‹ Encyclopédie d'hygiène et de médecine publique (volume 2)Chapitre 55 sur 176 · I. — Pendant la maladie · texte numérisé non relu

I. — Pendant la maladie

Dès qu’une maladie contagieuse se montre dans une famille, il faut immédiatement faire appeler un médecin, parce que toutes ces maladies peuvent être graves et doivent être soignées. C’est aussi parce que le médecin, en veillant à ce que la présente instruction soit suivie, et en prescrivant les mesures complémentaires qu’il jugera utiles pour chaque maladie en particulier, pourra éviter la propagation de la maladie dans la famille du malade et dans la commune.

On ne doit jamais avoir peur des maladies épidémiques ou contagieuses, car on peut sûrement empêcher leur développement en détruisant les germes qui les produisent.

Ces germes sont des corps très petits qui peuvent se loger partout : dans les fentes du plancher ou du carrelage, sur les murs, dans les rideaux et les tapis, dans le linge et les vêtements, dans l'eau et dans les aliments, etc.

Les mesures indiquées ci-après ont pour but d’empêcher les germes de s’accumuler et de les détruire partout où ils peuvent se rencontrer.

Chambre du malade. — La chambre du malade doit renfermer aussi peu de meubles que possible, pas de tapis ni de rideaux.

11 est préférable que le lit soit au milieu de la pièce et jamais dans une alcôve.

Autant que possible, le malade sera placé dans une chambre où il soit tout seul avec la personne qui le soigne et qui doit n’avoir avec les autres

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personnes de la famille ou de la maison que les relations indispensables. L’entrée de la chambre sera particulièrement interdite aux autres enfants.

Il ne doit y avoir dans la chambre aucune provision de lait ou d’aliments quelconques, aucune boisson ou tisane, à moins que ce ne soit dans des récipients bien clos. Il vaut mieux même que les aliments ou boissons ne soient apportés dans la chambre du malade qu’au fur et à mesure des besoins, et ce qui n’est pas immédiatement consommé doit être, après que le malade y a touché, brûlé ou jeté dans un vase uniquement attaché à cet usage.

11 est très utile de placer auprès du malade un bol contenant un peu d’eau dans lequel il crachera. II y a grand intérêt, en effet, à maintenir humides les crachats qui, étant secs, se répandent dans l’air sous forme de poussière et peuvent ainsi propager la maladie.

Le contenu du bol doit être jeté dans le vase spécial après la visite du médecin.

Pendant toute la durée de la maladie, on tient toutes les pièces d’habitation très propres, on les aère par l’ouverture des fenêtres pour laisser entrer l’air et le soleil le plus longtemps possible, tous les jours.

Nettoyage de la chambre. — Pour nettoyer la chambre, il ne faut pas la balayer, de crainte d’agiter les poussières qui peuvent contenir des germes et transmettre la maladie aux autres personnes de la famille, de la maison ou des maisons voisines, il faut, au contraire, soit répandre d’abord sur le sol de la chambre de la sciure de bois humide, soit l’essuyer avec un linge légèrement humide. On doit ensuite laisser séjourner pendant une heure dans l'eau bouillante et rincer ce linge, puis brûler les balayures dans le foyer. S’il n’y a pas de feu allumé, ces balayures seront mises dans le vase spécial dont il a été parlé au paragraphe précédent.

Désinfection des effets, vêtements, draps, etc. — Aucun des effets, linge de corps, vêtements, draps, qui ont servi au malade ne doit être secoué par la fenêtre ; on les mettra dans une boîte, un panier ou un sac jusqu’à ce qu’il soit procédé à leur désinfection.

L’on préviendra de suite le service municipal de désinfection.

Les demandes de désinfection sont reçues verbalement par écrit, par télégramme ou par téléphone, aux étuves municipales, rue des Recollels, 6. Ce service se charge de prendre à domicile, pendant toute la durée de la maladie, les effets, vêtements, draps, literie, etc., salis parle malade et les personnes qui le soignent ; ces objets sont reportés aussitôt après désinfection. Des sacs sont laissés à domicile pour recueillir les objets qui doivent être envoyés aux étuves municipales avant d’être portés au blanchissage.

Désinfection des déjections. — Aucune des déjections du malade, urine, matières fécales, crachats, vomissements, ne doit être répandue sur les fumiers ou dans les cours d’eau, ni jetée sur le sol.

Ces déjections, comme les résidus du balayage, comme l’eau du lavage à l’eau bouillante des effets et des vêtements, doivent être transportés dans le vase spécial, qui doit être toujours rempli à moitié au moins d’une solution de sulfate de cuivre (50 grammes de sulfate de cuivre par litre d’eau).

Ce vase doit être vidé dans les cabinets d’aisances ou dans un trou en terre, à demi rempli de chaux vive et creusé à une grande distance des puits et cours d’eaq,

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Le vase est lavé, sur place même, avec la solution de sulfate de cuivre avant d’être reporté dans la chambre du malade.

Personnes qui soignent les malades. — Les personnes qui soignent un malade ne doivent ni manger ni boire dans sa chambre. Elles ne doivent jamais quitter cette chambre sans s’être lavé très soigneusement lés mains au savon. L’eau qui aura servi au lavage des mains est versée dans le vase spécial et celui-ci est de suite vidé dans les cabinets d’aisances.

Eau de boisson. — L’eau servant à boire, à cuire les aliments et à prendre les soins de propreté pour le malade doit être bouillie. Tous les membres de la famille doivent aussi faire usage d’eau bouillie pendant le temps de la maladie ou de l’épidémie.

IL — Après la maladie.

Désinfection après la maladie. — A la lin de la maladie, tous les objets qui garnissent la chambre du malade doivent y être laissés jusqu’après la désinfection, qui doit être faite le plus tôt possible pour tous ces objets sans exception, qu’ils aient ou non servi au malade.

Instructions spéciales pour Paris :

« Si la famille n’avait pas encore prévenu le service municipal de désinfection, elle devrait le faire.

