‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 5)Chapitre 56 sur 62 · CIII.OROPIC CENDRÉ. P1CVS {CIILOROPICOS) CAMS. (Gmclin · texte numérisé non relu

CIII.OROPIC CENDRÉ. P1CVS {CIILOROPICOS) CAMS. (Gmclin

Parties supérieures d'un vert jaunâtre, avec nuance cendrée â la tête, et le croupion jaune; parties inférieures d'un gris verdàtre, tirant sur le blanc au cou ; front rouge, cramoisi; lorums noirs; moustaches étroites de même couleur et partant de la base du bec; grandes couvertures alaires traversées de bandes brunâtres peu apparentes; rémiges marquées de taches d'un blanc grisâtre; queue brune, avec les deux rectrices médianes rayées transversalement de gris jaunâtre ; bec brun de corne, plus coloré en dessus qu'en dessous; iris d'un rouge pâle; pieds noirs.

La femelle n'a point de rouge au front, a le noir des lorums et des moustaches moins étendu, la tète et le cou cendrés; chez les très vieilles femelles, quelquefois, mais très-rarement, quelques plumes rouges ou jaunes sur la tête.

Longueur totale, 0"\26 a 0m,27.

Habite le nord de l'Europe et de la France. — (Degland.)

W° GENRE. — CHRYSOP1C. CIMYSOPICOS. (Malherbe.)

Xpuac;, or; r.i/.c; , Pic.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Dec long et fort, à 6rt.se large; sommet légèrement recourbé; côtés comprimés vers l'extrémité, qui est aiguë; sillons latéraux très-rapproehés du sommet de la mandibule supérieure. Narines basâtes, latérales, et recouvertes par une petite touffe de plumes rebroussées.

Fij. 357. — Chrysopic mélanoclilori'

Ailes longues, surobtuses; les rémiges les plus longues étant la quatrième et la cinquième, qui sont presque égales, puis la troisième et la sixième, qui ne diffèrent presque pas entre elles.

Queue étagée, avec l'extrémité de chaque penne roide cl pointue.

Tarses courts cl sculelb's; doigts longs; le doigt antérieur externe plus long que le doigt postérieur correspondant, rarement presque égal.

Huppe occipitale courte, et quelquefois nulle; menton couvert de plumes, et s' avançant sous la mandibule inférieure a un peu plus de moitié de la longueur totale du bec, depuis la commissure

tiges des pennes alaires et caudales jaune-citron en dessous, et souvent en outre jaunes en dessus. Les mâles se distinguent des femelles en ayant une moustache ou bande rouge près de la mandibule inférieure. Plumage des parties inférieures rayé ou tacheté; il en est de même des parties supérieures dans le plus grand nombre des espèces. Parties supérieures d'un vert plus ou moins foncé.

Fig. o5S. ■ — Chrysopic »lii Bentiell.

Dix-sept espèces, toutes d'Afrique ou d'Amérique; parmi lesquelles le Chrysopic ligré (Ptcus [Clmis.] notatus), Liechtenstein; et le Chrysopic de Cayenne (Picus [Chrys.] Cayenncnsis), Gmelin; nous donnons les caractères différentiels des deux sections dont il se compose.

CHRYSOPIC A COL NOIR CHItYSOPlCOS ATMCOLLIS. (Malherbe.)

lltv. et M. 2 deZo 1.

Le mâle a le front et le vertex d'un gris bleuâtre, avec l'extrémité de quelques plumes rouges, et peut-être toutes les plumes de ces mêmes parties ont-elles leur extrémité rouge dans les sujets adultes et non en mue; une ligne rouge étroite part du front, et, passant au-dessus des yeux, vient couvrir, en s'élargissant, tout l'occiput et la nuque; les plumes de ces dernières parties sont plus allongées, et d'un beau rouge sanguin. Côtés de la tète, depuis la mandibule supérieure jusqu'au cou, et un peu au-dessus de l'œil, d'un blanc jaunâtre. Les touffes de plumes roides et effilées qui recouvrent les narines, le menton, la gorge, et un large plastron couvrant le devant du cou et le haut de la poitrine, d'un noir profond; une large bande rouge, partant de la mandibule inférieure, sépare en partie le jaunâtre des cotés de la tête du noir du devant du cou.

Le dos et les rectrices alaires sont d'un vert olive, chaque plume ayant deux ou trois bandes transversales noires; rémiges primaires et partie des rémiges secondaires du même vert olive, rayé de noir du côté externe, et d'un brun foncé vers l'extrémité. Ces rémiges sont brun foncé et frangées de blanc sur leur coté interne. Les dernières rémiges secondaires sont d'un vert olive, rayé de noir des deux côtés. Les rémiges les plus longues sont la quatrième, la cinquième et la troisième, lesquelles sont égales ou presque égales. Toutes les tiges des rémiges sont d'un jaune d'or en dessus et en dessous.

Le croupion et les couvertures supérieures de la queue d'un blanc olivâtre, chaque plume ayant de nombreuses bandes transversales; les rectrices latérales rayées de bandes noires et de bandes d'un roux jaunâtre; les autres rectrices noires, et portant, dans les deux tiers de leur longueur, des bandes transversales peu apparentes d'un brun roussâtre. Toutes les tiges des rectrices sont jaune d'or en dessus et en dessous, si ce n'est vers l'extrémité des baguettes, la tige devenant alors d'un noir roussâtre. Poitrine, flancs et couvertures inférieures de la queue, d'un blanc olivâtre, avec des bandes noires transversales. Le milieu de l'abdomen est d'un blanc jaunâtre lavé d'olivâtre, et l'on y voit à peine quelques vestiges de bandes noires.

Bec d'un brun foncé, aigu et très-renflé vers le milieu de la mandibule inférieure; sillons latéraux très-rapprochés du sommet de la mandibule supérieure.

Longueur loia 1850, p. 156.)

le, 0ra,27 à 0ro,28. Du Pérou. (Malherbe, Revue „t Magasin zoologique,

I5me GENRE. - LEUCOPIC. LEUCOPICUS. (Malherbe.)

CARACTERES GENERIQUES.

Dec long, fort, large h la base, légèrement courbé au-dessus dans toute son étendue, et très-comprimé vers l'extrémité; sillons latéraux plus rapprochés du sommet de la mandibule supérieure (/ne des bords.

Narines arrondies, cl à peine recouvertes par quelques petites plumes roides et déliées.

Ailes longues et pointues, mais subobtuses; la quatrième et la troisième rémiges étant les plus longues, et différant peu de la cinquième rémige.

Queue longue et élagée, avec l'extrémité des rectrices allongée et aiguë.

Tarses courts et scutcllés; quatre doigts; le doigt antérieur externe bien plus long que le doigt postérieur correspondant; ongles forts et aigus.

Fig. 359. — Leucopic dominicain

Fig. 560. — Leucopic dominicain.

Pas de huppe; mais les plumes de l'occiput sont assez touffues; menton rarement couvert de plumes jusqu'à l'éehancrure, et s'avançant sous la mandibule inférieure à plus du tiers et à moins de moitié de la longueur totale du bec depuis la commissure. Le mâle n'ayant pas, sur le côté de la tète, de bande ou de moustache qui le dislingue de la femelle.

Ce genre ne se compose, jusqu'ici, que d'une seule espèce, de l'Amérique méridionale, le Leucopic dominicain [Picus [Lcuc] dominicanus), Vieillot.

Les habitudes de l'espèce qui constitue ce genre diffèrent un peu de celles des Picidés.

Ainsi, dit d'Azara, quoique le Pic dominicain s'attache aux arbres et aux murailles, il les parcourt rarement en grimpant; il se perche souvent comme la plupart des Oiseaux. Du reste, il vit en famille, est fort criard, et sa voix rauque et désagréable s'entend de très-loin. Les individus de cetlo espèce n'entrent jamais dans les bois, et ne tirent point les Vers des trous des arbres; ils se tiennent dans les cantons plantés de palmiers, et dans les lieux un peu boisés; ils se posent horizontalement sur les bois et sur les arbres; et se nourrissent ordinairement de Guêpes et de larves, d'oranges douces, de raisin et d'autres fruits.

IllSTOlllE NATURELLE.

LEUCOPIC DOMINICAIN. PICUS [LEUCOPICUS] DOMIXICAXUS. (Vieillot.)

Le dessus du cou, la moitié du dos et les ailes, noirs; un trait de cette couleur, qui va de l'angle postérieur de l'œil à la nuque ; le derrière de la tète, le tour des yeux et le ventre, jaunes ; les pennes de la queue noires, avec des bandes brunes; le reste du plumage d'un beau blanc; le tarse vert; l'iris blanc; et le bec d'un brun plus clair en dessous qu'en dessus.

Longueur totale, de 0m,29 à 0m,50. (Vieillot, d'après d'Azara.)

I6™> GENRE. — MELANOPIC. MELANOPICOS. (Malherbe

M3X7.;, [/.EXavo;, noir; tclkc;, Pic.

Bec long, large à la hase, le sommet plus ou moins recourbé, h côtés comprimés vers l'extrémité, qui est aiguë; sillons latéraux généralement peu saillants, plus rapprochés du sommet île la mandibule supérieure que des bords, cl ne s' avançant jamais qu'à- la moitié ou aux trois quarts du bec, à partir de la base.

Narines arrondies, et plus eu moins recouvertes par des plumes rebroussées.

Ailes langues, surobtuses; les rémiges les plus lonques sont la troisième, la quatrième et la cinquième; ces pennes étant tantôt dans l'ordre trois, quatre, cinq, tantôt dans l'ordre cinq, quatre, trois, et le. plus souvent, enfin, dans celui quatre, trois et cinq.

Queue plus ou moins longue, élagée, avec l'extrémité des rectrices très-aiguë.

Tarses plus courts que les doigts externes, cl scutellés; quatre doigts; le doigt antérieur externe plus long que le doigt postérieur correspondant, mais quelquefois différant a peine; ongles aigus cl comprimés.

Fig ofii. — Mélanopic à collier.

Fig. 362. — Mélanopic à collier.

Tas de huppe; mais, dans quelques espèces, les plumes de l'occiput sont assez touffues; menton rarement couvert de plumes jusqu'à l'échancrure, et s'avançant sous la mandibule inférieure à plus du tiers et à moins de la moitié de la longueur totale du bec, depuis la commissure. Plumage °énéralement noir ou noirâtre sur les parties supérieures. Le mâle n'ayant pas de bande ou de moustache rouge près la mandibule inférieure.

Dix espèces de l'Amérique et des Antilles. On peut citer le Mélanopic à barbe noire (ficus [Mel.] melanopogon), Lichtenstein; et le Mélanopic à front jaune [Picus [Mel.] flavifrons), Vieillot.

Plusieurs espèces de ce genre se nourrissent autant et plus de baies et de fruits que de Vers ou d'Insectes, entre autres le Mélanopic à tète rouge ou tricolore.

liuffon, dit Vieillot, en s'occupant de celle dernière espèce, ne pouvait croire que des Pics vécussent de fruits et de graines; cependant celui-ci et le Pic doré s'en nourrissent. Cet auteur ajoute que, s'ils en mangent, ce ne peut être qu'une ressource de disette et non un aliment de choix; cette assertion n'est pas mieux fondée, puisque ces deux Pics préfèrent les cerises, les baies molles, aux Insectes, qui sont encore en abondance lors de leur maturité.

Le Pic tricolore, ou à tête rouge, perce et déchire l'enveloppe du mais pour prendre le grain lorsqu'il est encore tendre; et il aime beaucoup les pommes, dont il mange la pulpe et dont il ne laisse que la peau; enfin, il vit aussi de glands, qu'il avale entiers. C'est un si grand destructeur de fruits, que, pendant un temps, sa tête a été mise à prix aux États-Unis.

MÉLAXOI'IC A COLLIEH. PICUS [lUBLAyOPICOS] TORQVATUS (Wilson.)

Pas de huppe; une partie du front, toute la face, les joues, le bas de la poitrine, le ventre et le milieu de l'abdomen, d'un rouge écarlate; le sinciput, tout l'occiput, le dos, le croupion, les ailes et la queue, d'un noir profond à reflets d'acier bruni; le devant du cou, une large raie derrière et le haut de la poitrine d'un blanc grisâtre; bec noir; pieds d'un noir verdâtre.

Longueur totale, 0m,50.

17"" GENRE. - PICZÈBRE. ZEBRAPICVS (Malherbe.)

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec long, à mandibule supérieure un peu recourbée, à côtés comprimés vers l'extrémité, qui est aiguë, à bords du bec un peu courbés; sillons latéraux très-rapprocliés du sommet de la mandibule mpérieure, et cessant d'être visibles vers la partie antérieure du bec.

Narines basâtes , en partie recouvertes par quelques plumes rebroussées.

Fis. 363. — Piczébre de la Caroline.

Fis. 364 — Piczébre de la Caroline.

Ailes longues, obtuses; la quatrième rémige est la plus longue, et se trouve généralement presque égale à lu cinquième; la troisième et la sixième en diffèrent très-peu; très-rarement, la troisième 23 3«

rémige se trouve presque égale à la quatrième, et alors la cinquième et la sixième rémiges diffèrent l>eu en tongueurdes deux précédentes.

Queue moyenne; l'extrémité des baguettes pointue

Tarses courts; quatre doigts; le doigt antérieur externe généralement plus long que le doigt postérieur correspondant .

Pas de huppe; mais seulement les plumes de la nuque quelquefois plus fournies ou un peu plus longues; menton couvert de plumes, et s'étendant sous la mandibule inférieure à plus du tiers de la longueur totale du bec depuis la commissure.

Plumage des parties supérieures, moins la tête, noir, rayé, transversalement, de bandes blanches, et rarement d'un olivâtre clair; parties inférieures d'un cendré blanchâtre ou d'un brun plus ou moins roussàtre, quelquefois mélangé d'olivâtre, sans raies ni bandes; le ventre et l'abdomen ordinairement plus ou moins colorés de rouge ou de jaune; le bec noir. Les mâles n'ont pas de mouslache ou bande rouge près la mandibule inférieure. Ils se distinguent des femelles en ayant plus de rouge sur la tète : celles-ci n'ont que l'occiput rouge, ou quelquefois n'ont aucune partie de la tète de cette couleur.

Treize espèces, de l'Amérique et des îles de la mer des Antilles. Une belle espèce à citer est le Piczèbre à sourcils (Picus [Zebr.] super ciliaris), Vigors, et sa variété albine.

PICZÈBRE flE P11C1IERAN. ZEBIIAPICUS PVCHERAN1. (Malherbe.)

Mng. <t Hev. Zool. 1839 p. 542.

Tout le vertex, le sinciput, la nuque et le milieu du ventre rouge sanguin; une large teinte noire au-dessus de la région ophthalmique et parotique, s'étendant jusqu'aux épaules, et une autre tache d'un blanc sale derrière les yeux, bordée de noir; le derrière de la tète, tout le dos, noirs, striés transversalement de blanc; couvertures des ailes et rémiges secondaires noires, tachetées de blanc; rémiges primaires noires, ponctuées intérieurement de blanc; croupion et couvertures de la queue blancs; queue noire; rectrices médianes et l'interne de chaque coté fasciées de blanc; menton et gorge d'un gris olivâtre; tout le devant du cou et la poitrine d'un roux olivâtre; abdomen, région anale et flancs d'un gris olivâtre strié transversalement de noir.

La femelle a le front d'un jaune d'or et le dessus de la tête d'un brun jaunâtre bordé de noir; occiput rouge.

Longueur totale. 0m,l92.

De l'ile de Tabago. (Malherbe, Rcv. et Mng. zool., 1849, p. 542.)

d9"'° GENRE. - GÉOPIC. GEOPICOS (Malherbe.)

Têo., terre; 7:1x0;, pic.

Bec long, plus ou moins fort, large à la base, à sommet recourbé; sillons latéraux faibles, souvent à peine visibles, très-rapprocliés du sommet de la mandibule supérieure.

Narines basâtes, latérales, plus ou moins recouvertes par quelques plumes rebroussées.

Ailes généralement longues , surobtuses ; la cinquième et la quatrième rémiges les plus longues.

Queue longue, étagée, à baguettes roides.

Tarses un peu moins courts et moins robustes que chez les autres Pics: quatre doigts; le doigt antérieur externe plus long que le doigt postérieur correspondant.

Pas de huppe. Menton couvert de plumes qui s'étSndent rarement jusqu'à l'extrémité de l'échancrure formée sous la mandibule inférieure : cette èchancrure étant quelquefois de plus du tiers, et tantôt de beaucoup plus de moitié de la longueur totale du bec depuis la commissure.

Les tiges des rémiges jaunes ou d'un orangé rougeàtre en dessous. Chez plusieurs espèces, les tiges des rémiges sont aussi de la même couleur eu dessus; chez d'autres espèces, les liges de la queue sont aussi jaunes ou d'un orange rougeàtre en dessous. Les parties supérieures ne sont jamais vertes Les mâles se distinguent notamment des femelles par la couleur de la moustache ou bande située près de la mandibule inférieure. Cette bande, le plus souvent rouge chez le mâle, n'existe quelquefois point chez la femelle.

Fig. 505. — Géopic dore.

Fig. 5156. — Géooii- doré

Onze espèces, de l'Amérique et de l'Afrique ; le Géopic doré (Picus [Geop.] uuratus), Linné, elle Géopic laboureur (Picus [Geop] arator), G. Cuvier.

Ce genre se compose exclusivement d'espèces marchant à terre plus aisément et plus souvent qu'elles ne grimpent après les arbres, et se nourrissent autant de baies que de Vers ou d'Insectes.

Voici ce que d'Azara dit du Pic doré auquel il donnait le nom de Pic des champs.

Quoique cette dénomination paraisse ne pouvoir s'accorder avec l'idée d'un Pic, aucune ne peut cependant mieux caractériser l'espèce dont il s'agit. En effet, on ne voit jamais ces Oiseaux pénétrer dans les bois, ni grimper contre les arbres, ni rechercher les Vers qui sont sous l'écorce ; ils saisissent les petites proies, dont ils se nourrissent dans les campagnes découvertes qu'ils parcourent à pas précipités; c'est par cette raison qu'ils ont les jambes plus longues que les autres, lis frappent avec force de leur bec sur le gazon, où ils connaissent que se réfugient les Vers de terre et d'autres Insectes: un seul coup ou deux suffisent : quand les fourmilières sont humides, ils y enfoncent aussi leur bec pour prendre les fourmis ou leurs larves. Ils ne laissent pas pour cela de se poser sur les arbres, leurs troncs et les branches, et sur les pierres, s'y tenant tantôt horizontalement, tantôt verticalement, tantôt accrochés pour grimper, tantôt à la manière des autres Oiseaux. Soit qu'ils volent, soit qu'ils courent à terre, ils jettent fréquemment un cri fort. Ils se tiennent par paires ou en famille. Ils nichent au fond des trous, qu'ils creusent dans les murs abandonnés et faits en terre ou en briques crues, ou sur les bords escarpés des ruisseaux.

D'après Vieillot, au contraire, cette espèce s'emparerait, pour faire son nid, des troncs d'arbres percés par d'autres Pics; car, ajoute-t-il, il est privé de la faculté de les creuser lui-même.

Voici du reste ce qu'en dit cet habile observateur:

La dénomination de Pic-Coucou conviendrait très-bien à cet Oiseau, car il fait la nuance entre les deux familles. Il a du Pic la conformation des pennes de la queue, et du Coucou le bec arrondi, un peu arqué, et plus pointu que ses congénères. Il diffère dupremierpar sa langue très peu extensible et par la plupart de ses habitudes naturelles; car il se tient très-souvent à terre, et ne grimpe

244 HISTOIRE NATUHELLE.

point sur les arbres; s'il se tient cramponné quelquefois contre le tronc, c'est sans changer d'attitude. Il se perche sur les branches même les plus faibles, saute avec facilité de l'une à l'autre; on le voit même assez souvent sur les plantes fortes et élevées, telle que la morelle à grappes (solanum Carolinensis), dont il mange les baies; ce ne sont pas les seules dont il se nourrit: toutes celles qui sont molles lui conviennent, ainsi que les graines du cèdre rouge; cependant les Insectes et les Vers sont sa principale nourriture. Il est peu farouche, fréquente les taillis, s'approche des habitations pendant l'hiver et se retire au printemps dans les grands bois. [Oiseaux de l'Amérique septentrionale )

GÉOPIC CAMPESTROIDE. GEOP1COS CAMPESTROIDES. (Malherbe.)

Rev. et Mag zocl- 18V9, p. 5U.

Front, vertex et occiput d'un noir profond; menton et gorge blancs; région ophthalmique blanchâtre; côtés, derrière et bas du devant du cou d'un beau jaune d'or; une tache noire à la joue, semée de blanchâtre, et ombrée de rouge obscur; tout le corps en dessous blanchâtre, lavé de jaunâtre, et parsemé de petites taches nombreuses, interrompues, noirâtres et de forme anguleuse; nuque, dos et ailes d'un brun terreux, semé de petites taches ocracées, croupion blanc; les rémiges, qui ont leurs baguettes ou tiges de couleur jaune d'or, sont noirâtres, et couvertes sur leur marge extérieure, depuis la base jusqu'au milieu, de petites taches ocracées; couvertures inférieures des ailes jaunâtres; rectrices noires, les médianes et les latérales bordées â leur pointe de jaunâtre; bec couleur de corne noirâtre.

La femelle ressemble au mâle; elle a les joues noires, variées de blanchâtre, mais sans aucune trace de rouge obscur.

Longueur totale, 0m,o2 à 0m,55.

Cette espèce, de l'Amérique méridionale, est tellement voisine du Picus campestris, Lichtenstein, que dans les collections elle est étiquetée : Campestris femelle. (Malherbe, Revue zoolocjique, 1849, p. 541.)

DEUXIÈME FAMILLE. - PICUMNINÉS.

Les Picumninés sont, de tous les Oiseaux, ceux qui, par leur extérieur, leur plumage et leur organisation, en petit, ressemblent le plus aux Pics. Ils ont le bec de la longueur de la tète, le plus généralement droit, parfois légèrement incliné, plus ou moins comprimé sur le côté vers la pointe, qui est aiguë; la queue courte, avec le bout de chacune des rémiges ample et arrondi, et â tige molle et flexible.

Cette famille, composée par M. G.-R. Gray, a été maintenue par M. Charles Bonaparte. Le dernier de ces auteurs la divise en trois genres :

Sasia, Hodgson; Vivia, Hodgson; Picumnus, Temminck

Le premier n'en admet que deux, que nous adoptons:

Pieumne.

Sasia.

1" GENRE. - PICUMNE. PICUMNUS. (Temminck.)

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec plus haut que large, conique, à arête très-aiguë et très-prononcée, de la longueur de la tête; mandibule supérieure presque droite, large à la base, comprimée dans toute sa longueur jusqu'à la pointe, qui est aigui-, mais aplatie latéralement; mandibule inférieure anguleuse, à carène tranchante; des traces de sillon se remarquent partant du dessus de la narine et venant s'arrêter au bord mandibulaire, vers te milieu de la longueur du bec. Un sillon semblable et correspondant existe à la mandibule inférieure, en sens inverse; quelques poils fins et souples existent au milieu des plumes qui entourent la base des deux mandibules, qui sont d'égale hauteur à leur commissure, et à bords intacts et unis; ceux de la mandibule inférieure quelque peu infléchis ou ondulés;

Narines basâtes, latérales, plus rapprochées de la commissure que du sommet du bec, arrondies et en partie cachées et recouvertes par les plumes en forme de poils garnissant la base du bec.

Ailes ordinaires, surobluses, dépassant un peu la naissance de laquene; les rémiges secondaires presque de la même longueur que les primaires, et les troisième, quatrième et cinquième de celles-ci les plus longues.

Queue assez courte, à rectrices arrondies à leur extrémité, à baguettes droites, flexibles, ordinaires, à barbules à peu près égales de chaque côté, et molles, ne pouvant servir à l'Oiseau de point d'appui.

Tarses courts, de la longueur du doigt externe antérieur, et squameux sur le devant; quatre doigts, deux devant, deux derrière : les deux antérieurs unis entre eux jusqu'à la première phalange, les deux externes d'égale longueur, l'interne postérieur beaucoup plus court que l'antérieur; ongles crochus, aigus et très-comprimés.

Une légère nudité autour de l'œil; les plumes du menton s' avançant en dessous de ta mandibule jusqu'au milieu de sa longueur, la mandibule étant droite dans celte première portion, et à partir du point ou finit le menton formant un angle ou une ligne brisée pour rejoindre la pointe.

C'est à M. Temminck que l'on doit la création de ce genre, dont les espèces, jusqu'à lui, avaient toujours été confondues avec les Pics, les Torcols et même les Manakins (Pipra); mais à M. de la Fresnaye est due la rectification synonymique et l'élucidation des espèces qui composent ce genre dont il a présenté une monographie complète (Revue zool., 1845), reproduite, quant à l'ordre et a la distribution des espèces, dans le Conspectus de M. Charles Bonaparte.

On en connaît aujourd'hui douze espèces, toutes de l'Amérique méridionale. Nous citerons le Picumne minute (Picus [Picumnus] minutissimus), Gmelin, et le Picumne écaillé (Picumnus atbosquamalus), d'Orbiguy et de la Fresnaye

Presque identiquement conformes aux Pics, et n'en différant que par le défaut d'élasticité des pennes de la queue, qui ne peut dès lors leur offrir le même support, et la soudure partielle de leurs deux doigts antérieurs, les Picumnes, sans être aussi grimpeurs, se cramponnent cependant constamment aux branches des arbrisseaux et arbustes, et les parcourent ainsi plus en travers que verticalement, pour y chercher leur nourriture. Ils nichent, au reste, comme les Pics, dans des trous d'arbres, et leurs œufs sont également blancs et luisants.

PICUMNE HE LA NOUVELLE-GRENADE. PICUMNVS GRANÂDENS1S. ( D'Orbigny et de la Fresnaye.)

Bei- Zoolog-, 1847.

