LES ENSEIGNEMENTS DE LA DÉMOGRAPHIE
Les dénombrements. — Les économistes, les historiens, les pamphlétaires qui, avant la Révolution, ont dénoncé les vices de l’ancien régime et se sont apitoyés sur les misères du peuple, ont tous rencontré sur leur chemin ce grave embarras: l’impossibilité de fonder leurs doléances sur des constatations d’ensemble ayant un caractère authentique. La statistique n’existait pas. Yauban, Turgot, Necker, Lavoisier, Mirabeau, pour ne citer que les plus illustres, se sont heurtés aux mêmes difficultés dans leurs polémiques, et si, au fond, ils avaient incontestablement raison, leurs contradicteurs avaient beau jeu pour leur reprocher le peu de solidité de leurs chiffres. En 1791, Lavoisier écrivait: « Qu’il me soit permis d’observer que le genre de combinaisons et de calculs, dont j’ai cherché à donner quelques exemples, est la base de toute l’économie politique. Cette science, comme presque toutes les autres, a commencé par des discussions et des raisonnements métaphysiques : la théorie en est avancée : mais la science pratique est dans l’enfance et l’homme d’Etat manque à tout instant de faits sur lesquels il puisse reposer ses spéculations » (1).
Des faits et des chiffres, voilà sur quoi ces hommes, ardents à soulager les maux du plus grand nombre, eussent désiré étayer leurs théories économiques et démographiques. Par dessus tout, il leur semblait nécessaire de connaître le chiffre de la population, celui des naissances, celui des décès. Comment, sans cela, étudier utilement les famines et les épidémies, si fréquentes ? Comment fixer, sans cette information préalable, les exigences de l’assistance, de V aumônerie, comme on disait alors ? Mais un dénombrement exact de la population était-il possible ? On le contestait. Des hommes rompus à l’administration tenaient pour la négative. Necker était du nombre. Le chevalier de Pommelles écrivait en 1789 : « Il n’existe et il n’a jamais existé aucun dénombrement général
(1) Lavoisier, De la richesse territoriale du royaume de France. Avertissement. Paris, 1791.
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du royaume. Il est difficile de ne pas douter au moins de la possibilité, et surtout de l’exécution d’une telle opération » (1).
C’est cependant par cette entreprise, peut-être en effet irréalisable sous l’ancien régime, que devait être inaugurée la statistique démographique ; c’est le dénombrement de la population qui devait fournir les premières lumières sur la natalité, la nuptialité, la mortalité, et préciser ainsi des faits sociaux dont la connaissance fournit à l’hygiéniste la base de ses déductions.
Longtemps les registres des paroisses n’avaient relaté la naissance, le mariage, le décès que des personnes d’une condition élevée, de ceux dont la succession pouvait être recherchée, notamment des bénéficiaires ecclésiastiques. Pour le menu peuple, si un fait quelconque rendait nécessaire la preuve de la filiation ou du décès, on établissait cette preuve au moyen de la notoriété publique, par témoins. Vers le milieu du 17e siècle, diverses ordonnances royales obligèrent les curés des paroisses à tenir registre des actes de baptême, de mariage et d’ensevelissement effectués par leur ministère, et pour les personnes de toutes conditions. Cette obligation d’ailleurs n’existait à la fin du siècle qu’en faveur des personnes appartenant au culte catholique ; depuis la révocation de l’édit de Nantes, il n’était, plus dressé d’actes de l’état-civil pour celles appartenant à la religion réformée ; il n’en était pas non plus tenu pour les israélites ; enfin, les étrangers résidant en France ne figuraient sur aucune statistique. Ainsi, à supposer que les curés transcrivissent consciencieusement les actes auxquels ils avaient participé — et le nombre des ordonnances, aggravant chaque fois les peines pour les délinquants, suffit à prouver qu’ils y mettaient beaucoup de négligence — les registres des paroisses, même bien tenus, même exactement dépouillés, n’auraient pas pu indiquer l’état de la population, c’est-à-dire le nombre exact des individus habitant la France à un jour déterminé.
