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ACCROISSEMENT DES TISSUS

L'accroissement du végétal est le résultat définitif de la nutrition. L'augmentation, en dimensions et en nombre, de ses organes élémentaires fait que ses organes composés augmentent aussi proportionnellement. Nous avons déjà vu comment les cellules, les fibres, les vaisseaux, s’agrandissent, et comment leurs parois deviennent plus épaisses. Nous n’avons donc à nous occuper ici que de l’augmentation en nombre.

L'accroissement du tissu cellulaire peut se faire de deux manières : 1° par dédoublement; ainsi, dans les Conferves, les Chara, et peut-être des végétaux plus élevés, on remarque souvent un étranglement dans les cellules, une saillie à l'intérieur; cette saillie s’avance de plus en plus et finit par former une cloison parfaite. Celle-ci se dédouble un peu plus tard, et c’est ainsi que, là où il y avait uve cellule unique, on en a deux ou plusieurs résultant de sa division.

2° Par formation de nouvelles cellules; celles-ci peuvent naître à l’intérieur des anciennes, ou dans leur intervalle, ou, enfin, tout à fait à l'extérieur du tissu; de là les noms d’accroissement intra. cellulaire, intercellulaire et extracellulaire.

Cet accroissement est souvent très-rapide; c’est ce qu’on observe dans les Bambous, les Agaves, etc., mais nulle part comme dans les Champignons, où il a donné lieu à un proverbe bien connu. L'un d’eux, le Bovista gigantea, peut, dans une nuit, développer plusieurs millions de cellules.

Quant à l'accroissement des organes composés, et en particulier des tiges et des racines, plusieurs théories ont été émises, mais aucune n’est aujourd’hui généralement adoptée. Nous devons ici, sans prendre parti pour l’une ou pour l’autre, nous borner à un résumé succinct et impartial.

1° L'accroissement en diamètre a lieu dans les arbres Dicoiylédons par la transformation annuelle du liber en aubier, de l'aubier en bois, et par le renouvellement successif du liber.

Tel est le fondement de la théorie de Malpighi, que Duhamel a soutenue et développée.

2° La fosmation successive des couches ligneuses, c’est-à-dire l'accroissement en diamètre, est produit par le développement des bourgeons.

Proposée par Delahire en 1719, oubliée pendant près d’un siècle, reprise par Dupetit-Thouars, cette théorie a été, dans ces derniers temps, développée et appuyée sur de nouvelles preuves par M. Gaudichaud.

D’après Dupetit-Thouars, les bourgeons sont des embryons fixes; dès qu’ils se manifestent, ils obéissent à deux mouvements généraux, l'un montant ou aérien, l’autre descendant ou terrestre. L'évolution aérienne de chacun de ces bourgeons donne naissance à un scion ou jeune branche, tandis que de sa base, c’est-à-dire du point par lequel il adhère à la plante mère, partent des fibres, comparables à la radicule de l'embryon, et qui, glissant dans la couche humide du cambium, entre le liber et l’aubier, descendent jusqu’à la partie inférieure du végétal. Or, chemin faisant, ces fibres rencontrent celles qui descendent des autres bourgeons; elles s’y réunissent, s’anastomosent entre elles, et forment ainsi une couche plus ou moins épaisse, qui prend de la consistance, de la solidité, et constitue chaque année une nouvelle couche ligneuse. Quant au liber, une fois formé, il ne change plus de nature, et n’éprouve aucune transformation.

Pour M. Gaudichaud, c’est la feuille qui est l'individu végétal ou phyton, qui se divise en deux systèmes, le système ascendant (mérithalles tigellaire, pétiolaire et limbaire), et le système descendant (fibres radiculaires). M. Gaudichaud admet donc deux systèmes de vaisseaux; l’un, ascendant, composé de trachées et de tous les vaisseaux qui forment le canal médullaire, et dont le développement produit l'accroissement en hauteur de la tige; l’autre, descendant, formé de tous les vaisseaux rayés, ponctués, ou tubes ligneux qui descendent en s'orgauisant de la base des bourgeons, et donnent naissance aux couches ligneuses et aux feuillets vasculaires de l'écorce.

3° La formation annuelle des couches ligneuses est due au cambium, qui, chaque année, fournit les matériaux d'une nouvelle couche de l’aubier et d’une nouvelle couche du liber.

Cette opinion, dont le germe se trouve dans les écrits de Grew, a été, après quelques variations, formulée définitivement par M. De Mirbel en 4816. Ici le cambium n’est point un liquide qui s’épanche entre le bois et l’écorce, c’est un véritable tissu qui naît à la fois de ces deux parties de la tige. «Il se forme, dit-il, entre le liber et le bois, une couche qui est la continuätion du liber. Cette couche régénératrice a reçu le nom de cambium. Le cambium n’est donc point une liqueur qui vienne d’un endroit ou d’un autre : c’est un tissu très-jeune qui continue le tissu plus ancien. Il est nourri et développé à deux époques de l’année, entre le bois et l'écorce, au printemps et en automne. Son organisation paraît identique dans tous ses points; cependant, la partie qui touche à l’aubier se change insensiblement en bois, et celle qui touche au liber se change insensiblement en liber. Cette transformation est perceptible à l'œil de l'observateur. » On voit tout de suite les analogies et les différences entre cette théorie et celle de Duhamel.

Daus les Endogènes, les fibres ligneuses anciennes étant toujours repoussées par les nouvelles vers la circonférence, la région voisine de celle-ci acquiert une très-grande dureté; et dès lors, à une certaine époque, la tige de ces arbres cesse de s’accroître en diamètre.

L’accroissement en hauteur se fait par le développement du bourgeon terminal : celui-ci donne naissance chaque année à un nouveau scion qui augmente ainsi successivement la hauteur de la tige. Le tronc se trouve donc formé par une suite de cônes très-allongés, dont le sommet est en haut, et qui sont superposés les uns aux autres. Mais le sommet du cône le plus intérieur s’arrête à la base de la seconde pousse, et ainsi successivement; en sorte que C’est seulement à la base du tronc que le nombre des couches ligneuses correspond au nombre des années du végétal. C’est pour cette raison que le tronc des arbres dicotylés est plus où moins conique; il est des arbres sur lesquels ces faits sont des plus manifestes, par exemple, les Pins et les Sapins (1).

(4) Rucnanv, Nouveaux Éléments de Botanique.

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