En dessus, d'un gris-souris olivâtre; bas du croupion d'un blanc soufré; tête et haut du cou noirs, tachetés de petits points blancs; queue noire; les rectrices latérales d'un blanc soufré dans

la moitié de leur longueur; ailes d'un brun obscur, à rémiges secondaires et tertiaires, finement bordées d'olivâtre : en dessous, d'un gris sale; ventre et abdomen tachetés de stries d'un ton plus pâle, et à peine distinctes; bec et pieds noirs.

Longueur totale, 0m,9. De la Colombie, où l'espèce a été découverte par M. d'Orbigny.

2™ GENRE. - SASIE. SASIA. (Hodgson.)

Journal of Soc. As. Reng., 1856.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec de la longueur de la tète, presque conique, sans arête, arrondi en dessus; mandibule supérieure inclinée graduellement depuis la base jusqu'à la pointe, qui est aiguë, et légèrement aplatie latéralement, élargie à la base, comprimée dans la dernière moitié de sa longueur; mandibule inférieure également élargie à la base, arrondie en dessous; toutes deux garnies de poils fins et souples, allongés; quelques traces de sillon, bien moins sensibles que dans le genre Picumnc, se remarquent, partant de la fosse nasale et s'arrêlant au bord mandibulairc , vers le milieu de la longueur du bec.

Narines percées en fissure étroite et linéaire à la base du bec, et engagées à moitié dans tes plumes et les poils du front.

Ailes atteignant presque l'extrémité de la queue, surobtuses; les troisième, quatrième et cinquième rémiges les plus longues; les secondaires au niveau des primaires, ce qui donne à l'aile une forme exceptionnelle et anormale.

Queue courte, arrondie, molle, et en quelque soi-tc nulle par sa brièveté.

Tarses de la longueur du doigt externe antérieur, écaillés sur le devant; trois doigts, deux (levant, un derrière : ce dernier un peu plus long que l'externe, l'interne le plus court; les ongles des doigts postérieur et externe les plus longs ; celui du doigt interne le plus court, du reste, allongés, minces, très-arqués et aigus.

Tout le lorum et le tour des yeux nus : les plumes du menton s'avancent, en dessous de la mandibule, presque jusqu'au milieu de sa longueur,

Ce genre ne renferme que deux espèces de l'Asie méridionale et de l'Océanie. Nous citerons la Sasie de Temminck (Picumnus [Sasia] abnormis), Temminck.

Ce sont des Oiseaux qui vivent dans les forêts, mais dont on ignore encore les mœurs.

S.IS1E. PICUMNUS (SASIA) ABNORMIS. (Temminck.;

En dessus, vert olive brillant; en dessous, couleur cannelle claire, à reflets jaunâtres sous l'abdomen, selon les incidences de la lumière; front jaune jonquille; sourcils, joues et région parotique, couleur cannelle foncée; bas du croupion d'un fauve jaunâtre; queue d'un beau noir mat; peau nue du lorum et du tour des yeux, d'un rose vif; mandibule supérieure noire, l'inférieure jaune; pieds roses ou couleur de chair; ongles jaunes.

Taille : 0m,8.

TROISIÈME FAMILLE. — YÏ'NGINÉS oc TORCOLS.

Les Yunginés ont le bec droit et pointu; les ailes médiocres et pointues; la queue arrondie et composée de plumes molles et flexibles; les tarses courts; et quatre doigts divisés, deux devant, deux derrière.

Leur langue est très-longue, ressemblant à un Ver de terre et fort extensible, à pointe aiguë et cornée.

Cette famille, établie par M. G. R. Gray, a été maintenue par M. Ch. Bonaparte.

Elle ne se compose que d'un genre unique, créé par Linné.

GENRE UNIQUE. — TORCOL YUNX. (Linné.)

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec à peu près droit, conique, presque rond, sans arête distincte, pointu, moitié de la longueur de la tête, cmplumé h la base; l'arête de la mandibule supérieure légèrement renflée, et rétrécie vers la moitié de sa longueur.

Narines basâtes, nues, en partie fermées par une membrane, et à demi recouvertes par les plumes du front.

Ailes médiocres, pointues (aiguës); ta première rémige la plus courte; la seconde la plus longue de toutes.

Queue arrondie, h pennes assez longues et flexibles, impropres à servir d'arc-boutant ou de point d'appui.

Tarses courts, squameux, en pqrtie recouverts par les plumes du talon; deux doigts devant, deux derrière: les deux antérieurs soudés h leur base, et les deux externes les plus longs; les ongles courts et arqués.

Fig. 367. — Torcol verlicille.

Fig. 508. — Torcol verlicille.

Ce genre se compose de cinq espèces, toutes de l'ancien monde, c'est-à-dire de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique. Nous iigurons le Torcol d'Europe (Yunx torquilla), Linné.

Quoique conformés à peu près comme les Pics, les Torcols ne grimpent pas aux arbres comme ceux-ci; mais ils s'y cramponnent pour y chercher leur nourriture à l'aide de leur langue extensible,

qu'ils introduisent dans les fentes et au-dessous de l'écorce; ils ne se perchent même que rarement, et pour dormir.

Mais le. plus souvent, dit Mauduyt, ils sont à terre; ils se nourrissent de Fourmis, qu'ils prennent en dardant leur langue dans les fourmilières, et en la retirant chargée des Fourmis qui se sont prises à l'humeur visqueuse dont elle est enduite. La femelle pond dans des trous d'arbres, sans construire de nid, et sur la poussière de bois vermoulus : la ponte est de huit ou dix œufs d'un blanc d'ivoire.

Le Toreol est remarquable par l'habitude dont il a pris son nom, celle de tourner le cou, d'un mouvement lent, ondulant, semblable à celui d'un Serpent, en renversant la tête au point de relever le bec du côté du dos, et en fermant en même temps les yeux : lorsqu'il est pris, et qu'on le tient, il ne cesse pas de se donner ce mouvement; mais il l'exécute aussi très-souvent en liberté, et les petits ont déjà la même habitude dans le nid. Un Toreol renfermé dans une cage, lorsqu'on s'en approche, hérisse et relève les plumes de sa tête, étale celles de la queue et les relève, s'avance en avant, puis se retire en arrière, en frappant du bec le fond de sa cage : ce manège ou cette menace dure tout le temps qu'on se tient en présence de l'Oiseau captif. (Mauduït.)

TORCOL VERTICILLE. YUNX TORQVILLA. (Linné.)

Mâle. — Parties supérieures brunes, grivelées de roussâtre et variées de roux, de noir et de gris blanchâtre, avec une bande noire sur le milieu de la nuque, et des mèches longitudinales de même couleur sur le dos; gorge, devant du cou, haut de la poitrine et flancs roux, rayés transversalement de brun ; le reste des parties inférieures blanchâtres, couvertes de petites taches triangulaires brunes; rémiges brunes, marquées, comme un damier, de taches rousses, quadrilatères; queue d'un gris cendré, pointillée de brun et de roussâtre, avec des raies transversales en zigzag, plus foncées et plus larges vers le bout; bec couleur de corne; pieds gris-jaune verdâtre; iris gris roussâtre.

m/KIù. ' i ,/vff/if/

Fig. 369 et 570. — Toreol verticille. ( Mâle et femelle.)

Femelle. — Ne diffère du mâle que par des teintes un peu moins foncées. 11 faut avoir en même temps les deux sexes sous les yeux pour saisir la différence. (Degland.)

Se trouve en Europe, en Asie et en Afrique.

Taille: 0'M7.

En Europe et en France surtout, le Torcol est de passage; il arrive en mai et part en septembre; il voyage et vit seul; il ne contracte de société qu'avec sa femelle. Il a pour cri un sifflement aigu et prolongé. (Maoddït.)

DEUXIEME TttIBU. - CUCULIDES.

De tous les Grimpeurs, les Cuculidés ou Coucous, en tant que tribu, sont des plus difficiles à caractériser, par le fait même de l'extrême variété de leurs caractères organiques. Le seul qui soit fixe et constant dans chacune des familles qui composent aujourd'hui cette tribu, c'est celui de la conformation des doigts au nombre de quatre, divisés deux en avant, deux en arrière, dont l'interne postérieur souvent versatile, et presque toujours les deux antérieurs soudés à leur base. Quant au bec, il varie de la forme la plus faible à la plus épaisse, et de la plus régulière à la plus anormale; pourtant il y a le plus ordinairement absence complète d'ébréchure ou de dent à l'extrémité apicale de la mandibule supérieure, qui se termine en pointe rarement crochue; mais l'ouverture de la commissure est toujours fort large.

Une observation faite par de Montbeillard semblerait démontrer que le doigt externe postérieur, chez les Coucous, n'acquérait cette fixité au derrière du tarse que par le temps et avec l'usage.

Un jeune Coucou du mois de juin, que j'ai eu occasion d'observer, dit cet ornithologiste, ne faisait aucun usage de ses pieds pour marcher, mais il se servait de son bec pour se traîner sur son ventre, à peu près comme le Perroquet s'en sert pour grimper; et, lorsqu'il grimpait dans sa cage, j'ai pris garde que le plus gros des doigts postérieurs se dirigeait en avant, mais qu'il servait moins que les deux autres antérieurs; dans son mouvement progressif, il agitait ses ailes pour s'en aider.

Cette observation acquerrait de l'importance si elle confirmait le fait dans la généralité des Zygodactyles.

Pour ce qui est de leurs mœurs et de leurs habitudes, elles varient en raison même de leurs différences organiques, les uns vivant exclusivement de menus Reptiles ou Sauriens, les autres de Mollusques et d'Insectes, plusieurs de baies et de végétaux; un grand nombre enfin participe également à la nourriture animale et à la nourriture végétale.

11 ne faut pas croire que les habitudes si exceptionnelles et si contre nature de notre Coucou d'Europe soient communes à toutes les familles que l'on est convenu de ranger dans les Cuculidés.

Plusieurs sont remarquables par une inaptitude telle à l'acte de l'incubation, que la nature leur suggère l'instinct de déposer leurs propres œufs au milieu de ceux et dans le nid d'un autre Oiseau d'un genre tout différent du leur, et d'abandonner ainsi à celui-ci, et les soins de l'incubation, et en grande partie ceux de l'éducation de leurs petits. Le plus grand nombre, au contraire, pondent et nichent à la manière des autres Oiseaux.

Comme toutes les tribus ornithologiques, celle-ci n'a composé longtemps, pour quelques auteurs, qu'une simple famille offrant la réunion de plusieurs genres; pour d'autres, un grand genre divisé en plusieurs sous-genres. La tribu, telle qu'elle est aujourd'hui constituée, n'en représente pas moins la grande coupe établie par Linné, sous le nom générique de Cueulus, Coucou,

G. Cuvier, ne la considérant que comme genre, la divisait en six sous-genres :

Coucou (Cueulus), Linné; Coua (Coeeyzus), Vieillot, Coucal (Centropus), llliger; Courol [Leptosomus), Vieillot; Indicateur (lndïcalw), Vieillot; Barbacou [Monasa), Vieillot, H 52

à la suite desquels il plaçait deux autres genres :

Malcoha (Phœnicopkœus), Vieillot, et Scythrops (Scythrops), Latham.

Vieillot, sous le nom d'Imberbes, en a fait une famille composée de huit genres :

Tacco (Saurothera), Vieillot;

Scythrops;

Vouroudriou, ou Courol:

Coulicou, ou Coua;

Coucou;

Indicateur;

Toulou, ou Coucal;

Ani (Crolophaga), Linné.

Le genre Malcoha faisait partie de la famille des Barbus, qu'il plaçait en tête de ses Imberbes. Comme Vieillot; mais sous le nom de Cuculés, Lesson en a composé aussi une famille qu'il a rendue plus complète par la réunion des treize genres suivants :

Scythrops;

Ani;

Malcoha :

Vouroudriou ou Courol;

Coucal;

Coua ou Coulicou;

Piaye (Piaya), Lesson;

Coucoua [Coccycua), Lesson;

Boubou (Bubutus), id.;

Taccoïde (Taccocua), id.;

Tacco ou Saurothère;

Coucou;

Indicateur.

M le professeur Isidore Geoffroy Saint-Ililaire, sous le nom de Cuculidés, tout en ajoutant le genre Barbacou, a réduit ce nombre de genres a dix, en en supprimant : Piaye, Coucoua et Tacco'ide.

M. G. R. Gray, lui conservant le même nom, l'a divisée en cinq sous-familles, sous les dénominations de :

Indicatorinœ; Saurotherina ; Coccijzinœ ; Crotophaginœ; Cuculinœ.

M. Charles Bonaparte, enfin, élève ce nombre de sous-familles à huii :

Scythropinœ ; Phœnicbphœniœ; Crotophaginœ; Centropoœinœ; Saurotherinœ ; Coccyzinœ; Cuculinœ ; Indicatorirue,

renvoyant le Courol, sous le titre de sous-famille, à la suite des Barbus.

Pour nous, élevant, d'après notre système, la famille des Cuculidés au rang de tribu, et leurs diverses sous-familles à celui de familles, nous y reconnaîtrons neuf familles :

Indicatorinés,

Leptosoininés;

Cueulinés;

Coccyzinés;

Saurolhérinés,

Cenlropodinés;

Pbaenicopliœinés;

Crotopbagïnés;

Scythropinés. .

PREMIÈRE FAMILLE. - INDICATORINÉS.

Les Indicatorinés ont le bec court, moins long, conique, arqué, à bords comprimés vers la pointe, qui est entière et sans échancrure; les narines latérales ovalaires; les ailes longues et pointues; la queue médiocre et échancrée; les tarses plus courts que le doigt le plus long, recouverts d'écaillés transversales; quatre doigts, deux devant, deux derrière; les ongles robustes et recourbés; eniin, la langue aplatie, courte et triangulaire.

Ne se compose que d'un seul genre, Indicateur (Indicator), Vieillot, dont toutes les espèces couvent elles-mêmes leurs œufs.

GENRE UNIQUE. — INDICATEUR. INDICATOR. (Vieillot.)

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec plus court que la tète, un peu fléchi en arc, dilaté a sa base, convexe en dessus, entier, un peu rétréci vers le bout; mandibule supérieure inclinée à la pointe; l'inférieure retroussée à l'extrémité.

Narines petites, concaves, à demi couvertes par les plumes du front; assez rapprochées du sommet du bec, et linéaires ou ovalaires, placées dans un enfoncement très-marqué .

Ailes longues et pointues, subaigués, la deuxième et la troisième rémiges les plus longues de toutes, atteignant le milieu de la queue.

Queue médiocre, échancrée au milieu, arrondie et étagée sur le côté.

Tarses écaillés, nus, plus courts que le doigt externe antérieur; celui-ci et son correspondant postérieur les plus longs, le pouce le plus court; les deux antérieurs unis h leur base jusqu'à la première articulation, les postérieurs totalement séparés; ongles propres, dit Le Vaillant, à soutenir l'Oiseau cramponné, forts et taillés absolument comme ceux des Pics, et de tous les Oiseaux qui grimpent ou s'accrochent seulement aux arbres.

Neuf espèces, dont quatre au moins douteuses, toutes de l'Afrique et de l'Asie. Nous figurons l'espèce type du genre et celle dont les mœurs sont le mieux connues : l'Indicateur de Sparrmann ylndicator Sparrmanni, Stéphens; Cuculus indicator, Gmelin).

Sparrmann est le premier qui ail fait connaître l'instinct tout particulier de ces Oiseaux, qui consiste à indiquer aux naturels les nids des abeilles sauvages.

C'est, dit ce docteur (Lettres à Forster sur le Coucou indicateur, Trarts. phil. de Londres), reproduit par Montbeillard, dans l'intérieur de l'Afrique, à quelque dislance du cap de Ronne-Espérance, que se trouve cet Oiseau. Le matin et le soir sont les deux temps de la journée où il fait entendre son cri : chirs, chirs (selon d'autres voyageurs : wicki, wicki, qui signifierait miel dans certaines tribus cafres ou hottentotes), qui est fort aigu, et semble appeler les chasseurs et autres personnes qui cherchent le miel dans le désert; ceux-ci lui répondent d'un ton plus grave en s'approchant toujours; dès qu'il les aperçoit, il va planer sur l'arbre creux où il connaît une ruche, et, si les chafseurs tardent de s'y rendre, il redouble ses cris, vient au-devant d'eux, retourne à son arbre, sur lequel il s'arrête et voltige, et qu'il leur indique d'une manière très-marquée; il n'oublie rien pour les exciter à profiter du petit trésor qu'il a découvert, et dont il ne peut apparemment jouir qu'avec l'aide de l'homme, soit parce que l'entrée de la ruche est trop étroite, soit par d'autres circonstancestpie le relateur ne nous apprend pas. Tandis qu'on travaille à se saisir du miel, il se tient dans quelque buisson peu éloigné, observant avec intérêt ce qui se passe, et attendant sa part de butin, qu'on ne manque jamais de lui laisser, mais point assez considérable, comme on le pense bien, pour le rassasier, et par conséquent risquer d'éteindre ou d'affaiblir son ardeur pour cette espèce de chasse. (De Montbeillard.)

On conçoit que le merveilleux s'empare, aux dépens de leur jugement, de l'imagination des voyageurs témoins de pareils instincts chez un Oiseau, et qu'ils se laissent facilement entraîner à attribuer à ces instincts un tout -autre mobile que le véritable. Aussi Mauduyt, se plaçant à un point de vue plus philosophique que Sparrmann, croit-il pouvoir s'expliquer ainsi :

Le docteur Sparrmann semble croire que le Coucou indicateur a l'intention d'avertir l'homme, par son cri, qu'il le cherche pour profiter de sa puissance, et s'emparer avec lui d'un trésor qui ne peut tomber autrement en son pouvoir. Cette combinaison d'idées n'est guère admissible dans aucun animal, et surtout dans un Oiseau qui vit loin de la société de l'homme, dans les déserts de l'Afrique. Il est bien plus naturel de penser que le Coucou indicateur suit un instinct qui n'a de relation qu'a lui; qu'accoutumé à dévorer peut-être les Abeilles à la sortie étala rentrée du nid, il se plaît à rôder autour de la ruche, que c'est d'effroi qu'il crie à la vue de l'homme; que, plus il approche, plus l'Oiseau redouble ses sons, parce qu'il craint davantage; qu'il finit par se percher sur l'arbre, comme par un instinct naturel, pour défendre le nid; qu'il se trahit dans cet acte, où il n'est animé que par sa crainte pour un objet qui lui est cher, et sans autre sentiment, à l'égard de l'homme, que celui du danger dont sa vue menace l'objet qu'il chérit. Ainsi plusieurs Oiseaux, à la vue de l'homme, voltigent en criant autour de leur propre nid, et, se posant dessus ou auprès, comme pour être plus à portée de le défendre, se trahissent sur l'endroit où il est placé.

Le Vaillant développe également fort au long, à l'encontre du docteur Sparrmann, la même idée, en l'appuyant sur des raisons qui ne manquent pas d'une certaine justesse.

11 est bien vrai, dit ce voyageur, que les colons d'Afrique et les Hottentots particulièrement, ayant reconnu une fois que l'Indicateur se nourrissait de miel, se sont imaginés de suivre cet Oiseau pour découvrir les ruches sauvages auxquelles il se rend nécessairement chaque jour plusieurs fois pour subvenir à ses propres besoins, et que son instinct lui indique bien mieux que les recherches de l'homme. Il est encore vrai de dire que l'Indicateur étant de son naturel fort criard, il donne par là beaucoup de facilité pour le découvrir, et mieux encore pour le suivre sans le perdre de vue, jusqu'à ce qu'il soit arrivé au but de sa course, qui n'est rien autre que celui de prendre son repas accoutumé, et non, certes, celui de déceler à l'homme un trésor dans l'espoir que celui-ci le partagera avec lui. S'il fallait que chaque Indicateur conduisît, ou entraînât, pour ainsi dire malgré lui, un homme vers une ruche, pour que celui-ci l'aidât, à son tour, à s'emparer du miel qu'il aurait découvert, on doit facilement concevoir que les Indicateurs risqueraient fort de mourir de faim. Comment vivent donc tous les individus de cette espèce qui pullulent dans ces vastes contrées de l'Afrique, où l'on ne voit pas un homme, et qui ne s'en nourrissent pas moins du miel qu'ils ont trouvé? Encore, dans les cantons habités, pour un homme qui s'avise de suivre un Indicateur afin de découvrir une ruche, n'est-il pas des centaines, des milliers de ces Oiseaux, qui non-seulement savent bien se passer de ce secours étranger, mais qui, disons-le, ne voient probablement pas sans effroi un être absolument étranger à eux dévaster et vider en un moment le garde-manger, où chaque jour l'un d'eux trouvait sa nourriture favorite : effroi qu'expriment au reste très-distinctement ces Oi-

seaux par les cris redoublés et les inquiétudes marquées dont ils sont agités pendant la dévastation de leur ruche nourricière, et que Sparrmann a bien voulu prendre pour des signes de joie, et l'expression du contentement. Il est évident, ce me semble, d'après tout ce que nous avons dit, que ce n'est pas l'Indicateur qui, comme on l'a raconté, appelle les hommes, dont il est bien certain qu'il n'a pas besoin, pour s'approprier le miel qu'il aurait découvert lui-même, mais que c'est l'homme, au contraire, qui, ayant reconnu l'habitude qu'a cet Oiseau de se rendre aux ruches, le suit tout naturellement pour les trouver plus facilement; comme lorsque, après avoir remarqué en Afrique l'habitude qu'ont les Gelinotes de se rendre, à certaines heures fixes, à l'abreuvoir, je m'avisai aussi de les suivre pour découvrir l'eau à laquelle elles se rendaient toutes. L'aflluence des Vautours dans un lieu quelconque n'indique-t-elle pas aussi aux Africains une proie terrassée par un animal féroce, et ces peuples ne savent-ils pas de même profiter de cet avertissement? Enfin, ces pratiques des peuples sauvages sont si naturelles, que, si l'on suivait de même chez nous un Héron il est certain qu'on arriverait à une rivière, un bassin ou un étang empoissonné, comme, en suivant une bande d'Étourneaux, on parviendrait à une prairie où l'on trouverait des bestiaux paissants; que, si on suivait les Corbeaux, on trouverait une charogne; comme, en un mot, celui qui suit les pas d'un âne, risque fort de ne trouver que des chardons à recueillir. Au reste, Sparrmann a redit en Europe ce qu'on lui a raconté au Cap sur l'Indicateur, car l'histoire qu'il rapporte est, en effet, dans toute la colonie, la fable dont on berce les hommes crédules au sujet de cet Oiseau

Les plumes des Indicateurs sont pleines, courtes, dures, serrées au corps. La peau de l'Oiseau est épaisse, et les fibres en sont tellement serrées, que j'avais de la peine à la piquer d'une épingle avant qu'elle ne lut sèche: admirable précaution de la nature, qui, ayant destiné l'Indicateur à disputer sa subsistance aux Abeilles, l'a revêtu d'une cuirasse impénétrable qui le préserve de l'aiguillon acéré du plus industrieux des Insectes.

Les Indicateurs vivent dans les pays boisés. Ils nichent dans des trous d'arbres et pondent leurs œufs sur le bois vermoulu. Us sont d'un naturel peu farouche, quoique très-remuant; on les entend sans cesse crier, ce qui les fait aisément découvrir par le chasseur; et, comme ils ont le vol lourd, et qu'ils se portent à de petites distances, il est très-facile de les suivre lorsqu'on veut arriver aux ruches où ils ont l'habitude d'aller prendre leur nourriture, car ils vivent principalement de miel et de la cire qui le contient; mais ils ne mangent point les Abeilles, quoiqu'ils en détruisent beaucoup en se défendant des piqûres de celles-ci, qui, s'attachant de préférence aux yeux de l'Oiseau, lui font quelquefois payer chèrement sa témérité. Les Hottentots m'ont assuré que plusieurs fois ils avaient trouvé, au bas des ruches sauvages, des cadavres d'Indicateurs qui avaient été tués par les Abeilles, ce qui peut assurément bien arriver, puisqu'en Europe on a souvent trouvé dans nos ruches des Souris, des Mulots, mis à mort par les Abeilles, et ensevelis sous une voûte de cire : celles-ci ne pouvant traîner leurs cadavres hors des ruches les couvrent ainsi, pour ne pas en être incommodées. (H'isi. nul. des Oiseaux d'Afrique.)

Partant de la supposition de ce fait (qu'il n'eut pas l'occasion de vérifier) que les Indicateurs nichaient dans des trous d'arbres, Le Vaillant ne voulut jamais comprendre ces Oiseaux, dont il reconnut lui-même le premier la nécessité de faire un genre à part, au nombre des Coucous, avec lesquels il ne leur reconnaissait aucun rapport, soit par leur forme, soit par leurs mœurs, tandis qu'il les considérait comme bien plus voisins des Barbus, avec lesquels il leur trouvait, bien à tort, des traits de ressemblance frappanls par toute leur structure extérieure.

Quoique la plupart des naturalistes, avant comme depuis Le. Vaillant, n'aient pas attendu la rectification de ce fait pour classer les Indicateurs au rang des Coucous, cette rectification ne peut que sanctionner davantage la classification qu'on en a faite parmi ces derniers.

Or, d'après les observations de MM. Alexis, Jules et Edouard Verreaux, il paraît hors de doute, aujourd'hui, que les Indicateurs, loin de nicher dans des trous d'arbres, pour y déposer leurs œufs, les pondent, au contraire, et les introduisent, à la manière de notre Coucou d'Europe, dans des nids d'Oiseaux étrangers.

Voici, au sujet de l'Indicateur, une note des plus intéressantes, que nous avons extraite du journal rédigé par l'un de ces laborieux voyageurs, pendant son séjour au cap de Bonne-Espérance.