Sans l’état de la population, comment se rendre compte de l’importance proportionnelle d’une épidémie ? On n’était du reste pas davantage en mesure de savoir quels en étaient les foyers les plus virulents ; on ne pouvait par suite en étudier les causes, ni rechercher les moyens de la combattre.
A la suite d’un décret de l’assemblée nationale du 28 juin 1790 et d'une instruction du comité de mendicité du 9 juillet de la même année, on fit le dénombrement de la population ; mais ce dénombrement, opéré au chef-lieu du département, sur les déclarations plus ou moins sincères des municipalités, ne pouvait donner qu’un résultat approximatif. La population de la France, d’après les rapports des Directoires départementaux, aurait été, en 1790, de 26.363.074. On croit généralement que ce nombre est trop fort ; les municipalités des principales villes auraient
(I) Cité par M. Levasseur. La population française, t. I, page 10, en note.
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grossi le chiffre de leur population afin d’augmenter leur importance administrative, dans l’espérance de devenir chef-lieu de département ou d’arrondissement.
La loi du 20-21 juillet 1791 prescrivil, dans son article premier, que les corps municipaux dresseraient l’état de la population et que par leurs soins cet état serait rectifié chaque année. Les dénombrements quinquennaux qui ont lieu régulièrement depuis 1836 sont faits en vertu de cette loi de 1791, mais les rectifications annuelles, impraticables, ne sont plus effectuées. Il parait cependant qu’elles l’ont été pendant quelques années dans certains départements. Les évènements de la Révolution ont entravé toutes ces tentatives, et il y a bien des réserves à faire sur les résultats qu'elles ont donnés.
Le Consulat possédait une administration plus centralisée que celle de la Révolution ; il bénéficiait en outre de dix années de fonctionnement du rouage départemental. Chaptal, ministre de l’intérieur, tenta de faire un dénombrement plus exact que les précédents et voulut avoir des statistiques détaillées sur toutes les affaires de l’administration. Il adressa aux Consuls un rapport qui porte le titre de Analyse des procèsverbaux des Conseils généraux de département pour la session de l’an IX. Cet ouvrage fournit des renseignements précieux. Malthus dit l’avoir connu et en a tiré des conclusions avantageuses sur la prospérité de l’agriculture ; il en a conclu également que la natalité avait augmenté et la mortalité baissé pendant la Révolution. Le rapport de Chaptal ne justifie nullement ces conclusions. Quelques citations le prouveront sans réplique :
Ain. — La population de l’Ain est de 268.000 individus. Elle est moindre qu’en 1790 ; on attribue cette diminution aux nombreux bataillons que ce département a envoyés aux armées...
Alpes (Hautes-). — La population du département est croissante ; la petite vérole a été moins meurtrière les dix dernières années : la vaccination la préviendra plus généralement que l’inoculation...
Charente. — La population actuelle de la Charente est de 324.179 individus. On croit que ce nombre est de 20.000 au-dessous de la population réelle ; mais jusqu’à présent on n’a pu s’en assurer. On pense que les maladies de l’année dernière et la guerre surtout ont un peu dépeuplé ce département...
Côtes-du-Nord. — Antérieurement à l’an 9 il y eut deux états de dénom-
brement :
Le premier était de 530.341
Le second de 529.618
En l’an 5 la population était de 478.376
Et en l’an 9 de 502.843
On n’attribue la diminution de population qu’offre la comparaison de ces dénombrements qu'à l’inexactitude des états partiels dont se composent les derniers dénombrements généraux. Plusieurs causes cependant mettent obstacle à l’accroissement de la population :
il 2
1" L’impéritie des sages-femmes ;
2° La lenteur des progrès de l’inoculation, soit de la petite vérole, soit de la vaccine ;
3° L’usage dangereux qu’ont les habitants des campagnes d’être pêle-mêle avec leurs bestiaux. . .
Creuse. — La population est de 217.000 individus ; elle était de 233.000 en 1790. Les réquisitions ont enlevé 36.000 hommes...
