‹ Encyclopédie d'histoire naturelle, ou, Traité complet de cette science (volume 2)Chapitre 271 sur 633 · THEA. Linné (Tné · texte numérisé non relu

THEA. Linné (Tné

Arbrisseaux toujours verts, à feuilles alternes, à fleurs axillaires. Calice à cinq divisions profondes et arrondies. Corolle de cinq à neuf pétales sessiles, rarement en plus grand nombre. Étamines trèsnombreuses. Fruit capsulaire, formé de trois coques, contenant re une ou deux graines, et s’ouvrant par leur partie supérieure.

Le Thé de la Chine (7°. Sinensis, Rich.) est un arbrisseau qui, abandonné à lui-même, peut acquérir jusqu’à dix mètres de haut, mais qui en dépasse rarement deux dans la culture. Ses feuilles sont glabres, roides et coriaces, longues d'environ deux à trois pouces, sur un pouce de largeur. Linné et la plupart des anciens botanistes ont distingué deux espèces du genre Thé, le Thé bou (T'. bohea, L.) et le Thé vert (T. viridis, L.); le premier a six pétales à sa corolle, le second neuf. Plusieurs modernes regardent ces deux espèces, et même d’autres découvertes depuis, comme de simples variétés produites par l'effet d’une longue culture.

L'arbre à Thé est originaire des contrées éneitAles de l'Asie. Il croît naturellement en Chine, au Japon et dans d’autres pays voisins, où il est aussi l’objet d’un culture extrêmement soignée. La récolte des feuilles a lieu deux fois par an, au printemps et en automne; la première de ces cueillettes donne un Thé plus fin et plus estimé.

Les feuilles récoltées sont plongées pendant une demi-minute dans l’eau bouillante, puis égouttées et jetées sur des poêles de fer placées au-dessus d’un fourneau; on les remue continuellement; quand on juge qu'elles sont assez chauffées, on les étend sur de grandes tables, où elles se refroidissent, puis on le roule avec la main; ce grillage est répété deux ou trois fois. La préparation du Thé a pour but de blanchir les feuilles et de les priver du suc âcre et vireux qu'elles contiennent. Quand il est parfaitement sec, on l’aromatise avec les fleurs de diverses plantes (Olea fragrans, Camellia sasanqua, etc.), et enfin on l’enferme dans des boîtes pour le livrer à la consommation.

Ce sont les Hollandais qui les premiers firent connaître aux Européens les propriétés et les usages du Thé, et qui ont ainsi rendu l’Europe tributaire de la Chine pour une somme qui ain hui excède cent vingt-cinq millions de francs par année

Le nombre des variétés ou sortes de Thés du commerce est très-considérable. Elles dépendent en

général de l’état plus ou moins avancé de développement des feuilles, du soin avec lequel elles ont été blanchies et roulées, et surtout de leur grillage prolongé plus ou moins longtemps. On peut les diviser en deux sections, les Thés verts et les Thés noirs. Les premiers ont une couleur verte ou grisâtre; ils sont plus âcres, plus aromatiques que les seconds, dont la couleur est plus où moins brune, et qui sont généralement plus doux et donnent une infusion d’une couleur plus foncée. Parmi les Thés verts, on distingue surtout les Thés hayswen, perlé, poudre à canon, schulang ou téhulan : dans les Thés noirs, les Thés saoutchon ou souchon, pekao ou peko, ete. Toutes les sortes de Thé doivent être soigneusement conservées à l'abri du contact de l'air et de la lumière

Fig, 86. — Thé bou,

Les usages du Thé sont suffisamment connus; c’est le digestif par excellence et un remède vulgaire contre les mauvaises digestions. L'usage de cette boisson commence à se répandre en France, et il est rare, dans les classes aisées de la société, qu'une soirée d’hiver se passe sans prendre du

Thé. Mais c’est surtout chez les peuples du Nord qu'il s’en fait une énorme consommation; chez eux il a un avantage hygiénique incontestable comme excitant et entretenant la chaleur animale. De B? 22

plus, il est nourrissant; aussi, dans certains pays, on ne se contente pas de faire son infusion trèsconcentrée, les'Chinois et d’autres peuples d'Asie mangent ses feuilles bouillies. Mais son usage, quand on le boit très-fort, ne convient qu'aux personnes d’un tempérament mou et lymphatique; les hommes d'une constitution sèche et nerveuse, les femmes faibles ou excitables, doivent s’en abstenir, ou en corriger la trop grande activité en y mélant du lait. Son usage médicinal est bien moins étendu; c’est surtout comme digestif et sudorifique qu'on l’emploie (1).

Les Indiens racontent ainsi l’origine du Thé : Darma, fils d’un roi indien, vivait dans une solitude profonde pour s’y consacrer à l'étude : il méditait jusqu’au jour dans un jardin. Une nuit, se sentant près de succomber au sommeil, il s'arracha les paupières, qu’il jeta à terre, et qui aussitôt produisirent l'arbre à Thé,

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