‹ Encyclopédie d'hygiène et de médecine publique (volume 2)Chapitre 65 sur 176 · CHIFFRES · texte numérisé non relu

CHIFFRES

absolus.

PROPORTION

pour

10,000 hab.

Cette situation si différente de deux villes françaises a déjà plusieurs fois préoccupé l’Académie de médecine. M. le Dr Hervieux, rapporteur, pour l’année 1895, du service de la vaccine, a insisté en termes énergiques sur la gravité de cette situation.

Quelle différence entre cette mortalité variolique de Marseille comparée à celle de Paris, à la même époque! Tandis que Marseille compte 738 décès en 1895, Paris n’en a plus que 17, c’est-à-dire un et un quart par mois....

Comment donc se fait-il que depuis deux ans Paris jouisse d’une immunité presque complète à l'endroit de la variole, tandis que Marseille reste toujours

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en proie à toutes les rigueurs du fléau ? C’est que, à Paris, dès les premières atteintes de l’épidémie, les vaccinations gratuites organisées sur une vaste échelle dans les mairies, les hôpitaux, à l’Académie, à domicile, ont opposé une résistance énergique aux envahissements du mal, tandis qu’à Marseille, cette précieuse ressource a été quelque peu négligée. Il résulte, en effet, des renseignements qui nous ont été transmis par un médecin de cette ville qu’il a été établi un service de vaccinations gratuites, mais d’une façon tardive, intermittente et insuffisante. Trqs tardives également, très timides et très insuffisantes auraient été les mesures sanitaires autorisées par les lois constitutives qui datent du 14 décembre 1789 et des 16 et 24 août 1790, et qui établissent que les corps municipaux, les maires, les préfets, ont, entre autres fonctions, celle d’assurer la salubrité, de prévenir et d'arrêter les épidémies et les maladies contagieuses.

Il est vrai de dire qu’il existe à Marseille une population ouvrière composée en grande partie d’émigrants italiens, dont le nombre, parait-il, dépasserait 100.000, et qui vivent entassés dans des taudis infects, de telle sorte qu’une maison qui pourrait à peine contenir 10 ménages français renferme souvent 30 à 40 familles italiennes.

Si vous joignez à ces conditions si éminemment favorables à la propagation du fléau variolique le fait que cette partie de la population oppose généralement une certaine résistance aux revaccinations, dans la crainte très répandue en temps d’épidémie que cette pratique ne soit elle-même une cause de variole, on comprendra que le quartier envahi par les émigrants soit le foyer de prédilection du fléau.

Mais n’avons-nous pas, nous aussi, à Paris, des quartiers plus ou moins malheureux où s’accumulent trop souvent dans une promiscuité lamentable les faméliques venus de la province et cfe l’étranger? Cette même croyance au danger que pourrait entraîner l’inoculation vaccinale en temps d’épidémie, n’a-t-elle pas souvent hanté un grand nombre d’esprits? Et cependant, malgré son agglomération de trois millions d’habitants, Paris a triomphé du mal qui l’avait un instant terrifié.

Ce que Paris a fait Marseille peut le faire, et Marseille le fera...

Le Dr Hervieux établit ensuite par les chiffres des statistiques que de 1872 à 1896 (1er trimestre) la ville de Marseille a perdu par la variole 8.430 habitants.

En présence d'un obituaire aussi effrayant, n'est-il pas permis de se demander où s’arrêtera cette lugubre liste des victimes de la variole, si les pouvoirs publics n’interviennent pas pour faire cesser un état de choses aussi navrant? 11 ne s’agit pas ici d'une épidémie imprévue, éclatant, sous l’empire d’une cause fortuite, au milieu d’un état sanitaire excellent. 11 s’agit d’une épidémie des plus graves régnant depuis un temps indéterminé dans une ville maintes fois éprouvée par les fléaux les plus redoutables, tels que la peste et le choléra. A l’époque où l’on ne connaissait ni la vaccine animale, ni la puissance des revaccinations, ni les moyens d’assainissement, ni les procédés de désinfection, l’édilité marseillaise pouvait se croire désarmée en présence des épidémies varioliques qui se succédaient dans son enceinte avec une si lamentable persistance, mais elle sait aujourd’hui quelle peut

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compter absolument sur l’efficacité de ces mesures préventives, et nous ne voulons pas douter que d’ores et déjà elle s’empresse d’y recourir.

