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FÉCONDATION

L'existence des sexes dans les végétaux paraît avoir été vaguement connue des anciens; mais c’est seulement dans le dernier siècle qu’elle a été démontrée d’une manière irréfragable. Nous présenterons ici en peu de mots les principales preuves sur lesquelles elle s'appuie :

1° Dans les plantes à sexes séparés, les individus femelles ne portent de fruits et de graines fécondes que quand le pollen des fleurs mâles à été versé sur eux. C’est ce que prouve si bien la pratique de la fécondation artificielle des Dattiers de la Basse-Égypte;

2° On peut féconder artificiellement et à volonté une ou plusieurs fleurs d’une même grappe en y déposant du pollen, les autres restant toutes stériles;

3° Dans une fleur hermaphrodite, si, avant la déhiscence des loges de l’anthère, on retrançhe les étamines, le pistil n’est pas fécondé;

4° Dans les fleurs doubles, c’est-à-dire dans celles dont toutes les étamines se sont converties en pétales, les ovaires restent stériles;

9° Les plantes hybrides, c’est-à-dire celles qui résultent de la fécondation artificielle ou naturelle d’une espèce par une autre espèce analogue, sont encore une des preuves les plus convaincantes de l’action fécondante du pollen. Ces hybrides ou mulets, en effet, participent à la fois des caractères des deux espèces dont ils proviennent, comme les hybrides ou mulets parmi les animaux.

La fécondation est souvent précédée de phénomènes précurseurs qui preparent faccomplissement de cette fonction. Ainsi, les étamines, qui, dans certaines plantes sont rejetées vers la partie extérieure ou repliées vers le fond du périanthe, se redressent vers le stigmate. Dans d’autres fleurs, les stigmates eux-mêmes se gonflent et sécrètent un suc plus abondant. Les boutons des Nymphéa, et d’autres végétaux qui étaient cachés sous l'eau, s'élèvent au-dessus de la surface et s’épanouissent, pour redescendre au-dessous de l'eau après là fécondation. Gependant, celle-ci peut s’opérer dans des plantes entièrement submergées.

Fig. 130. — Aspasie odorante.

L'acte essentiel de la fécondation consiste dans le contact du pollen avec l'ovule; pour cela, il faut d’abord qu'il tombe sur le stigmate; cette chute s'opère de différentes manières. Elle se fait naturellement dans les fleurs hermaphrodites qui ont les étamines plus longues que les pistils; dans le cas contraire, le pédoncule se tord, et la fleur se renverse ordinairement avant la fécondation, de manière que le stigmate se trouve inférieur aux anthères. ,

Dans ‘les plantes diclines monoïques, et surtout dans les dioïques, la fécondation se fait à distance, soit par les vents qui transportent le pollen, soit par les insectes : ceux-ci, qui affectionnent particulièrement telle ou telle espèce végétale, vont puiser dans les fleurs mâles la liqueur sécrétée par les nectaires; puis ils vont en faire autant sur les fleurs femelles; mais, dans les premières, différentes parties de leur corps se sont chargées de poussière fécondante, qui se trouve ainsi transportée sur les stigmates. Cette opération peut se faire à d'assez grandes distances. On connaît l’histoire de ce Pistachier femelle du Jardin des Plantes de Paris, qui, après avoir été long-

temps sans porter de fruits, fut, une année, fécondé par un Pistachier mâle qui se trouvait dans la pépinière de l'enclos des Chartreux, situé derrière le Luxembourg.

C st sur cette fécondation par les Insectes qu'est fondé le procédé de la caprification. Les fleurs du Figuier sont situées dans un réceptacle pulpeux qui est le fruit ou la figue. Gelui de quelques Figuiers sauvages (Caprificus) ne contient que des fleurs mâles, et les autres ont des fleurs mâles et femelles, mais séparées : les premières à l'entrée, les autres au fond du réceptacle.

Fig. 131. — Justicia Mædonnellix,

Les Figuiers cultivés ne contiennent que des fleurs femelles, mais on les féconde par le moyen d'un Insecte, le Cynips psenes L., qui se trouvait sur le fruit du Caprificus ; il perce le fruit du Figuier, afin d'y déposer ses œufs, et en même temps il répand dans le réceptacle, sur les fleurs femelles, le pollen des fleurs mâles. Sans cette opération, le fruit mürit, mais il ne donne pas de graines; c'est ce qui fait que, dans nos jardins, les Figuiers ne peuvent se propager que par bouture. En Orient, on ne laisse pas à la nature seule le soin de mürir le fruit; mais on l'aide dans cette opération. Pour cela, pendant les mois de juin et de juillet, les cultivateurs cueillent des figues sauvages, et, après les avoir enfilées dans des liens d'herbe ou de bois, ils les portent sur des Figuiers cultivés; ils ont soin d'observer pour cela les figues sauvages qui sont en état d'être cueillies, c’està-dire qui contiennent des Insectes prêts à en sortir.

Nous avons dit que les fleurs des plantes submergées venaient en général au-dessus de l’eau pour la fécondation. L'un des phénomènes les plus remarquables sous ce rapport est offert par la Vallisnérie. Cette plante croît en divers pays, notamment en France, dans le Rhône. Ses fleurs femelles

sont portées sur un pédoncule fort long, roulé en spirale : au moment de la fécondation, celui-ci se déroule jusqu'à ce que la fleur soit parvenue à la surface, et l’y soutient en s’allongeant ou se raccourcissant à mesure que l’eau s'élève ou s’abaisse. Les fleurs mâles sont très-petites, très-nombreuses, et portées sur des épis qui habitent toujours dans le fond; mais, à l’époque prescrite par la nature, elles se détachent, montent à la surface, y flottent, s’y épanouissent; et, portées par le courant autour des femelles, elles répandent leur pollen. Lorsque les ovaires sont fécondés, la spirale se replie, et le fruit va mürir sous l’eau.

