‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etcChapitre 3 sur 42 · CA · texte numérisé non relu

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Les Téléphoriens sont, pour la plupart, des Insectes carnassiers. Ils se trouvent, en général, leur état parfait, sur les plantes, et apparaissent souvent en grand nombre. Ils sont presque toujours de taille assez petite; leurs couleurs ne sont pas éclatantes, mais leur disposition est souvent assez agréable à l'œil.

Trés-voisins des Malachiens et des Lampyriens, on peut partager les Téléphoriens en deux tribus : les Téléphorides et les Drilides, dont on a même fait parfois des familles particulières.

1e tribu, Técépnorines, Lacordaire, 1857 ; antennes insérées sur le front, plus ou moins distantes; labre indistinct; tête découverte; épistome confondu avec le front; pattes gréles, non comprümées : hanches intermédiaires contiqués : trochanters situés au côté interne des cuisses : tarses de cinq articles, dont le quatrième habituellement bilobé; abdomen de sept segments.

Ces Coléoptères fréquentent les fleurs et les feuilles. À peu d’exceptions près, ils sont très-carnassiers et s’attaquent même parfois aux individus de leur propre espèce. Leur livrée se compose deteintes peu variées dans le plus grand nombre des cas; toutefois quelques rares espèces offrent des nuances métalliques. On ne connaît les métamorphoses que de quelques espèces. C’est ainsi que de Géer, MM. Westwood et Blanchard se sont occupés de Ja larve du Telephorus fuscus, que le dernier entomologiste que nous avons cité a décrit celle du T. lividus; que M. Waterhouse a fait connaître les métamorphoses du T. rufus, et enfin que M. Hammerschmid a donné une description sommaire du Malihinus biguttatus. Ces larves, qui ont beaucoup d’analogie avec celles des Lampyriens, ont le corps allongé, presque parallèle, assez épais; les mandibules sont longues, en forme de tenailles; les mächoires sont articulées avec la languette dans une échancrure au-dessous de la tête; les palpes maxillaires ont trois articles; la lèvre inférieure est réduite à un menton carré, accompagné de deux pièces membraneuses, soudées entre elles à leur base; les antennes sont composées de trois articles, et auprès d'elles, en arrière, on voit un ocelle assez gros, transversalement elliptique; les segments thoraciques ne diffèrent pas des abdominaux, et le dernier de ceux-ci est muni inférieurement d'un prolongement anal en forme de cupule; les pattes sont médiocres et leur article tarsal est terminé par un onglet; la premiére paire de stigmates est située entre le corselet et le mésothorax : les huit autres le sont à la partie inférieure des huit premiers segments abdominaux. Ces larves, de même que les Insectes parfaits, sont carnassières; elles vivent sous la terre, souvent entre les racines des arbres : mais on les rencontre parfois hors de leur retraite, se jetant avec avidité sur les Insectes, les larves, les Vers de terre et autres petits animaux qui se trouvent à leur portée; elles passent

- l'hiver sous cette forme, et l'on a signalé depuis longtemps leur apparition accidentelle en grand nombre à la surface de la neige, particulièrement dans le Nord et dans les régions montagneuses de l'Europe. De Géer dit que ces apparitions sont dues à des tempêtes pendant lesquelles des vents violents auraient enlevé ces larves hors de la terre et les auraient transportées au loin; cette opinion est assez généralement adoptée, cependant M. É. Blanchard attribue apparition de ces Insectes à la nécessité où ils sont, lorsque la neige couvre la terre, de venir chercher à la surface du sol l'air qui leur manque.

Les Téléphorides sont abondants en espèces, surtout répandues dans les diverses régions de l'Europe, et, malgré cela, le nombre des genres qu'on y admet n’est pas très-considérable, parce qu’ils ne se prêtent pas autant que les Lampyriens et autres familles voisines à des divisions secondaires. Les trois genres les plus anciennement créés sont ceux des : Phengodes, Illiger; Telephorus, Schœffer, et Malthinus, Latreille; les autres groupes génériques, tous de création assez récente, sont dus à MM. Spinola, Solier, Dalman, Blanchard, Hentz, Westwood, Latreille, Le Conte, Kiesenwetter, de Matschoulsky, Castelnau, Dejean, etc.