» Un certificat de désinfection sera délivré par le service pour être remis au médecin inspecteur qui seul peut autoriser la rentrée de l’enfant à l’école ».

Instructions pour les communes dans lesquelles il n’y a pas de service spécial de désinfection (s’il existe un service de ce genre dans la commune ou à proximité, il devra toujours être fait appel à ce service qui sera seul chargé de la désinfection) :

« Pour les effets, linge de corps, vêtements, draps, couvertures, etc., on procède à la désinfection comme il est dit plus haut.

» Pour les meubles, traversins, oreillers, etc., on en découd l’enveloppe qu’on lave à l’eau bouillante comme il est dit plus haut pour les draps ; le contenu (laine, crin, varech, plume, paille, etc.), est, soit brûlé, soit lavé tout au moins de la même façon.

» Pour désinfecter la chambre, on lave les murs, le plafond et surtout le sol (plancher, carrelage ou terre battue) avec une solution d’acide phénique à o grammes pour 100 grammes d’eau ou avec une solution de sublimé à 1 gramme pour 1,000 additionnée de 2 grammes de sel marin par 1 litre d’eau ou avec une solution de crésyl à 5 grammes par 1,000 grammes d’eau. Le sol est ensuite épongé et essuyé avec soin. Si les murs sont blanchis à la chaux, on devra toujours procéder à un nouveau blanchissage de la surface.

« Il pourra être pris, sur l'avis du médecin, d’autres mesures de désinfection, suivant le cas. »

Mesures à prendre par le malade avant sa sortie. — Le médecin indique quand le malade doit être lavé et quand il doit sortir (mais la sortie ne doit jamais avoir lieu qu’après un bain ou un lavage à l’eau de savon).

Le médecin dit aussi quand l’enfant peut jouer avec ses camarades et retourner à l’école.

Exclusion de l’école, — La rentrée en classe ne peut s’effectuer que quarante

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jours après le début de la maladie pour la variole, la scarlatine et la diphtérie et seize jours seulement après la rougeole.

Dans l’intérêt même des enfants, l’instituteur a le devoir de renvoyer dans sa famille tout enfant chez lequel il peut craindre l’apparition d’une affection contagieuse.

Tout le monde a intérêt à prendre chez soi les précautions nécessaires pour empêcher que la maladie se transmette aux autres membres de la famille et aux voisins.

Tout le monde a intérêt à ce que son voisin prenne des précautions chez lui quand il a un malade atteint d’une maladie contagieuse.

La présente instruction est applicable à toutes les affections épidémiques et contagieuses des adultes, savoir le choléra, la fièvre typhoïde, la diphtérie (croup, angine couenneuse), la scarlatine, la rougeole, la suette, le typhus, la dysenterie épidémique, la phtisie.

Ces instructions résument fort clairement, dans une langue dépouillée de tout terme scientifique, les mesures à prendre chez soi, en cas de maladie contagieuse. Elles ne contiennent rien qui offre la moindre difficulté d’exécution ou nécessite des frais considérables. Ils seraient donc bien coupables ceux qui, pour ne pas s’astreindre à des précautions aussi simples, laisseraient la maladie se répandre autour d’eux et exposeraient leur propre vie et celle des personnes qui les entourent.

3“ Enseignement de l'hygiène. — Ce n’est qu’assez récemment que l’on s’est avisé que l'hygiène doit faire partie de l’enseignement public. La loi du 21 décembre 1880 sur l’enseignement secondaire des jeunes filles a prescrit, à son article 4, paragraphe 7, l’enseignement de l’hygiène, sans autre indication. Un arrêté ministériel du 13 janvier 1881 a introduit l’hygiène dans les cours complémentaires et dans les écoles primaires supérieures. La loi du 28 mars 1882 sur l’enseignement primaire obligatoire ordonne, dans son article 1er, que les élèves recevront « des notions sur les éléments des sciences naturelles physiques dans leur applicaiion à l’hygiène. » M. Elie Pécaut a rédigé pour les écoles normales primaires le programme que voici :

PREMIÈRE PARTIE. — hygiène privée. — 1. De l’air : de l’air considéré comme aliment respiratoire, du milieu atmosphérique. — 2. Alimentation : de l’alimentation en général, des aliments, des boissons. — 3. Exercice et repos, hygiène des professions. — 4. Habitation : emplacement, ventilation, chauffage, éclairage. — o. Hygiène de la peau, hygiène du sommeil.

DEUXIÈME PARTIE. — hygiène scolaire. — 1. De l’école : salubrité générale, emplacement, constructions, annexes. — 2. La classe : dimension, chauffage, éclairage, mobilier scolaire. — 3. L’hygiène de l’école, l’enseignement de la gymnastique.

TROISIÈME PARTIE. — premiers soins en cas d’accidents. — 1. Hémorragies, transport des blessés, brûlures, accidents. — 2. Plaies virulentes et venimeuses, empoisonnements, viandes insalubres, épidémies.

Ce programme est sans doute suivi dans les écoles normales. Quant

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aux écoles primaires, il en est certainement un fort petit nombre où les maîtres et les maîtresses enseignent à cet égard ce que l’école normale a dû leur apprendre. Ce n’est pas une exagération de dire que l'hygiène n’est pas enseignée dans les écoles primaires.

Le fût-elle dans les conditions où cet enseignement est prévu, le résultat serait des plus médiocres. Je rends justice aux efforts tentés, mais ne puis m’empêcher de croire que l’on s’est engagé dans une fausse voie.

Que l’on enseigne de cette manière l’hygiène dans les facultés de sciences ou de médecine, rien de mieux. Dans les écoles, surtout dans les écoles primaires, l’enseignement de l’hygiène devrait s’inspirer d’un autre esprit. Pour dire toute ma pensée, cet enseignement devrait faire partie du cours de morale, au chapitre des devoirs envers les autres et envers soi-même.

