‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 5)Chapitre 23 sur 62 · AIGLE BONELLI. AQU1LA BONEllU · texte numérisé non relu

AIGLE BONELLI. AQU1LA BONEllU

Cet Oiseau, de l'ancien continent, est assez rare partout; les bois de plaine sont ceux qu'il préfère. Il se nourrit, le plus ordinairement, d'Oiseaux, surtout de Canards, mais il ne dédaigne pas les petits Mammifères. Continuellement il pousse des cris plaintifs, et c'est le plus faible el le moins courageux des Aigles: c'est aussi celui qui s'apprivoise le plus facilement. (Domont.)

Fi?. 76 — Aide Bonelli.

Cet Aigle, décrit par de la Marmora dans les Mémoires de l'Académie de Turin, a le plumage brun noirâtre en dessus; les plumes du cou et des parties inférieures sont de couleur de rouille flammulée de blanchâtre et de brun; la poitrine présente une tache blanche; les tarses sont velus jusqu'aux doigts, qui sont olivâtres; la queue est légèrement inégale.

L'Aigle Bonelli se rencontre particulièrement dans les marais boisés de la Sardaigne, en Sicile et dans le midi de la France.

4me GENRE. — BATELEUR. HELOTARSUS. (A. Smith.)

EXw, je retourne ; Tapacç, tarse.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec droit à la base, h mandibule supérieure très-élargie au milieu, recourbée jusqu'à la pointe, qui est crochue, à bords lisses et à peine festonnés.

Narines ovalaires et obliques.

Ailes allongées, surobtuses, les quatrième et cinquième rémiges les plus grandes, dépassant l'extrémité de la queue.

Queue rectiligne, très-courte, tronquée.

Tarses robustes, courts, recouverts dans la moitié de leur longueur par l'allongement des plumes du tibia, largement réticulés ; une rangée d'écaillés sur le dos du doigt médian et du pouce

Aigle impérial. Aquila heliaca

Aigle royal Aimla chrisaetos.

dans toute leur longueur, les deux autres doigts n'en ayant que trois ou quatre à partir de l'ongle, et étant réticulés dans tout le reste; l'externe uni au médian par une membrane.

La face et le tour de l'œil nus cl recouverts d'une peau d'un rouge vif, qui est aussi la couleur de ta cire, parsemée de quelques poils rares.

Fis. 77. — Bateleur. Uilotarsus ecaudalus.

Firf. 78. — Bateleur. Belotarsus ecaudatti.i.

Nous plaçons ce genre immédiatement après les Aigles, avec lesquels il paraît avoir les rapports les plus intimes, malgré la nudité de ses tarses. Nous comprenons peu, en effet, qu'on le renvoie à la fin des Aquilinés : la nudité du tour des yeux seule explique cette place que lui assigne M. G. -R. Gray, pour en faire le passage aux Falconinés, qui offrent en petit ce même caractère. Mais la forme et l'aspect du Bateleur, de même que ses habitudes, en font trop essentiellement un Aigle pour qu'on l'éloigné à un tel point de ce genre.

Il ne repose que sur une espèce unique des parties chaudes de l'Afrique, découverte au cap de Bonne-Espérance par Le Vaillant, qui lui donna le nom de Bateleur, en raison de certains de ses mouvements dont il parle en ces termes :

De toutes les espèces d'Oiseaux de proie connues jusqu'à ce jour, dit le célèbre voyageur, il n'en est aucune à laquelle on puisse comparer ni rapporter l'Oiseau dont il est ici question. Sa queue, extraordinairement courte, le distingue et le caractérise d'une manière toute particulière, car elle dépasse à peine les plumes du croupion, qui en recouvrent plus de la moitié, et dans toute sa dimension elle atteint au plus six pouces de longueur, ce qui prête à l'Oiseau peu de grâce, surtout en volant, et contraste mal avec ses grandes ailes, dont l'envergure parait plus ample a cause du peu d'étendue de cette queue.

Quand je vis voler le Bateleur pour la première fois, je crus apercevoir un Oiseau que quelque accident avait privé de sa queue; et l'on serait d'autant plus porté à le présumer, que dans son vol

il a effectivement un mouvement très-extraordinaire, et que j'attribuai d'abord au défaut de la queue, laquelle, tenant lieu de gouvernail, sert si bien aux Oiseaux de proie pour se diriger avec agilité et grâce dans les plaines de l'air. Mes observations me prouvèrent par la suite que la queue écourtée de cet Oiseau est un caractère constant de l'espèce, et sa manière de voler un jeu dont il s'amuse en provoquant sa femelle, qui lui répond de la même manière.

Le Rateleur plane en tournoyant en rond, et laisse échapper de temps en temps deux sons trèsrauques, dont l'un est chanté d'une octave plus haut que l'autre; souvent il rabat tout à coup son vol et descend à une certaine distance, en battant l'air de ses ailes, de manière que l'on croirait qu'il s'en est cassé une et qu'il va tomber jusqu'à terre. Sa femelle ne manque jamais alors de répéter le même jeu. On peut entendre ces coups d'ailes aune très-grande distance; je ne puis mieux comparer le bruit qui en résulte, et qui n'est qu'un froissement dans l'air, qu'à celui que fait une voile dont un des coins s'est détaché, et qu'un grand vent agite violemment.

J'ai tiré le nom de cet Oiseau de sa manière de se jouer dans les airs: on dirait, en effet, un bateleur qui fait des tours de force pour amuser les spectateurs.

Le Rateleur bâtit son nid sur les arbres. Il se repaît, comme les Vautours, de toutes sortes de charognes; cependant il attaque souvent les jeunes Gazelles; il rôde dans les environs des habitalions, où il cherche à surprendre les Agneaux ou les Moutons malades; les jeunes Autruches, quand elles sont encore petites, deviennent aussi sa proie, surtout quand quelques accidents les ont séparées de leurs père et mère.