Le genre principal est celui des TÉLÉPHORES (Telephorus, Schæffer, Elem. ent., 1766) (rm, loin; #95: porteur; qui indiquerait la particularité remarquable de leur histoire que nous avons citée, où qui signifierait qui porte lu mort) : antennes filiformes, longues; palpes avec le dernier article sécuriforme; tête assez grande; corselet discoïde, à bords relevés; écusson très-petit; élytres longues, entières, parallèles, molles; pattes assez allongées; tarse à quatrième article bilobé.

Bien que Linné n'ignorät pas que le nom de Cantharide servait, de son temps, comme auyourd'hui, à désigner des Insectes usités en médecine à cause de leur propriété vésicante, cela ne

l'empécha pas de l'appliquer à des espèces entièrement dépourvues de cette propriété, espèces qui constituent le groupe qui nous occupe en ce moment, et de comprendre celles qui la possèdent éminemment dans son genre Méloé. Vient ensuite Fabricius, qui adopta la nomenclature de son maître, en retranchant toutefois du genre Méloé les Coléoptères vésicants par excellence, pour en faire le genre Lytta. Mais Olivier et Latreille rétablirent les choses.telles qu’elles devaient être, en appelant Téléphores, d'après Schæffer, de Géer, etc., les prétendues Cantharides de Linné et de Fabricius, et en restituant ce dernier nom, comme l'avait déjà fait Geoffroy, aux Insectes qui en étaient en possession de temps immémorial. Cependant, tout rationnel qu'était ce changement, il ne fut pas admis par les entomologistes collecteurs, qui forment la majorité, et la nomenclature fabricienne a prévalu chez eux sur celle d'Olivier et de Latreille; mais l'autorité de la presque unanimité des naturalistes classificateurs, celle de M. Lacordaire surtout, doit l'emporter, et le nom de Cantharis doit être spécialement appliqué au genre qui a pour type la Lytta vesicatoria de Fabricius, tandis que celui de Telephorus ou de Thelephorus, comme l'écrivent quelques auteurs, doit être donné aux Cantharis de Linné et de Fabricius.

Fig. 1. — Telephorus melanurus. Fig. 2. — Telephorus fuscus. Fig. 5. — Ancystronycha abdominatis.

Les Téléphores ont le corps allongé, un peu déprimé, mou. On les trouve en grande quantité, pendant le printemps, sur toutes sortes de végétaux. Ils se nourrissent d'insectes, et sont tellement carnassiers, qu'on à vu des femelles terrasser leur mäle et leur ronger le ventre et les parties charnues du cou. L'accouplement a lieu sur les plantes, peu de temps après la métamorphose: pour cet acte, le mâle se place sur le dos de Ja femelle, mais il a soin de choisir un moment favorable et d’user de précaution pour ne pas être dévoré. On trouve les larves dans le sable ou la terre humide; Olivier pensait qu’elles se nourrissaient de racines, mais, d'après les observations récentes, on sait qu'elles sont exclusivement carnassières. On décrit près de deux cent cinquante espèces de Téléphores, qui sont répandues dans toutes les contrées du globe, mais qui ont surtout été observées en Europe et en Amérique. Parmi les espèces qui se trouvent assez communément dans une grande partie de l’Europe, et qui ne sont pas rares auprès de Paris, nous citerons seulement : 1° le Telephorus (Cantharis) fuscus, Fabr., long d'un peu moins de 0%,050, ponctué, pubescent, d'un noir grisâtre; 2 T. dispar, Fabr., long de 0,080, noir avec la tête rouge, présentant une tache noire sur le vertex; 5° T. lividus, Fabr., long de 0",080, plus pâle que le précédent; 4° T. pellucidus, Fabr., long d’un peu moins de 0",060, noir, avec un duvet cendré sur les élytres; 5° T°. nigricans, Fabr. (obscurus, Oliv.), long de 0,060, d'un brun noir, ete.