L'instinct de ces Oiseaux, dit Jules Verreaux, partageant l'illusion du docteur Sparrmann, surpasse toute imagination, car ils ont la faculté de reconnaître l'homme ou les animaux qui peuvent leur

être utiles pour découvrir les ruches d'Abeilles, dont les nymphes leur servent de nourriture. Aussi sont-ils on ne peut plus estimés, non-seulement des colons de l'intérieur, mais plus encore des sauvages, qui semblent avoir pour eux un respect très-grand : c'est au point que ceux-ci ressentent beaucoup de peine lorsqu'on tue un de ces Oiseaux. C'est donc avec assez de difficulté que moi d'abord, et depuis mes frères, sommes arrivés à nous en procurer. Pour en revenir à leur instinct, il suffira de dire que, lorsqu'un de ces Oiseaux vous aperçoit, il semble venir à vous et vous attirer par son cri de l;ifi-kijï-lnjï-kit, souvent répété, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il voie que l'on s'occupe de lui. Alors, voltigeant de buisson en buisson, et battant des ailes, il parait vous prouver sa satisfaction. C'est à ce moment qu'il vous conduit parfois à de grandes distances : je dirai même que j'en ai suivi ainsi l'espace de plus de sept à huit milles. Mais si, pendant la route, ou à cause de sa longueur, vous avez l'air distrait, il s'approche de plus près et redouble son cri; et, si vous déviez de la route, il ne cesse de vous harceler en vous poursuivant. Pourtant, dans le cas contraire, si vous avez eu la patience de le suivre, quand il arrive près de la ruche, il recommence de plus fort ses cris, et bat des ailes avec beaucoup plus de vivacité. Si la ruche est sur un arbre, il y vole et continue son manège jusqu'à ce que vous ayez l'air de vous en occuper, tandis que, quand elle est en dessous du sol ou dans les crevasses de rochers, il s'y rend également en voltigeant autour. Ce n'est que lorsque cette ruche est détruite ou altérée que l'Oiseau s'en approche pour en extraire les nymphes, qui paraissent être sa nourriture favorite. Dans cette attitude, rien ne peut l'émouvoir, pas même les Abeilles, qui bourdonnent souvent autour de lui, et qui certainement ne manquent pas de le piquer. Du reste, sa peau est si dure, qu'elle paraît à l'épreuve de leur aiguillon, ce qui a lieu pour toutes les espèces d'Indicateurs. Je dois ajouter que, dans le nombre d'individus que moi ou mes frères avons préparés, nous n'avons pas trouvé exclusivement de ces Insectes, mais encore des Insectes mous, et principalement des larves et des Chenilles.

Cet Oiseau, ou pour mieux dire ces Oiseaux, qui, jusqu'à présent (1850), forment trois espèces bien distinctes sur cette partie de l'Afrique, se rapprochent beaucoup des Coucous, sous le rapport du mode par eux employé pour la ponte et l'incubation de leurs œufs. Il m'est arrivé de trouver les œufs de ces Oiseaux, et plus particulièrement les jeunes, dans les nids de diverses espèces. Ainsi, de même que les Coucous, la femelle pond son œuf à terre, puis s'élance dans le nid qu'elle a choisi pour l'y déposer, en dérobe un de ce même nid, qu'elle brise ou qu'elle mange, puis vient rechercher le sien, qu'elle y substitue à l'aide de son bec, et en fait autant pour les trois œufs qu'elle pond généralement à deux jours d'intervalle. Je pourrais citer comme un fait positif, qu'ayant suivi la même femelle pendant toute la période de sa ponte, je l'ai vue déposer de la même manière les trois œufs qu'elle avait pondus; je dirai même que les trois œufs se trouvaient placés chacun dans le nid de trois espèces distinctes d'Oiseaux, et dans la distance de sept à huit cents pas l'un de l'autre. Ce fut dans les premiers jours d'octobre que j'observai le premier, qui fut déposé dans un nid de Cubla (laniarius Cubla); le second dans celui d'un Merle à cul d'or; et le troisième dans celui d'un Importun (Andropadus importunus) . Le lendemain de la dernière ponte, la femelle, accompagnée de son mâle, qui se tenait toujours à distance, disparut avec lui, et ce ne fut que dans les premiers jours de novembre que je les vis reparaître tous deux. Il ne restait à cette époque, dans le nid du Cubla, que le jeune Indicateur, qui, en grossissant, avait fini par jeter en dehors les deux petits Cubla; et cependant le père et la mère de ceux-ci continuaient à le nourrir, comme ils l'avaient fait pour leurs propres enfants. C'est le 2 novembre que la femelle de l'Indicateur, en approchant du nid, appela son jeune, qui commençait à voler, et qui ne larda pas à venir la rejoindre, au grand désappointement des deux pauvres Oiseaux. Je remarquai alors que les rôles changèrent, et que le mâle prit soin du jeune, tandis que la femelle se rendit au second nid et en ramena le second jeune, puis enfin le troisième. Ces jeunes paraissent rester avec leurs parents jusqu'à l'époque assignée par la nature à chacun de ces êtres pour leur reproduction : car, dès l'année suivante, ces Oiseaux s'accouplent.

Les Indicateurs, comme les Pics, se servent de leurs doigts pour grimper le long des arbres, et même des branches, afin d'y chercher les larves ou les Insectes qui s'y réfugient.

J'ai eu occasion, à plusieurs reprises, depuis plus de douze ans de séjour, de renouveler ces mêmes observations, non-seulement pour le petit Indicateur, mais encore pour les deux autres espèces dont les noms sont analogues.

Tous les Indicateurs se retirent clans les cavités des arbres pour y passer la nuit; et il m'est arrivé de trouver, dans les nids des Picus nubiens et Picus clirusoplerus, des jeunes des Indicalor major et Indicalor albirostris, ainsi que dans les nids des Oriolus larvatus et tamarins Boulbonl.

Ce qui est plus curieux, c'est que cet instinct des Indicateurs, dont l'industrie de l'homme tire un si grand parti, vient également en aide à un Mammifère, connu sous le nom de Ratel.

Les mœurs ci-dessus décrites, ajoute ,1. Verreaux, s'appliquent également, quant à la recherche des ruches, au Ratellus typicus, Smith, qui se nourrit lui-même, non-seulement des nymphes, mais encore du miel, et qui, par conséquent, est souvent, ou, pour mieux dire, toujours à leur recherche. Aussi cet animal suit-il l'Oiseau, qui le dirige avec la même sagacité que l'homme. Mais j'ai remarqué aussi que, dans cette occasion, l'Oiseau volait plus bas, et s'éloignait moins, afin que l'animal put le suivre à la vue : car alors son cri n'est pas aussi souvent répété, et ce n'est que lorsqu'il approche qu'il le produit plus aigu.

Nous ajouterons à ces détails la note suivante de l'infortuné docteur Petit, extraite du journal de son voyage en Abyssinie pendant les années 1859, 1840, 1841 et 1842, au sujet du grand Indicateur, qu'il appelle Indicateur grimpeur.

Les chasseurs d'Éléphants le connaissent bien, et lui accordant la propriété d'indiquer les ruches, et aussi de conduire les Lions et les Éléphants : j'en ai vérifié l'exactitude pendant mon séjour au Mareube, en le suivant moi-même.

Il était venu se percher sur le sommet d'un petit arbre; et tourné vers nous, il nous appelait par un petit cri : cuic-cuic, en gesticulant et agitant la queue, jusqu'à ce que nous nous levâmes pour le suivre. Alors il s'envola; mais il n'alla pas loin, et, se perchant sur un arbre voisin, il se tourna de nouveau vers nous en continuant de nous appeler. Il répéta ce manège plusieurs fois, jusqu'à ce qu'étant arrivés à l'arbre qui contenait le miel, il se percha dessus et chanta plus fort, redoublant son cri, mais différent du premier, pendant que nous 'enlevions le miel de la ruche : c'était comme pour nous exciter, et comme un chant de triomphe. Il alla après nous jouir à son aise des restes que nous laissions.

Quoiqu'il ne soit pas très-rare, il n'est pas non plus très-commun; et les, habitants, clTasseurs d'Éléphants, ou chercheurs de miel sauvage, ont toujours quelque peine à le laisser tuer. Pour ne pas trop indisposer mes gens eux-mêmes, en tuant leurs pourvoyeurs, je n'en tirai qu'un seul pour échantillon

Son estomac renfermait de la cire, du miel et des Insectes. (Voijaçjc en Abussinie, de M. Th. Lefebvre, tome VI.)

INDICATEUR A BF.C BLANC IKDICATOR ALBIItOSTMS. (Temminck )

Un cendré brun, de couleur de terre, couvre les parties supérieures; la gorge est noire, plus ou moins encadrée par une bande blanchâtre assez distinctement marquée vers le méat auditif; tout le dessous du corps est d'un blanc grisâtre, les seules plumes de l'abdomen portent des taches brunes loneitudinales: les ailes ont la couleur du dos, mais toutes les couvertures sont liserées de blanc pur; du jaune vif forme, sur le haut de l'aile, une bande longitudinale; les deux pennes du milieu de la queue sont brunes; les deux suivantes de chaque côté brunes à l'extérieur et blanches sur les barbes intérieures; les trois latérales sont blanches, à bouts bruns; le bec est blanc, et les pieds sont bruns.

Longueur totale, 0ra,21. Du Sénégal, de l'Egypte et du cap de Bonne-Espérance. (Temminck.)

DEUXIÈME FAMILLE. - CUCULINÉS.

Les Cuculinés ont le bec large, très-pointu, et assez déprimé à la base, à sommet arqué, à bords comprimés jusqu'à la pointe, qui est plus ou moins entière ou émarginée; les narines basales, membraneuses et découvertes; les ailes longues, et généralement pointues; la queue longue, le plus ordinairement étagée; les tarses courts, en partie recouverts de plumes, et en partie de larges écailles ou plaques squammeuses; les deux doigts antérieurs généralement soudés à leur base.

Huppe plus ou moins longue ou nulle; tour de l'œil plus ou moins nu.

Lesson distinguait, clans son genre Coucou, élevé depuis au rang de famille, six races bien distinctes, qu'il désignait sous les noms suivants :

1" Coucou (Cuculus), Linné;

2° Édolio (Edoliiis), Lesson;

5" Guira (Guirn), Lesson;

4° Coucou gros bec (Eudynamis), Vigors et Horsfield;

5° Surnicou (Surnicidus), Lesson;

6° Chalcite (Chaleites), Lesson.

M. G. R. Gray, faisant une famille du même genre, réduisit ces six races à trois :

\° Cuculus;

2° Oxylophiis, Swainson, le même que Edolhis;

5° Eudynamis.

Enfin M. Ch. Bonaparte en a élevé le nombre des genres à sept :

1° Eudynamis;

2° Oxylophus;

3° Cuculus;

<i° Cacomantis, Muller,

5° Hierococcyx. Muller,

6° Surniculus;

7° Chrysococcyx, Boié, le même que Chaleites.

C'est à la division de Lesson que nous nous rattacherons, moins son genre Guira, que nous renvoyons dans la famille des Crotopliaginés. Les Cuculidés, pour nous, se composeront donc des cinq genres :

1° Coucou gros bec;

2° Édolio;

5° Coucou;

4° Surnicou, «

5° Chalcite.

Tous les Cuculidés vivent presque exclusivement d'Insectes, et ne font pas de nid, se bornant à déposer leurs œufs dans les nids d'autres Oiseaux.

Il n'est pas de fables ou de contes qui n'aient été inventés ou débités sur les habitudes si singulières des Oiseaux de cette famille, habitudes ou instincts qui les portent à se servir du nid d'Oiseaux étrangers, non comme certains Oiseaux, par paresse et pour s'en emparer à leur profit, y pondre et y couver, mais peur y déposer subrepticement, parfois même, au risque d'une lutte avec les propriétaires, leurs propres œufs, et à abandonner ainsi ù ces derniers, et le soin de les couver, et celui d'élever les petits qui en doivent naître.

Depuis les siècles les plus reculés jusqu'à ces derniers temps, mille questions ont été soulevées à ce sujet; et l'on formerait une bibliothèque des traités, des mémoires et des ouvrages sans nombre faits et publiés pour et contre. La lutte, en un mot, a été tellement prolongée, et tellement passionnée, que l'on peu! dire que la conviction n'est pas encore généralement établie; pour certains zoologistes, malgré les efforts de M. Isidore Geoffroy Saint-llilaire, et ceux de M. Arago, parce qu'il leur répugne parfois d'admettre comme constants des faits parfaitement vérifiés du reste, mais dont ils ne peuvent assigner la cause d'une manière satisfaisante, et dont ils voudraient en quelque sorte trouver la preuve à la pointe de leur scalpel; pour beaucoup d'hommes du monde, parce que les faits paraissent tellement en dehors des lois générales, qu'ils aiment mieux rester dans le doute que croire à ce qu'ils n'ont point vu ou vérifie par eux-mêmes.

On a prétendu, premièrement, que le Coucou, dans un certain âge, et sous une certaine livrée, n était qu'un jeune Oiseau de proie (préjugé qui règne encore dans les campagnes), et qu'au bout d'un certain temps il se transformait en Epervier. Etait-ce pour expliquer la disparition (peu absolue du reste) des œufs et des petits étrangers du nid dans lequel éélôt le Coucou, et en induire une voracité sans exemple chez un Oiseau nouvellement jié? Nous l'ignorons : toujours est-il que des auteurs modernes sont restés persuadés, sinon de la métamorphose, du moins de la voracité sanguinaire du jeune Coucou, jusqu'en 182ô, époque à laquelle on retrouve des traces de cette croyance dans le Dictionnaire d'histoire naturelle publié à cette époque; et ce, nonobstant les assertions et les démonstrations contraires du collaborateur de Buffon, Guéncau de Montbeillard, de Lothinger, contemporain et antagoniste de ce dernier, deMauduyt, de Le Vaillant et de Vieillot;

Secondement, que la constitution anatomique de ces Oiseaux était la cause qui mettait obstacle à ce qu'ils pussent, comme les autres, se livrer à l'incubation de leurs œufs;

Troisièmement, on est allé jusqu'à soutenir que c'était par le bec qu'il pondait;

Quatrièmement, que la petitesse de l'orifice des nids, parfois même la profondeur des emplacements où ils se trouvent, formaient une impossibilité matérielle à ce que le Coucou y pondit ou déposât ses œufs lui-même;

Cinquièmement, que la femelle s'emparait tout simplement du nid d'un autre Oiseau pour y pondre et couver elle-même, ce dont certains observateurs prétendent avoir été les témoins.

Nous pensons que toutes ces questions, si longtemps débattues, sont aujourd'hui par trop élucidées pour qu'il ne devienne pas oiseux, à l'heure qu'il est, de reproduire en détail, et comme demandant encore à être constatées ou vérifiées de nouveau, toutes les discussions, toutes les expériences et toutes les observations dont les Coucous ont été l'objet, et que nous regardons comme définitivement concluantes. Si nous revenons sur quelques-uns de ces détails, ce sera au fur et à mesure que, nous occupant de chacun clés genres de la famille, ils se présenteront naturellement sous notre plume comme se rattachant intimement à l'histoire des espèces dont îous aurons à nous occuper.

Disons ici, et quant a présent, pour ce qui concerne les Cuculinés en général, qu'ils ne font pas trace de nid; qu'ils pondent leurs œufs comme tous les Oiseaux, seulement à terre, le plus ordinairement; que chaque œuf ainsi produit, ils le prennent à l'aide de leur bec, le résorbent dans la partie la plus large de l'ouverture amplement fendue de leur gosier, et le portent ainsi, soit dans un nid de petit Oiseau insectivore, dont ils ont eu soin de faire préalablement la recherche ou la reconnaissance, soit dans le premier nid venu qu'ils rencontrent, lorsque le besoin d'exclusion de l'œuf s'est fait sentir trop à l'improviste; que fort souvent la mère reste dans le voisinage des nids qu'elle a choisis pour y receler sa progéniture; que, dans ce cas, ou bien elle nourrit ses petits après leur éclosion aussi souvent qu'elle le peut, et à la dérobée, de même qu'à l'insu et en l'absence des propriétaires du nid: ou bien elle se borne à guetter le moment où ils sonfen état de prendre leur volée, et les y aide, et les y provoque par ses cris d'appel pour les entraîner après elle dans leurs longs voyages d'émigration; qu'enfin, il y aurait lieu de croire que la couleur de l'œuf des véritables Coucous varierait selon celle des œufs de l'espèce dans le nid de laquelle ils ont l'intention de de le déposer.

Telles sont les conclusions auxquelles arriveront tout naturellement nos lecteurs lorsqu'ils auront parcouru les détails dans lesquels nous r.ous proposons d'entrer à cet égard, en traitant des divers genres de Cuculinés.

Il faut, en définitive, se dire, comme l'auteur trop incrédule, ou tout au moins pas assez convaincu, de l'article Coucou du Dictionnaire universel d'histoire naturelle : que les mœurs des Coucous présentent, il est vrai, des anomalies, en nous plaçant au point de vue d'où nous apprécions toutes choses; mais qu'il n'y a pas d'anomalies dans la nature, et que chaque être, quelque bizarre mi'il paraisse, quelque irrégulières que soient ses habitude.-, n'en vit pas moins d'une manière conforme aux lois qui régissent l'ensemble des êtres; les exceptions n'existent que dans nos méthodes. (Gérard, Diction, ùniv. d'histoire naturelle.)

Et puis, n'y a-t-il pas lieu de s'étonner que toutes les expériences dont nous parlerons tout à l'heure n'aient encore porté que sur les Coucous en général, et particulièrement sur le Coucou chanteur d'Europe, lorsque l'on connaît, depuis plus de soixante ans, un Oiseau granivore de l'Amérique septentrionale, le Malotrus pecoris (Quiscale des troupeaux), privé, comme notre Coucou, du bonheur d'élever lui-même ses petits, et contraint d'abandonner ce soin à une espèce étrangère, dans le nid de laquelle il introduit aussi furtivement son œuf?

Les Coucous, qui ont le doigt externe postérieur versatile, dit M. de Blainville, ont cependant un sternum différent de ce. que nous avons vu dans la plupart des Oiseaux qui ont cette disposition de doigts. 11 est large, surtout en arrière, et plus étroit au milieu; la fosse sous-clavière est médiocre; la crête, assez peu saillante, est excavée un peu dans le milieu de sa ligue antérieure; son bord antérieur est très-excavé parla grande saillie de l'angle antérieur du bréchet, ainsi que celle de l'apoplnss médiane, du bord antérieur, qui est assez étroit, et dont la plus grande partie de l'étendue est occupée par l'articulation de la clavicule; l'angle latéral externe est aussi assez aigu et assez prononcé.

Quant au bord postérieur, il est beaucoup plus large que l'antérieur, et il n'offre qu'une seule échancrure médiocre formée par une apophyse médiane fort large, et par une externe qui se déjelle fortement en dehors, en b'élargissant en fer de hache à son extrémité.

Le bord postérieur latéral en devient alors fort concave dans toute son étendue; l'articulation des côtes, qui sont au nombre de cinq sternales, se fait dans la moitié antérieure de ce bord, et correspond en grande partie à la fosse sous-clavière.

Les clavicules sont médiocres en longueur et en force; elles sont assez dilatées à leur base par une apophyse externe.

L'os furculaire est grand, en fer à cheval, assez serré; ses branches sont cylindriques, grêles; elles offrent, au point de leur symphyse, une apophyse assez peu considérable, quoique bien distincte, et qui s'applique au-dessus de l'angle saillant et un peu recourbé du bréchet.

M. de Blainville, qui ignorait alors la similitude des mœurs du Coucou oriental (Eudynamis orientutis) et de celles de notre Coucou chanteur, similitude qui devait entraîner celle de leurs sternums, ajoutait que sa description ostéologique avait été prise d'après le sternum du Coucou orienta' mais que celui du Coucou commun offrirait sans doute des différences notables.

1" GENRE. - COUCOU GROS BEC. EUDYNAMIS. (Vigors et Horsfield.) Eu, bien; iï'Jnyxz, force, puissance.

CAIUlilÈRES céni:;r;ques.

Dec de la longueur île la tête, robuste, large et très-fendu, h mandibule supérieure très-recourbée

cl comprimée latéralement vers la pointe, qui est Ires crochue-; la carène de la mandibule inférieure n'ayant que le tiers de la longueur de la mandibule supérieure.

Narines basâtes, latérales, percées dans une espèce de membrane, arrondies et largcmei t ouvertes.

Ailes allongées, arrivant à la mniti' de la longueur de la queue, obtuses, lu quatrième rémige la plus longue.

Queue assez longue, ample cl arrondie.

OISKAIX.

Tarses assez courts, de la longueur du doigt antérieur externe, qui est le plus loiuj, robustes, recouverts de larges écailles; ongles courts, forts, arques et aigus.

Fig. 571. — Eudynamis oriental.

Tour de l'œil nu. Pas de huppe.

Neuf espèces, toutes de l'Asie méridionale et de l'Océanie; entre autres le Coucou gros bec de Flinders (Eudynamis Flindersii). Latham.

Fig, 7)12. — Eiidvnamis oriental.

Comme noire Coucou d'Europe, les espèces de ce genre paraissent abandonner l'incubation de leurs œufs aux soins d'un autre Oiseau, si l'on en juge du moins d'après les habitudes de l'espèce type, le Coucou gros bec oriental [Eudynamis orienlalis).

Le Coucou, dit M. Blyth dans ses notes précieuses sur les habitudes des Coucous de l'Inde durant la saison de l'incubation, est peu méfiant; il se laisse assez facilement approcher et de très-près, surtout lorsqu'il est occupé sur un arbre à chercher sa nourriture; il est alors aisé de s'en mettre à portée, du fusil. Mais il est bon pour cela d'attendre qu'ils soient sur un des arbres dont ils préfèrent les fruits, tels que le bananier, ou mieux encore le mimusops elengi, dont ils ne quittent pas l'épais feuillage tant que son fruit mûrit; dans les autres saisons, ce Coucou se nourrit de diverses baies qu'il avale en entier, et dont il rejette par le bec les noyaux parfaitement dépouillés de leur pulpe. Ils ne se réunissent pas, et volent isolément les uns des autres. Quand approche la saison de la ponte, ces Coucous deviennent plus agiles, et ne cessent pas de pousser leurs cris d'appel Ce cri, qui n'est pas sans mélodie, se compose de, la répétition continuelle du son leuil, avec une intonation mouillée de 1'/, et une légère variation. Mais il demande à être entendu à une certaine

distance et pas trop longtemps. Autrement sa répétition monotone, à toutes les heures du jour et de la nuit, devient fatigante et finit même par incommoder. Les naturels cependant semblent beaucoup apprécier cette espèce de chant, et fréquemment ils conservent cet Oiseau en cage, le nourrissant presque uniquement de riz bouilli, mêlé quelquefois de plantain; et sa voix, entendue ainsi de trop près, n'en devient pas moins insupportable pour une oreille européenne. Le mâle a aussi un autre cri: lw-a-ô, correspondant au chant du Coucou (Canorus), et qui est poussé de la même manière.

La femelle paraît déposer invariablement ses œufs dans les nids des véritables Corbeaux, principalement du Corbeau à bec élevé (Corvns culminants) et du Corbeau resplendissant (Corvus splentleus), et si abondamment, que nous avons su que cinq à six œufs de ce Coucou avaient été apportés par une personne qui, en détruisant des nids de Corbeaux, en avait pris un dans chaque nid. L'œuf est si souvent trouvé ainsi tout seul, qu'on ne saurait dire si, en déposant le sien, le Coucou ne détruit pas ceux du Corbeau; mais on ne sait pas si le jeune Coucou a l'instinct de rejeter lui-même quelques compagnons de son nid; il ne paraît pas qu'il y soit porté, mais le fait demande à être vérifié. M. Frith nous informe qu'il n'a jamais trouvé plus d'un œuf de ce Coucou dans un même nid; et. dans sa longue expérience, il n'en a rencontré que dans les nids des deux espèces de Corbeaux indiens que nous venons de nommer. 11 a souvent vu le Corbeau resplendissant attaquer la femelle du Coucou et la chasser de son voisinage; et même, dans une circonstance, il a vu cette dernière se soustraire à cette poursuite avec tant de précipitation, qu'elle se heurta violemment la tète contre une fenêtre et tomba morte du coup.

L'opinion des naturels est que le Corbeau découvre bientôt que le jeune Coucou est étranger à son nid et y a été introduit furtivement, et l'en chasse avant l'âge, pour qu'il ait à pourvoir luimême à sa nourriture, ce qui n'a certainement pas lieu comme le démontre une anecdote racontée par le major Davidson, qui s'exprime ainsi : « Me trouvant par hasard dans une varandah, j'entendis des cris bruyants dans la campagne, cl, pensant qu'un jeune Corbeau était tombé de son nid, je m'avançai pour le sauver. Au lieu d'un jeune Corbeau, je fus bien étonné de trouver un jeune Oiseau qu'un vieux Corbeau était en train de nourrir, et cet Oiseau était d'un brun noir barré transversalement de couleur cendrée. Eu demandant son nom à un naturel qui le vit aussi, il me répondit que c'était un jeune Coucou. Je fis quelques pas, et je vis qu'il recevait de la nourriture du bec du Corbeau, dans la position habituelle, avec les ailes étendues et de petits mouvements. » Cet Indien, entrant dans plus de détails, assura au major Davidson que le Coucou était toujours ainsi élevé par le Corbeau, qui continuait invariablement à nourrir son petit adoptif jusqu'à ce qu'il puisse pourvoir lui-même à ses besoins.

L'observation suivante, adressée à M. Blyth par un voyageur, vient confirmer celle de M. Davidson : Après que le Coucou a déposé ses œufs dans le nid du Corbeau, il vient fréquemment observer le nid à une petite distance pour voir quand son petit en est expulsé; ce qui arrive dès qu'il est revêtu de ses plumes. Aussitôt qu'il est chassé du nid, la mère le prend à sa charge et le nourrit. J'ai souvent observé ce fait moi-même. Le petit, quoique entièrement repu et gorgé, se tient tranquillement dans un trou d'arbre, tandis que sa mère est à la recherche de fruits, et j'ai vu plusieurs fois la mère lui donner à manger devant moi. (Con(ril). to ornilhol. by. S. W. Jardine.)

Ce qui est remarquable, c'est l'analogie complète qui existe entre les œufs de ce Coucou, pour le fond de la couleur et pour la teinte des taches, et ceux des Corbeaux en général, et principalement des deux espèces indiennes. Les œufs du Coucou gros bec oriental sont d'un vert olive pâle recouvert de nombreuses taches brunes ou noirâtres, en forme d'éclaboussures, et généralement reunies en l'orme de couronne vers le sommet de l'œuf; ils sont, du reste, proportionnés à la taille de l'Oiseau dont ils proviennent.

