ARTICLE II. — LYCÉES ET INTERNATS
§ 1er. — Habitation
I. Emplacement, capacité. — Le régime des lycées comprend, au point de vue des élèves, l’externat et l’internat ; ce sont là les deux modes fondamentaux entre lesquels s’intercalent des régimes mixtes résultant de la combinaison à divers degrés de ces deux systèmes extrêmes. Les internes passent l’année scolaire dans l’établissement , à la réserve des congés et des jours de sorties périodiques ; ils y sont nourris, couchés, blanchis, soignés et entretenus à tous les points de vue. Les externes, au contraire, vivent dans leur famille et ne vont au lycée que deux fois par jour, pour les classes. Entre ces deux régimes extrêmes est un mode mixte, la demi-pension. Les demi-pensionnaires passent la journée à l’établissement; ils arrivent le matin, assistent aux classes, aux études et récréations, prennent au lycée le repas de midi et retournent chez eux pour le dîner. Ils ne couchent donc pas au lycée et n’y séjournent pas durant les congés.
,msr-
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
Sur la valeur relative de ces divers modes de scolarité, l’opinion est faite et n’a plus rien à apprendre : l’externat est préférable de beaucoup ; l’internat, hormis peut-être pour la régularité du travail, des repas et du sommeil, est un régime déplorable; l’hygiène y est sacrifiée sous bien des rapports et la moralité des élèves y est d’ordinaire sérieusement compromise. Au point de vue du relâchement de la vie de famille, l’internat est également un système peu recommandable, et, en dépit des prospectus qui promettent aux enfants des soins et une sollicitude destinés à remplacer le foyer paternel, l’illusion ne peut être pour eux de longue durée.
Le mode qui se rapproche le plus de l’éducation dans la famille est le système tutorial qui existait autrefois en France, et qui est aujourd’hui très usité en Allemagne, en Angleterre et aux Etats-Unis. Les enfants des régions rurales ou des petites villes dépourvues de collèges sont placés dans une famille honorable où ils reçoivent le vivre et le couvert, moyennant une rétribution équitable. Ces familles hébergent ainsi un certain nombre de jeunes gens qui, pour le coup, retrouvent dans ces intérieurs une sollicitude de meilleur aloi que celle des internats. Ce système est très répandu en Allemagne et l’on y trouve à peine encore quelques gymnases composés exclusivement d’internes, ou recevant à la fois des internes et des externes.
En Angleterre, le système est moins familial et plus coûteux, les fonctions de maitres de pension sont remplies par des professeurs souvent pourvus du titre d’agrégé. Ces private. schools très répandues chez nos voisins, ne reçoivent qu’un petit nombre d’élèves, de dix à vingt. Audelà, la surveillance devenant difficile, le maître serait obligé de s’adjoindre des auxiliaires de valeur toujours douteuse, et le système perdrait son caractère intime et patriarcal. A Eton, à Harrow sur la colline, à Rugby il n’y a qu’une proportion minime, l/10e environ, d’internes, boursiers pour la plupart, les autres vivent dans les écoles privées, sortes de petits pensionnats qui se groupent autour des grands centres d’enseignement.
Chez nous, le système tutorial tend plutôt à disparaître; les règlements universitaires interdisant aux professeurs d’avoir chez eux plus de quatre élèves à la fois, et, d'autre part, les frais généraux étant d’autant moindres qu’ils se répartissent sur un plus grand nombre, ce système est trop coûteux ; les grands pensionnats absorbant les petits, on retombe dans les inconvénients de l’internat qu’on ne peut donc supprimer complètement, et le recours aux lycées d’internes s’impose quand les parents n’habitent pas la ville ou ne sont pas dans des conditions qui leur permettent de garder leurs enfants chez eux.
Pour l’entrée dans les lycées il n’y a pas d’âge minimum et moins encore dans les internats. Il semblerait que la tendre sollicitude des parents dut être pour les enfants la meilleure sauvegarde sous ce rap- Encyclopédie d’hygiène. — VIII.
port, et cependant on voit des familles confier à l'internat leurs enfants dès l’âge le plus tendre. En pareil cas, tant \aut l’internat, tant vaut cette détermination, qui n’en est pas moins hâtive et regrettable en supposant même les meilleures conditions. Plus l’enfant est jeune, plus grande est sa réceptivité aux causes de maladies, plus se fait sentir sur cet organisme sans résistance l’influence fâcheuse d’une mauvaise hygiène. L’enfant doit donc être séparé de ses camarades plus âgés, non-seulement pour lui, mais dans leur intérêt à eux ; il doit être tenu à l’écart le plus possible, car la division des plus petits constitue une pépinière d’affections éruptives, en même temps qu’elle est apte à faire germer tous les contages. C’est pour ces petits, ces minimi que les internats aux champs, sont indispensables; il leur faut, à tous les points de vue une organisation à part, sous le rapport des études, des récréations, des aliments, du sommeil, des soins de propreté, etc.
En Angleterre, l’internat acquiert une plus grande importance en raison de ce fait que beaucoup de public schools, les plus recherchées, les mieux fréquentées, sont situées à la campagne. On ne trouve pas dans Londres d’établissements d’instruction secondaire comparables à nos lycées de Paris ; tous ceux qui dépendent de la métropole sont situés à sa périphérie. Les collèges de grande Bretagne étant placés loin des grandes villes, il est impossible de les peupler exclusivement d’externes. La proportion des internes et des externes est inverse par rapport à nos lycées urbains, et, dans la plupart même, les externes ne constituent qu’une infime minorité. Reuss (1) cite au hasard neuf collèges, contenant ensemble 5,455 élèves parmi lesquels pas un externe. Dans cinq autres établissements, on compte 89 externes seulement sur 1.368 internes.
Les élèves internes se partagent en deux catégories : ils sont logés dans l’école même, ou habitent chez des professeurs suivant le mode tutorial. Dans les deux cas, les enfants ne deviennent pas comme chez nous des êtres passifs, astreints à la discipline d’une façon de caserne ; ils conservent leur individualité, leur initiative ; ils mènent une vie de famille sans abdiquer ni leurs droits, ni même une sorte de liberté relative. Aussi, d’après le D1 2' Reuss, auquel nous empruntons ces détails, il n’est pas rare d’entendre un Anglais vanter ses années de collège, comme les plus belles de sa vie. Un pareil aveu serait précieux par sa rareté dans la bouche d’un Français. Dans les public schools d’Eton, de Rugby, de Harrow, de Winchester, les jeunes gens jouissent d’une liberté dont on n’a aucune idée dans nos établissements d’instruction. Dans les boarding houses, où ils habitent au nombre de HJ à 30, ils ont leur petite chambre qu’ils décorent et installent à leur guise et où ils sont libres de lire, de travailler ou d’écrire à leur choix. Ils se lèvent quand ils veulent, étudient
(1) L. Beuss, Annales d’hygiène publique et de médecine légale, décembre 1 802.
(2) Hochakd, Education de nos fils, Hachette, 1890.
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
ou se promènent suivant qu’ils y sont disposés. Cette indépendance serait peut-être quelque peu excessive pour nos écoliers Français; il semble que le juste milieu entre notre système et celui des Anglais, conviendrait mieux à notre caractère.
L’influence si bienfaisante de la vie à la campagne sur l’organisme des enfants, l’action si profonde exercée par le séjour des grandes villes dans la déchéance des jeunes gens, semblent imposer l’obligation de ne conserver dans les grands centres que des lycées d’externes et seulement les lycées d’internes rigoureusement indispensables ; la plupart des internats seraient reportés à la campagne, loin des grandes villes et des milieux populeux. L’université et un certain nombre d’ordres religieux n’ont pas attendu les discussions académiques pour installer des internats hors des villes ; tels sont pour l’université le lycée Lakanal, de Sceaux, le lycée de Vanves, l’école de Cluny; tels le collège de Juilly, aux Oratoriens, Albert-le-Grand, d’Arcueil, aux Dominicains, le collège de Sorrèze, qui évoque le souvenir de Lacordaire, le collège de La Chapelle Saint-Mesmin, dirigé naguère par Mgr Dupanloup, etc.
Ces installations, il faut le dire, ne sont encore qu’à l’état d’exceptions, et il y a là un desideratum qui ne recevra pas satisfaction avant de longues années ; il faut donc, en attendant, que les internats urbains soient placés dans les conditions les meilleures et que les règles do l’hygiène y soient strictement observées.
Comme emplacement, il convient de choisir un site élevé qui permette l’accès de l’air et de la lumière si nécessaires aux enfants. On évitera le voisinage des hautes constructions et même des arbres de haute futaie qui porteraient de l’ombre sur les bâtiments du lycée et limiteraient la circulation de l'air. Il est à peine besoin d’ajouter qu’un sol bas, humide ou marécageux doit être rejeté, et que les précautions prises pour l’assainir et surélever le rez-de-chaussée seraient purement illusoires. A la campagne il sera le plus souvent facile de choisir l’exposition et d’orienter les bâtiments conformément aux règles de l’hygiène.
L’installation des externats ne peut imposer d’exigences identiques, la condition principale de leur succès, est la proximité des familles ; les considérations d’emplacement, d’orientation, de voisinage n’ont pas le même caractère d’urgence ; l’enfant ne subissant que transitoirement et durant une partie du jour l’influence de l’habitation, puisqu’il n’y mange pas toujours et n’y couche jamais. On ne peut d’ailleurs songer à lui infliger les longs parcours auxquels l’obligerait la fréquentation d’un lycée suburbain, en raison de la perte de temps qu’elle entraîne, et des dangers qui pourraient en résulter pour sa conduite ou sa moralité ; ici donc, c’est la question de proximité qui domine. Pour les internats elle n’a pas la même importance ; ou bien la famille n’habite pas la ville et les parents ne peuvent s’occuper de leur enfant, ou bien c’est son indiscipline qui lui rend impossible le séjour au foyer paternel. Une
HYGIÈNE INFANTILE
création très avantageuse pour l’enfance, et qui mérite d’étre encouragée, est celle des petits collèges comme Sainte-Barbe-des-Champs à Fontenay-aux-Roses ; les élèves y trouvent le grand air et de larges espaces qui leur permettent de se livrer aux exercices physiques. Une fois les jeunes années passées dans ces petits collèges, les enfants fortifiés, remontés, pourraient entrer dans les lycées des villes.
La disposition des bâtiments qui est à la fois la plus commune et la moins favorable au point de vue de l’hygiène, c’est celle d’une cour carrée ou rectangulaire, circonscrite sur les quatre faces par des constructions ; la cour ainsi encaissée est humide, l’air ne s’y renouvelle pas et le soleil n’y fait que de courtes apparitions. Ces inconvénients sont d’autant plus marqués que les constructions sont plus élevées ; une partie des bâtiments est, en outre, mal orientée. Ce plan est celui de la plupart des vieux lycées de Paris, les considérations budgétaires obligeant à profiter, autant qu’on le peut, de l’emplacement pour y construire le plus possible et le plus haut possible. Une disposition préférable est de n’élever de bâtiments que sur trois faces, en laissant libre celle qui permet l’accès du soleil ; mais il ne faut pas que les constructions en retour sur la façade principale aient plus du tiers de l’étendue de celle-ci. L’alignement des bâtiments sur un seul rang est plus avantageux, mais alors, on cherche à regagner en hauteur ce que l’on a perdu en surface et l’on a un édifice élevé, dont l’ombre couvre la cour.
L’aménagement le plus hygiénique serait de construire des pavillons à un seul étage, suffisamment distants, élevés sur caves ou sous-sol, assez espacés et qui ne donneraient place chacun qu’à un très petit nombre d’élèves ; mais ce mode de constructions étant beaucoup plus coûteux, un pareil plan n’est applicable qu’à la campagne sur des terrains à bon marché.
La capacité des internats doit être limitée ; alors même que l’on n’aurait pas à compter avec l’étendue du terrain, il est fâcheux de dépasser le chiffre de 350 à 400 internes ; au-delà de ce chiffre, la surveillance du proviseur et du censeur devient très difficile et présente forcément des lacunes. Etant donnée la capacité d’un lycée d’internes il faut établir d’avance le chiffre maximum de sa population et ne le dépasser que très exceptionnellement. Il est malheureusement difficile de se raidir contre l’entrainement du succès, on se laisse donc aller à entasser dans une classe ou un dortoir 50 ou 60 élèves, ou bien à élever de nouvelles constructions qui limitent l'accès de l’air et de la lumière ou restreignent l’espace consacré aux cours et aux jardins ; on arrive ainsi à ce résultat paradoxal que plus un établissement à la vogue, moins il la mérite, au moins sous le rapport des conditions hygiéniques.
IL Distribution. — Une condition indispensable dans la distribution des locaux, c’est la séparation en quartiers dans lesquels est répartie
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
chaque catégorie d’âges et la division en grands, moyens et petits, de telle sorte que les enfants appartenant aux divers quartiers ne se rencontrent ni dans les classes, ni surtout dans les cours et dortoirs. La même classe comprenant des élèves parfois d’âges assez différents, ce n’est pas la classe, mais l’âge qui doit régler la répartition entre les différentes cours et les différents dortoirs : c’est là, au point de vue de la discipline et de la morale une considération de première importance.
Les cours , nous l’avons dit, seront disposées de telle sorte qu’un des côtés au moins soit dégagé de murs ou de constructions ; à défaut d’un horizon verdoyant entrevu par cette face libre, elles devraient être plantées d'arbres qui récréent la vue et donnent de l’ombre pendant la saison chaude. A Paris et dans les grandes villes cette disposition est exceptionnelle, cela se conçoit, mais même en province, dans la plupart des collèges communaux de villes d’une certaine importance, pour lesquelles en raison du bon marché des terrains, les conditions budgétaires sont moins impérieuses, il n’est pas moins exceptionnel de voir de la verdure. C’est toujours la cour pelée, aride, dont l’aspect est d'autant plus triste pour les internes que la plupart viennent des petites villes et des campagnes voisines ou l’air, la lumière et l’espace ne leur étaient pas aussi parcimonieusement mesurés ; il est essentiel que dans ces cours, la vue ne soit pas de tous côtés limitée par des murs, mais que, sur une partie au moins de leur pourtour, le regard ait une échappée vers de vastes espaces, les bois, la plaine ou tout au moins la verdure des jardins ; c’est là un avantage des sites élevés.
A mesure que ces établissements prospèrent et que leur population croissante appelle un agrandissement, au lieu d’abandonner le local insuffisant et d’en édifier un nouveau à la périphérie de la ville, on trouve une économie à acheter quelque terrain voisin sur lequel on édifie de nouveaux bâtiments, ou bien un immeuble mitoyen que I on approprie tant bien que mal et au grand mépris de l’hygiène, à sa nouvelle destination.
Les cours doivent être assez vastes pour permettre aux élèves tous les jeux dont la course est le fond, tels que les barres, la balle, le ballon, le foot-ball, etc. Il importe que dans leurs jeux ils puissent se donner carrière et que leurs ébats ne soient pas trop étroitement limités par le défaut d’espace. 11 serait regrettable de leur donner, pour ne pas jouer, l’excuse d’un espace trop exigu, alors qu’ils saisissent avec tant d’empressement les prétextes de s’abstenir.
Le sol des cours commande une attention spéciale au point de vue de leur assèchement; il importe que l’humidité n’y puisse séjourner, des pentes convenables faciliteront l’écoulement des eaux, et, si la nature du sol arrête leur infiltration, il devra être convenablement drainé. On pourra revêtir les cours d’une sorte d’empierrement ou de macadam que l'on recouvrira non de sable, qui serait trop vite entraîné par la pluie,
166 HYGIÈNE INFANTILE
mais d’une sorte de gravier ou de cailloutis ténu, destiné à amortir les chutes.
Préaux couverts. — Dans les lycées et les internats il est indispensable que les élèves aient à leur disposition, les jours de pluie, des préaux couverts, vitrés latéralement et de dimensions assez spacieuses pour leur permettre dejouer librement; ces préaux ne doivent pas être adossés aux classes ou aux études sous peine de nuire à leur éclairage ; leur partie supérieure, si elle est vitrée, devra être recouverte d’un store mobile, pour éviter que le soleil n’y développe une chaleur intolérable. Certains établissements tels que Yanves, Monge, ont des cours intérieures vitrées, de véritables halls qui rappellent ceux des gares de chemin de fer.
A défaut d’installation où l’on puisse ménager des préaux couverts, il serait bon que les cours fussent entourées d’une galerie couverte, sorte de portique comme on en voit dans les cloîtres et les hôpitaux, qui servirait dans la mauvaise saison pour les jeux, et fournirait en même temps une voie couverte, pour les communications entre les divers services. La cour doit être entourée d’un trottoir dallé ou bitumé presque de plain-pied avec elle, et traversée s’il y a lieu par des passages bitumés qui permettent de se rendre aux cabinets sans se mouiller les pieds.
III. Classes et salles d’études. — Les classes des lycées doivent satisfaire aux mêmes conditions hygiéniques que nous avons passées en revue à propos des écoles primaires ; nous ne reviendrons pas sur les considérations déjà exposées à propos de l'orientation, de l’éclairage et de l’aération des salles d’école.
Les salles de classe seront placées au rez-de-chaussée pour abréger les allées et venues des externes qui, n’ayant affaire qu’en classe, n’auront pas à pénétrer dans les locaux réservés aux internes : cette disposition supprimera, au grand profit de l’ordre et de la discipline, tous rapports avec ces derniers. D’autre part, le séjour dans les classes étant limité à trois ou quatre heures par jour, tandis que la durée totale des études est sensiblement plus longue, il y aura avantage pour les écoliers à ce que les salles d’étude soient placées aux étages supérieurs où l’accès de l’air et de la lumière est plus complet, qui sont à l’abri de l’ombre portée par les constructions voisines, et préservées de l’humidité. Les dortoirs où les élèves séjournent plus que partout ailleurs pourront être placés au second étage au grand profit de leur aération.
Dans certains établissements d’instruction secondaire, la disposition du mobilier peut-être la même que dans les écoles, et consister en une série de tables-bancs alignés parallèlement d’un bout à l’autre de la classe. Mais ce n’est pas le dispositif le plus ordinaire dans les lycées; le plus souvent les classes y affectent la forme d’amphithéâtres, soit avec de simples gradins échelonnés sur la pente, et alors l’élève écrit sur ses genoux ; soit avec des tables-bancs de dimensions spéciales. La classe
des lycées, en effet, n’a pas le même usage que la salle d’étude ou d’école : ici l’écolier a des devoirs à écrire, il lui faut une installation convenable, commode, contre les inconvénients de laquelle il n’ait pas à lutter; il doit pouvoir placer sur la table un ou deux livres sans être gêné. La classe du lycée a un rôle assez différent, qui peut s’accommoder d’un aménagement plus sommaire ; l’écolier y écoute plus souvent qu’il n’écrit ; il n’use de la plume ou du crayon que pour prendre quelques notes ou transcrire un texte sous la dictée du professeur, et pour ce court labeur, la table plate de 23 centimètres de largeur, montée sur des tiges de fer et le banc de même largeur que prescrit le règlement des lycées lui suffisent parfaitement. Il est regrettable que les dispositions du mobilier destinées à empêcher les élèves de prendre des attitudes défectueuses n’y soient pas plus souvent observées. Les élèves des lycées sont aussi dignes d’intérêt que les enfants des écoles et il serait à souhaiter que les prescriptions relatives aux dimensions des tables-bancs dans les écoles communales fussent appliquées dans les lycées. Nous voulons parler de la hauteur relative de la taille et du banc, c’est-à-dire de la différence et de leur écartement ou distance dont nous avons traité plus haut.
Nous avons indiqué, à propos des salles d’école, le chiffre d’élèves que doit contenir la classe eu égard à son étendue, et le nombre maximum qu’il n’est pas prudent de dépasser, même avec des conditions de capacité suffisantes de la classe ; nous savons que chaque élève doit avoir un cube d’air de cinq mètres. Les classes des lycées qui sont disposées en amphithéâtre, sont à cubage égal, en raison de l’obliquité du plancher qui en augmente la surface, favorables au placement d’un plus grand nombre d’élèves, ce qui est défavorable au point de vue de l’hygiène. Cette réserve faite, les convenances hygiéniques relatives à l’éclairage et à l’aération, les exigences pédagogiques ayant traita la portée de la voix du maître, qui doit se faire entendre du banc le plus reculé, à l’acuité visuelle des enfants placés sur ce banc, qui doit leur permettre de lire les caractères tracés au tableau, s’accordent pour limiter entre 30 et 40 le nombre des élèves auquel, sans inconvénients, peut atteindre la classe.
La nécessité de locaux distincts pour la classe et l’étude n’est plus à démontrer, elle est unanimement reconnue. Au point de vue de l’hygiène, il n’est pas admissible que l’on garde dans le même local les 30 ou 40 élèves qui constituent une classe pendant toute la journée scolaire, c’est-à-dire 10 à 11 heures durant, sans autres intervalles, pour aérer largement la classe, que la durée des repas et des récréations. Sous le rapport pratique, cette façon de procéder laisse bien à désirer ; en raison des variations dans le nombre des externes et des demi-pensionnaires, population toujours un peu variable, il est difficile alors d’attribuer à chaque élève, durant les études, une place fixe ou soient installés ses livres et ses cahiers ; il faut donc de toute nécessité des locaux spéciaux pour les
HYGIENE INFANTILE
salles d’études ; celles-ci sont généralement situées au premier étage ; la durée plus grande du séjour des élèves demandant de plus grandes précautions pour les préserver de l’humidité.
Les conditions relatives au nombre maximum d’élèves, de dimensions, de cubage, d’aération, de ventilation sont les mêmes que pour la classe et s’imposent d’une façon plus urgente encore ; ce nombre parait devoir être de 30 au plus ; un plus grand nombre rend la discipline difficile à maintenir.
Il faut que rien n’échappe à la surveillance du maitre et pourtant les tables ont souvent la même disposition que celles des classes, et sont rangées en séries parallèles dans la longueur de la salle. Une disposition préférable est celle qui les distribue sur un seul rang, en fer à cheval, le long des trois côtés du local, et qui laisse libre l’estrade qui porte la table du maitre ; au milieu de la salle resté vide, le maitre va et vient et peut ainsi surveiller aisément les faits et gestes des élèves ; cette surveillance est bien moins facile avec la disposition des tables en séries parallèles. Il est vrai que dans les lycées importants où il y a encombrement, nonobstant cette disposition des tables autour de la salle, on en voit souvent encore un certain nombre occupant l’espace resté libre : c’est aux dépens de l’ordre et de la discipline.
Les élèves, obligés d’ailleurs de consulter des dictionnaires et des auteurs qu’ils ne peuvent caser dans leur pupitre, ont derrière eux le casier ou l'armoire qui contient leurs livres et leurs cahiers, ce qui leur évite de se déranger et de perdre du temps.
Le mobilier de l’étude doit être plus commode que celui de la classe, puisque l’élève passe plus de temps à l’étude qu’en classe et qu’il y a des devoirs à faire et non de simples notes à prendre. Dans l’étude, il faut un siège à dossier ; une table ayant GO centimètres de large et légèrement inclinée, avec un pupitre s’ouvrant à charnières dans son milieu, ce qui empêche les livres et les cahiers de glisser et de tomber chaque fois qu’on l’ouvre.
Les sièges seront fixes et très rapprochés de la table, mais alors, pour en rendre l’accès facile, ils doivent être isolés. Le mobilier sera adapté à la taille des élèves, et il semble que trois grandeurs correspondant à chacune des grandes divisions d’élèves soient suffisantes. Comme pour l’école, il est indispensable d’adjoindre un dossier à la table-banc ; à la rigueur, une chaise peut tenir lieu de siège spécial.
Dans les familles, il n’est, pas nécessaire d’avoir un mobilier particulier, il suffit d’une table de hauteur normale, avec un pupitre ou une tablette inclinée, d’un siège et d’un tabouret assez élevés pour que l’enfant soit par rapport à la table dans une position convenable ; à mesure que l’enfant grandit, on réduit la hauteur du siège et du tabouret à l’aide d’un trait de scie.
Dans les lycées aussi bien que dans les écoles, les élèves ne doivent
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
cracher ni dans leur mouchoir, ni surtout par terre : c’est là une précaution essentielle à prendre contre la cause principale de la propagation de la tuberculose, les crachats. Le Congrès de Vienne en 1889 a émis le vœu que dans les classes et dans les études il y eut des crachoirs pleins d’eau ou de sciure de bois, vidés et désinfectés tous les jours.
IV. Réfectoires, Cuisines. — « Il ne faut pas vivre pour manger », dit la sagesse antique ; avec nos écoliers, il n’est nul besoin d’insister, ils mangent pour la satisfaction de leur appétit qui les rend peu curieux des raffinements culinaires. Mais pour si simple que soit le menu, le repas n’en est pas moins un entr’acte aussi nécessaire qu’agréable aux occupations que l’élève vient de quitter et qui le vont ressaisir: il importe que cette trêve se passe dans un séjour ou l’on ait plaisir à se trouver réunis. Cela renvoie bien loin les réfectoires sombres, humides et infects que nous avons tous connus. Sans demander qu'on leur substitue les réfectoires des universités Anglaises, halls splendides, ornés de vitraux de couleur, décorés de peintures et de boiseries sculptées, on peut exiger un minimum de confort et de propreté que nous avons le droit d’obtenir pour nos enfants. Chez nous, on cite comme spécimens remarquables les réfectoires du lycée de Vanves, de Saint-Louis, de l’Ecole normale supérieure, etc.
Les réfectoires, naturellement situés au rez-de-chaussée, sont souvent obscurs, humides, et dès l’entrée, l’odorat est péniblement impressionné par une odeur fade qui parait due à des causes multiples, à l’humidité et surtout à ce que le plancher et les tables sont imprégnés de détritus alimentaires en décomposition.
Le réfectoire doit être suffisamment élevé de plafond, bien éclairé, et son aération doit être rendue facile et complète par l’ouverture de fenêtres opposées. Les murs seront recouverts de peinture ou bien enduits de stuc, ou mieux encore revêtus de carreaux de faïence vernissée. 11 n’y aura, ni sur les murs, ni au plafond, de moulures ou de boiseries sculptées qui sont des nids à poussière et les parois seront unies pour ne retenir aucune malpropreté.
Le sol ne sera ni parqueté ni planchéié, pour ne présenter aucune fissure, aucun interstice dans lesquels se logent et s’altèrent des aliments solides ou liquides que les serviteurs, même les plus soigneux, ne peuvent éviter de laisser tomber et qui finissent par imprégner le plancher ; c’est là une source permanente de mauvaises odeurs. Il faut un sol imperméable formé de dalles en pierre ou en marbre, ou de carreaux de céramique, ou bien encore une de ces mosaïques formées de fragments de marbre réunis par un ciment. Ce revêtement du sol sera bien plus aisé à laver que les planchers et les parquets. On devra le recouvrir de claies en bois pour préserver les pieds du froid.
Les tables en bois doivent être proscrites, à moins d’être peintes ou
HYGIÈNE INFANTILE
revêtues de toile cirée ; mais ces moyens de protection durent peu, la table se crevasse, la toile cirée se casse aux angles, s’use et s’éraille. Riant recommande pour les tables en bois, l’usage d’un vernis très résistant, le vernis à voitures; l’ardoise, le grès, la fonte émaillée, le marbre feront beaucoup plus d’usage. Les bancs et les sièges ne présentent pas d’exigences spéciales.
Le repas achevé, il est indispensable qu’il ne reste sur le sol aucun détritus, ni dans l’air aucune odeur alimentaire ; il faudra donc aérer le réfectoire et procéder au nettoyage soigneux et régulier des tables et du sol.
L’emplacement de la cuisine, affaire d’architecte plutôt que d’hygiéniste, doit satisfaire à deux conditions qu’il faut s’efforcer de concilier. La cuisine doit être suffisamment voisine du réfectoire pour que les plats ne puissent se refroidir dans le trajet et pour que le service ne soit pas trop lourd aux domestiques; il faut, d’autre part, qu’elle communique avec l’extérieur par une issue suffisamment éloignée des salles de classes et d’études, pour que les allées et venues qu’entraînent l’accès des provisions du dehors et l’évacuation des déchets ne troublent pas les élèves. Il faut surtout que les émanations culinaires et les odeurs désagréables qui viennent de la cuisine ne puissent se répandre dans les locaux où séjournent les enfants. L’aération et la ventilation des cuisines, qui concourent si activement à ce résultat, devront être largement comprises; le fourneau de la cuisine pourra être surmonté d'une vaste hotte qui le dépasse en tous sens et qui entraîne les mauvaises odeurs culinaires et les empêche de se répandre au dehors, surtout si le tirage delà cheminée est activé par l’adaptation d’un ou deux becs de gaz.