M. Th. Lacordaire donne la liste des espèces de ce genre, et il les partage en espèces européennes, d'Europe et d'Asie, de Sibérie, du continent et des archipels indiens et de Chine, de l'Australie et de la Polynésie; africaines, de l'Amérique du Nord, des Antilles et de l'Amérique du Sud.

D'après quelques auteurs récents, le nom de Telephorus doit être exclusivement appliqué aux espèces qui ont à toutes les pattes le crochet externe des tarses fortement denté à la base dans les femelles et plus faiblement dans les mâles, et l'on doit en séparer les Ancystronycha, Merkel (type, T.abdominalis, Fabr..), qui ont la dent tarsienne spiniforme, très-forte chez les femelles, et les Khagonycha, Eschscholtz (type, T. obscura, Linné), dans lesquels les crochets sont appendiculés et paraissent comme fendus à leur extrémité dans les deux sexes. Kirby y a aussi distingué un genre 470toma, qui n’a pas été adopté.

Parmi les genres nombreux créés aux dépens des anciens Téléphores ou qui s'en rapprochent plus ou moins, nous citerons surtout ceux des : 4° Puexcones, Hoffmansegg, à Iiger Magasin, 1. VI, surtout remarquable par ses antennes très-grêles, très-longues, de onxe articles : premier gros, long. en cône renversé, deuxième très-court, troisième à dixième envoyant à leur base deux rameaux linéaires, opposés, villeux, contournés sur eux-mêmes à l'état sec et étalés en ligne droite pendant la vie de l'animal, et à onzième pareil à ces rameaux, mais plus long : on en connaît sept espèces très-reconnaissables, en ce que les deux derniers segments abdominaux sont phosphorescents, comme ceux des Lampyres : six de l'Amérique du Sud, et une (P. plumosa, Oliv.) des parties moyennes et australes des Etats-Unis, où elle est très-commune pendant un court moment de l'automne, et pénètre souvent, le soir, dans l’intérieur des maisons, où l'attire la lumière. 29 Bœosczus, Spinola, ne différant des Phengodes que par les articles terminaux des palpes, courts, globuleux, par les mandibules plus saillantes et l'abdomen privé de propriété lumineuse : une seule espèce (B. Osculati), trouvée sur les bords du Rio-Napo. 5° Masrnocerus, Solier : antennes disposées à peu près comme dans les Phengodes, mais plus longues, plus filiformes, et insérées en avant et ax niveau de leur bord interne : une espèce (M. brevipennis), propre au Chili. 4° Tycocerus, Dalmann, Analecta ent., 1825, ayant pour synonyme les Cordylocera, Guérin, et Xanthesta, Dej., à antennes au moins de la longueur du corps, plus robustes chex les mâles que chez les femelles, de onxe articles : premier long, très-gros, ovalaire, deuxième au moins aussi long que les troisième à dixième pris isolément, ceux-ci presque coniques, grossissant peu à peu, onxième plus grand et plus épais, arrondi au bout : on peut les subdiviser en Tylocerus, renfermant quelques espèces des Indes orientales et des Antilles (type, T. crassicornis, Dalm., de moyenne grandeur, et ressemblant beaucoup à notre T!. fuscus), et Anisotelus, Hope, ne renfermant que l'A. bimaculatus, du nord du Bengale. 5° Psicoruyneuus, Blanchard, à antennes très-rapprochées à leur insertion, gréles, filiformes, un peu moins lonques que le corps : une espèce (bifasciatus), de la province de Corrientes dans l’Amérique du Sud. 6° Cuavriocnaruus, Hentz, auquel on doit probablement joindre les Callianthia, Dejean, et Cantharodema, Lap. de Castelnau, se distinguant surtout des Telephorus par leur téte plus allongée, pourvue d'un museau plus saillant, ce qui occasionne l'allongement plus considérable de la lèvre inférieure et des mächoires : en outre, les téguments sont plus solides et leur livrée plus variée, quoique formée presque exclusivement de deux couleurs : ces Insectes semblent propres à l'Amérique; il y en a peu cependant dans le continent américain septentrional, et beaucoup, au contraire, dans les régions intertropicales de celui du Sud (T. luctuosus, Latr., du Brésil) : on en décrit une vingtaine d'espèces, mais il en existe plus de cent dans les collections. 7° Ponarrus, Fischer de Waldheim (Entomogr. russe, 1821), à tête entièrement découverte, sur le col de laquelle le corselet applique exactement son bord antérieur, comme dans les Phengodes : dans les uns (Brachynotus, Kirby), les crochets des tarses sont fendus à leur extrémité, et chez les autres (Malthacus, Kirby), ces crochets sont dentés à leur base ou plutôt appendiculés : ces Insectes paraissent confinés dans les régions froides et tempérées de l'hémisphère boréal : ceux d'Europe habitent plus particulièrement les montagnes, et le type en est le P. alpina, Paykubl. 8° Dysuorpnocerus, Solier, groupe placé à tort parmi les Lampyris, surtout caractérisé par la disposition des antennes, principalement chez les mâles, ne renfermant que le D. Blanchardiüi, du Chili, entièrement noir, avec deux taches blanc jaunâtre sur le corselet.