Le Rateleur, dit encore le même observateur, bâtit son nid sur les arbres; la femelle pond trois ou quatre œufs qui sont entièrement blancs: c'est du moins ce que m'ont assuré les colons des cantons qu'habitent ces Oiseaux, car je n'en ai jamais vu la ponte.

Le fait, quant aux œufs, est exact; nous en avons possédé un qui nous avait été rapporté par le savant docteur A. Smith. Sa couleur est d'un blanc bleuâtre parfait, avec une quinzaine de petites mouchetures d'un brun clair; la forme en est d'un ovale régulier: grand diamètre, 0m,081 ; petit diamètre, 0m,063.

5mc GENRE. — PYGARGUE. HALIAETUS. (Savïgny.

AXç, aXic;, mer ; aeToç, aigle.

CARACTERES GENERIQUES.

Bec élevé à la base, recourbé à la pointe, robuste dans toutes ses parties, plus court relativement à son épaisseur que celui de l'Aigle, et plus comprimé sur les côtés, à bords mandibulaires légèrement festonnés.

Narines linéaires, ouvertes obliquement sur le bord de la cire.

Fig. 79. — Pygargue leucocéphale.

Aigle l'vsçargun llaliaetu

Ailes allongées et aiguës, h troisième, quatrième et cinquième rémiges les plus longues, atteignant généralement l'extrémité, rarement la moitié de la queue.

Queue ample et arrondie.

Tarses courts et trapus, robustes, de la longueur du doigt médian, revêtus de plumes seulement dans leur moitié supérieure, à demi ccussonnés dans le reste sur le devant; à doigts longs, recouverts d'écaillés dans tonte leur longueur; ongles longs, épais, redoutables, très-recourbés et aigus; celui du pouce le plus long de tous et égalant la longueur de ce doigt.

Fig. 80 — Pygargue leucocéphale.

Huit espèces composent aujourd'hui ce genre.

Presque toutes ces espèces, réparties en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique et en Océanie, non-seulement rivalisent avec les Aigles par leur taille, qui est d'un mètre de longueur et plus, mais l'emportent sur eux par leur vigueur et la force de leurs armes, qui leur permettent, malgré leur préférence bien marquée pour le Poisson, de faire leur proie de jeunes Cerfs, de Daims et de Chevreuils, ce qui n'a lieu, il est vrai, que lorsque, le Poisson leur manque, ou qu'ils sont pressés par la faim; c'est alors aussi qu'ils ne dédaignent même pas les corps morts.

Le genre de vie de ces Oiseaux, comme celui de tous leurs congénères, parait varier selon les lieux où ils se trouvent transportés; ainsi, en général, ils fréquentent les pays montueux qui bordent les côtes de la mer, ou les forêts qui avoisinent les lacs et les rivières; et alors ils ne se nourrissent que d'Oiseaux d'eau ou de Poissons, dont ils sont très-friands. Se trouvent-ils arrêtés dans des pays plats, comme les steppes de la Russie méridionale, où M. Nordmann a observé l'espèce d'Europe, ils se contentent de menus Mammifères, de Rongeurs et même de Lézards.

Une des espèces les plus remarquables de ce genre est le Pygargue à tête blanche (Falco (Haliaclus) albicitla, Linné). « C'est, dit Girardin dans son Tableau élémentaire d'ornithologie, un grand destructeur de nos rivières, de nos lacs et de nos étangs; on le voit souvent rôder sur leurs bords, qu'il parcourt en volant, l'œil toujours fixé sur la proie qu'il guette. S'il aperçoit un gros Poisson, il se précipite dessus en plongeant quelquefois à plusieurs pieds de profondeur; il le saisit avec ses serres et l'emporte à quelque distance de là pour le dévorer. Non-seulement il chasse plus volontiers au crépuscule, mais il pêche aussi pendant la nuit... Nous avions, continue cet observateur, contracté l'habitude, étant à la chasse des Oies et des Canards sauvages, pendant des soirées obscures, de juger, même d'assez loin, ses larcins au seul bruit qu'il faisait en plongeant, et que l'on aurait pris volontiers pour celui de quelque gros Quadrupède qui serait tombé dans l'eau inopinément. Sa taille est de 0m,85 à 0m,90. »

Ces Oiseaux paraîtraient être, parmi les Aquilinés, ceux qui mettent le plus de temps à atteindre leur complet accroissement et à revêtir leur plumage définitif. Ainsi, selon un consciencieux observateur, M. le comte de Tyzenhauz, qui a conservé en captivité chez lui, en Lithuanie, une femelle de Pygargue à tète blanche pendant vingt-quatre ans, cet Oiseau n'aurait complété son plumage qu'après plus de vingt ans. Ce qui, en tenant compte des retards qui peuvent résulter de la privation de sa liberté, pour un Oiseau si essentiellement voyageur, doit donner la mesure de la durée probable de leur existence

M. Kaup. en 1844, imité en cela tout récemment par M. Ch. Bonaparte, a fait un genre, sous le

nom de Geranoaéte, ou Aigle des Grues, d'une de ces espèces propre à l'Amérique méridionale, le Pygargue aguia(//. melanoleucus, Vieillot). Les caractères de cet Oiseau sont cependant les mêmes que ceux des Pygargues, et ils n'en différeraient quelque peu que quant à sa manière de vivre; il ne se nourrit, en effet, qu'exceptionnellement de Poisson, et fait sa principale nourriture de menus Mammifères et d'Oiseaux, tels que Perdrix et Tinamous qu'il prend à la chasse.

