle, 4. Haliastur

2. Pygargue, 5. Balbuzard, 5. Geranoaète ou Aguia, 0. Bateleur;

Et les cinq qu'il en élague sont reportés par lui, savoir, un (Circaète), dans les Butéoninés; un (Macagua), dans les Milvinés; et trois (Spizaète, Morphnus et Harpie), dans les Accipitrinés.

C'est au système de M. G. B. Gray que nous nous rallierons de préférence quant au nombre de genres, dont nous retrancherons cependant le genre Poutoaète, créé par M. Kaup aux dépens du 5 1

50 histoire naturelle.

genre Pygargue, et dont les caractères son) identiques, et sans nous astreindre à l'ordre dans lequel il les a placés; nous en dirons les motifs lors de la description de chacun des genres de la famille qui nous occupe, réduits ainsi à dix.

1" GENRE. — URLBITINGA MORP1INUS. (Cuvier.)

Urubitinga, nom brésilien de l'une des espèces de ce genre. Mopçvoç, nom donne par les Grecs à un Oiseau de proie qui nous est rcslé inconnu.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec allongé et inciiné, depuis la base jusqu'à la pointe, ifln est recourbée et crochue, comprimé sur les côtes, à bords mandibutaires festonnés. Narines arrondies, percées sur le bord de. la cire.

Fil. 04. — Urubitinfa.

Ailes atteignant généralement rextremité de la queue, subobtuscs; les troisième, quatrième et cinquième rémiges les plus longues.

Queue allongée, ample.

Tarses du double de la longueur du doigt médian, recouverts d'une rangée d'écaillés devant et derrière, réticulés sur les côtés; doigts courts, forts, recouverts d'écaillés dans presque toute leur longueur; ongles recourbés, aigus et très-courts.

L'intervalle entre l'œil et les narines couvert de poils, comme chez les Buses.

Ce genre, qui ne compte que trois espèces, est particulier à l'Amérique du Sud. Les Urubitingas y habitent les pays plats, entrecoupés de forêts, de marais étendus, plus encore d'eaux stagnantes et de petites plaines. « Jamais, dit M. A. d'Orbigny, nous ne l'avons rencontré, ni sur les montagnes, ni dans les forêts épaisses, pas plus que dans les grandes plaines. Nous l'avons toujours remarqué au bord des lacs, des marais ou des rivières, perché sur le plus haut des arbres morts des environs, lorsqu'il chasse ; ou bien sur les branches inférieures des gros arbres, lorsqu'il veut dormir. Taciturne, toujours seul, il reste immobile des heures entières, regardant avec attention autour de lui pour découvrir une proie quelconque, un Reptile, un petit Mammifère ou un Oiseau mort. Alors il descend avec rapidité, dévore sa proie et revient gravement à son poste. Bien rarement l'avons-nous vu voler; car, le plus souvent, il chasse tout en étant posé. Le matin seulement, il se donne la peine de parcourir les environs du lieu où il a couché pour prendre son premier repas; ou bien le soir, lorsque inutilement il a attendu tout le jour. Alors il vole lentement à une assez grande hauteur, se reposant souvent sur des arbres isolés, afin de mieux observer-, repartant de nouveau pour se reposer bientôt encore et attendre sans prolonger son vol

j L'Urubitinga se nourrit principalement de Reptiles, de petits Mammifères, d'Oiseaux morts, et peut-être aussi de Poissons; il ne paraît pas chasser aux Oiseaux, et nous croyons qu'il n'attaque que ceux qu'il rencontre déjà blessés dans la campagne! 11 reste peu sur le sol; cependant, lorsqu'il s'y pose, c'est de préférence dans les lieux fangeux; ce que nous avons supposé, d'après la terre qui couvre toujours ses pieds.

« Nous avons été à portée de le voir à l'état domestique; il s'apprivoise assez bien. » (Voyage dans C Amérique méridionale, 1855.)

F,?. Go

Urubitinga roussâtre. Morphnus urubitinya.

