‹ Encyclopédie d'histoire naturelle, ou, Traité complet de cette science (volume 2)Chapitre 511 sur 633 · ROSA. Linné. (Rosier · texte numérisé non relu

ROSA. Linné. (Rosier

Arbrisseaux à tige munie d’aiguillons, à feuilles pennatiséquées, munies de stipules longuement soudées au pétiole. Fleurs très-grandes, solitaires ou en corymbe. Calice à tube urcéolé, étranglé au sommet, s’accroissant beaucoup après la floraison, devenant charnu à la maturité, recouvert de poils roides à la face interne. Limbe à cinq divisions très-découpées, rarement entières. Styles latéraux, libres ou soudés en colonne dans leur partie supérieure. Carpelles nombreux, osseux, de forme irrégulière, couverts de poils roides, insérés sur les parois du tube du calice.

« Aucune fleur. n’a été plus anciennement recherchée et n’a plus généralement excité l'admiration que la rose. Citée dans plusieurs passages de la Bible comme le type de la grâce et de la beauté, vantée par tous les auteurs grecs et latins, célébrée par tous les poëtes, elle a été dans tous les siècles un objet d'attention et de soins chez les peuples civilisés; enfin elle a obtenu et conservé jusqu’à nos jours le titre de reine des fleurs, devenu banal à force d’être répété. C’est que la rose réunit tous les genres de perfection que l’on peut désirer dans une fleur. La séduisante coquetterie de ses boutons, l’élégante disposition de ses pétales entr'ouverts, les contours gracieux de ses fleurs épanouies, lui donnent la perfection des formes. Il n’est pas de parfum plus doux et plus suave que le sien. Son incarnat est celui de la beauté la plus parfaite; avec des nuances plus vives, elle imite le teint animé de la bacchante, ou sa blancheur devient un emblème d’innocence et de candeur.

« Le Rosier a donc été cultivé dès la plus haute antiquité : la plus parfaite des roses, la rose centfeuilles, dont l’origine se perd dans la nuit des temps, est due évidemment à la culture. La plupart des espèces sauvages successivement améliorées ont donné peu à peu un grand nombre de variétés

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qui, sans offrir la régularité et la perfection symétrique de la rose cent-feuilles, sont peut-être d’un effet plus artistique par leur disposition plus chiffonnée et plus élégante. Après le perfectionnement des espèces primitives sous le rapport de la forme et de la couleur, une importante amélioration restait à obtenir : c'était de prolonger la durée de ces belles fleurs dont on jouissait à peine pendant quelques semaines, un soleil trop ardent ou des pluies trop abondantes concourant également à abréger le temps de la floraison.

« Déjà, par la découverte ou par l'introduction de plusieurs variétés du R. indica, les roses noi-

settes, thé et Bengale, on avait obtenu des plantes à floraison automnale. Le but a été atteint de la

manière la plus complète par l'acquisition d’une nouvelle race, celle des roses Portland ou perpétuelles, dont les fleurs se montrent dans la saison ordinaire, en juin, et remontent après la première floraison pour se succéder presque sans interruption pendant tout l'été (1). »

L'espèce la plus généralement recherchée est la rose à cent feuilles (R. centifolia, L.), remarquable par sa grosseur, sa forme, son odeur et sa belle couleur. C’est celle que l'on cultive en grand, de préférence, pour la parfumerie. C’est la rose de Hollande (R. maxima, L.), qui atteint les plus grandes dimensions. La rose mousseuse (R. muscosa, L.) se distingue par les poils nombreux qui garnissent les jeunes rameaux et surtout les pédoncules et les calices. On doit remarquer aussi parmi les espèces exotiques le Rosier des quatre saisons (R. semperflorens, L.), le Rosier pompon.(R. burgundiaca, Desf.), le Rosier de Francfort (R. turbinata, Ait.) et le Rosier blanc (R. alba, L.\. Le Rosier musqué (R. moschata, Ait.), qui fournit l'essence de roses, ne vient bien que dans les provinces méridionales. On le cultive en grand dans plusieurs contrées du Levant, en Perse, aux environs de Tunis, etc. Nous citerons enfin le Rosier du Bengale (R. indica, Willd.: R. diversifolia, Vent.), dont les fleurs se renouvellent toute l’année, et le Rosier Banks (R. Banksia, ), qui, palissé contre les murs, prend un développement immense et produit un effet admirable.

Les espèces indigènes ne sont pas moins dignes d'intérêt. Le Rosier odorant ou rouillé (R. rubiginosa, L.) exhale une odeur de pomme de reinette. Il est commun sur les coteaux, dans les lieux secs et pierreux, dans les champs et le long des routes. Ses feuilles, séchées à l’ombre et infusées comme du Thé, forment une boisson assez agréable. On trouve fréquemment sur ce Rosier une grosse excroissance rougeâtre, hérissée de poils, d’une odeur acide et pénétrante, occasionnée par la piqûre d’un insecte et connue sous le nom de bédéquar ou éponge du Rosier. Le Rosier sauvage ou Églantier (R. canina, L.) est le plus répandu en Europe; il croît dans les buissons, et présente plusieurs variétés. Le Rosier églantier (R. eglanteria, L.), qu'il ne faut pas confondre avec le précédent, a des fleurs jaunes d’une grande beauté, mais d’une odeur peu agréable; on le place le long des allées, dans les bosquets, les massifs. Le Rosier des champs (R. arvensis, L.) et le Rosier épineux (R. spinosissima, Jacq.: R. pimpinellifolia, L.) n’offrent rien de bien remarquable.

Il n’en est pas de même du Rosier de Provins (R. gallica, L.; R. pumila, Jacq.), dont les tiges perdent leurs aiguillons très-promptement. Il croît sur les montagnes alpines, dans la Savoie, le Dauphiné, l'Auvergne, les Vosges, etc.; dans les prairies un peu humides et exposées au nord. Il est hors de doute que cet arbrisseau est indigène de l’Europe, quoiqu’on ait prétendu qu’il avait été porté de Syrie à Provins par un comte de Brie, au retour des croisades. Il paraît qu'il a été connu de toute antiquité; il en est même qui prétendent que c’est l'espèce dont Homère a tant vanté les vertus dans l’Iliade. Ses fleurs acquièrent par la dessiccation une odeur plus forte et plus agréable; elles ont été longtemps un objet de commerce pour la France : on en exportait jusqu'aux Indes; elles y étaient si estimées, qu'on les y payait quelquefois au poids de l'or. C’est avec cette espèce qu'on prépare la conserve de roses.

La conserve de cynorhodons se prépare avec les fruits du Rosier sauvage, appelés cynorhodons; c’est un médicament astringent, dont on fait usage dans plusieurs maladies. Les pétales du Rosier de Provins servent à faire le miel rosat, très-employé pour les inflammations légères du pharynx. L'eau de rose se fait avec les fleurs du Rosier des quatre saisons et du Rosier à cent feuilles.

Le nombre des variétés de roses s'élève de deux à trois mille, et s’augmente tous les jours. Leur culture constitue une des principales branches du commerce horticole. Dans plusieurs provinces de la France, il n’était pas autrefois permis à tout le monde d’en cultiver. Parmi les anciens droits sei-

() Bon Jardimuer.

gneuriaux, on trouve beaucoup de redevances de boisseaux de roses pour la provision d’eau de rose du seigneur. On appelait chaperon de roses un cadeau que l'on faisait à une fille en la mariant.

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Fig, 138, — Eglantier,

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