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VÉGÉTAUX FOSSILES

Il est d'un grand intérêt, pour la géologie et la botanique, de comparer la distribution actuelle des plantes sur la terre avec la géographie des flores éteintes. La végétation ne s’est pas montrée, dès les premiers âges du globe, avec les mêmes formes qu'aujourd'huï; les empreintes laissées dans les diverses couches du sol indiquent les associations végétales qui ont recouvert successivement la surface de notre planète.

Fig. 144. — Asaret ou Cabaret d'Europe.

Les plus anciennes couches stratifiées ne renferment que des plantes marines cellulaires; on commence à trouver dans le terrain devonien des végétaux vasculaires. Mais ces végétaux diffèrent peu ou point de ceux qui sont renfermés dans les couches de houille : celle-ci peut done être considérée

comme renfermant la végétation primitive du globe. Elle comprend : 4° des Cryptogames analogues aux Fougères; 2° des Monocotylées, Gazons, Palmiers, Liliacées analogues aux Yucca; 3° des Gymnospermes, Conifères et Cycadées. On connaît déjà quatre cents espèces de la Flore de ce terrain (1).

Fig. 145. — Raisin d’ours (Phytolacca decandra),

Parmi ces empreintes végétales, les plus fréquentes sont produites par des feuilles de Fougères; “Mais ces Fougères du monde primitif ne sont pas celles qui croissent encore dans nos climats, car il n’en existe pas actuellement en Europe plus de trente à quarante espèces, et les mêmes contrées en uourrissaient alors plus de deux cents, toutes beaucoup plus analogues à celles qui habitent maintenant entre les tropiques qu’à celles des climats tempérés. On trouve aussi des tiges fossiles de Fougères arborescentes, ainsi que des Équisétacées et des Lycopodiacées. Seulement, les espèces vivantes de ces deux dernières familles atteignent rarement la grosseur du doigt et 1 mètre de hauteur, tandis que les Calamites, genre voisin de nos Prèles, ont jusqu’à à mètres de haut sur 2 décimètres de diamètre, et les Lepidodendron, analogues aux Lycopodes, 25 mètres de haut sur 4 mètre de diamètre, avec des feuilles de 5 décimètres.

Les plus petites plantes de notre époque étaient alors représentées par des formes gigantesques,

(1) Ac. ne Humsoupr, Cosmos.

mais de l’organisation la plus simple et la plus uniforme. Les Dicotylées manquent complétement dans cette Flore primitive, et c’est à peine si l’on y trouve quelques indices de Monocotylées. La classe qui, presque à elle seule, constitue cette puissante végétation est celle des Cryptogames vasculaires, qui ne comprend actuellement que cinq familles, dont les principales ont des représentants dans l’ancien monde; telles sont les Fougères, les Préles et les Lycopodiacées.

Ces familles sont pour ainsi dire le premier degré de la végétation ligneuse. Elles deviennent d’autant plus nombreuses et acquièrent une taille d'autant plus élevée, qu’elles croissent dans des régions plus rapprochées de l'équateur. Une seconde condition paraît avoir une influence encore plus marquée sur leur prépondérance par rapport aux végétaux des autres familles : c’est l'humidité et l'uniformité du climat; conditions qui se trouvent réunies au plus haut degré dans les petites îles éloignées des continents. Là, en effet, l'étendue des mers environnantes détermine une température peu variable et une humidité constante qui favorisent le développement et la variété des formes spécifiques parmi les Cryptogames; tandis qu'au contraire, sous l'influence de ces mêmes conditions, les Phanérogames sont peu variés et beaucoup moins nombreux.

Il en résulte que, tandis que dans les grands continents les Cryptogames vasculaires forment souvent à peine la cinquantième partie du nombre total des végétaux, dans les petites îles des régions équinoxiales ces mêmes plantes constituent presque la moitié, et même quelquefois jusqu'aux deux tiers de la totalité des végétaux qui les habitent. Les archipels situés entre les tropiques nous présentent donc actuellement la végétation la plus analogue à celle des premières époques.

L'étude des végétaux qui accompagnent les couches de houille doit par conséquent nous porter à penser qu’à cette époque la surface de la terre, dans les contrées où se trouvent les dépôts houillers les mieux connus, c’est-à-dire dans l'Europe et l'Amérique du Nord, offrait les mêmes conditions climatériques qui existent maintenant dans les archipels des régions équatoriales, et probablement aussi une configuration insulaire.

Cette grande végétation primitive se présente avec les mêmes caractères en Europe et en Amérique, et l'Asie équatoriale, ainsi que l'Australie, sembleraient même avoir participé alors à cette uniformité générale de structure des végétaux.

Il est presque certain que le dépôt des dernières couches du terrain houiller a été suivi de la destruction de toutes les espèces qui constituaient cette végétation primitive. Ici commence une seconde formation qui se prolonge jusqu’à la fin des dépôts crétacés; elle est remarquable dans l'histoire du règne végétal par la prédominance de deux familles, bien plus importantes alors qu’elles ne le sont aujourd’hui par leur nombre et leur grandeur; ce sont les Cycadées et les Gonifères. Ces deux familles, par leur organisation, forment le chaînon intermédiaire entre les Cryptogames vasculaires de la période houillère et les Dicotylées proprement dites, qui forment la majorité des végétaux dans la période tertiaire. On retrouve bien encore dans quelques parties de ces terrains secondaires un petit nombre de Fougères et de Prêles arborescentes, mais cependant d’une taille beaucoup moins considérable que celles des terrains houillers.

La période tertiaire vit s’opérer dans le règne végétal une troisième transformation; ce fut la créaton des Dicotylédones, qui, à peine représentés dans les derniers temps de la période secondaire, se présentent tout à coup d’une manière prépondérante. Comme de nos jours, cette classe domine alors toutes les autres, soit par le nombre et la variété des espèces, soit par la grandeur des individus. Alors apparaissent les Pins, Sapins, Thuyas, Peupliers, Bouleaux, Charmes, Noyers, Érables, etc. L'existence dans ces mêmes terrains, jusque dans le nord de la France, de quelques Palmiers, trèsdifférents de ceux qui croissent encore sur les bords de la Méditerranée, et d’un petit nombre d’autres plantes qui appartiennent à des familles actuellement limitées à des régions plus chaudes, semble indiquer qu’à cette époque l’Europe centrale jouissait d’une température un peu plus élevée qu’à présent. La terre avait pris alors, en grande partie du moins, la forme qu’elle conserve encore de nos jours; aussi la végétation était-elle très-variée (1).

Le fait principal qui ressort de l'étude des végétaux fossiles, c’est que, dans le règne végétal comme dans le règne animal, il y a eu un perfectionnement graduel dans l’organisation des êtres qui ont successivement vécu sur notre globe.

(1) An Bnoxexisnr, Vegélauæ fossiles.

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