Cette citation sur les mœurs d'une des espèces, l'Urubitinga proprement dit (Morphnns urubilinga), suffira pour donner une idée de celles du genre.

Ce genre relie beaucoup mieux (avec les Spizaètes, qui le suivent, et dont il n'est qu'un démembrement) les Butéoninés aux Aquilinés, que le genre Aigle. Les Urubitingas se rapprochent en effet des Buses, dont ils ont l'aspect lourd et trapu, par la forme des tarses et la longueur relative des ailes et de la queue, ainsi que par les poils du lorum, qui a l'air presque nu.

Aussi Lesson, avec ce coup d'œil si juste, appréciant ces rapports, avait-il placé l'une de ces espèces, l'Urubitinga de Spix, ou Morphnns Bnson, qu'il élevait au rang de sous-genre, à la suite des Buses, entre le genre Buse et le genre Archibuse.

tlORPUXUS UnUBITIKGA.

Cette espèce est l'Aigle du Brésil de Brisson, et le Falco urubitinga de Linné. Son bec est grand, épais et noir; la cire est jaune; le corps de cet Oiseau est couvert de plumes d'un brun noirâtre, avec un mélange de cendré sur les ailes; les pennes de la queue sont blanches, et ont le bout noir, terminé de blanc; le bas des jambes et les pieds sont nus. L'Urubitinga (de Lacépède) a la peau orbilaire. et celle qui se trouve entre le bec et l'œil, nue avec quelques poils courts et roides. Le bec est de couleur de corne; les plumes occipitales forment une huppe courte, noire, et marquée, dans son milieu, d'une tache blanche; les plumes caudales sont noires au milieu, et blanches à leur base et vers le bout. (Duhont.)

2me GENRE — SPIZAÈTE. SPIZAETUS. (Vieillot.)

S^iÇa, accipitxe; aerc;, aigle.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec presque droit, convexe et crochu à la pointe, comprimé sur les côtés, à bords festonnés. Narines larges, plutôt ovalaires qu'elliptiques.

Fig 66. — Spizaète orné.

Ailes plus courtes que la queue, dont elles recouvrent le tiers au plus.

Queue longue, légèrement arrondie.

Tarses forts, mais élevés, beaucoup plus longs que le doigt médian; doigts allongés, robustes, l'interne un peu plus long que l'externe, couverts d'écaillés dans la moitié de leur longueur à partir de l'ongle; celui du doigt postérieur, le ptus long, celui du doigt externe le plus court; tous trèsarqués et aigus.

Fig. 67. — Spizacte orné.

Aigle île Verrea'ux Aquila Verreauxt

ri is

Los Spizaèles tiennent véritablement, ainsi que l'indique leur nom scientifique, des Accipitrinés par les proportions relatives de leur corps, de leurs pattes et de leur queue, et des Aigles proprement dits par leurs autres caractères et par leurs mœurs, ce qui explique comment M. Ch. Bonaparte, seul de tous les naturalistes, a pu en faire la tète des Accipitrinés. Seulement, tandis que les Aigles habitent de préférence les pays de montagnes, qu'ils ne quittent qu'accidentellement, et ne perchent presque jamais, les Spizaètes, eux, ne fréquentent que les hautes forêts, où ils séjournent continuellement, et au milieu desquelles ils nichent sur les arbres les plus élevés. Leur nid, qui est volumineux, se compose d'un amas de bûchettes; leurs œufs sont ou tout blancs, ou blancs tachetés de brun, ou de couleur rouge-brun foncé. Comme les Aigles, ils ne se nourrissent que de menus Mammifères et Oiseaux qu'ils chassent, tels que Lièvres, Canards, Faisans, Perdrix ou Tinamous, etc.

Ils ne se trouvent que dans les régions chaudes de l'Afrique, de l'Inde, surtout de l'archipel indien et de l'Amérique.

On en compte douze espèces.

La taille de ces Oiseaux varie de 0m,70 à 0m,90.

Fij. G8 — Spizaéle à calotte noire.

SPIZAKTE ORNE. SP1ZAETUS OIWATUS.