Le sol de, la cuisine doit être d’une propreté rigoureuse ; il faut qu’il soit imperméable et que, dallé ou bitumé, il ne présente ni fissures, ni interstices où puissent séjourner les détritus et qui s’opposent a un nettoyage facile et complet. L’aire de la cuisine légèrement inclinée permettra le rapide écoulement des liquides.
Les ustensiles de cuisine seront d’une netteté absolue tant intérieure qu’extérieure. Dans quelques établissements, la cuisine n’a pas de fourneaux, tout est préparé à la vapeur qui, venue d’un générateur, chauffe le double-fond de bassines spéciales dont elle porte, en quelques minutes, le contenu à l’ébullition, ou se répand autour de grands récipients en fer pareils à des armoires munis de tiroirs superposés sur lesquels sont placés les aliments à cuire. Les viandes rôties peuvent être préparées à la broche ou au four, et chacun de ces procédés a des avantages ; au point de vue purement économique, le rôti de four est préférable, puisque la dépense en combustible est la même que le four soit ou non utilisé. La broche, il est vrai exige une installation spéciale et un foyer supplémentaire, mais les qualités de la viande ainsi préparée sont bien supérieures, elle est à la fois plus savoureuse et plus nourrissante.
ni
La chaleur des fourneaux pourra, dans tous les cas, être utilisée au chauffage de l’eau en quantité suffisante pour remplir des nécessités urgentes, comme celle de bains prescrits d’urgence à l’infirmerie par le médecin.
A la cuisine est annexée une laverie, service qui exige une vigilance spéciale pour être tenu proprement, et devient aisément un foyer d’infection et d’odeurs nauséabondes insalubre au premier chef si les eaux ménagères y stagnent et n'ont pas un écoulement rapide par le fait d’une disposition bien comprise du sol, qui doit être imperméable et convenablement inclinée.
Dortoirs. — Les dortoirs seront toujours placés aux étages supérieurs, pour être à l’abri de l’humidité et pour recevoir facilement l’air, dont l’accès alors ne sera pas gêné par les constructions voisines. On doit avoir un souci tout spécial de leur exposition ; il faut qu’elle soit favorable à leur ensoleillement. On choisira pour eux l’exposition qui assure le plus longtemps possible l’action du soleil ; leur grand axe sera dirigé du Nord au Sud, ce qui orientera les deux façades principales à l’Est et à l’Ouest, etles mettra aussi bien à l’abri des chaleurs extrêmes de l’étéque des froids de l’hiver. Comme pour toutes les autres pièces du bâtiment scolaire où les élèves sont réunis, il est indispensable que les deux grands côtés soient munis de fenêtres opposées, dont l’ouverture simultanée assurera la ventilation .Si les fenêtres opposées donnent sur des jardins ou sur des cours intérieures on pourra supprimer l’emploi des rideaux qui sont des réceptacles à miasmes et à poussières. Les murs devront être en stuc ou peints et vernis pour que leur nettoyage soit facile et complet. L’idéal serait d’avoir des murs et des plafonds revêtus de carreaux vernissés, symétriquement juxtaposés : le plafond devra toujours être uni, sans poutres ni solives apparentes: sa hauteur ne devra jamais être inférieure à 5 mètres.
La disposition à donner aux baies de ventilation n’est pas moins importante : ici, bien plus que dans une chambre à coucher d’appartement, les enfants sont exposés à respirer un air vicié : dans les habitations collectives, le cube d’air n’est jamais distribué très largement. Pour assurer un cube d’air suffisant aux classes et aux études, où l’élève ne séjourne guère plus de deux heures pour les premières et de trois heures pour les secondes, on réclame de 15 à 16 mètres cubes d’air par heure et par élève, sans préjudice de l’ouverture des fenêtres opposées aussitôt que les élèves ont quitté la salle. Dans les dortoirs l’air n’est pas renouvelé, et bien des causes de viciation viennent altérer l’atmosphère ; les produits de l’exhalation pulmonaire et cutanée, l’odeur ammoniacale des déjections, les émanations des vêtements, de la literie, des chaussures, s’ajoutent à la viciation de l’air par les résidus de la combustion du gaz qui éclaire le dortoir. De plus, par le fait de la température du dortoir
HYGIENE INFANTILE
et des agents de ventilation, il se produit un appel sur les locaux voisins, antichambre, escaliers, et souvent cabinets d’aisances qui sont à la portée du dortoir et, dans cet air si profondément altéré, les élèves séjournent huit heures ; il faudrait donc au minimum 20 mètres cubes d’air par élève ; ce chiffre, il faut le regretter, n’est jamais atteint, il supposerait pour un dortoir de 30 élèves 4,800 mètres cubes. Le dortoir, outre un cube d’air aussi grand que possible sera ventilé pendant la nuit par une cheminée d’appel spéciale ou par un simple bec de gaz placé dans la cheminée. Nous insistons particulièrement sur l’emploi de gaines destinées à introduire l’air pur du dehors et combinées avec l’emploi des cheminées d’appel.
Le nombre d’élèves par dortoir, en vue d’une aération convenable ne devrait pas excéder le chiffre de trente ; en dépit de ce vœu hygiénique élémentaire, il y a des lycées de Paris dont les dortoirs comptent jusqu’à 60 élèves.
Le mobilier des dortoirs comporte, outre les lits, une table de nuit, et, s’il n’existe pas un local ou les élèves puissent faire leur toilette, un lavabo commun. Les lits, élevés de 30 centimètres au-dessus du sol, devront être largement espacés, distants d’un mètre au moins, et placés de façon à rendre la surveillance facile et à ne pas gêner la circulation de l’air.
La meilleure disposition est celle ou les couchettes sont entièrement libres de trois côtés, et alignés sur deux rangées parallèles, le long des murs opposés, en laissant libre le milieu de la pièce. Le chevet devra être voisin du mur et distant d’environ dix centimètres ; la longueur du lit sera perpendiculaire au grand axe de la pièce.
En Angleterre, dans un bon nombre de collèges, chaque élève occupe dans le dortoir un compartiment distinct; ce sont des cases, séparées par des cloisons qui n’atteignent pas le plafond et ne s’opposent ni à l’aération, ni à la surveillance. Les élèves ont donc la possibilité de s’isoler pour faire leur toilette et ce mode d’installation leur donne l’illusion d’une chambre à part, et un simulacre d’indépendance. Certains hygiénistes approuvent cette disposition des dortoirs ; il est certain qu’elle est préférable au point de vue de la décence, mais ces sortes de cellules rendent la surveillance difficile, et la circulation de l’air en est notablement entravée. Quant à accorder à chaque élève une chambre séparée qu’il meuble à sa guise, son plus grave inconvénient est de rendre la surveillance illusoire et impossible. Pour ce qui est de mettre en relief, par le degré de luxe de l’ameublement, les différences de position et de fortune qui séparent les jeunes gens, ce serait plutôt un résultat souhaitable : lorsque l’identité apparente de position n’a jamais eu lieu, quand les distances qu’établit l’opulence ont été gardées même entre les enfants, l’envie a moins de chances de naître qu’entre écoliers ayant vécu longtemps sur le même pied alors que la conformité de situation cesse toul à çoup.
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
En Angleterre, les dortoirs ne contiennent jamais plus de 20 lits ; c’est le maximum auquel il est sage de s’arrêter. Mais des considérations économiques obligent le plus souvent à avoir des dortoirs de grande dimension pouvant loger un plus grand nombre de lits.
La literie se composera d’un sommier, sans enveloppe qui empêche l’air de circuler et dans laquelle les malpropretés s’accumulent à la longue ; d’un matelas de laine ou de varech avec un traversin et un oreiller remplis de même ; on proscrira les lits de plume, et la couchette devra être un peu dure: les enfants, d’ailleurs, dorment facilement, et ce n’est pas à cet âge que l’on est difficile sur les qualités de la couchette et que l’on réclame un lit moelleux. Le nombre et la nature des couvertures dépendront du climat et de la saison : il faut tenir compte de la perte de chaleur qui se produit durant le sommeil et qui est très accusée surtout chez les bébés. Les rideaux seront proscrits à cause de la poussière qu’ils emmagasinent, et surtout de l’obstacle qu’ils opposent à la circulation de l’air ; si l’on en met dans les dortoirs par égard pour la décence, il faut qu'ils ne soient clos qu’au lever et au coucher, de façon à ne pas porter obstacle à la circulation de l’air. Riant signale un système qu’il a vu fonctionner dans un grand pensionnat : un rideau suspendu à une tringle coudée en forme d’L était tiré et cachait un côté du lit et la face opposée au mur, de telle sorte que les élèves ne pouvaient voir leurs voisins de côté ni d’en face ; une fois les élèves couchés, les rideaux étaient ouverts, pour être fermés de rechef le matin.
La literie sera d’une propreté rigoureuse : les draps et les taies d’oreillers seront renouvelés deux fois par mois, et les couvertures, fréquemment battues, devront être nettoyées une fois par an.
Dans un bon nombre de lycées, on voit de petites tables de nuit basses, sans pieds, ayant un tiroir en haut pour les peignes et les brosses, et pouvant tenir lieu d’un siège placé à côté du lit. Ces tables de nuit doivent rester ouvertes, autrement le bois devient humide, s’imprègne d’émanations ammoniacales, et le meuble, quand on l’ouvre, exhale une odeur infecte ; si le vase est tenu propre, la table de nuit n’exhale pas d’odeur. Les lavabos sont placés dans le dortoir ou en dehors ; la surveillance, dans le premier cas, est facile et ne demande qu’un maitre veillant à la fois sur le dortoir et sur la toilette des élèves. La table de toilette est surmontée d’un tuyau qui en fait le tour et qui est muni d’une série de robinets ; 20 élèves peuvent se laver à la fois. Le système de lavabos hors des dortoirs, qui exige il est vrai un surveillant de plus, supprime une source d’humidité, et l’odeur fade du savon.
L’éclairage de nuit sera suffisant pour la surveillance, sans gêner les dormeurs ; la meilleure disposition consiste en une lampe à réflecteur, placée dans l’épaisseur du mur, ne s’ouvrant que du dehors, et munie d’une cheminée à issue extérieure qui conduit hors de la salle les
HYGIÈNE INFANTILE
gaz qui résultent de la combustion ; on évite ainsi la viciation de l’air par ces produits, et les fuites de gaz dues à l’imprudence des élèves qui, autrement, pourraient éteindre la lanterne en laissant le robinet ouvert. Le chauffage n’est utile que pour les jeunes élèves. Les cabinets doivent être en dehors, mais dans le voisinage du dortoir, pour éviter aux élèves des pérégrinations nocturnes dangereuses, surtout en hiver.
YI. Salles de bains et dépendances. — Il faut que les grands
internats possèdent une salle de bains avec ses accessoires, baignoires, calorifères, etc. Les grands établissements seuls, peuvent faire les frais de ce luxe, et leur nombre est très restreint. Sans remonter jusqu’aux Romains, il nous suffit d’observer ce qui se passe chez les Anglais, en nous efforçant de leur ressembler par leurs beaux côtés ; l’usage courant chez eux des bains hebdomadaires établit assez qu’ils considèrent la propreté comme de nécessité absolue. Qu’ils poussent peut-être à l’excès les soins du corps, c’est là une question de mesure, mais il n’en est pas moins évident que nous ne nous en soucions pas suffisamment et que, à ce point de vue, ils nous laissent loin derrière eux. On peut, sans être taxé d’ Anglomanie, demander pour nos écoliers deux bains par mois ; comment la chose est-elle possible, sans une installation spéciale dans le lycée même ? Il y aurait grand avantage à envoyer périodiquement et par petits détachements, les élèves dans un établissement de bains, à la condition qu’il fut suffisamment rapproché, mais cette façon de faire offre bien des inconvénients. Les maisons de bains ne sont pas aménagées au point de vue de la surveillance des baigneurs, chacun restant libre et clos ; mais avec des écoliers, il est essentiel de savoir ce qui se passe dans l’intérêt de leur sécurité et de leur moralité. Peut-on, sans craindre des accidents graves, laisser à la disposition d’un enfant de douze ans ou même davantage, la libre disposition du robinet à eau chaude? On peut redouter des brûlures sérieuses où, sous le coup de l’émotion ou de la frayeur, une immersion suivie d’asphyxie. Dans les internats, les élèves ne sont séparés du maître que par un rideau ; une fois le bain préparé, le robinet ne s’ouvre que de la main de l’employé ou du maître ; celui-ci, invisible et présent, peut exercer son contrôle à tous les points de vue ; on a donc là des garanties qui font défaut dans un établissement public. Le bain pris au dehors est tout au plus un pis aller, acceptable seulement pour les petits internats dont le budget restreint ne permet pas une installation spéciale, ou dans les petites villes de province, où des arrangements amiables peuvent être pris avec le propriétaire du bain et rendre plus absolue la main mise à une certaine heure sur l’établissement. Cette façon de faire simplifie évidemment beaucoup la question ; il y a économie de temps et d’argent mais, comme nous l’avons vu, les inconvénients l’emportent sur les avantages.
Nous sommes au point de vue de l’installation, bien loin des étrangers
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE. 175
qui sont pourvus de piscines où l’on peut s’exercer à nager ; il y a toutefois un minimum auquel nous avons le devoir d’atteindre, c’est l'installation suffisante des bains de propreté. Il existe au lycée de Yanves une très belle piscine de natation. Le bassin a 32 mètres de long sur 16 de large avec des profondeurs variées. L’eau peut être chauffée par des appareils placés sur le radier.
VIL Infirmerie. — Vestiaire. — Les élèves malades ne sont pas soignés dans les internats, mais renvoyés dans leur famille ; il n’en est pas moins nécessaire, tout en appliquant avec rigueur cette mesure commandée par l’intérêt des élèves, de disposer d’un local à part, d’une infirmerie où il soit possible d’isoler les malades dont les parents sont à une distance trop grande ou qui ne sont pas transportables, ceux pour lesquels le diagnostic reste quelque temps en suspens, ceux enfin qui peuvent être gardés quelques jours sans inconvénients, atteints qu’ils sont d’une affection légère non contagieuse et qui cédera promptement à un traitement simple. Autant qu’il se pourra faire, on évitera de placer l’infirmerie au rez-de-chaussée, toujours plus ou moins humide, et où les bruits de la cour et les allées et venues des camarades troubleraient le repos des malades. C’est donc au premier qu’il conviendra de l’installer et l’accès devra en être rendu facile par un large escalier qui permette, en cas de traumatisme, d’v transporter aisément les blessés. L’infirmerie sera installée le plus loin possible des centres de réunion des élèves pour permettre l’isolement dans la plus large mesure : si l’établissement, pour éviter l’agglomération, est divisé en pavillons, l’un d’eux sera affecté à l’installation à part de l’infirmerie. Outre la salle commune, l’infirmerie comprendra plusieurs chambres pour l’isolement des malades contagieux, des douteux et des agités, et un cabinet de consultation pour le médecin, où sera installée l’armoire contenant les objets de pansement et les médicaments indispensables et d’un usage quotidien. On y doit joindre un office pour la préparation des tisanes et des boissons alimentaires, des chambres pour les sœurs et les infirmières et des cabinets d’aisances.
Il faut que l’infirmerie soit spacieuse, le chauffage, la ventilation surtout seront irréprochables ; le cube d’air doit y dépasser celui des autres locaux et atteindre 30 ou 40 mètres par élève. Larrey a établi que l’étendue en superficie surtout est nécessaire ; au cours de la guerre d’Italie il a reconnu que , dans des églises très élevées transformées en infirmeries, la hauteur des locaux ne compense nullement leur insuffisance d’étendue. La salle commune de l’infirmerie devrait toujours être munie de fenêtres opposées, ou, s’il n’y a qu’un rang de fenêtres, il lui faudrait avoir des ouvertures aux deux extrémités. Le sol sera parqueté et revêtu d’un enduit imperméable qui permette de fréquents lavages. Les soins de propreté qui sont nécessaires partout sont d’absolue
ne
HYGIÈNE INFANTILE
rigueur à l’infirmerie. Les murs et les plafonds en stuc, ou tout au moins peints à l’huile, devront être lessivés fréquemment.
S’il existe un calorifère, il occupera le centre de la pièce et sera aménagé de façon à contenir une couche de sable chaud dans laquelle seront placés les vases contenant les tisanes. La température devra toujours atteindre de 15 à 16 degrés centigrades.
On veillera scrupuleusement à la propreté irréprochable des cabinets, pour lesquels les lavages fréquents et les différentes solutions désinfectantes seront largement employés. Les déjections des malades, des typhiques surtout, seront désinfectées par leur mélange avec les agents chimiques en usage, notamment avec le sulfate de fer : elles ne devront pas séjourner dans la salle commune ni dans les chambres, non seulement dans les cas contagieux, mais même dans les indispositions les plus inoffensives d’apparence.
Les chambres qui auront abrité un contagieux ou un douteux, seront complètement aérées et désinfectées : la literie sera assainie, nettoyée, désinfectée après chaque maladie sérieuse et les rideaux des lits, d’une utilité d’ailleurs discutable, seront lavés fréquemment.
Les élèves qui suivent un régime alimentaire spécial et qui ne prennent pas leurs repas au réfectoire ou qui vont à l’infirmerie pour y prendre des médicaments ou des tisanes, devront être complètement isolés des salles de malades ; encore vaudrait-il mieux que les soins leur fussent donnés dans des locaux éloignés et complètement indépendants de l’infirmerie.
Il y aurait grand avantage à ce que le maître chargé de la surveillance de l’infirmerie fut un élève en médecine, mais cela n’est possible qu’à Paris ou dans les grands centres où siège une faculté ou une école secondaire.
Vestiaire. — Dans les internats une pièce doit être affectée au service exclusif du vestiaire. Les vêtements qui, durant l’été, ont servi à la promenade ou aux jeux au dehors, reviennent au vestiaire imprégnés de transpiration, c’est-à-dire d’eau et de produits sécrétés par la peau ; avant d’y être accrochés de nouveau, ils doivent être séchés, puis battus et brossés à l’air libre, sous peine de devenir, comme il arriverait pour du linge sale, un foyer de miasmes. Le vestiaire devra être largement aéré, et les vêtements qui y sont suspendus, suffisamment espacés pour que l’aération les atteigne de toutes parts et réduise au minimum les exhalaisons qui en émanent.
On peut plier les vêtements au lieu de les suspendre, on gagne ainsi de l’espace, mais n’étant plus isolés au milieu de l’air qui se renouvelle de toutes parts, ils ne se débarrassent pas aussi complètement des mauvaises odeurs. Aux jours de sortie, les vêtements sont déposés au dortoir, sur le lit de chaque élève, par le personnel du vestiaire, ce qui restreint les allées et venues et permet de maintenir la propreté de ce local où ne circulent que les gens de service.
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
1TÎ
§ II. — Régime alimentaire. — Sommeil.
I. Rations. — Choix des Aliments. — A partir de sept ans, l’enfant n’a pas besoin d’un régime spécial, il doit être nourri comme on l’est dans sa famille, seulement son régime doit être plus frugal ; la sobriété, utile à tous les âges, est pour lui une nécessité absolue ; ses repas doivent être plus nombreux que les nôtres, mais moins prolongés. Les raffinements culinaires ne sont pas de mise chez les enfants et les jeunes gens, dont l’appétit est assez développé pour se passer de stimulants. Ce qu'il leur faut, ce sont des aliments simples, doux, sans grands artifices de préparation, mais d’une digestion facile, et fortement réparateurs sous un petit volume, surtout à dater du moment où, l’enfant étant entré au lycée, est obligé à des efforts intellectuels fréquents et prolongés (1). Contrairement à l’opinion commune, le travail intellectuel est une cause de dénutrition, de déperdition des forces au moins égale à celle du travail musculaire, et la consomption sous toutes ses formes peut-être, dans la jeunesse, la conséquence d’efforts intellectuels trop soutenus. Au cours du développement de l’enfant, l’alimentation doit lui fournir à la fois une ration d’entretien et une ration d’accroissement, et comme on exige de l’écolier un travail cérébral très actif, il lui faut, de ce chef, une ration supplémentaire. Une alimentation insuffisante détermine chez un sujet quelconque de l’amaigrissement, du dépérissement, de la faiblesse ; il devient frileux, anémique et oppose moins de résistance aux causes de maladies. Ces indices apparaissent plus promptement dans un organisme en voie de croissance, et l’enfant résiste bien moins que l’adulte aux effets d’une alimentation insuffisante. La quantité d’aliments nécessaire à l’écolier varie d’ailleurs suivant une foule de conditions, son degré de développement, son âge, la quantité d’efforts musculaires dépensée.
Pour que l’alimentation soit suffisante, il faut, outre sa quantité, tenir compte de sa nature. On a établi que l’adulte, en 24 heures, perd en moyenne environ 20 grammes d’azote, et brûle 300 grammes de carbone : il est donc nécessaire de combiner les aliments de telle sorte qu’ils contiennent ces éléments dans la proportion voulue. Le régime doit être approprié aux besoins de l’organisme et avoir en vue les principes nécessaires à la réparation de tel ou tel tissu, comme, par exemple, la présence de certains sels, tels que le phosphate de chaux durant la période de croissance, etc. L’alimentation des adolescents, d’après Bouchard, doit comprendre des substances diverses qui introduisent dans l’économie les principes essentiels, ternaires et quaternaires
(1) J. Rochakd, (/oco cit.).
Encyclopédie d’hygiène. — VIII,
HYGIENE INFANTILE
suivant une proportion déterminée. Pour une partie de substance azotée ou protéique, il faut cinq parties de substance hydrocarbonée, amidon, sucre ou graisse, ces deux derniers corps comptés comme représentés par leur équivalent en carbure d’amidon. Si les substances azotées sont relativement trop abondantes, si le rapport devient : : 1:4, on constate les troubles digestifs, la fétidité de l’haleine, les éruptions cutanées, les sédiments urinaires. Si la graisse ou l’amidon prédominent au-delà de la proportion normale, si le rapport devient : : 1 : 6, on observe l’affaiblissement, l’anémie, les états scorbutiques.
La proportion des deux ordres de substances varie beaucoup suivant les aliments ; on devra s’efforcer de rétablir la quantité normale en associant les aliments plus riches en matières azotées aux aliments plus riches en graisse ou en amidon, le sucre pouvant, pour une part, se substituer à ces derniers.
Si les aliments, d’ailleurs copieux, sont peu nourrissants, ils exigent de l’estomac un plus grand travail, la digestion est lente, laborieuse, elle s’accompagne de somnolence et retentit d’une façon fâcheuse sur le travail intellectuel, les repas volumineux amènent d’ailleurs la dilatation de l’estomac.
L’aliment qui répond le mieux à cette condition essentielle d’être nourrissant sous un petit volume, qui est le plus facilement assimilable et le plus réparateur c’est la viande. Celle-ci ne pourrait être remplacée dans l’alimentation de l’homme que par l’emploi d’une quantité considérable de substances végétales, pour la digestion desquelles notre intestin n’est pas spécialement organisé, ou par l’usage exclusif et dès lors nuisible des œufs, du laitage et de ses préparations.
La quantité de viande cuite, parée et désossée nécessaire à l’écolier varie, avec son âge, dans les proportions suivantes :
Petits de 7 à H ans 120 grammes.
Moyens de 11 à 16 ans. 160 —
Grands au-delà de 16 ans 200 —
par tête et par jour. C’est la quantité suffisante, mais sur laquelle aucune
réduction ne saurait être admise.
Dans cette ration, le bœuf bouilli ne devra pas faire plus de trois apparitions par semaine ; le reste du temps la viande sera rôtie ou grillée. En Angleterre, le régime alimentaire des écoliers est plus fortifiant que chez nous, ce que justifient la différence de climat, d’habitudes antérieures et la vie plus active des Anglais. Chez eux, il est alloué aux enfants 300 grammes de viande cuite, ce qui équivaut à 400 grammes à l’état frais; cette différence n’implique nullement que nos internes souffrent de la faim.
Cette quantité de viande représente les deux cinquièmes des matières azotées nécessaires à l’alimentation, les troi^ autres cinquièmes seront empruntés surtout aux aliments d’origine animale, mais moins azotées
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
que la viande : (poissons, laitage, œufs, etc.), ou de source végétale : (légumes, pain blanc, pâtes alimentaires, riz, fruits). Le pain doit être fait avec de la farine de premier choix et de l’eau irréprochable, il doit être bien cuit et avoir peu de mie ; il faut le donner à discrétion, et le servir frais, c’est-à-dire cuit de la nuit. Le pain bis contenant une notable proportion de son, réfractaire aux sucs digestifs, recélant d’ailleurs des acides, sera interdit autant que possible aux jeunes écoliers. L’absence de rationnement du pain permet aux enfants qui ont très bon appétit, de compléter leur alimentation, dont l’insuffisance entraverait leur développement.
Les jeunes écoliers ne tolérant pas bien l’abondance de cellulose, de fécule et de sucre, on leur interdira tous les légumes qui laissent un résidu abondant de cellulose, les choux, les épinards, les haricots verts, les salades, les fruits mal mûrs, les champignons et, d’autre part, les sucreries de toute nature. A mesure que l’enfant grandit, on peut se relâcher un peu de cette rigueur, mais jusqu’à l’adolescence, il faudra exclure constamment la charcuterie, les viandes fumées ou faisandées, les épices, les fromages forts, et restreindre au minimum l’usage des pâtisseries. On doit proscrire également du régime des enfants les condiments, les sauces de haut goût; sous ce rapport le lycée a l’avantage, et sa cuisine pèche plutôt par un excès de fadeur. Dans les familles, l’enfant mange comme ses parents, on ne fait pas pour lui une cuisine spéciale, et l’inconvénient des assaisonnements trop relevés, des sucreries, des friandises l’atteint souvent.
Les aliments doivent être simples, nous l’avons dit, mais de très bonne qualité et préparés avec soin ; c’est là une condition difficile à réaliser dans les internats, comme dans tous les établissements où il faut préparer les aliments pour beaucoup de monde. La cuisine collective est le plus souvent mauvaise ou médiocre, on devra faire pour le mieux ; il ne faut jamais, en tout cas, que l’on puisse faire à la cuisine des internats le grave reproche de manquer de propreté.
L’eau pure, comme boisson exclusive pour les enfants, est condamnée par les hygiénistes, et partout on leur donne aux repas une certaine quantité de boissons fermentées ; la plus commune est le vin coupé d’une certaine quantité d’eau. Cette eau rougie, ou abondance, ne peut sans inconvénients être préparée d’avance ; pour les jeunes enfants, incapables de faire eux-mêmes le mélange, elle doit être préparée au début du repas ; il faut laisser aux plus âgés une certaine initiative et leur donner une carafe d’eau et un carafon de vin qu’ils mélangent à leur guise. On doit donner aux petits 10 centilitres de vin, aux moyens 12, et 16 aux grands. La boisson varie du reste avec les régions ; dans les départements du Nord et de l’Est la bière est en usage, dans ceux de l’Ouest, en Normandie, en Bretagne, le cidre est la boisson ordinaire. La proportion par rapport au vin est du double pour le cidre et les bières fortes, du triple pour les bières légères.
ISO
HYGIÈNE INFANTILE
L’eau est le véhicule le plus commun des infections, aussi doit-elle être l’objet d’une surveillance minutieuse dans les lycées, dont la population, plus apte qu’à tout autre âge à contracter la fièvre typhoïde, est aussi à l’époque de la vie où l’on boit le plus d’eau. Il faut fournir aux élèves une eau de boisson absolument pure. « On sait aujourd’hui, » dit Straus, « que bon nombre de maladies, la fièvre typhoïde entre autres, si redoutable pour les jeunes gens, se contracte surtout par l’usage d’eaux souillées par des germes infectieux ; il est donc indispensable d’assurer aux établissements d’instruction publique, ainsi qu’aux casernes, une distribution d’eau potable pure, soit d’eau de source bien captée, soit à défaut de cette dernière, d’eau convenablement filtrée à l’aide des appareils efficaces dont nous disposons aujourd'hui ». Il faut absolument renoncer aux puits et aux citernes trop voisins des fosses fixes, dont l’eau n’est pas améliorée par les filtres et peut, en temps d’épidémie, être l’origine d’accidents mortels. L’eau alimentaire contaminée est le point de départ de la plupart des épidémies de fièvre typhoïde : ce pointa été bien établi parles travaux de Pasteur et de ses élèves Brouardel, Chantemesse, Widal. Les eaux des fleuves et des cours d’eau sont constamment souillées par des microbes qui y peuvent vivre fort longtemps et y pulluler, si ces eaux sont très chargées de matières organiques. Les germes de ces bactéries sont si nombreux dans certaines eaux, celle de la Seine, par exemple, en contient tellement, qu’une goutte de cette eau prise même au-dessus de Paris, est toujours féconde et donne lieu au développement de plusieurs espèces de bactéries, parmi lesquelles il en est dont les germes résistent à une température de plus de 100° centigrades à l’état humide et de 130° dans l’air sec. Les eaux captées aux sources qui sortent de l’intérieur de la terre et qui n’ont pu être encore souillées ni par les poussières de l’atmosphère ou de la surface du sol, ni par les eaux circulant à découvert, ne renferment pas toutes ces bactéries. Les germes dont il s’agit sont d’un si petit diamètre qu’ils traversent tous les filtres.
