GERMINATION
On entend par ce mot la série des développements qu'éprouve l'embryon, depuis l'instant où il sort de l’engourdissement où il se trouvait dans la semence jusqu’à celui où, dégagé de ses enveloppes, il puise sa nourriture dans l’atmosphère et dans le sol.
L'air, la chaleur et l'humidité, sont les agents indispensables de la germination. Pour conserver les graines, il suffira de les soustraire à l’action de ces divers agents. Les procédés que l’on a employés à cet objet sont très-variés; les silos sont l’un des plus fréquemment mis en usage; on appelle ainsi de grandes excavations creusées en terre ethermétiquement closes. Gn peut encore mettreles graines en tas qu'on entremêle et qu’on recouvre avec du sable, des feuilles sèches, de la paille, ou toute autre substance qui puisse se charger de l'excès d'humidité qu’elles laissent échapper. Les graines féculentes, telles
que celles des Graminées et des Légumineuses, sont extraites de leurs envelappes et mises dans des greniers, où on les retourne fréquemment, afin d'éviter l'humidité et surtout l’échauffement qui résulterait de leur état serré. Enfin, celles de quelques arbres forestiers peuvent se conserver dans l’eau pendant quelque temps.
La nature nous offre quelquefois des exemples remarquables de cette conservation. Des graines enfouies trop profondément restent sans germer, jusqu’à ce qu'un travail donné au sol les rapproche de la surface, et leur permette ainsi de se développer. C'est ce qui arrive souvent dans les Jardins botaniques ou dans les forêts nouvellement défrichées.
On observe tous les degrés de longévité dans la conservation des graines. On sait que des semences de Haricot, tirées de l'herbier de Tournefort, ont parfaitement germé après être restées inertes pendant plus d’un siècle. M. Charles Desmoulins cite un fait encore plus étonnant : des graines de Luzerne lupuline, de Bluet et d'Héliotrope, trouvées dans des tombeaux romains qui remontaient aux premiers siècles de l’ère chretienne, ont non-seulement germé, mais donné naissance à des individus qui ont fleuri et fructifié.
Il y a divers moyens de s'assurer de la bonté des graines que l’on emploie : 1° leur examen anatomique, pour peu que leur volume soit considérable; la graine est généralement mauvaise si elle a changé de couleur, si son odeur et sa saveur offrent le caractère que l’on désigne sous le nom de rance; 2° le poids; la graine de bonne qualité devient plus légère quand elle s’est gätée; on peut donc mesurer exactement le poids d’une certaine mesure, un litre, par exemple, de bonne graine, et s’en servir comme de terme de comparaison. On sait d’ailleurs vulgairement qu’en jetant les graines dans l'eau, les bonnes vont au fond et les mauvaises surnagent; ce moyen, quoique ne donnant pas des résultats parfaitement exacts, est employé avantageusement, à cause de sa simplicité, 3° enfin, un essai préalable; on prend un nombre déterminé de graines, on les sème, et on hâte leur germination par les procédés connus. Le nombre de celles qui lèvent donnent la proportion probable des bonnes et des mauvaises.
Les graines emploient plus ou moins longtemps à germer : les unes vingt-quatre heures, les autres plusieurs années; mais, dans celles-ci, la germination est retardée par la durée des enveloppes de la graine. On comprend d’ailleurs que les circonstances extérieures doivent influer beaucoup sur cette durée.
Quoi qu’il en soit, dès qu’une semence est placée dans des circonstances favorables à son développement, elle absorbe Peau qui l'entoure, et par le hile, et par la surface de son tégument; de celui-ci, le fluide parvient à l’endosperme ou aux cotylédons; la fécule contenue dans ces organes prend l'apparence d'une sorte d’émulsion, qui bientôt se transforme en une liqueur sucrée. Cependant, la graine s’est renflée à mesure que l’eau s’insinuait dans ses diverses parties, et quelquefois elle arrive à acquérir un volume double de celui qu'elle avait avant la germination. Le plus souvent, les téguments se déchirent, ou il s’en détache régulièrement une petite portion, et la radicule, nourrie des substances que lui ont fournies l’endosperme et les cotylédons, s’ouvre un passage à travers l’ouverture du tégument quand elle existe, ou, dans le cas contraire, à travers le hile.
En général, la présence ou l'absence d’un albumen corné est un indice qui détermine une germination plus ou moins prompte. Une graine albuminée (Pivoine) pourra rester un an et davantage en terre sans germer, tandis qu’une graine dépourvue d’albumen entrera en germination dans l’espace de quelques jours.
Certaines substances paraissent avoir une influence bien manifeste pour accélérer la germination: M. De Humboldt a observé que les graines du Cresson alénois, mises dans une dissolution de chlore, germaient en cinq ou six heures, tandis que dans l’eau pure ces mêmes graines avaient besoin de trente-six heures pour arriver au même résultat. La même dissolution a favorisé le développement de certaines graines exotiques qui jusqu'alors avaient résisté à tous.les moyens employés pour les faire germer.
Le sol, sans être précisément indispensable au développement des plautes, n'est pas cependant sans influence sur leur végétation.
La lumière, loin de hâter le développement de l'embryon, le ralentit d'une manière manifeste. En effet, les graines germent beaucoup plus vite à l'obscurité qu'exposées à la lumière solaire. L'électri-
cité, au contraire, exerce une action très-marquée sur les phénomènes de la germination, comme au reste sur l'accroissement de toutes les autres parties du végétal; l'expérience ne laisse aucun doute à ce sujet.
La germination présente, dans les trois grands groupes de végétaux, des différences importantes, mais qui sont une conséquence nécessaire de la variété de structure de leurs organes reproducteurs, et sur lesquelles par conséquent il est inutile d’insister ici.