Le Spizaète orné, connu aussi sous le nom d'Urutaurana, a le sommet de la tête et la huppe noirs; le cou blanc à la partie antérieure, et d'un roux vif à la partie postérieure; le tour des yeux

neigeux; les ailes et le manteau bruns, chaque plume bordée de blanc; les parties inférieures sont blanches, bordées de noir; la queue est rayée de noir sur un fond gris en dessus, et de noir sur du blanchâtre en dessous; les tarses blancs, rayés de brun; les doigts et la cire jaunes; le bec noir.

Habite la Guyane.

3me GENRE. - AIGLE. AQUILA. (Mcehring.)

Dec fort, droit à la base, très-recourbé à la pointe, comprimé sur les côtes, à bords festonnes. Narines percées obliquement dans la cire, qui est légèrement poilue, larges et elliptiques.

Fi;*. 09. — Aijrle fauve.

Ailes allongées et obtuses, les quatrième et cinquième rémiges les plus longues, atteignant presque toujours et dépassant quelquefois l'extrémité de. la queue.

Queue longue, élagée, et terminée en forme de coin.

Tarses courts, de la longueur du doigt médian, robustes et entièrement recouverts de plumes jusqu'à la naissance des doigts; ceux-ci médiocres, forts, les latéraux égaux cl armés d'ongles vigoureux, recourbés et acérés, l'interne le plus fort.

Fig. 70 — Aigle fauve.

On compte plusieurs espèces d'Aigles, toutes cosmopolites, dont cinq observées en Europe; ce sont :

L'Aigle impérial (Aquila heliaca, Savigny), 1 mètre, L'Aigle fauve (Aquila clirijsaelos, G. Cuvier, Linné), lm,15,

Aigle liiuvc. iquila ch> y» lelru

Aiclu bateleur. Etautarsus ecaudalus

L'Aigle Bonelli (Aquita Bonellii, Temminck), Ôm,70,

L'Aigle criard (Aquila nœvia, Brisson), 0m,G5,

Et l'Aigle botté (Aquila petmata, G. Cuvier), 0m,-i7.

Les Aigles, remarquables par leur force musculaire et la puissance de leur vol, sont la terreur des Mammifères et îles Oiseaux, dont ils font leur unique nourriture. Mais, pour s'en emparer, ils ne comptent pas seulement sur leur force ni sur la finesse extraordinaire de leur vue; ils emploient aussi la ruse. C'est presque toujours du haut des airs, ou l'oeil les distingue à peine, qu'ils épient leur proie. Lorsqu'ils l'ont ainsi découverte et qu'ils ont* reconnu sa direction, ils s'abattent sur le sommet des rochers les plus abruptes du voisinage, d'où ils ne la quittent pas de vue; puis, quand ils aperçoivent l'animal a leur portée, ils s'élancent et se précipitent comme la foudre sur leur victime, qu'ils enlèvent à l'aide de leurs serres et emportent au point d'où ils sont partis, pour la dévorer a leur aise.

C'est ce que fait particulièrement le bel Aigle Verreaux que les naturalistes persistent à vouloir confondre avec leCaffre de Le Vaillant, et qui se nourrit presque exclusivement de l'espèce de Mammifère du cap de Bonne-Espérance appelée Daman (Hierax Capensis).

Les Aigles fréquentent presque exclusivement les régions montueuses. Leur accouplement, s'il faut en juger d'après ce qui se passe pour l'Aigle impérial, et ce dont M. le professeur russe Nordman a été témoin, serait assez curieux. « Le mâle, dit cet observateur (reproduit par M. Degland dans son Ornithologie européenne, 1849), vint d'une grande distance voler immédiatement sur le dos de la femelle, qui faisait des mouvements tout particuliers. L'acte dura longtemps, et fut consommé moitié à terre moitié dans l'air, les deux époux se levant en même temps et se tenant suspendus. »

