TAXONOMIE
Le nombre des végétaux qui couvrent la surface du sol est si considérable, qu’il serait impossible d'aborder leur histoire sans le secours de la classification. La nécessité de celle-ci s’est moins fait sentir pour les anciens auteurs, qui, ne connaissant qu'un petit nombre de plantes, s’occupaient sur. tout dans leurs écrits de celles qui intéressaient la médecine. C’est ainsi que nous voyons la plupart des naturalistes de l'antiquité et même de la renaissance décrire sans ordre les êtres dont ils parlaient, ou du moins suivre des classifications tellement vagues, qu’elles méritent à peine ce nom. Mais, depuis la renaissance des lettres, et à mesure que les études botaniques se sont étendues, on a senti la nécessité de classer les végétaux; et de là une foule d'essais plus ou moins heureux qu'il serait infiniment trop long d’énumérer, et dont nous nous contenterons ici d'indiquer les plus saillants.
La nature ne nous présente en réalité que des individus. Mais, avec un peu d'attention, on ne tarde pas à s’apercevoir qu'un grand nombre de ces individus se ressemblent plus entre eux qu'ils ne ressemblent aux autres êtres qui les entourent. On voit aussi qu’ils ne se ressembleraient pas davantage s'ils étaient tous nés des mêmes parents. Ils peuvent s’accoupler entre eux, et donner des produits qui peuvent perpétuer indéfiniment leur race. La collection de tous ces individus a reçu le nom d'espèce. On peut donc définir celle-ci la réunion des individus qui offrent les mêmes caractères essentiels. Cette définition, et les considérations qui la précèdent, donnent une notion suffisante de l'espèce, du moins en théorie; mais nous ne devons pas nous dissimuler qu’elle présente souvent des difficultés dans son application. Toutefois, il serait difficile d’en donner une plus exacte; la question de l’espèce est une des plus délicates en histoire naturelle, et toutes les définitions qu’en ont données les naturalistes les plus éminents pèchent toujours par quelque point.
Les individus d’une même espèce peuvent offrir les mêmes caractères essentiels, et néanmoins différer entre eux par quelques caractères qui tiennent à des circonstances accidentelles. On appelle variétés ces individus qui s’éloignent du type primitif de l'espèce par des caractères de peu d’importance. Ainsi, une tige plus ou moins grande, des feuilles plus ou moins larges, plus ou moins profondément découpées, des fleurs d’une couleur différente, simples ou doubles, ne sont pas des caractères spécifiques; ils n’annoncent que de simples variétés. En général, les variétes ne se multiplient pas constamment par le moyen de la génération, et les individus nés de leurs graines retournent le plus souvent au type primitif. Néanmoins, un certain nombre peuvent se perpétuer par les graines, et donner ainsi des races dont le degré de permanence varie.
L'idée de l'espèce découle donc nécessairement de la comparaison des individus entre eux. Si l'on applique aux espèces comparées entre elles des raisonnements analogues, on obtient facilement l'idée générale du genre. On désigne sous ce nom la collection des espèces qui ont entre elles une ressemblance frappante dans l'ensemble de leur organisation. L'idée de ce premier degré d'association entre les espèces a dû naître naturellement de l'examen de certains genres parfaitement tranchés; il nya pas eu besoin de la moindre étude, de là moindre réflexion, pour reconnaître que les espèces de Rosiers, de Chênes, de Trèfles, se ressemblent infiniment plus entre elles qu’elles ne ressemblent à aucune autre plante : aussi, dès l'enfance de l’histoire naturelle, dans le langage même des paysans et de quelques peuples sauvages, on trouve des indices de ces espèces d'associations des espèces voisines; les botanistes n’ont fait que généraliser et préciser cette notion vague de genre. Dans certains genres, les espèces ont entre elles des rapports si multipliés, qu’on ne peut y distinguer réellement qu'un seul groupe; tels sont les genres Rosier, Saule, etc. Il en est, au contraire, dont les es-
pèces. elles-mêmes se groupent entre elles en plusieurs associations bien distinctes, et dont chacune pourrait être considérée comme genre; ces groupes ont reçu le nom de section ou de sous-genrc; ainsi le grand genre Pyrus (Poirier) contient les sous-genres Pyrus, Malus (Pommier), Sorbus (Sorbier), Cydonia (Coignassier).