COUCOU GROS B1CC ORIENTAL EUVT.\AMIS OHIE.yT.UIS. (Linné, Cl. Bonaparte.)

Tout le plumage est, en général, d'un noir glacé d'une riche teinte bleue sur le dos, les ailes et la queue : le bec est d'un jaune vert; les pieds sont robustes, courts, et, comme chez tous les Cou-

cous proprement cl i 1 s , couverts de larges écailles d'un brun jaunâtre; les ongles sont noirs, et les yeux marron foncé.

La femelle diffère du mâle en ce que chez elle le noir brunit sur le devant du cou. la poitrine et tout le dessous du corps, et que le reflet bleu du dessus de ses ailes n'est pas aussi beau que chez ce dernier. (Le Vaillakt.)

Longueur totale, 0m,50.

Du cap de Bonne-Espérance et du Bengale.

ïm< GENRE. - ÉDOLIO OMLOPIWS. (Swainsou.)

0;'j:, pointu, ai;;u ; '■''?•;, crête.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Dec de la longueur de la têle, mince, aussi haut que large, convexe, comprimé sur les calés vers la pointe, qui est entière et un peu crochue.

Narines basâtes, latérales, en scissure oraluirc, percées dans une sorte de membrane découverte.

Ailes longues, atteignant ta moitié de la longueur de la queue, subobtuses; la troisième rémige la plus longue.

Queue longue, arrondie et étagée.

Tarses courts, presque de la longueur du doigt externe antérieur, épais, robustes, vêtus de plumes seulement h leur origine, recouverts, en devant, de larges écailles transversales; les deux doigts externes les plus longs; le pouce le plus court; les deux antérieurs soudés h leur base; ongles gros, courts, et faiblement arqués

Fis. 373 — Éilolio de Le Vaillant.

Fin 37i — Ldolio de Le Vaillant

Derrière de l'œil nu; têle surmontée d'une huppe occipitale composée de plumes roitles et allongées.

Quatre espèces de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique. Nous figurons l'Édolio Geai (Cuculus [Oxylopbus] glandarius), Linné; et nous citons l'Édolio de Le Vaillant (Cuculus [Oxglophns] serrants), Sparinann.

Toutes les espèces de ce genre, à part celle d'Europe, dont les mœurs sont encore peu connues, ont l'habitude, comme notre Coucou d'Europe, de déposer leurs œufs dans les nids d'Oiseaux étrangers, qui les couvent avec les leurs.

Voici du moins ce que Le Vaillant nous apprend de l'une d'elles, l'Édolio (Oxylophus serratus).

Ce Coucou est la seule espèce ûu genre, que j'ai trouvée aux environs du cap de Bonne-Espérance, oit on lui donne le nom A'Édolio, qu'il exprime très-distiuelemcnt par son cri. On l'y nomme aussi Oiseau de la nouvelle année ou du jour de l'an, Niuwe jaars voogel; et on raconte de lui, sous ce

dernier nom, dans tous les lieux où on le connaît, nombre de merveilles, dont les moins absurdes sont qu'il ne parait que vers le jour de l'an; que, lorsqu'il a faim, il se met à crier, et qu'aussitôt tous les petits Oiseaux d'alentour qui l'entendent accourent et s'empressent à l'envi de lui donner à manger. 11 est aisé de voir ce qui a donné lieu à cette fable, qui, à quelques égards, n'en est pas une. Cet Oiseau, ainsi que toute espèce de Coucous, confiant ses œufs à d'autres Oiseaux, quelques colons, sujets à s'émerveiller, auront surpris hors du nid un jeune Édolio criant la faim, et, voyant à l'instant le père et la mère nourriciers accourir aux cris du glouton pour lui donner la becquée, ils n'auront pas manqué de raconter ce fait très-simple dans l'histoire des Coucous, et de l'accompagner de circonstances étrangères dont on aura, dans la suite, composé les contes absurdes dont on a orné celle de l'Édolio, contes dont je fais grâce au lecteur. Mais ce qu'il est bon de lui faire observer ici, de peur de méprise, c'est qu'au Cap les habitants sont loin de croire que leur Édolio et leur Oiseau de la nouvelle année soient de même espèce, comme j'ai vainement tenté de le prouver à quelques-uns d'entre eux, qui me riaient franchement au nez lorsque je leur disais que l'Edolio, ainsi que toute espèce de Coucou quelconque, pondait ses œufs dans les nids des autres Oiseaux; que ceux-ci couvaient ces œufs, qu'ils élevaient les petits qui en provenaient, et qu'enfin leur Niawe jaars voogel était un jeune Edolio.

Quant à l'apparition au Cap de ce même Oiseau le jour de l'an, elle, n'a rien de surprenant. Cette époque est, dans tout le sud de l'Afrique, celle a peu près où tous les jeunes Oiseaux ont pris leur essor, la saison des amours, de la poule et de l'éducation des petits de toutes les espèces d'Oiseaux en général, étant en novembre, décembre et janvier, qui y sont les mois les plus chauds de 1 année.

Fig. 57Ô. — Édolio [Coucou] geai.

Les œufs du Coucou Edolio sont absolument blancs, sans tache aucune; ils ont six lignes de long sur quatre de haut, et un de leurs bouts plus effilé que. l'autre. Je les ai trouvés dans les nids de la Fauvette rousse-tète, de la Bergeronette brune, du Coryphée, de la Fauvette citrin, du Gobemouche mantélé. .l'en ai trouvé, enfin, vingt-huit dans autant de nids d'Oiseaux tous insectivores. Il était déjà éclos quelques petils parmi ces vingt-huit derniers œufs

On voit de suite le rapport qui existe entre le conte rapporté par Le Vaillant, sur la réunion des autres Oiseaux accourant auprès du jeune Édolio, et ce que rapporte M. Rlyth au sujet du Coucou gros bec oriental. Celte similitude de croyance, au cap de Bonne-Espérance et au Bengale, relativement a deux Oiseaux de mœurs si étranges, est une chose remarquable.

EDOLIOou COUCOU GEAI D'EUROPE. OXYLOP11VS GLANDAMUS. (Linné, Ch. Bonaparte.)

Mule cl femelle adultes. — Dessus et côtés de la lète d'un cendré plus ou moins foncé, avec la tige des plumes noire; nuque, dos, croupion, et une partie des sous-caudales, gris-brun, légèrement lustré de verdâtre, avec la pointe des scapulaires, et une partie des sus-caudales latérales, blanches; parties antérieures et latérales du cou, inférieures du corps, jambes et sous caudales, d'un blanc plus ou moins pur, lavé très-légèrement de jaunâtre sur les côtés du cou, au bas des jambes, et de cemlré aux flancs; région parolique, côtés de la nuque, d'une teinte plus rembrunie que la tète; ailes pareilles au manteau, avec les couvertures terminées de blanc, et le bout des rémiges liseré de gris; rectrices noirâtres, terminées de blanc, excepté les deux médianes, qui n'offrent à leur pointe qu'un petit liseré blanchâtre; bec noir, avec la base de la mandibule inférieure rougeâtre; iris jaune; pieds verdâtres.

Longueur totale, 0m,45.

Il habite le nord de l'Afrique et la Syrie; se montre accidentellement dans le midi de la France, en Italie, en Sicile et en Allemagne. Il n'est pas rare dans le midi de l'Espagne. (Degland.)

D'après ce que nous avons cité ton! à l'heure des moeurs de ce Coucou, on voit qu'il est temps do supprimer de son histoire le fait très-problématique qu'un couple de ces Oiseaux aurait niche aux environs de Dise en 1750, fait rapporté par de Montbeillard, el (pie nous regrettons de voir citer de nouveau par M. Degland.

3mc GENRE. — COUCOU CUCULUS. ( Linné )

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec large, assez déprimé a lu base, moins long ou aussi lonq que la tète, arqué, peu robuste, et presque arrondi en dessus, comprimé graduellement sur les côtés jusqu'à la pointe, qui est aiguë et entière.

Narines basâtes, h moitié engagées dans les petites plumes du front, latérales, percées dans une sorte de membrane, cl rondes.

Fis Ô7G — Coucou chanteur.

Fie. 577. — Coucou cliauteur.

Ailes longues, subobtuses; la troisième penne la plus longue. Queue longue, arrondie et étagée.

Tarses très-courts, tantôt h moitié, parfois même presque entièrement cmplumés, du tiers h peine de la longueur du doigt externe antérieur, qui est le plus long des quatre, puis le postérieur

m HISTOIRE NATURELLE,

correspondant, l'interne du même cola, ou pouce le plus court; les deux antérieurs légèrement soudes à la base; ongles proportionnés, arqués et aigus.

Pas de huppe; nudité du tour de l'œil à peine visible.

Dix espèces de l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique et de l'Qcéanie. Nous figurons le Coucou chanleur (Cuculits canorus), Linné, type du genre; et nous citons le Coucou désiré ou australien (Cnculus oplatus), Gould, de l'Australie.

Nous avons indiqué, en parlant de la femelle des Cuculinés, les principales questions, enlre mille, soulevées par leurs mœurs et leurs habitudes si extraordinaires. Il était tout naturel que les observations, de même que les expériences, se portassent de préférence sur l'espèce la plus répandue en Europe, le Coucou chanteur. C'est en effet ce qui a eu lieu.

Les mœurs singulières et tout à fait anomales de cet Oiseau, dit le rédacteur du journal l'Institut, ont été l'objet de l'attention et des recherches d'un grand nombre de naturalistes anciens et modernes. Mais ces recherches, soit qu'elles ne fussent que de simples observations, soit que leurs auteurs eussent employé le secours de l'anatomie et de la physiologie, n'ont point expliqué d'une manière satisfaisante l'instinct bizarre qui porte la femelle à déposer ses œufs dans le nid d'autres Oiseaux, et seule, entre tous les animaux des classes supérieures, à abandonner à des soins étrangers le soit de sa progéniture. [L'Institut, 1824.)

Une des principales questions que se posèrent les observateurs, une fois admis le fait du dépôt des œufs du Coucou dans des nids étrangers, presque toujours d'un Oiseau très-petit relativement à lui, ce fut celle de savoir comment s'y prenait le Coucou pour opérer ce dépôt clandestin. Le pondait-il directement dans le nid? ou bien, du lieu oit il le pondait, l'y transportait-il. et par que! moyen? Voici comment, sur ce sujet, s'exprime Le Vaillant, le naturaliste voyageur qui a jeté le plus de lumière sur les mystérieuses habitudes des Coucous, à l'occasion du Coucou criard (Cuculits clamosus), Latham; il est curieux de suivre la série de recherches et d'expériences auxquelles il s'est livré pour arriver à un résultat.

Au reste, dit-il, la contrée était pleine de ces Coucous criards; chaque jour nous en rencontrions à mesure que nous étendions et varions nos courses; et, comme nous étions alors dans la saison de la ponte, nous trouvâmes aussi plusieurs nids où des femelles de ces Coucous avaient déposé leurs œufs; nous en découvrîmes un entre autres du Capocier, dont la femelle couvait un de ces œufs : découverte vraiment étonnante, puisque le nid du Capocier est entièrement fermé, à la réserve d'un très-petit trou par où pénètre l'Oiseau, très-petit lui-même, qui le fait. Or ce nid, qui contenait un ouf de Coucou, n'étant absolument point déformé, il est évident qu'un Oiseau d'un tiers seulement moins fort que notre Coucou d'Europe n'a pu s'y introduire et y pondre ses œufs. Si en même temps nous considérons qu'en général tous les nids dans lesquels pondent les Coucous sont ceux des plus petits Oiseaux; que ces nids sont la plupart si peu spacieux, et même posés sur des branches si faibles, qu'il doit être très- difficile, et peut-être absolument impossible, à un Oiseau d'un certain volume de s'y tenir renfermé pour pondre; à moins qu'on ne veuille que, perché sur une branche tout juste au-dessus du nid, le Coucou y laisse de là tomber son œuf, ce qui, ainsi que j'y ai bien fait attention, devient impraticable par la position de quelques-uns de ces petits nids dans lesquels je n'en ai pas moins trouvé l'œuf du grand Coucou : comparant ensuite quelques faits semblables de notre Coucou d'Europe, dont j'avais trouvé plusieurs fois l'œuf dans le nid du Roitelet huppé, nid presque entièrement fermé comme celui du Capocier d'Afrique; et depuis, ayant encore trouve en Afrique plusieurs nids de Pincpinc, nids fermés aussi, dont l'entrée est une gorge fort étroite, et où il aurait été physiquement impossible à un Coucou de pondre son œuf, quand on supposerait qu'il pondit en volant; tous ces faits et considérations, joints à ce que les Coucous font tous des œufs très-petits relativement à leur taille, que tous ils ont la bouche large, le gosier ample, m'ont naturellement conduit à penser que les Coucous pondaient partout ailleurs que dans les nids où ils se proposaient de déposer leurs œufs, et qu'ils les y transportaient ensuite, soit dans leur bec, soit dans leurs serres. En effet, m'étant avisé d'essayer tous les œufs de Coucous, dont j'avais une assez grande quantité, dans les becs et dans les serres de tous les Coucous que. je tuais, en ayant soin, comme on le pense bien, d'essayer les œufs de chaque espèce aux individus de l'espèce correspon-

dante, à mesure, que je pouvais me les procurer, j'ai trouvé que l'œuf d'un Coucou quelconque tient très-bien dans ses serres, mais encore mieux dans sa bouche, sans qu'il empêche aucunement le bec de se fermer; essai qui, fait sur beaucoup d'autres Oiseaux avec leurs propres oeufs, a été loin de me donner le même résultat. Cependant il s'en fallait de beaucoup que tout cela satisfit au désir que j'avais de savoir la vérité : je voulais être convaincu; ce n'était pas assez pour moi que des conjectures; et, toutes raisonnables qu'elles fussent, est-ce bien dans ses serres ou dans sa bouche, me disais-je souvent, qu'un Coucou transporte son œuf dans le nid d'un autre Oiseau? J'avoue bonnement qu'une chose qui paraîtra sans doute futile à bien des gens ne laissait pas que de me tourmenter l'imagination. Je voyais bien des difficultés dans le moyen des serres; car, l'Oiseau ayant besoin de se percher aux jpvirons du nid où il aurait prétendu déposer son œuf, le pied qui aurait porté cet œuf en aurait été gêné, embarrassé. D'ailleurs, le tarse est si court chez les Coucous, les vrais Coucous, qu'il devrait être souvent impossible à l'Oiseau d'étendre assez le pied pour arriver, de l'endroit où il se trouverait perché, à l'ouverture du nid où il voudrait déposer son œuf. Comment ferait-il si ce nid était fermé? Mais je me rappelais très-bien que j'avais été témoin un jour du transport que lit un couple d'Engoulevents de ses œufs, qu'il emporta dans sa boucbe : c'était une probabilité pour que les Coucous pussent bien en faire autant, ayant pour cela les mêmes moyens que les Engoulevents, c'est-à-dire un gosier ample et une large bouche, quoiqu'à beaucoup près moins bien partagés à cet égard que ces derniers. Mais tout cela n'était encore que du domaine des conjectures ou des probabilités. Je mis tout mon monde à la recherche des nids, et je défendis de tirer les Coucous. Mon projet était de si bien guetter ces derniers, caché non loin d'un nid, que j'espérais y en surprendre un; mais toutes mes tentatives furent inutiles. J'avais beau, lorsque j'avais trouvé un nid de ceux que les Coucous recherchent, nie blottir dans les environs de ce nid pendant des journées entières, et dans des cantons où il y avait beaucoup de Coucous, je n'eus jamais le bonheur de satisfaire ma curiosité sur la manière dont ces Oiseaux auraient transporté leurs œufs; car il me paraissait certain alors, évident même, qu'au moins, dans beaucoup de cas, ils ne pouvaient s'y prendre autrement. Cependant, tous les moyens que je pris pour m'en convaincre par moi-même furent encore inutiles, tellement inutiles, que je renonçais à tous, lorsque le hasard vint me donner la solution du problème

Fis 578

Coucou chanteur

On a vu, lorsque nous nous sommes occupés du genre Chalcite, quel fut le hasard qui procura à Le Vaillant la solution du problème tant cherché, et vint fournir la preuve irrécusable que c'est dans sa bouche que le Coucou transporte son œuf, de l'endroit où il l'a pondu dans le nid où il doit être couvé. C'est même ainsi que Naumann expliquait la présence d'œufs de Coucous par terre. Le même fait a été observé depuis, sur notre Coucou chanteur d'Europe, par M. Florent Prévos», 2ô" 34

aujourd'hui chef des travaux zoologiques au Muséum d'histoire naturelle de Paris, et c'est même de lui que Vieillot tenait, sans le nommer, la même observation dont il parle.

On sait, dit M. Florent Prévost, que les Coucous arrivent dans notre climat isolément et successivement dans le courant du premier mois du printemps, et vivent solitaires, occupant chacun une sorte de canton, un espace assez circonscrit, dans lequel ils restent l'été. J'ai reconnu que cela n'est vrai qu'à l'égard des mâles; la femelle, au contraire, parcourt un espace beaucoup plus considérable, comprenant plusieurs cantons, fait choix d'un mâle avec lequel elle s'accouple, et, aussitôt qu'elle a pondu le produit de cet accouplement et qu'elle s'est assurée que les Oiseaux dans le nid desquels elle l'a déposé en prennent soin, elle va chercher un nouveau mâle pour l'abandonner bientôt comme le premier.

Ce fait est d'accord avec la remarque qu'ont faite plusieurs auteurs, mais sans en tirer aucune autre conclusion, que les mâles de cette espèce d'Oiseaux sont plus nombreux que les femelles. Parmi les observations qui m'ont conduit à le constater, je ne citerai que la suivante, la plus complète que j'aie eu occasion de faire.

Il y a quelques années, vers la fin d'avril, je réussis à prendre au filet, dans un bois des environs de Paris, un Coucou femelle que je venais de voir retirer d'un nid, et déposer sur l'herbe un œuf de Bergeronnette. Pour le rendre reconnaissable, je lui colorai les ailes avec de la teinture écarlate, et je fixai sur sa tête un morceau de drap rouge; puis je lui rendis la liberté. Le lendemain, (n'étant placé de manière à pouvoir l'observer, je la vis au point du jour s'abattre auprès du même nid de Bergeronnette et y enfoncer sa tête. Dès qu'elle fut éloignée, je m'approchai du nid et vis qu'elle venait de déposer son œuf. Dans l'espace de quatre heures environ, elle revint plus de cinquante fois dans le même endroit, tantôt s'y arrêtant, tantôt passant avec rapidité. Trois jours après, je la vis dans un autre canton, et pendant plus de six semaines je la suivis et la retrouvai successivement dans les cantons de cinq ou six mâles, avec deux desquels je la vis s'accoupler.

Les Coucous sont très-ardents pour l'accouplement. Lorsque la femelle a choisi un mâle, elle demeure avec lui un jour ou deux, et se livre avec fureur aux plaisirs de l'amour; l'accouplement est souvent répété trente fois et davantage dans le même jour. Mais cet excès dure peu, et dès le troisième jour les deux amis commencent à se négliger; la femelle quitte son privilégié de la veille pour en choisir un nouveau. C'est dans l'attente de la femelle que le Coucou mâle s'agite et change à chaque instant de place pendant la saison des amours ; c'est pour l'appeler et l'inciter i le choisir qu'il répète incessamment son cri; et lorsqu'à son tour elle fait entendre son gloussement, il se précipite .vers elle et la poursuit avec rapidité. On voit souvent une femelle entraîner ainsi à sa suite plusieurs mâles à la fois, qui se disputent sa possession par de violents combats. (Journal Y Institut, 24 décembre 1834.

Ce fait vient confirmer l'assertion d'Edwards, qui disait que les Coucous ne s'appariaient pas, et que, quand la femelle volait, elle était, au temps des amours, escortée par deux ou trois mâles; et, au dire de Vieillot, contraire à celui de Naumann, que les mâles sont six fois plus nombreux que les femelles.

J'ai ouvert, dit encore Florent Prévost, plusieurs femelles de Coucous à l'époque des amours, et je ne leur ai jamais trouvé que deux œufs, l'un dans Yoviductiis, et prêt à sortir, l'autre encore attaché à l'ovaire, ou un seul œuf à l'entrée de Yoviductus, et, à l'ovaire, l'enveloppe déchirée d'un œuf récemment sorti. Dans l'un et l'autre cas, ses ovules étaient toujours à peu près égaux en grosseur. Lorsque la femelle doit pondre, elle ne quitte pas le canton du mâle chez lequel elle se trouve alors; elle ne pond ses œufs qu'en un très-long espace de temps, plus de deux mois. Elle pond ordinairement deux œufs en un petit espace de temps, en deux ou trois jours par exemple. (L'Institut.)

Après que le Coucou femelle est sûr que ses œufs seront soignés, il abandonne le canton où il s'était tenu pendant quelque jours et passe chez un autre mâle, avec lequel il s'adonne de nouveau à l'amour. Il fait assez souvent, dans le petit domaine de celui-ci, sa deuxième ponte, et ce n'est qu'après deux mois environ qu'il a pondu tous ses œufs; c'est ce qui explique pourquoi on trouve de jeunes Coucous, non-seulement en mai et en juin, mais aussi aux mois de juillet et d'août. Les œufs que les femelles pondent dans la saison sont au nombre de six et même huit ou dix. (Fl. Phévost, D'ici, pittoresque d'Hist. nut.)

Ces observations ont suffi à M. Florent Prévost pour lui indiquer la cause qui empêche les femelles de Coucou de couver et d'élever leurs petits, et pour l'amener à en tirer les conclusions suivantes:

1° Que la femelle du Coucou est essentiellement polygame;

2° Que l'action du mâle ne féconde qu'un ou deux œufs seulement;

5° Que chaque accouplement est suivi d'une ponte;

4° Que le nombre de ces accouplements successifs ne permet conséquemment pas à la femelle de couver ses œufs et d'élever ses petits, puisque ces deux fonctions contraires, dont l'une l'oblige à rester dans le nid, tandis que l'autre l'en éloigne, devaient alors avoir lieu en même temps;

5" Que c'est pour que cet Oiseau puisse obéir librement à l'instinct impérieux qui déterfîiine ses nombreux accouplements, qu'il est pourvu de celui qui le dispense de prendre soin de ses petits. 'Floiï. Prévost, Lettres au président de l'Académie des sciences, le 22 décembre 1854.)

Ces conclusions, ainsi que les observations dont elles sont déduites, viennent quelque peu contredire, en les élucidant, celles auxquelles serait arrivé un savant chimiste belge, M. Van Mons, dans un mémoire lu, en 1835, à l'Académie des sciences de Bruxelles. D'après lui, les Coucous sont bien polygames, mais à la manière des autres Oiseaux; c'est-à-dire qu'un mâle suffit à plusieurs femelles. Ce mâle se perche ordinairement sur le sommet de quelque arbre, et, sans changer de place, il chante pour appeler les femelles, qui s'empressent de venir se disputer ses faveurs. Ces femelles, après qu'elles ont été fécondées, ne pouvant à elles seules se charger de l'éducation de leurs petits, par les mêmes raisons que Ton a vues, sont obligées d'en charger les étrangers.

Les Oiseaux dans le nid desquels on a trouvé en Europe des œufs de Coucou chanteur sont : 1° La Fauvette ordinaire; 2" la Fauvette à tête noire; 5° la Fauvette babillarde; 4° le Rouge-Gorge; 5° la Fauvette des roseaux; 6° le Rossignol des murailles; 7° le Pouillot chantre; 8° le Troglodyte; 9° la Mésange; 10° la Bergeronnette grise; 11° le Traîne-Buisson; 12° le Traquet-Stapazin; 15° le Pipit des buissons; 14° le Pipit-Rousseline; 15° la Linotte; 16° le Verdier; 17° le Bouvreuil; 18u la Pie-Grièche; 19° le Geai; 20° la Grive; 21° le Merle, et plus rarement la Pie, la Tourterelle et le Ramier. C'est toujours furtivement et en prenant les plus grandes précautions pour ne pas être vu des propriétaires, par conséquent en leur absence, que le Coucou dépose ses œufs dans ces nids, sûr d'être repoussé par eux s'il en était aperçu.

Ainsi, quoique, dit Vieillot, la femelle dépose ses œufs dans le nid de ces Oiseaux, ce n'est pas s^ns avoir quelquefois éprouvé de leur part une résistance opiniâtre; et même il en est qui la forcent à renoncer à leur nid : telle est une femelle Rouge-Gorge qui, étant fort échauffée à couver, se réunit avec son mâle pour en défendre l'entrée à un de ces Oiseaux qui s'en était approché de fort près. Tandis que l'un des opposants donnait au Coucou des coups de bec dans le bas-ventre, celleci avait dans les ailes un trémoussement presque insensible, ouvrait le bec fort large, et si large, que l'autre Rouge-Gorge qui l'attaquait au front s'y jeta plusieurs fois et y cacha sa tête tout entière, mais toujours impunément. Bientôt le Coucou accablé chancela, perdit l'équilibre et tourna sur sa branche, à laquelle il demeura suspendu les pieds en haut, les yeux à demi fermés, le bec ouvert et les ailes étendues; étant resté environ deux minutes dans cette attitude, et toujours pressé par les deux Rouges-Gorges, il quitta sa branche, alla se percher plus loin, et ne reparut plus. L'on cite encore un Coucou repoussé par des Bruants. (Observations sur l'instinct des Animaux, tom. I, p. 67, note 52.)

Ce qui doit paraître étonnant, c'est la complaisance de la nourrice du Coucou, qui oublie si facilement ses propres œufs et ses petits pour se livrer tout entière aux soins qu'exige cet étranger. Ce sacrifice, qui la fait renoncer aux affections les plus naturelles, et qui n'a lieu dans tous les Oiseaux que pour le Coucou seul, est donc commandé par une loi impérieuse de la nature, puisque la plupart d'entre eux refusent de couver d'autres œufs que celui-ci? L'on ne peut guère en douter, d'après les quarante expériences de Lothinger. (Vieillot, Nouv. dict. d'Hist. nat.)