Deux autres types, assez notablement distinets des Telephorus, sont ceux des Silis et Malthinus.

Genre SILIS (Silis, Megerle, in Latreille, Reg. anim., 2° éd., 4899) (oc, sillon). Antennes larges, aplaties, à deux premiers articles très-petits, généralement filiformes ou exceptionnellement dentées; corselet offrant de chaque côté en arrière une échancrure et en dessous un petit appendice en forme de massue, surtout dans les mâles; tarses assex courts, élargis. Tels sont les caractères principaux qui différencient les Silis des Téléphores, avec lesquels ils ont d'assez grands rapports; On ne connait pas leurs mœurs, mais ils doivent être carnassiers, et on les trouve en général sur les plantes, où ils se livrent probablement à la chasse. Sauf un petit nombre d'espèces exotiques de Silis, qui sont aussi grandes que les Téléphores de taille moyenne, les autres sont assez petites; elles sont répandues dans tout le globe, et l’on en connaît une trentaine dans les collections; mais celles qui ont été décrites jusqu'ici sont particulières à l'Europe et aux deux Amériques. Le

COLÉOPTÈRES. s

type est le S. rubricollis, Toussaint-Charpentier, ponctué, noir, brillant, propre au midi de la France, à la Dalmatie, etc.

Des genres voisins de celui des Silis sont aussi ceux des : 1° Pozemius, Le Conte, à antennes com. primées en scie, avec le deuxième article très-petit, et le troisième pas plus court que les suivants; quelques espèces de l'Amérique du Nord (P. laticornis, Say), et probablement d’autres originaires de la Colombie. 2° Pacayuesta, Westwood, à antennes un peu moins longues que le corps, fusiformes, de onxe articles, dont les quatrième à huitième sont plus gros et plus courts que les précédents, une espèce (P. incisa) du Brésil. 3° Ooreus, Solier, à palpes ayant le dernier article des labiaux brièvement et celui des maxillaires longuement ovalaire et acuminé, et à mandibuies arquées, aiguës : quelques petites espèces propres au Chili (0. reticulatus). 4° Erarrovënes, Blanch., à palpes médiocres, dernier article des antennes petit, en forme de bouton pointu, ete. : une espèce du détroit de Magellan (E. maculicolls).

Fig. 4. — Silis tricolor. Fig. 5. — Malthinus biquitatus.

Genre MALTHINE (Malthinus, Latreille, Genera Crust. et Ins., 1803) (#01, mou). Palpes allongés, terminés par un article ovoide; antennes à premier article long, renflé à l'extrémité; tête non rétrécie en arrière; corselet en carré long, très-légèrement bombé; ailes placées dans leur longueur et dépassant toujours les élytres, qui sont plus courtes que l'abdomen. Les Malthinus sont des Insectes de petite taille que l’on rencontre sur les plantes et les arbres, surtout dans les bois on n'y range plus aujourd'hui qu'une quinzaine d'espèces particulières à l'Europe, à l'Asie occidentale et à l'Amérique septentrionale. Comme type nous nommerons le M. fasciatus, Oliv., commun auprès de Paris.