Fig. 81. ■ — Pygargue lcucocé|jliale

Le Pygargue à tète blanche niche indifféremment à terre, sur les rochers escarpés, parfois même sur les arbres. Sa ponte est de deux a trois œufs, de forme ovalaire, a coquille d'un blanc bleuâtre sans aucune tache; grand diamètre, 0m,075; petit diamètre, 0m,059.

L'œuf du Pygargue icthyaëte (Haliaetus icilnjaeliis) de l'Inde et du Rengale est de forme plus aiguë, d'un blanc bleuâtre presque toujours sans taches, mais fréquemment sali de macules jaunâtres provenant du contact de la matière calcaire encore fraîche avec les matériaux humidifiés sur lesquels l'Oiseau a l'habitude de déposer ses œufs, souvent même de ce contact avec ses plumes abdominales, constamment empreintes de la matière visqueuse des Poissons dont il fait sa principale nourriture; grand diamètre, 0m, 005; petit diamètre, 0m,051.

6me GENRE. - RALBUZARD. PANDION. (Savigny.)

CARACTERES GENERIQUES.

Dec presque droit a la banc, a arête renflée, h bords festonnés, à cire veine cl lobée au-dessus des narines, qui sont lunulées et obliques.

Ailes dépassant presque toujours la longueur de la queue, h deuxième et troisième rémiges les plus longues.

Queue médiocre, h rectrices égales.

Tarses courts, musculeux, garnis de plumes courtes seulement un peu au-dessous de l'articulation, et couverts, dans le reste de leur étendue, d'écaillés épaisses et rugueuses, imbriquées de haut en bas sur le devant, comme citez tous les Du puces, de bas en haut en arrière, ce qui ne s'observe chez aucun autre Ilapuce ; les doigts, chose remarquable, dénués de membrane li leur base, l'intérieur

excédant à peine les deux attires, el l'extérieur entièrement versatile, c'est-à-dire susceptible de se diriger en arrière et en avant; les ongles arrondis, lisses en dessous, et non creusés en gouttières, tomme chez ses congénères; les doigts pourvus, en dessous, de pelotes rugueuses; chacune des granulations île lit plante des pietls se terminant en une saillie plus ou moins pointue on épineuse; plusieurs d'entre elles formant, au pouce et au doigt externe, de véritables aiguillons longs de 0"',002 à 0m,004.

> " mi

Fiff. 82. — Balbuzard.

Fig. 83. — Balbuzard.

Les espèces de ce genre, au nombre de cinq, toutes cosmopolites, sont, ^le tous les Oiseaux de proie, les mieux organisés pour la pèche, qui est leur seul et unique moyen de subsistance. Ainsi qu'on vient de le voir, d'une part, la conformation de leur instrument principal, la patte, la disposition des écailles du tarse et du dessous des doigts, s'oppose a l'action de la viscosité du Poisson, qui ne peut s'échapper des serres qui l'étreignent; et, d'une autre part, l'absence de toute membrane interdigitale, qui ne pourrait que faire obstacle et donner de la résistance à l'eau lorsqu'ils y plongent leurs pattes pour saisir re Poisson, leur donne plus de facilité à le retenir par l'extrême versatilité de leur doigt externe.

Ils ne dédaignent pourtant pas, à l'occasion, les Oiseaux d'eau. M. Degland dit avoir vu tuer un Balbuzard, l'espèce la plus commune en France (Pandion haliaetus), au moment où il poursuivait un Canard qu'il était sur le point de saisir.

Sa taille est deOm,CO.

Ces Oiseaux, qui émigrent d'un lieu à un autre chaque année, passent, par bandes, dans nos contrées, au printemps et à l'automne. C'est à cette dernière époque, surtout, qu'ils font le plus de ravages dans les étangs, du moins les individus de notre espèce d'Europe. Aussi emploie-t-on tous les moyens pour les détruire. Le plus usité est un piège à ressort qu'on établit sur un poteau placé un peu avant dans l'eau, et dépassant sa surface de un à trois pieds; l'Oiseau cherchant un point d'appui, lorsqu'il a retiré un Poisson de l'eau, choisit le plus proche, et s'abat sur le poteau pour y dépecer sa proie : c'est à ce moment qu'il se prend au piège par une de ses pattes.

Ils nichent, en général, dans les crevasses des rochers les plus élevés ou sur de grands arbres; et pondent trois ou quatre œufs d'un ovale un peu allongé.

La couleur de l'œuf du Balbuzard d'Europe est d'un beau blanc légèrement bleuâtre, élégamment moucheté de taches assez larges d'un brun de bistre, entremêlées de quelques autres taches plus rares d'un gris bleuâtre très-vaporeux; grand diamètre, 0m,0Go; petit diamètre, 0m,0i9.

L'œuf du Balbuzard à tète blanche, de l'Océanie et de la Nouvelle-Hollande, a les plus grands rapports de forme et de coloration avec le précédent, quant à la distribution des taches; le blanc est teinté de rosé, et les taches sont d'un beau brun violet, entremêlées de taches d'un brillant gris-Iilas, grand diamètre, 0m,059; petit diamètre, 0m,044.

IIIST01BE NATURELLE.

BALBUZARD ORFRAIE. PAXDION FLVVIAUS. (Vieillot.)

Le Balbuzard a le bec noir et la cire bleue; les plumes du sommet de la tête sont brunes dans leur milieu et blanches vers leurs bords; le derrière de la tête, la gorge et le cou sont blancs, avec une grande tache brune à la partie supérieure du cou. Une longue bande d'un brun foncé descend de chaque œil sur les côtés du cou jusqu'aux ailes. Le dessus du corps est brun et le dessous blanc. Les pennes des ailes et de la queue sont brunes avec des raies blanches du côté intérieur : le tarse et les doigts sont couverts d'écaillés bleuâtres : les ongles sont noirs, celui de derrière est le plus court.