En temps d’épidémie, on pourra faire usage d’eaux minérales naturelles, mais c’est là une dépense qui n’est pas accessible pour tous, et ne donne d’ailleurs pas une sécurité absolue. On pourra porter l’eau à l’ébullition avant d’en faire usage, mais alors, une partie des sels en dissolution, comme le carbonate de chaux, sont précipités et les gaz en dissolution se sont dégagés. L’eau bouillie est fade, peu digestive, et, privée d’air, elle deviendrait nuisible à la longue. D’ailleurs l’eau commence à bouillir à 100° centigrades; or, une chaleur de 115 à 120° est nécessaire pour la destruction certaine et complète des microbes, et l’on resterait sous le coup du péril à éviter. On doit donc rejeter l’eau bouillie qui ne met pas à l’abri du danger.
Pour se prémunir contre tout risque, il faut arriver à dépouiller sûrement le liquide de tous les microbes ou germes qu’il récèle, tout en lui conservant les sels et les gaz qui entrent dans sa composition. Le
HYGIÈNE DE LA. SECONDE ENFANCE
filtre Chamberland qui a pris naissance clans le laboratoire de Pasteur remplit toutes les conditions voulues et il est supérieur à tous les appareils qui l’ont précédé. La filtration a lieu à travers un vase poreux en porcelaine dégourdie ; les eaux, même les plus impures, filtrées à travers ces vases, ne contiennent plus ni microbes, ni germes ; elles peuvent être ajoutées en proportion quelconque aux liquides les plus altérables, sans provoquer la moindre altération. L’appareil s’adapte directement sur la conduite d’eau et fonctionne par l’effet de la pression qui existe dans les tuyaux.
C’est par l’eau que pénètrent dans l’économie les œufs des ascarides lombricoïdes et des autres helminthes, aussi, les maladies vermineuses, rares à la ville où les eaux de table sont filtrées, deviennent-elles fréquentes aux champs où l’usage des filtres est inconnu.
Les boissons excitantes : le café, le thé et même le chocolat doivent être interdites aux jeunes sujets : elles fatiguent le système nerveux si excitable chez les enfants. Nous ne parlons que pour mémoire des vins sucrés (Malaga, Frontignan, Champagne, etc.) et des bières fortes (Pale ale, Stout, Porter) auxquelles un enfant ne doit pas goûter.
Un point capital de l’hygiène alimentaire, c’est la variété dans l’alimentation, utile pour stimuler l’appétit, et indispensable aux besoins de la nutrition ; quelle que soit la bonne qualité des mets, leur réapparition trop répétée devient promptement fastidieuse. Il serait à souhaiter que le même menu ne revînt que de quinzaine en quinzaine.
Les menus des jours maigres doivent être composés avec soin ; en général ils ont pour base les légumes secs, les farineux, le riz, les salades, les légumes herbacés, épinards, salsifis ; les pâtes, macaroni, nouilles, etc. Ces aliments peu nourrissants, sont, en raison de leur volume plus considérable ou de la forte proportion de cellulose qu’ils contiennent, l’objet d’une digestion laborieuse et font travailler l’estomac sans profit : ils donnent soif et provoquent des troubles intestinaux ; ils ne contiennent d'ailleurs pas d’azote. Il faut leur adjoindre du poisson et, s’il fait défaut dans le pays, y substituer des aliments azotés d’origine animale, œufs, fromage blanc, laitage, etc.
II. Repas. — A partir de la deuxième enfance, quatre repas sont suffisants ; ils doivent être distants de trois ou quatre heures au plus, et les heures doivent être fixées avec une régularité absolue ; c’est, un des trop rares côtés par lesquels l’éducation collective l’emporte sur la vie de famille. L’enfant ne doit rien prendre entre les repas, et ne doit pas manger avant que ne soit accomplie la digestion du repas précédent. C’est surtout auprès des jeunes filles qui, pour la plupart, font leur éducation dans leur famille, qu’il faut insister sur cet abus des repas supplémentaires, nuisibles à tous les points de vue, puisqu'ils consistent principalement en sucreries et en friandises.
HYGIENE INFANTILE
Il faut au lycéen le temps de manger, c’est l’avis de tous les recteurs ; une certaine durée du repas est nécessaire à l’écolier, même à cet âge où l’on a encore de bonnes dents, pour lui permettre d’opérer d’une façon complète les différents actes de la mastication, et pour ne pas imposer à l’estomac, outre sa fonction propre, la besogne préalable à la digestion des aliments, qu’il remplit d’ailleurs assez mal. Les aliments doivent être bien divisés et bien mastiqués pour s’imprégner de salive et de mucus buccal ; autrement l’enfant est dans les conditions d’un baby qui ingère des aliments solides avant d’avoir des dents. Il faut dire que, bien souvent, les élèves pressés d’aller jouer au grand air abrègent encore le repas, et, pour gagner du temps, avalent les morceaux à la hâte et sans les avoir mâchés, au risque de provoquer des troubles intestinaux et des dyspepsies, et de faire donner le signal de la récréation avant que les camarades moins pressés aient pu terminer leur repas.
Il doit être accordé pour les repas une heure vingt-cinq minutes par jour, ainsi réparties :
Déjeuner 15 minutes.
Dîner 30 —
Goûter. 10 —
Souper 30 —
Le temps accordé aux repas est loin d’être excessif, il s’en faut, et doit être consacré d’une façon effective à sa destination. Nous connaissons des internats, jouissant d’ailleurs d'un bon renom, où les élèves peuvent, presque à leur guise, quitter le réfectoire une fois leur repas achevé ; c’est alors à qui se lèvera le premier, et tous à l’envi ingurgitent leurs aliments après une mastication des plus sommaires. C’est là une tolérance absurde et blâmable de la part des maîtres ; si les élèves savaient d’avance qu’il leur faudra passer le temps du repas au réfectoire et qu’ils n’ont rien à gagner à se bourrer péniblement, ils prendraient le temps de mastiquer leurs aliments, ce qui ne saurait manquer d’avoir sur leur digestion la plus salutaire influence.
Dans les établissements d’instruction dépendant de l'État, les élèves ne sont plus astreints au silence durant les repas, c’était leur imposer une contrainte très pénible et sans aucun profit. La règle du silence est celle que les trappistes ont le plus de peine à supporter et qu’ils seraient forcés d’enfreindre, s’ils n’avaient pas la psalmodie de matines; c’est l’interdiction qui dans les maisons de correction fait le plus souffrir les détenus, les femmes surtout. Dans nos lycées on contraignait naguère les élèves à se taire en classe, en étude, dans les rangs, au réfectoire, au dortoir, ce qui faisait, pour les grands, 22 heures de silence sur 24 : le silence est de nécessité absolue à certaines heures et dans certains lieux, mais l’imposer à des enfants au réfectoire, à l’heure de la conversation, de la détente, de la gaieté est une mesure arbitraire que rien ne motive. « Les morceaux caquetés sont les mieux digérés » disait Madame de
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
Sévigné. Et que dire de cet usage absurde encore en vigueur dans certains internats, surtout dans les couvents de demoiselles, de faire durant les repas une lecture instructive ou édifiante, l’histoire Romaine, la vie des saints, etc. ! Il n’y a guère que le sommeil qu’on n’ait pas encore tenté d’utiliser pour l’instruction des enfants.
Le régime doit être surveillé étroitement au moment où la croissance des jeunes sujets est à son maximum d’activité. C’est à partir de 11 ans pour les garçons, un peu plus tôt pour les filles, que la taille augmente le plus. Le poids des garçons gagne par jour :
A 11 ans 7gr, »
A 12 ans. 8 »
A 13 ans 12 7
A 14 ans 12 G
à 15 ans 13 1
Par le fait de cette augmentation de poids, le jeune sujet a besoin d’ingérer une plus grande quantité d’aliments et surtout de substances albuminoïdes : si l’on ne tient pas compte de cette exigence physiologique, on peut provoquer des troubles graves dans le développement et l’évolution de l’organisme. On sait qu’une alimentation insuffisante a pour effet, chez l’enfant, d’empêcher le corps d’atteindre les proportions auxquelles l’aurait conduit une hygiène mieux entendue. Cet arrêt de développement laisse des traces qui persistent toute la vie, alors que les conséquences de l’alimentation insuffisante peuvent, chez l’adulte, n’être que passagères. Aux approches de la puberté, les jeunes filles ont encore besoin d’une nourriture spéciale, richement azotée et apte à prévenir le développement de la chlorose qui accompagne souvent le début d’une fonction nouvelle, source pour l’organisme d’une dépense supplémentaire.
III. Régimes exceptionnels. — La santé de certains élèves les oblige à suivre un régime à part ; ce régime doit être prescrit ou tout au moins approuvé par le médecin du lycée, autrement tout le monde voulant y participer, l’exception deviendrait la règle et le menu normal ne serait plus que celui de la minorité. Il est indispensable que les élèves qui bénéficient d’un régime spécial aient leur réfectoire distinct sous peine d’éveiller la jalousie et de soulever des récriminations sans fin.
Les jeunes filles n’ont pas besoin d’un régime particulier : il leur faut, comme aux garçons, une alimentation fortement réparatrice sous un petit volume, et de facile digestion, comme la viande. Les prescriptions relatives à l’alimentation dans les pensionnats de demoiselles sont identiques à celles qui concernent les garçons ; il n’y a de différence qu’en ce qui a trait à la quantité de viande, qui doit être de 100 grammes pour les petites, de 130 pour les moyennes et 160 pour les grandes.
La régularité dans les repas est un des rares avantages des internats où les élèves mangent à heures fixes et ne peuvent rien prendre dans l’intervalle.
HYGIÈNE INFANTILE
Dans la famille, la nourriture des jeunes filles doit être la même que celle de leurs parents ; il faut éviter qu’elles fassent abus ni môme usage de friandises et de sucreries. C’est dans la famille surtout qu’il faut veiller à la régularité des repas, et empêcher les enfants de rien prendre en dehors d’eux; à ce point de vue l’usage moderne des goûters chez les pâtissiers, des lunchs, des five o’clock est absolument pernicieux. Les jeunes filles sé chargent l’estomac de sucreries, de gâteaux indigestes, et quand vient l’heure du dîner, elles ne touchent pas aux aliments réparateurs qui leur sont offerts. L’alimentation doit être préparée le plus simplement possible, sans sauces de haut goût, sans assaisonnements compliqués.
Il importe pour les enfants, mais surtout quand ils sont très jeunes, de ne pas manger à la table commune lorsqu'il y a des invités ; le repas alors se prolonge beaucoup trop : la recherche et la multiplicité des mets excitent la gourmandise des petits convives que les parents n’ont, pas le loisir de surveiller pour les rationner ; en pareil cas il est d’ailleurs difficile de diriger les conversations et d’empêcher les enfants d’entendre des propos qui ne leur sont pas destinés. Bien souvent une phrase qu’ils n’ont pas comprise et qui a soulevé le rire, leur reste dans la mémoire, irrite leur curiosité, et ils n’ont pas de cesse qu’ils ne soient arrivés à en trouver la signification.
Il n’est pas bon pour les écoliers de se remettre au travail immédiatement après le repas : le travail digestif qui dérive vers l’estomac l’activité fonctionnelle de l’innervation et de la circulation rend l’effort intellectuel pénible et insuffisant, et l’économie ne peut faire d’une façon satisfaisante et simultanément les frais du travail digestif et de l’effort intellectuel ; l’une des deux fonctions nuit nécessairement à l’autre.
Le repas du soir ne doit pas être immédiatement suivi du coucher, il en doit être séparé par un intervalle d’au moins deux heures, sous peine de rendre le sommeil incomplet, agité et pénible.
IY. Sommeil. — Jusqu’à l’âge de 10 à 12 ans, l’enfant dort plus qu’il ne veille ; le besoin de sommeil diminue à mesure qu’il grandit. Si on laisse libre cours à la nature chez un enfant bien portant, vigoureux et qui n’est pas sous le coup du surmenage intellectuel, on obtient, pour la durée du sommeil, les chiffres suivants : à sept ans, de 10 heures à 10 h. 1/2 : à dix ans, de 9 h. 1/2 à 10 heures ; à douze ans, 9 heures ; à 14 ans, 8 h. 1/2. Si l’on retranche sur le sommeil, on provoque de l’apathie, de la fatigue, de l’irritabilité nerveuse ; le sommeil est surtout nécessaire aux sujets chétifs, aux anémiques, aux chlorotiques. Les faibles ayant plus besoin de sommeil que les forts, on permettra plutôt huit heures et même neuf aux jeunes filles. L’excès de sommeil peut cependant être nuisible ; la santé dépend d’une sage répartition du temps entre l’activité et le repos ; si l’exercice devient insuffisant, la vigueur des
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
organes diminue. Le sommeil trop prolongé a encore l’inconvénient de faire respirer trop longtemps un air chargé des émanations malsaines exhalées pendant toute une nuit dans un local clos.
Quand vient le soir, l’appareil musculaire, les organes des sens, l’esprit, sont fatigués et réclament le sommeil ; la réparation doit être en proportion de la dépense ; c’est pendant le repos que s'accumulent les matériaux de réparation. Le travail de jour fatigue l’écolier, mais bien davantage et plus rapidement quand la dépense intellectuelle ne peut être réparée par une durée suffisante du sommeil. La nuit est le moment le plus favorable à un repos calme et tranquille. A part les climats du midi, où l’on est dans l’obligation de faire une sieste au milieu du jour, le sommeil de jour, imparfait et troublé, doit être interdit. Pour qu'il soit réparateur et complet, il faut une grande régularité dans les heures de coucher. Les enfants ne doivent pas être mis au lit aussitôt après le repas ; leur repos, alors, est entravé, peut-être parce que l’irritation des nerfs du tube intestinal se transmet aux appareils nerveux centraux; il faudra donc, au repas du soir, donner des mets de facile digestion, pas d’aliments trop solides, et insister sur les repas peu copieux ; on devra, après ce repas du soir, laisser l’enfant jouer 3/4 d’heure ou une heure avant le coucher. 11 vaut mieux faire coucher les jeunes gens de bonne heure, sauf à les faire lever tôt, que de prolonger la veille à la lumière artificielle au milieu de l’atmosphère qu’elle vicie et avec la fatigue qu’elle impose à la vue. On ne doit jamais laisser dormir les enfants tout habillés ; les vêtements entravant la respiration, et tenant trop chaud. A partir de sept ans, l’enfant doit se coucher avec une simple chemise de nuit, et tête nue, aussi bien les filles que les garçons.
Dans les lycées, le lever a lieu à 5 heures en été et à b h. 1/2 en hiver ; le coucher de 8 h. 1/2 à 9 heures, soit huit heures de sommeil : de plus, dans les hautes classes, une étude suivant le souper, réduisait la nuit de 1/2 heure, soit 7 h. 1/2 de sommeil. Ce minimum, à peine suffisant pour les grands et les moyens, est absolument insuffisant pour les petits. Mais il y a dans la prolongation du temps destiné au sommeil un écueil sérieux à éviter : le temps passé au dortoir ne doit pas excéder la durée du repos rigoureusement nécessaire pour réparer en dormant les fatigues cérébrales et musculaires de la journée. Les moments passés sans dormir ne profitent qu’aux mauvais penchants de l’écolier.
On devra se montrer fort sobre de permissions pour les veillées ; elles sont pleines de dangers pour les sujets délicats ou trop jeunes, inconvénients sans compensations, car le travail des veillées ne donne que peu de profit. Le travail du matin, alors que le cerveau reposé a toute sa puissance, est infiniment plus profitable.
Les enfants émettant durant leur sommeil prolongé beaucoup d’acide carbonique, il leur faut un cube d’air assez considérable et leur chambre à coucher doit être spacieuse et bien aérée ; le nombre de lits contenus
HYGIÈNE INFANTILE
dans la pièce devra être en proportion inverse de leur âge car, pendant la nuit, il n’v a à compter dans les appartements que sur la ventilation naturelle. Pour un enfant de huit ans, il faut un cube de 12 mètres ; à douze ans, 20"’. Dans ces conditions même, la quantité d’acide carbonique dépasse souvent le maximum toléré, surtout en été, où la ventilation naturelle intervient fort peu.
La température, pour les petits, ne doit pas descendre, durant l’hiver, au-dessous de 18° ; pour les grands elle doit atteindre de 12 à 15°. Il faut protéger le plus que l’on peut les dormeurs contre les oscillations de la température extérieure. D’après Bonnal, qui se base sur un nombre considérable d’expériences, les sujets placés dans un appartement, bien que la température de ce dernier n’ait pas varié, sont influencés d'une façon très sensible par les A?ariations thermiques de l’air extérieur. En toutes saisons, le minimum de température de l’organisme s’observe de minuit à 3 h. du matin, il peut tomber alors à 36,3; le refroidissement est dù au ralentissement des oxydations durant le sommeil ; il est donc important de couvrir les enfants suffisamment, et de leur donner une ou plusieurs couvertures de laine suivant les saisons. Nous sommes partisan de l’endurcissement de l’accoutumance au froid pour les enfants, mais ce n’est pas le moment de les y aguerrir durant le sommeil et l’immobilité, alors qu’ils ne se défendent pas.
L’enfant doit être, pendant le sommeil, débarrassé de tous ses vêtements de jour ; ceux-ci sont façonnés, ils exercent par points une constriction nuisible et gênent la liberté des attitudes et le relâchement total dont le sommeil a besoin pour être réparateur.
La lumière troublant le repos et le rendant incomplet, les fenêtres devront être garnies de rideaux pour protéger le petit dormeur contre les rayons du soleil et même contre le clair de lune ; il va de soi qu’on ne laissera pas dans la chambre une veilleuse dont les produits de combustion, acide carbonique et oxyde de carbone, augmentent l’impureté de l’air.
Le lit doit être fait d’un sommier ou d’une paillasse, sur laquelle repose un matelas de crin, de fougère, de mousse ou de paille d’avoine ; la plume ne convient pas, elle tient trop chaud au corps qu’il faut obliger de réagir contre le froid ; elle ne convient absolument pas pour l’oreiller. En été et dans les pays chauds l’enfant pourra avoir des rideaux de dentelle ou de gaze, sorte de moustiquaire, qui le protègent contre les insectes. Le lit doit être propre et n’exhaler aucune odeur désagréable ou malsaine. Les draps, les couvertures et les autres pièces de la literie dont le tissu est imprégné des miasmes humains dégagés pendant la nuit, seront, dès le lever, étalés et exposés à l’air durant plusieurs heures.
Dans les campagnes et au sein des classes pauvres, un lit sert souvent pour six ou sept personnes ; c’est là une pratique antihygiénique et contraire à la morale. Jamais deux enfants, même d’âge égal, ne devront
HYGIENE DE LA SECONDE ENFANCE
être couchés dans le même lit; il faut que l’enfant puisse s’étendre à l'aise dans son lit et s’y retourner à son gré ; d’ailleurs les émanations pulmonaires ou cutanées des uns peuvent être nuisibles aux autres.
§ III. — Vêtements. — Soins de propreté
I. Vêtements. — Il n’y a pas de règles hygiéniques générales applicables aux vêtements, c’est affaire d’usages et de climats, cependant leur forme, leur nature et leur degré d’adaptation ne sont pas sans quelque importance.
Ils doivent être assez amples pour ne comprimer aucune partie du corps et ne pas gêner les mouvements. Un vêtement qui serre trop la poitrine s’oppose à son ampliation dans l’inspiration, il gène l’hématose en la limitant, et si son action est continue, il met obstacle au développement du thorax Les gilets et les tuniques ne doivent pas sangler la taille ; une ceinture trop serrée refoule les viscères abdominaux, elle s’oppose à l’expansion de la poitrine et gêne les fonctions de l’estomac et d’une partie de l’intestin ; elle peut favoriser le développement d’une hernie. La constriction du cou par une cravate ou un col trop serrés gêne la circulation en retour de l’encéphale et favorise un état congestif qui n’a que trop de tendance à se produire chez des jeunes gens astreints à l'effort cérébral et penchés sur leur table pendant une partie du jour ; il en peut résulter de la céphalalgie, des vertiges, des épistaxis. La constriction de la jambe par des jarretières trop serrées, peut préparer l’apparition de varices. La culotte ne doit pas être serrée au-dessous du genou, et le pantalon doit être aisé à la ceinture, sous peine de comprimer le ventre. Pour soutenir ce vêtement, les jeunes gens le serrent souvent outre mesure ; il est, préférable de porter des bretelles, à la condition de ne pas les tendre trop fortement, ce qui gène l’expansion de la poitrine.
Si les vêtements sont trop amples, ils protègent mal contre le froid, s’ils sont trop ajustés, ils tiennent moins chaud en supprimant la couche d’air, mauvais conducteur de la chaleur, interposée au corps et à son enveloppe.
La forme du vêtement n’importe pas seulement sous le rapport hygiénique, il est permis de tenir à une certaine élégance, et il faut convenir que l’enfant, gracieusement habillé quand il vit dans sa famille, est réduit à renoncer à toute prétention de cet ordre en endossant la tunique, ce vêtement étriqué, mal commode, qui offense à la fois l’hvgiène et l’esthétique et dont les inconvénients ne sont pas rachetés par l’avantage, problématique pour des enfants, d’être déguisés en petits soldats. Il est certain, comme le fait observer J. Rochard (1) que, puisqu’il faut un uni-
(1) J. Rochard, (loco cit).
HYGIENE INFANTILE
forme, la tenue du marin, la chemise de laine ample et souple avec le bonnet de travail, mettent les enfants autrement à l’aise et leur donnent une autre mine que notre ridicule costume de lycéen. La mode intelligente cette fois, s’est emparée de ce costume qui est actuellement celui de la plupart de nos enfants jusqu’à 8 ou 10 ans. Il laisse aux enfants toute la liberté de leurs mouvements, et a l’avantage de leur tenir le cou découvert, ce qui les aguerrit contre les refroidissements de nos régions et les met à l’abri des angines et des laryngites.
Au lycée, la tunique n’est de mise qu’au dehors, et les élèves doivent, à l’intérieur, avoir un autre vêtement, veste ou blouse, qui ne comporte qu’une indication, celle de leur laisser la liberté de leurs mouvements. Les exercices gymnastiques et les jeux exigent également une tenue spéciale, jersey ou tricot de coton, que l’on doit échanger en rentrant contre des vêtements secs.
Les vêtements ne doivent pas être trop chauds, même en hiver; les mères couvrent trop leurs enfants et multiplient outre mesure lès précautions contre le froid ; sitôt qu’ils jouent ou qu’ils courent, ils sont baignés de sueur et se refroidissent par le repos; il vaut encore mieux qu’ils aient un peu froid dans l’appartement. On abuse surtout de la flanelle, qu’il faudrait considérer comme un agent thérapeutique auquel on n’aurait recours que sur le conseil du médecin, elle entretient la peau dans un état de moiteur continuelle ce qui est débilitant; mais elle est bonne et salutaire pour les enfants sujets aux douleurs rhumatismales, aux catarrhes, aux laryngites et aux affections des voies respiratoires. En dehors des cas où le médecin juge opportun d’en prescrire l’usage habituel, elle est utile dans les exercices du sport en vogue aujourd’hui et qui provoquent la transpiration; pour s’y livrer il est bon de revêtir une chemise de flanelle. Elle absorbe l’humidité bien mieux que la toile ou le coton, et comme le séchage entraîne une déperdition de la chaleur, elle met alors plus complètement à l’abri des refroidissements. On doit en changer aussi souvent que de linge ; autrement, ce tissu imprégné des secrétions cutanées devient irritant pour la peau, malpropre et mal odorant.
L’enfant a, moins que l’adulte, le besoin d’être vêtu chaudement, et dans aucune saison les vêtements chauds ne lui sont nécessaires à l’intérieur des appartements ; au dehors on peut le couvrir un peu plus ; encore les jeunes sujets se remuent-ils assez pour ne pas se refroidir, au moins daiîs les saisons moyennes. On ne saurait trop réagir contre la tendance générale des parents à couvrir leurs enfants à l’excès ; on arrive ainsi à avoir des enfants chétifs, mous et sans réaction. Il serait bien plus rationnel d’imiter les Anglais et les Ecossais qui font faire à leurs enfants de l’hydrothérapie à basse température, et les laissent aller tête et jambes nues. Pourquoi couvrir la tète protégée par les cheveux alors que la face reste à l’air ? Quant aux jambes c’est une question d’accoutu-
HYGIENE DE LA SECONDE ENFANCE
mance. Forcé d’opter entre la méthode d’endurcissement à outrance et celle qui élève des enfants « dans du coton », nous choisirions sans hésiter l’excès de rigueur. Il est bon d’accoutumer les jeunes organismes aux variations de température ; la peau, dont les éléments contractiles enlacent le réseau vasculaire superficiel, se comporte sous l’action du froid, comme un véritable muscle et se contracte en refoulant concentriquement le sang vers les viscères ; il en résulterait des congestions centrales, si elle ne se dilatait bientôt. Il importe donc de la soumettre à une sorte de gymnastique qui lui rende faciles les alternatives de constriction et de relâchement par l’effet des variations thermiques. Ces préceptes comportent néanmoins des tempéraments, et les vêtements chauds sont indispensables aux enfants faibles, aux convalescents, aux lymphatiques et à tous ceux que menacent les affections de poitrine.
La nature du tissu des vêtements est d’une grande importance ; la laine très hygrométrique, mauvais conducteur de la chaleur, pouvant constituer un tissu épais comme le drap ou léger comme la gaze, figure au premier rang parmi les étoffes d’habillement. L’air étant le plus mauvais conducteur de la chaleur qu’il soit possible d’imaginer, entre pour beaucoup dans les propriétés calorifiques des vêtements de laine ; ceux-ci en effet, emprisonnent une certaine quantité de ce fluide et lui donnent une fixité qui en fait une enveloppe conservatrice de la chaleur. Aussi les vêtements les plus chauds sont-ils les vêtements de laine qui emprisonnent dans leurs fibres ou entre leurs poils une certaine quantité d’air. Les filaments de laine sont élastiques et empêchent les tissus qu’ils constituent de s’aplatir sur la peau, ils conservent donc leur épaisseur et la couche d’air qui y est incluse. Ce qui influe sur les qualités protectrices d’une étoffe, non moins que sa nature, c’est donc son état, sa forme, le plus ou moins d’espace qu’elle occupe à poids égal. Un tissu à larges mailles, et qui emprisonne beaucoup d’air est plus chaud. La flanelle neuve, le molleton, l’ouate fraîche sont plus chauds que tassés par l’usage ; il en est de même des étoffes à larges mailles et grossièrement tissées. La superposition de plusieurs vêtements élève le degré de la chaleur, tant parce qu’elle augmente l’épaisseur de l’enveloppe, que parce qu’il s’interpose une couche d’air entre chaque double des vêtements. La puissance d’émission ou d’absorption des étoffes varie avec leur couleur ; les teintes foncées qui absorbent au maximum les rayons calorifiques sont plus chaudes que le blanc qui les réfléchit au plus haut degré. Mais ces propriétés d'émission et d’absorption ne sont vraies et sensibles que pour l’exposition au soleil et pour la chaleur lumineuse.
Les vêtements et la literie des gens atteints de maladies contagieuses peuvent être cause de l’éclosion de maladies identiques, chez les sujets sains qui les revêtent ou en font usage. Les vieux habits portés par un frère, ou une sœur morts de maladie contagieuse ne doivent, dans aucun cas, être usés par les autres enfants ; il faut donc s’interdire l’usage de
vêtements prêtés, hérités, ou achetés d’occasion. Dans les épidémies de variole en 1874-75 à Marseille, on a reconnu que le plus grand nombre de cas s’observaient dans les quartiers et les maisons habités par les fripiers.
Le linge de corps peut être de toile ou de coton ; ce dernier sèche moins vite que la toile et absorbe moins rapidement la chaleur; les chemises et les caleçons seront donc en coton, le linge de toile est froid. Qu’il soit de toile ou de coton, le linge de corps doit être fréquemment changé, il s’imprégne assez rapidement des exhalations excrémentitielles de la peau, sueur et matières grasses, prend alors de l’odeur et irrite les téguments. 11 peut d’ailleurs servir de réceptacle aux miasmes. Il faut que les jeunes gens revêtent, en se couchant, une chemise de nuit et que le linge de jour, imprégné de sueur, soit aéré jusqu’au lendemain.