De quoi s’agit-il, en effet? Est-ce de quelque chose d’abstrait, qui se présente avec le caractère impersonnel, désintéressé, que doit garder la science? Nullement. Il s’agit de vie et de mort ; il s’agit, puisque l’école est l’apprentissage du monde, d’apprendre de bonne heure aux enfants à éviter les maladies qui corrompent et abrègent l’existence, de leur apprendre à les éviter pour eux-mêmes et à éviter de les communiquer à d’autres. 11 s’agit, non pas d’une relation de l’esprit à des connaissances générales, d’une application lointaine et incertaine, mais de relations d’homme à homme, d’une application immédiate, quotidienne. Ce qu’il faut enseigner à l’enfant, c’est à vivre dans des conditions telles qu’il soit inaccessible aux maladies contagieuses, et si, malgré tout, il est atteint d’une de ces maladies, à comprendre qu’il devient un danger public et à ne négliger aucune précaution pour empêcher que cette maladie soit transmise à d’autres. Nous avons dit au début de cette étude que le principe de l’hygiène publique, celui qui fait un devoir à l’État d’intervenir pour son application, c’est que nul n’a le droit de nuire à autrui. C’est ce même principe qui devrait inspirer l’enseignement de l’hygiène dans les écoles.

Vous recommandez à l’enfant la propreté du corps et des vêtements : vous faites bien. Mais quelle force n’aurez-vous pas pour lui inculquer cette leçon salutaire si vous arrivez à lui faire entendre que la saleté est un milieu favorable à la réception et à la multiplication des germes morbides I

Êtes-vous bien persuadé, vous, instituteur, que les matières que le corps ne s’est pas assimilées et qu’il rejette sont des matières dangereuses ; que, s’étant trouvées inutiles pour entretenir la vie, elles peuvent donner la mort ; que, si certains des éléments qui les composent pénètrent dans un organisme humain, ils y introduisent un poison ; qu’il faut donc apporter les soins les plus minutieux pour que jamais les matières fécales ne puissent, par les communications superficielles ou par les infiltrations

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du sol, se mélanger aux eaux de boisson ? Si vous ne savez pas ces choses, à quoi ont servi pour vous les découvertes de Pasteur et que vous a-t-on appris au cours d’hygiène de l’école normale que l’on n’aurait pas pu vous apprendre au temps d’Hippocrate ? Et si vous les savez, n’avezvous pas là quelque chose de bien intéressant, de bien clair, de bien vivant à enseigner à vos élèves, et ne trouverez-vous pas le moyen, parlant à la fois à leur entendement et à leur conscience, de rendre lumineuse pour eux leur responsabilité et de leur faire prendre des habitudes telles qu’ils ne puissent plus être des causes de contamination ? Ne serait-ce pas préparer vos élèves à exiger plus tard, comme citoyens, peut-être à réaliser comme conseillers municipaux ou comme maires, des amenées d’eau pure, des modes rationnels d’évacuation des matières usées, et par conséquent à travailler, leur heure venue, à la grande œuvre de l’assainissement, du pays ?

Les institutrices ne pourraient-elles pas donner aux jeunes filles des notions simples sur les soins que réclament les nouveau-nés, par exemple sur les dangers de l’alimentation prématurée, sur la coiffure et le costume des nourrissons, sur les précautions si faciles à prendre pour éviter l’ophtalmie purulente ? On épargnerait ainsi la cécité à des milliers d’individus. Ne pourrait-on pas arrêter de bonne heure l'attention des filles sur l’obligation absolue et le bonheur de l’allaitement maternel, et ne serait-ce pas un bon enseignement de morale que de leur signaler l’injustice qu’il y a à prendre à un enfant, qui en a encore besoin, le lait de sa mère pour le vendre à un enfant étranger?

Montrer d’avance tous les périls de l’alcoolisme, non pas seulement par les désordres qu’il détermine chez l’alcoolique, mais par les générations de dégénérés qu’il prépare, en résumé, pour ne pas multiplier ces exemples, faire ressortir, à l’occasion de chaque question hygiénique, l’intime solidarité qui unit tous les membres de la famille humaine, n’est-ce pas enseigner la morale et l’enseigner sous un de ses aspects les plus captivants et les plus bienfaisants?

Que l’on calcule, si l’on peut, quel serait, dans vingt ou trente ans, l’effet sur nos destinées d’un enseignement de l’hygiène donné dans cet esprit aux millions d’enfants ayant traversé les 80.000 écoles publiques ou privées (1) qui existent actuellement sur le territoire de la France. La multiplication des écoles qui, comme je le montrais tout à l’heure, offre actuellement de si grandes facilités à la diffusion des maladies transmissibles deviendrait alors la meilleure garantie pour la diminution, et finalement pour la disparition de ees maladies.

G. Bureaux d’hygiène. — Les intérêts de la santé publique ne veulent pas être servis d’une façon intermittente, uniquement dans les

(1) Exactement 80.143.

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circonstances critiques, sous l’action d’une épidémie : ils exigent une préoccupation constante, des recherches, des décisions de tous les jours. Dans les grandes villes, les attributions administratives des maires sont trop considérables pour que ceux-ci puissent se livrer à l’étude des causes qui influencent la santé publique ; et d’ailleurs rien n’implique que les suffrages des électeurs se porteront sur des hommes ayant les connaissances nécessaires à cette étude. Dans lés cas, jusqu’ici assez rares, où cette préoccupation de la santé publique s’est produite, il a donc fallu créer un organe ad hoc ; cet organe, c’est le bureau d’hygiène.

Les deux premiers bureaux d’hygiène créés en France l’ont été au Havre et à Nancy : ils datent l’un et l’autre de 1879. Actuellement, on en compte 18. En voici la liste avec la date de la création :

1819 Bureau d’hygiène du Havre.

1879 — Nancy.

1882 — Reims.

1883 — Rouen.

1884 — Saint-Etienne.

1884 — Amiens.