Fis- 84 — Balbuzard.

Cette espèce est assez généralement répandue en France, en Allemagne et dans toute l'Europe. Les lieux que le Balbuzard fréquente de préférence ne sont pas les rivages de. la mer, mais bien les terres basses et voisines des étangs et des rivières. Perché sur un arbre élevé, et quelquefois du haut des airs, il guette au loin le Poisson, fond dessus avec la rapidité de la foudre, le saisit au moment où il parait à la surface de l'eau, ou même en plongeant, et l'emporte dans ses serres. Mais cette proie, dont la pesanteur rend le vol de l'Oiseau plus lent et plus pénible, n'est pas toujours son partage. Sur les bords de l'Ohio, où il vient se livrer à la pêche quand certains Poissons quittent l'Océan pour entrer dans le fleuve, habite aussi l'Aigle pygargue. Quand celui-ci voit le Balbuzard parvenu à la hauteur de son aire, il quitte le sien et le poursuit jusqu'à ce que l'Oiseau pêcheur, convaincu de son infériorité, abandonne sa proie. Alors le Pygargue, les ailes repliées, s'élance comme un trait et avec une inconcevable adresse ressaisit le Poisson avant qu'il ait atteint la rivière. Arbitre souverain des grands comme des petits événements, le droit du plus fort régit tout dans l'univers, au haut des airs comme sur la terre et sous les eaux; mais de même que le corsaire, à qu un ennemi enlèvera proie à la vue du port, entreprend une nouvelle croisière dans l'espoir d'être plus heureux, le Balbuzard recommence son exercice, et, maître d'une nouvelle proie, il parvient

enfin à la soustraire à la voracité du Pygargue, surtout lorsqu'elle est moins pesante. Ces pêches et ces combats durent jusqu'au retour du Poisson du fleuve à la mer; alors l'Aigle pygargue se relire dans les montagnes, où il chasse le gibier, et le Balbuzard se rend sur les bords de l'Océan, où il n'a plus de tribut à payer.

Ces Oiseaux vivent presque toujours par paires; mais lorsque les eaux sont glacées, ils se séparent et vont au loin chercher des climats plus doux et une nourriture plus facile. Ils sont ordinairement très-gras et leur chair a une forte odeur de Poisson. (Duuont.)

7»" GENRE. - HARPIE. TIIRASAETUS. (G.-R. Gray.)

0paou;, audacieux ; «etc.;, aigle.

CARACTÈRES GENERIQUES.

Bec grand, très-fort, droit à la base, comprimé sur les côtés, à bords mandibulaires fortement ondulés, surtout vers la pointe, qui est plus crochue que dans aucun Aquiliné, en ce sens que le crochet, au lieu de tomber perpendiculairement au bec, continue sa courbure en se dirigeant vers le dessous de la mandibule inférieure.

Fig 85. — Harpie.

Fig. 86. — Harpie.

Narines ovalaires, transversales.

Ailes courtes, atteignant à peine la naissance de la queue, la quatrième rémige la pins longue

Queue longue, large et arrondie.

Tarses très-gros, trapus, robustes, emplumés au-dessous du genou, et réticules dans le reste de leur étendue, plus largement en avant qu'en arrière; doigts proportionnés au tarse, couverts a" écailles iluns tonte leur longueur, excepté à la base; à ongles longs, robustes et fortement recourbés.

Les plumes tic la tête et de l'occiput allongées et arrondies à leur extrémité, se hérissant à la volonté de l'Oiseau, et se relevant en forme de huppe.

Ce genre ne repose que sur une seule espèce, particulière à I'Amériquc*lu Sud, et l'une des plus remarquables parmi les Aquilinés : c'est la Harpie, nommée aussi Aigle destructeur (Thrasaelus Ilarpijia), dont nous donnons la ligure.

C'est dans les forêts inondées des contrées intertropicales de celte partie du monde que la Harpie se rencontre et fait sa principale résidence, surtout dans celles de ces forêts situées sur le bord des fleuves.

Mauduyt prétend que la force de cet Oiseau est telle, qu'il peut fendre le crâne Sun homme à coups de bec. Ce qui est certain, c'est qu'attaqué et blessé par l'homme, il-ne craint pas de se défendre en se ruant sur lui. Voici dans quels termes M. d'Orbigny cite nn exemple de ce fait :

« Dans une reconnaissance géographique, nous naviguions sur le Rio-Securi; notre pirogue était conduite par trois sauvages yuracarès, grands admirateurs de la Harpie; et, justement, nous en aperçûmes une, perchée sur les branches basses d'un arbre. Nous voulions débarquer pour la tirer; mais le terrain était fangeux, et nos Indiens, plus alertes, sautèrent le» premiers à terre avec leur arc et leurs flèches, la tirèrent et la blessèrent avant que nous eussions pu descendre; elle s'envola, quoique percée d'une flèche, et alla reposer à peu de distance. Les Indiens la tirèrent encore; elle tomba enfin; ils l'étourdirent en lui donnant des coups sur la tête, se partagèrent, sur le lieu même, toutes les plumes des ailes, de la queue et de la tête, qu'ils estiment beaucoup, et commencèrent même à la dépouiller de son duvet (dont ils se servent, comme nous des toiles d'Araignées, pour mettre sur les êcorchures ou les coupures); ils la rapportèrent ainsi toute mutilée, ce qui nous contraria d'autant plus, que c'était un sujet d'une taille extraordinaire. Regardé comme mort, l'Oiseau fut placé dans la pirogue, en face de nous ; et nous ne remarquâmes pas que, revenu de son étourdissement, il revivait peu à peu; nous ne nous en aperçûmes que lorsque, furieux et voulant sans doute se venger, il s'élança violemment sur nous, ne pouvant, par bonheur, se servir avec avantage que d'une seule de ses serres; pourtant, il nous traversa l'avant-bras de part en part, entre le cubitus et le radius, des formidables ongles du point de la partie intacte, tandis que de l'autre il nous déchirait le reste du bras. En même temps, il faisait des efforts, heureusement inutiles, pour nous percer de son bec; et, malgré ses blessures, il fallut deux personnes pour lui faire lâcher prise. Au milieu de forêts sauvages, loin de tout secours, et par les grandes chaleurs auxquelles nous étions exposé tout le jour, nous faillîmes rester estropié par suite de la forte déchirure que les tendons avaient éprouvée.