Dans les lycées, le caleçon est réglementaire, mais un bon nombre d’écoliers vivant dans leur famille, considèrent cette partie du vêtement comme une complication inutile, et suppriment le caleçon. On aurait tort de tolérer cette façon de faire, le caleçon est le complément indispensable de l’habillement. Le pantalon ou la culotte, au contact immédiat de la peau, s’imprégnant de sueur ou même d’urine, il n’est pas admissible que l’on porte pendant des mois un vêtement qui, longtemps avant d’être hors d’usage, arrive à un répugnant degré de saleté ; il doit être protégé par l’interposition d’un caleçon que l’on porte huit jours au plus.
Le cou doit être habituellement découvert, la cravate à peine serrée. Certains accessoires du costume, les foulards et les cache-nez, dont on abuse il est vrai moins qu’autrefois, sont pernicieux pour les jeunes gens ; ils tiennent le cou dans un état constant de moiteur et, lorsqu’on les enlève, on éprouve une très pénible sensation de froid, source d’angines répétées et de laryngites nombreuses.
Les jeunes gens doivent aller nu-tête le plus souvent possible ; théoriquement, il y a moins de raisons pour aller tète nue que pour se couvrir le visage, la tête étant protégée par les cheveux. La transpiration qui, avec une coiffure, mouille le cuir chevelu, la congestion sanguine que la chaleur provoque, l’absence d’aération, peuvent amener l’altération des bulbes capillaires et entraîner la calvitie précoce. Il faut donc que, dans les cours du lycée, à l’intérieur des habitations, l’enfant ait la tête découverte ; il est contraire à l’usage de sortir nu-tête, c’est la seule raison qui s’y oppose. En dehors des froids rigoureux, plus la coiffure sera légère, mieux elle vaudra ; quand on a le choix, c’est-àdire en dehors du képi obligatoire des lycéens, la meilleure coiffure est une casquette légère, non ouatée, avec visière ; elle suffit à protéger contre le froid, et surtout contre l’humidité et le soleil ; elle ne doit pas tenir la tète chaude, ni l’enfermer hermétiquement, ni la serrer. Pendant la nuit une coiffure est inutile.
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
II. Bas et chaussures. — Les bas protègent les pieds contre le frottement de la chaussure, mais surtout ils doivent les mettre à l’abri du froid et de l’humidité. En hiver il faut des bas en tricot de laine qui absorbent mieux la sueur; l’été de simples chaussettes en coton sont suffisantes.
La chaussure est, pour les lycéens comme pour les soldats, une partie importante du costume ; il faut avant tout que les chaussures préservent du froid et de l'humidité. L’enfant, quand il est libre, peut réagir contre l'action du froid aux pieds, mais pendant les heures d’immobilité forcée de la classe et de l’étude, l’humidité qui continue à agir entretient un refroidissement permanent des pieds.
C’est à des chaussures défectueuses que sont dues les déformations du pied : le défaut de longueur amène le refoulement en arrière et la déformation des orteils ; les souliers trop étroits ou trop pointus déterminent par compression l’apparition de durillons, de cors, d’œils-de-perdrix, productions épidermiques fort douloureuses lorsque, par réchauffement, du pied, l’épiderme, dans son expansion entraîne le derme sous-jacent. Les chaussures trop étroites et trop courtes amènent des déformations des os qui causent l’instabilité du corps, la fréquence des chutes, l’impossibilité de fournir une marche prolongée : trop larges, ou de cuir trop dur et peu souple, elles exercent des frottemen ts qui amènent les mêmes accidents. La forme très pointue et symétrique en vogue dans ces dernières années, était absurde, puisque le troisième orteil n’est pas, comme à la main le médius, le doigt le plus long. Si la pression est trop forte, c’est le gros et le petit orteil qui sont surtout déviés ; les orteils chevauchent alors l’un sur l’autre, leur extrémité unguéale se rapproche de la ligne médiane du pied, les ongles s’incarnent; il peut même se produire, dans les tendons moteurs du pied, des déviations qui finissent par en altérer les fonctions. Les talons élevés font porter le poids du corps sur l’avant-pied, et, comme leur pointe est recourbée en avant pour faire paraître le pied moins long, cette pointe étant d’ailleurs effilée à dessein, la base de sustentation est plus restreinte et il suffit du moindre écart pour amener une chute, une torsion du pied, une entorse ou même une luxation du tarse.
Les souliers doivent être en cuir souple, assez longs, larges au niveau des orteils, à bouts plutôt carrés, à talons plats et larges. Pour la marche, les bottines lacées que l’on peut serrer au niveau du cou de pied sont les meilleures chaussures.
La mesure du pied doit être prise, comme longueur et largeur, l’enfant étant debout le pied posé sur une feuille de papier sur laquelle un trait de crayon en suivra le contour. Mais comme le pied s’allonge dans la marche, la longueur prise ainsi serait insuffisante ; on y ajoute empiriquement la hauteur du gros orteil à son extrémité libre. Les deux pieds sont le plus souvent inégaux ; pour qu’ils soient bien chaussés, il convient de prendre isolément la mesure de chaque pied.
HYGIÈNE INFANTILE
Les chaussures doivent être entretenues avec soin ; dans certains établissements on a la déplorable coutume de ne les nettoyer que deux fois la semaine ; la propreté et l’hygiène s’accordent pour réprouver cette façon de faire ; les chaussures qu’un revêtement de boue maintient humides pendant trois jours sont malsaines, leur cuir durcit, perd sa souplesse, et par le frottement sur les orteils amène des indurations du derme ou même des excoriations et des plaies.
Les indications spéciales aux filles, en ce qui concerne le vêtement, sont assez restreintes ; la robe doit couvrir le haut de la poitrine et monter jusqu’à la hase du cou ; le corset doit être interdit jusqu’à l’âge de 10 à 12 ans : il gêne le développement du thorax, très actif vers l’époque à laquelle les jeunes filles commencent à le porter. Chez les fillettes, une brassière en coutil renforcée avec quelques baleines souples en tiendra lieu. Aux approches de la puberté, on est obligé de céder à l’usage, et puisque la femme est destinée à porter des corsets, il importe de ne pas attendre trop tard pour y accoutumer la jeune fille. Le corset tel qu’on le portait autrefois et comme l’entendent encore aujourd’hui un bon nombre de femmes, est moins un vêtement qu’un appareil propre à modifier la forme du buste et à lui donner une apparence factice ; il lui faut mettre en saillie le haut de la poitrine, amincir la taille, mettre les hanches en relief et maintenir le buste droit, c’est un véritable moule. Or bien que, chez la femme, la respiration soit costale supérieure, le libre jeu du diaphragme lui est nécessaire pour respirer. Le corset ainsi conçu abaisse le foie, et refoule vers le petit bassin la masse intestinale qui exerce sur les organes sexuels internes une compression fâcheuse toujours, mais surtout à l’époque de leur fluxion périodique. Il peut être utile en soutenant les seins volumineux : mais où est l’utilité de les refouler en haut, et de les ramener vers la ligne médiane, alors que leur tendance naturelle est de diverger vers l’aisselle ? Si son rôle de soutien est vraiment indiqué, il faut, quand on se décide à Tutiliser, qu’il soit réduit au minimum et qu’au lieu d’une cuirasse, il constitue une ceinture large et élastique. Il n’en faut pas davantage, et d’ailleurs, les baleines d’acier et le buse descendant jusqu’au pubis disparaissent peu à peu, et ne seraient de mise que chez les jeunes filles qui ont de la tendance à se voûter. On devra veiller avec soin à ce que le corset, trop serré, n’étrangle pas la taille en comprimant le ventre, ce qui n’est ni hygiénique ni gracieux, et surtout compromet le développement des organes qui ont une grande importance dans la destination physiologique de la femme.
Les jeunes filles, sans suivre la mode dans ses ridicules et ses excentricités doivent être vêtues comme on l’est dans leur milieu. Leurs vêtements doivent être assez larges pour ne comprimer ni la poitrine ni le ventre, et assez commodes pour ne pas entraver leurs jeux. L’hygiène doit lutter ici contre un mobile qui laisse les garçons indifférents, la coquetterie; par désir de suivre la mode, les jeunes filles s’entendent
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
avec la couturière pour avoir des robes trop serrées ou qui les découvrent trop, ou bien avec leur cordonnier qui leur livre des chaussures trop étroites.
Dans les pensionnats, l’enfant, affranchi de la tyrannie de la mode, porte un costume uniforme, noir d’ordinaire, qui offre l’avantage d’être peu salissant et d’être seyant pour les jeunes filles. Les fillettes et les jeunes filles, non par souci de la mode, mais simplement pour avoir chaud, doivent porter des pantalons. L’usage de la flanelle n’est pas plus indiqué pour elles que pour les garçons, en dehors des conditions spéciales que nous avons mentionnées.
III. Toilette. — Si notre pays tient à honneur de figurer au premier rang parmi les nations civilisées, il est encore assez loin de tenir la tête pour le culte de la propreté. Dans les classes cultivées et dans les rangs élevés de la société, on se borne souvent à sauver les apparences ; parmi les gens soignés ou même recherchés dans leur tenue, combien ne tiennent guère rigoureusement propres que les parties découvertes et restent un mois et plus sans prendre de grand bain et presque autant sans se laver les pieds ! Nous ne parlons que pour mémoire des paysans, auxquels le seul mot de bain inspire un sentiment de répulsion voisin de la terreur. Dans les classes où le souci de la propreté corporelle peut devenir une source de dépense, l’incurie atteint sa limite extrême. Aux yeux de nos pères, la propreté n’était qu’une affaire de bonne éducation, mais aujourd’hui, il est avéré qu’il y a en plus, dans les soins de cette nature, une question de santé pour l’individu et de salubrité pour sa demeure. Les travaux de Pasteur ont établi que les germes pathogènes des maladies infectieuses sont entretenus par la malpropreté et que les lavages font reculer les épidémies, c’est-à-dire la mortalité. La propreté corporelle a pris une importance capitale depuis les découvertes de la bactériologie : on sait maintenant que les germes pathogènes, les micro-organismes qui développent les maladies infectieuses ont pour siège favori la crasse et les malpropretés : qu ils sont accumulés par millions dans tous les replis cutanés, sous les ongles, entre les orteils et qu'il faut, pour les en déloger, non pas un lavage sommaire, mais un nettoyage à fond.
Il ne faut pas oublier, d’ailleurs, quelles importantes fonctions sont dévolues à la peau qui est la voie d’élimination d’un grand nombre de produits nuisibles ou encombrants ; la perspiration cutanée est un complément utile de la respiration pulmonaire. D’autre part les produits d’excrétion du tégument externe en se desséchant, bouchent les pores et peuvent, s’ils ne sont enlevés régulièrement, donner lieu à un certain nombre d’affections plus ou moins sérieuses.
Enfin, outre leurs autres avantages, les ablutions de propreté, quand elles sont pratiquées à l’eau froide, entretiennent la tonicité du réseau musculaire qui met en jeu la contraction ou le relâchement de la peau, Encyclopédie d’Hygiène. — VIII. 1 3
l'Ji
HYGIÈNE INFANTILE
et dont le bon fonctionnement assure la réaction qui succède aux refroidissements, et nous met à l’abri des congestions viscérales si communes sous l’action du froid.
La propreté est, chez certaines natures, une qualité instinctive, mais quand elle n’est pas innée, ce qui est le cas le plus commun, elle peut être enseignée par l’éducation et développée à l’égal d’un véritable besoin naturel.
Pour les jeunes sujets, les soins du corps comprennent la toilette quotidienne du matin, les bains de pieds et les grands bains. La toilette matinale doit être faite à l’eau froide. Les jeunes Anglais, d’après le Dr Reuss, attachent beaucoup plus d’importance à la propreté du corps que les internes Français ; chez eux les ablutions quotidiennes, l’usage du tub, sont tellement entrés dans les mœurs, qu’ils font partie intégrante de la vie Anglaise et que les enfants ne sauraient s’en passer. Dans beaucoup d’établissements, dès le matin, les écoliers, nus jusqu’à la ceinture, se lavent la tête, la figure, le cou, les épaules, la poitrine et les bras ; il serait fort à souhaiter que cette salutaire pratique se généralisât chez nous ; il est juste de dire qu’elle s’v est répandue parmi les jeunes gens et commence à trouver place dans le cabinet de toilette des jeunes filles, où le tub s’installera peut-être définitivement.
En attendant, répétons-le, l’iisage du tub, qui est général chez nos voisins, et tend à s’acclimater parmi nous, est des plus utiles. Peut-être serait-il difficile de l’appliquer chaque matin dans nos lycées, mais il est à souhaiter qu’une pratique si recommandable y trouve sa place une fois, au moins, par semaine. De simples affusions froides sur tout le corps avec une éponge, constituent encore une excellente pratique. Les écoliers Anglais, il faut le dire, peuvent donner à leur toilette tout le temps nécessaire ; l’heure du lever est laissée à leur initiative ; c’est à eux d’être debouts assez tôt pour avoir le temps de faire leurs ablutions. Dans nos lycées, le temps consacré à la toilette est insuffisant; 20 minutes pour les grands, 25 minutes pour les petits, ce n’est pas assez pour se laver la figure et les mains, se brosser les dents, se nettoyer la tête et les oreilles et s’habiller: il faut, même sans minutie, consacrer moitié plus de temps à la toilette du matin. L’eau devra être fournie en abondance et versée dans de vastes cuvettes à l’anglaise.
Il va sans dire que les pratiques hydrothérapiques, tub, lotions froides, bains froids et douches doivent être interditsaux enfants sujets aux bronchites, ou prédisposés à la tuberculose, à ceux qui sont exposés aux névralgies ou aux rhumatismes. Les soins de propreté pour la division des petits doivent être donnés par une personne qui en est spécialement chargée et qui veille avec soin sur l’état de la tête, des oreilles et surtout des dents.
Les ustensiles de toilette, éponges, peignes, brosses à dents ou à cheveux seront personnels et soigneusement nettoyés ; on surveillera avec
HYGIENE DK LA SECONDE ENFANCE
soin l'état du cuir chevelu, et, dans la crainte d’affections contagieuses de la tète, on en signalera au médecin les moindres modifications.
Certaines parties du corps exigent des soins spéciaux et minutieux, tels sont la face, la bouche, les oreilles, le cuir chevelu, les pieds et les mains et les parties génitales. La face, en raison de ses anfractuosités nombreuses et des sécrétions variées auxquelles donnent issue ses différents orifices exige, pour son nettoyage, une attention particulière. La toilette de la face doit être faite bien entendu, chaque jour et plutôt deux fois qu’une. On doit employer une serviette et rejeter l’éponge autrefois en vogue spécialement pour cet usage ; celle-ci, qui sert indéfiniment, et qu’on ne nettoie pas autrement que par un lavage à grande eau, s’imprégne de germes et de matières organiques ; la serviette au contraire ne sert que quelques jours et retourne au blanchissage. Le lavage de la face doit se faire à l'eau froide ; l’eau chaude nettoie mieux, mais la face toujours exposée à l’air, a besoin d’être aguerrie au froid. On usera, bien entendu, d’un savon de toilette dont le choix est loin d’être indifférent ; les savons de toilette de bonne qualité, sont à base de soude unie à des corps gras de nature choisie, tels que la bonne huile d’olive ; certains savons à bon marché dissimulent, à l'aide d’un parfum, la rancité des corps gras, et sont irritants : il faut s’en abstenir soigneusement ; les savons transparents, pour lesquels on ne peut employer les graisses rances sont inoffensifs. Une fois le savonnage de la face terminé, il faut plonger la figure dans sa cuvette, pour enlever le savon, dont les moindres traces, surtout s'il est de qualité médiocre, ne manquent pas de provoquer des érythèmes.
Les dents sont le premier instrument des opérations de la nutrition et c’est la compromettre gravement que de les laisser s’altérer par le manque de soins de propreté. Il faut se rincer la bouche après chaque repas et surtout le soir, pour éviter que, durant la nuit, les parcelles alimentaires restées entre les dents ne subissent, sous l’action de la salive, la fermentation acide ou putride. On se servira d’eau pure ou aromatisée avec quelques gouttes de teinture de myrrhe ou de benjoin. La propreté et le bon entretien des dents est une condition essentielle de leur conservation ; on devra commencer de bonne heure à les soigner. Il faut se servir d’une brosse de fermeté moyenne, les frotter verticalement et transversalement, en dedans et en dehors, en faisant pénétrer les crins entre elles, pour enlever les débris d’aliments et les éléments parasitaires. 11 serait sage d'insister spécialement sur le nettoyage du soir. On pourra user d’une poudre dentifrice qui contribue à enlever les dépôts de diverse nature dans les interstices dentaires ; Gallippe conseille la craie prépareé des pharmaciens associée au chlorate de potasse et aromatisée avec quelques gouttes de teinture de myrrhe.
Dans l’enfance et la première jeunesse il faut apporter beaucoup de soin et d’attention à surveiller l’état des dents; c’est surtout de six à
HYGIÈNE INFANTILE
douze ans qu'il faut s’en occuper avec sollicitude. La lenteur et les anomalies de leur développement donnent des renseignements précieux au point de vue de l’état général et des troubles de la nutrition. Il importe de veiller à la sortie de la deuxième dentition gênée souvent par la persistance des dents de lait qui s’obstinent à ne pas tomber, ou dont les dents serrées entre les voisines ne trouvent pas l’espace nécessaire pour s’aligner et sont forcées de pousser de travers. On surveillera l’apparition de la carie, plus commune chez les jeunes filles que chez les garçons, pour la soigner immédiatement. Dans les internats, les soins de la bouche doivent être imposés aux élèves avec plus d’insistance encore que tous les autres soins de propreté, parce que la négligence ici peut avoir des conséquences irréparables ; on doit donner aux'élèves le temps d’y procéder soigneusement et confier à un dentiste instruit l’inspection régulièrement périodique de l’appareil dentaire. La carie est préparée et favorisée par tous les aliments qui peuvent rendre la salive acide, et notamment par les sucreries, les gâteaux et le pain lui-même. L’alternance de la chaleur et du froid est funeste à l’émail ; les Américains, qui font un usage abusif des boissons glacées et sucent presque constamment de petits morceaux de glace, ont les dents en fort mauvais état ; on doit se garder d’employer certains dentifrices qui attaquent l’émail par leur action chimique. Galippe conseille de choisir certains aliments résistants : le pain bis de préférence au pain blanc, le pain bis étant plus riche que l’autre en éléments minéraux, en phosphate de chaux particulièrement ; selon lui, les Ecossais devraient leur belle denture à l’usage de la farine d’avoine. D'après Chrétien, Galippe, Magitotet d’autres spécialistes autorisés, le travail intellectuel excessif aurait une influence capitale sur les altérations des dents, comme on l’observe à l’école Polytechnique et à l’école Monge. Dans les cas d’altérations sérieuses des dents chez les écoliers, il est indispensable de leur administrer des sels de chaux, soit dans les aliments qui en contiennent, soit sous forme médicamenteuse.
La disposition du conduit auditif en rend le nettoyage quelque peu difficile et, pour qu’il soit bien fait, il faut y apporter de l’attention. Il est nécessaire de le nettoyer avec un linge fin ou une petite éponge conique, pour prévenir une accumulation de cérumen qui donne souvent lieu à une obturation du conduit, incompatible avec l’intégrité des fonctions auditives.
Les cheveux doivent être portés très courts par les écoliers qui n’ont que très peu de temps à consacrer à leur toilette ; les sujets chez lesquels les cheveux pèchent par leur sécheresse, ce qui est rare, sont seuls fondés à faire usage de pommade ; d’ordinaire, une rapide lotion savonneuse de loin en loin suffit, avec l’usage du peigne ou de la brosse. Il faut éviter l’emploi des brosses dures, ou le raclage trop répété ou trop énergique avec le peigne fin. Chez les écoliers qui vivent groupés, les maladies parasitaires du cuir chevelu se répandent avec une extrême facilité, par
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
les échanges de coiffures, les contacts et les instruments des coiffeurs qui servent à tout le monde.
Le pied étant plus riche que d’autres parties en glandes sébacées ou sudoripares, est plus exposé à l’accumulation des produits de sécrétion, et à l’irritation locale qu’ils déterminent, en raison de cette particularité que les orteils étant, dans les chaussures, rapprochés d’une façon permanente, rien ne peut être évacué au dehors par l’effet des mouvements naturels. Les produits de sécrétion s’accumulent, fermentent, l’épiderme du pied macéré se putréfie et ces altérations jouent peut-être un rôle de prédisposition dans l’apparition des callosités, des cors et des durillons dont les orteils sont le siège.
Les pieds devraient être l’objet de lotions tous les soirs, et lorsque l’épiderme trop friable est sujet aux excoriations ou que les pieds sont le siège de sueurs exagérées, il serait bon de s’abstenir de bains tièdeset de les laver avec des solutions astringentes ou de les frictionner simplement avec un linge mouillé d’eau acidulée.
On doit couper les ongles carrément et non pas en rond, surtout celui du gros orteil, pour qu’ils soient toujours hors de la pulpe de l’or teil, car si l’un d’eux y est enclavé il constituera, en poussant, un ongle incarné. Les ampoules et les callosités demandent des soins immédiats ; on vide les ampoules en les traversant d’un fil, sans les inciser ; la sérosité s’écoule et l’épiderme continue à protéger le point intéressé. Les callosités doivent se détruire à la lime : les durillons et les cors seront enlevés par petits copeaux, par le grattage à l’aide d’un canif qui coupe mal. Les cors et les durillons disparaîtraient vite, si l’on se décidait à porter des chaussures qui soient faites suivant les règles du sens commun.
Les mains étant découvertes, leur netteté est d’ordinaire suffisamment imposée aux jeunes gens par les convenances sociales. Quand la peau est très délicate et se gerce facilement, il vaut mieux se laver les mains à l’eau froide qu’à l’eau tiède ; s’il existe des crevasses, il faut suspendre les lavages au savon et se contenter de s’essuyer les mains sans les laver ; on se trouvera bien alors d’onctions avec de l’huile, du cold-cream frais ou de la glycérine anglaise neutre.
Les parties génitales constituent la région du corps qui est la plus exposée à l’accumulation des produits de sécrétion : l’existence des plis et des sillons qui résultent de la configuration de ces organes, favorise le contact permanent des deux surfaces cutanées et muqueuses et c’est une cause incessante de malpropreté. C’est là l'excuse el l’explication de la circoncision dans les pays chauds ; car, dépourvue de ce motif, elle constituerait une pratique absurde ; elle empêche la stagnation du sébum secrété par les glandes du prépuce. En effet, la persistance de ce produit sous le prépuce amène sa fermentation, l’épiderme macéré s’excorie et il peut se développer de véritables balanites. Le lavage de
HYGIÈNE INFANTILE
ces parties devrait être un temps de la toilette journalière, et c’est une pruderie mal entendue que de ne pas enseigner aux jeunes garçons la nécessité de ces lotions indispensables ; la décence n’en serait en rien compromise, on épargnerait au contraire aux jeunes gens une cause permanente d’excitation, en supprimant à l’aide des lotions d’eau froide, ce continuel prurit du gland qui les oblige à y porter la main sans cesse.
Les soins de propreté sont encore plus nécessaires et doivent être plus minutieux chez les jeunes filles que chez les garçons. Il faut leur consacrer le temps nécessaire, c’est-à-dire au moins une demi-heure. La toilette devra être faite à l’eau froide généreusement dispensée et largement employée. Les grands bains, au moins mensuels, et les bains de pieds hebdomadaires imposés aux lycéens sont, à plus forte raison, indispensables aux filles. Indépendamment de ces divers modes d’ablutions, il est des soins plus intimes auxquels les jeunes filles doivent être accoutumées aussi bien dans les pensionnats que dans les familles. Les mères surveilleront l’apparition chez leurs filles de la fonction menstruelle et leur enseigneront les précautions qu’elles ont à prendre à partir de cette époque : soins de propreté spéciaux et minutieux, changements fréquents de linge, abstention de l’eau froide pour les lotions et les bains. Il faut, dans les pensionnats, leur fournir les conditions d’installation et d’isolement nécessaires à l’accomplissement convenable de ces devoirs de propreté et d’hygiène. Galippc a appelé l’attention sur le singulier travers qu’ont les institutrices, dans les maisons religieuses surtout, de faire envisager par leurs élèves cette fonction, naturelle au même titre que toutes les autres, comme une chose honteuse dont il n’est séant ni de parler ni de s’occuper, de sorte que les jeunes filles marchent, s’asseyent et se couchent avec une chemise durcie par le sang : qu’elles peuvent avoir de véritables pertes pour avoir accompli comme les autres la promenade réglementaire, ou provoquer des accidents sérieux en se lotionnant à l’eau froide à tort et à travers, victimes qu’elles sont d’une pruderie sotte et mal entendue.
L’usage du tu b, assez répandu parmi les jeunes gens, commence à peine à être pratiqué par les jeunes filles ; il leur serait pourtant plus utile encore qu’aux garçons. Les alarmes des mères, et l’effroi qu’inspire aux jeunes filles l’idée de recevoir une douche d’eau froide, leur font apporter aux pratiques hydrothérapiques une résistance dont on n’aura pas aisément raison. C'est, là une répugnance regrettable ; l’hydrothérapie offre l’avantage d’aguerrir la peau à l’action du froid, de l’habituer à réagir contre ses effets et, en développant la résistance au refroidissement, elle rendrait beaucoup plus rares les affections qui en résultent ; elle triompherait des manifestations du nervosisme et préviendrait la plupart des accidents de la puberté.
Il y a, chez les filles, des soins tout particuliers à donner à la chevelure, qui sera plus lard un de leurs plus beaux ornements. Jusqu’à cinq ans,
HYGIÈNE UE LA SECONDE ENFANCE
les fillettes doivent porter les cheveux courts comme les garçons, sans qu’ils soient pourtant coupés ras. 11 n’est pas démontré que l’usage fréquent des ciseaux en augmente le nombre, mais il est certain que cette pratique les rend plus rudes et plus épais en diamètre. La coquetterie des mères est un obstacle à cet usage des cheveux courts pour leurs filles ; elles ne manquent pas de laisser pousser les cheveux des petites filles, pour jouir plus vite de leur gentillesse ; mais cet usage compromet l’avenir de la chevelure. Il faut trouver un moyen terme entre la tête rase des petits garçons et la chevelure flottante des fillettes ; il faut surtout se garder de suppléer à la frisure naturelle par l’iisage des papillottes qui les cassent ou du fer chaud qui les raccornit, les rend friables ou les grille. Une autre raison pour tenir les cheveux courts, c’est l’utilité bien établie de coucher tète nue dans l’enfance ; si les cheveux sont longs ils se mêlent et constituent un feutrage inextricable et que l’on ne parvient pas à débrouiller.
Au-delà de cinq ou six ans, les cheveux seront portés longs et entretenus avec les plus grands soins. « Les cheveux », dit Fonssagrives, « sont des plantes qui exigent une culture assidue et intelligente ». Rochard, qui insiste tout spécialement sur les soins à donner à la chevelure (1), recommande de proscrire de la toilette des jeunes filles la poudre, les pommades, les teintures et toutes les drogues de la parfumerie dite hygiénique. L’usage quotidien et bien dirigé du peigne et de la brosse suffit à l’entretien de la chevelure d’une jeune fille ; la main qui étreint les cheveux doit suivre de près celle qui tient le peigne, de manière à éviter les tiraillements ; il faut séparer la chevelure en plusieurs bandes, pour appliquer à chacune d’elles et aux portions correspondantes du cuir chevelu l’action de la brosse ; pour que la raie ne s’élargisse pas, il faut de temps en temps la changer de place. Tant que l’âge le permettra, le mode de coiffure le plus hygiénique et le plus seyant pour les jeunes filles est celui des tresses Suisses. Il faut se garder de tordre la chevelure, de la crêper, ou de donner aux cheveux une direction qu’ils n’ont pas naturellement ; toutes ces façons de faire ébranlent le cheveu dans son implantation et en amènent la chute ; les cheveux ne doivent pas non plus être trop serrés par le peigne au niveau du chignon sous peine de tomber. Les coiffures les plus simples sont les meilleures pour l’hygiène de la chevelure et la conservation de sa beauté. Dans le cas de sécheresse extrême des cheveux, le cosmétique le plus inoffensif est la moelle de bœuf associée à l’huile d’amandes amères.
Fonssagrives conseille, pour les jeunes filles qui prennent des bains de mer et n’ont pu garder leur chevelure du contact de l’eau salée, de laver les cheveux avec soin à l'eau douce : une fois lavés on les essuie au linge chaud, et on les laisse flotter sur les épaules jusqu’à ce qu’ils aient
(1) Education de nos fillts , Hachette, 1892.
HYGIENE INFANTILE
séché. Quand les cheveux sont imprégnés d’eau de mer, ils gardent, une odeur désagréable, sèchent difficilement et sont exposés à rougir et à tomber.