Comme tous leurs congénères, ils placent leur nid, auquel son mode de construction, composé de bûchettes, et son ampleur ont fait donner le nom d'aire, dans les lieux les plus retirés et les plus inaccessibles. Mais, par le fait même de leurs dimensions énormes, et surtout par le fait de la gloutonnerie des Aiglons lorsqu'ils commencent à grossir, ces aires deviennent une grande ressource pour les habitants des montagnes que fréquentent ces Oiseaux. Les allées et venues du maie et de la femelle pourvoyant à la nourriture de leur jeune famille ne laissent pas d'être remarquées par les habitants, qui mettraient, dit-on, à profit cette circonstance. Lorsqu'ils ont connaissance d'un nid d'Aigles, ils épient le moment de l'absence simultanée du père et de la mère, enchaînent les jeunes Aiglons dans leur nid pour y prolonger le temps de leur séjour, et pour s'approvisionner à leurs dépens de tout le butin que les parents apportent quotidiennement à ces jeunes Oiseaux.

Voici la description que donne Le Vaillant d'une des plus fortes espèces d'Aigles d'Afrique, le Griffard [Aquila bellicosa, Vieillot) : « C'est sur la cime des plus grands arbres ou entre les rochers escarpés et inaccessibles qu'ils établissent leur aire, qui est toujours plate en manière de plancher. Celle du Griffard est si solide, qu'un homme peut s'y tenir sans crainte de l'enfoncer; aussi lui sert-elle nombre d'années. Elle est composée d'abord de plusieurs perches plus ou moins longues, suivant la distance des enfourchures des branches sur lesquelles elles doivent porter. Ces dernières traverses sont enlacées en tous sens par des branches flexibles qui les lient fortement ensemble, et servent de fondement à cet édifice, qui est ensuite surmonté d'une grande quantité de menu bois, de mousse, de feuilles sèches, de bruyère, et même de feuilles de plantes liliacées ou de roseaux, s'il s'en trouve dans les environs. Ce plancher est recouvert d'une couche de petits morceaux de bois sec; et c'est sur ce dernier lit, où il n'entre rien de douillet, que la femelle dépose ses œufs. Cette aire, ainsi construite, peut avoir quatre ou cinq pieds de diamètre et deux pieds d'épaisseur; sa forme est irrégulière. Elle dure, comme je l'ai remarqué, nombre d'années, et peut-être même toute la vie du couple, quand aucun danger ne les oblige de s'éloigner d'un premier établissement. »

Le plumage des Aigles est rigide; les plumes de la tête et du cou particulièrement sont roides, effilées et pointues.

Les Aigles pondent de trois à quatre œufs. Leur forme est généralement ovalaire à bout aussi obtus l'un que l'autre, à peu d'exceptions près; leur coquille, d'un grain moins épais que celle des Vautours, blanche et légèrement bleuâtre dans son épaisseur, et extérieurement poreuse quoique unie, mate et sans reflet.

La couleur de l'œuf de l'Aigle fauve est d'un blanc très-légèrement teinté de bleuâtre, et presque toujours maculé de nombreuses taches variant du brun violacé au brun jaunâtre, et de quelques taches d'un gris lilas, ressemblant le plus souvent les unes et les autres à des éclaboussures dirigées du gros bout vers le petit et partie clair-semées distinctement, partie réunies en larges plaques; parfois le blanc de la coquille paraît teinté de jaune sale et simplement moucheté par intervalles de teintes de cette couleur. Grand diamètre, de 0m,075 à 0m,U76; petit diamètre, de 0m,055 à 0m,057.

L'œuf de l'Aigle criard est d'une couleur blanc bleuâtre, tantôt n'offrant qu'une ou deux larges taches en forme d'éclaboussures, le reste <de la coquille simplement moucheté de quelques lins points de brun-bistre, tantôt finement marqué de petites taches rares de même couleur. Grand diamètre, 0m,06l ; petit diamètre, €m,050. La forme en est, comme on voit, presque sphèrique.

Celui de l'Aigle Ronelli est tantôt uniformément d'un brun roux laissant à peine apercevoir quelque trace du blanc de la coquille vers son centre, tantôt régulièrement moucheté de taches de la même couleur, plus nombreuses à l'une ou à l'autre des deux extrémités indifféremment.

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