Drôme. — La population est en ce moment de 233.357 individus.
Elle était en 1790 de 257.386 —
Différence en moins 22.029 —
Cette différence, trop forte en effet, vient de l'exagération des premiers recensements. Cependant, on croit qu’il y a réellement une diminution dans la population ; on l’attribue aux charlatans. Soumettre tous les médecins et tous les chirurgiens à un examen, suivi d’une autorisation spéciale pour exercer leur art. . .
Eure. — La rougeole a été meurtrière ; mais une température plus douce a atténué les progrès de cette épidémie. La population, en l’an Vil, était encore de 404.582 individus ; elle n’est aujourd’hui que de 402.816. Différence : 1766. On l’attribue à la guerre qui a nécessité la réquisition et la conscription . . .
Gironde. — La population est de 500.405 individus dans .le département. On affirme qu elle est considérablement diminuée dans toutes les communes, et d’un dixième dans celle de Bordeaux.
Causes communes à toute la France : Guerre meurtrière sur terre et sur mer, émigration, proscription, disette; perte des mœurs, des manufactures, du commerce ; manque de bras, fatigue excessive, dans les vignobles surtout, où les travaux les plus fatigants se font dans les grandes chaleurs.
Remèdes : Paix, sûreté individuelle, abondance, restauration des mœurs, des manufactures, du commerce...
Landes. — Les résultats des divers dénombrements diffèrent si fort qu’on ne sait auquel se fier. On ne croit pas la population au-dessous de 236.000 âmes. On la juge diminuée ; on en assigne pour causes les exhalaisons des marais, l’ineptie des officiers de santé et des sages-femmes de campagne, la réquisition et la conscription. . .
Léman. — La population est, par le seul recensement qui en ait été fait, de 201.568 individus. On n’a point de terme de comparaison ; on l’assure cependant diminuée : rien n’a couvert l’effrayante soustraction qu’a faite la guerre . . .
Liamone. — La population n’est plus ce qu’elle était autrefois ; on espère la voir s’augmenter, lorsque des lois analogues aux habitudes et aux penchants des habitants assureront leur vie et leurs propriétés. .
Loire. — Le département comptait autrefois 320.000 habitants ; aujourd’hui il n’en a plus que 290.000. Cette dépopulation est la suite du règne de la terreur dans ces contrées, de la réquisition et de la conscription.
Loire ( Haute-). — On ne peut rien conclure des quatre recensements faits depuis 1790. Le dernier, qui présente une diminution de 31.446 individus, est jugé l’ouvrage [de l’ignorance, de la malveillance et de la crainte. On invite le préfet à le faire' reviser...
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Loire-Inférieure. — Après avoir compare tous les différents recensements de population, on a reconnu que la population de la Loire-Inférieure est
sensiblement diminuée.
Le recensement de 1792 était de 430.310
Celui de l’an IV, de '. 394.844
Et celui qui vient d’être terminé de 369.305
Les causes de la dépopulation proviennent des 15.000 défenseurs de la patrie qu’a fournis le département ; la guerre civile et le service maritime y ont également contribué...
Lot-et-Garonne. — Les recensements de 1789, 1792 et an VIII ne coïncident pas. En regardant comme exact le dernier qui porte la population à 323.940 individus, elle excède de 15.000 celle de l’an IX ; on croit en trouver la cause dans les jouissances légitimes des droits conquis par la liberté et par les excès de la licence (1). L’heureuse température du climat, les occupations agricoles y contribuent encore...
Maine-et-Loire. — La population est diminuée. Causes : la guerre civile ; l’excès des contributions directes; la stagnation du commerce ; la rareté du numéraire. . .
Meuse- Inférieure. — On n’a point de données certaines sur la population, mais les maisons désertes des villes et le manque de bras dans les campagnes, ne permettent pas de douter qu’elle diminue. La cause en est dans la conscription militaire. . .
Mont-Blanc. — Les différents tableaux de population présentent trop de différence pour qu’on puisse décider qu’elle est dans ce moment la population réelle du département ; on remet ce travail à la prochaine session.