Nous l’espérons aussi, mais elle reste libre de ne pas le faire, et jusqu’ici l’expérience a démontré que la vaccine, tant qu’elle sera facultative, restera inefficace. Vingt départements ne dépensent rien et ne font rien pour lutter contre la variole. Le service n’existera que lorsque la vaccination et la revaccination auront été rendues obligatoires par une loi. C’est l’avis du comité consultatif d’hygiène publique de France qui, dans sa séance du 27 mai 1889, a voté les propositions suivantes :

Le comité, Considérant que la vaccination et la revaccination sont les seuls moyens d'empêcher le développement de la variole ;

Que ces opérations ne présentent aucun danger lorsqu’elles sont pratiquées suivant les règles de l’art ;

Que non seulement elles ne sont pas dangereuses en temps d’épidémie de variole, mais qu’elles sont le seul moyen qui puisse arrêter ces épidémies ;

Que la variole a presque complètement disparu des pays où la vaccination et la revaccination sont obligatoires et régulièrement pratiquées;

Que cette maladie doit disparaître définitivement des pays civilisés ;

Considérant enlin que nous possédons avec le vaccin animal une source pure de vaccin donnant une sécurité absolue et pouvant satistaire à toutes les éventualités ;

Emet le vœu :

Qu’une loi rende obligatoire en France la vaccination et la revaccination.

L’Académie de médecine a maintes fois émis des propositions identiques, à la suite de longues et savantes discussions.

L’Académie ne s’en tient pas à cette vue théorique. Elle possède à Paris un institut vaccinal où l’on pratique la vaccination et la revaccination gratuitement. La moyenne annuelle de ces opérations est de 13.000 environ. En outre, l’institut vaccinal fournit, sur demande, à toute la France, aux colonies françaises et même à l’étranger, des tubes de vaccin. Pour ce service les Chambres ont inscrit au budget un crédit de ‘20.000 fr. , ce qui a permis de donner plus d’extension, d’année en année, à la fourniture du vaccin. En voici les chiffres depuis 1888, année d’inauguration :

En 1888 l’Académie a expédié 1.500 tubes.

Chaque tube représentant au minimum la matière de cinq vaccinations, on peut évaluer à 390.000 le nombre d’inoculations que l’ Académie de médecine a facilitées en 1895.

L’institut vaccinogène de l’Académie n’est pas le seul existant. A Paris

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on en compte quatre. Et chacune des villes d’Angoulème, Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Rouen, Saint-Etienne et Tours en a un. En Algérie sont les instituts d’Alger et de Philippevillle ; en Cochinchine celui de Saigon, au Tonkin celui d’Hanoi. En outre, il existe des centres vaccinogènes militaires, dont les uns sont permanents, ceux du Yal-de-Grâce à Paris, de Yincennes, 4c Bordeaux, de Châlons, et les autres temporaires.

Comme le dit fort justement le rapporteur de l’Académie de médecine, « avec des sources aussi abondantes et aussi multipliées de vaccin animal, nous serions en mesure de répondre à toutes les exigences de la loi », si le Parlement se décidait enfin à rendre la vaccination obligatoire.

D. L’hygiène des nourrissons : Loi Roussel. — Nous avons eu maintes fois l’occasion de constater que la mortalité infantile apporte à la mortalité générale un contingent considérable : la mortalité générale est plus ou moins élevée, dans les divers pays, suivant que le pays compte plus ou moins de nouveau-nés. C’est à raison du petit nombre proportionnel de ses nouveau-nés que la France est en bon rang sur l’échelle de la mortalité, tandis qu’elle occupe le dernier échelon de la natalité.

Il y a des degrés dans la mortalité infantile. Celle des enfants de 0 à 1 an varie beaucoup entre divers pays, du simple au double, même de un à trois. Voici le tableau de cette mortalité avec les chiffres de la natalité en regard.

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