^othinger a expérimenté, en mettant un œuf de Roitelet dans un nid de Fauvette commune, un œuf de Merle dans un nid de Bruant de haie, et un autre dans un nid de Verdier, un œuf de Pie- Grièche-Écorcheur dans un nid de Rouge-Gorge, pour voir si chacun de ces Oiseaux couverait l'œuf étranger à leur espèce introduit dans son nid.

Des essais semblables furent faits depuis sur des nids de Gobe-Mouche, de Roitelet, de Chardonneret, de Bouvreuil, de Pinson, de Farlouse. de Pouillot chantre, de Grive, de Merle, et même de

Chouette et de Vaucan : tous ces Oiseaux couvaient, et à peine leur eut-on enlevé leurs œufs, quoiqu'on en eût mis d'autres en place, qu'ils quittèrent leur nid pour n'y plus revenir.

Dans la trente et unième expérience, reprend Vieillot, cet ornithologiste nous communique des observations d'autant plus intéressantes, qu'elles sont difficiles à faire, sur la conduite que tiennent les Pouillots à l'égard du jeune Coucou, et sur le nourrisson lui-même. C'est ainsi qu'il en donne les détails : Arrivé sur les lieux dès le matin, je me postai avantageusement pour observer les père et mère nourriciers d'un jeune Coucou; mais ceux-ci usèrent longtemps de prudence, et ils ne s'approchèrent qu'avec beaucoup de circonspection; cependant, comme leur nourrisson faisait des cris fréquents, de besoin sans doute, attendu que l'intervalle depuis la dernière becquetée était déjà considérable, ils furent obligés de se montrer; je reconnus alors que ces Oiseaux secourables étaient des Pouillots chantre. Plus familiarisés avec moi, ils parurent fort souvent, et plus d'une fois je les vis approvisionnés de la nourriture qu'ils apportaient à leur élève, laquelle n'était autre qu'un Insecte plus ou moins gros. Alors il me vint à l'idée de mettre à profit une si belle occasion de découvrir si les père et mère, en livrant leurs œufs et les jeunes qui en devaient provenir à des Oiseaux étrangers, les abandonneraient pour ne plus s'en mêler; et dans peu j'eus lieu de me convaincre de ce qu'il en était. En effet, m'étant caché sous des feuillages, de façon à ne pas être aperçu, et y étant resté en silence, bientôt après vint un Coucou, chantant et rôdant aux environs du jeune Oiseau, lequel, pour mieux remplir mon objet, je plaçai dans une clairière à peu de distance du nid, après l'avoir excité à faire quelques cris qui pussent efficacement attirer ses parents; mais ce fut en vain, ils n'approchèrent pas davantage; cependant j'eus lieu d'observer que le vieux Coucou redoublait son chant, à raison des cris du jeune, et que tous deux paraissaient se prêter la plus grande attention. (Lothinger, Discours apologétique, ou Mémoire sur le Coucou d'Europe.)

De tous les Oiseaux sur lesquels Lothinger a fait ses expériences, le Bruant et le Pouillot chantre sont ceux qui ont tenu le plus longtemps; après avoir été privés de leurs œufs, ils sont retournés à leurs nids, et ils ont couvé l'œuf étranger pendant près de vingt-quatre heures.

Lothinger a conclu de ces différents faits :

1° Que l'opinion du vulgaire, au sujet du Coucou, est très-erronée, et que plusieurs naturalistes paraissent l'avoir peu connu;

2° Que toui Oiseau qui a des œufs quitte son nid, si on les lui ôte pour mettre en place un œuf seul et provenant d'espèces différentes;

5° Que cet abandon est assez prompt, etqu'il a lieu même quand l'Oiseau, privédeses œufs, couvait ;

4° Que, par une distinction fort extraordinaire, il en est tout autrement lorsque le Coucou est le ravisseur;

5° Qu'il est très-assuré que le Coucou ne couve pas, qu'il ne fait point de nid, et qu'il pond dans celui de quelque petit Oiseau, dont il a auparavant jeté les œufs;

0° Que ce petit Oiseau, ainsi maltraité, ne fait aucune difficulté de retourner à son nid, et d'y couver l'œuf que le Coucou a substitué aux siens, quoique unique et bien différent;

7° Enfin, que ce n'est nullement par indifférence ou par paresse que le Coucou ne fait pas de nid, et qu'il ne couve pas, mais que, formé comme il l'est, et peut-être pour d'autres causes encore, il est nécessaire que d'autres que lui travaillent et coopèrent à la multiplication de son espèce; que les singularités qu'il présente ne sont point une bizarrerie ni un désordre de la nature, mais l'effet d'une volonté suprême.

On voit, quant à cette dernière conclusion, que Lothinger était loin encore de la solution trouvée par Florent Prévost.

Guéneau de Montbeillard, qui, à la même époque, travaillait à l'œuvre immortelle de Buffon, n'adopta pas les résultats de Lothinger, et objecta qu'on ne peut conclure, de ce qu'un Oiseau a renoncé à ses œufs qui avaient été mis dans son nid par la main de l'homme, qu'il y aurait aussi renoncé si un autre Oiseau les y eût déposés lui-même ou plutôt pondus; que ce renoncement dépend du plus ou moins de finesse du tact, de l'odorat ou de la passion de couver plus ou moins vive

A cette objection, qui ne manquait pas de portée, Lothinger a opposé de nouvelles expériences qui se peuvent résumer ainsi :

1" Des changements d œufs faits de main d'homme dans des nids de Chardonneret, de Pinson, de

Verdier, etc., niais des œufs de mêmes races; ces oeufs ont été couvés par ces Oiseaux comme si c'étaient les leurs, et ils ont nourri les petits qui en sont provenus;

2° Des changements d'reufs étrangers, sans les toucher en aucune manière, et placés dans divers nids, et dont les résultats ont été les mêmes que ceux des premières expériences.

Enfin, les œufs propres de l'Oiseau, retirés et remis à la main, ne furent point abandonnés.

Montbeillard a clos cette série d'expériences par dix observations, desquelles il résulte, dit-il :

1° Que les femelles de plusieurs espèces de petits Oiseaux, qui se chargent de couver l'œuf du Coucou, se chargent aussi de couver d'autres œufs étrangers avec les leurs propres;

2° Qu'elles couvent quelquefois ces œufs étrangers par préférence aux leurs propres, et qu'elles détruisent quelquefois ceux-ci sans en garder un seul;

5° Qu'elles couvent et font éclore un œuf unique autre que celui du Coucou;

4" Qu'elles repoussent avec courage la femelle Coucou lorsqu'elles la surprennent venant déposer son œuf dans leur nid.

5° Enfin, qu'elles mangent quelquefois cet œuf privilégié, même dans le cas où il est unique; mais un résultat plus important et plus général, c'est que la passion de couver, qui parait quelquefois si forte dans les Oiseaux, semble n'être point déterminée à tels ou tels œufs, ni à des œufs féconds, puisque souvent ils les mangent ou ils les cassent, et que plus souvent encore ils en couvent de clairs; ni à des œufs réels, puisqu'ils couvent des œufs de craie, de bois, etc.; ni même à ces vains simulacres, puisqu'ils couvent quelquefois à vide; que, par conséquent, une couveuse qui fait éclore, soit un œuf de Coucou, soit tout autre œuf substitué aux siens, ne fait en cela que suivre un instinct commun à tous les Oiseaux, et, par une dernière conséquence, qu'il est au moins inutile de recourir à un décret particulier de l'auteur de la nature pour expliquer le procédé de la femelle Coucou. (Histoire naturelle du Coucou.)

Il est juste d'observer que, sur ces dix expériences, huit ont été faites sur des Serins, et par conséquent sur des Oiseaux réduits à l'état de domesticité. Mais nous ne pensons pas, comme Vieillot, que cela en infirme les résultats au point de mettre exclusivement, ainsi qu'il le proclame, la raison et la vérité du côté de Lothinger.

Peut-être aujourd'hui ne serait-il pas besoin de ces expériences pour trouver l'explication d'un fait dont la persévérance même des consciencieux expérimentateurs qui l'ont étudié indique l'importance et la gravité scientifiques.

Les Coucous proprement dits, si extraordinaires dans leur mode de reproduction, le serafent-ils tout autant dans les phénomènes qui accompagnent leur ponte? En un mot, la nature, qui a entouré ce genre d'Oiseaux de tant d'apparences merveilleuses, sous le premier rapport, aurait-elle, sous le second, accompli en leur faveur une autre merveille tout aussi exceptionnelle? On sait, en ce qui concerne la ponte, que la couleur des œufs, dans chaque espèce, est constamment la même, en principe, et ne varie qu'exceptionnellement et par dégradation de teinte seulement (et non par substitution d'une teinte à une autre teinte), selon que l'^uf est le premier ou le dernier pondu; en d'autres termes, qu'il y a constance et fixité de coloration dans les œufs d'une même espèce Les œufs des Coucous feraient-ils exception à cette règle? et leur couleur, dans la même espèce, varierait-elle de manière à leur faire emprunter celle qui distingue l'œuf de l'espèce d'Oiseau dans le nid duquel la femelle Coucou a l'intention de déposer ou d'introduire le sien?

C'est une question qui n'a jamais été soulevée, et que nous nous plaisons à poser, tan! cette précaution de la nature nous semble admirable. Ce qui rendrait la chose sinon possible, au moins vraisemblable, c'est que, d'une part, on n'a jamais été bien fixé sur la couleur réelle ou constante de l'œuf du Coucou chanteur. Ainsi, sans remonter bien-haut dans les citations à cet égard, voici la description la plus récente que M. Degland, d'accord en cela avec M Gerbes, donne de l'œuf de notre Coucou : « Ces œufs sont très-petits relativement à la taille de l'Oiseau, et varient beaucoup pour la couleur. Ils sont, ou cendrés, ou roussâtres, ou verdatres, ou bleuâtres, avec des taches petites et grandes, rares ou nombreuses, d'un cendré foncé, vineuses, olivâtres ou brunes, avec quelques points, et parfois des traits déliés noirâtres. » Or, d'après les principes que nous avons rappelés tout à l'heure, s'il en est ainsi (et le fait est constant), il est bien clair que cet Oiseau est le seul dont l'œuf puisse varier ainsi d'une teinte à l'autre, et surtout d'un blanc sale plus ou moins rendre au brunâtre, au verdâtre, au bleuâtre. Il est donc pour le moins étonnant qu'on se soit

borné à constater ces variations, sans chercher à les expliquer autrement que par l'influence de la couleur de la localité dans laquelle ces œufs ont été pondus, comme l'a dit M. Temminck, ou par l'âge, l'état de santé de l'Oiseau, l'abondance de la ponte et la nature des aliments, comme l'a avancé M. Moquin-Tandon.

C'est d'une autre part que, d'après le plus grand nombre des observations, les œufs de couleur cendrée, plus ou moins brunâtre ou roussàtre, se sont, à notre connaissance, rencontrés le plus fréquemment dans les nids de Fauvette de jardin, de Rouge-Gorge ou de Bruant; et que ceux d une teinte verte ou bleuâtre uniforme ont été presque toujours retirés de nids de Rossignol de muraille ou de Traquet, témoin celui d'une teinte bleu verdâtre uniforme que possède M. Gerbes, et qui a été pris dans un nid de Traquet-Stapazin. Or, on sait que les œufs de Traquet, surtout de celte dernière espèce, comme ceux de Rossignol de muraille, sont positivement de cette couleur.

Si maintenant nous rapprochons de cette remarque celle de M. Blyth (i), au sujet des œufs du Coucou à gros bec, du Bengale, qui sont exactement de la même couleur que ceux du Corbeau resplendissant et du Corbeau à gros bec, dans le nid desquels ce Coucou introduit ordinairement et presque exclusivement ses œufs, on conviendra que cette question, telle que nous l'avons présentée, est loin d'être oiseuse ou de reposer sur une simple hypothèse.

11 est donc à penser, si les œufs étrangers trouvés dans le nid de divers Oiseaux, en Europe, proviennent véritablement de la même espèce de Coucou, que ce changement, ou, pour mieux dire, cette appropriation de couleur, dépendait en quelque sorte de la volonté de l'Oiseau; et que les œufs, en vue de la ponte desquels le Coucou vient de visiter à l'avance tel ou tel nid renfermant les œufs de son propriétaire, revêtent, presque aussitôt qu'ils sont pondus, ou au moment où ils vont l'être, la couleur propre aux œufs de l'espèce qui les doit couver; que c'est uniquement à cette similitude de coloration que serait due la facilité avec laquelle ces petites espèces d'Oiseaux se laisseraient aller à les couver comme les leurs propres.

Si la conséquence parait quelque peu forcée, le fait vaut au moins la peine d'être étudié.

Ce qui n'est pas connu non plus, et mériterait d'être observé, c'est, ainsi que l'a judicieusement remarqué M. Gérard, la durée de l'incubation de l'œuf du Coucou, relativement à ce qu'elle est dans chacune des espèces à qui est confié cet 0)uf, car cette durée doit varier suivant les Oiseaux. Ainsi, dit ce naturaliste, tandis que la Lavandière couve douze jours, le Troglodyte couve treize, et d'autres jusqu'à quinze et dix-sept. Les femelles couvent donc l'œuf du Coucou jusqu'à éclosion, sans que la longueur du temps, si elle l'emporte sur celle qui lui est habituelle, la rebute et la lasse. Je n'ai trouvé nulle part de renseignements sur ce sujet.

On a constamment remarqué que rarement les petits des Oiseaux dans le nid desquels est introduit un œuf de Coucou venaient à point; ou les œufs et leurs débris apparaissaient au-dessous du nid, ou même tous ou quelques-uns des petits du propriétaire. On en avait conclu pendant longtemps, les uns que les mères tuaient leurs propres enfants pour suffire à la voracité de leur nourrisson étranger; les autres, et c'est le plus grand nombre, forts de l'autorité de Linné, que la mère Coucou, ou même le jeune Coucou, une fois éclos, dévoraient eux-mêmes, soit les œufs avant qu'ils eussent été couvés, soit les petits aussitôt leur éclosion.

11 n'y a dans tous ces récits, ainsi qu'il arrive presque toujours, qu'une fausse interprétation d'un fait vrai en lui-même, à savoir : que les petits disparaissent, même quand ce sont des espèces qui nichent à terre ou dans des trous dont l'orifice est étroit, sans qu'on sache au juste, dit M. Gérard, malgré les assertions contraires, si c'est de la part du Coucou un acte volontaire ou non; et qu'au bout de quelques jours les petits ont disparu, laissant le jeune Coucou, délivré de ses compétiteurs, recevoir seul tous les soins de ses parents1 forcément adoptifs.

Ainsi, quant à la prétendue voracité du Coucou, voici l'expérience qu'a faite Guéneau de Montbeillard en 1785.

Le 27 juin, dit-il, ayant mis un jeune Coucou de l'année, qui avait déjà neuf pouces de longueur totale, dans une cage ouverte, avec trois jeunes Fauvettes, qui n'avaient pas le quart de leurs plumes, et ne mangeaient point encore seules, ce Coucou, loin de les dévorer ou de les menacer, semblait vouloir reconnaître les obligations qu'il avait à l'espèce; il souffrait avec complaisance que ces

(1) (//. of Ornith , eu Canlrib. Ornilh. lard 1849.

petits Oiseaux, qui ne paraissaient point du tout avoir peur de lui, cherchassent un asile sous ses ailes, et s'y réchauffassent, comme ils eussent fait sous les ailes de leur mère; tandis que dans le temps une jeune Chouette de l'année, et qui n'avait encore vécu que de la becquée qu'on lui donnait, apprit à manger seule, en dévorant toute vivante une quatrième Fauvette que l'on avait attachée auprès d'elle. {Histoire naturelle des Oiseaux, tome VI, éd. in-f°.)

Quant au fait en lui-même, ce n'est, dit Ch. Dumont, qu'au moment où les propres œufs de la couveuse sont près d'éclore, ou à celui où les petits viennent de naître, que les Coucous expulsent ou les uns ou les autres, probablement afin de ne pas exposer leurs petits à manquer de nourriture; et même, d'après les expériences rapportées par Edw.. lenner {Transactions tinnéennes de Londres), l'expulsion de ces œufs ou de ces petits serait faite par le jeune Coucou lui-même. Voici, suivant lui, la manœuvre que le jeune Coucou emploie : en se glissant sous l'un des Oiseaux, dont le berceau est par lui partagé, il tâche de le placer sur son dos, où il le retient à l'aide de ses ailes, et se traîne à reculons jusqu'au bout du nid, par-dessus lequel il jette la charge; lorsqu'il l'a laissé tomber, il recommence son travail, et ne le discontinue pas jusqu'à ce qu'il soit venu à bout de son entreprise. Il suit le même procédé pour les autres petits et pour les œufs, et l'obligation dans laquelle doit se trouver le jeune Coucou pourrait être un des motifs qui déterminent la mère dans le choix du nid des Oiseaux de petite taille pour le dépôt de son œuf.

Le même observateur a fait une autre expérience, dont il résulterait que l'instinct qui porte le jeune Coucou à en agir ainsi est tout simplement celui de son bien-être et de sa conservation personnelle; car, ayant trouvé dans le même nid une Fauvette et deux Coucous nouvellement éclos, avec un œuf de la première espèce, il vit les deux Coucous se disputer longtemps la possession du nid : chacun d'eux portait successivement son antagoniste jusqu'au bord et retombait au fond, accablé sous le poids de sa charge; mais le plus gros parvint, après beaucoup d'efforts, à jeter dehors son compétiteur, ainsi que la petite Fauvette et l'œuf, et il fut seul élevé. Comment, ajoute Dumont, cette manœuvre pourrait-elle s'opérer dans un nid de Mésange, toujours placé au fond d'un trou d'arbre, et dont l'entrée est le plus souvent très-étroite'? (Dictionnaire des sciences naturelles.)

Enfin, Naumann père dit avoir vu une femelle de Coucou jeter elle-même hors du nid les petits de lOiseau à qui elle avait donné la charge de sa progéniture. Il est affirmé par plusieurs auteurs que la femelle du Coucou visite souvent le nid où elle a déposé son œuf, et il serait d'autant moins étonnant que parfois elle exécutât elle-même cette œuvre d'ingratitude, que nous avons vu Florent Prévost surprendre un Coucou femelle retirant du nid, et déposant sur l'herbe, un œuf de Bergeronnette.

L'instinct fait néanmoins défaut bien souvent à la femelle du Coucou dans le choix du nid auquel elle veut confier son dépôt. Ainsi, Brehm dit s'être emparé d'une femelle de Coucou qui avait déposé son œuf dans un trou d'arbre servant de nid à une Bergeronnette grise, et d'où elle n'avait pu s'échapper assez vite; et, d'un autre côté, il est arrivé à Florent Prévost de trouver vivant un jeune Coucou dans un nid placé au fond d'un trou d'arbre dont l'ouverture était trop étroite pour lui permettre de sortir; il en a également trouvé un dans le trou d'un bouleau qui venait d'être abattu.

L'observation a démontré que c'est le plus ordinairement dans des nids d'Oiseaux exclusivement insectivores que sont déposés les œufs de Coucou : on cite cependant de nombreuses exceptions, au sujet desquelles Guéneau de Montheillard s'exprime ainsi :

On sera peut-être surpris de trouver plusieurs Oiseaux granivores dans la liste des nourrices du Coucou; mais, dit-il, il faut se souvenir que plusieurs Granivores nourrissent leurs petits avec des Insectes, et que d'ailleurs les matières végétales macérées dans le jabot de ces petits Oiseaux peuvent convenir au jeune Coucou à un certain point, et jusqu'à ce qu'il soit en état de trouver luimême les Chenilles, les Araignées, les Coléoptères et autres Insectes dont il est friand, et qui, le plus souvent, fourmillent autour de son habitation.

Les jeunes Coucous, au surplus, ne dédaignent pas les baies, et recherchent surtout celles du nerprun Dans l'estomac des jeunes, on a trouvé des substances alimentaires bien différentes, suivant l'Oiseau qui les a nourris : ce sont des Mouches, des Insectes, des Sauterelles, de petits Mollusques terrestres; et l'on prétend avoir trouvé une fois dans l'estomac du Coucou du blé et des vesces, ce qui est sans doute un fait assez rare.

Les Coucous mangent fort tard seuls, et ont besoin, jusqu'au départ, des soins de leur mère adop-

live. On a vu, entre autres exemples singuliers de la tendresse avec laquelle elles élèvent les petits Oiseaux qu'elles ont fait éclore, une Bergeronnette qui négligea de partir avec ses compagnes pour ne pas abandonner son nourrisson, qui était devenu trop gros pour sortir par le trou où il avait été. déposé en oeuf. On fut même obligé d'avoir recours à la bâche pour délivrer le prisonnier.

On cite en revanche des exemples du contraire : ainsi, l'on a vu des Fauvettes et des Lavandières laisser mourir de faim le jeune Coucou après la perte de leurs petits; et quelquefois aussi on trouve des Coucous, déjà forts, morts dans le nid.

Les Coucous muent deux fois par an : une fois dans nos climats, avec une lenteur extraordinaire, et la seconde fois pendant leur émigration. (M. Temminck dit une fois seulement.) Les jeunes partent toujours avec leur première livrée; mais quand, par hasard, ils ont perdu quelques plumes, celles qui repoussent ont la couleur de la livrée suivante. Beaucoup partent avant la fin de leur mue; et on a trouvé quelquefois, l'hiver, dans des trous d'arbre, des Coucous encore dans une complète mue, et tout à fait dépourvus de plumes; mais ils sont loin de passer l'hiver dans cette situation, et sont destinés s-ans doute à succomber à la faim et au froid; peut-être aussi n'étaient-ce que des malades. (GÉr.AriD, Dictionnaire universel d'histoire naturelle.)

C'est sur ces faits, et d'autres du même genre, que l'on s'était fondé pour soutenir que le Coucou n'émigrait pas, mais s'engourdissait par le froid dans nos climats, comme les animaux dormeurs. On a depuis longtemps fait justice de ces assertions, et le docteur Gaspard, dans ses Recherches sur le Coucou d'Europe, après avoir infructueusement essayé à cinq reprises d'élever de jeunes Coucous pris au nid, s'exprime ainsi : J'ajouterai que ces Oiseaux m'ont paru être tous d'un naturel trèsméchant, qu'ils se battent à outrance ensemble ou avec les autres Oiseaux qu'on place dans leur société; qu'ils ne s'apprivoisent pas, et ne deviennent pas doux, même à l'égard des personnes qui en ont soin. Je conclus de mes expériences que cet Oiseau ne s'engourdit pas l'hiver à la manière des animaux à sang froid, et de quelques Mammifères que l'on appelle hivernants; au moins je n'ai jamais rien pu observer d'analogue sur les cinq Coucous que j'ai toujours eus sous mes yeux, et qui pourtant ont été exposés, quelquefois, à un froid assez vif. (Journal de physiologie, 1824, tome IV.)

Bien avant ces expériences, Montbeillard citait en ces termes des exemples reproduits par Vieillot, qui, selon son habitude, ne nomme pas son auteur, qui font exception à la règle posée par le docteur Gaspard.

Quoique rusés, quoique solitaires, dit le collaborateur de Buffon, les Coucous sont capables d'une sorte d'éducation; plusieurs personnes de ma connaissance en ont élevé et apprivoisé : on les nourrit avec de la viande hachée, cuite ou crue, des Insectes, des œufs, du pain mouillé, des fruits, etc. Un de ces Coucous apprivoisés reconnaissait son maître, venait à sa voix, le suivait à la chasse, perché sur son fusil; et, lorsqu'il trouvait en chemin un griottier (merisier sauvage), il y volait, et ne revenait qu'après s'être rassasié pleinement; quelquefois il ne revenait point à son maître de toute la journée, mais le suivait à vue, en voltigeant d'arbre en arbre; dans la maison, il avait toute liberté de courir; il passait la nuit sur un juchoir.

Tout le monde connaît le chant du Coucou, du moins son chant le plus ordinaire; il est si bien articulé, et repété si souvent, que, dans presque, toutes les langues, il a influé sur la dénomination de l'Oiseau : ce chant appartient exclusivement au mâle, et c'est au printemps, c'est-à-dire au temps de l'amour, que ce mâle le fait entendre, tantôt perché sur une branche sèche et tantôt en volant; il l'interrompt quelquefois par un ràlement sourd, tel, à peu près, que celui d'une personne qui crache, et comme s'il prononçait : crou-crou, d'une voix enrouée et en grasseyant : outre ces cris, on en entend quelquefois un autre assez sonore, quoique un peu tremblé, composé de plusieurs notes : 'Jo-çjo ijuel-(fucl-(juet; cela arrive lorsque les mâles et les femelles se cherchent et se poursuivent. Quelques-uns soupçonnent que c'est le cri de la femelle; celle ci, lorsqu'elle est bien animée, a encore un gloussement : glou-cjlou, qu'elle répète cinq à six fois d'une voix forte et assez claire en volant d'un arbre à un autre; il semble que ce soit son cri d'appel, ou plutôt d'agacerie vis-à-vis de son mâle; car, dès que ce mâle l'entend, il s'approche d'elle avec ardeur en répétant son ion-coucou. (Moktbeillaw), Histoire naturelle du Coucou.)

Les Coucous sont répandus presque partout sans distinction : on les trouve dans les forêts, en plaines et en montagnes dans les buissons, près des étangs et des cours d'eau. En général, ils af-

fectionnent les hautes futaies entremêlées de clairières eomme les lieux les plus favorables à leur genre de vie.

C'est dans la' partie supérieure des arbres les plus touffus qu'ils se recèlent; mais on les voit aussi se percher sur les haies, sur les pierres, les meules de foin, etc., pour y épier le passage d'une proie.

Le Coucou bat des ailes en partant, et file ensuite avec une même allure. Son vol est léger, mais il est accompagné de violents battements d'ailes, et, quand le vent est fort, il vole mal. Aussi, dans leurs migrations, les Coucous sont-ils obligés de faire des poses fréquentes, et ne peuvent-ils faire une longue traite.