1885 — Pau

1886 — Nice.

1889 — Toulouse.

1889 — Grenoble.

1890 — Lyon.

1893 — Montpellier.

1893 — Dijon.

1894 — Nantes.

1894 — Boulogne-sur-Mer.

1895 — Limoges.

1895 — Perpignan.

Il existe également à Marseille un bureau de statistique et de désinfection , que l’on peut assimiler à un bureau d’hygiène : il n'a pas de date originaire bien précise parce qu’il a été formé peu à peu par des attributions successives.

L’organisation de ces bureaux n’est pas la même partout. Chaque ville, suivant les ressources qu’elle y a affectées, leur a donné des pouvoirs plus ou moins considérables. Généralement, leur action est des plus restreintes ; ils émettent des vœux, qui restent trop souvent platoniques, sur les causes d’insalubrité, sur les desiderata de la santé publique ; ils produisent surtout des statistiques locales.

Ces statistiques offrent un sérieux intérêt. Plusieurs des annuaires édités par les bureaux d’hygiène contiennent un tableau des décès par maladies contagieuses, classés par rue. Dans celui de Grenoble, par exemple, on constate que la mortalité par maladies contagieuses varie beaucoup suivant les rues, Si les mêmes proportions se reproduisent pendant plusieurs années consécutives, il est évident que dans les rues fortement atteintes existent des causes permanentes d infection, des facilités par-

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ticulières offertes à la transmission des maladies contagieuses ; cette constatation conduit à rechercher ces circonstances défavorables et à y porter remède.

Si ces statistiques se multipliaient, si elles étaient dressées par toutes les villes, si, plus tard, elles étaient étendues aux campagnes, elles permettraient d’établir peu à peu le cadastre sanitaire de la France. Ce serait d’une grande utilité.

Il est facile de railler la statistique. Elle mérite la raillerie quand elle est futile dans son objet, ou bien sophistique dans ses procédés, ou bien outrecuidante dans ses conséquences ; elle mérite le blâme quand elle est l'occasion d'efforts et de dépenses hors de proportion avec ses résultats utiles. Mais lorsqu’elle est appliquée à un ordre de faits bien défini, d’une grande portée sociale ; qu’elle l’est avec sagacité, c’est-à-dire seulement dans la mesure où ces faits peuvent être certifiés : qu’elle l’est avec patience, c’est-à-dire assez longtemps pour que, de ces faits se reproduisant toujours dans le même enchaînement, il ne soit plus téméraire de tirer des conclusions, elle devient l’auxiliaire le plus précieux de la science et de l’administration. Non seulement elle révèle les points faibles, mais, par la comparaison, elle indique les moyens de les fortifier: elle est ainsi le point de départ des réformes, dont elle reste ensuite le stimulant actif parce qu’elle en chiffre les résultats à mesure que les réformes s’accomplissent.

Le travail des bureaux d’hygiène ne doit pas se borner à ces sortes d’études.

A propos de la déclaration des maladies épidémiques instituée par l’article 15 de la loi du 30 novembre 1892, M. le. docteur A. -J. Martin, dans un rapport présenté au comité consultatif d’hvgiène publique de France, s’exprimait ainsi :

Partout où les municipalités ont créé les services sanitaires compétents et, si possible, autonomes, la faveur publique n’a pas tardé à leur être acquise ; le comité l’a constaté maintes fois. Aussi n’a-t-il jamais cessé de demander pour ces services la plus grande latitude dans leur action, la plus grande rapidité dans l’exécution des mesures qu’autorisent leurs attributions. 11 est donc indispensable que partout où de tels services existent, ce soient eux qui reçoivent directement et sans retard les déclarations médicales. C’est pourquoi il ne suffirait pas de spécifier que la déclaration sera faite à l’autorité publique, mais il est indispensable de dire nettement qu’en pareil cas la déclaration sera faite, sous le couvert de l’autorité publique, à celui de ses services qui est à même de faire suivre le plus rapidement cette déclaration des mesures prophylactiques indispensables. (1)

Cette attribution serait parfaitement conforme au rôle des bureaux

(1) Recueil des travaux du comité consultatif d’hyjiène publique de France >

t. XXIII, p. 195.

Encyclopédie d’hygiène. — VIII

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d’hygiène et elle aurait l’avantage de les mettre à l’abri d’une interruption, toujours possible, de leur fonctionnement. Les services municipaux ne voient pas d’un bon œil le bureau d’hygiène. Pour eux, c’est une superfluité et un embarras. Yoici ce qu’écrit à ce sujet un correspondant :

Les services municipaux sont jaloux du bureau d’hygiène ; l’ingénieur y trouve des contradicteurs, des gens qui réclament des améliorations dont personne ne se souciait avant ; l’état-ci vil est ennuyé de demandes incessantes de renseignements que le bureau d’hygiène réclame, des surcroîts de service qu’on lui fait imposer en cas d’épidémie, etc. L’employé à l’assistance publique se voit retirer le plus beau fleuron de sa couronne, les rapports avec les médecins des pauvres ; l’employé de l’instruction publique a du travail supplémentaire avec l’inspection médicale des écoles. Aussi tous ces services ne peuvent pas souffrir le bureau d’hygiène et lui font toutes les niches possibles. Les conseillers municipaux sont trop souvent l’écho de l’ignorance publique et l’accusent de nuire au crédit de la ville par leurs désinfections. La plupart supprimeraient le bureau d’hygiène, s’ils l’osaient ; ils le considèrent comme inutile, sinon comme malfaisant (1).

Cette accusation de nuire au crédit et à la réputation sanitaire de la ville est bien une des plus absurdes qui se puisse imaginer. Rien n’est mieux fait pour donner une idée favorable de l’état sanitaire d’une ville que la pratique régulière de la désinfection en cas de maladie transmissible. Les bureaux d’hygiène qui ont réussi à instituer cette pratique régulière ont rendu à leur cité un service de premier ordre.

