‹ Encyclopédie d'histoire naturelle, ou, Traité complet de cette science (volume 2)Chapitre 10 sur 633 · S DE · texte numérisé non relu

S DE

Fig. 1. — Pin sylvcstre. N à

PREMIÈRE TRIBU. — ABIÉTINÉES.

Arbres élevés, à trone conique, très-rameux. Feuilles linéaires, aciculaires, fasciculées. Fleurs monoïques ou dioïques. Ghatons staminifères, à étamines nombreuses, à filets très-courts. Pollen globuleux. Chatons femelles, à écailles nombreuses portées sur un axe plus ou moins allongé, et présentant en dessus deux ovules. Strobile à écailles ligneuses, persistantes,

À 1. PINUS. Tournefort. (P1n.)

Fleurs monoïques. Chatons mâles globuleux, ovoïdes. Une étamine à filet court portant une anthère à deux loges. Chatons femelles : écailles portant intérieurement à leur base deux ovules nus. Cône formé d’ écailles nombreuses, épaissies au sommet, anguleuses et ligneuses. Graines nues, à tégument coriace ou ligneux prolongé en aile membraneuse sur un côté.

Les Pins sont la richesse des terrains arides, secs et sablonneux. Ces arbres prospèrent ve néralement dans les plus mauvais sols. Leur développement est rapide. Aussi, depuis quelques années leur culture a pris une extension considérable. Ils ont souvent une haute taille, et quelques espèces sont regardées comme les géants du règne végétal. Leurs branches, presque toujours horizontales, forment des cimes plus ou moins pyramidales. Leurs feuilles sont longues, subulées et fasciculées par deux, trois ou cinq, rarement solitaires. Les cônes ont des dimensions variables suivant les espèces, et, tandis qu'ils dépassent à peine un pouce chez quelques-unes, on les voit chez d’autres atteindre près d’un pied. Leur accroissement est très-lent. Ils ne müûrissent, chez la plupart des espèces, qu’au bout de la seconde année, et quelquefois, comme dans le Pin pignon, qu'à la fin de la troisième. À l’époque de la floraison, le pollen est si abondant, que, lorsqu'il est enlevé et transporté par le vent, il a fait croire à des pluies de soufre. Ce genre comprend environ emquante espèces croissant en proportions différentes dans toute l’Europe, l'Asie et l'Amérique septentrionale.

Pinus sylvestris, L. (Pin sylvestre, Pin sauvage, Pin de Russie, Pin de Haguenau, Pin de Genève, Pin à mâture.) Arbre de quatre-vingt-quinze à cent dix pieds. Gette espèce, qui atteint son plus grand développement au bout de cent quarante ans, croît dans toute l’Europe, an midi comme au nord, et est surtout répandue dans les régions septentrionales, où elle possède au plus haut point les qualités qui distinguent et font rechercher son bois. Ce bois, dont l’aubier est blanc, le cœur rougeâtre et résineux, a une souplesse et une élasticité qui en font une ressource précieuse pour les constructions navales. Aussi l'emploie-t-on presque exclusivement pour les mâtures des vaisseaux. Son inaltérabilité est remarquable. On rapporte que des pièces de son bois ayant été abandonnées pendant trois siècles dans les combles d'un château, on les retrouva au bout de ce temps auSsi saines que si elles provenaient d'arbres nouvellement abattus. Le Pin sylvestre sert aussi pour les constructions civiles, la menuiserie, etc., et on emploie de préférence pour tous les usages auxquels il est propre celui qui nous vient des bords de la Baltique et qui doit sa supériorité au peu d'épaisseur des couches ligneuses. L’écorce est employée dans le Nord au tannage des peaux, et les Lapons, dans les temps de disette, la réduisent en une farine dontils font un pain qui peut, dit-on, se conserver un an. Les jeunes pousses sont données, dans les régions septentrionales et sur les hautes montagnes, comme nourriture au bétail : on les dit antiscorbutiques et pouvant remplacer le Houblon pour la fabrication de la bière. Le Pin sylvestre fournit encore divers produits justement estimés, et parmi lesquels nous remarquerons son charbon excellent pour la forge, l'huile de Pin, le noir de fumée, le goudron et la poix qu'on retire de son tronc et de ses racines. Cet arbre était consacré à Sylvain. Dans l'antiquité, on faisait avec ses branches des flambeaux qui servaient à célébrer les mystères d'Isis et de Cérès.