On pense cependant que la dépopulation est effrayante et on l’attribue à la guerre, au défaut de ressources de ce département et à la surcharge excessive des impôts. Ce pays offrira bientôt l’aspect de la misère la plus déchirante, si on ne lui rend des moyens de prospérité, tels que les routes en bon état, un tribunal d’appel, etc...
Moselle. — La population, par le dénombrement de l’an VIII, n’est que de 348.139 individus, soit 4.000 de moins que dans le dénombrement cité par le ministre. Causes de cette diminution : conscription, guerre de dix ans...
Pas-de-Calais. — La population a diminué, dans les cinq dernières années, de 25.000 individus. Causes : réquisition et conscription ; mauvaises récoltes des trois dernières années ; défaut de travail ; impéritie des sagesfemmes ; épidémie causée par la stagnation des eaux. Retenir la classe laborieuse des habitants par des travaux publics utiles au bonheur de tous...
Rhône. — La population du département est de 373.177 habitants.; elle était, il y a dix ans, de 375.000. Le déficit porte sur le chef-lieu dont la population était réduite de 140.000 à 80.000 ; elle s’est élevée, depuis le 18 brumaire, à 96.000.
Que le gouvernement persévère dans son système tolérant et protecteur, et les malheurs de Lyon se répareront ; il sera encore, pour l'étranger, l’objet d’une jalousie impuissante ou d’une juste admiration.
(I) Par « excès de licence » l’auteur de la note a sans doute entendu les ménages illégitimes, qui alors n 'étaient pas improductifs. Aujourd’hui, bien que « l’heureuse température « soit restée la même, ce département voit sans cesse décroître sa population.
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Seine-Inférieure. — La population décroît : le dernier dénombrement de l'administration centrale s’élève à 640.890 ; le dénombrement de l’an VIII ne donne que 609.743. Différence : 31.147. Cependant les mariages sont toujours aussi nombreux. On attribue cette différence aux circonstances qui ont forcé beaucoup d’habitants à porter ailleurs leur industrie et qui ont enlevé à beaucoup d’autres leurs moyens d’existence...
Deux-Sèvres. — La population est diminuée. Causes : guerre civile, surcharge d’impôts, ignorance des officiers de santé...
La population avait également diminué dans le Var, le Vaucluse, la Vendée, la Vienne, et bien d’autres départements que nous n’avons pas cités parce que les notices les concernant ne contiennent aucune des indications hygiéniques qui nous intéressent.
Il est vrai que dans douze départements les chiffres comparés des dénombrements accusent une certaine augmentation ; mais l’auteur du rapport met en doute l’exactitude des chiffres, tant il lui semble naturel que la population ait diminué partout.
Ainsi, Malthus, parlant d’après le rapport de Chaptal, prétend que la population de la France « après une lutte si longue et si destructive, semble n’avoir souffert aucune diminution, que les naissances ont augmenté et les morts diminué parmi ceux qui sont restés au pays » (1). Or, c’est le contraire qui résulte de ce rapport. En 1803, sur 78 départements, douze seulement avaient vu leur population augmenter depuis 1790 ; dans cinq, le chiffre de la population restait stationnaire ; dans sept, aucun renseignement n’avait été fourni : dans les 54 autres départements, la population avait décru. Les causes de cette dépopulation étaient d’ailleurs indiquées ; c’étaient les maladies ^épidémiques, mal combattues par des charlatans, l’ignorance des officiers de santé et des sages-femmes, le manque de soins aux nourrissons, enfin la guerre. Nous aurons l’occasion de revenir sur le rapport Chaptal, car les maux qu’il signale n’ont guère cessé de nuire en France à l’accroissement de la population pendant tout le cours de ce siècle.
Si Malthus a accrédité cette erreur de fait que, en dépit de tant de causes tendant à diminuer la population, celle-ci avait augmenté par la seule vertu d’un changement dans le régime de la propriété, c’est, qu’il a eu le tort de généraliser une observation qui est bien consignée dans le rapport de Chaptal, mais qui ne s’y applique qu’au seul département des Vosges. On lit en effet à la page 664 :
Vosges. — Malgré le grand nombre de défenseurs que ce département a fournis à la patrie, sa population a augmenté depuis 1790.