Quoique volant à tire d'ailes, ils sont assez maitres de leur direction pour passer sans embarras à travers le réseau irrégulier formé par les branches des buissons. Autant ils sont légers dans les airs, autant ils sont maladroits sur le sol, où ils n'avancent qu'en sautillant. Aussi parcourent-ils en volant les plus petites distances. Lorsqu'ils traversent un champ, ils prennent leur essor et s'élèvent dans les airs; mais, en se rapprochant de leurs demeures, ils changent d'allure, et rasent presque le sol. (Gérard, d'après Vieillot.)

Le Coucou est presque exclusivement insectivore, et, comme tel, cet Oiseau a droit à notre respect, car il nous rend de grands services, et devrait être respecté à l'égal de l'Hirondelle.

I'iacés sur une motte de terre, sur la branche d'un buisson ou d'un arbre, les Coucous y épient patiemment le passage d'une proie; mais c'est toujours en volant qu'ils la saisissent, et rarement en courant sur le sol : la brièveté de leurs jambes ne leur donne qu'une démarche sautillante et mal assurée. Ils s'attachent aussi, comme le Pic, au tronc des arbres pour y saisir les Insectes, mais toujours de biais, et non pas parallèlement à l'axe de l'arbre, comme ce dernier Oiseau; ils ne grimpent également pas autour, ni en montant, ni de côté. Les plaines non encore fauchées, les champs de colzas, leur offrent une ample moisson, et ils font une énorme consommation d'Insectes, car leur voracité est fort grande. Ils rejettent par le bec, comme les Chouettes, des pelotes composées des parties non digestibles des Insectes qu'ils ont mangés. (Gérard, Dictionnaire universel d'histoire naturelle.)

Ce qu'ils rejettent le plus souvent, ce sont les pelotons formés dans leur estomac par les poils des Chenilles velues, qu'ils affectionnent particulièrement. De là vient l'observation faite par Wilson, que, chez les Coulicous américains et aux yeux rouges, les parois de l'estomac étaient complètement revêtues d'un poil lin et duveteux. Cet ornithologiste a pensé que ce revêtement était destiné à empêcher l'irritation de celte partie par les poils des Chenilles velues dont ils se nourrissent, et il a cru que ce fait physiologique était particulier aux Coucous américains. Mais le même fait a été constaté dans l'estomac des Coucous d'Europe parNaumann, et. il aurait sa cause, suivant ce dernier auteur, dans les mêmes Chenilles velues qu'ils ont mangées, et dont les poils, en s'implantanl dans la tunique intérieure de cet organe, ,1a rendent velue comme une toison.

Pour manger ces Chenilles, dit Fritch, cité par de Montheillard, ils les prennent par la tête, et les faisant passer dans leur bec, ils en expriment et font sortir tout le suc par l'anus; après quo ils les agitent encore, et les secouent plusieurs fois avant de les avaler. Ils prennent de même let Phalènes et les Papillons par la tète, et, les pressant dans leur bec, ils les crèvent vers le corselet, et les avalent avec leurs ailes.

Les Coucous, surtout en Europe, sont Oiseaux de passage.

Nous terminerons cet article, déjà trop long, et qui aurait pu l'être encore davantage, par cette réflexion dont Montbeillard accompagne son histoire du Coucou d'Europe.

Je demande pardon au lecteur, dit-il, de m'être arrêté sur un sujet dont peut-être l'importance ne lui sera pas bien démontrée; mais l'Oiseau dont il s'agit a donné lieu à tant d'erreurs, que j'ai cru devoir, non-seulement [n'attacher à en purger l'histoire naturelle, mais encore m'opposer à l'entreprise de ceux qui les voulaient faire passer dans la métaphysique. Rien de plus contraire à la saine métaphysique que d'avoir recours à tant de prétendues lois particulières qu'il y a de phénomènes dont nous ne voyons point les rapports avec les lois générales; un phénomène n'est isolé que parce qu'il n'est point assez connu; il faut donc lâcher de le bien connaître avant d'oser l'expliquer; il faut, au lieu de prêter nos petites idées à la nature, nous efforcer d'atteindre à ses grandes vues par la comparaison attentive de ses ouvrages, et par l'étude approfondie de leurs rapports. 26 55

COUCOU CHANTEUR. CUCULUS CANORUS (Linné)

Mâle. — Tète, cou, poitrine et parties supérieures du corps, d'un cendré bleuâtre, plus foncé sur les ailes; abdomen et cuisses blancs, rayés, transversalement, de brun-noir; queue noire, avec des taches blanches à l'extrémité, sur les baguettes et le long des barbes internes; bec noir de corne, avec la base des commissures jaune; paupières, iris et pieds, jaunes.

Taille, 0m,30..

Femelle. — Elle ressemble au mâle; seulement, elle est un peu plus petite.

11 y en a qui sont roux aux parties supérieures, avec des bandes transversales noirâtres a la tète, au cou, au dos et aux ailes; de petites taches irrégulières sur le croupion; et des raies diagonales noires, ressemblant à des V retournés, sur les barbes des pennes de la queue, qui se termine par une bande de même couleur et une autre blanche; enfin, sur les tiges des plumes, de petits points blancs alternant avec les raies diagonales; la gorge, la poitrine, les côtés et le devant du cou, roussàtres; l'abdomen, les cuisses et les jambes blancs, avec des raies transversales comme sur les parties supérieures. (Deglamd.)

Le Coucou chanteur habite l'Europe pendant l'été, et l'Asie occidentale, ainsi que l'Afrique septentrionale, pendant l'hiver.

Essentiellement de passage, le Coucou arrive dans l'île de Malte et dans celles de l'archipel grec en même temps que les Tourterelles, et. dit Sonnini, comme il voyage isolément, et qu'on n'en voit qu'un au milieu d'une troupe de ces Oiseaux, les habitants de ces îles l'appellent Conducteur des Tourterelles.

4me GENRE. - SUHNIGOU. SURNICOU. (Lesson.)

Surnia, genre île Slrigidés ; Cuculus.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec de la longueur de lu tête, arqué depuis la base jusqu'à la pointe, qui est presque crochue, comprime, faible, abords mandibulaircs entiers, à sommet tout h fait lisse, sans arête, et arrondi.

Narines basâtes, percées dans une membrane leur servant d'opercule, et ne les laissant apparaître que comme une fissure linéaire, presque horizontale, tres-rapprochée de la tranche du bec.

Ailes médiocres, pointues, subaiguës, h troisième rémige la plus longue, arrivant à la moitié de la longueur île la queue.

Queue longue, arrondie, cl très -médiocrement et âgée.

Tarses courts, de la longueur du doigt externe antérieur, grêles, emplumés au-dessous du genou; le doigt externe antérieur le plus long, puis le postérieur correspondant, le pouce le plus cour!; ongles courts, faibles cl arqués.

Quatre espèces de l'Afrique, de l'Asie et de l'Océanie. Type: le Surnicou lugubre (Cuculus [Surniculus] lugubris), Horslield.

SURNICOU LUGUBRE. SURMCULUS LUGUBRIS. (Horsficld, Lesson.)

Plumage noir-bleu lustré; bec et tarses noirs; queue noire, avec des raies blanches imparfaites. La femelle est noire, avec des larmes arrondies, blanches, cerclées de noir vif, nombreuses, semées sur la tête, les ailes et sur tout le dessous du corps. (Lesson.) Longueur : 0n',28.

De Java.

5""- GENRE. - CHALCITE. CBRYSOCOCCYS. (Boié.)

Xyj<â',;, or; w/.y.'jE, coucou,

CAHACTÈRES GÉNÉRIQUES.

Bec court, moitié de la longueur de la tête, élargi et déprimé à la base, légèrement arqué jusqu'à la pointe, qui est peu aiguë.

Ailes longues, subaiguës; ta troisième rémige la plus longue, arrivant à la moitié de la longueur de la queue.

Narines recouvertes d'une membrane bttsale, en forme de fissure, rapprochées du bord mandibulaire.

Queue allongée, arrondie.

Tarses à demi emplumés, scuteltés dans le reste, égaux en longueur au doigt externe antérieur, qui est le plus long de tous; les deux antérieurs soudés a la base, te pouce le plus court; onalcs faibles, comprimés et arqués.

Toutes les espèces de ce genre, de l'Afrique, de l'Asie et de l'Océanie, ont leur plumage, principalement en dessus, à reflets métalliques cuivrés ou dorés. Une seule fait exception, et sous ce rapport, ainsi que l'observe M. Ch. Bonaparte, fait à peine partie du genre; elles sont en outre remarquables par la gracieuseté de leurs formes.

Type: le Chalcite brillant, de la Nouvelle-Hollande [Cuculus [Chrysococcyx] ïucidus), Graelin. Comme le Coucou d'Europe, ces espèces paraissent abandonner leurs œufs à l'incubation et aux soins d'espèces étrangères.

Voici ce que Le Vaillant dit d'une des espèces de ce genre, qu'il a le plus et le mieux observée, le Chalcite did rie (Cuculus [Chrysococcyx] auratus), Gmelin.

J'avais toujours espéré, par cette belle espèce, de m'assurer, en cherchant à surprendre une de ses femelles déposant son œuf dans le nid d'un autre Oiseau, de la manière dont toutes les femelles de Coucous s'y prennent pour en faire autant, malgré les difficultés apparentes. Mais, voyant que rien ne me réussissait à cet égard, j'avais à peu près renoncé à sortir de mon ignorance, lorsqu'un jour avant tué une femelle de cette espèce, et voulant lui introduire dans la gorge un tampon de filasse, comme je le pratiquais toujours lorsque j'avais abattu u.. Oiseau, afin d'empêcher le sang de sortir par le bec, et de se répandre sur les plumes (ce qui ne manque presque jamais d'arriver aux Oiseaux tués à coup de fusil), je ne fus pas peu surpris, en ouvrant le bec de cette femelle pour y introduire le bouchon usité, de lui trouver dans la gorge un œuf entier, que je reconnus tout de suite, à sa forme ainsi qu'à sa grosseur et à sa belle blancheur, pour appartenir à l'espèce de l'Oiseau même qui le portait. Ravi cette fois d'avoir enfin acquis la conviction entière de ce que je n'avais encore fait que soupçonner après bien d'inutiles efforts, j'appelai à grands cris mon fidèle compagnon Klaas, qui n'était qu'à quelques pas de moi, et à qui j'avais d'autant plus de plaisir à faire part de mes découvertes, qu'il en prenait un extrême à seconder mes vues. Klaas. en voyant l'œuf dans le gosier de l'Oiseau, me dit qu'il lui était plusieurs fois arrivé de tuer des femelles Coucous qui transportaient ainsi le leur, c'est-à-dire que souvent, en ramassant ces femelles, il avait vu près d'elles un œuf cassé tout nouvellement, et qu'il avait toujours cru que, prêtes à poudre au moment où il les avait tirées, elles l'avaient laissé tomber en tombant elles-mêmes. Je me rappelai alors très bien que lorsque ce bon Hottentot m'apportait les pièces de sa chasse, il lui était bien des fois arrivé de me dire, en nie montrant un Coucou : « En voilà un qui a pondu son œuf en tombant de l'arbre. » Quoique ceci me donnât la conviction que la femelle Coucou dépose son œuf dans le nid d'un autre Oiseau en l'y transportant avec son bec, je voulais sur ce point rassembler des faits. En conséquence, Klaas et moi nous nous mîmes à tuer autant de Coucous didric que nous pûmes en rencontrer; ce qui nous en lit faire une grande destruction; cependant, dans le grand nombre des tués, nous n'eûmes qu'un

autre fait semblable à celui que j'ai cité, c'est-à-dire qu'une seconde femelle portant son œuf dans le bec comme la première.

Ces Oiseaux sont peu difficiles à découvrir : on entend sans cesse les mâles, perchés à la cime des arbres, chanter d'un ton égal et traînant les syllabes dï-di-dï-didric , et quelquefois, dans des moments d'effervescence, moments où on les voit épanouir leur queue et tenir leurs ailes à demi ouvertes, celles-ci : diwi-diwi-diwi-diwic . La femelle n'a qu'un cri : wic-wic, qu'elle répond lorsque le mâle l'invite à s'approcher de lui. Lorsque c'est elle, au contraire, qui appelle son mâle, on voit celui-ci accourir en traversant les airs, et en chantant: di-di-di-di, jusqu'à ce que, arrivé au-dessus de l'arbre où sa femelle l'attend dans une amoureuse posture, il s'arrête et se soutient au-dessusd'elle par un battement d'ailes précipité, et des signes non équivoques du plaisir qui l'attend, et qu'il exprime de la maniée la plus passionnée par le ton langoureux avec lequel, en finissant sa phrase : wï-wi-ivi, il se laisse aller voluptueusement sur elle.

Les œufs du Coucou didric sont d'un beau blanc luisant : je les ai toujours trouvés dans les nids des plus petits Oiseaux insectivores; jamais dans ceux des granivores, quoique bien plus nombreux que les autres, et plus faciles à découvrir; car, en Afrique, les granivores, en général, vivent en bandes, et on trouve tous leurs nids réunis dans un même endroit.

CHALCITE DE KLAAS. CimrSOCOCCfS KLAASI. (Cuvier, Lesson.)

Tout le dessus de la tête, le derrière du cou, le manteau, les scapulaires, les couvertures des ailes, le croupion et les couvertures du dessus de la queue sont d'un beau vert cuivreux et brillant, sans aucun mélange que le blanc de deux petits sourcils. Les grandes pennes sont d'un vert bronzé uniforme extérieurement, et noirâtres, tachées de blanc en dessous; la gorge, le devant du cou, la poitrine, les plumes du sternum, celles du ventre, des flancs et les couvertures du dessous de la queue, tout le dessous de l'Oiseau, en un mot, est d'un blanc pur, si ce n'est que sur le bas du ventre et sur les cuisses on remarque quelques bandes longitudinales d'un vert bronzé; les quatre pennes du milieu de la queue sont d'un vert comme sablé de rougeâtre, cuivre rosette; les trois extérieures sont blanches, et ont chacune une tache oblongue cuivreuse vers leur pointe, et sur leur côté extérieur, tandis qu'intérieurement elles portent des lignes noirâtres, transversales et fort espacées; le bec et les pieds sont brun-noir; les yeux jaunes. (Le Vaillast.)

Du cap de Bonne-Espérance.

Longueur totale, 0ra,16à 0m,17.

TROISIEME FAMILLE. - COCCYZINËS.

Les Coccyzinés ont le bec généralement élevé à la base, arqué au sommet, et très-comprimé sur )es côtés jusqu'à la pointe, qui est entière; les narines basales de forme ordinairement linéaire, et en partie munies d'un opercule; les ailes médiocres, et, le plus souvent, assez arrondies; la queue longue et graduée; les tarses allongés, et recouverts de larges écailles; les doigts inégaux.

Cette famille a été établie par M. G. R. Gray, qui, en 1846, la composait des sept genres suivants :

1° Coua (Coua), Cuvier;

2° Coucal (Centropus), llligcr;

5° Cultride (Cullrides), Puchcran;

4° Couroll (Lcpiosomus);

5° Diploptère (Diploptcrus), Boié;

6° Piaye (Piaga), Lesson;

7° Coulicou (Coccgz-us), Vieillot.

M. Ch. Bonaparte a conservé la même division, moins le genre Coucal, qu'il a élevé au rang de famille sous la dénomination de Centropodinés. Nous adoptons sa manière de voir, en intervertissant toutefois l'ordre de classement de ses cinq genres, dont nous nous occuperons dans l'ordre qui suit, en y ajoutant le genre Dromococcyx :

1° Coulicou; 2° Piaye; 5" Dromococcyx:

4° Diploptère; 5° Cultride; • 6" Coua.

Tous les Coccyzinès font un nid, couvent leurs œufs, et élèvent leurs petits eux-mêmes.

1" GENRE. - COULICOU. COCCYZUS. (Vieillot.)

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec long et assez mince, large h la base, convexe en dessus, très-comprimé dans toute sa longueur, entier, arqué et aigu; mandibules d'égale longueur.

Narines basâtes, oculaires, percées dans une espèce de membrane.

Ailes longues, pointues, recouvrant la moitié de la queue, subobtuses; la troisième rémige la plus longue.

Queue longue, large et étagée.

Tarses de la longueur du doigt externe antérieur, qui rst le plus long, très-légèrement emplumcs au-dessous de l'articulation, recouverts, dans le reste, de fortes écailles; doigts courts, épais, peu arqués et peu aigus.

Une très-petite nudité autour de l'œil; plumage doux et soyeux.

On en compte cinq espèces de l'Amérique septentrionale et de l'Amérique centrale. Nous figurons le Coulicou américain (Cuculus [Coccgzus] americanus), YVilson.

Dans ce genre, Vieillot comprenait les Couas de Le Vaillant, dont Cuvier a fait un genre distinct, que nous décrirons tout à l'heure.

Les Coulicous construisent un nid, soit dans les arbres creux, soit sur les branches; ils couvent leurs œufs, et ils élèvent leurs petits. Ils se tiennent très-souvent dans les grandes forêts, quelquefois dans les bosquets voisins des habitations, et très-rarement dans les lieux découverts. Ils se cachent dans les grands halliers les plus sombres et sur les arbres les plus touffus, dont ils parcourent les branches pour y chercher les Insectes et les Chenilles, leur principale nourriture. Cependant, si ces aliments cessent d'être dans une certaine abondance, ils mangent des baies, qu'ils avalent entières; du moins, c'est ainsi que se comportent les deux espèces qui se trouvent, pendant l'été, dans le nord de l'Amérique. Les Coulicous sont vifs et alertes, et ne descendent que trèsrarement à terre. (Vieillot.)

COULICOU AMÉRICAIN. COCCYZUS AMERICANUS. (Linné, Vieillot.)

En dessus, d'un gris uniforme brunâtre, se changeant en verdàtre, en roux, en bleuâtre, suivant les jeux de la lumière; en dessous, blanc d'argent; toute la page intérieure des rémiges rousse; les

Jeux rectrices médianes d'un brun fauve tégerj plus foncé vers le bout; les autres rectrices d'un noir à reflets bleuâtres, la pointe de chacune d'elles terminée de blanc; moitié supérieure de la mandibule et portion apicale du bec noires; tout le reste jaune orangé; pattes noires.

Longueur : 0m)28.

Fi"'. 579. — Coulicou américain.

Cette espèce est répandue dans l'Amérique depuis la Jamaïque jusqu'au Canada; mais elle ne passe que l'été dans le nord, où elle arrive au mois de mai, et d'où elle part au mois d'octobre pour passer l'hiver aux Grandes-Antilles. Elle se plaît dans les bois les plus fourrés; mais elle s'en écarte et s'approche des habitations à l'époque de la maturité des fruits; elle fréquente alors les vergers et les bosquets, où l'attirent diverses baies dont elle se nourrit, surtout à l'automne, et dans lesquels elle cause beaucoup de dégâts. Ces Coulicous vivent isolément, et rarement on voit le mâle et la femelle ensemble, même à l'époque des amours. D'un naturel défiant, ils se cachent presque toujours au centre des arbres les plus feuilles. Leur nid, qu'ils placent sur les arbres, est composé de plusieurs branches sèches et de racines en dehors, d'herbes fines et de poils en dedans. (Vieillot.)

Ce nid, dit M. Nuttall, est fait d'une manière si grossière et si négligée, que c'est à peine s'il est assez concave pour retenir soit les œufs, soit les petits. Leurs œufs, au nombre de deux ou quatre, sont d'un vert bleuâtre tendre, tantôt sans taches, tantôt maculés de taches brunâtres ou jaunâtres. (Leur grand diamètre varie de 0m,054 â 0m,05G, et leur petit, de Clm,023 â 0m,025.) Le père et la mère les couvent assidûment, et se montrent fort attachés à leur progéniture, qu'ils défendent avec acharnement contre toutes les attaques du dehors. Ainsi, lorsqu'on s'en approche, comme pour prendre, soit le nid, soit ce qu'il contient, le mâle se laisse choir du nid à terre, où il se. traîne en voltigeant avec peine, comme s'il était blessé, â la manière de certains Oiseaux attachés à leurs petits, telle que la Perdrix, jusqu'à ce qu'il ait éloigné son ennemi. Pendant ce temps, la mère pousse un cri d'alarme : qua-quak-gwnih, et se laisse à son tour glisser à terre. Alors le mâle revient à une petite distance du nid, et sonne à son tour l'alarme à chaque fois qu'il craint l'approche de son ennemi. Aussitôt que les petits sont éclos, les parents s'occupent avec assiduité de pourvoir à leur nourriture, laquelle consiste principalement en Chenilles velues, que dédaignent ordinairement les autres Oiseaux, et qui abondent sur les arbres qu'ils fréquentent. Ils dévorent aussi de gros Insectes lamelligères, tels que le Melolontha lanigera, et d'autres Carabiques; mais ils ont la mauvaise habitude de manger les œufs des autres Oiseaux, et de répandre la désolation et l'épouvante partout où ils se trouvent. C'est le plus ordinairement au printemps qu'ils couvent; j'ai pourtant vu un nid avec ses œufs vers la fin du mois d'août, quoique le mois de septembre soit l'époque de leur départ. Quand on considère le temps qu'il leur faut pour nourrir et élever leurs petits, ceci semble

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accuser une bien grande imprévoyance de la part des parents clans la construction de leurs nids, car ce retard expose une grande partie de leur progéniture à mourir ou de faim ou de froid. Cette circonstance toute providentielle met seule obstacle à leur trop grande multiplication, ainsi qu'aux désastres qui en seraient la conséquence inévitable. Ils adoptent de préférence les cantons qui renferment le plus de petites espèces d'Oiseaux, dont ils guettent les nids pour en manger et détruire les œufs. Ceux-ci, de leur coté, semblent vouloir prendre leurs précautions et se mettre sur leurs gardes; ils recommencent plusieurs fois, et en divers endroits, le même nid, puis, au lieu de le placer sur les branches basses d'un arbre, ils le mettent sur les brandies les plus élevées, et quelquefois même à cinquante pieds du sol. Lorsque ces petits Oiseaux sont ainsi chassés de leurs nids, ou ont perdu leurs œufs, le mâle crie d'un ton plaintif pendant des jours entiers, comme pour pleurer la misère à laquelle le réduisent d'audacieux ravisseurs.

Confiant dans les secours de la Providence, le Coucou d'Amérique, de même que celui d'Europe, abandonne parfois le soin d'élever sa progéniture à d'autres Oiseaux. Ainsi, il m'est arrivé un jour de trouver un œuf de Coucou dans un nid de Merle miauleur [Turdus felivox), et bien certainement cet œuf y avait été introduit par le Coucou lui-même. Une autre fois, en juin 1850, j'ai trouvé un nid de Merle erratique (Turdus migrutorius) contenant deux œufs de cette espèce, awclesquels se trouvait également un œuf de Coucou qui ne pouvait y avoir été introduit par celui-ci qu'au moyen de son bec. Je ne saurais assurer que c?s deux Merles n'aient pas renoncé à couver des œufs ainsi frauduleusement introduits dans leurs domiciles, mais le fait'seul de leur présence dans ces nids démontre suffisamment l'intention du Coucou.

Nous avons dit que cet Oiseau aimait à se retirer au milieu des bois ou dans l'épaisseur des huiliers. Le mâle, cependant, trahit fréquemment le lieu de sa retraite par un chant monotone et guttural : kow-kow-kow, proféré d'un ton plutôt bas et plaintif, semblable au son d'un appeau. D'autres fois il fait suivre ce premier cri d'un 'tk-'tk-'tk, prononcé lentement, comme une espèce de rire, et ressemblant parfois au son rude et criard de la crécelle d'un garde de nuit. Son cri, dit-on, annonce la pluie, ce qui l'a fait nommer, dans la Virginie, Corbeau de pluie, et Oiseau kou. Dans les diverses saisons, la veille d'un jour d'orage ou de tempête, on l'entend prononcer : kaw-kaw-kaw, que le mâle répèle exactement aux mêmes heures, et pendant toute la nuit. Le même chant est également prononcé avec une grande régularité tout le jour, et continue pendant toute la durée de l'incubation. Lorsque la nuit approche, il surveille les alentours, comme pour éviter toute surprise, et rarement on le voit alors endormi, ou ce n'est qu'accidentellement qu'il se laisse aller au sommeil, et encore est-ce sur un arbre voisin, d'où il semble épier ce qui se passe autour de sa progéniture, sur laquelle il est impossible de veiller avec plus d'assiduile. [Mamial of (lie ornillt. oftlte Cuil. St. and of Canada, ISÔ2.)

2™ GENRE. - PLAYE. PIAYA. (Lesson.

CARACTERES GEiNEItlCJUES.

Bce médiocre, de la longueur de la tète, peu élevé, très-convexe, très-comprimé, et courbé dans toute sa longueur jusqu'à la pointe, (pu est entière.

Narines longitudinales, ouvertes, basâtes, très-rapprochées du bord mandibulaire, percées dans une membrane qui en occupe la plus grande partie.

Ailes arrivant it la naissance de la queue, arrondies, concaves, plus que subobtuses, la sixième rémige étant la plus longue de toutes, puis la cinquième et la septième.

Queue allongée, très-étagée.

Tarses de la longueur du doigt externe antérieur, qui est le plus long, assez forts, garnis de larges scutelles; ongles médiocres, faibles, arqués cl aigus.

La paupière supérieure est ciliée, et une nudité se remarque derrière l'œil. Les Piayes, dit Lesson, sont des Coucous gracieux dans leurs formes, et dont le plumage est doux comme de la soie, et n'a rien de rigide, comme celui des Coucals et des Couas. Piaye est le

nom que les créoles de la Guyane donnent à l'espèce type deCoulicou de Cayenne (Cuculus [Piaya] Cayanus), Linné.

Neuf espèces de l'Amérique tropicale. Type: le Piaye à croupion rouge (Piaya erytkropygia), Lesson, dont nous donnons la description.

Les Piayes se montrent à la lisière des bois; mais on ne les rencontre presque jamais dans les lieux découverts, ni à terre : ils sautent avec agilité de branche en branche pour y chercher les Vers et les Chenilles dont ils se nourrissent. Ils vont presque toujours par paires, volent bas et horizontalement. Quoiqu'ils restent assez longtemps au repos, ils ne laissent pas que d'être vifs et alertes.