Le Pinus rubra (Pin d'Écosse), considéré comme une espèce distincte par quelques auteurs, n’est qu'une simple variété du précédent.

Pinus maritima, Lam., P. pinaster, Ait. (Pin maritime, Pin de Bordeaux, Pin des Landes, Pinœeau.) Arbre à tronc un peu plus fort que celui du Pin sylvestre, généralement moins droit et attei-

gnant à peu près la même hauteur. Cette espèce, propre au midi de l'Europe, croît plus rapidement, mais s'arrête beaucoup plus tôt. Ses feuilles donnent un terreau très-abondant, source d’une fertilité à venir pour les terrains sablonneux où on le cultive ordinairement. Cet arbre, planté dans les dunes de la Gascogne par l'ingénieur Brémontier, a fixé ces sables mouvants dont l’envahissement successif détruisait toute végétation, et, par Phumus qu'il a rendu au sol, a préparé d’abondantes récoltes. Il résiste parfaitement aux vents de mer, peut servir d'abri à d’autres végétaux et supporte assez bien les froids ordinaires de nos climats, pourvu qu'ils ne soient pas exceptionnels. Sa culture à pris un très-grand développement dans nos départements du sud et de l'ouest,

Fig, 2, — Pin d'Écosse,

et a changé en surfaces boisées des sols jusqu'alors abandonnés. On l’a successivement introduit dans la Bretagne, le Maine, la Sologne, le Gâtinais et dans les environs de Paris, qui semblent être sa limite extrême au nord. Il réussit mal dans les terrains calcaires, où les alternatives du froid et de la chaleur le font périr fréquemment. Son bois est moins durable que celui du Pin sylvestre, quoiqu'il soit employé pour la charpente, les pilotis, la confection des caisses d’emballage, etc. On s’en sert même dans les ports du Midi pour le doublage des embarcations. 1l donne une

lus grande quantité de résine que les autres Pins, et c'est lui qui fournit principalement le brai see. ] S ) 1(

et la térébenthine. Cette matière résineuse s'obtient en pratiquant au tronc des arbres des entailles

An ch

BJ CL dl DUT Let RE

Lie nr 2,

latérales peu, profondes. Dans cet état, c'est un liquide visqueux, d'un jaune clair, d'une odeur forte et d’une saveur amère. Elle sert pour la peinture et entre dans diverses préparations pharmaceutiques. Pendant l'hiver, le suc résineux se concrète le long du tronc et présente une matière sous forme de croûtes sèches, fragiles, jaunâtres, connue sous le nom de galipot, et qui, liquéfiée et filtrée, constitue la poix de Bourgogne. Par la distillation, on retire encore de la térébenthine l'huile essentielle de même nom. Le résidu de l'opération donne la colophane;.la poix résine et le goudron s’obtiennent par l'incinération du bois des Pins réduit en morceaux plus où moins gros. Ce dernier produit a une très-grande importance pour la marine; il sert à calfater les vaisseaux, à enduire les cordages, etc. En médecine, on l'emploie avec succès dans les affections de poitrine et les maladies de la peau.

Fig. 3. — Pin maritime.