Cela tient, comme partout ailleurs, à la division des grandes propriétés, à l’aisance, etc.
Les hommes sont plus robustes et plus gais, les femmes plus fécondes,
(1) Malthus, Essai sur le principe de population, Edit. Guillaumin, p. 211.
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depuis la suppression du régime féodal ; on cultive mieux la terre depuis qu’elle est libre.
Voilà évidemment l’origine de l’erreur de Malthus. Les autres citations que nous avons faites montrent que si l’affranchissement et la division de la propriété avaient porté de tels fruits dans les Vosges, partout ailleurs les conséquences de ces bienfaits avaient été contrariées par les évènements politiques et par l’anarchie administrative et sanitaire qui les avaient accompagnés.
Le dénombrement de 1801, fait par évaluations, n’a jamais été considéré comme ayant une grande valeur. Les préfets, ne voulant pas rendre apparentes les pertes causées dans la population par la guerre, ont majoré les chiffres. Il en a été de même lors du dénombrement de 1806, soidisant révisé en 1811 et en 1816. Ces deux révisions étaient du reste considérées comme non avenues par l’administration elle-même. On lit dans la circulaire du 26 juin 1820 qui ordonne un nouveau dénombrement :
« Jusqu’à présent le tableau de la population des communes du royaume, approuvé en 1806, a été considéré comme seul authentique ». Le nouveau recensement ne fut publié qu’en 1821. Bien qu’il soit considéré comme plus sincère que les précédents, parce que les considérations politiques n’étaient plus de nature à le vicier, cependant il n’a pas été effectué dans des conditions qui permettent de le tenir pour exact ; comme les précédents, et comme plus tard ceux de 1826 et de 1831, il a été fait par évaluations.
11 faut arriver au dénombrement de 1836 pour connaître un recensement par bulletins individuels. De 1836 à 1891, les dénombrements ont eu lieu régulièrement tous les cinq ans ; chaque fois, de notables améliorations de détails ont été introduites dans l’opération.
Voici, sous les réserves indiquées plus haut, les résultats de ces dénombrements :
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En défalquant des chiffres de ce tableau, les quantités qui se rapportent à un territoire qui ne fait plus partie de la France actuelle, on trouve que la moyenne annuelle de l’augmentation de la population française, de 1801 à 1891, a été de 126.804. Mais l’inexactitude flagrante des premiers dénombrements diminue beaucoup l’intérêt de ce chiffre. 11 faut s’en tenir à la période contemporaine. L’augmentation moyenne de la population pour chacune des années comprises entre deux dénombrements a été :
De 1872 à 1876 200.717 par an.
De 1876 à 1881 133.232 —
De 1881 à 1886 109.371 —
De 1886 à 1891 24.858 —
Il importe surtout de remarquer la décroissance continue de cette augmentation, qui menace de devenir nulle, malgré l’immigration étrangère, plus considérable en France qu’en aucun pays, et plus considérable aujourd’hui qu’à aucune époque. C’est donc à la natalité et à la mortalité qu'il faut attribuer cette situation. Nous reviendrons sur ces chiffres qui sont d’une grande importance pour l’hygiène publique.
Nous avons déjà fait remarquer que, comme causes d’une excessive mortalité, Chaptal, outre la guerre, signalait les maladies épidémiques, la négligence envers les nouveau-nés, l’inexpérience des officiers de santé et des sages-femmes. Les premières informations sur l’état sanitaire de la France sont ainsi dues aux recherches faites à l’occasion des dénombrements.
D’autres informations concernant la santé publique ont été fournies par d’autres dénombrements. Cinq des recensements opérés de 1851 à 1876 contenaient le relevé des idiots et crétins, des aliénés, des aveugles et des sourds-muets. Sur 10.000 habitants, on comptait :
ANNÉE