On distingue des Malthines le genre : 1° Marruones, Kiesenwetter (Hapaloderus, Motsch.), à téte plus petite, moins large, un peu convexe; à yeux plus gros et plus saillants; à élytres plus courtes, ne couvrant guère que les deux tiers de l'abdomen : comprenant des espèces principalement européennes (type, M. sanguinolentus, Linné), et actuellement assez nombreuses; les plus dégradées parmi les Téléphorides sous le rapport de la taille et de la mollesse des téguments. D’autres groupes génériques sont ceux des : 2°Icuruyurus, Westw., à élytres recouvrant à peine la base de l'abdomen, isolément rétrécies et arrondies à leur extrémité, etc., comprenant quelques espèces de couleur jaune et noire diversement distribuées, propres aux Indes orientales et à la côte occidentale d'A frique. 3° Logerus, Kiesenw. (Streptotoma, Guérin), à élytres courtes, obliquement tronquées au côté interne dans leur moitié postérieure : une seule espèce (L. torticollis), de Colombie. 4° Tryrnerus, Le Conte (Lygerus, Kiesenw.; Molorchus, Say), se distinguant des Lobetus par des antennes médi cres et des tarses à crochets fortement dilatés et contiqus à la base : une espèce (M. latipennis Germar), commune dans presque toutes les parties des États-Unis d'Amérique. b° Tvrrnonyx, Le Conte, à élytres recouvrant la moitié de l'abdomen, rétrécies et déhiscentes dans leur moitié postérieure, arrondies à leur extrémité, etc. : une seule espèce, le Lampyris ergthrocephala, Fabr., de l'Amérique du Nord. 6° Morvennus, Motsch., à élytres de la longueur du corps (M. collaris, de Colombie). 7° Pomisrra, Mostch., à élytres très-courtes, atténuées à leur base, rétrécies en arrière; pas d'ailes : une espèce (P. alpina) de très-petite taille, habitant les endroits arides des alpes du Caucase, dans le voisinage des neiges, là où toute végétation a disparu.

Enfin quelques genres placés dans la même tribu, mais qui ne sont pas suffisamment caractérisés, sont ceux créés par M. Motschoulsky sous les noms de Nastonycha, des alpes du Caucase; Malthesis, de Colombie; Malthopterus, également de Colombie; Macrocerus, Rayachela et Biurus, d'Abys-

sinie : ce dernier au moins très-voisin, sinon identique avec celui des Ichthyures. On peut mettre dans la même catégorie le genre Mecopselaphus, Solier, du Chili, qui est peut-être un Œdéméride et les genres Anisocera, Dejean, et Entocera, Blanchard.

2e tribu, Driuines, Lacordaire, 1857 : antennes insérées sur les côtés du museau, immédiatement en avant des yeux, presque constamment dentées ou flabellées; labre distinct, tête découverte; épistome confondu avec le front; pattes courtes : hanches intermédiaires contiqués : trochanters situés au côté interne des cuisses : tarses à quatrième article rarement bilobé; abdomen habituellement de sept et rarement de six segments.

Les Drilides, assez peu nombreux en espèces et en genres, sont assez rares et se trouvent les uns en Europe, en Asie et en Afrique, et les autres dans ce dernier pays ainsi qu'aux Indes orientales et au Chili. Quoique ayant beaucoup d'analogie avec les Téléphorides, ils s’en distinguent aisément par le mode d'insertion de leurs antennes, qui, d'un autre côté, tend à les rapprocher des Malachiens. Ce sont des Insectes d'assez petite taille, de forme courte, ovale, ou presque parallèle, et dont les téguments ont la même flexibilité que ceux des Telephorus, excepté ceux d’un genre, où ils sont un peu plus solides. Les femelles, au moins dans le genre Drilus, et de même que cela a-lieu chez les Lampyriens, diffèrent très-notablement des mäles; et, tandis que les premières sont aptères, les aures sont pourvus d'ailes parfaitement développées. A l’état parfait, on les trouve, principalement les mâles, sur les fleurs; ils sont probablement tous éminemment carnassiers.