(D'Az.ARA.)

PIAYE A CROUPION BOUGE. PIAYA ERYTHROPYGIA (l.esson.)

Ironogr. orniili. 0. Dksmirs, pi. 67.

Tète, devant du cou et sommet du dos d'un brun olivâtre, flammèche de noir sur le front et le haut delà tète; ailes d'un vert brunâtre, à reflets métalliques bronzés et pourprés; la queue de même couleur, avec les mêmes reflets, mais où domine un violacé rosé; les deux rectrices latérales terminées à leur pointe par une tache blanche; tout le dessous du corps d'un brun-roux clair, de même que le croupion; le tour des yeux noirs, ce noir se prolongeant en forme de moustaches, depuis l'angle externe de l'œil jusqu'au méat auditif; bec jaune, à arête noire; peau du tour des yeux jaune; pieds rouges.

Longueur totale de 0m,2G à 0m,27.

Habite San-Carlos (Centre-Amérique), où cet Oiseau a été découvert par M. Adolphe Lesson.

5™ GENRE. — DROMOCOCCYX. DROMOCOCCYX. (Pr. Neuwied.)

AycjAc'j;, coureur; kcxxuÇ, Coucou.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec triangulaire, grêle, mince, allonge, plus long que la tête, subulé et arrondi dans la dernière moitié de son étendue jusqu'à la pointe, qui est légèrement infléchie, aussi haut que large, déprimé seulement à la base, des deux côtés de l'arête de la mandibule supérieure, dans la première moitié de sa longueur, à partir de la commissure.

Narines latérales, linéaires, en forme de fissure étroite, parallèles au bord mandibulaire dont elles sont irès-rapprochées.

Ailes allongées, amples, arrivant à moitié de la longueur de la queue, surobtuses, la cinquième rémige la plus longue.

Queue allongée, ample, molle et pendante, étagée cl inégale, à couvertures supérieures souples, molles, décomposées et égales en longueur aux rectrices, dont elles atteignent l'extrémité.

Tarses élevés, largement scutcllés; doigts grêles et allongés, l'externe antérieur de la longueur du tarse.

Nudité de l'œil à peine visible; huppe occipitale.

Ce genre ne repose jusqu'à ce jour que sur une seule espèce bien déterminée, le Dromococcyx phasianelle, du Brésil.

C'est cette espèce qui, dans l'origine, a servi de type à Spix qui l'avait découverte, pour son genre Maoropus, dénomination que l'on n'a pu conserver à la science, puisqu'elle avait été déjà appliquée à une autre classe zoologique. Depuis, M. G. R. Gray a compris dans ce même genre, en en changeant le nom en celui de Diplopterus, plusieurs espèces dont les caractères nous semblent tellement différer de ceux de notre Dromococcyx phasianelle, qu'il ne nous est pas possible de laisser subsister cette classification hétérogène.

Ainsi, malgré l'opinion contraire de M. Ch. Bonaparte, nous ne pouvons apercevoir le lien qui motive la réunion clans un même genre de notre Oiseau Dt'omococcyx pliasianelle, dont le bec est mince, allongé, en alêne, et représente en grand le bec d'un véritable Bec-Fin {Sylvia), avec le Diploptêre tacheté (Diploptcrus iiœvius), dont le bec est court, bombé, comprimé, et comme aplati.

Nous avons donc cru, tout en conservant le genre Diploptcrus et le restreignant à son véritable objet, devoir rétablir le genre de Spix dans toute sa pureté, en y adaptant le nom le plus anciennement créé après le sien, celui de Dromococcijx du prince Max. de Neuwied.

DROMOCOCCYX PHASIANELLE. DROMOCOCCYX PHASIANELLVS. (Spix , Pr. Max.)

En dessus, brun; rectrices et couvertures alaires bordées finement de fauve, le fouet de l'aile écaillé, et le bout des rémiges ponctué de cette dernière couleur; front et dessus de la tète marron; les plumes de ces parties allongées en forme de huppe; une tache postoculaire et un demi-collier sur le côté du cou, d'un blanc fauve; région parotique noire; joues blanches, entourées d'une fine raie noire; en dessous, blanc, devant du cou et haut de la poitrine flammèches de brun; queue acuminée, ample, allongée; les tectrices supérieures atteignant presque l'extrémité des rectrices.

4me GENRE. - DIPLOPTEP.E. DIPLOPTERUS. (Boié.)

, AiuXcc;, double; iiTîpci, aile.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec aussi long que la tête, robuste, triangulaire, et beaucoup plus haut qu'épais à la base, trèscomprimé sur les côtés, médiocrement courbé.

Narines basâtes, en scissure longitudinale percée au centre d'une membrane placée au milieu de la mandibule, et un peu engagée dans les plumes du front.

Ailes longues, obtuses, recouvrant le quart de la longueur de ta queue, la quatrième rémige la plus Ion que.

Queue longue, étroite et arrondie.

Tarses de la longueur du doigt externe antérieur, épais, recouverts de larges scutclles; ongles petits, minces, arqués et très-aigus.

Tour de l'œil nu; une huppe occipitale.

On en compte quatre espèces de l'Amérique méridionale. Type: leDiploptère tacheté (Cuculus [Diploptcrus] nœvius), Linné.

Les Diploptères, dit d'Azara, ont un cri, qu'à l'époque des amours ils répètent souvent dans la journée, et même pendant la nuit, d'un son de voix clair, sifflant, triste et assez fort pour être entendu à un mille de distance. Le reste de l'année, ils sont presque silencieux, et je ne crois pas que la femelle ait un cri, car je n'ai jamais ouï qu'elle répondit à celui du mâle. Les Diploptères sont solitaires; ils changent peu de canton, et ils ne se rapprochent jamais l'un de l'autre de plus d'une demi-lieue. Ils sont farouches et ils se cachent dans les endroits des bois et des halliers les plus touffus, de sorte qu'il est très-difficile de les tuer, même quand leur cri indique où ils sont.

J'ai élevé chez moi, continue le même observateur, quelques jeunes Cliiriris ( Diploplère à casque, Cuculus [Diploptcrus] galeritus, Illiger), prêts à voler, que je nourrissais à la bûchette avec de la viande hachée, et, lorsque je n'enfonçais pas assez avant les petits morceaux dans leur gosier, ils les rejetaient et me becquetaient les doigts, comme pour me punir de ma négligence. Jamais ils n'ont voulu de pain, et, quoiqu'ils eussent faim, ils ne prenaient point la viande de ma main, même lorsqu'ils furent adultes; mais ils me la demandaient, la bouche fort ouverte, et en prononçant sans cesse leur nom Chiriri. Pour leur donner à manger, il fallait le faire d'un seul coup et avec promp-

titude; car, si on leur laissait le temps, ils poussaient les morceaux avec la langue et les rejetaient. Ils n'aimaient point non plus le maïs ni les mouches. Ils prenaient beaucoup de plaisir à se baigner tous les jours ; mais, si je ne les plongeais pas moi-même dans l'eau, ils ne cherchaient pas à y entrer, et jamais ils ne buvaient. Ils étaient fort doux et gais; et si quelque Oiseau entrait dans mon habitation, où les Chiriris vivaient en toute liberté, ils allaient sur-le-champ vers lui, se lotissaient et montraient beaucoup d'envie de jouer; mais comme l'étranger ne répondait pas à leurs agaceries, ils le frappaient à coups de bec. Ils passaient la plus grande partie du jour entre deux livres inclinés et ils y dormaient. Ils couraient en sautant sur la table et les chaises, quelquefois à terre; ils se rendaient très-incommodes par leurs cris, qu'ils ne cessaient de faire entendre, en renflant leur gosier. On les voyait souvent se tourner de côté et d'autre, et, lorsqu'ils étaient effrayés, ils faisaient craqueter leur bec.

Ces Oiseaux, pour l'ordinaire, ont la queue un peu étalée, et la fausse aile ou aile bâtarde trèssouvent poussée en avant ; ils l'avancent vers la tète jusqu'à lui faire toucher l'oreille, sans que pour cela on aperçoive de mouvement dans l'aile, ou dans quelque autre partie. Leur attitude ordinaire est de se tenir un peu courbés, et le cou un peu retiré; les pennes de la queue tombent les premières dans la mue. Ils ne sont point laids, et peu d'Oiseaux les égalent en vitesse et en gaieté. L'on dit qu'ils ne quittent jamais le bord de l'eau.

DirLOPTÈRE DU BRÉSIL DIPLOPTERVS BRASILIANUS, (G. R. Gray, Lesson.)

Gris en dessus, blanc roussâtre en dessous; huppe rousse, flammée de noir; joues grises, vergetées de petites mèches brunes, et ornées, dans leur milieu, d'un miroir violet. (Lesson.)

5mc GENRE. - CULTRIDES. Ci'LTRIDES. (Pucheran.)

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec long, élevé h la base, très-arqué dans son dernier tiers, comprimé sur les côtés jusqu'à la pointe, sans être crochu; la mandibule supérieure ayant en un mot la forme d'une lame de couteau.

Narines comme lunulées, percées, obliquement, dans une membrane, basâtes, formant comme opercule, et très-rapprochées du bord mandibulairc.

Ailes courtes, concaves et très-arrondics, plus que surobtuses; les six premières rémiges élagées; la septième, la huitième et la neuvième, égales, les plus longues.

Queue longue, large et étagée.

Tarses très-longs, du double de la longueur du doigt externe antérieur, garnis de larges scn~ telles; les doigts et les ongles courts : ceux-ci comprimés, peu courbés et peu aigus.

Le tour de l'œil nu; la tête surmontée d'une huppe.

Ce genre a été créé, en 1845, par M. le docteur Pucheran, pour une espèce qui avait toujours été confondue avec le Coua (Cocegz-us [Cultrides] Geoffroyi), Temminck. Ses mœurs sont celles des Couas.

CUIVTRIDES DL' GEOFFROY. CUI.TMDES GEOFFROYI, (Tcmmink, Fuclienn.)

Ce bel Oiseau a la tète ornée d'une huppe composée de plumes assez larges et rudes; les plus longues sont arrondies au bout, et d'une couleur bleuâtre, à reflets d'acier poli; le front, les joues, le devant du cou et la poitrine, sont couverts de plumes courtes, peu duvetées, et couchées les unes

sur les autres comme les écailles des Poissons; elles sont brunes au milieu, et terminées par des croissants d'un blanc roussâtre ou couleur isabelle; la poitrine est ceinte par une bande d'un noir bronzé; cette bande, ou ceinturon, n'est bien marquée que sur le plumage des adultes; les jeunes en manquent totalement, ou bien elle est faiblement indiquée; quelques individus ont aussi les taches écaillées du devant du cou moins distinctes; tout le ventre est fauve; l'abdomen est d'un roux plus ou moins vif selon l'âgé; le dos et les ailes sont d'une belle couleur vert bronzé, relevée par des reflets dorés; la queue, composée de douze pennes larges et rudes, est longue et très-étagéc; mais les deux pennes latérales de chaque côté sont d'un vert bronzé; le tour des yeux est nu, le bec est fort gros et jaunâtre, sa base se nuance un peu en verdâtre; les pieds ont une teinte cendrée verdâtre, et les ongles sont jaunes.

La huppe des jeunes est moins longue; la couleur d'acier poli est distribuée par taches sur les plumes qui la composent, et tout le plumage a moins d'éclat : les sexes paraissent n'offrir aucune différence très-marquée. (Tehmikck.)

De l'Amérique méridionale.

Longueur totale, 0n,50 à 0m,51.

6mc GENRE. - COUA. COUA. ( Cuvier.)

Bec voûte, à arête convexe, fort, très-élevé, pointu, à bords peu recourbés, triangulaire et épais à la base, comprimé sur les côtés jusqu'à la pointe, qui est entière.

Narines basâtes, percées dans une membrane, en scissure linéaire el oblique

Ailes courtes, concaves, surobtuses; les quatrième, cinquième et sixième rémiges, les plus longues.

Queue longue, large etétagée.

Tarses de la longueur du doigt externe antérieur, garnis de larges sculelles peu adhérentes; ongles médiocres, comprimés, courbés et aigus.

Fig. 380. — Coua ruficeps.

Le tour de l'œil nu; parfois une.huppe.

C'est encore Le Vaillant qui a détaché des Coucous les espèces de ce genre pour en faire une division à part, sous la dénomination de Coua, adoptée et latinisée par G. Cuvier.

Les Coucous-Couas, dit Le Vaillant, se distinguent, au premier coup d'œil, des Coucous proprement dits par les tarses, qu'ils ont beaucoup plus allongés que ces derniers; ils ont aussi les doigts plus forts, plus longs, mais les ailes plus courtes, celles-ci étant coupées, chez eux, différemment. Ainsi, les pennes du milieu des ailes sont un peu plus longues que les premières et que les dernières, de sorte qu'en les déployant ces Oiseaux décrivent avec leurs ailes une portion de cercle. Cette conformation des ailes, chez les Couas, est la même que chez les Pics, Oiseaux pour lesquels on prendrait tous les Coucous-Couas, s'ils n'en différaient pas par leurs doigts disposés deux par deux par paires, comme chez tous les Coucous. Leur corps est robuste, et le sternum court, moins cependant que celui des Coucous.

On compte six espèces de Madagascar et de l'Afrique orientale. Type, le Coua de Reynaud (Coua Raynaudij, Pucberan.

Les Couas posent leurs nids dans les trous sur la tête des vieux troncs d'arbres.

Lorsqu'on a tué une femelle de Coua, continue Le Vaillant, on entend le mule la rappeler d'une voix forte : côha-côka-côha, d'où est probablement venu -le nom de Coua, que les habitants de Madagascar ont donné à l'espèce type que nous allons décrire, qui se trouve aussi dans quelques parties de l'Inde et du Sénégal.

L'es Couas se nourrissent presque exclusivement de Mollusques terrestres, principalement de celui de l'Agathine.

Un d'eux, le Coua de Delalande (Coccyzus [Coua] Dclcitandiï), Temminck, au dire du docteur Ackerman, chirurgien de la marine française, aurait reçu des Malgaches le nom local de Famacacora, hache Escargot (traduction littérale) ou casseur d'Escargots. Voici en effet ce que dit cet observateur dans une note insérée dans la Revue zoologique de 1841.

Au nombre des Oiseaux que j'ai été à même d'observer pendant un séjour de trois ans à Madagascar, je citerai le Coua comme l'animal dont la vivacité, le caractère et le genre de vie m'ont le plus frappé.

Le Coua n'a rien de remarquable dans sa parure. Son plumage, d'un noir métallique sur toute la partie supérieure du corps, blanc à la gorge et à la poitrine, est d'un roux clair à l'abdomen; ses yeux, d'un brun foncé, sont vifs; sa longue queue étagée, souvent en mouvement comme celle de la Pie, donne à cet Oiseau un air de vivacité, je dirai même d'impatience, qui caractérise encore sa marche saccadée en sautant souvent des deux pattes à la fois.

11 va ainsi dans les bois, de branche en branche, de roche en roche, pour chercher les Agathines, qui forment sa principale nourriture. Lorsqu'il en trouve une, quelle qu'en soit la grosseur, il l'emporte près d'une grosse pierre, sur laquelle il monte, en tenant avec le bout de son bec la coquille par l'extrémité de son ouverture; il frappe avec sur la pierre en tournant et levant la tête tantôt à droite, tantôt à gauche; lorsque, par le bruit du choc, il reconnaît que la coquille est cassée, il met une patte dessus, et, avec son bec il retire le Mollusque, qu'il avale aussitôt. Si l'ouverture n'est pas assez grande pour laisser passer le corps entier de la limace, le Coua frappe de nouveau jusqu'à ce que la coquille soit suffisamment brisée.

J'ai reconnu jusqu'à quel point cet Oiseau était friand des Agathines par le fait suivant.

Je possédais un Coua depuis quelques mois dans une assez grande volière, où il vivait en bonne intelligence avec les autres Oiseaux, et était devenu presque familier. 11 distinguait assez bien ma voix pour venir lorsque je l'appelais; si à travers le grillage je lui montrais une Agathine, il voltigeait dans tous les sens et chantait comme dans les bois. Ce chant se bornait à un : crou-ou modulé en descendant, et qu'il repétait d'autant plus souvent qu'il était plus content ou plus impatient.

Après lui avoir bien fait désirer l'Agathine, je la lui donnais, et alors il se promenait en la tenant au bec, proférait son crou-ou plusieurs fois de suite, après quoi il cassait la coquille.

En mangeant le Mollusque, il chantait encore un peu, et, lorsqu'il n'avait plus rien, il venait voir à travers les grillages si je n'en avais pas d'autres à lui donner.

J'oubliais de dire que l'Oiseau essuyait son bec chaque fois qu'il était sali parla matière gluante que rendait l'Agathine. *

COUA HUPPE. COUA CIIISTATA. (Linné, G. R. Gray.)

Le Coua porte sur la tête une huppe composée de plumes déliées qui se rabattent par derrière, et que l'Oiseau gonfle et hérisse lorsqu'il est animé par quelque passion; on le voit aussi, dans ces moments, étaler sa belle queue largement barbée, légèrement étagée, et qu'il ramène sur son dos. Toute la tète, y compris la huppe, le derrière du cou, le manteau, les couvertures des ailes, le dos, le croupion et les couvertures du dessus de l'Oiseau, sont d'un joli gris glacé de vert d'eau, de sorte que ces parties paraissent ou plus vertes ou plus grises, suivant les incidences de la lumière; la gorge et le devant du cou sont d'un gris vert beaucoup plus clair que celui des autres parties, et qui se charge toujours davantage d'une teinte de roux vineux à mesure qu'il descend sur la poitrine, où cette teinte est plus foncée. Le reste du dessous de l'Oiseau est d'un blanc gris. Les pennes des ailes sont d'un bleu yiolàtre glacé de vert, ainsi que celles de la queue, dont les latérales .sont largement terminées par du blanc. Les yeux sont rougeàtres, et le bec, les pieds et les ongles, noirs.

La femelle est plus petite que le mile : elle en a en général les couleurs, mais moins brillantes; sa huppe est aussi moins ample que celle de ce dernier.

Nous avons trouvé une nichée de Couas dans un grand trou sur la tête d'un tronc d'arbre cassé et creusé par les eaux : il y avait quatre petits d'éclos. Quelques débris de coquilles, que nous trouvâmes au pied de l'arbre, nous firent voir une couleur gris de lin. J'avais pris les quatre petits, que je voulais élever; mais, n'acceptant rien de ce que nous leur présentions, ils moururent le second jour. Ils étaient couverts d'un duvet gris-roux; les pennes de leurs ailes et de leur queue, qui avaient déjà un pouce à peu près de longueur, étaient d'un joli vert de mer glacé; leurs yeux étaient gris-brun; leur bec, brun, était, dans toute sa base, entouré d'un bourrelet jaune. (Le Vaillant )

Longueur : 0m,55 à 0ra,58.

QUATRIÈME FAMILLE. — SAUROTHÉRINÉS.

Les Oiseaux de cette famille ont le bec long, à sommet presque entièrement droit jusqu'à la poinle, qui se recourbe brusquement, très-comprimé sur les côtés; les narines latérales et plus ou moins nues; les ailes médiocres et arrondies; la queue longue et étagée; les tarses très-longs, recouverts de larges squamelles; les doigts et les ongles courts.

M. G. R. Gray a composé cette famille de la réunion des deux genres:

Saurothera (Saurothère), Vieillot, et Gcococcyx (Géococcyx), Waglcr, généralement adoptés.

Les Saurolhérinés se nourrissent d'Insectes, de Lézards, et nichent sur les arbres.

GENRE UNIQUE. - TACCO. SAUROTHERA. (Vieillot.)

Saupo;, Lézard; flïiocfo, je chasse.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Dec allongé, de la longueur de la tête, glabre à sa base, lisse, arrondi en dessus, presque droit dans toute son étendue, comprimé sur les côtés, à mandibule supérieure, dans l'espèce type, dentelée sur les bords, courbée et crochue seulement h son extrémité.

Narines basâtes, oblonques, couvertes par une membrane.

Ailes concaves, subaiguës, arrondies, à penne bâtarde, courte; tes deuxième et troisième rémiges les plus longues.

Queue très-longue et très-étagée.

Tarses courts, grêles, légèrement emplumés au-dessous du talon, garnis de larges scutelles de la longueur du doigt externe antérieur; ongles courts, comprimés, très-arqués et aigus.

Paupière ciliée, tour de l'œil nu.

On en compte quatre espèces de l'Amérique tropicale. Type : le Saurothère de Vieillot (Saurolliera Yicilloli, Ch. Bonaparte), espèce que Vieillot, qui l'avait observée lui-même aux Antilles, a confondue avec le Cuculus (Saurol liera) vetula, Gmclin, et qu'il appelait en conséquence Tacco Vieillard.

Voici, pour les mœurs des Oiseaux de ce genre, ce que Montbeillard, copié littéralement par Vieillot, rapporte au sujet de cette espèce :

Tacco est le cri habituel de cet Oiseau, d'où son nom que je lui ai conservé; on l'appelle aussi Oiseau de pluie, attendu qu'il crie plus souvent lorsqu'il doit pleuvoir. L'épitliète de Vieillard, qu'on lui a encore imposée, vient de ce qu'il a les plumes du menton blanches, mais ce ne sont pas les seules dénominations qu'on lui ait appliquées : on l'appelle Rieur, parce qu'il semble faire des éclats de rire lorsqu'il prononce les syllabes qua-qua-qua, ou cra-cra-cra, cri qu'il jette envolant, et quand il voit un animal qui lui porte ombrage. Les nègres de Saint-Domingue le nomment Tacra- Bayo, mais j'en ignore le motif : enfin, il est connu des habitants sous le nom de Pie, parce qu'il a, comme la nôtre, les pennes caudales très-longues, le vol lent, et qu'ils trouvent, dans le cri signalé ci-dessus, des rapports avec celui de cet Oiseau d'Europe. Lorsqu'il prononce tacco, il articule lentement la première syllabe, et descend d'une octave pleine sur la seconde. 11 ne fait jamais entendre ce mot qu'après avoir remué la queue de bas en haut, et il répèle ce mouvement chaque fois qu'il se déplace. 11 fréquente indifféremment les terrains cultivés, les savanes, les grands bois et les buissons.

Sa nourriture principale consiste en Chenilles, gros Insectes et très-petits Lézards, que l'on appelle Anolis. On dit qu'il mange encore les jeunes Rats, les Couleuvres, les Grenouilles, et même les petits Oiseaux; mais il me parait qu'on fait du Tacco un animal carnassier, aussi mal à propos que de notre Coucou, car il n'a pas de serres propres à saisir une semblable proie; son bec n'est pas conformé de manière à pouvoir les déchirer, et son gosier est trop étroit pour les avaler en entier, comme font certains carnivores.

Le Tacco parcourt les arbres dans toute leur étendue, avec une légèreté étonnante pour sa taille. Toujours l'œil aux aguets pour épier les petits Anolis qui se jouent sur les branches, et découvrir les Chenilles qui se cachent sous les feuilles; il pénètre, avec une adresse et une activité vraiment admirables, dans l'intérieur des buissons les plus épais et les plus feuilles. Sa chasse l'occupe tellement, qu'il se laisse approcher à portée de la main; c'est au point qu'on peut aisément le frapper avec un bâton, surtout au moment où, immobile sur une branche, il est prêt à fondre sur sa proie, et particulièrement sur les Anolis, qu'il ne pourrait attraper sans cftte immobilité, puisque au moindre bruit, au moindre mouvement, ces petits animaux disparaissent avec la rapidité de l'éclair. Le bruit du fusil n'est point, pour cet Oiseau, un motif de crainte; il se contente de changer de place sans s'éloigner. Son vol est peu élevé; il bat des ailes en partant, et fait alors entendre son cri quaqua-qua, puis il file et semble glisser sur un plan incliné.

Ces Oiseaux se retirent, au temps de la ponte, dans la profondeur des forêts, et ils s'y cachent si bien, que jamais, jusqu'au moment où Montbeillard recevait les renseignements qui précèdent, personne n'avait vu leur nid; ce qui lui fait dire qu'on serait tenté de croire qu'ils n'en font point, et qu'à l'instar du Coucou d'Europe ils pondent dans le nid des autres Oiseaux; mais, ajoute-t-il aussitôt, ils différeraient* en cela des Coucous d'Amérique, qui font un nid et couvent eux-mêmes leurs œufs.

Vieillot nous apprend, en effet, que cette espèce, que l'on trouve à Saint-Domingue, à Porto-Rico, à la Jamaïque et dans toutes les grandes Antilles, fait son nid sur les arbres, le place dans la fourche des grosses branches, et le compose de petites racines sèches, de mousse et de feuilles. Sa ponte est de quatre à cinq œufs, d'un blanc sale tacheté de noir.

TACCO DE MERLIN. SAUIIOTHIMA MERL1M. (D"Orbigny.)

Dessus du corps brun-roux antérieurement, brun olivâtre au derrière; front gris; tectrices des ailes et les rémiges secondaires brun olivâtre clair, à reliefs métalliques; rémiges primaires d'un beau roux vif, leur extrémité olivâtre, brillant comme les tectrices; rectrices moyennes olivâtre brun â reflets, toutes les autres de la même teinte, mais terminées de deux taches, l'une blanche à l'extrémité, l'autre large, noire, placée transversalement à un pouce de l'extrémité, dessous de la queue grisâtre; la gorge et la poitrine gris blanchâtre; ventre et derrière d'un beau roux vif. Le tour des yeux du rouge le plus ardent; yeux brun clair; pieds bleus; bec bleuâtre.

Particulier à l'île de Cuba.

Longueur totale. 0m,54.

— de la queue, 0m,50.

CINOUIÈME FAMILLE. - PHOENICOPHÉ1NÉS.

Ont en général le bec de la longueur de la tète, parfois un peu plus long; les narines basales, linéaires, ou découvertes, ou plus ou moins cachées par les plumes du front, et le plus souvent rapprochées du bord de la mandibule; les ailes arrondies, courtes et surobluses; la queue longue et étagée; les tarses de la longueur du doigt externe antérieur.