« On nous a assuré, continue M. d'Orbigny, que la Harpie ne chasse jamais aux Oiseaux; que'les Mammifères seuls font sa nourriture; qu'elle préfère les Singes à tous les autres animaux; que, ' cependant, elle mange aussi fréquemment les jeunes Cabiais, et même les jeunes de quelques autres Mammifères.

« Nous avons été à portée d'en examiner deux à l'état domestique. »

8mc GENRE. — CIRCAETE. CIBCAETUS (Vieillot.)

Kip«;, buse; aero;, aigle.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec robuste, épais, a base convexe, a pointe crochue, comprimé sur les rôles, à bords à peine festonnés.

Narines ovalaires, percées au bord de ta cire, qui est velue.

Ailes allongées, aiguës, les troisième et quatrième rémiges les plus grandes, atteignant l 'extrémité de la queue.

Queue longue, large, plus OU moins arrondie.

Tarses plus longs que le doigt médian, emplumés un peu au-dessous du genou, et entièrement réticulés; à doigts courts, presque égaux, robustes, rouverts d'écaillés dans la dernière moitié de leur longueur, l'externe uni an médian par une membrane; ongles courts, peu crochus.

Fig. 87. — Circaète Jean-le-Blanc.

Fig. 88. — Circaète Jean-le-Blanc

Huit espèces réparties dans toutes les contrées du globe, dont une seule européenne, le Circaète Jean-lc-Blane [Circaetus gallicus). Sa taille est de 0m,f>6.

Les espèces de ce genre fréquentent indifféremment la lisière des bois, les plaines et le bord des lacs et des rivières. Elles se nourrissent de Rongeurs, de Lièvres, de Perdrix, de Volailles de bassecour, et même de Reptiles et d'Insectes à élytres.

Leur ponte est de deux ou trois œufs.

L'œuf du Circaète Jean-le-Blanc est de forme presque toujours parfaitement ovale, les deux extrémités étant égales; d'une coquille à grain semblable à celui de l'Aigle fauve ou royal, d'un blanc légèrement teinté de bleuâtre plus sensible dans sa transparence, et extérieurement poreuse, quoique unie et sans reflet; d'une couleur toujours blanche et faiblement bleuâtre, généralement sans taches, mais ondée par places d'une nuance jaunâtre à peine sensible, dégénérant quelquefois en taches plus rembrunies assez marquées. Grand diamètre, 0m,075; petit diamètre, 0D1,.cJ,J.

CIRCAETE JEAN-LE-BLANC. CMCAETUS GALLICUS. (Vieillot.)

Cet Oiseau a la tète très-grosse; au-dessous des yeux, on remarque un espace garni d'un duvet blanc; le sommet de la tète, les joues, la gorge, la poitrine et le ventre, sont blancs, mais variés de taches peu nombreuses et d'un brun clair. Le manteau et les couvertures alaires brunes, toutes ces plumes d'un blanc pur â leur origine; queue carrée, d'un gris-brun rayé de brun plus foncé, blanche en dessous; tarses longs, ceux-ci et les doigts d'un gris bleu; bec noir; cire bleuâtre; iris jaune.

La femelle a moins de blanc; la tête, le cou, la poitrine et le ventre sont marqués de nombreuses taches brunes, très-rapprochées.

Les jeunes ont les parties supérieures plus foncées, mais l'origine des plumes est d'un blanc pur; la gorge, la poitrine et le ventre sont d'un brun roux, peu ou point taché de blanc; les bandes sur la queue presque imperceptibles; le bec bleuâtre; les pieds grisâtres.

Le Jean-le-Blanc habite les grandes forêts de sapin des parties orientales du nord de l'Europe, et il est rare de le rencontrer en France. (Temminck.)

Fig. 89. — Circaète Jean-le-Blanc.

9mc GENRE. - HALIAUTOUR. HALIASTUR. (Selby.)

AX;, a).c;, mer; astur, Autour (mot hybride).

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec médiocre, presque droit à la base, incliné jusqu'à la pointe, qui est crochue, mais peu recourbée; comprimé sur les côtés, h bords légèrement festonnés.

Narines arrondies.

Tarses recouverts, sur le devant, d'une rangée de larges écussons sexagones; à doigts écaillés dans toute leur longueur; ongles faibles.

Fig. 90. — llaliautour à poitrine blanche.

Fig. 91. — li.iii miiiui .i poitrine blanche.

Ce genre, composé de trois espèces, est. particulier aux continents de l'Inde et de l'Australie. Les Haliautours fréquentent le bord des eaux ou les lieux marécageux; ils se nourrissent indistinctement de Poissons, de Reptiles, de Crabes, d'Oiseaux, parfois même de charognes.

10°" GENRE — MACAGUA. IIERPETOTHEIŒS. (Vieillot.

Ep-ETCv, serpent ; Otioim, je chasse.

CARACTERES GENERIQUES.

Bec très-court, comprimé sur (es côtes, à mandibule supérieure suintement recourbée dès la base jusqu'à la pointe, qui se termine brusquement en crochet peu allongé, à bords festonnés; l'inférieure arrondie, écliancrée h sa pointe, qui reçoit la partie crochue de la première.

