CYPERUS. Linné. (Soucuer
Épillets en fascicules disposés en ombelles ou en glomérules terminaux, munis à leur base de brac-
tées foliacées, à écailles nombreuses, pliées-carénées, toutes fertiles, presque égales entre elles, ou les 1-9 inférieures plus petites stériles; achaine dépourvu de soies.
Les Souchets habitent surtout les régions intertropicales; mais nous en possédons un certain nombre en Europe.
Le Souchet comestible, ou amande de terre (C. esculentus, Linné), a des rhizomes garnis de tubercules d’une saveur sucrée et agréable, analogue à celle de la châtaigne. Ils sont alimentaires; on peut en faire des émulsions et des sorbets; et, à Madrid, on en consomme annuellement environ douze mille kilogrammes pour la préparation de l’orgeat; on peut aussi en extraire de l'huile. On trouve ce Souchet en France et en Espagne; sa culture est facile : on plante, au mois de mars, dans une terre légère et humide, des tubercules qu'on a fait préalablement gonfler dans l’eau; on récolte en octobre. On a essayé, en Allemagne, de remplacer le café par ces tubercules torréfiés. Mais on emploie surtout, pour ce dernier usage, les rhizomes odorants des C longus et rotundus. Ces deux espèces ont été usitées en médecine. La première, connue sous le nom de Souchet odorant, a un rhizome d’une saveur amère, un peu astringente et aromatique; elle est légèrement excitante; la seconde a une saveur amère et résineuse. Le Souchet odorant est encore employé dans la parfumerie pour donner de l'odeur aux poudres. Les C. iria et triceps complètent la liste des espèces utiles de ce genre.
Mais la plus célèbre est sans contredit le Papyrus (C. papyrus, Linné); les anciens Égyptiens en fabriquaient du papier; pour cela, on coupait la tige en lames minces, ou bien on enlevait ses couches corticales; on en mettait deux feuillets l’un sur l'autre, en ayant soin de croiser la direction des fibres, pour donner plus de force; on les humectait avec de la colle ou avec l'eau du Nil, et, enfin, on les mettait à la presse. C’étaient là les opérations essentielles de cette préparation, dont les procédés variaient, d’ailleurs, selon l'usage auquel on destinait le papier et la qualité qu'on voulait obtenir. Ce papier était appelé, en Égypte, sacré ou hiératique; il ne servait que pour les livres sacrés des Égyptiens. À Rome, il prit les noms d’Auguste et de Livie, et même celui du papetier Fannicus. De tout ce qu'Agésilas vit en Égypte, dit Théophraste, rien ne lui fit autant de plaisir que le papyrus. L'Égypte en fournissait à la majeure partie du monde connu alors.
On fit usage du papyrus jusqu'au commencement du septième siècle, même dans les Gaules, et, pour conserver les manuscrits en livres, on y intercalait, après quatre, cinq ou six feuilles de ce papier, deux feuilles de vélin, sur lesquelles on continuait le texte. Dans la suite, le papyrus fut remplacé par du papier de coton.
Le Papyrus servait aussi, aux Égyptiens, à faire des voiles, des nattes, des cordages et des tissus de divers genres. Il paraît même qu’on en faisait des embarcations légères; et les Égyptiens croyaient que les crocodiles respectaient ceux qui montaient les barques de Por parce que la déesse Isis avait une fois navigué sur une pareille embarcation. Cette plante leur servait encore d’aliment, ou plutôt de rafraichisse ment, d’après Dioscoride. On l'employait comme combustible, et Pline nous apprend qu’elle servait de flambeaux pour les funérailles. Enfin, elle jouissait de quelque réputation dans la médecine et la chirurgie antiques.
Le Papyrus est fréquemment cultivé dans nos jardins comme plante d'ornement. Son port est trèsélégant. Ses tiges multiples, hautes de deux à trois mètres, sont terminées par une large ombelle à rayons très-nombreux. On le met dans un bassin dont le fond est garni de terre tourbeuse; mais, dans le nord de l'Europe, on est forcé de le rentrer en serre pendant l'hiver. Il se multiplie par la division de ses touffes.
Le Souchet à feuilles alternes (C. alternifolius), plus petit que le précédent, se cultive à peu près de même, mais exige moins d’eau.
Le Souchet De (C. hydra) envahit quelquefois les champs de Canne à sucre, au point de les rendre complétement stériles.