La tête avec ou sans aigrette; le tour des yeux nu, et le plumage assez soyeux.

Cette famille, créée en 1849 par M. Ch. Bonaparte, dans son Conspectus, avait été composée par lui à celle époque des genres suivants :

Scijlhrops (Scythrops), Lat'nam ; Carpococcyx (Carpococcyx), G. R. Gray; Rhinortha (Boubou), Vigors; Dasijloplius (Dasylophe), Swainson; Pliœmcophœus (Malcoha), Vieillot; Zanclostomus (Zanclostome), Swainson.

Depuis, si nous en jugeons d'après un tableau rectificatif de son Conspectus, publié en 1850, â la suite d'une Revue critique de l'ornithologie européenne de M. Degland, le savant ornithologiste aurait modifié cette composition de la famille des Phœnicophéinés, en en retranchant le genre Scvthrops, dont il fait le type ou la base d'une famille sous le nom de Scythropinés.

Nous adoptons cette nouvelle refonte de la famille des Phœnicophéinés, ainsi que les genres qui la composent, sauf leur ordre déclassement, qui sera celui-ci, en y ajoutant toutefois le genre Courol :

Zanclostome

Malcoha;

Dasylophe ;

Boubou;

Courol;

Carpococcyx.

Ce sont du reste, à l'exception du genre Courol, les mêmes genres qu'avait conservés à la science, dans son Gênera de 1845, M. G. R. Gray; seulement, au lieu d'en faire la famille des Phœnicophéinés, il les groupait avec le genre Crotophaga ani, dont nous parlerons tout à l'heure, pour en composer sa famille des Crotophaginés, qui renfermait ainsi les éléments les plus disparates.

Tous nichent et couvent, et sont tout autant, si ce n'est plus, frugivores qu'insectivores.

i" GENRE. — ZÀNCLOSTOME. ZANCLOSTOMUS. (Swainson.)

Za.~pu.it, faux ou forme de faux; gtcjax, bouche.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Dec de la longueur de la tête, a sommet et bords mandibulaires courbés jusqu'à la pointe, qui ne dépasse pas la mandibule inférieure, et est sans écliancrurc, ir'es-comprimé sur les côtés, trèsdilalé à la base supérieure, les bords de la commissure dépassant et emboîtant ceux de la mandibule inférieure.

Narines basâtes, latérales, linéaires, légèrement obliques, percées dans une espèce de membrane.

Ailes médiocres, arrondies, arrivant au quart h peine de la longueur de la queue, surobtuses, cinquième et sixième rémiges les plus longues de toutes.

Queue longue et graduée.

Tarses de la longueur du doigt externe antérieur, recouverts de larges écailles, doigts et ongles courts, ceux-ci comprimés, très-arqués et aigus.

Fig. 581. — Znnclostome Irisle.

Tour de l'œil nu; paupière ciliée; plumage doux et soyeux.

Six espèces de l'Afrique, de l'Asie méridionale et de l'Océanie. Type : le Cuculus[Zancloslomus] Sumairanus, Raffles, le Zanclostome de Sumatra.

ZANCLOSTOME DE SUMATRA. CVCVLUS [ ZANCLOSTOMUS] SUMATnANUS. (Raffles.)

En dessus yert bleuâtre; en dessous gris ardoisé foncé; queue d'un beau vert bleuâtre, les deux rectrices médianes ayant un refletde bleu indigo; chacune des rectrices largement terminée de blanc; toute la tête gris foncé, noire à la base des deux mandibules, qui sont d'un jaune verdâtre: peau dû tour de l'œil orangée; yeux jaunes; pied noir plombé.

Habite Java.

Taille de 0m,56 à 0«\57.

2me GENRE. — GÉOCOCCYX. GEOCOCCYX (Wagler.)

Tsa, lerre ; xcxxuÇ, Coucou.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec égal à la tête en longueur, légèrement comprimé, à arête mousse, diminuant insensiblement , et presque droit, à partir de sa base jusqu'auprès de sa pointe, ou il se recourbe; bords des mandibules sans dentelures, l'inférieure se recourbant très-peu sur le bas à sa pointe, tandis que la supérieure forme un crochet assez prononcé.

Narines ouvertes longiludinalement , un peu avant la naissance des plumes, et près du bord de la mandibule.

Ailes courtes et arrondies, plus que surobtuses; les rémiges primaires au nombre de dix, dont la longueur va en augmentant, depuis la première, qui est la plus courte, jusqu'à la sixième, qui est la plus longue, la cinquième d'ailleurs l'égalant presque ainsi que la septième et les suivantes; les rémiges secondaires, nu nombre de douze, diminuant insensiblement.

Queue aussi longue que l'Oiseau, y compris le bec, étagée, arrondie, composée de dix pennes, dont la paire externe n'a que les deux tiers de la longueur de la paire médiane.

Tarses élevés, beaucoup plus longs que le doigt externe antérieur, assez robustes, recouverts en avant de larges scutes qui les entourent presque en entier; leur face postérieure recouverte d'un double rang de scutelles; deux doigts en avant, longs et forts, surtout l'externe, deux en arrière, faibles et grêles; les ongles assez forts et plus aigus que ne semblent le comporter les habitudes de l'Oiseau.

Fia. 382. — Géococcyx affinis.

L'œil et les côtés de la tête entourés d'une peau nue et colorée, les paupières garnies de cils roides, surtout la paupière supérieure; une huppe occipitale.

La nature du plumage est lâche et peu unie ; les plumes sont en général un peu décomposées à leurs bords et comme usées; celles du ventre sont molles, décomposées et presque semblables à du duvet. La forme générale du corps est assez semblable à celle du Coucal, mais plus élancée.

La seule particularité anatomique que présente l'espèce type de ce genre, est un troisième cœcum au milieu de l'intestin, outre deux très-longs à salin, caractère qui ne se trouve ordinairement que dans les Ëchassiers. (Botta..)

Quoique les méthodistes admettent jusqu'à quatre espèces de Gèococcyx, dont deux de la Californie, et deux de Mexico, nous croyons que ces espèces sont plus nominales que réelles, et se 28 57

réduisent à l'espèce type de Géococcyx marcheur [Cucuhis [Geococcyx] vialicus), Lichlenstein, le même que le Tacco de Botta (Saurothera Bottas), de Blainville.

Il est remarquable que toutes les fois que l'on a eu à parler des mœurs de cet Oiseau (comme, depuis sa découverte par M. Botta, il avait toujours été rangé, jusqu'à ces derniers temps, dans le genre Tacco (Saurothera), créé par Vieillot pour les espèces de véritables Taccos, de la Jamaïque), on lui a constamment appliqué les observations de cet ornithologiste au sujet de ces dernières espèces, lorsque au contraire ses habitudes, sans parler de ses caractères, en sont tellement différentes, que les unes comme les autres ont suffi pour en faire le type d'un genre à part. Tous les dictionnaires d'histoire naturelle, sans exception, sont tombés dans la même erreur, ou plutôt dans la même omission ; car on semble avoir toujours oublié la note bien courte, mais précise et intéressante à tous égards, insérée sur cet Oiseau, qu'il venait de découvrir, par M. Botta lui-même, dans les Annales du Muséum d'Histoire naturelle de Paris (tom. IV, 5e série. 1855), note dont est extrait ce qui précède, et à laquelle nous nous plaisons de restituer toute la publicité qu'elle mérite.

Cet Oiseau, continue M Botta, comme il est facile d'en juger par la petitesse de ses ailes, a le vol très-faible; au contraire, il court avec beaucoup de rapidité, en portant sa queue relevée, ce qui lui donne un aspect assez singulier; ce n'est que lorsqu'il rencontre un obstacle dans sa marche, comme un ravin ou un buisson, qu'il fait momentanément usage de ses ailes pour s'élancer au-dessus. Au delà, il recommence à courir, l.a faiblesse de son vol fait que lorsqu'on le rencontre dans un endroit découvert, on peut le prendre vivant, soit à pied, soit à cheval. Cet Oiseau se tient ordinairement dans les endroits secs, couverts de broussailles, sous lesquelles il aime à se cacher, et parmi lesquelles il disparaît promptement dès qu'il aperçoit le moindre danger. Il ne se perche jamais, et je ne me souviens pas de l'avoir jamais rencontré dans les bois.

Les colons espagnols assurent qu'il détruit les serpents à sonnette, et font beaucoup de contes sur la manière dont il s'y prend pour les tuer. Toutes les fois que j'ai pris de ces Oiseaux, j'ai toujours trouvé dans leur estomac des débris d'Insectes, de Reptiles, et même de petits Mammifères, tels que des Écureuils.

GÉOCOCCYX MARCHEUR GEOCOÇCTX VUTICVS. (Licbtenstein, VVagler.)

La couleur générale du corps est bronzée, tachetée de blanc et de roux. L'œil est entouré d'une peau qui, ainsi que celle des côtés de la tête, présente une couleur violette, traversée par une bande longitudinale d'un bleu très-clair. Ile chaque côté de l'occiput, la peau, sous les plumes, est vivement colorée en rouge orangé. Sur la tête est une petite huppe de plumes d'un bleu foncé qui peuvent se relever. Les plumes du dos sont bronzées dans leur partie centrale, et bordées de blanc ei de roux surtout autour du cou. Le ventre et les cuisses sont blancs.

Les rémiges sont bronzées, bordées de blanc à leur extrémité, avec une lâche blanche au milieu de leur bord externe, ce qui, avec la tache terminale, forme sur l'aile une double ligne blanche. Les couvertures sont bronzées, bordées de blanc. Les quatre lectrices externes sont d'un bleu métallique, tachées de blanc à la pointe. La paire interne est roux bronzé, ainsi que les couvertures de la queue. La couleur générale du bec est gris verdâtre, noircissant vers le dos de la mandibule supérieure; l'iris est de couleur jaune. La couleur des tarses et des doigts est gris verdâtre, celle des ongles est noire.

Sa longueur totale, depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue, est de 0m.r>0;

Celle de la queue de 0"'.2r>;

Celle de la tète, y compris le bec, de 0"',09,

Celle du bec seul de 0" ni;

Enfin, celle des tarses, de 0m,06 1/2.

Cet Oiseau existe dans toute l'étendue de la Californie, depuis le cap Saint-Lucas jusqu'au porl San-Francisco. Les colons espagnols le nomment Cliurea. (Botta.)

3™c GENRE. - MALCOHA. PHOENICOPHjEUS. (Vieillot.)

^ûivtxGQar,;. paraissant couleur de pourpre.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec plus long que la tête, large ii la base, qui est garnie de suies divergentes, épais, tres-élcvé h tlos lisse, convexe, aminci brusquement, et arqué vers le bout; h bords entier*, fortement ondulés vers ta commissure, la mandibule supérieure du double de hauteur de l'inférieure.

Narines le plus ordinairement linéaires, longitudinales ou orbiculaircs, basâtes, latérales, percées sur le rebord de ta mandibule, parallèlement a sa tranche, et dans un sillon qui vient souvent g mourir, vers le milieu de sa longueur.

Ailes très-courtes, arrondies, surobtuses, les quatrième et cinquième rémiges les plus longues, arrivant à l'origine de la queue.

Queue très-longue, arrondie pur le bout et étagée sur les côtés.

Tarses de la longueur du doigt externe antérieur, recouverts de larges sentelles. épais; doigts et ongles longs; ceux-ci comprimés, très arqués et aigus

Fis. 385 — Molioliu eu rvi rostre.

Orbites et une portion de la joue nus et recouverts d'une peau mamelonnée.

Quatre espèces de l'Asie méridionale et de l'Océanie. Type : le Malcoha à bec peint (Phœnicophœus callirhynchus) , Teraminck.

Les Malcohas se nourrissent presque exclusivement de baies et de fruits.

MALCOHA ROUX-VEKT. PBOENWOPHMUS VlttlDl-ItllFUS. (Vieillot i

En dessus, depuis le derrière du cou jusques et y compris les ailes, d'un beau vert bronze à reflets bleuâtres ; tète noire; menton, bas des joues et derrière du cou, gris; gorge, poitrine et ventre d'un beau roux-cannelle; abdomen et région anale d'un brun noirâtre; queue du même beau vert, à reflets bleuâtres, que le dessus du corps, dans les deux premiers tiers de sa longueur, et roux-cannelle dans le dernier tiers jusqu'à la pointe des rémiges; peau mamelonnée de la région orbitaire d'un beau rouge-vermillon ; mandibule supérieure verdâtre, plus claire à la pointe; l'inférieure noire; pieds d'un plombé verdâtre,

Habite la Malaisie

Taille: 0m,45

4me GENRE. - DASYLOPHE. DASYLOPHUS (Swainson .)

Aaou;, poilu; Xoepoç, huppe.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec assez large, de la longueur de la têle, arrondi en dessus, arqué graduellement de la base jusqu'à la pointe; les deux mandibules égales, et leur tranche exactement parallèle dans leur courbure; le bord de la mandibule supérieure plus ou moins festonné.

Narines basâtes, latérales, entièrement cachées par une touffe de plumes sétiformes qui vient empiéter sur elles et occuper leur emplacement.

Fig. 584 — Dasylophe de Cumming

Ailes courtes, surobtuses, arrondies, la cinquième rémige la plus longue, arrivant au tiers de la queue.

Queue longue cl étagèe.

Tarses de la longueur du doigt externe antérieur recouverts de larges écailles; doigts longs, recouverts de squammelles fortes et rugueuses; ongles très-comprimés, médiocres, arqués et pointus.

Fig. 585 — Dasylophe .le Cumming.

Tour des yeux et lorums nus; la tête ornée, soit de plumes sétiformes allongées, formant aigrettes au-dessus de chaque sourcil, soit de plumes écailleuses et comme recoquillées ou frisées, formant un bandeau ou une huppe continue depuis le front jusqu'au bas de !a nuque, et parfois même se reproduisant en forme de barbe sous le menton et à la gorge.

Ce genre ne repose que sur deux espèces fort curieuses des îles Philippines. Type : le Dasylophe de Cumming (Dasijlophus Cummingii), Fraser.

Ce sont des Oiseaux qui se tiennent toujours cachés au milieu des forêts où ils vivent.

DASYLOPHE A S0UKC1LS. OASYLOPHUS SBPEItCILWSUS. (Cuvier, Swaitison.)

feonogr. du régn. tnim., pi. 33, f. I.

En dessus, en entier d'un noir brillant, à reflets bleuâtres; en dessous, d'un noir fuligineux; les sourcils surmontés, â partir de l'angle interne de l'oeil, de plumes sétiformes, ou véritables poils

Fig. 586 — Dasylophe à sourcils. Dasylophus superciliosus .

ou soies allongées, d'un beau rouge de feu, s'étendant en forme de longues aigrettes jusque derrière la nuque; extrémité apicale des rectrices blanche; bec vert, noirâtre à la mandibule supérieure, blanchâtre à l'inférieure; tour des yeux et pattes jaunes.

Habite les Philippines.

Longueur totale, 0m,38.

2fli

5" GENRE. - BOUBOU. RH1N0RTHA (Yigors.)

Piv, bec; o',8or, élev

CARACTERES GENERIQUES.

Bec de la longueur de la tête, aussi haut que large, tout autant arrondi en dessus qu'en dessous, et peu ou point comprimé, sans courbure appréciable , et descendant presque en ligne droite depuis la base jusqu'à la pointe, qui se recourbe brusquement en forme de petit crochet.

Narines basales percées en scissure droite, linéaire, parallèle au bord mandibulaire, dont elle est très-r approchée.

Ailes courtes, arrondies, concaves, snrobluses; les quatrième, cinquième et sixième, rémiges les plus longues, dépassant à peine le croupion.

Queue longue et étagée.

Tarses courts, épais, de la longueur du doigt externe antérieur, largement scutellés; doigts courts, faibles; le pouce presque rudimentaire et réduit à une seule articulation; les deux antérieurs soudés à la base; ongles grêles, peu comprimés, faiblement arqués et aigus.

Fia. 387 — linuhiui à face verte.

Fia. 388 — Boubou ;i face vertu

Tour de l'œil nu

Une seule espèce de l'Océanie, le Boubou à face verte (Cucnlus [Rhinorlha] chlorophceùs), Baffles, et dont nous donnons la description.

BOl'BOU A FACE VERTE RH1N0RTHA CBLOROVHMVS. (Rallies, Vigors/

Voy. de Bélanger, pi. 2.

En entier, roux-cannelle en dessus, plus clair et jaunâtre en dessous; abdomen et région anale d'un gris fuligineux; extrémité de chaque rémige noire; queue longue, étagée, noire, rayée, en travers, de (rails ou bandes plus clairs, et comme grisâtres, chaque rectricc terminée de blanc; bec vert, plus foncé à la mandibule supérieure, plus clair à l'inférieure; tarses plombés; tour des yeux noirâtres.

Habite Java, Sumair; Taille ; 0"',50.

i Bornéo

6m« GENRE. - COUROLL. LEPTOSOMUS. (Vieillot.)

Aîttt-.;, faible; atoaa, corps

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec un peu pin* long que la tête, robuste, comprime latéralement, un peu triqone, à dos étroit, et légèrement aplati ou déprimé, sans arête; mandibules à bords droits, la supérieure crochue cl échancrée vers le bout.

Narines oblongues, à bords saillants, en scissure oblique, et couvrant transversalement la moitié île lu mandibule

Ailes allongées, suraiguës; les première et deuxième rémiges les plus longues, atleiqnant le tiers de la longueur de la queue.

Queue longue, presque égale, de la longueur du corps.

Tarses épais, courts, réticulés, très-légèrement emplumés à leur jonction avec les tibias; doiqls seulellés; les deux antérieurs soudes dans leur première articulation; les deux externes égaux entre eux, et de la longueur du tarse.

Pas de nudité à l'œil.

Ce genre, qui ne repose que sur une seule espèce de Madagascar, où elle est appelée Vourougdriou, et qui se trouverait aussi en Cafrerie, a été créé par Le Vaillant, d'après les rapports qu'il lui trouvait avec les Rolles ou Rolliers et les Coucous, rapports qu'il appuyait des considérations suivantes.

Le Vouroug-driou, dit-il. dont nous établissons ici le nom, tel du moins que l'a écrit Brisson. semble, par son port, par ses habitudes, par son vol et même par toutes ses formes, si nous en exceptons celle de ses doigts, disposés par paire, deux par devant, deux par derrière, semble, dis-je. se rapprocher beaucoup du genre des Geais ou des Rolliers, tandis que, par ses pieds, il tiendrait plutôt, je ne dirai pas des Coucous, mais de. tous ces autres Oiseaux qui doivent être compris dans l'ordre de ces derniers; c'est-à-dire qu'ayant les doigts plus forts et plus séparés, les tarses plus longs et plus robustes que les Coucous proprement dits, il participe moins d'eux que des Coucals, des Couas et des Touracos; il a enfin d'autant plus d'analogie avec ceux-ci, même avec les Rolliers, et d'autant moins avec les vrais Coucous, qu'il est frugivore, et qu'il ne se repose pas. comme le font ces derniers, sur les autres Oiseaux, du soin de couver ses œufs et d'élever ses petits.

Ainsi, quoique dans l'état actuel de nos connaissances en ornithologie le Vouroug-driou se trouve isolé, cet Oiseau n'en doit pas moins former un genre à part dont il est la seule espèce connue jusqu'à ce jour, mais à laquelle plusieurs autres viendront peut-être se réunir ..

Je propose donc aux naturalistes le nom de Couroll pour celui du genre du Vouroug-driou.

Malgré ces considérations, les naturalistes n'en ont pas moins continué à placer le Couroll parmi les Cucultdés.

M. G. R. Gray l'a placé entre le genre Coua et le genre Diploptère, dans les Coccyzinés.

C'est au simple rang de genre que nous le maintenons également, car nous ne voyons pas ce qui peut autoriser son élévation au rang de famille, sons le nom de Leptosomidés, ainsi que vient de le faire M. Ch. Bonaparte; et nous comprenons encore moins le renvoi que ce naturaliste en a fait de la place qu'il lui avait assignée en tête de la famille des Cuculidés, pour le reporter ensuite entre les Barbus et les Couroucous. Ce dernier rapprochement nous paraît à peine motivé par la disposition des plumes du front et de la base du bec, qui, sans former précisément une huppe, se redressent verticalement des deux côtés de la base mandibulaire, et s'appliquent les unes contre les autres en forme de crête, ainsi que cela se voit chez plusieurs espèces de Touracos, et d'autres Oiseaux de différents genres.

Les Vouroug-drioux, d'après Le Vaillant, habitent les grands bois, et font leur principale nourriture de fruits; cependant je leur ai trouvé dans l'estomac des débris de Mantes, de Sauterelles et

de Cigales. Ils ont le vol et l'attitude des Geais; ils en ont même le cri grasseyant, au point que, lorsque je les aperçus pour la première fois sur les arbres, je crus fermement que j'allais avoir affaire à des Geais. C'est dans les grandes forêts du pays des Cafres que j'ai rencontré les Vourougdrioux, que je n'ai pas revus ailleurs dans tout le cours de mes voyages. J'en ai vu plusieurs que M. Poivre avait apportés de Madagascar, et que, comparaison faite, j'ai trouvés absolument semblables à ceux que j'avais apportés du continent, si ce n'est qu'ils étaient un peu plus forts de taille que ces derniers.

Je n'ai pu me procurer les œufs de l'espèce Vouroug-driou, n'ayant trouvé cet Oiseau que dans un temps où les petits étaient déjà éclos

COUROLL VERT LEPTOSOMUS AVER .Gmelin, Vieillot.)

Les Vouroug-drioux ont la tète fort grosse relativement à leur taille : la bouche est grande, la gorge ample, et le cou gros, le corps musculeux et très-fourni en chair. (Hkl. des Ois. d'Afrique.)

Mâle. — Bec noir, et pieds de couleur carnée; une calotte brune avec des reflets bronzés sur l'occiput; un trait noir de la commissure de la bouche à l'œil; les joues, la gorge, le cou en entier, jusqu'au haut de la poitrine, d'un gris ardoisé tendre: la poitrine, le ventre et les couvertures inférieures, d'un blanc plus ou moins mêlé de gris clair; le dos est d'un vert glacé teinté de cuivre de rosette, qui s'étend sur les moyennes rémiges : les grandes sont d'un noir verdàtre.

Longueur totale, 0m,47.

Femelle. — Taille plus forte. Son plumage est d'un roux assez vif sur l'occiput, et rayé, sur la tête et sur le cou, de brun, disposé par raies fines et légères; tout le dessus du corps est d'un brun roux tacheté de brun: tout le dessous est d'un roux clair varié de noirâtre, chaque plume étant terminée par un rebord noir; les petites couvertures alaires sont brunes et œillées de roux; les rémiges secondaires sont brunâtres et bordées de roux ; les primaires sont d'un brun verdàtre lustré; les rémiges sont égales et d'un brun roux uniforme

Ces deux descriptions, que nous avons, pour leur exactitude, empruntées à Lesson, et qui ne concernent que la même espèce, ont été appliquées par lui à ce qu'il considérait comme deux espèces bien distinctes, la différence de plumage et de taille entre le mâle et la femelle l'empêchant de les regarder comme de la même espèce, et lui ayant fait appeler l'un Couroll verdàtre ; l'autre Couroll Crombec, un des noms du Couroll à Madagascar.

7"" GENRE. — CARPOCOCCYX. CARPOCOCCYX. (Gray.)

tw.ora;. fruit, y.ox/.u;, Coucou.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec plus luny que la têle, plus haut que large, robuste, comprimé, pointu, en cône, graduellement incliné depuis la base jusqu'à la pointe, qui est légèrement dentelée, et dépasse le bout de ta mandibule inférieure.

Narines placées au milieu de la mandibule, éloignées de sa base, et percées, lonqitudinalemenl, dans un sillon formé par une espèce de membrane on plaque cartilagineuse.

Ailes médiocres, arrondies, surobluses; les cinq premières rémiges élagées; la sixième un peu jilus courte que la septième, qui est plus longue.

Queue longue et élagée.

Tarses longs, couverts de larges écailles; doigts courts.

Tour de l'œil entièrement nu.

Une seule espèce de Sumatra : le Carpococcyx radieux [Calobates [Carpococcyx] radiants), Temminck.

Le Carpococcyx, d'après M. Diard, qui l'a découvert, diffère desMaleohas, non-seulement parla forme du bec et la longueur très-remarquable du tarse, mais aussi par les habitudes et le genre de nourriture. Les Malcohas vivent toujours sur les arbres, à la recherche des Insectes; le Carpococcyx se tient constamment à terre, où il guette les Vers, et fuit le danger à la manière des Fourmiliers, par une course sautillante, très-rapide, sans jamais se tenir sur les arbres. (Temminck.)

Fig 389. — Carpococcyx radieux.

D'après des indications de mœurs aussi précises, données par le voyageur même qui a découvert ce genre, d'après le nom qu'avait cru devoir lui donner le savant M. Temminck, Calobatcs, ou Marcheur, nous nous demandons comment il a pu venir à l'idée de M. G. R. Gray de remplacer ce nom, il est vrai déjà appliqué dans une autre branche de la science, par un nom indicatif d'habitudes toutes contraires, qui fait croire à des habitudes exclusivement frugivores, lorsqu'elles sont exclusivement insectivores, et comment la science a pu adopter un nom si fautif et si erroné?

CARPOCOCCYX RADIEUX. CARPOCOCCYX RADIATVS (Temminck, G -R. Gray.)

PI. cc.l 33i.

Le sommet de la tête est couvert d'une espèce de calotte d'un violet changeant en vert métallique; toute la gorge est d'un noir parfait; le cou et le dos d'un gris violet glacé de vert métallique; les ailes et la queue d'un bronze éclatant, jouant, selon les incidences de la lumière, en teintes vertes et pourprées d'un éclat radieux; le dos est marqué de bandes brunes et noires; les parties inférieures et les longues plumes des cuisses sont rayées, ù large distance, de bandes noirâtres, disposées sur un fond blanc; toute la partie ophthalmique est nue et rouge; le bec, les tarses et les doigts, sont d'un beau vert. (Temminck.)

Longueur totale, 0m,52 à 0m,55.

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