Pinus pinea, L. (Pin pignon, Pin pinier, Pin cultivé.) Arbre élancé, haut de soixante pieds, à branches verticillées et horizontales formant une tête convexe et étalée; ses cônes renferment des amandes oblongues à coque dure, de couleur brune. Cette espèce est propre aux montagnes des pays méridionaux. On la trouve en France, en Italie, en Barbarie, ete. Son bois est blanc, peu résineux et d’une qualité médiocre. Il sert surtout pour la menuiserie, pour la confection de corps de pompes, de gouttières. On l’emploie aussi pour le bordage des vaisseaux, et en Orient on l'utilise, dit-on, pour la mâture. Les amandes de cet arbre, connues sous le nom de pignon doux, ont une saveur analogue à celle de la noisette. On les mange, préparées de diverses manières. Par expression, elles donnent une huile assez agréable au goût, et la médecine peut encore s’en servir pour des émulsions adoucissantes, Le Pin pignon, justement renommé pour l'élégance de son port, est cultivé dans les pares,

Pinus laricio, L. (Pin de Corse). Cette espèce, la plus grande de celles qui croissent en Europe, peut atteindre cent cinquante pieds sur trente de circonférence. Elle habite la Corse, l’Italie, l'Autriche, la Crimée, et a été introduite dans la forêt de Fontainebleau. Sa culture est facile et elle réussit dans tous les terrains arides, quelle que soit la nature de leur sol. Le bois ne vaut pas celui du Pin sylvestre. On lemploie cependant pour la mâture lorsqu'il est dépouillé de son aubier. On Puulise aussi pour la sculpture, car il est assez facile à travailler, et son grain est uni et fin.

Pinus halepensis, Mill. (Pin.d’Alep, Pin de Jérusalem.) Cette espèce, qui ne dépasse pas cinquante pieds, est propre à la Syrie et au midi de l’Europe, et résiste difficilement aux froids de nos climats Elle est riche en principes résineux.

dl

Fig. 4. — Pin de Lambert.

P. australis, Mich., P. palusiris, Mill. (Pin austral, Pin des marais, Pin à goudron, Pin à longues feuilles, Pin jaune.) Cette espèce, qui habite la partie sud des États-Unis, est très-importante pour les Américains, qui emploient son bois, d'un grain fin et serré, pour la construction des navires, la menuiserie, la charpente, etc. Elle donne une grande quantité de résine. Cet arbre figurerait avec avantage dans les plantations d'ornement, s'il pouvait résister aux froids de nos pays.

Pinus strobus, L. (Pin du lord Weymouth, Pin blanc du Canada.) Un des géants de la végétation, car il atteint jusqu’à cent quatre-vingt-dix pieds de haut. Le Pin du lord croit rapidement, et, quoique son bois tendre et léger soit inférieur en qualité à celui du Pin sylvestre, les grandes dimensions qu'il

acquiert permettent aux Américains de s’en servir pour les constructions maritimes. Il habite l'Amé-

rique septentrionale, Quoiqu'il ne soit guère employé chez nous que comme espèce d'ornement pour la décoration des parcs et des jardins d'agrément, sa rusticité naturelle, qui lui donne la faculté de ré-

Galeandra Baueri,

p° PI, 3,

sister aux froids les plus rigoureux de nos hivers, devrait engager à en tenter la culture sur une large échelle, dans un but de spéculation commerciale et industrielle.

Pinus cembro, L. (Pin cembro, ceinbrot, Alvier, Tenier.) Arbre dont la hauteur varie entre quatre-vingts et cent vingt-cinq pieds. Ses graines, assez grosses; sont bonnes à manger et fort recherchées dans les pays où il abonde. Son bois dure peu et ne résiste pas à l'influence de l'humidité; cependant on l'estime pour la menuiserie et la sculpture, et les Russes en font des mâts de navires. Cette espèce croit naturellement dans les Alpes, les Carpathes, les monts Ourals et la Sibérie.

Nous citerons encore le P. Lambertiana., Dougl., remarquable par la grosseur de ses cônes, logs de près d’un pied, qui croît dans l'Amérique septentrionale; P. excelsa, Wall, espèce de l'Inde; P. monophylla, Torr. et Frém., à feuilles solitaires; P. pyrenaica, Lap., des hautes Pyrénées; P. Brutia, de la Calabre; P. Smithiana Wallich, des montagnes de l'Himalaya, etc.

Page 1