Fig. 146. — Genévrier commun.
Dans l’origine de la science, et lorsque le nombre des espèces connues était peu considérable, chacune d’elles pouvait être, et était en effet désignée par un nom particulier. Mais, aujourd’hui qu'on en connaît environ cent mille, s’il fallait avoir un nom distinct pour chaque végétal, aucune mémoire n humaine ne pourrait y suffire; de plus, ces noms, tous indépendants les uns des autres, ne donneraient aucune idée des ressemblances frappantes qui existent entre certaines plantes. Pour obvier à … ce double inconvénient, les fondateurs de la Botanique prirent l'usage de désigner certaines espèces 4 par des noms composés, qui indiquaient leurs rapports avec d’autres déjà connus; ainsi, par exemple, Anagallis cœruleo flore (Mouron à fleurs bleues). À mesure que le nombre des espèces connues aug- » menta, on fut obligé d’allonger ces noms comparatifs, et on les changea peu à peu en véritables phrases; telles que : Anagallis aquatica folio rotundo non crenato, G. Bauhin (Mouron aquatique à M
BOTANIQUE. 191 feuilles rondes non crénelées). La longueur de ces phrases augmenta encore, et un nom se trouva
occuper jusqu'à deux ou trois lignes, comme, par exemple, Lycim Maderaspatenum triphyllum foliis veluti perforatis fructu oblongo ad genicula ex foliorum alis crumpente, spinis brevioribus reclis uno versu gemellis, Plukenet.
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Fig. 147. — Po vricr noîir.
De parcils noms ne pouvaient plus être usuels; leur longueur était telle, que la mémoire la plus habile ne pouvait les retenir qu'à peu près; leur texture ne les rendait accessibles qu'à ceux qui possédaient le latin; enfin, surtout, le moindre livre, le moindre catalosue devenaient tellement vastes, que la science courait risque de s’ensevelir sous des tas de volumes. Linné, frappé de ces graves 1nconvénients, proposa, et l'universalité des naturalistes admit, que le nom d'en être naturel serait com-
posé de deux mots : le premier, qu'il appela le nom générique, serait commun à toutes les espèces
d’un genre : par exemple, Rosa, Trifolium; le second, qu'il nomma spécifique, devait être propre à
chaque espèce d'un genre; exemple : Rosa gallica, Trifolium pratense. Par cette ingénieuse dispo-
Sition, le nombre immense des noms se trouva tout d’un coup réduit à un chiffre peu considérable,
si on le compare au nombre des êtres. Gette nomenclature reçut le nom de nomenclature linnéenne (1).
Le nombre des genres est encore trop considérable pour qu’il ne soit pas nécessaire de les réunir selon leurs affinités en groupes plus étendus; tel a été le but de tous les classificateurs. Mais ils ont employé pour cela des moyens différents. Les uns se sont attachés surtout à un petit nombre d’organes, pris souvent arbitrairement, mais faciles à saisir; ces méthodes, qui rompent les véritables rapports des êtres, mais qui ont l'avantage de faire parvenir aisément à la connaissance de leurs noms, ont été appelées méthodes artificielles. Une des plus anciennes et des plus justement célèbres est celle de Tournefort; le tableau suivant en donnera une notion exacte.
Mérnone pe ToURNEFORT.
CLASSES. EXEMPLES, res, 4. Campaniformes. . . . . . Campanule.
régulières. .
; ‘ 2. Infundibuliformes. . . . Tabac. / monopétales k Al ( 3. Personnées®" Muflier.
irrégulières : j | 4: Tapie Sauge.
, 5. Cruciformes. . . . . .. Giroflée.
/ simples ! ; 6. 1ROSACCES REP EC Rose.
régulières. . { 7. Ombelliféres. . . . . .. Carotte. 8. Caryophyllées. . . . .. OEillet.
ie \ polypétales. . 9, Lilatées 2. Tulipe.