Les métamorphoses de trois espèces de Driles, ainsi que l’histoire spéciale des individus des deux sexes, sont aujourd'hui parfaitement connues. C’est sur le Paxacue sauxE, de Geoffroy, notre Drice JAUNATRE (Drèlus flavescens, Fabr.), petite espèce d’un jaune testacé, qui se trouve dans toute l’Europe, et n'est pas rare aux environs de Paris, qu'Olivier fonda le genre Drile, mais sans en connaître la femelle, qui n’a été découverte que très-longtemps après par Mielzincky (Ann. des se. nat., première série, t. 1), qui l’a décrite le premier sous ses états de larve et d'Insecte parfait. Cette femelle reste constamment aptère, et diffère très-peu de la larve des deux sexes : elle est beaucoup plus volumineuse que le mâle, avec lequel, comme cela a lieu dans beaucoup de Lampyriens, elle n’a aueun trait de ressemblance extérieure, de sorte que, à moins de trouver les deux sexes accouplés, il est impossible de supposer que des Insectes si dissemblables appartiennent à la même espèce : aussi Mielzineky, qui n'avait pu voir cet accouplement, car il n'avait obtenu que des femelles des larves qu'il avait élevées, proposa-t-il de faire de ces Coléoptères un genre particulier, sous la dénomination de Cochleoctonus, en donnant l’épithète de vorax à l'espèce qui lui servait de type, attendu qu’elle se nourrit, à l’état de larve, de la chair d'un Colimacçon, l'Helix nemoralis, dans l'intérieur de la coquille duquel elle subit toutes ses métamorphoses après en avoir dévoré l'habitant. Mais À. G. Desmarest (Ann. des sciences nat., première série, tome Il, 1824), reprenant les observations de Mielzincky et se procurant dans le pare de l’école vétérinaire d’Alfort un grand nombre d'Helix nemoralis renfermant des larves d'insectes, fut assez heureux pour obtenir de ces larves et des Cochleoctonus vorax et des Drilus flavescens, qui ne tardèrent pas à s'accoupler, de telle sorte qu’il mit hors de doute que le Cochléoctone aptère est la femelle du Drile ailé, quoique ce dernier soit très-différent du premier, et que sa taille soit dix à quinze fois plus petite. Cette observation importante, et qui montre la bizarrerie de la nature dans ses productions, a été confirmée anatomiquement par Audouin (Ann. des sciences nat. première série, tome If, 124), qui a montré que, malgré leur dissemblance extrême à l'extérieur, les deux sexes du Drile jaunâtre ont la même organisation à l'intérieur. Des observations récentes tendent à généraliser, au moins dans le groupe des Drilus, les observations que nous venons d'indiquer : c’est ainsi que M. H. Lucas (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1849, et Explor. de l'Algérie ent.), pendant son voyage dans le nord de l'Afrique, a été à même d'étudier les métamorphoses et les mœurs d'une nouvelle espèce de Drile, qu'il nomme Drilus mauritanicus, et qui lui a présenté une grande analogie avee ce qui a lieu chez le Drilus flavescens. La larve de ce Drile de Mauritanie, qui a été trouvée surtout auprès d'Oran, vit aux dépens de l'animal du Cyclostoma Volxianum; elle saisit pour l’attaquer l'instant où le Mollusque sort de sa retraite et vient respirer l'air humide à la surface du sol pendant la saison des pluies; elle place à cet effet son dernier segment sur le bord

Fig. !. — Chevrolatia insignis Fig. 2. — Pselaphus fossulatus En-dessous.)

Fig. 3. — Sipha punclicollis

“ag. D. — Dasyles nobilis

c.” rs. 20.