11 est très important que les bureaux d’hvgiène parviennent à émouvoii l’opinion publique et à l’intéresser aux questions sanitaires. C’est la meilleure, ou plutôt la seule garantie de leur existence. Actuellement, en effet, ils dépendent de la bonne volonté des autorités municipales. Cette bonne volonté peut disparaître avec le maire et les adjoints qui l’incarnent. Les bureaux ne vivront qu'autant qu’ils se seront si bien affirmés, que leur action salutaire sera si généralement ressentie, sera si bien entrée dans les mœurs qu’aucune municipalité n’ose plus porter la main sur eux. Il ne faut pas qu'ils soient considérés comme des laboratoires d’amateurs, mais bien comme un des rouages essentiels de la machine administrative municipale.

Le bureau d’hygiène de la ville du Havre, créé le 18 mars 1879, grâce à l’initiative de M. le docteur Gibert, est en dehors de ces critiques. Il n’en existe pas, en France, de mieux organisé. 11 se compose d’un médecin directeur, de six médecins et d’un chef de bureau. Il a dans son service l’état civil, c’est-à-dire la constatation des naissances et des décès, les renseignements relatifs aux maladies épidémiques ou transmissibles, la vaccine gratuite, l’hygiène scolaire et l’inspection médicale des écoles et

(I) Recueil des travaux du comité consultatif d'hygiène publique de France, l. XXIII. p. 206.

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salles d’asile, l’assainissement des voies publiques et des habitations, la surveillance des denrées alimentaires, un laboratoire pour les analyses et enfin la statistique. Il publie un bulletin hebdomadaire de statistique démographique et médicale indiquant le chiffre des naissances et des décès, les principales causes de décès et les avis de maladies transmissibles. Grâce à ce bulletin on peut suivre, jour par jour, l’état sanitaire de la ville du Havre.

L’organisation du bureau d’hygiène de la ville de Reims, le troisième créé en France, est bonne. Il comprend dans ses attributions : 1° statistique et démographie ; 2° surveillance de la protection des enfants du premier âge ; 3° inspection médicale des écoles ; 4° vaccinations ; 5° logements insalubres ; 6° établissements classés ; 7° dispensaires de salubrité ; 8° surveillance des denrées alimentaires ; 9° service des épizooties ; 10° maladies contagieuses (déclaration, isolement, transport des malades) ; 11° désinfection : 12° vidanges et épandages ; 13° décès, cimetières ; 14° laboratoires ; 15° musée d’hygiène.

C’est un programme complet d’assainissement. Il est dû à la compétence et au zèle de M. le docteur Henrot, membre du conseil supérieur de l’assistance publique.

Dans les statistiques que dresse le bureau d’hygiène de Reims nous relevons des informations lamentables.

La natalité, qui était de 31 pour 1.000 en 1896, n’était plus que de 28 en 1891 et de 26,83 en 1895.

La mortalité, qui était de 30 pour 1.000 en 1886, tomba à 19.14 en 1891. mais est remontée à 24,40 en 1895.

Il y a donc encore un léger excédent de natalité en 1895, mais cet excédent n’est dû qu’à la diminution de la mortalité.

En 1886, il y avait à Reims 3.100 ménages sans enfants ; en 1891 on en comptait 4.200. Le nombre des mariages va en diminuant. Cependant la population de Reims augmente, grâce à l’affluence des habitants des campagnes et à l'invasion des étrangers. Les Rémois nés à Reims son! de moins en moins nombreux.

Le bureau d’hygiène de la ville de Perpignan est de création récente. On ne sait pas encore s’il tiendra toutes ses promesses. Son organisation est bien comprise. Voici un extrait de l’arrêté municipal qui l’a créé :

Art. 7. — Les principales attributions du bureau municipal d’hygiène et de statistique sont les suivantes :

Constatation quotidienne de l’état sanitaire de la ville ; rédaction des rapports et statistiques y relatifs ; statistiques diverses ; échange de documents avec les autres villes de France et de l’étranger ; bulletin municipal ; mouvement de la population ;

Etude des questions relatives à l’assainissement de la voirie et des habitations ; recherche de toutes les causes qui sont de nature à nuire à la santé

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publique ; informations, rapports et propositions à ce sujet ; rédaction des circulaires et opuscules hygiéniques destinés au public ;

Surveillance des établissements insalubres ; enquêtes y relatives ;

Surveillance du balayage public ;

Mesures de désinfection et de salubrité prescrites par l’autorité municipale ;

Propositions pour fixer les époques de vaccination et revaccination gratuites ;

Dépouillement des rapports divers transmis par les médecins municipaux sur leurs services et particulièrement sur l’inspection hygiénique et médicale des écoles ;

Analyse chimique et bactériologique des eaux ;

Inscription des nourrices ;

Analyse des substances alimentaires ;

Inspection des marchés et des viandes foraines.

Le programme est excellent : sa réalisation ne pourrait qu’être favorable à la ville de Perpignan, dont la situation sanitaire n’est pas des meilleures. De 1882 à 1891 la natalité moyenne a été de 27,9 p. 1.000, tandis que, pour la même période, la mortalité moyenne était de 28,6 p. 1.000. Il y a donc excédent de mortalité, ce qui indique un mauvais état hygiénique.

On est facilement porté, même dans les villes qui ont de larges ressources, à considérer les bureaux d’hygiène comme des institutions coûteuses. Or, voici ce que coûte exactement le bureau d’hygiène de la ville de Besançon, un de ceux dont les services ont déjà appelé l'attention, bien qu’il ne remonte qu’à 1890 :

Installation (dépense une fois faite) 250 francs ; fonctionnement (dépenses annuelles) : commis-expéditionnaire, 300 francs ; imprimés et désinfections gratuites, 500 francs, soit 800 francs par an (1).

Le bureau d’hygiène de Besançon fait procéder à tous les travaux d’assainissement reconnus nécessaires ; il inspecte la voirie, surveille le curage régulier des égouts, fait procéder à des désinfections, le plus souvent gratuites, dans les cas de maladies contagieuses, inspecte les garnis au point de vue de la salubrité, etc.