IV. Bains. — La toilette quotidienne est insuffisante pour entretenir la propreté du corps, elle ne s’adresse qu’aux parties découvertes, la face, la tête, les mains. Pour le reste du corps les vêtements jouent un double rôle; ils le protègent contre les souillures du dehors, etcontribuent ainsi beaucoup à l’entretien de la propreté naturelle ; ils recueillent la sueur et les sels dont elle est chargée, et se pénètrent de la sécrétion sébacée, de sorte que, le linge de corps suivant la durée de son usage avant d’être blanchi, gagne de 1 à 4 p. 100 de son poids, ce qui fait dire à Pettenkofer que nous avons l’habitude d’envoyer notre linge au bain au lieu d’y porter notre peau. Le linge joue encore un autre rôle, par son frottement il fait tomber les écailles de l’épiderme vieilli, à mesure que les couches profondes de nouvelle formation le repoussent à la surface. C’est par ce mécanisme de l’étrille que la peau de l’homme des champs, au frottement de sa grossière chemise de toile, se maintient suffisamment nette et sans se recouvrir d’un épais revêtement d’épiderme durci, lui permet, à sa grande satisfaction, de vivre sa vie entière sans connaître le bain.
« L’usage du bain », dit Arnould (I) « était en grand honneur dans l’antiquité. Plusieurs raisons en faisaient une nécessité commune; on ne connaissait pas le linge de corps, on changeait rarement de vêtements ; on ne savait point se coucher dans des conditions qui fissent du repos nocturne un repos complet et une réfection bienfaisante ; le bain procurait cette détente que le lit nous donne tous les jours. Par ailleurs, les nations brillantes de ce temps-là portaient haut le culte de la beauté physique, que l’hygiène ne blâmera certes jamais. Le bain s’associait dans cette pensée à la gymnastique ancienne. Une cité d’un rang honorable dans l’état, devait, avoir ses thermes. . . C’était, une sensualité légitime qui, malheureusement en entraîna d’autres moins avouables ; quand le christianisme apparut, austère et prêchant le dédain de la beauté terrestre, il trouva plus simple de condamner les thermes que de tenter la réforme d’une pratique primitivement hygiénique... D’autres législateurs théocratiques ont, eu l’air de faire beaucoup mieux; Moïse et Mahomet, au lieu d’inspirer l’horreur de l’eau, ont au contraire introduit les ablutions dans les pratiques religieuses du culte, presque au même titre que la prière. Or, ceci encore ne réussit pas ; il n’y a que, des esprits prévenus qui puissent croire, ou faire semblant de croire à l’efficacité des mesures d’hygiène imposées comme prescription rituelle ; on peut compter que la lettre de la loi sera, à tous propos, l’objet d’une interprétation pharisaïque. Les Arabes se gardent bien de manquer aux ablutions
(1) Loco cil.
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
prescrites par le Coran, mais, pour peu que l’eau ne soit pas sous leur main, la salive, l’urine, le sable même suffisent à figurer la cérémonie, de façon à contenter Dieu, s’il se paie de formalisme ». Ajoutons que le seul vestige qui ait survécu des lois de Moïse, relatives aux ablutions, c’est le signe de la croix, que les catholiques décrivent au seuil de l’église avec le doigt trempé dans l’eau bénite.
Le vrai bain de propreté est le bain chaud de 30° à 37° ; la température de l’eau y aide beaucoup mieux que l’action du savon dans l’eau froide.
Il faut donner aux élèves deux grands bains tous les mois et un bain de pieds chaud par semaine. En Angleterre, certaines écoles ont une salle de bains commune où, tous les matins, les élèves se rendent par séries désignées d’avance ; d’autres possèdent des piscines ; beaucoup ont des salles de douches. Partout les élèves anglais sont tenus à un bain chaud savonneux par semaine, et, dans bon nombre d’établissements, un coiffeur lave et nettoie la tète des enfants trois ou quatre fois dans un mois. Chez nous, les écoliers ont à peine un bain de pieds tous les quinze jours et un bain chaud par mois. A Marseille, chaque élève n’a que six bains et à Lons-le-Saulnier que quatre bains chauds par an ! Dans certains internats, par une incurie tout à fait blâmable, on ne donne qu’un bain de pieds par mois. Nous manquons, dans les grandes villes, d’établissements de bains ou de douches à bon marché où les écoliers, se familiarisant avec l’eau, jouissent du bénéfice d’un lavage complet. Combien serait à souhaiter, dans les écoles rurales, l’annexion d’une salle de bains qui acclimaterait les petits paysans à l’emploi de l’eau ; que de villages où il n’v a pas de baignoires, ou plutôt combien de villages en France possèdent une baignoire !
On commence à employer dans les lycées le système des bains par aspersion qui épargnent à la fois le temps et la quantité d’eau chaude nécessaires pour un bain. C’est Merry-Delabost qui l’a appliqué en 1873 aux détenus de la prison de Rouen et se proposait d’en généraliser l’emploi à tous les établissements pénitentiaires. Le bain par affusion est en usage dans l’armée depuis quelque dix ans et son mode d’administration est approprié aux modestes ressources dont disposent les corps de troupe. La douche est fournie par une pompe d’arrosage ordinaire, munie d’une bâche dans laquelle, pour deux tiers d’eau froide, on verse un tiers d’eau bouillante : la gerbe liquide sort par une lance flexible à extrémité libre en arrosoir ; un des baigneurs dirige le jet de haut en bas sur chaque homme placé debout dans un bassin en zinc, et les pieds dans l’eau ; on les arrose deux par deux, pour qu’ils puissent se savonner réciproquement. La douche terminée, ils s’enveloppent dans un peignoir et vont s’essuyer et se vêtir dans la salle voisine. Rien n’est plus expéditif, on peut, en 15 jours, baigner tout un régiment de 1300 hommes, à raison de 1 centime par tête. Dans une caserne modèle, à Dresde, grâce
HYGIÈNE INFANTILE
à une installation permanente qui permet de traiter 12 hommes à la fois, on est parvenu à laver chaque soldat une fois tous les huit jours.
En mai 1894, les bains par aspersion ont été installés à Janson de Sailly et à Montaigne. Ici le bain revient à 15 centimes, un peu plus cher que dans l’armée ; la durée de l’opération est de six minutes ; en trois séances un employé apprend la manipulation. Au point de vue de l’hygiène et de la propreté, les résultats sont excellents. Adéfaut de bains à bon marché pour les écoliers de budget modeste, il serait utile et souhaitable que l’administration des lycées pût fournir le bain par aspersion aux externes pauvres, comme elle le fait pour les internes.
Les piscines, assez communes à l’étranger, en Ecosse, en Belgique, sont presque inconnues chez nous : elles joignent à la fois les avantages du bain chaud à l’agrément de pouvoir se livrer à la natation, même pendant l'hiver ; l’été on y peut prendre des bains froids sans sortir de l’établissement. Dans les villes qui n’ont pas de rivière dans leur voisinage, l’existence d’une piscine est une ressource précieuse, mais c’est un luxe coûteux qui n’est pas à la portée du budget de l’état. Quelques rares établissements d’instruction possèdent une piscine, tel est celui des Dominicains d’Arcueil, la pension Saint-Nicolas des frères d’issy et le lycée de Vanves.
Les bains froids sont plus en honneur dans nos lycées que les bains chauds, et durant la saison chaude, ils répondent à un besoin réel, aussi sont-ils accueillis par les élèves comme une véritable partie de plaisir. Ils sont utiles au triple point de vue de l’hygiène, de la propreté et de l’exercice musculaire. Sous le rapportde la propreté, ils n’ont pas l’utilité des bains chauds, et le séjour dans l’eau doit être prolongé et aidé de frictions savonneuses pour débarrasser la peau des impuretés qui la souillent. Leur action physiologique prime de beaucoup leur rôle comme moyen de purification des téguments. L’immersion dans une eau dont la température est inférieure à 20°, refoule le sang de la périphérie vers les organes profonds, ce qui peut n’être pas exempt d’inconvénients pour les sujets dont les fonctions pulmonaires s’exercent imparfaitement, soit par le fait d’adhérences pleurales, circonstance fréquente autant que souvent ignorée du sujet lui-même, soit par celui d’un certain degré d’emphysème.
Aussi les bains froids ne doivent-ils être pris qu’avec l’autorisation du médecin. La peau se contracte, pâlit, se hérisse : la température périphérique baisse rapidement de 2° dans l’aisselle, de 1 à 2° dans la bouche, de 10 à 14° dans la paume de la main : c’est sur cet abaissement qu'est fondée la thérapeutique de Brandi dans la fièvre typhoïde. Un écart trop grand entre la température de l’eau et celle de l’économie peut amener la mort rapide et les élèves qui ne savent pas nager risquent davantage que ceux qui, par les mouvements énergiques de la natation, réagissent contre le refroidissement périphérique; il faut recommander aux premiers de faire
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
des mouvements quelconques dans l’eau. Aune température de 20° environ, le bain froid, tout en opérant l’habituelle soustraction de calorique, tonifie la peau et l’aguerrit contre l’influence de l’air froid. Les bains froids commandent quelques précautions ; on ne doit les prendre qu’à jeun, deux ou trois heures après les repas. Après le trajet qui sépare le domicile de l’élève ou le lycée de l’établissement de bains, le corps étant en moiteur, on devra exiger des élèves quelques minutes de repos avant l’immersion.
Bouches. — Tout internat peut et doit avoir un local et un appareil pour administrer des douches en pluie. 11 suffit d’un réservoir suffisamment élevé pour que la douche soit assez puissante ; on pourra suppléer à la hauteur par une pression suffisante exercée dans un récipient clos et dans lequel l’air sera comprimé ; il existe des appareils portatifs agissant de la même façon et donnant une pression assez élevée pour cingler énergiquement. Ce coup de fouet est indispensable pour stimuler la peau et provoquer une réaction rapide et complète ; celle-ci peut être incomplète ou manquer avec la douche tiède, la température froide la favorise. Notre éducation, en France, n'est pas faite encore à ce point de vue et les parents, les mères surtout, ont une répugnance absolue pour cet emploi de l’eau froide ; si la résistance est trop grande on peut, avec moins d’avantage il est vrai, lui substituer l’eau tiède. La douche ainsi administrée avec la rapidité qu’elle comporte, pouvant être donnée chaque matin, répondrait à tous les soins de propreté, et remplacerait même les bains de pieds. Chez nos voisins les Anglais, la douche est donnée surtout au moment où les élèves reviennent du terrain de jeux.
Le complément nécessaire de la propreté du corps, c’est la propreté du linge. Les écoliers changeront de chemise et de chaussettes deux fois par semaine l’hiver et trois fois l’été. Ils doivent porter des caleçons et en changer comme de chemise. Quant à la flanelle dont on abuse chez nous, elle ne saurait sans malpropreté être gardée quinze jours, ainsi que cela se voit souvent, car alors, à l’effet irritant de la laine s’ajoute l’action des fluides irritants qu’elle accumule. Des draps frais doivent être substitués à ceux qui ont servi quinze jours, et les couvertures nettoyées à tout le moins une fois par an.
Bains de mer. — Les indications thérapeutiques et les contre indications des bains de mer et du séjour des plages ne sont pas du domaine de l’hygiène scolaire, mais nous devons parler de cet agent hygiénique puissant dont l’usage est devenu banal jusqu’à l’abus, et auquel, pendant le temps des vacances, les familles font appel, trop souvent sans discernement et sans étayer leur incompétence des avis d’un médecin éclairé.
Les bains de mer ou le simple séjour des plages qui ont sur l’enfant, des résultats bienfaisants souvent très remarquables, présentent, même chez les sujets sains, des indications que l’on ne saurait, sans inconvénients, méconnaître. L’immersion provoque un sentiment de saisissement et
HYGIÈNE INFANTILE
d’oppression, un ralentissement de la respiration et delà circulation, et un reflux sanguin de la périphérie vers les viscères, surtout vers le cerveau. Au bout de quelques instants, à cette impression d’abord assez pénible succède une sensation générale de bien-être ; la circulation s’accélère, la peau se colore et s’échauffe, et la respiration devient plus ample ; c’est la réaction, qui est complète lorsque le réseau vasculaire de la peau fonctionne bien. Mais il y a des enfants qui ne réagissent pas, qui ont bientôt une nouvelle sensation de froid, de frisson, en même temps que l’oppression augmente. C’est là un phénomène fâcheux, en présence duquel il n’v a pas lieu de laisser l’enfant séjourner plus longtemps dans l’eau, sous peine de voir se produire des congestions viscérales sérieuses. Cette absence de réaction se produit notamment chez les enfants trop jeunes. La durée du bain ne dépassera pas S minutes.
A la suite du bain se montre une sensation de lassitude et de brisement et un symptôme remarquable et important, de la céphalée avec excitation nerveuse qui traduisent la poussée sanguine vers le cerveau. A mesure que se produit l’accoutumance de l’organisme, ces phénomènes qui suivent le bain, perdent de leur intensité et de leur durée ; les fonctions digestives trahissent une excitation extrême, l’appétit se développe souvent à un degré très prononcé, la digestion s’améliore, les forces augmentent. Le simple séjour au bord de la mer a des effets salutaires dus à l’action excitante de l’air marin et ses bienfaits sur l’économie se font sentir souvent à un haut degré. Mais cette excitation peut être excessive et devenir inquiétante chez les sujets nerveux qui y perdent le sommeil et deviennent irascibles et méchants.
Les bains de mer doivent être interdits aux enfants trop jeunes : au-dessous de deux ans ils ne prendront que des bains chauds ou tièdes, à l'eau de mer pure ou mélangée d’eau douce, ou même se borneront à mettre à profit l’influence vivifiante de l’atmosphère marine. Les enfants nerveux, irritables, ceux qui ont eu la chorée ou sont issus d’épileptiques ou d’hystériques doivent même s’abstenir du séjour des plages. Les jeunes filles chez lesquelles commencent à se dessiner des symptômes de nervosisme, ou qui ont des manifestations hystériques prononcées, ne doivent pas aborder les plages, dont le simple voisinage détermine chez elles une excitation qui les oblige à rentrer dans les terres. Lorsque, à la suite de bains de mer répétés pendant quelques jours, l’insomnie, la lourdeur de tête, l’irritabilité persisteront sans s’atténuer, il faudra y renoncer, et recourir aux bains tièdes.
En dehors de ces phénomènes nerveux, les enfants à partir de M ans, surtout les lymphatiques et les anémiques se trouvent généralement très bien des bains de mer. Le froid, le mouvement, la salure de l’eau sont pour beaucoup dans ce résultat, cependant on remarque que les enfants qui vont passer un mois à la mer sans prendre de bains ou vivent simplement au bord de la mer, acquièrent une santé notablement meilleure,
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
ce qui parait dû, d’une part, à la pureté de l’air marin, de l’autre, à l’inspiration de la buée chargée de principes salins iodo-bromurés, puissants modificateurs des tempéraments lymphatiques.
§ IV. — Deuxième dentition. -- Croissance
I. Deuxième dentition. — La deuxième dentition est bien moins critique, bien moins turbulente, si l’on peut ainsi dire, que la première; celle-ci a lieu en deux ans, l’autre s’espace sur un délai de 12 à 15 ans et plus. La sortie des dents définitives est préparée et bien plus facile, la voie étant déjà faite.
La sortie des dents permanentes commence vers l’âge de 7 ans ; cependant, à la fin de la 4e année s’ajoutent à chaque mâchoire deux nouvelles molaires qui constitueront, dans la suite, les premières grosses molaires, de 7 à 9 ans toutes les incisives sont remplacées ; vers dix ans, après un repos d’une durée variable, apparaissent les premières bicuspides ; de 11 à 12 ans se montrent les deuxièmes grosses molaires. L'ordre de sortie des diverses sortes de dents est loin d’être fixe, il présente des irrégularités, qui sont aussi fréquentes pour la deuxième dentition que pour la première. Les dernières molaires ou dents de sagesse ne sortent que vers la 20e année et peuvent tarder jusqu’à 30 ans : il n’est pas absolument rare de les voir manquer, ce qui n’est pas à regretter, ces dernières molaires étant le plus souvent vouées à la carie précoce. Il arrive parfois que les dents temporaires restent en place jusqu’à un âge avancé.
Les dents définitives ne sortent que quand leur couronne est parfaite ; les racines, encore incomplètement formées, n’arrivent à l’état parfait qu’en deux ou trois ans : leur apparition est précédée de la chute des dents de lait dont la racine est résorbée en partie ou totalement. En même temps, les maxillaires se développent, les arcades dentaires s’agrandissent jusqu’à 20 ans, ce qui donne à la face plus de largeur et de hauteur.
Si l’ordre de sortie des dents définitives peut être aussi irrégulier que pour les premières, la deuxième dentition est infiniment moins dramatique: il n’y a plus ici d’accidents généraux, on ne retrouve plus les troubles nerveux qui appartiennent à la première dentition, ni les manifestations réflexes à retentissement lointain, qui mettent en jeu des appareils complètement étrangers aux organes digestifs. Entre la sortie des dents de lait et l’éruption définitive s’est complètement atténuée cette hyperexcitabilité du système nerveux, cette solidarité entre les divers appareils organiques qui faisait retentir sur plusieurs d’entre eux la souffrance d’un seul. On ne voit plus ici survenir les convulsions, la pseudo-méningite, la toux nerveuse, le catarrhe intestinal ou l’entérite. On ne signale plus que des accidents locaux relativement rares, qui se
206 HYGIÈNE INFANTILE
rattachent pour la plupart à la sortie de la dernière molaire, et sont alors étrangers à l’enfance. 11 peut se produire une gingivite plus ou moins intense, accompagnée d’aphtes, d’ulcérations des gencives et même d’angine tonsillaire ou pharyngée, plus rarement d’un catarrhe intestinal léger. L'issue de la dent de sagesse détermine quelquefois des douleurs d’oreille et, bien rarement, l’apparition d’un otite. 11 peut se produire des douleurs à forme névralgique irradiant sur tout un côté de la face. Les troubles nerveux sont très rares, cependant, Guersant, a vu des accidents épileptiformes accompagner la sortie des premières molaires et Monro a observé la chorée lors de l’éruption des dents de sagesse.
L’opinion qui rapporte à l'évolution dentaire la plupart des maladies qui se développent dans les premières années, peut être juste dans une certaine mesure: appliquée à la deuxième dentition, à la période qui va de 7 à 15 ans, elle est complètement erronée et ne trouve plus aujourd’hui de partisans autorisés.
Le souci de la beauté et de la régularité des dents définitives préoccupe presque autant les mères que la crainte des convulsions lors de la sortie des premières dents. Il faut donc que les enfants soient vus par un dentiste habile, lequel s’interdira rigoureusement toute opération de complaisance qui serait de nature à compromettre la solidité et la conservation des dents. C’est là un précepte qu'impose la prudence et qui doit primer le désir, d’ailleurs bien légitime, de voir aux enfants des dents blanches et régulières. L’extraction des dents de lait n’est justifiée que par la nécessité absolue: après leur expulsion provoquée, l’alvéole se refermerait plus ou moins et gênerait la sortie de la dent définitive ; l’ablation n’est donc autorisée en pareil cas que s’il existe des douleurs vives: sinon, il vaut mieux pratiquer avec de la gutta-percha l’obturation de la dent malade qui, en attendant sa chute ou son extraction d’urgence, contribuera toujours pour sa part à la mastication.
IL Croissance. — La croissance n’a pas une activité uniforme et constamment la même ; très rapide au début de l’existence, elle diminue à mesure que le baby parcourt les phases de la première enfance pour passer à la seconde et devient un adolescent. Sans prétendre à formuler une loi invariable, P. Bérard a dit que l’accroissement est d’autant plus rapide que le sujet est plus jeune et que chaque année nouvelle ajoute moins à sa stature que celle qui l’a précédée. À trois ans, l’enfant a environ la moitié de sa taille définitive, il a donc, pendant cette période, acquis autant qu’il gagnera dans les 15 ou 17 ans qui suivront. A G ans il a, en hauteur, les deux tiers de l'adulte. Il lui faut, à partir de cet âge, 16 ou 17 ans pour acquérir le tiers qui lui manque : le développement en hauteur n’étant guère complet avant 21 ou 22 ans et quelquefois 25. A 14 ans, l’adolescent a les 11/12 de sa stature, il n’acquiert donc plus le complément, 1/12 en moins de 7 à 8 ans. Il croissait, d'après Quetelet,
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
de 20cent la première année, dans la deuxième de 10cent, dans la troisième de 6cant,l/2 ; de 4 à 16 ans, il gagne 56 millimètres par an, etc.
Un certain nombre de conditions font varier la stature : les conditions d’aisance, les races, les climats, etc. La croissance est d’autant plus rapide et la taille plus haute que le pays est plus riche et l’aisance plus grande; c’est-à-dire d’autant plus que le sujet est mieux logé, mieux nourri, mieux vêtu, et que les privations sont moindres ou nulles. La misère et les conditions médiocres qu’elle engendre, produit les petites tailles et retarde le développement complet du corps. L’accroissement est plus rapide et atteint plus vite son apogée dans les climats extrêmes, très chauds ou très froids que dans les zones tempérées. Il existe un rapport constant entre la taille des filles et celle des garçons : d’une manière générale, ceux-ci ont depuis la naissance jusqu’à la fin de la croissance lcent, de plus que les filles.
Dans une communication des plus intéressantes, faite à l’Académie en juin 1887, Brouardel a exposé les résultats complètement inédits de son expérience sur l’influence du séjour des grandes villes dans ses rapports avec le développement et la taille des jeunes sujets, et les anomalies qu'il entraîne. L’enfant des grandes villes, surtout dans les classes pauvres, est de petite taille ; sa croissance ne se fait pas régulièrement, mais par à coups: il y a des périodes de poussées suivies de repos. Ces périodes sont quelquefois de longue durée et se prolongent pendant six mois ou un an. Un enfant, en 15 mois, gagnera seulement 3cent, puis, dans les neuf mois suivants, il grandira de 15cent par exemple. Un certain nombre de sujets croissent toujours durant la même saison, soit en hiver, c’est le cas des lycéens, soit en été. La croissance peut être irrégulière comme siège ; elle peut n’être pas générale et ne porter que sur certaines parties. Durant un certain temps, les membres ne s’allongent pas, le buste seul grandit, les épaules alors remontent, l’enfant semble en passe de devenir bossu. Chez quelques-uns, les pieds ne présentent pas le même temps d’arrêt, chez d’autres ils sont seuls à le subir. Les surfaces articulaires tibio-tarsiennes ne sont plus alors dans leurs rapports normaux, ce qui donne lieu à des arthralgies. Puis, ultérieurement, les parties dont le développement s’était arrêté, grandissent à leur tour. En même temps que la taille se modifie, les enfants des villes prennent aux approches de la puberté les caractères du féminisme, les organes génitaux, les testicules surtout, sont peu développés, les reliefs musculaires peu accusés, le bassin plus ou moins élargi, et les formes arrondies.
Certaines influences purement physiologiques ont une action manifeste sur le développement en hauteur, soit pour l’activer, soit pour l’entraver. Une nourriture spéciale favoriserait et accélérerait l’accroissement de la taille que développent certainement les exercices modérés et non acrobatiques. Les travaux de force, au contraire, les exercices aux agrès (trapèze, barre fixe, etc.), et le régime animal l’entravent.
HYGIÈNE INFANTILE
Dans l'ordre pathologique, les influences morbides qui arrêtent l'expansion de la taille sont peu nombreuses; il faut d’ailleurs distinguer l’arrêt apparent du réel : une marche prolongée, une grande fatigue amènent une diminution de la stature qui est momentanée et cesse avec le repos. L’arrêt réel est le résultat d’un petit nombre de maladies, au premier rang desquels vient le rachitisme : l’enfant est noué, dit le vulgaire: cette dystrophie tient à un régime mal approprié à l’âge de l’enfant; les os se courbent et s’écrasent; les accidents s’arrêtent quand l’enfant est soumis à un régime mieux conduit ; le rachitisme appartient, du reste, à la première enfance. Le mal de Pott est préjudiciable au développement de la taille, non seulement par le fait de l’écrasement de certaines vertèbres qui éprouvent une perte de substance, mais en ce qu’il nuit an développement du rachis. Les tumeurs blanches des membres inférieurs ont un effet analogue, telles sont les influences physiologiques et morbides qui entravent la croissance. Le développement du corps en largeur et en épaisseur est d’ordinaire en proportion inverse de la taille.
Un bon nombre de maladies aigues activent la croissance, telles sont la méningite et la pseudo-méningite, la coqueluche, la pneumonie, la rougeole, la scarlatine et surtout la fièvre typhoïde. Pour mesurer la croissance, il faudrait d’abord, d'après Bouchut, défalquer l’allongement apparent dû au gonflement des cartillages intervertébraux qui, le malade étant au lit, ne sont plus comprimés par le poids des parties sus-jacentes.
On doit, à partir du moment où le malade se lève, attendre deux ou trois jours, pour avoir l’allongement réel. Au cours des maladies aigües, les enfants grandissent beaucoup, et souvent l’on constate, durant la convalescence, sur les membres inférieurs surtout, l’existence de vergetures transversales, analogues à celles qui se développent sur le ventre au cours de la grossesse et dues à un mécanisme identique : au niveau des épiphyses fémoro-tibiales a lieu un allongement rapide de l’os que la peau ne peut suivre dans son développement. Cette élongation de l’os est due en partie à une congestion irritative de la moelle osseuse, en partie au séjour prolongé au lit ; il y a alors absence de la pression réciproque des os, dont l’expansion devient libre et joue aussi un rôle dans le grandissement des convalescents. Si, après ou pendant la convalescence, il survient de l’œdème, les éraillures du derme, gonflées par l’infiltration, font saillie sous forme de bourrelets, qui rappellent les crevés des costumes de la renaissance.
Si les maladies peuvent accélérer ou entraver la croissance, celle-ci peut avoir de l’influence sur la production de certains états morbides.
La croissance est, pour les maladies de la deuxième enfance, comme la dentition pour la pathologie de la première, une sorte de bouc émissaire que l’on charge de tous les méfaits. On attribue à la croissance, la plupart des affections qoi se montrent de 7 à -15 ans. C’est là une étiologie facile et banale dont se paie le public et, avec lui, bon nombre de médecins.
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
Pour affirmer l’existence de maladies de croissance, il ne suffit pas de signaler au cours du développement, l’apparition d’un certain nombre de maladies auxquelles l’enfance et la jeunesse sont spécialement prédisposées; on se payera de mots tant qu’on n’aura pas établi par des faits bien observés, un rapport de causalité entre ces maladies et un trouble dans l’évolution.
Lorsque la croissance a été trop rapide, l’enfant en sort affaibli, amaigri et anémique ; sa nutrition est troublée et cet état le prépare à subir l’assaut, des maladies infectieuses, tuberculose, fièvre typhoïde, ostéomyélite aiguë. Souvent il y a de l’affaiblissement musculaire, surtout dans les membres inférieurs. Certaines chorées, qui n’ont rien à voir avec le rhumatisme, sont considérées comme des névroses liées à l’évolution. Citons encore la céphalalgie des adolescents, qui sévit sur les lycéens sous l’action du surmenage et de toutes les influences nocives qui sont le fait de la sédentarité. La chlorose se présente comme l’expression d’une puberté difficile et imparfaite. Enfin, chez les filles de souche névropathique, la croissance pourrait amener le développement de l’hystérie. On a signalé des palpitations de croissance, fréquentes et douloureuses, chez les jeunes gens. Huchard les explique par l’allongement du thorax, dont les dimensions transversales et antéro-postérieures diminuent; il y a alors une sorte d’hypertrophie du cœur, qui n’est que relative ; le cœur, normal en réalité, est trop gros pour un thorax trop petit; il subit un mouvement de descente qui déplace sa pointe et trompe sur ses dimensions réelles. Cet état s’accompagne alors de palpitations souvent violentes.
Tous ces troubles, que l’on considère comme liés intimement à la croissance, ou comme des coïncidences, sont justiciables de l’hvgiène plutôt que de la thérapeutique. Un régime alimentaire copieux et choisi, la vie à l’air pur de la campagne, les exercices physiques sont les moyens qui s’appliquent à tous ces troubles survenant au cours du développement.
Vers 13 ans chez les filles, 14 ou 15 ans chez les garçons, apparaissent les premiers signes de la puberté que signale, au physique, une modification des formes, de la voix, du système pileux, des organes et des fonctions de la génération, au moral un changement dans le caractère, les sentiments et les passions que font naître des facultés nouvelles. L’apparition des règles, chez les filles, n’a pas lieu sans un ébranlement profond du système nerveux, qui retentit sur le caractère, amène la chlorose, l’anémie, des migraines et parfois de l’hystérie.
Les bonnes conditions d’hygiène, l’alimentation tonique, la gymnastique et les exercices réguliers et modérés, les bains froids triomphent d’ordinaire de ces accidents.