COLÉOPTÈRES,. 7 extérieur de la coquille, et s’y fixe solidement au moyen d'une espèce de ventouse dont est armé ce même segment: libre alors de tous ses mouvements, elle dirige ses organes manducatoires du côté où le Cyclostome est obligé de soulever son opereule, soit pour respirer, soit pour marcher, et, dans cette position, elle a la patience d'attendre non-seulement des heures entières, mais quelquefois plusieurs jours, que le Céphalé se décide à sortir de sa coquille : car sentant, en quelque sorte, la présence de son ennemi, ce dernier recule le plus longtemps possible ce moment qu'il parait savoir lui être fatal; mais enfin, vaincu par la faim ou par le besoin de renouveler l'air de sa prison, il se détermine à l'ouvrir. Aussitôt la larve du Drile, toujours aux aguets, profite de cet instant pour couper avec ses mandibules le muscle qui retient l’opercule au pied du Mollusque, ou lui fait une blessure assez profonde pour en empêcher l’action. Dès lors rien ne s'oppose plus à l'entrée de la larve dans la coquille, et une fois maitresse de l’intérieur elle dévore tranquillement le pauvre animal sans défense qui l'habite. La femelle du Drilus pectinatus, Schænh. (ater, Dejean), observée dans l'Europe orientale par M. Motschoulsky (Bull. de la Soc. imp. des sc. de Moscou, 1839), est également aptère et vermiforme.

Les larves, suivant la description exacte que M. Th. Lacordaire (Genera des Coléoptères, dans les Suites à Buffon de Roret, tome IV, 1857) a donnée de celles du Drilus flavescens, très-analogues à celles du Drilus mauritanicus, sont allongées, charnues, graduellement atténuées en arrière et hérissées de longs poils serrés sur l'abdomen, plus rares en avant, et qui manquent presque tout à à fait sur la ligne médiane en dessous. Leur tête est cornée, dégagée du corselet, horizontale, quadrilatère. La bouche est composée : de deux robustes mandibules simples, très-arquées et fortement croisées au repos; de deux màchoires fortes, cylindriques; d'un menton corné, transversal, portant des palpes biarticulés, et d’une courte languette. Les antennes, insérées aux angles antérieurs de la tête et sur des tubereules creux, sont formées de deux articles : le premier obconique et plus court que le deuxième, qui est aciculé. En arrière de ces organes, il y a un petit ocelle. Les trois segments thoraciques sont transversaux et peu différents entre eux. Les pattes sont assez longues, grêles, et composées d’une hanche transversale, d'un trochanter court et plus robuste que la jambe qui le suit, et d'un petit onglet remplaçant le tarse. Les segments abdominaux ne se distinguent des prothoraciques que parce que les saïllies de leurs angles postérieurs, plus prononcées, vont en s’allongeant d'avant en arrière et qu’il y en a deux rangées de chaque côté; le dernier segment, beaucoup plus étroit que les précédents, en est seul dépourvu et est profondément divisé en deux lobes cylindriques. Sous lui on voit un anus transversal, pouvant s’allonger en une sorte de ventouse, et qui sert à la larve à se cramponner sur la coquille des Mollusques qu'elle attaque. La première paire de stigmates est placée presque sous les angles antérieurs du mésothorax, les huit autres sur les côtés des huit premiers segments abdominaux, entre les deux rangées des saillies dont ils sont munis sur les côtés. Ces larves sont d’un jaune testacé ou blanchâtre, et il nous a semblé que celles des mâles, moins connues que celles des femelles, outre leur taille beaucoup moins considérable, étaient toujours d'une teinte plus foncée que celle des femelles; elles ont l'habitude de fermer avec la dépouille qu’elles rejettent lors de la mue l’ouverture de la coquille dont elles sont occupées à détruire j’habitant. La nymphe des femelles, décrite avec soin par A. G. Desmarest, présente quelques particularités remarquables, mais, comme celle des Lampyriens et de presque tous les Coléoptères, elle reproduit en grande partie les formes de l'Insecte parfait.