Les résultats de son action incessante sont indiscutables.

Pendant que la mortalité moyenne des villes de France du même chiffre de population se maintient aux environs de 24,2 à 24,5 p. 1 .000, la mortalité moyenne à Besançon, pour les 14 années qui ont précédé le fonctionnement du bureau, cette mortalité moyenne se maintient à 23,3 p. 1.000 et même, en 1894, elle n’est que de 21,5 p. 1.000.

La mortalité spéciale par maladies épidémiques, qui est en moyenne de 2,40 p. 1.000 dans les villes de la même importance, ai ait été de 3,2 p. 1.000 en moyenne pendant les années qui ont précédé la création du bureau d’hygiène ; depuis, cette mortalité a été de 1,66 p. 1.000 en

(1) Jeannet, Du rôle de l’ingénieur sanitaire (Revue d'hygiène , 1895, p. 574).

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1890, 1891, 1892, de 1,72 en 1893 et de 1,18 en 1894. C’est une réduction considérable.

Ces trop rares organisations de bureaux d’hygiène nous permettent de constater qu’un certain nombre de municipalités ont fini par s’émouvoir de l’état sanitaire des villes qu’elles administrent; qu’elles comprennent que l’administration proprement dite ne résume pas tous leurs devoirs ; qu’elles ont charge de la santé des habitants et que cette santé dépend beaucoup des mesures d’assainissement et de désinfection. Il semble que les temps sont proches où les électeurs demanderont compte à leurs mandataires de ce qu’ils ont fait et de ce qu’ils entendent faire pour préserver la vie de leurs mandants, aussi précieuse sans doute que le sont leurs intérêts de contribuables.

L’assainissement de Paris. — Les services sanitaires de la ville de Paris fonctionnent sous deux directions qui n’ont pas de lien administratif : la préfecture de police et la préfecture de la Seine. Leurs pouvoirs respectifs ont été définis par la loi, au moins dans une certaine mesure, et comprennent tout ce qui se rapporte à la santé publique.

L’arrêté du 12 messidor an VIII, qui a réglé les attributions du préfet de police à Paris, dit dans son article 23 que ce fonctionnaire assure la salubrité de la ville :

En prenant les mesures nécessaires pour prévenir et arrêter les épidémies, les épizooties, les maladies contagieuses ;

En faisant observer les règles de police sur les inhumations ;

En faisant enfouir les cadavres d’animaux morts, surveiller les fosses vétérinaires ;

En faisant arrêter, visiter les animaux suspects de mal contagieux et mettre à mort ceux qui en seront atteints ;

En surveillant les échaudoirs, fondoirs, salles de dissection, et la bassegeôle (morgue) ;

En empêchant d’établir, dans l’intérieur de Paris, des ateliers, manufactures, laboratoires ou maisons de santé qui doivent être hors de l’enceinte des villes, selon les lois et règlements;

En empêchant qu’on ne jette ou dépose dans les rues aucune substance malsaine ;

En faisant saisir ou détruire dans les halles, marchés ou boutiques, chez les bouchers, boulangers, marchands de vins, brasseurs, limonadiers, épiciersdroguistes, apothicaires ou tous autres, les comestibles ou médicaments gâtés, corrompus ou nuisibles.

Les pouvoirs que le préfet de police tient de l’article 23 ci-dessus ont été étendus à toutes les communes du département de la Seine, par arrêté du 3 brumaire an IX et la loi du 10 juin 1853.

D’autre part, le préfet de la Seine a dans ses attributions des services qui intéressent directement la salubrité publique,

550 HYGIÈNE INTERNATIONALE ET ADMINISTRATIVE

Actuellement, les attributions respectives des deux préfectures se trouvent’ réparties de la façon suivante :

Préfecture de pouce. — Conseil d’hygiène publique et de salubrité. — Commissions d’hygiène. — Service des épidémies et des maladies contagieuses ; désinfection des locaux contaminés. — Police sanitaire des animaux et service des épizooties. — Inspection des viandes. — Inspection sanitaire du marché aux bestiaux; sanatorium du marché de la Villette. — Falsification des denrées alimentaires ; laboratoire municipal. — Salubrité des habitations. — Transport des matières insalubres. — Salubrité des hôtels meublés et des logements loués en garni. — Salubrité des voies privées. — Exécution des lois concernant la médecine et la pharmacie. — Etablissements dangereux, insalubres ou incommodes. — Exhumations, transports de corps, embaumements. — Travail des enfants et des filles mineures dans les industries. — Inspection des eaux minérales. — Secours publics et pavillons de secours. — Secours médicaux et pharmaceutiques de nuit. — Fosses d’aisance et vidanges dans les communes du département de la Seine. — Protection des enfants du premier âge. — Inspection des maisons de santé et de sevrage. — Dispensaires de salubrité. — Inspection des aliénés. — Morgue.

Préfecture de la Seine. — Assistance publique : hôpitaux et hospices ; maisons de retraite; secours à domicile; bureaux de bienfaisance; enfants assistés. — Construction, entretien et curage des égouts. — Utilisation agricole des eaux d’égouts ; irrigations de Gennevilliers et d’Achères. — Fosses d’aisance et service des vidanges dans la ville de Paris. — Drainage des maisons; branchements particuliers ; enlèvement des ordures ménagères ; puisards et puits d’absorption. — Service des eaux. — Voirie : construction et entretien des voies publiques ; balayage et arrosage. — Commission d'assainissement et de salubrité des habitations. — Commission des logements insalubres. — Règlements concernant la construction des maisons. — Bureau de statistique. — Observatoire de Montsouris. — Ambulances municipales ; voitures pour le transport des malades. — Etuves publiques pour la désinfection. — Inspection médicale des écoles. — Cimetières. — Crémation. — Dépôts mortuaires.