Narines larges, arrondies.

Ailes médiocres; les troisième, quatrième et cinquième rémiges les plus longues, dépassant à peine la naissance de la queue.

Queue allongée et arrondie.

Tarses de la longueur du doigt médian, réticulés; doigts épais.

Fi". 92. — Macagua rieur.

Fig. 93. — Macagua rieur.

Ce genre repose sur une espèce unique, particulière à l'Amérique du Sud, connue sous le nom de Macagua rieur [Herpetotheres cachinnans, Vieillot).

C'est un Oiseau qui fréquente le bord des savanes noyées, où il vit de Poissons et où il chasse les Reptiles, qu'il étourdit à coups d'ailes, et dont il se nourrit également.

11 s'établit, dit M. d'Orbigny, au dire des habitants, sur la lisière des bois, au sommet de trèshauts arbres, y construit un nid énorme, dans lequel il dépose de quatre à cinq œufs. Le couple alors semble devenir plus ricaneur que jamais, et poursuit longtemps les importuns, répétant avec plus de force encore ses cris aigus, sans doute pour mieux les éloigner de sa nichée.

Son nom de Macagua vient de la langue guarani

Ce genre clôt heureusement la série des Aquilinés par ses rapports d'aspect avec les Falconinés, dont il a la tête carrée, le même bec court et ramassé, sur lequel on remarque en quelque sorte le rudiment de la dentelure rostrale de ceux-ci, tant est prononcé le feston de son bord mandibulaire. Il devient dès lors, de tous les genres des Aquilinés, le lien le plus naturel de ceux-ci à la famille des Falconinés.

QUATRIÈME FAMILLE. - FALCONINÉS.

Les Falconinés ont le bec court, a arête recourbée dès la base jusqu'à la pointe, qui est crochue, à mandibule supérieure armée d'une ou plusieurs dents, la mandibule inférieure échancrée au bout pour recevoir la portion crochue de la première; la cire couverte de poils; les narines arrondies, offrant au centre de leur ouverture un tubercule membraneux, lisse et isolé; les ailes longues et plus aiguës que celles des autres Accipilres ou Uapaces, car les deuxième et troisième rémiges sont généralement les plus longues, et atteignent L'extrémité de la queue, qui est allongée et plus ou moins arrondie; les tarses plus ou moins longs, de la même longueur que le doigt médian, et les doigts toujours longs et déliés; les antérieurs unis à leur base par une membrane; les ongles longs, courbés et trèsacérés, le postérieur le plus fort; le dessous des doigts (ou plante des pieds) fortement mamelonné dans l'intervalle des articulations, ce qui semble être le caractère particulier des espèces d'Accipitres vraiment chasseurs et ravisseurs; le tour des yeux nu.

Cette famille renferme les seuls Accipitres que les anciens auteurs étaient convenus d'appeler nobles, soit à cause de leur courage, soit à cause de leur éducabilité pour la chasse dite de fauconnerie, par opposition au mot ignoble, sous lequel ces naturalistes confondaient toutes les autres familles d'Accipitres.

Le nombre des genres de cette famille a varié au gré des auteurs, et il n'en pouvait être autrement alors que, du premier jusqu'au dernier genre, les caractères sont exactement les mêmes.

Lesson, n'élevant les Falconinés qu'au simple rang de genre, les divisait en quatre sous-genres :

1° Faucon (dans lequel il comprenait sous le nom de races les Faucons proprement dits, les Hobereaux, les Crécerelles et les Émérillons); 2° Diodon; 5° Lophote; 4° Gerfaut.

M. G.-R. Gray, leur restituant leur véritable rang de famille, les a divisés en six genres:

1° Faucon (Faleo);

2° Hobereau (Hypotriorekis);

5° léracide (Ieracidea);

4° Crécerelle (Thmunculus) ;

5° Iérax (Ierqx ;

6° Diodon (Harpagus).

M. Ch. Bonaparte, tout récemment, vient d'élever ce nombre des genres à huit:

\" léracide (Ieracidea);

2° Faucon (Falco);

5° Hobereau (Hypotriorchïs);

4° l'olihiérax (Poliliierax, d'une espèce qu'il a démembrée du genre Crécerelle);

5° Érythrope (Erythropus, formé également d'une seule espèce retirée du même genre);

6° Crécerelle ( Tinnuncuhis) ;

7° Diodon ( Harpagus) ;

8° Iérax (lerax).

Quoi qu'il en soit du fondement de ces diverses distinctions, toujours est-il que les caractères de cette famille sont tellement tranchés et homogènes, qu'il est impossible à l'œil le moins exerce de la confondre avec aucune autre. Mais aussi, par la même raison, toute division systématique a-t-elle échoué, par l'absence de caractères assez nets pour en faciliter une coupe mnémonique. Tout ce que les ornithologistes ont pu faire, c'est de. régler les divisions qu'ils ont admises, plutôt, en réalité, sur des différences de taille ou de plumage que sur des caractères d'une valeur vraiment générique. C'est ce dont on va juger.

Le genre Faucon proprement dit, dans lequel doit se confondre le genre léracide, dont le double feston mandibulaire équivaut à une dent obtuse, se compose de toutes les espèces les plus fortes de la famille, et mesurant de 0ra,40 à 0m,G0 ;

Le genre Hobereau, de toutes les espèces à plumage brun ou foncé, mesurantde 0ra,50 à 0m,40;

Le genre Crécerelle, de toutes celles de même dimension, a plumage brun-rouge ou ocre-rouge, flammèche de noir ;

Le genre Iérax ou Faucon-Moineau, des petites espèces de 0m,16 à 0ra,18.

Du reste, identité parfaite de caractères.