Encyclopédie d'hygiène. — VI 1 1
HYGIÈNE INFANTILE
§ V. — Surmenage intelieetuel. — Sédentarité
Le surmenage et la sédentarité sont deux plaies de l’éducation universitaire dont la connaissance est bien antérieure à celle des néologismes qui nous servent à les désigner. Sans remonter jusqu’aux Romains, qui pourtant nous en offriraient des exemples, rappelons que tous les gouvernements qui se sont succédés depuis cinquante ans ont dû réagir contre les exigences sans cesse croissantes des programmes universitaires, et se préoccuper sérieusement de la surcharge intellectuelle imposée à nos enfants aux dépens de leur développement physique. Dès 1814 Thiers disait : « Nous avons consulté les plus savants professeurs, ils disent tous qu’aujourd’hui on veut faire entrer trop de connaissances dans la tète des enfants. Leur esprit plie évidemment sous le faix ». « Nos enfants », dit Duruy en 1864, « ont une journée de travail plus longue que celle de l’ouvrier adulte ; c’est le contraire qui devrait exister ». P. de Laprade proteste contre ce qu’il appelle « l’éducation homicide ». En faisant la part de l’exagération que contient ce mot un peu dur, la plainte est motivée ; elle a été reprise depuis par la plupart des hommes qui se sont succédés au pouvoir. J. Simon, Carnot ont nommé des commissions qui ont provoqué des réformes sur le papier sans troubler la sereine impassibilité de l’université « qui », dit J. Simon, « nesedérange pas facilement de ses usages ».
Pendant toute la seconde enfance et l’adolescence presque entière, cette période qu’on a coutume d’appeler, sans ironie, les belles années de la vie, les écoliers et les jeunes gens sont astreints, cinq jours par semaine au moins, à onze ou douze heures de travail sédentaire, sans parler des leçons particulières, des arts d’agrément et des retenues ; or, pour tous les hommes des carrières intellectuelles, il est de notion courante qu’on ne peut guère étudier avec profit plus de huit heures par jour, d'une façon constante, habituelle, et en dehors de l’effort considérable mais momentané qu’exige l’approche d’un examen ou d’un concours. Ces onze ou douze heures d’immobilité forcée, sont heureusement bien loin d’être remplies par un travail effectif. « L’enfant ne reste tranquille », dit Rochard (1), « que quand il est malade ou qu’il va le devenir. Tant qu’il se porte bien, il proteste à sa manière; l’instinct de la conservation dont la nature a doué tous les êtres vivants, lui inspire une résistance salutaire. Il s’agite sur son banc, parle à l’oreille de son voisin, étouffe ses éclats de rire, s’amuse d’une mouche qui vole et n’écoute pas, c’est ce qui le sauve ; ce qui lui permet de supporter ce régime insensé pendant neuf années qu’il doit, en moyenne, passer sur les bancs du collège ».
fl) Jules Rochard, Education de nos fils, Hachette, 1890.
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
Plus vieux, l’élève sait échapper à la servitude du corps par l’émancipation de l’esprit ; ses yeux sont fixés sur le livre, mais sa pensée est ailleurs ; il se refuse de temps en temps à la présence réelle, pour se promener en imagination dans le pays des rêves, dans les champs de l’avenir. C'est la condamnation du système insensé qui astreint l’écolier à douze heures d’immobilité forcée pour en obtenir moins de travail qu’il n’en donnerait en six heures d’application sérieuse. Ces longues heures de séjour dans des locaux malsains, durant lesquels on lui demande l’attention, l’immobilité et le silence, les trois choses les plus antipathiques à sa nature, ne constituent pas le surmenage mais réalisent une sédentarité exagérée autant que peu fructueuse.
Le surmenage scolaire peut être défini : un travail excessif en soi et non approprié aux facultés du sujet. Il faut se garder d’imputer au surmenage ce qui est seulement le fait de la sédentarité ; le surmenage est quelque chose d’actif, de consenti, de voulu ; il se produit surtout dans les hautes classes, dans les cours spéciaux pour les écoles de l’État. L’approche des concours, des examens, du baccalauréat même, provoque souvent l'apparition d’accidents morbides dont on peut accuser le travail exagéré. Le surmenage qui est surtout l’apanage des sujets d’élite est, il faut le dire, tout à fait exceptionnel ; sa fréquence a été bien amplifiée par la sollicitude des parents, ou même par des calculs auxquels l'amour-propre, l’ambition ou l’intérêt personnel avaient plus de part que la tendresse. Il leur fournit une excuse commode pour justifier chez leurs enfants toutes les tares, toutes les infériorités qui sont le fait de leur race, ou qui leur sont personnellement imputables. Ce prétendu surmenage les console de la paresse, de l’incapacité, de l’insuffisance intellectuelle de leurs enfants dont il couvre les insuccès. Mais l’excuse est fallacieuse : les classes et les études encombrées, les dortoirs mal ventilés, l’absence presque complète d’exercice sont des conditions détestables ou même dangereuses, mais qui pèsent sur tous les élèves, que tout le monde subit, elles constituent la sédentarité, qui est la conséquence obligée de la vie de collège.
Beaucoup moins banal est le surmenage, observé surtout dans les classes les plus élevées, dans les cours qui préparent aux écoles du gouvernement et chez les bons élèves, les sujets distingués, qui ont un rôle actif dans sont développement dont ils sont eux-mêmes les artisans. « C’est », dit Peter, « le fonctionnement exagéré, excessif des facultés de l’esprit qui a pour conséquence et expression la fatigue et l’épuisement ».
La cause capitale du surmenage est la culture intellectuelle intensive, liée à la surcharge sans cesse croissante des programmes, commandée elle-même par l’encombrement de plus en plus grand des carrières libérales. L’affluence des aspirants étant hors de proportion avec le nombre des places disponibles et augmentant d’année en année, on est forcé, pour tenir à distance l’excédant des candidats, de rendre de moins en
212 HYGIÈNE INFANTILE
moins accessibles les épreuves qui ouvrent l’accès des études supérieures.
« Dans l’enseignement secondaire », dit Frary, « le surmenage est une conséquence du mal social : l'encombrement des carrières libérales. C’est la concurrence effrénée qui contraint les jeunes gens à des efforts excessifs, parce qu’elle contraint les parents à ne pas ménager leurs enfants. Il faut partir de bonne heure et courir pour devancer la foule toujours croissante des rivaux . . , A force de répéter que l’instruction mène à tout, de pousser la jeunesse aux études qui conduisent aux fonctions publiques, de surexciter par tous les moyens, le mouvement ascensionnel qui est naturel à une grande démocratie, nous opérons un redoutable déclassement des générations nouvelles ».
Pour donner une idée de cette affluence de postulants, empruntons à Dujardin-Beaumetz quelques chiffres significatifs. En 1887, la direction de l’instruction primaire n’a pu disposer que de 115 nominations, 55 pour les hommes, 60 pour les femmes ; dont 65 destinées d’avance aux élèves des écoles normales d’instituteurs et d’institutrices. Or on était en présence de 7.000 postulants ; que de peines perdues, que de déceptions !
Dans l’enseignement secondaire, le nombre des concurrents à la licence et celui des licenciés des deux sexes, augmentant chaque année, est en disproportion absolue avec celui des places vacantes. Cette multiplicité des concurrents a pour conséquence inévitable d’exagérer les programmes, de façon à rendre le but de moins en moins accessible, de là le travail excessif que s’imposent les élèves, de là le surmenage intellectuel.
Une autre cause de l’encyclopédisme des programmes c’est qu’ils- sont rédigés par des hommes spéciaux. Lorsqu’il s’agit d’élablir l’urgence d’une réduction des programmes, tout le monde est d’accord en principe ; mais quand il faut passer à l’application, personne n’en veut faire les frais. « Jamais », dit Mgr Freppel, « vous n’obtiendrez de ces spécialistes la réduction véritable des programmes, et ils sont bien excusables, car ils s’imaginent de la meilleure foi du monde que le salut de la France est attaché à leur spécialité, et, loin d’en retrancher quelque chose, ils seraient tentés d’y ajouter ».
Les modifications apportées à la loi militaire depuis quelques années ont encore aggravé le mal : moyennant le versement d’une somme relativement peu élevée et après avoir satisfait à une épreuve probatoire facile, l’engagé conditionnel était libéré du service au bout d’un an.
Au volontariat d'un an, la loi militaire de 1889 a substitué le service de trois ans obligatoire pour tous, sauf pour les aspirants à la plupart des professions libérales qui, après une année passée sous les drapeaux, obtiennent un sursis leur permettant de continuer leurs études et d’obtenir vers 27 ou 28 ans, limite d’àge, des diplômes ou des titres universitaires qui les exemptent définitivement du service militaire et faute desquels ils doivent compléter leur temps sous les drapeaux. Ce service d’un an
HYGIENE DE LA SECONDE ENFANCE
■ils
constitue une sorte de prime à laquelle donnent droit certains grades universitaires. Pour esquiver le service de trois ans, un grand nombre de jeunes gens se tournent vers les carrières libérales sans apporter toujours, pour s’y préparer, des aptitudes suffisantes ou une habitude du travail pouvant en tenir lieu dans une certaine mesure. Aussi le nombre des étudiants augmente-t-il dans des proportions inquiétantes : en 1895, la Faculté de médecine vient au premier rang avec 5.144 inscrits : celle de droit arrive ensuite avec 3.248 élèves. Chacun de ces docteurs en médecine, de ces licenciés en droit exercera du moins sa profession à ses risques et périls et l’État n’est pas tenu de leur fournir une place ou des moyens d’existence ; on ne leur a rien promis, rien fait espérer. Il n’en est pas de même, malheureusement, pour les licenciés ès-lettres et ès-sciences qui se considèrent en général comme ayant le droit d’émarger au budget. Dans la dernière année scolaire, la faculté des sciences comptait 581 étudiants, dont 75 préparant le doctorat, 73 l’agrégation et 392 la licence. Qu’adviendra-t-il de tous ces nouveaux venus, trouvant tous les débouchés obstrués pour longtemps. La poussée à la faculté des lettres est encore plus formidable avec ses 1.584 étudiants. Chez tous ces candidats le surmenage s'explique aisément ; à mesure que le but s’élève et devient plus difficile à atteindre, il leur faut faire un effort plus considérable.
Le surmenage, nous l’avons dit, se rencontre surtout dans les classes supérieures, c’est-à-dire à la fin de la deuxième enfance et au début de l’adolescence. Mais les programmes de l’instruction primaire étant devenus encyclopédiques à leur tour, il menace aussi les enfants des écoles primaires où il est d’autant plus à craindre que le travail qu’on leur impose est au-dessus de leurs forces par sa durée, et dépasse souvent par sa nature la portée de leur intelligence.
Le surmenage n’était pas absolument rare chez les jeunes filles, mais sa fréquence a augmenté il y a une vingtaine d’années, depuis qu’il est de mode de passer ses examens et de conquérir son brevet. Poussées par la vanité maternelle ou par un instinct moutonnier d’imitation, sans qu’on se demande autour d’elles si leurs forces physiques, si leur vigueur intellectuelle leur permettent d'affronter ce rude labeur, elles suivent des cours spéciaux, travaillent dans leur famille, ou entrent dans des lycées de jeunes filles. Cette ambition siérait bien à quelques intelligences exceptionnelles, à quelques natures hors ligne, mais personne ne veut demeurer en arrière, l’amour-propre étant entré en jeu. N’est-ce pas excessif et n’est-on pas tenté de réagir en faisant appel au programme du bonhomme Chrysale, trop sommaire pour le coup, mais moins éloigné du sens commun.
La création des écoles normales d'institutrices est loin d’avoir atténué le mal ; pour y entrer, il faut subir des examens dont le programme s'accroît d’année en année, et qui éliminent 475 postulantes sur 500. Quel effort énorme n’a-t-il pas fallu que développent les postulantes, et cela,
HYGIÈNE INFANTILE
en pure perte pour 95 p. 0/0 d’entre elles, dont une amère déception couronne le labeur. Pour les 25 élues commence alors, pendant trois ans, une tâche quotidienne de onze heures et demie avec une heure et demie de récréation ; et ce travail acharné, hors de proportion avec les forces et les aptitudes de la femme, leur est imposé à l’âge du développement physique, alors que la vie au grand air, l’exercice modéré, le sommeil réparateur seraient nécessaires pour les aider à accomplir cette évolution capitale pour la jeune fille.
Tout n’est pas dit, pour celles-là même qui ont réussi dans la conquête du fameux brevet si ardemment désiré, si durement conquis, dont un grand nombre comptaient faire un gagne-pain. Il y a environ cinq ans, un député a interpellé le gouvernement au sujet des 25.000 jeunes filles brevetées et qui attendaient en vain des places auxquelles, par une illusion naturelle, elles se considéraient comme ayant des droits, et que l’État ne pouvait leur donner. Cette cruelle déception n’épuise pas leur triste odyssée ; élevées dans un milieu assez humble d’ordinaire, auquel elles se sont habituées peu à peu à se considérer comme supérieures, elles souffrent bien plus d’y rentrer qu'il ne leur aurait coûté de n’en pas sortir, et appartiennent désormais à la triste catégorie des déclassées. Il semble bien qu’ici tout au moins la responsabilité de l’État soit quelque peu engagée, et qu’il encourre le reproche d’avoir développé à l’excès des ambitions qu’il savait bien ne pouvoir satisfaire.
Quel est, dans la genèse du surmenage, le rôle respectif de l’internat et de l’externat? La plus grande part des reproches dont est passible la claustration dans les internats, revient sans conteste à la sédentarité. L’interne a une existence réglée, il doit accomplir une tâche trop longue le plus souvent, mais son ardeur au travail, si d’aventure elle a besoin d’être contenue, ne peut se donner carrière au-delà des limites invariables fixées par l’horaire : aux classes, aux études, succèdent les repas, les récréations, le sommeil, et si les devoirs sont restés inachevés, l’élève ne peut prendre sur ses récréations ni sur sa nuit pour les compléter ; en outre le dimanche entier et le jeudi, en grande partie, sont consacrés au repos. L’interne est plus ou moins victime de la sédentarité, rarement du surmenage. Tout autre, et bien plus agréable, en somme, est la vie de l’externe; il ne respire pas, vingt heures durant, l’air ruminé par ses condisciples dans tous les locaux fermés où ils sont rassemblés pour travailler, manger ou dormir en commun. Il a sa chambre à lui, sous le toit paternel, où il se trouve commodément installé; il y jouit d’un avantage virtuel mais inappréciable pour certains esprits ; alors même qu’il n’en use pas, il se sent une liberté relative. 11 n’est pas tenu à l’immobilité absolue, ni condamné au silence pendant toute la durée d’une étude, et peut à son gré se lever, parler, chanter, regarder à la fenêtre, puis retourner à son travail après avoir donné cette légère satisfaction à son besoin d’activité physique. Cette médaille a un revers : l’externe, n’étant
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
pas contenu par une discipline rigoureuse, trouve mille occasions de perdre son temps, et, après avoir passé à flâner les heures réservées à l’étude, veille pour finir scs devoirs et se fatigue sans profit, de là, un léger surmenage. Il y a encore l’externe intelligent, avide de se distinguer, qu’anime l’émulation et qui se surmène pour avoir une bonne place. Le surmenage est rare, il est vrai, chez cette catégorie d’écoliers qui ont le travail facile et peuvent accomplir, sans dommage, un labeur excessif. Une autre variété de surmenés, c’est celle des élèves médiocres, à l’intelligence peu oux erte, à la conception lente, qui, poussés par les objurgations de leurs parents, sont obligés à un travail plus long et plus pénible que leurs camarades. L'externe peut donc se surmener, ce qui est difficile à l’interne; mais il nous parait manifeste que la fréquence du surmenage a été bien exagérée. L’influence de la sédentarité même, encore qu’elle soit très réelle, aurait, pour un certain nombre de bons esprits, été beaucoup surfaite et les enfants passeraient actuellement la majeure partie de leur temps hors des établissements de l’État. Ainsi s’expliquerait d’après eux l’apparente infériorité dans laquelle se trouvent placés les élèves de ces derniers vis-à-vis de leurs rivaux des écoles congréganistes où, comme à Jersey, huit jours à peine de congé sont accordés par an. D’un tableau récapitulatif fort exact des jours de vacances accordés aux élèves des lycées de Paris, il résulte que ceux-ci ont eu, dans l’année scolaire 1893-94, 177 jours de travail et 188 jours de vacances, ce qui semble excessif, et de nature à atténuer un peu les griefs reprochés à la sédentarité.
En 1887, l’Académie de médecine fut saisie de la question du surmenage et le D1’ Lagneau, rapporteur d’une commission chargée de l’étudier, énuméra les symptômes qui sont propres à la sédentarité et. au surmenage si difficiles à dissocier. Dans cette nomenclature figurent un nombre considérable de manifestations morbides : au premier rang il cite la myopie, rare chez les enfants, et qui devient de plus en plus commune en montant vers les classes supérieures. Mais la myopie peut tenir à l’hérédité, à un vice de conformation, à des attitudes mauvaises dues à certaines écritures, au mobilier défectueux. D’après Java!, en prenant les précautions nécessaires, cette myopie disparaît. C’est encore aux mauvaises attitudes, au mobilier scolaire, à certaines méthodes d’écriture que sont dues les scolioses, les déformations du thorax, les épaules hautes. Le changement d’habitudes qu’entraîne l’entrée à l’école diminue l’appétit, amène de la lassitude intellectuelle, un état chlorotique, qui sont au maximum dans les trois ou quatre premières semaines d’entrée ; mais ces symptômes s’éteignent par l’accoutumance. Puis on a signalé pêle-mêle les lésions dentaires, les troubles digestifs, la nutrition insuffisante, la pâleur, l’anémie, la céphalée, les vertiges, l’agitation, les tintements d’oreilles, les épistaxis, les absences, etc. On a mentionné aussi les affections mentales dans la genèse desquelles le surmenage n’est certainement
HYGIÈNE INFANTILE
pour rien. Tous ces troubles paraissent être le fait de la sédentarité ou du travail excessif, sans que pour cela on ait affaire au surmenage. La fièvre typhoïde et la phtisie sont signalées par Peter comme conséquences du surmenage, mais ce sont des affections spécifiques ; les mauvaises conditions d’hygiène inhérentes aux internats, la sédentarité peuvent en favoriser l’éclosion mais non les créer de toutes pièces.
Peter comparant à la courbature musculaire due à l’épuisement et à l'encombrement de la fibre musculaire par le fonctionnement excessif, la douleur de tète et l’impuissance cérébrale dues au travail mental exagéré, qualifie ces désordres de courbature cérébrale. La céphalalgie serait donc le premier symptôme du surmenage cérébral, symptôme nécessaire et obligé. Mais le mal de tète est loin d’être toujours le fait d’un travail assidu, il est fréquemment lié, d’après Perrin, à de continuels efforts d’accommodation dus à un défaut de la vue, à un éclairage insuffisant, etc. La céphalalgie peut être liée à la croissance, au rhumatisme, aux troubles de l’estomac, etc. Il y aurait en outre des épistaxis; enfin, on a signalé des troubles nerveux, hypéresthésie, neurasthénie, lenteur intellectuelle, altération profonde des facultés cérébrales, paralysie g énérale, etc.
La discussion académique a prouvé à l’évidence, la nécessité de séparer rigoureusement les troubles dus au surmenage de ceux qui sont liés à d’autres causes ; mais ce précepte, d’une évidence si absolue, rencontre dans l’exécution des obstacles insurmontables ; comment isoler la sédentarité, condition passivement subie par tous les écoliers, du surmenage qui ne s’applique qu’à quelques-uns qui en outre pâtissent de la sédentarité? Il semble qu’il n'y ait qu’à n’observer que dans les lycées d’externes, qui n’ont pas à compter avec la sédentarité ; mais une fois hors de l’établissement, l’externe, au point de vue sanitaire, échappe au contrôle médical et Ton n’a aucun droit de l’v soumettre.
Quel est le remède au surmenage et à la sédentarité ? La discussion académique de 1887 a prudemment laissé dans l’ombre les éléments d’une distinction, quelque peu précise entre les troubles pathologiques ressortissant de Tune ou de l’autre de ces deux influences. L’Académie a paru du reste assez sceptique à l’égard du surmenage et un certain nombre de membres autorisés ont mis en doute sa réalité en étayant leurs légitimes doutes de raisons sérieuses. Il a semblé évident que par des modifications apportées aux côtés défectueuxde l’hygiène scolaire, encombrement, aération incomplète des locaux, durée exagérée des études, insuffisance du sommeil et des exercices en plein air, et à toutes les conditions mauvaises englobées sous le nom de sédentarité, on verrait disparaître ou s'atténuer la plupart des troubles morbides réellement imputables à la vie scolaire ; réserve faite bien entendu des états morbides antérieurs à l’entrée des élèves au lycée, constituant leur apport personnel et étant le fait des tares héréditaires ou des dégénérescences de races. Cette
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
élimination accomplie, les troubles morbides qui persisteraient chez les élèves pourraient logiquement être regardés comme étant la part du surmenage intellectuel, mais devraient être bien peu nombreux.
A la suite de cette mémorable discussion, l’Académie a voté les conclusions suivantes :
L’Académie appelle l’attention des pouvoirs publics sur la nécessité de modifier, conformément aux lois de l’hygiène et aux exigences du développement physique des enfants et des adolescents, le régime actuel de nos établissements scolaires. Elle pense :
1° Que les collèges et les lycées pour les élèves internes doivent être installés à la campagne ;
2° Que de larges espaces bien exposés doivent être réservés pour les récréations ;
2° Que les salles de classe doivent être améliorées au point de vue de l’éclairage et de l’aération.
Sans s’occuper des programmes d’études, dont elle désire d’ailleurs la simplification, l’Académie insiste particulièrement sur les points suivants :
1° Accroissement de la durée du sommeil pour les enfants ;
2° Pour tous les élèves, diminution du temps consacré aux études et aux classes, c’est-à-dire à la vie sédentaire et augmentation proportionnelle du temps des récréations et des exercices :
3° Nécessité impérieuse de soumettre tous les élèves à des exercices quotidiens d’entrainement physique proportionnés à leur âge (marche, course, saut, développements, formations, mouvements réglés et prescrits, gymnastique avec appareils, escrime en tous genres, jeux de force, etc.).
Remarquons avec quelle réserve l’Académie a effleuré la question de la réduction des programmes, soit qu’elle ne se crut pas qualité pour la trancher soit plutôt qu’elle fut d’avis que quelques cas rares et douteux de surmenage intellectuel n’autorisent pas à porter atteinte aux études classiques. Le statu quo en matière de culture littéraire est d’autant plus rationnel que nul n’est tenu de suivre le programme des études classiques jusqu’au bout, si la tâche est trop forte et au-dessus de ses aptitudes.
« Maintenant le choix ne manque plus », dit Riant, « au milieu de ces variétés si nombreuses de l’enseignement primaire, de l’enseignement primaire supérieur, de l’enseignement secondaire classique et de l’enseignement secondaire spécial ». Si les parents ne s’obstinent pas à maintenir l’élève hors de sa voie, celui-ci a chance de trouver, parmi ces branches si diverses, celle qui peut convenir à ses goûts et à ses facultés. Il semble donc que, en ce qui concerne l’enseignement secondaire classique, il y ait lieu, suivant l’avis de Fereol, de le conserver en entier.
On a conseillé la suppression des compositions : ce serait là une innovation malheureuse ; faire le bien pour le bien en soi est assurément fort méritoire, mais il faut bien l’avouer, c’est chose exceptionnelle. Sans être aussi pessimiste que La Rochefoucauld qui voyait dans toutes les actions
HYGIENE INFANTILE
humaines l’intérêt personnel, ce qu'il appelait « l’amour-propre », comme mobile, il faut reconnaître qu’un bon nombre d’élèves distingués ne travaillent que par émulation et par le désir de briller; le mobile, à cet âge, importe peu, pourvu que le résultat reste acquis.
Bien plus énergiques ont été. les vœux de l’Académie en ce qui touche la nécessité de restaurer la vigueur musculaire en faisant appel, dans la plus large mesure aux exercices d’entrainement physique et aux jeux de plein air. Il semble évident, en effet, que ce soit par ce côté qu’il faille aborder la question et c’est, pour un grand nombre de sages esprits, prendre le problème au rebours que de proportionner les programmes aux forces physiques 11 est plus rationnel de commencer par relever celles-ci, pour transformer les délicats, les nerveux, et ensuite de leur imposer la ration de travail que commande l’état de la science moderne.
« On n’entre, » dit de Laprade, « dans les écoles qui conduisent aux premiers grades, qu’à la suite de ces excès de cerveau destructeurs de l’énergie du corps, à un âge où la vitalité physique doit être avant tout cultivée, comme la condition nécessaire de toutes les forces morales. . . Comment, d’une jeunesse ainsi étiolée, desséchée, susciterez-vous des esprits résolus, fiers, décidés à se suffire à eux-mêmes, capables d’exercer sans faiblesse leurs droits et leurs devoirs, en un mot, des citoyens comme il en faut dans un pays qui veut être libre. Tout ce qui est donné dans la jeunesse à la vigueur du corps, profite à la vigueur morale. D’un tempérament bien équilibré dépendent la justesse et la fermeté de la raison ».
Les pédagogues anglais paraissent avoir un point de départ opposé au nôtre. Alors que nous nous préoccupons outre mesure du développement intellectuel, chez nos voisins, on se soucie davantage des qualités qui seront nécessaires à l’homme. On exerce l’initiative de l’enfant, on lui fait aimer l’énergie physique sans laquelle, au jugement des Anglais, l’intelligence et la volonté restent stériles.
Les jeux, c’est-à-dire les exercices physiques, tiennent en effet une place énorme dans l’existence du collégien anglais. Les grands, de deux en deux jours, y consacrent une après-midi tout entière ; les petits deux heures consécutives chaque jour, et un jour entier par semaine, et ces exercices sont obligatoires. Les parents et les maîtres y tiennent également et considèrent le développement des forces physiques comme la condition absolue et la sauvegarde d’une santé robuste.
En revanche, on demande à l’écolier anglais beaucoup moins d’efforts intellectuels qu’en France et en Allemagne. On pourrait certainement, sans le surcharger comme on le fait chez nous, lui imposer une somme de travail intellectuel plus considérable. Par une coïncidence singulière, les deux systèmes d’éducation qui ont des points de départ diamétralement opposés, sont en train aujourd’hui de marcher l'un vers l’autre, et il semble que tous deux tendent vers la juste mesure. Pendant que notre
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
Université, poussée par l’opinion publique, s’efforçait de rapprocher son système scolaire de celui des Anglais, ceux-ci opéraient une évolution inverse vers le système Français. Nous cherchons à diminuer quelque peu les heures de classe au profit des exercices physiques et les Anglais à restreindre les exercices musculaires au bénéfice de la culture intellectuelle.
Les vœux émis par l’Académie à la presque unanimité avaient fortement ému l’opinion publique. L’Université, sous l’impulsion de son vice-recteur, M. Gréard, s’en préoccupa vivement et, à la fin de l’année 1889, Brouardel communiquait à l’Académie le bilan des réformes apportées par l’Université dans le régime intérieur des lycées et des écoles primaires.
La durée du travail sédentaire a été modifiée de telle façon qu’il a été réduit de 4 heures de 7 à 12 ans ; de 2 heures de 11 à 17 ans : la veillée a été supprimée, mais on n’a pas modifié la durée des études pour les jeunes gens qui se préparent aux écoles du gouvernement. Les programmes des conditions du concours à ces écoles ne dépendent pas de l’Université, ils en régentent le régime depuis les classes élémentaires jusqu’aux mathématiques spéciales. On n’a donc pu toucher aux causes de surmenage en atteignant ses deux principaux modes d’origine : on ne peut empêcher les parents de surmener leur enfant dès la septième, en vue de l’école polytechnique, ni éviter que certains candidats, pour arriver au succès, ne se condamnent à une réclusion de plusieurs mois. L’Université devait, d’autre part, sauvegarder la culture intellectuelle qu’elle considère, avec la plupart des parents éclairés, comme indispensable pour la préparation aux carrières libérales.
La récréation du lycée était de 2 heures et demie pour les grands élèves, de 3 heures et demie pour les autres ; elle est maintenant de 4 heures et demie pour la rhétorique, la philosophie et les mathématiques ; pour les classes de 2e et de 3e et celle de grammaire, elle est de 5 heures et demie ; enfin pour les enfants des classes primaires et élémentaires, elle est de de 6 heures et demie.
Une partie des récréations est consacrée à l’éducation physique, et l’on a organisé un enseignement gymnastique quotidien dont les exercices ont une durée minimum de 30 à 40 minutes.
Des sanctions de même nature que celles établies pour l'enseignement classique sont attachées aux exercices physiques ; les notes sont prises en égale considération pour le prix d’excellence.