Tel est l’énoncé officiel des attributions respectives de la préfecture de la Seine et de la préfecture de police : en réalité la répartition n’est pas aussi nette, et les deux préfectures ont chacune des services relatifs au même objet et qui se font concurrence. Par exemple chacune des deux préfectures reçoit la déclaration des maladies contagieuses ; chacune d’elles en dresse la statistique, et, chose qui semble surprenante, leurs deux statistiques ne sont pas toujours d’accord. C’est que les bureaux de l’une des préfectures ont fait procéder à une enquête et que certaines déclarations ont été reconnues inexactes quant à la nature de la maladie. Cela est arrivé, notamment, pour la statistique du choléra en 1892.

Cette situation crée entre divers services des deux préfectures une animosité nuisible, non seulement à la bonne renommée des deux administrations, mais aussi aux intérêts des administrés.

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La préfecture de police se prévaut des termes de l’article 25 de l’arrêté du 12 messidor an VIII, de l’arrêté du 3 brumaire an IX et de la loi du 10 juin 1853. •

Le préfet de la Seine invoque la volonté formelle du conseil municipal de Paris, qui, votant les fonds nécessaires au fonctionnement des services municipaux, veut les surveiller et les diriger.

Les arrêtés et la loi qui ont donné qualité à la préfecture de police sont anciens ; peut-être ne correspondent-ils plus aux nécessités actuelles en matière de salubrité. Il semble qu’il serait avantageux de procéder, sur cet objet, à une nouvelle répartition des attributions des deux préfectures. Il serait nécessaire que la préfecture de la Seine fut chargée : 1° de la surveillance des hôtels meublés, des garnis et des voies privées ouvertes, au point de vue de la salubrité ; 2“ de la réception exclusive de la déclaration des maladies contagieuses. La loi pour la préservation de la santé publique, votée par la Chambre des députés, mais non par le Sénat, pourrait être amendée, devant cette dernière assemblée, dans le sens de cette réforme.

En dehors des services que je viens d’exposer il a été créé, par arrêté du préfet de la Seine, en date du 29 juillet 1892, un service central d'assainissement et de salubrité de l’habitation. C’est là, en quelque sorte, le bureau d’hvgiène de la ville de Paris. Tout ce qui se rattache directement à l’assainissement des habitations, la commission des logements insalubres, le service des travaux d’architecture, le bureau de statistique, auparavant disséminés dans divers services, a été centralisé dans la nouvelle institution qui a à sa tète un inspecteur général du service d’assainissement et de salubrité, un inspecteur général des services techniques d’architecture et une commission permanente, composée de 44 membres, chargée d’éclairer l’administration sur les difficultés d’ordre technique, scientifique et administratif relatives à la salubrité.

Le programme du nouveau service a été indiqué dans le discours que le préfet de la Seine prononça le 3 août 1892, lorsqu’il inaugura les travaux de cette commission.

En cherchant à prévenir les maladies, par l’application des mesures qui dépendent de ses attributions, mon administration, grâce à vos conseils éclairés et à votre dévouement, sur lequel elle sait pouvoir compter, s’efforcera de prendre une part active dans cette lutte, plus que jamais nécessaire, contre l’appauvrissement de la race et la dépopulation. Ainsi nous obtiendrons graduellement, par la diminution des maladies et par l’accroissement de la force de résistance des individus, l’amélioration du bien-être général, la rareté plus grande des chômages, l’atténuation des charges de l’assistance publique et l’accroissement du patrimoine national.

Paris, une fois de plus, donnera l’exemple aux autres villes et démontrera à tous, par l’expérience, par l’amélioration du milieu ambiant, par le traitement de l’atmosphère et des eaux, par l’extinction des germes transmissibles,

la puissance de la médication préventive. Il n’est pas d’œuvre plus utile, plus démocratique, plus humanitaire. Elle sera digne des progrès de la science et des principes de notre République.

Le nouveau service, sous la direction compétente, active et efficace de M. le Dr A. -J. Martin, a pris à cœur l’exécution de ce programme. Il s’est notamment appliqué à développer le service du transport, par des voitures spéciales, des blessés et des malades. Pour les blessés c’est une œuvre humanitaire ; pour les malades, c’est une œuvre à la fois humanitaire et hygiénique. Beaucoup des malades transportés sont atteints de maladies contagieuses. Ils laissaient dans les voitures publiques les germes de leur maladie et étaient une cause fréquente de contamination. Les voitures des ambulances municipales sont soigneusement désinfectées après chaque transport.

En 1893 , ces voitures ont effectué 18.420 transports de blessés et de malades. Sur ce nombre 4.579 étaient atteints de maladies contagieuses ;

En 1894, elles ont effectué 17.794 transports, dont 4.085 de malades atteints de maladies contagieuses.

Voilà bien des causes de contamination supprimées.

Une œuvre plus considérable encore, celle de la désinfection des locaux et des mobiliers contaminés par les malades atteints de maladies contagieuses, a fait l’objet des soins particuliers du service d’assainissement. Les progrès obtenus sont considérables.

Dans Paris, le service dispose de quatre étuves à désinfection qui sont situées : rue des Recollets, 6 bis ; rue Chaligny, 21 ; rue du Château des Rentiers, 73 : rue de Stendhal, 1.

Tous les intéressés peuvent demander une désinfection pendant le cours d’une maladie, ou après sa terminaison. Aucun certificat, aucune justification d’aucune espèce n’est exigée. Il suffit de formuler une demande, qui doit être adressée, soit à l’une des stations d’étuves ci-dessus indiquées, soit à l’une des vingt mairies d’arrondissement, soit à l’un des cimetières du Nord, de l’Est, du Sud, soit au refuge-ouvrier de la rue Fessart, soit au bureau central de la direction des affaires municipales, caserne Lobau. En outre, la direction des affaires municipales tient à la disposition de MM. les médecins de Paris des carnets contenant un certain nombre de cartes postales. Pour obtenir une désinfection, il suffit de détacher une de ces cartes et de la mettre à la poste. Des agents munis d’une carte d’identité et revêtus d'un uniforme, une voiture spéciale, hermétiquement close, se rendent à domicile aussitôt que les nécessités du service le permettent et emportent les objets qui doivent bénéficier de la désinfection. La désinfection faite, les objets sont reportés par une voiture et des agents particuliers.