Ouant à nous, qui cherchons à facilitera nos lecteurs l'élude de l'ornithologie, et qui n'avons aucun intérêt à faire ce qu'on appelle de la science a leurs dépens, ni à revêtir de simples apparences du caractère de la réalité, dans l'impossibilité où nous sommes, en conscience, de leur présenter pour genres des réunions arbitraires d'espèces dont la valeur générique est tout à fait nulle et rentre dans les caractères de la famille, nous nous bornerons à diviser les Falconinés en trois genres : Faucon', Diodon et Baza, car les coupes ci-dessus peuvent bien à la vigueur être maintenues, en prenant les bases que nous avons indiquées; mais, dans ce cas, ce ne serait plus simplement qu'à litre de races, comme le comprenait Lesson, mais sans aucune dénomination générique.

1" GENRE. - FAUCON. FALCO. (Linné.)

CARACTERES GENERIQUES.

Dec court, robuste, recourbé dès la base jusqu'à la pointe, qui est aiguë, comprimé latéralement, à bonis de ta mandibule supérieure munis d'une écliancrurc profonde en forme de dent. Narines percées dans la cire, nues et arrondies, avec un tubercule au centre.

Fig. 94. — Faucon pèlerin.

Ailes longues et aiguës, les deuxième et troisième rémiges les plus longues, la première et la deuxième éckancrées à la pointe.

Queue large et arrondie.

Tarses courts, robustes, couverts d'écaillés hexagonales irrégulièrement disposées; jambes cmplumées jusqu'au genou; les plumes du tibia venant cacher la moitié supérieure du tarse; doigts longs et robustes, les latéraux égaux, le pouce long, armés, surtout ce dernier, d'ongles vigoureux, fortement recourbés et acérés.

Fig. 95. — Faucon piMerin.

Ce genre ainsi compris renferme cinquante-trois espèces, réparties dans toutes les contrées du globe, dont douze espèces propres à l'Europe, sur lesquelles six s'observent et se reproduisent en France.

Nous donnons les figures du Faucon gerfaut [Falco Gijrfalco, Schlegel), taille de 0m,50; du F. lanier (F. lanarius, Schlegel), taille de 0'",55; du F. pèlerin (F. communié, Brisson et Gmelin), taille de 0m,38; du F. hobereau (F. subbuteo, Linné); type du genre Hijpotriorcliis de Boié, taille de 0m,50; du F. émérillon. {F. lithofalco, Gmelin), taille de 0n',26; du F. Kobez (F. vesperlinus, Linné); type du genre Erythropus de Brelim, taille de 0m,28; du F. crécerelle (F. tinnunculus. Linné ; type du genre Tinnunculus de Vieillot, taille de 0m,j5; du F. crécerellette (F. cenchris Nauman), taille de 0"',o2; et du F. concolore (F. concolor, Temminck), taille de 0m,54.

G. Cuvier et d'autres naturalistes, à son exemple, préoccupés avec juste raison de la valeur relative des types zoologiques par rapport à leurs aptitudes, avaient placé les Falconinés à la tête des Rapaces nobles. Ce sont, en effet, les meilleurs voiliers de tout le sous-ordre, et les Oiseaux de proie par excellence; ne dévorant leur proie que palpitante; ne chassant jamais qu'au vol; suivant même, pendant leurs migrations, les bandes de certains Oiseaux voyageurs, au milieu desquels ils choisissent chaque jour leur victime, se mettant ainsi à leur poursuite, ou, pour mieux dire, les accompagnant, comme plusieurs Cétacés ou certains gros Poissons accompagnent les innombrables bandes émigrantes de Harengs, etc. Leur vol soutenu et rapide se plie à toutes les exigences des diverses circonstances dans lesquelles ils se trouvent. Ainsi, le plus souvent, c'est en planant longtemps, et en décrivant des cercles du haut des airs, au-dessus de l'Oiseau objet de leur convoitise, qu'ils le forcent à s'abaisser graduellement, en rétrécissant insensiblement le cercle de leurs circonvolutions ou spirales, jusqu'à ce que, l'animal étourdi et réfugié timidement vers la terre, ils s'abattent comme un trait sur lui et l'enlèvent.

Ils nichent indifféremment, et suivant les localités, dans les fentes des falaises au bord de la mer, dans les creux des rochers, dans les trous des ruines et des masures, même dans le haut des vieilles tours et des clochers, ou bien sur les arbres : bien rarement, lorsqu'ils s'établissent dans des ruines ou sur des rochers, préparent-ils un lit pour y déposer leurs œufs, dont le nombre varie de trois à six.

L'uniformité de caractères organiques, qui rend les Falconinés si remarquables, se retrouve d'une manière constante et toute particulière dans la forme et la coloration de leurs œufs. Cette uniformité est telle, qu'à moins de les prendre au nid, il y a presque impossibilité de les distinguer spécifiquement les uns des autres autrement que par leurs dimensions.

Vif. 96. — (eracide Berigora.

Fig. 97, — Hobereau. Hypotriorchh

Fig. 98- îeraï azuré

Fis. 99. — leracide Berigora.

Fig. 1U0. — lerax azuré.

Fig. loi. — Hobereau Bypotriorchis.

Fis. 10-2. — Crécerelle Tinnunculus.

Ces œufs sont généralement d'une forme ovalaire parfaite, à coquille d'un grain ordinairement assez serré, recouverte d'un brun variant du brun-bistre au brun-rouge et au brun de Sienne, réparti uniformément sur la coquille, tantôt par une série continue de grivelures, tantôt par larges taches, dans tous les cas laissant très-rarement apercevoir le blanc de la coquille.