Cinq ou six genres seulement entrent dans cette tribu. Le plus important de tous est celui des DRILES (Drilus, Olivier, 4790, Encyclopédie méthodique, Entomologie) (As0os, Ver de terre), ayant pour synonyme le genre Cocuceocronus, Mielzincky (Koyduev, Colimaçon; xeww, je dévore). Dans les mazr+, les antennes sont de onxe articles, médiocrement «llongées et un peu plus que la têle et le corselet réunis, pectinées au côté interne, avec leur deuxième article petit, arrondi; palpes robustes : labiaux courts, ciliés, à dernier article brièvement conique : maxillaires en cône allongé; ‘. re très-court; mandibules arquées, aiguës à leur extrémité; tête petite, courte, à peu près aussi large que le corselet; yeux médiocres, arrondis, peu saillants; corselet transversal, rebordé et légèrement plus étroit que les élytres, qui sont très-fleæibles et recouvrent des ailes membraneuses; pattes médiocres, peu robustes, à tarses ciliés; corps allongé, un peu déprimé, finement pubescent. Dans les FEMELLES le corps est aptère, larviforme, composé, non compris la téte, de douxe seyments imbriqués en dessus; les antennes sont courtes, moniliformes, de dix articles, dont le

dernier est aciculaire; les pattes, très-écartées à leur base, ont des tarses gréles à dernier article plus long que les quatre précédents réunis.

Fig. 6. — Drilus flavescens. Fig. 7. — Drilus flavescens. Fig. 8. — Drilus ruficollis. (Mâle.) (Femelle.) (Mäle.)

Les femelles, comme nous l'avons dit, sont plusieurs fois plus volumineuses que les mâles, ct n’ont rien de commun avec eux sous le rapport de leur système de coloration, qui consiste en taches noires sur un fond jaune plus ou moins foncé; parvenues à leur äge de reproduction, elles abandonnent les Mollusques, dans la coquille desquels elles s'étaient développées, et se réfugient sous les pierres, les feuilles tombées, ou rampent lentement sur la terre, tandis que les mâles, au contraire, qui volent avec une grande facilité, se trouvent plus où moins communément, et surtout . pendant l'été, sur les plantes et sur les broussailles. On n'en indique jusqu'ici que sept espècés qui paraissent habiter exclusivement une seule partie de l’Europe, l'Asie occidentale et l'Afrique.

Après les Drilus, le genre le plus connu de la tribu qui nous occupe est celui des Maracocasrer, Passi, Mag. de Zool., Ins., 1832 (Ctenidion, Dej.), surtout caractérisé par ses antennes médiocres et à dentelures courtes, ne renfermant que deux espèces, le M. Passerinii, Bassi (Ctenidion thoracicum, Dej.), propre à la Sicile, à la Sardaigne, à l'Espagne et à l’Algérie, et le A. adustus, Chevrolat, de Syrie. Les autres genres placés dans la même division sont ceux des: 1° Cosmocenus, Solier, à antennes assez longues, de onxe articles, dont les quatrième à dixième émettent chacun un trèslong rameau grêle et presque glabre : une seule espèce (C. cinerens), propre aux provinces du nord du Chili, ayant l'aspect général d'un Dasytes, et dont M. Solier fait une petite famille placée à la suite de celle des Anobiens. 2 Serasia, Castelnau, qui, avec le faciès des Drilides, ont des antennes disposées comme celles des Rhipicères; deux espèces formant deux sous-genres : Selasia, à dernier article des palpes maxillaires tronqué (S. rhipiceroïdes, Cast., du Sénégal, et unicolor, Guérin, de Sierra-Leone), et Euptilia, Westwood, à dernier article des palypes matillaires atténué à son extrémité (S. decipiens, Guérin, des Indes orientales). 3° Eucunsis, Westw., à palpes robustes, égaux, à dernier article formant une grande lame oblongue, arrondie, plus longue que la tête et Le corselet réunis : les autres obconiques : une seule espèce (E. pulpator, Westw., des environs de Caleutta), et 4° Donrcaroma, Westw., à antennes courtes, de douxe articles, pectinées du troisième au onxième, et à rameaux peu allongés; ce groupe, dont la place sériale n’est pas déterminée d’une manière positive, est fondé sur un petit Insecte originaire de Decan, et qui a reçu la dénomination

de D. bicolor.

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