Lorsqu’il s’agit d’une maladie transmissible en cours, à des intervalles réglés d’accord avec la famille, les linges et vêtements du malade et de ceyx qui le soignent sont placés dans un sac fourni par le service des

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étuves municipales, emportés et passés à l’étuve : la désinfection de la literie, de la chambre et du mobilier est faite après guérison ou après décès.

Cette désinfection après la terminaison de la maladie (guérison ou décès) consiste en ceci : on transporte aux étuves les linges, vêtements, objets de literie et autres meubles faciles à déplacer, et d’autre part une escouade de désinfecteurs va à domicile désinfecter les parois des pièces et les gros meubles, soit par des pulvérisations de solution de sublimé, soit avec d’autres substances désinfectantes.

Voici les chiffres indiquant le nombre des opérations de désinfection effectuées. L’année 1891 est celle qui a précédé l’organisation du service de l’assainissement.

Nombre de désinfections effectuées

Eu 1891.

En 1892 En 1893 En 1894 En 1895

Ces nombres indiquent, non seulement l’activité du service, mais encore les progrès de l’opinion publique, de plus en plus favorable à la suppression d’une cause si active de propagation des maladies contagieuses.

Ainsi, en 1894, il a été opéré plus de 37.000 désinfections ; or, le nombre des décès par maladies transmissibles, en y comprenant la tuberculose, a été, en 1894, de 16.204. En retranchant ce nombre de celui des désinfections, on voit qu’il a été opéré 21.622 désinfections dans des cas de maladies contagieuses suivies de guérison, probablement même davantage, les décès par tuberculose n’ayant pas toujours été suivis de désinfection. Pour 1895, les proportions sont à peu près les mêmes. Du reste, le nombre des désinfections opérées « en cours de maladie » représente, en moyenne, 40 p. 100 du nombre total des désinfections opérées. Rien n’indique mieux que la population parisienne a pris l’habitude de la désinfection.

Il est bien entendu que la statistique ci-dessus ne comprend pas les désinfections opérées chaque jour dans les asiles municipaux de nuit, dans les hôpitaux, les désinfections des voitures qui ont transporté des malades, ni celles qui sont faites dans les établissements militaires, au Mont-de-Piété, au marché aux bestiaux, dans les abattoirs, dans les wagons, etc. Il s’agit uniquement des désinfections opérées par les soins du service d’assainissement.

Le service d’assainissement comprend encore le « casier sanitaire des maisons de Paris ». On enregistre tous les faits d’insalubrité constatés, au jour le jour, dans Paris. Ces faits sont consignés dans des dossiers classés par arrondissements, par quartiers, par rues, par maisons. Le casier

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sanitaire constitue donc l’état-civil de chacune des maisons de Paris. C’est là que l’on peut trouver, pour chacune d’elles, les causes d’insalubrité provenant de l’insuffisance du cube des chambres, de la mauvaise installation des cabinets d’aisance, du manque d’eau, des dépôts de détritus, etc. , etc. 11 y a des maisons qui, comme les peuples heureux, n’ont pas d’histoire, qui n’en auront peut-être jamais. Ce sont les maisons parfaitement saines. Mais toutes les fois qu'un décès dû à une maladie contagieuse est constaté dans une maison, il est enregistré au dossier de cette maison : si d’autres décès de même nature ou même des cas de maladies transmissibles se produisent dans la même maison, celle-ci devient suspecte: il y a présomption qu’elle contient des causes d’insalubrité ; elle est visitée par la commission des logements insalubres, et les mesures d’assainissement reconnues nécessaires sont prescrites.

D’autre part, les indications du casier sanitaire, classées par quartier, servent à guider l’observatoire de Montsouris sur les points de Paris où il convient de faire des prélèvements d’air, d’eaux, de poussières murales et autres, pour ses analyses scientifiques.

Le service de la voirie doit également tirer du casier sanitaire des indications sur les travaux d’assainissement à exécuter. Celui des égouts, celui des eaux sont renseignés par la même voie sur les réformes à accomplir. Le casier sanitaire devient ainsi la source où tous les services de la salubrité publique peuvent puiser les éléments précis de leurs travaux.

Au 1er mai 1895 le casier sanitaire contenait 92.000 dossiers de maisons appartenant à 4.088 voies publiques ou privées ; 14.700 maisons appartenant à 441 voies étaient décrites. On avait inscrit sur les feuilles spéciales 21.352 décès par maladies transmissibles répartis entre 14.845 maisons : 33.304 désinfections réparties entre 20.951 maisons et 3.002 rapports de la commission des logements insalubres. Enfin, le service de l’assainissement avait eu à procéder à 45 enquêtes sanitaires (1).

Le bureau de statistique est resté ce qu’il était avant son rattachement au service d’assainissement. Il publie, comme par le passé, sous la direction de M. le docteur Jacques Bertillon :

1° un bulletin hebdomadaire contenant notamment la statistique des naissances et des décès, et pour ces derniers des tableaux par quartiers, par âge, par sexe, par causes ;

2° des tableaux mensuels résumant les statistiques ci-dessus ;

3° un annuaire résumant tous les faits d’ordre hygiénique, économique et administratif qui intéressent la ville de Paris.

Après cet exposé de l’organisation des services de l’hygiène à Paris, il est nécessaire de montrer, comme conséquence, l’amélioration constante de la santé publique, telle qu’elle s’accuse dans les chiffres de la mortalité,

(1) Revue d'hygiène, 1895, j>. "7 86 ,

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Mortalité générale de la population parisienne

ANNÉES

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