L’Académie a été invitée à préparer un règlement modèle destiné à indiquer quelles sont les exigences de l’hygiène au point de vue des dortoirs, des classes, des études, de l’éclairage, de la ventilation, des water-closets. L’alimentation a été l’objet d’indications nouvelles. La durée du sommeil a été augmentée : jusqu’à 15 ans, le minimum est de 10 heures, et au-delà, de 9 heures.
Surmenage et sédentarité sont des influences fort différentes dont le
HYGIENE INFANTILE
mode d’action est bien distinct ; mais qui agissent rarement à l'exclusion l’une de l’autre, de sorte que les désordres observés chez les élèves sont la résultante de leur action combinée. Brouardel les exonère en partie des méfaits qu’on leur impute. Pour expliquer l’étiolement intellectuel et physique qui atteint une partie des élèves de nos lycées, il faut, selon lui, faire entrer aussi en ligne de compte le séjour des grandes villes, que les enfants y soient nés et y aient été élevés ou qu’ils aient immigré de la campagne dans les internats des villes.
Pour dégager l’influence du séjour dans les grandes villes de celle du surmenage intellectuel, Brouardel examine les petits Parisiens qui n’ont pas reçu une instruction intensive, puis il les place dans le milieu des lycées et cherche les différences. L’enfant de Paris, vers l’âge de 10 ou 12 ans, est très alerte au physique et au moral quand sa santé est bonne et qu’il n’est pas strumeux : il est petit mais leste, primesautier, prompt à la riposte, très habile à se tirer d’affaire. Si on le retrouve à 15 ou 18 ans, resté petit, il s’est éteint, il a perdu sa vivacité d’autrefois et n'a plus de volonté. Son développement physique est resté stationnaire, et son évolution a subi un temps d’arrêt, il a les organes génitaux peu développés, les aptitudes génésiques ont disparu, le système pileux est rudimentaire ; il a de l’embonpoint, des formes arrondies, le féminisme s’accuse chez lui, et cet état anatomique est définitif.
Les deux caractères prédominants de cet enfant des grandes villes, en dehors de toute influence scolaire, c’est l’étiolement intellectuel et l’inaptitude genésique : les causes complexes de cet étiolement sont le séjour à l’atelier et dans des logements peu salubres, la débauche précoce, l’alcoolisme prématuré.
Si cet enfant des villes, né dans un milieu aisé, doit vivre de la vie du lycée, que devient-il? Vers 12 à 13 ans il engraisse, les seins se développent, quelquefois il survient des abcès mammaires, sa croissance s’arrête, elle n’est pas régulière et se fait par poussées inégales ; parfois même, nous l'avons dit ailleurs, elle est irrégulière dans les diverses régions du corps ; tantôt c’est le buste seul qui grandit, les membres inférieurs restant stationnaires, 4les pieds continuant à se développer ou s’arrêtant au contraire, puis ultérieurement, les parties sacrifiées reprennent leur évolution normale et l’harmonie se rétablit. Que deviennent l’intelligence et le développement des organes génitaux ? Les conditions hygiéniques étant ici meilleures, les vacances utilisées à aller se retremper dans un milieu plus vivifiant, l’étiolement est moindre, mais au degré près les tares sont indentiques ; l’atrophie génitale est fréquente, elle persiste et l’impuissance relative menace les jeunes gens. Ils subissent un arrêt de développement, l’intelligence devient paresseuse, les places sont mauvaises et les camarades venus de la province prennent le premier rang. Ce qui manque surtout à ces enfants des grandes villes, c’est le pouvoir d’arrêter longtemps leur attention sur une même question, ils
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE. 221
les effleurent toutes, mais ne peuvent les creuser ni en approfondir aucune.
La modification d’intelligence qui frappe le plus est la difficulté, l’impossibilité même d’accomplir l’effort intellectuel personnel, seul profitable ; au lieu de multiplier les matières des programmes, il est urgent de contraindre ces enfants à penser par eux-mêmes, de demander moins à la mémoire et plus à la réflexion.
Pour lutter contre cette variété d’étiolement, de malaria, il est nécessaire, selon Brouardel, d’éviter autant que possible les grands internats; il faudrait placer les lycées en dehors des villes, dans un milieu où existent encore de grands jardins ; tous les ans on devrait envoyer les enfants au bord de la mer ou dans les bois, organiser des colonies de vacances.
Riant fait observer très justement que, pour invoquer le surmenage, il faut que les troubles de la santé, les phénomènes morbides, la déchéance physique qu’on lui impute soient, d’une façon certaine, postérieures à l’entrée au lycée ; on doit, en effet, se garder d’attribuer au surmenage des troubles morbides dont l’écolier souffrait déjà avant ; il est donc nécessaire de noter, dès l’arrivée, le degré d’infériorité physique ou de désordres pathologiques qui constituent le bilan du nouveau lycéen, pour établir s’ils seront aggravés par la vie scolaire et dans quelle mesure.
Ces réserves faites, quelles sont les manifestations du surmenage ? Leur étude est pleine de difficultés : le surmenage étant presque toujours lié à la sédentarité, il est malaisé d’isoler du tableau d’ensemble les traits qui lui sont propres. Les désordres caractéristiques du surmenage doivent être cherchés parmi les troubles morbides qui se rencontrent chez les élèves ; mais il n’existe pas de documents statistiques sur les maladies qui atteignent les lycéens ; ce qui tient à l’absence d’inspection médicale sérieuse et régulière. Les renseignements qu’il serait possible d’obtenir dans les lycées ne pourraient être exigés des établissements libres; on aurait ainsi des chiffres trop peu élevés pour présenter une valeur sérieuse. Le nombre des élèves soignés au lycée pendant toute la maladie est restreint si elle est aigue, ils quittent la maison pour retourner dans leur famille, souvent même avant que le diagnostic soit établi. Dans les maladies chroniques, le début souvent latent, peut durer des années, et l’explosion des accidents caractéristiques n’a lieu qu’après la sortie de l’élève ; voilà donc une maladie qui pourrait être due à l’internat et qui échappera à la statistique.
Nous avons vu que bien avant que l’Académie de médecine ne fût saisie de la question du surmenage, l’opinion publique s’v était intéressée ; l'Université elle-même, qui renonce si difficilement à ses traditions et qui n’est pas facile à troubler fut la première à émettre des critiques: Duruv, Jules Simon, Y. de Laprade avaient donné le signal; Gréard,
HYGIÈNE INFANTILE
vice-recteur de l’Académie de Paris avait, par ses écrits, établi la nécessité de limiter les programmés et de diviser l’enseignement de façon à permettre aux jeunes gens de suivre des classes spéciales en rapport avec la carrière qu’ils devaient embrasser.
Avant que les pouvoirs publics eussent eu le loisir d’étudier et d’élaborer les réformes que signalaient les vœux formulés par l’Académie, la question était agitée dans la presse médicale, dans les revues, on la discutait dans les journaux politiques, à la Chambre, dans les salons et dans les cercles. Des Sociétés se formèrent dès lors pour l’extension des exercices physiques dans l’éducation. La première, fondée en 1888 par les soins de M. Pierre de Coubertin, prit le nom de « Comité pour la propagation des exercices physiques dans l’éducation » sous la présidence de J. Simon. Le comité ne visait que les établissements d’instruction secondaire mais il s’occupait du côté moral de l’éducation. Plus tard était formée la « Ligue nationale de l’éducation physique » sous la direction de Paschal Grousset. Elle avait pour but de faire prévaloir les exercices physiques dans tous les ordres d’enseignement et de les établir dans les établissements d’instruction primaire, secondaire et supérieure. Elle se proposait d’intervenir auprès des pouvoirs publics pour obtenir qu’un nombre d'heures suffisant fût consacré aux jeux et aux exercices du corps et d’étudier les moyens pratiques de rendre ceux-ci aussi profitables que possible.
Ces deux associations qui ont pour but commun la restauration des exercices physiques, y tendent par des voies un peu différentes, celleque dirige M. P. de Coubertin, donne la préférence aux jeux Anglais: le lawn tennis, la rame, le rallye-paper en usage aussi chez nous, le cricket et le foot bail, jeux essentiellement anglais, dont nous parlerons plus loin. La ligue, que préside M. Paschal Grousset, fait revivre nos vieux jeux nationaux, la paume, les barres, etc. Ce sont des nuances sans importance pourvu que le but soit atteint.
En même temps quelques établissements libres mettaient à profit les ressources plus étendues dont ils jouissaient et leur complète indépendance pour prendre l’initiative des réformes relatives aux exercices physiques. La direction de l’école Monge qui n’avait à compter ni avec le mauvais vouloir, ni avec les lenteurs administratives et pour qui la question d’argent était secondaire, créa les parcs scolaires.
« La direction de l’école Monge s’est, attachée surtout à des exercices utiles : l’équitation, la natation, le canotage, les courses à pied, entrent nécessairement dans cette catégorie ; on y joint le maniement du vélocipède, le jeu de paume, le cricket . . Les jeunes gens sont divisés par groupes, chaque groupe est dirigé, non pas par un surveillant ou un maître, mais par un élève librement élu, que son caractère sérieux et sympathique, son habileté physique désignaient d’avance au choix de ses camarades. C’est le « capitaine » du groupe.
HYGIÈNE DE LA^ SECONDE ENFANCE
» Deux fois par semaine, à une heure de l’après-midi, de grandes voitures viennent s’aligner devant l’école : les élèves arrivent au bois sans fatigue. Là les voitures sont dirigées, les unes vers le jardin d’acclimatation, les autres vers le pré Catelan, d’autres enfin vers les lacs.
» Au jardin d’acclimatation, le manège est prêt; la leçon d’équitation est donnée à ceux des élèves qui ne sont pas assez bons cavaliers pour se risquer au dehors ; les autres sous la conduite d’un écuyer sortent à cheval et parcourent le bois.
» Au lac, c’est le groupe des canotiers qui s’empare des barques ; chaque barque porte quatre rameurs et un barreur: le capitaine du groupe n’admet que les élèves sachant, nager, et le lac n’est du reste pas assez profond pour qu’il y ait à redouter un accident sérieux.
» Le pré Catelan appartient aux vélocipédistes ; tricycles et bicycles y luttent de vitesse : le cricket est installé un peu plus loin; ailleurs un autre groupe organise les courses à pied ; ailleurs encore, d’autres élèves jouent à la paume, à saute-mouton, etc. L’école entière, en un mot, se répand dans le bois, dont les allées retentissent de ses joyeux ébats. Cependant, nul tapage, nulle déprédation. Tous ces jeunes gens ont conscience de la confiance que leurs maîtres ont en eux. . Les exercices durent jusqu’à trois heures et demie ; à ce moment les élèves reviennent près des voitures et ils rentrent à Paris.
» On eût pu croire qu’au lendemain de ces heures passées en plein air, sans contrainte et sans entraves, les élèves seraient moins appliqués à leur besogne journalière, que leur attention serait distraite, leur esprit hanté par les souvenirs de la veille ; il n’en est rien .. Il ne s’est produit aucun relâchement dans le travail des enfants ; leur activité intellectuelle en a, au contraire, été aiguillonnée, et leur esprit reposé n’en est que plus ouvert. Il y a plus : leur caractère a changé, les mauvais élèves, les paresseux, les insubordonnés sont devenus plus rares. . . Le Directeur de l’école Monge a constaté que la moyenne des points obtenus par les élèves s’est sensiblement élevée, depuis que l’éducation physique y a repris une plus grande extension.
» L’école Alsacienne est entrée dans la même voie que l’école Monge, Il y a quelques semaines, elle convoquait ses élèves à des courses à pied, aux étangs de Ville d’Avray ; ses coureurs et ceux de l’école Monge se disputaient les prix. A l’école Alsacienne aussi, on a été surpris des résultats obtenus au point de vue moral et intellectuel, depuis que l’on a pris le parti de donner plus de temps dans l’éducation aux exercices physiques » (1).
Les lignes qui précèdent nous paraissent quelque peu entachées d’optimisme : des sujets distingués dans leur classe peuvent, en même temps, tenir un rang honorable dans les luttes du sport, mais un bon nombre
(1) Dr Reuss, Annales d’hygiène et de médecine légale , oAobre 1888, p. 203 .
HYGIÈNE INFANTILE
d’écoliers prennent trop à coeur les exercices physiques qui deviennent l’objet presque exclusif de leurs préoccupations ; il n’y a plus alors de place dans leur esprit pour les luttes scolaires, et d’ordinaire le nom des canotiers et des bicyclistes émérites n’encombre pas le palmarès.
Vers la fin de 1889, l’Université adopta aussi des mesures de nature à donner satisfaction aux desiderata exprimés par les hygiénistes. L’État a mis à la disposition de l’Université une certaine étendue de terrains dépendants de l’observatoire de Meudon pour servir aux jeux de plein air des élèves. C’est là que prennent leurs ébats les élèves de Louis le Grand, d’Henri IY et des autres lycées. Les élèves du lycée Janson-de-Sailly se sont vu concéder par la ville un terrain au bois de Boulogne : là, revêtus d’un costume spécial, ils jouent au foot-ball, au lawn-tennis. Les élèves de Condorcet jouent le jeudi et le dimanche sur la pelouse de la Ligue de l’éducation physique ; Chaptal envoie les siens jouer sur un terrain situé au bord de la Seine ; l’école Asacienne prend ses ébats au Luxembourg.
En résumé, la réforme dont l’Académie a provoqué l’étude a déjà reçu un commencement d’accomplissement sérieux et le bon vouloir que témoignent à l’envi l’Université et les pouvoirs publics donnent bon espoir pour sa réalisation complète.
§ VI. — Exercices. — Recréations
I. Exercice en général. — Le besoin de mouvement est inné chez l’homme et dans toute la série animale, et l’immobilité forcée, pénible d’abord, devient, en se prolongeant, un véritable supplice. Que l’on délivre un chien depuis longtemps à l’attache, il s’élance en une course folle, puis, revenant à son maître, se livre autour de lui à des bonds prodigieux ; il semble que, poussé par un besoin invincible de s’agiter, il ne puisse que par le mouvement s’affranchir de l’importune tension de quelque fluide accumulé dans ses muscles. Ce besoin de mouvement, d’exercice, très marqué à tout âge, est surtout développé chez les jeunes sujets pour lesquels il paraît, comme intensité, aller de pair avec la faim et le besoin de dormir. Les jeunes animaux nous en donnent la preuve : le petit chat partage ses premiers mois entre le sommeil, le repas et le jeu ; à peine éveillé, il tette, puis après s’ètre étiré longuement, se met à jouer, à courir et, brusquement, vaincu par le sommeil, s’arrête, tombe endormi pour se réveiller une heure après et recommencer la même série.
Chez l’enfant, le besoin du mouvement n’est pas moins impérieux, et ce serait aller contre le vœu de la nature que de tenir l’écolier immobile. Quand le désir instinctf du mouvement n’a pas reçu satisfaction, il se trahit par un agacement nerveux, une sorte d’inquiétude, un besoin de s’étirer qui ne se calment que par l’exercice.
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE. 225
L’éducation peut atténuer, supprimer même ce besoin d’exercice et arriver à abolir ce salutaire instinct, comme elle peut annihiler les mauvais penchants qu’il importe de faire disparaître; le sentiment pénible qui résulte de l’immobilité s’éteint peu à peu et, avec lui, l’envie de se mouvoir. C’est le résultat auquel était arrivée graduellement depuis quarante ans l’éducation universitaire.
Les écoliers d’autrefois se livraient à divers jeux et exercices rendus très attrayants par les incidents auxquels ils donnaient lieu et l’adresse qu'il fallait déployer. « 11 va un demi siècle, les enfants s’entraînaient eux-mêmes aux exercices du corps. Ils étaient fiers de leur force, de leur agilité, de leur adresse. Ils se faisaient gloire de braver le danger et de mépriser la douleur. Aujourd’hui, ils étalent complaisamment leur débilité, ne dissimulent pas leur crainte de la souffrance et leur amour du bien-être. Ils dédaignent les jeux d’adresse, et, dans les cours des lycées, on les voit, se promener gravement, en cercle comme des péripatéticiens (1) ». Les petits seuls se livraient encore au jeu avec quelque ardeur. Depuis longtemps ces conditions, de médiocres étaient devenues mauvaises, et les petits eux-mêmes ne jouent, plus. Dans les lycées, il semble qu'il appartenait aux maîtres de donner le signal des jeux en y prenant part ; mais les répétiteurs, séparés des élèves par une sourde et traditionnelle hostilité, n'ont pas pour cela l’ascendant nécessaire, et ne peuvent entraîner leurs élèves. Quant aux hommes plus élevés dans la hiérarchie universitaire, ils sont, retenus par l’usage, par cette sorte de fausse honte qui chez nous ne permet pas à l’homme qui a atteint un certain rang ou dépassé un certain âge de se livrer aux jeux, dans la crainte de perdre son prestige et de passer pour peu sérieux. Rappelons toutefois que dans les collèges de Jésuites et dans les petits séminaires, les maîtres se mêlent à leurs élèves pour jouer à la balle et lutter à la course, sans risquer pour cela que leur dignité en soit le moins du monde atteinte. Il faut dire, il est vrai, et quelque opinion que l’on ait sur l’éducation congréganiste, que le milieu y est pour les enfants plus familial et les rapports de maîtres à élèves plus cordiaux que dans les lycées où ces deux éléments vivent en quelque sorte parallèlement et sans se mêler jamais.
Cette disparition des jeux dans les lycées tient, peut-être, en partie, à l’enseignement de la gymnastique d’Amoros, qui a fait son entrée dans l’université vers la seconde moitié du siècle ; mais elle dépend surtout et, à coup sûr de l’éducation dans des immeubles trop étroits où les préaux spacieux, les vastes cours plantées d’arbres ont fait place à des cours poudreuses, pelées, aux murs gris encaissées entre des constructions élevées, où l’œil n’avait aucune échappée de verdure et n’apercevait le ciel que du fond d’une sorte de puits. L’ennui profond qui résulte de
(1) .1. Uochard, Éducation de nos fils. Encyclopédie d’hygiène. — VIII.
HYGIÈNE INFANTILE
l’existence monotone du lycée, la compression permanente sous laquelle il faut vivre, finissent par entraîner une apathie absolue qui supprime tout élan, toute initiative, et l’enfant n’a même plus le courage d’organiser des parties, ni de songer à s’amuser.
L’accord est unanime entre les hygiénistes et les hommes qui se sont voués à l’éducation de la jeunesse : il faut faire entrer dans les programmes les exercices physiques au même titre que le travail intellectuel et de plain pied avec lui. L’université traitait l’organisme exactement au rebours des indications fournies par la nature ; elle a façonné l’écolier suivant les l’ègles qu’elle a cru nécessaire d’imposer : elle a modelé les enfants d’après des théories disciplinaires auxquelles il leur a fallu se plier. Au lieu d’encourager, chez les écoliers, la tendance au mouvement et le besoin naturel d’exercices, elle les a réprimés, atrophiés, et l’on a ainsi obtenu ce résultat monstrueux, avoir des écoliers qui ne jouent pas, parce que l’instinct de l’exercice a été étouffé chez eux. De plus, par une sorte de cercle vicieux, le système musculaire dont la nutrition et l’accroissement deviennent languissants a perdu l’énergie nécessaire pour que l’écolier se livre à l’exercice.
IL Gymnastique. — Dans la seconde moitié du siècle, un cri d’alarme a été élevé par les hygiénistes, et pour donner satisfaction à leur sollicitude, on a introduit dans les lycées l’enseignemeut de la gymnastique qui y est devenu obligatoire en 1854. Cette réforme eut constitué une heureuse innovation si son application n’eut été rendue purement illusoire par la façon dont elle était pratiquée. Jamais la pédagogie officielle n’a accordé aux exercices physiques l’importance qu'on doit leur attribuer ; après avoir octroyé cette satisfaction à l’opinion, elle a supprimé le bénéfice de sa concession; il lui a paru suffisant de consacrer aux travaux musculaires deux heures par semaine alors qu’elle en impose soixante-dix au travail intellectuel. Si l’on admet que, durant une de ces séances d’une heure, vingt élèves seulement viennent répéter, à tour de rôle, le même exercice, on arrive à cette conclusion étonnante : chaque élève fait de la gymnastique six minutes par semaine.
C’est là un résultat dérisoire, et de l’exercice entendu de cette façon, on ne peut attendre aucun effet utile. La gymnastique, d’ailleurs, inspire aux élèves un ennui et un dégoût profonds : placés sur une ligne et gardant le silence, ils viennent, chacun à son tour, exécuter l’exercice commandé et reprennent leur place à la file. Ainsi pratiquée, la gymnastique est profondément ennuyeuse; les élèves n’v trouvent, au lieu d’un exercice récréatif, qu’une leçon nouvelle à apprendre, rendue insupportable par les exercices imposés.
Ces six minutes d’exercice obligatoire' par semaine étaient concédées sans conviction, et l’on choisissait la gymnastique parce qu’elle s'adapte le mieux possible aux conditions du lycée, où l’on ne dispose que de peu
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
de temps et d’un espace restreint. Le temps consacré au travail musculaire étant mesuré, il faut que les écoliers, dans le plus court délai et dans un local peu étendu, fassent le plus possible d’efforts musculaires. La gymnastique aux appareils répond à merveille à l’obligation de donner satisfaction à l'opinion. Au lieu d'accorder à l’enfant la possibilité de faire chaque jour et régulièrement de l’exercice, de façon à avoir des résultats graduels, continus, qui développent peu à peu et progressivement l’activité musculaire, on a évalué arbitrairement la dose d’efforts musculaires violents qu’il convenait de demander aux écoliers, et cette ration on la leur administre en deux séances. On a ainsi, en quelque façon, canalisé l’exercice; et si l'enfant pouvait employer activement son heure tout entière, il y aurait là un surmenage bihebdomadaire, avec inaction presque complète et absence d’exercice cinq jours par semaine: c’est un système détestable.
Il faut de toute nécessité que l’enfant fasse de l’exercice et si la gymnastique a été préférée, c'est qu’elle s’adapte très bien aux exigences de la vie scolaire et du milieu où elle s’écoule. Voyons comment elle doit être pratiquée et quels sont les exercices auxquels il convient de donner la préférence, nous examinerons ensuite si, faite dans les meilleures conditions, elle réalise la méthode d’exercice la plus convenable appliquée à l’écolier.
Lagrange (1), aux excellents traités duquel nous empruntons les développements qui vont suivre, divise les exercices gymnastiques en athlétiques et hygiéniques ; les premiers ont surtout pour effet, le développement des muscles et n’ont pas de retentissement marqué sur les grandes fonctions de l’économie. La gymnastique hygiénique vise principalement le développement des grands appareils de l’organisme et l’extension de leurs fonctions ; elle a surtout des effets généraux.
La gymnastique athlétique fait appel aux exercices artificiels qui exigent des mouvements auxquels l’homme n'est pas enclin, et dont chacun, comportant une difficulté à vaincre, exige un apprentissage préalable. Elle demande, dans l’association des muscles, des combinaisons anormales, des attitudes compliquées et difficiles à prendre ; les exercices aux appareils, trapèze, anneaux, barres parallèles, barre fixe en font la base : ils localisent le travail sur la partie supérieure du corps, les bras surtout, et laissent inactifs les membres inférieurs.
La gymnastique hygiénique n’a recours qu’aux mouvements naturels, à ceux que l’enfant exécute de lui-même. La capacité pulmonaire étant l’expression de la résistance vitale, c’est surtout au développement de celle-ci que doit viser l’exercice hygiénique. Un exercice qui met en œuvre des masses musculaires importantes, comme le fait la course pour les membres inférieurs, a pour effet d'accélérer le jeu des poumons et du
(1) Lagrange, L'hygiène et I, 'exercice chez les enfants et tes jeunes gens, Paris 1890.
cœur. La suractivité circulatoire accroil la quantité de sang qui va se distribuer à toute l'économie et ce sang est plus oxygéné par le fait de l’accroissement des fonctions pulmonaires. Les organes, même restés les plus étrangers à la course, bénéficient des effets de l’exercice : l’estomac, l’intestin, la vessie arrosés par un sang plus oxygéné et qui se renouvelle plus fréquemment, acquièrent plus de force ainsi que les filets nerveux qui font partie de leur organisation. Tous ces appareils sont excités favorablement par l’oxvgène à la fois aliment et stimulant.
C’est à cette généralisation des effets de l’exercice et non au simple développement musculaire que doit tendre l’hygiène. Les exercices qui mettent en action les masses musculaires des membres inférieurs agissent bien plus sur les fonctions vitales que sur les muscles : la marche, la course, le saut sont la base de l'exercice hygiénique.
Dans l’enfance, le tissu musculaire ne s’accroît pas en vertu des mêmes lois que lorsqu’il a acquis une structure plus parfaite ; le travail ne fait pas grossir les muscles avant l’âge de la puberté ; chez les sujets très jeunes, alors même qu’ils travaillent beaucoup aux appareils, on n’observe pas ces reliefs musculaires si accusés chez tous les gymnastes adultes. Ce travail n’a donc, au point de vue du développement musculaire, aucune utilité ; les muscles, qu’accroîtraient considérablement les mêmes efforts chez un adolescent, restent stationnaires.
Outre qu’elle ne fait pas grossir les jeunes sujets, la gymnastique peut les empêcher de grandir : les efforts musculaires intenses ont une influence remarquable sur le mouvement de croissance en hauteur qu’ils tendent à arrêter ; les maîtres de gymnastique eux-mêmes en conviennent. Le fait est bien connu dans les campagnes, on sait que tel jeune homme est resté petit et rabougri pour avoir été employé, à peine adolescent, à des travaux agricoles réservés aux hommes faits. Les vétérinaires n’ignorent pas qu’un jeune cheval mis prématurément au travail risque de rester au-dessous de la taille qu’atteindront ses frères restés libres dans le pré.
Un autre grief qui s’adresse à la gymnastique aux appareils c’est d’amener des déformations permanentes du squelette : on a cité notamment le dos rond, les épaules voûtées des gymnastes voués trop spécialement à la barre fixe. Marey a démontré que nos organes tendent toujours à s’adapter par un changement de forme à des actes musculaires souvent répétés.
L’exercice naturel n’est passible d’aucun de ces reproches : il consiste en mouvements parfaitement adaptés à la destination normale de chaque membre ; il ne demande que des mouvements simples et des attitudes normales ; il n’oblige pas l’enfant à des efforts atteignant la limite de ses forces.
Inutiles au point de vue de l’accroissement des muscles, les exercices violents sont plutôt nuisibles à l’évolution des os. Chez les jeunes gens dont les os se développent, leur tissu est richement vascularisé, surtout
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
aux points qui sont le siège de l’accroissement, au niveau des épiphyses. Les poussées de croissance interdisent absolument les efforts énergiques qui exposent à des froissements, à des chocs sur les épiphyses et les articulations et, par les contractions musculaires qu’ils déterminent, exercent des tractions violentes sur les points d’insertion des tendons ; ces traumatismes peuvent provoquer des inflammations périostiques ou articulaires, de véritables tumeurs blanches chez les sujets prédisposés.
L’effet de l’exercice qui est le plus essentiel pour l’enfant, la suractivité imprimée à la respiration, est précisément produit par les mouvements qu’il supporte le mieux, à savoir la marche et la course. Les exercices de vitesse qui augmentent la consommation d’oxygène sont justement ceux pour lesquels il a une aptitude spéciale. La course, mal supportée par l’adulte et l’homme mûr, est particulièrement bien tolérée par l’enfant, qui oppose une véritable immunité à l’essoufflement qu’elle entraîne.
Jusqu’à 12 ou 14 ans, la gymnastique hygiénique doit donc être seule employée ; avant ce terme, les exercices athlétiques, les exercices aux appareils sont sans profit.
A l’enfant, il ne faut demander que de faire des mouvements naturels et dans une mesure relative à la puissance de ses organes ; si l’exercice est exagéré, il devient nuisible en demandant aux muscles qu’il met en œuvre une dépense à laquelle ils ne peuvent faire face ; modéré, il assure l’accroissement régulier des muscles mis en jeu et de tous les muscles synergiques.
En ce qui touche à la gymnastique proprement dite, elle ne fournit à la première enfance qu’une espèce d’exercices qui lui conviennent, ce sont les exercices du plancher. Ils n’exigent pas d’engins spéciaux ; à un signal donné par le maître, l’enfant étend ou fléchit les bras, les jambes, le tronc et les déplace en sens divers. Ces mouvements n'exigent aucune attitude anormale des membres ni du tronc, ils proportionnent à la force de ses muscles le travail de chaque partie: actionnant, à tour de rôle et groupe par groupe, tous les muscles, ceux des bras, des jambes, du tronc, ils sont excellents pour développer la plus grande partie des muscles, à la condition que chaque mouvement soit fait avec toute l’énergie possible. Ils permettent, dans les lycées, d’exercer à la fois un grand nombre d'élèves, et échappent au reproche qui s’adresse à la gymnastique athlétique de répartir mal le travail entre les diverses régions du corps, en localisant surtout l’effort dans les muscles des bras et de la partie supérieure du tronc, ils se pratiquent avec quelques engins, les haltères, les barres à sphère, les massues, etc.