Tels sont, à notre connaissance, ceux des Faucons Gerfaut, mesurant 0m,057 à0m,0G0 sur 0m,044 à 0m,047; Pèlerin, 0m,055 ù 0n,,055 sur 0"\040 à 0m,041 ; Éléonore, 0m,045 sur 0m,054; Crécerelle, 0m,034 ù (T,044 sur 0">,029 à 0m,034; Hobereau, 0m,037 à 0m,040 sur 0m,051 à 0m,032; de l'Émérillon, 0ra,056 à 0m,038 sur 0m,029 à O-.OSO; et de la Crécerellette, 0m,054 à 0"',03C sur 0m,027 à 0"',030; tels sont encore ceux du Faucon Bérigore (Ierachlca [Falco] Berigora, Gould), de la Nouvelle-Hollande, mesurant 0m,050 sur 0m,033; ainsi que ceux du Faucon montagnard, ou Rupicole (Falco rupicolus, Daudin), mesurant 0m,042 sur 0m, 055, et du F. rupicoloide (F. rupicoloides, A. Smith), mesurant 0'", 045 sur 0°',054; ces deux derniers du cap de Bonne-Esperance. En observant seulement, ce qu'indiquent suffisamment leurs mesures relatives, que ceux des Faucons d'Islande, Gerfaut, Pèlerin et Bérigore sont de forme plus ovoïde et plus allongée que les autres.

Nous nous bornerons, entre toutes ces espèces, à donner en détail la description des œufs de la Crécerelle, du Hobereau et de l'Émérillon, les trois plus communes de notre France.

L'œuf de la Crécerelle est ordinairement d'un ton de terre de Sienne clair, rehaussé assez irrégulièrement, et surtout vers les deux extrémités, de taches arrondies ou points, très-fréquentes mais peu tranchées, d'un ton plus foncé de même couleur, fréquemment du même ton de terre de Sienne, clair-semé, sur la plus grande partie de sa surface, de petits points ou grivelures plus foncés, mais réunis au sommet en une seule masse de la même teinte, tirant alors sur la terre de Sienne brûlée, terminée irrégulièrement sur ses bords, et laissant rarement apparaître quelque trace du blanc de la coquille, presque toujours imperceptible, quelquefois d'un ton de terre de Sienne si léger qu'il tire sur le rose, et alors très-finement tiqueté de quelques points foncés entremêlés de taches rares irrégulières de la même couleur; enfin, plus rarement, présentant les mêmes dispositions de coloration, mais la teinte rosée passant au violet léger. Cette nuance est alors le résultat d'une altération survenue dans la constitution de la coquille à la suite de l'incubation.

L'œuf du Hobereau est ordinairement d'un beau blanc recouvert de nombreuses taches irrégulières et de quelques points d'un ton de terre de Sienne brûlée, parfois transparent; souvent uniformément de la même nuance interrompue par quelques grivelures à peine sensibles, plus foncées; quelquefois d'un blanc sale, recouvert irrégulièrement de nombreuses taches d'un brun de bistre léger qui finit parfois même par recouvrir uniformément la coquille; plus rarement du même blanc sale, marqué de quelques taches rares de bistre, et même ne portant que des taches à peine perceptibles de la même nuance.

Un caractère différentiel assez constant qui peut servir à distinguer les œufs si semblables, du reste, de ces deux espèces, c'est que le blanc de la coquille, chez le Hobereau, apparaît fréquemment par portions ou masses plus ou moins étendues et plus ou moins pures, tandis que, chez la Crécerelle, ce même blanc n'apparaît jamais qu'accidentellement et par brisures ou échappées.

L'œuf de l'Émérillon est ordinairement d'un ton de terre de Sienne foncé uniforme, et dont les grivelures sont à peine sensibles; quelquefois d'un ton de même couleur fort léger et tirant sur le rose, mais tiqueté de points beaucoup plus foncés, dont les plus gros se réunissent en groupe, tantôt au sommet, tantôt à la base de l'œuf, et se perdent sur les bords de leur contour comme en s'imbibant dans la nuance du fond.

1 FAUCON GEItFAUT. FALCO 1SLANDICVS. (Lalhani.)

Tout le fond du plumage blanc, rayé, sur les parties supérieures et sur la queue, d'étroites bandes brunes; parties inférieures également blanches, marquées de petites taches brunes en forme de larmes; ces taches plus nombreuses et plus grandes sur les flancs; bec jaunâtre; cire et tour des

yeux d'un jaune livide; iris brun; pieds d'un beau jaune. Plus les mâles sont vieux, plus le blanc de leur plumage est pur, moins il y a de taches sur les parties inférieures, tandis que les raies transversales des parties supérieures ne présentent point autant de largeur.

La femelle, plus grande que le mâle, en diffère encore par un plus grand nombre de taches d'un brun foncé sur les parties inférieures; ces taches se présentent, sur les flancs, en bandes transversales; les raies des parties supérieures sont plus larges et en plus grand nombre, ce qui fait que le blanc n'occupe point une aussi grande étendue que dans le mâle.

Les jeunes de l'année n'ont presque point de blanc; tout leur plumage supérieur est d'un cendré brun, uniforme, seulement varié par de très-petites taches blanchâtres au bout de toutes les plumes; les pennes de la queue, également d'un brun cendré, portent douze petites bandes interrompues d'un blanc isabelle; sommet de la tête, nuque, cou et toutes les parties inférieures, marqués de grandes et larges taches brunes, disposées longitudinalemcnt et bordées, sur chaque côté, par des espaces plus ou moins grands, d'un blanc pur; pieds d'un plombé légèrement nuancé de jaunâtre; cire et tour des yeux d'un bleuâtre clair.

Cette espèce se trouve particulièrement en Islande; elle se nourrit d'Oiseaux et de Quadrupèdes, sur lesquels elle s'élance avec une rapidité étonnante, et, le plus souvent, en se faisant tomber en ligne perpendiculaire. (Tehsiiïsck.)

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