Nous avons vu aussi que la fécondation peut s’opérer dans des plantes entièrement submergées; ce fait a été observé plusieurs fois dans la Renoncule d’eau. M. Bastard a remarqué que les fleurs ainsi submergées contenaient entre leurs enveloppes, avant l'épanouissement, une certaine quantité d’air, provenant évidemment de l'expiration végétale, et que c'était par l'intermédiaire de ce fluide que la fécondation avait lieu.

Cette observation nous explique parfaitement le mode de fécondation des plantes submergées quand elles sont pourvues d'enveloppes florales. Mais il devient impossible d’en faire l'application aux végétaux qui n’en ont pas : tels sont le Ruppia, le Zostera, le Zanichellia, et d’autres encore dont la fécondation s'opère, bien que leurs fleurs soient entièrement plongées dans l’eau.

La fécondation peut aussi s’opérer artificiellement. Ce mode est même mis en pratique, depuis un temps immémorial, en Égypte et dans les autres parties de l'Afrique, où le Dattier est cultivé en abondance. À l’époque où les fleurs s’épanouissent, on monte au sommet des individus femelles, et on secoue au-dessus de leurs fleurs des régimes de fleurs mâles qui y répandenit leur pollen. Pendant la campagne d'Égypte, dit Delile, cette pratique n'ayant pu être mise en usage à cause des hostilités continuelles entre les deux partis, la récolte des Dattiers manqua entièrement.

On a employé très-souvent de nos jours le même procédé pour féconder des végétaux dioïques dans les jardins botaniques. C’est ainsi que des Palmiers femelles ont pu être fécondés avec du pollen recueilli à une grande distance et envoyé dans une lettre; il a produit son effet quinze jours après avoir été recueilli. Linné prétend même que non-seulement on peut, par ce procédé, féconder artificiellement une seule fleur d’une plante, mais qu’il est même possible de ne féconder qu'une seule loge d'un ovaire multiloculaire, en ne mettant le pollen en contact qu'avec une des divisions du stigmate; ce dernier fait n’est pas parfaitement prouvé.

Mais c’est surtout pour la production des Hybrides que la fécondation artificielle a été employée avec succès. On en produit aisément en croisant de simples variétés; il est moins facile d’en obtenir en croisant des espèces, très-difficile entre espèces de genres différents, impossible d’une famille à une autre. Cela ne doit pas nous surprendre; il y a nécessairement des rapports intimes entre l’organisation du pollen et celle des pistils d'une même espèce, et ces rapports doivent diminuer sans doute à mesure que les plantes se ressemblent moins. Les Hybrides sont bien loin d’être aussi communs dans la campagne que dans nos serres ou nos jardins. Du reste, ces plantes ne sauraient se perpétuer de graines; elles peuvent, il est vrai, produire, soit d’elles-mêmes, soit à l’aide de croisements, quelques semences fécondes, mais cette fertilité s'étend tout au plus jusqu’à la quatrième génération.

Nous avons déjà vu l’anthère s’ouvrant de diverses manières pour laisser échapper le pollen, phénomène qui constitue sa déhiscence. Voilà donc le grain de pollen arrivé sur le stigmate. Avant de voir ce qu'il devient plus tard, examinous sa structure. Il se forme dans des cavités nommées utricules polliniques, et se présente, dans la généralité des plantes, sous l’apparence de grains de poussière qui remplissent la loge de l’anthère. Ces grains sont eux-mêmes des utricules; nous y trouvons une enveloppe double, et une matière renfermée nommée fovilla : celle-ci est formée d’un fluide épais et d’une foule de petits corpuscules granuleux, auxquels viennent fréquemment s'associer des gouttelettes huileuses. On a observé dans ces corpuscules des mouvements très-remarquables qui ne sont pas encore expliqués d’une manière satisfaisante. Leurs formes extérieures sont très-variables.

Quand les grains de pollen sont mis en contact avec un liquide, ses deux enveloppes se gonflent et s'étendent, mais l’intérieure plus que l’extérieure. Celle-ci, pressée par la première, lui livre passage par des ouvertures, soit accidentelles, soit ménagées d'avance par la nature sur la surface du grain. C'est la déhiscence du pollen.

Une action analogue, et qu’on peut aisément prévoir, se passe lorsque le pollen a touché la surface

humide du stigmate, où il est.retenu et fixé par un enduit visqueux. Le grain, par un phénomène d’endosmose, absorbe cette humidité et se gonfle avec lenteur; la plus interne de ses membranes s’étend, sort à travers une ouverture pratiquée dans la membrane extérieure, et, en s’allongeant, forme une espèce de tube qui pénètre dans les interstices du tissu du stigmate, qu'il traverse ainsi peu à peu dans toute son épaisseur. Îl traverse de même le tissu conducteur qui forme le style et arrive jusqu'à l'ovaire. Or dans la cavité de celui-ci se trouvent les ovules qui, à cette époque, forment des sortes de petits sacs ouverts à un de leurs bouts. Le pollen traverse cette ouverture, et entre lui et l’ovule s'établit ainsi un contact immédiat.

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