Les exercices du plancher sont donc, au premier chef, des exercices hygiéniques, et présentent en outre l’avantage d'être commodes, mais ils n’échappent pas au grave reproche qui atteint la gymnastique en général : ils sont mortellement ennuyeux et excluent la détente d’esprit, la distraction, le plaisir que d’autres exercices aussi utiles offrent à l’écolier. Ils
HYGIÈNE INFANTILE
représentent pour lui une classe ajoutée aux autres : aussi cherche-t-il bien souvent à s’v soustraire par paresse et par dégoût. Rien n’est plus facile pour lui que d’éviter tout travail ; il lui suffit de déplacer le tronc et les membres en mimant l’effort suivant le rhythme indiqué mais sans se raidir ni contracter les muscles synergiques.
Lagrange a voulu savoir dans quelle mesure les écoliers bénéficient des exercices gymnastiques proprement dits, c’est-à-dire de la gymnastique aux appareils. Il a trouvé que, parmi les enfants de 10 à 12 ans, la proportion de ceux qui exécutent correctement les exercices de force moyenne est de 30 p. 100. 70 p. 100 des élèves ne sont donc pas à la hauteur de l'enseignement qu’ils reçoivent. Si l’on fait la même recherche, en ce qui touche les grands élèves, on obtient 45 p. 100 de résultats favorables et 55 p. 100 de fruits secs.
Les exercices naturels, fait observer le même auteur, ne donnent pas de fruits secs; tout le monde peut y prendre part et, du premier coup, en tirer profit. Tous les écoliers peuvent disputer le prix de la course ; le bénéfice est le même pour tous, et s’il n’a pas la gloire du triomphe, le dernier arrivé a fait autant de travail musculaire que le vainqueur.
La gymnastique athlétique n'est pas à la portée de tous, elle favorise ceux qui en ont le moins besoin ; elle prend les sujets forts, la minorité, pour en faire des sujets d’élite, mais les enfants faibles ou moyens qui représentent la majorité n’en tirent que fort peu de bénéfices. Entre autres inconvénients, elle a celui de répartir assez mal l’effort sur les diverses parties du corps. Le trapèze, les anneaux, localisent le travail sur les parties supérieures du corps, les bras surtout et laissent presque inactifs les membres inférieurs.
Ces exercices sur place, en hauteur, exécutés dans des lieux clos et couverts, ont été imaginés pour s’adapter à la disposition des locaux scolaires et remplacer les exercices en surface que ne permet pas l’exiguité des cours et des préaux. Mais la compensation n’est pas réelle : rien ne remplace l’air pur et l’espace. Cette collection d’exercices artificiels, monotones, méthodiques, exécutés en silence sous la surveillance du maître, n'a donné aux lycéens pour affermir leur santé et accroître leur vigueur, qu’un profit très médiocre. Telle qu’on l’enseigne au lycée, la gymnastique a été impuissante à maintenir les forces de la jeunesse à la hauteur des exigences du travail scolaire ; elle ne laisse de durable, d’incontesté que le souvenir de l’incurable ennui qu’elle provoque; elle a réussi à montrer que pour les jeux des élèves, rien ne remplace l’air et l’espace, avec la liberté de s’y ébattre sans contrainte. Au lieu d’une amusante distraction, l’enfant y trouve un enseignement ajouté à tous les autres. Nos voisins de Belgique ont fait de la gymnastique une récréation attrayante, et exempte de toute contrainte; ils ont su rendre les exercices musculaires agréables en leur donnant un but intéressant ; la gymnastique chez eux est devenue un véritable amusement.
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
Chez l’enfant, on ne doit avoir d’autre but que de développer progressivement le corps, de lui donner de la santé, de lui faire une constitution robuste : or la santé résulte de l’état des grandes fonctions organiques : digestion, circulation, mais surtout respiration. Jusqu’à 12 ou 14 ans, nous l’avons dit, il ne faudra donc viser que l’affermissement de la santé par l'activité imprimée aux fonctions respiratoires. 11 sera temps, plus lard, de tirer parti de l’énergie musculaire acquise pour l’employer à des exercices de force.
Tout mouvement accélère les échanges nutritifs des organes mis en jeu, et, par suite du consensus qui relie les unes aux autres les grandes fonctions de l’organisme, l’effet de cette activité partielle est réparti dans toute l’économie ; chaque appareil en éprouve les effets bienfaisants; ainsi, l’activité musculaire imprime à la circulation et à la respiration une énergie plus grande ; l’accroissement de la désassimilation dans les muscles qui agissent entraîne une suractivité des fonctions de réparation. Le mouvement a donc eu pour effet de provoquer un surcroît d’énergie des fonctions respiratoires, circulatoires et nutritives.
La course ayant, sur le développement du poumon, une action puissante, on prescrira à l’écolier des courses au pas gymnastique, en éditant le surmenage, et sans aller même jusqu’à la fatigue. La gymnastique aux agrès n’étant pas un exercice qui convienne à l’enfant, n’a de place dans l’éducation de la jeunesse que vers l’àge de la puberté. Il est préférable d’exercer les masses musculaires les plus puissantes ; celles des jambes, bien plus vigoureuses, font, sans fatigue, beaucoup plus de travail, et leur mise en œuvre active plus longtemps et plus complètement la respiration. La marche, la course, le saut, les exercices des jambes ne font pas, d'ailleurs, travailler exclusivement les membres inférieurs ; les muscles du bassin, du rachis, des bras même prennent part à l’exercice. Les mouvements naturels suffiront à tout.
III. Jeux, marche, course, saut. — Le type de l’exercice naturel, c’est le jeu. Quand l’enfant éprouve instinctivement le besoin de faire de l’exercice naturel, il exécute une série de mouvements qui, soumis à des règles méthodiques, constituent le jeu ; la marche, la course, le saut, la natation sont des exercices naturels. Les jeux simples n’offrent pas à l’enfant d'obstacles de nature à le rebuter : ils donnent satisfaction à son besoin d’activité ; libres, spontanés, ils n’obligent à aucun travail cérébral, ils ont cet immense avantage sur la gymnastique de ne pas exclure la gaieté. Le sport dérive du jeu ; il est constitué par des jeux plus difficiles et plus méthodiques: tels sont l’aviron, la bicyclette, la boxe ; il y a des exercices mixtes qui procèdent à la lois du sport et du jeu, ce sont les jeux athlétiques : la paume, le cricket, les courses d’obstacles, etc. Le jeu est récréatif en même temps qu’il donne satisfaction aux lois de l’hygiène ; il satisfait à la fois les tendances physiques et les besoins moraux de l’écolier.
Le mot sport n’a pas la même signification dans les divers pays ; nous autres Français, nous y mettons surtout l’idée d’adresse, d’élégance, et nous en faisons une série d’exercices aristocratiques : pour les Anglo- Saxons, Anglais, Américains surtout, le sport ne va pas sans la conception d’une lutte dans laquelle on déploie de l’audace, de la témérité ; il implique donc l’idée d’un danger plus ou moins sérieux. Ce qu’ils appellent vatchings par exemple nous représente l'idée de promenades de plaisance le long des côtes et sans perdre de vue la terre. L’Américain ou l’Anglais le transformeront sans peine en un voyage de longue haleine où l’on brave la tempête, où l'on affronte les vastes solitudes de l’Atlantique et les luttes effrénées de vitesse dont le moindre souci est celui de la vie humaine.
L’efficacité de l’exercice par les jeux a pour elle la sanction de l’expérience ; au début du siècle, avant que le colonel Amoros eût importé chez nous la gymnastique, nous n’avions pas d’autres exercices. Chez les Anglais, les jeux scolaires suffisent à donner d’excellents résultats; la vigueur et l’énergie de leurs jeunes gens sont au-dessus de toute contestation ; le peuple Belge, qui d’abord avait adopté la gymnastique, est ensuite revenu aux jeux de plein air.
Si les écoliers consacraient leurs heures de récréation à pratiquer, avec l’entrain qu’on y peut mettre à cet âge, les jeux qui veulent de l’agilité et de la force, ils n’auraient que faire des exercices proprement dits et pourraient se passer de gymnastique.
Les jeux qui obligent l’enfant à courir s’adaptent le mieux possible aux exigences de l'hygiène ; la course a un effet indirect sur les muscles qu’elle n’utilise pas ; certains jeux font d’ailleurs agir les bras en même temps que les jambes, le ballon, la paume et d’autres ; la course simple même est impossible sans contractions des bras. Tous les jeux qui activent la respiration développent les muscles du thorax: chez le coureur donc, tout travaille. La course est le type des exercices des membres inférieurs, elle fait le fond de tous les jeux de plein air; elle est supérieure aux exercices des bras pour le développement des poumons dont elle active bien davantage les fonctions. Chez les jeunes gens adonnés depuis longtemps à la course, on peut constater un développement très marqué de la poitrine contrastant avec le peu de développement des muscles des bras. L’enfant supporte mal la fatigue locale et les efforts musculaires ; par contre, il montre une aptitude marquée pour les exercices de vitesse, il supporte mieux que l’homme l’essoufflement qui en est le résultat immédiat. Tous les jeux constituant plutôt des exercices de vitesse que de force conviennent donc spécialement aux aptitudes et à l’hygiène des enfants. Mais la course doit être surveillée car il est facile d’amener la fatigue en dépassant la mesure. Il faut notamment éviter de faire lutter ensemble à la course des enfants d’âges trop différents de peur que, par amour-propre, les petits n'exagèrent leur allure et n'arrivent à l'essoufflement qui est, dans l’espèce, le seul danger à éviter.
HYGIENE DE LA SECONDE ENFANCE
La course remplacerait avec avantage la gymnastique aux appareils sur laquelle elle a l’avantage d’être à la fois plus utile et plus hygiénique. La course et le saut mettent en activité les masses musculaires considérables des membres inférieurs ; elles associent au travail des jambes tous les muscles du bassin et du tronc, et mettent même en jeu les bras. Elles agissent d’ailleurs bien plus sur les grandes fonctions vitales que sur les muscles. « Cinq minutes de course », dit Lagrange, « activent plus la circulation et la respiration que trois quarts d’heure de gymnastique aux appareils ». La suractivité imprimée aux fonctions du poumon introduit en plus grande quantité l’oxygène qui est un stimulant musculaire énergique dont l’action s’étend alors sur la tunique musculaire de l’estomac, de l’intestin et même de la vessie.
Il ne faut pas craindre que la pratique de la course et du saut localise trop le travail dans les membres inférieurs, car la plupart des jeux exigent l’intervention des bras en même temps que celle des jambes. La paume, le ballon utilisent bien d’autres agents musculaires que ceux des membres inférieurs ; les muscles lombaires, ceux des épaules, du buste, des bras se mettent de la partie. Mais l’appareil musculaire qui travaille le plus, après celui des jambes, c’est l’ensemble des muscles du thorax sollicités par le besoin de respirer. Pendant la course le poumon travaille presque autant que les jambes, et l’on atteint ainsi le résultat le plus essentiel que l’exercice musculaire puisse donner à l’enfant, à savoir le développement des poumons, lesquels introduisent dans l’économie une proportion d’oxygène en rapport avec l’étendue du champ respiratoire.
Ainsi, la course, qui est à la fois le plus simple et le plus naturel des exercices, se trouve être également le plus hygiénique. Le saut est un excellent exercice de souplesse et d’agilitè, il met en jeu des masses musculaires considérables mais il doit être surveillé, car il amène rapidement la fatigue et l’essoufflement. C’est un exercice violent qui imprime ce caractère à tous les jeux où il entre comme élément.
Riant, dans ses intéressantes études sur l’hygiène des écoliers, insiste sur la nécessité de réduire, dans la limite du possible, l'emploi des exercices gymnastiques trop compliqués, les exercices acrobatiques au profit des exercices simples, réellement utiles et pratiques. 11 demande surtout que l’on réhabilite la marche, cet exercice si simple, si salutaire auquel ne sont pas rompus les jeunes gens, les soldats de demain. Nous en avons pâti en 1870, il faut s’en prendre à l’éducation physique de la jeunesse oii la marche est oubliée. Qu’une guerre oblige nos jeunes gens à partir le sac au dos, chargés des 27 kilos réglementaires, on devine combien ils seront vite fatigués de marcher à une allure inusitée, les pieds dans des chaussures plus solides que souples et par des chemins en mauvais état. La longueur des étapes, aux haltes trop espacées pour leurs forces, sèmera le chemin de trainards qui, dès le début, rempliront les ambulances.
Chaque année, aux grandes manœuvres, on en fait la dure expérience,
HYGIENE INFANTILE
et l’on regrette que l’habitude de la marche soit perdue dans nos lycées alors que, préparé comme il convient par un entraînement préalable, le jeune soldat subirait allègrement des épreuves qui le prennent au dépourvu, et lui sont si pénibles. Outre les avantages qu’en tireraient nos soldats dans l’avenir, il en résulterait un profit immédiat pour l’hygiène morale et matérielle de nos enfants. 11 conviendrait donc de faire faire à nos écoliers de longues marches dans la campagne, à une allure dont la vitesse serait graduellement croissante et dont le but s’éloignerait de jour en jour.
11 ne faudrait pas imposer aux enfants des étapes trop prolongées ; quand la marche est soutenue, il faut qu’elle soit interrompue par des arrêts de 10 à 15 minutes, espacés d’une heure ou même d’une demi-heure seulement.
La vie au grand air, en rase campagne avec de vastes espaces devant soi, aurait en outre pour le développement de la vue et de l’ouïe chez les enfants un grand avantage ; les petits paysans ont une étonnante acuité de la vue, ils apprécient avec justesse la distance, la forme et la couleur des objets ; ils perçoivent le moindre bruit et en reconnaissent l’origine.
Pour tirer de l’exercice tout le bénéfice qu'il comporte, il faut qu’il soit pratiqué au grand air, lequel est un agent hygiénique de premier ordre. 11 est vrai qu’il vaut encore mieux prendre du mouvement dans un milieu malsain que de n’en pas prendre du tout. L’exercice a, en soi, des avantages indépendants de la valeur du milieu ; il augmente l’énergie musculaire, il accroît la vigueur et l’adresse du sujet, il développe le poumon dont l’expansion dépend du volume et nullement de la qualité de l'air qui le distend. Mais l’exercice pris dans ces conditions ne peut vivifier le sang comme l’exercice en plein air, car il n’y introduit qu’un oxygène adultéré.
Que l’on compare, sous ce rapport, l’ouvrier des villes au paysan ; pour celui-ci, l’exercice a lieu au grand air, en pleine campagne, pour l’autre le travail se fait en commun, dans un atelier. Bien des professions demandent au citadin des efforts musculaires beaucoup plus grands que pour le cultivateur, mais l’un travaille dans un milieu confiné, l’autre à l’air libre, aussi l’ouvrier n’a-t-il jamais le sang riche et la robuste santé de l’homme des champs. « Les gymnases, les salles d’armes, les manèges ». dit Lagrange, « sont à peu près les seuls lieux de réunion où nos jeunes gens aient l’occasion d’exercer leurs muscles, et ce sont toujours des locaux clos et couverts ; pourtant il n’est aucun exercice qui exige une enceinte close. Quant aux salles couvertes, on en comprendrait la nécessité dans les climats où l’intempérie des saisons ne permet pas l’exercice à l’air libre ; mais c’est justement d’Angleterre, le pays des brumes et de la pluie, que nous arrivent les exercices de plein air : tandis qu’en France, où les Anglais viennent en foule chaque hiver chercher le soleil, on se calfeutre soigneusement pour faire de la gymnastique. »
Ce besoin de se celer pour faire de l'exercice procède en partie d'un
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
certain respect humain : chez nous, un homme d’un âge mûr craindrait de ne pas être pris au sérieux s’il était vu faisant du bicycle ou de la gymnastique. Les Belges et les Anglais qui savent s’affranchir de ces fausses hontes, sont bien plus avancés que nous dans la pratique des exercices physiques qui sont loin encore d’être entrés dans nos mœurs. Une autre raison, c’est la crainte des refroidissements : la mère de famille n’est rassurée que si son fils s’exerce à l’abri des intempéries ; elle ignore que le fait de s’aguerrir aux irrégularités de température constitue un entrainement salutaire.
L’exercice en salle close ne fait pas seulement perdre aux jeunes gens l’avantage de les aguerrir aux intempéries, il a encore les effets nuisibles, les inconvénients de l’air confiné, de l’air vicié par la cohabitation de plusieurs personnes. Le miasme humain ne se borne pas à offenser péniblement l’odorat, il a des effets toxiques bien avérés : on a observé des cas de mort à courte échéance par le séjour dans une atmosphère confinée et dont l’air était vicié par les émanations d’un certain nombre d’individus. Des travaux scientifiques peu anciens ont permis de reconnaître les caractères et la nature du poison qui entraîne ces accidents mortels. Brown Séquard et d’Arsonval ont constaté, dans les produits de désassimilation, dans les déchets organiques expulsés par la respiration, une substance analogue aux alcaloïdes qui résultent de la putréfaction des matières animales et que l’on trouve notamment dans le gibier faisandé et dans les charcuteries avariées : alcaloïdes qui ont été signalés par Boutmy sous les noms de plomaïnes et de leucomaïnes. Cette substance administrée, même à dose infinitésimale, à un animal sain peut entraîner des accidents graves : elle trahit sa présence par de l’angoisse, des suffocations, des nausées, etc.
Le fait de pratiquer l’exercice dans une enceinte close, encore que l’assistance ne soit pas nombreuse, expose au plus haut point aux accidents dus à ces agents toxiques. Par le fait de l’exercice, les combustions sont activées; leurs résidus, c’est-à-dire les produits de désassimilation, et avec eux les ptomaïnes, sont augmentés de quantité. 11 est établi que, au cours de l’exercice musculaire, le gymnaste, le tireur exhalent quatre fois plus de produits de désassimilation qu’au repos. Ce fait a été reconnu pour l’acide carbonique et en même temps pour les déchets organiques dont la production est parallèle à celle de l’acide carbonique. Un tireur viciera donc l’air quatre fois plus vite, dans un assaut, qu’au repos; mais de plus, le travail active la respiration à ce point que l’escrimeur absorbera sept fois plus d'air ; c’est-à-dire que notre homme viciant l’air comme quatre et en consommant comme sept, il lui en faudra comme à 28 personnes au repos. Pour être complètement à l’abri des accidents, il est indispensable de travailler à l’air libre; en effet, l’avantage de l’exercice, c’est d’augmenter en nous la soif du poumon pour cet aliment gazeux qu’on appelle oxygène ; si cette soif d’air s’assouvit sur de l’oxygène vicié, le bénéfice se transforme en danger.
HYGIÈNE INFANTILE
Passons maintenant en revue les différents jeux et sports avec leurs avantages et leurs défauts, pour établir leur valeur relative.
Les deux associations qui, dès 1888, se sont attachées à la restauration des exercices physiques, visaient à y parvenir par des moyens différents : l’une sous la direction de Paschal Grousset, la Ligue nationale de V éducation 'physique , cherche à faire prévaloir les jeux français : la paume, les barres, la balle, le ballon, le palet, les boules, les quilles, etc. Le Comité pour la propagation des exercices physiques dans V éducation , donne la préférence aux jeux Anglais, non seulement la rame, le rallyepaper, le lawn-tenis qui sont déjà en vogue chez nous, mais il vise à restaurer le cricket et le foot-ball.
Nous n’avons pas à décrire les jeux d’un usage courant, comme les barres, la paume, le tennis, etc., qui sont suffisammment connus. Un mot seulement sur les deux sports les plus en vogue en Angleterre. Le cricket est le jeu national des Anglais ; il soulève chez eux un enthousiasme égal à celui des courses de taureaux en Espagne. On l’a comparé au jeu de paume, mais il a subi de telles modifications qu’il lui ressemble à peine; il est plutôt comparable à la balle au camp; par certains côtés il tient à la fois du billard, de l’escrime, des barres. En voici la description sommaire. Toute la stratégie du cricket consiste à attaquer, à l’aide d’une balle lancée à la main, cinq petits bâtons, dont trois plantés en terre verticalement, supportent les deux autres posés dans le sens horizontal. Ces « guichets » sont défendus par les joueurs du camp adverse, au moyen d’une batte ou palette en bois. Il y a deux de ces guichets, et chaque fois que le « batteur » repousse au loin la balle, il court d'un guichet à l’autre ; chaque course lui constituant le gain d’un point, c’est au camp qui attaque à renvoyer la balle au plus vite pour réduire le nombre des courses. Tel est le but du jeu de cricket qui parait très simple, mais sur ces principes élémentaires, viennent se greffer de nombreuses complications qui en exigeraient de longs détails.
C’est un jeu fort compliqué dans lequel on ne peut exceller qu’en y consacrant plusieurs années de pratique énergique. Pour cette raison, il n’y a pas de chance pour qu’il devienne chez nous aussi populaire qu’en Angleterre, nos jeunes gens préférant les jeux plus faciles et plus mouvementés. 11 était de plus autrefois, d’une telle violence, qu’il a dû être réglementé par des arrêtés qui en ont modéré la brutalité.
Quant au foot-ball, c’était naguère un jeu violent, il a dû, au xve siècle, être interdit par ordonnance royale, à cause des accidents qu’il entraînait. Mais, depuis que les coups de pieds, les crocs en jambe et les corps à corps y sont interdits, il constitue un jeu bien réglé, un sport excellent qui développe la vigueur et l’adresse et ne peut en rien porter atteinte à nos traditions de courtoisie. Ce jeu, encore très violent surtout en Amérique, a le privilège de passionner les Anglo-Saxons. 11 ne va pas toujours sans accidents sérieux et nécessite la présence d’un médecin ; mais les
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
accidents, quelquefois graves au-delà de l’Atlantique, constituant pour les lutteurs le côté négligeable, n’empêchent pas les jeunes gens de s’y livrer avec une véritable fureur, et l’attrait du succès fait oublier les accidents et les dangers. Il se joue, encore actuellement en Amérique, de la façon suivante : A chaque extrémité de la piste, sont deux poteaux entre lesquels il s’agit de faire passer un ballon de peau que lancent les onze champions du camp adverse soit avec les mains, soit avec les pieds seulement, suivant les règles adoptées, et que ceux auxquels on l’envoie doivent empêcher de franchir les poteaux. Le porteur du ballon est souvent saisi avec une brutalité sans égale; il roule dans la poussière avec son agresseur et, les deux troupes adverses entrant dans la mêlée, les vingt-deux corps roulent les uns sur les autres. A chaque mêlée, un des combattants reste à terre immobile, ne pouvant se lever, tant il a été frappé, serré, écrasé; le sang ruisselle du nez, de la bouche, des yeux. A un certain degré, l’excitation des champions ne connaît plus de mesure et ils cessent d’être maîtres d’eux-mêmes. Ce tableau emprunté à un témoin oculaire, n’est pas pour nous engager à répandre ce sport, mais, nous le répétons, chez nous il est devenu correct et bien ordonné, c’est une lutte courtoise qui ne donne qu’une pâle copie du jeu effroyable que nous venons de décrire.
Le cricket et surtout le foot-ball ne conviennent, en tant qu’exercices plus violents, qu’aux jeunes gens de 14 à 15 ans. Le polo n’est pas autre chose que le jeu de paume pratiqué par des cavaliers et il constitue également un jeu violent fertile en accidents. Avec cette vie d’exercices violents, le jeune homme devient le- plus souvent capable de toutes les audaces et de toutes les endurances; mais, le système Anglais, dans notre université, serait trop coûteux pour les classes moyennes, et absolument hors de la portée des écoles primaires.
IV. Équitation, escrime. — L’équitation est un exercice violent, dangereux parfois, mais très hygiénique et très salutaire ; il met en jeu les muscles des membres inférieurs et un peu ceux du tronc. Les novices se livrant d’abord et instinctivement à des contractions qui font intervenir les muscles les plus étrangers à l’équilibre, sortent du manège brisés ; puis, peu à peu, ils ne font appel qu’aux forces nécessaires, ce qui restreint dans d’étroites limites le nombre des muscles mis en jeu.
Le trot est l’allure la plus fatigante. En Angleterre, on admet les étriers courts qui permettent au cavalier, en y prenant un point d’appui, d’éluder une fois sur deux la secousse que lui communique le trot du cheval. Chez nous le corps doit être droit, les cuisses et les genoux adhérents aux flancs du cheval, la jambe doit être libre et le pied ne poser que par la pointe sur l’étrier très long, de façon que toutes les secousses sont transmises intégralement au bassin puis au tronc. L’exercice du cheval en plein air excite l’appétit, et, comme avec l’habitude le travail musculaire est assez restreint et la dépense faible, il s’allie très bien avec une augmentation
HYGIÈNE INFANTILE
de la réserve adipeuse. La respiration est légèrement accélérée par les mouvements spontanés que doit exécuter le cavalier pour se maintenir en selle et diriger sa bête, et par les secousses imprimées par les diverses allures du cheval. C’est plus qu’une gymnastique, qu'un sport, c’est un exercice fort utile en temps de guerre et ceux qui se destinent à la cavalerie ne sauraient l’aborder trop tôt. Chez les écoliers, l’attitude droite, la rectitude imposée au tronc, corrige, d’une façon efficace, la posture inclinée de l’élève assis devant son pupitre.
Le noviciat du cavalier dans l’enceinte poudreuse d’un manège est monotone, peu agréable et même peu hygiénique ; le sol de l’endroit, recouvert d’une couche épaisse de sable ou de sciure de bois que l’on ne change que rarement, se pénètre de l’urine et du crottin des chevaux, et l’atmosphère poussiéreuse du manège devient putride ; même avec l’aération la plus complète, le séjour n’est pas inoffensif. Les excoriations inévitables, au siège ou aux cuisses, sont souvent suivies d’ecthyma, dans l’apparition duquel doit être pour quelque chose la putridité de l’arène. Le débutant est bien dédommagé de ces misères quand il peut s’ébattre en plein air, et y faire des promenades aux sites variés, avec liberté complète d’allures.
On ne doit pas monter à cheval ni y rester avec la vessie et l’intestin remplis. Quant aux inconvénients de l’équitation, les hémorrhoïdes, le varicocèle, les varices, ils n’atteignent guère que les cavaliers de profession et quand ils sont hors de pages. L’équitation étant par malheur un exercice dispendieux qui n’est pas à la portée de toutes les bourses, ne figure pas sur la liste des exercices dispensés par l’éducation universitaire.
L’escrime est un exercice violent qui développe au plus haut degré l'agilité, la vigueur et la précision des mouvements. Elle exige des efforts énergiques, une grande vitesse dans les déplacements pour prendre les attitudes les plus variées: elle exige la souplesse des articulations, de rapides alternatives dans les mouvements de flexion et d’extension, de pronation et de supination, dans tous les muscles des jambes, des cuisses, des bras, dans plusieurs muscles du tronc et du cou. Aucun exercice n’exige autant de vivacité et de précision dans les actes musculaires. C’est un sport très fatigant en ce qu’il demande en même temps beaucoup de force musculaire et, comme tous les exercices qui réclament de l’adresse, une grande dépense d’influx nerveux : c’est un inconvénient pour les élèves qui ont beaucoup à travailler. Le choix des exercices physiques doit porter sur les exercices faciles et automatiques qui ne compliquent pas l’effort musculaire, d’une fatigue cérébrale hors de propos chez des sujets déjà surmenés du cerveau; l’escrime convient donc médiocrement aux écoliers dans le coup de feu de l’examen ou du concours. L’escrime ne constitue pas alors, plus que tout autre exercice violent, un délassement au travail intellectuel. C’est une idée vulgaire des plus fausses de croire que l'on remédie jamais à une fatigue intellectuelle par une fatigue phy-
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
sique, la seconde n’est pas comme on dit un délassement, une détente pour la première, mais vient simplement s’y surajouter.
Elle augmente notablement les déperditions organiques et comme il faut l’attendre d’un exercice aussi violent, chaque assaut peut être suivi d’une perte de poids très marquée ; elle est donc, par excellence, un exercice de déperdition. C’est là pour l’enfant, un inconvénient sérieux. Dans le jeune âge on n’a pas, comme à l’âge mûr, de déchets à éliminer, de réserves à brûler; elles sont toutes destinées à l’accroissement et pourraient, au grand préjudice du sujet, lui faire défaut au milieu d’une poussée de croissance. Ce n’est donc que lorsque l’enfant a acquis presque tout son développement, vers la 15n année, qu’il convient de lui mettre le fleuret à la main.
On reproche, à juste titre, à l’escrime, de déformer le tronc en déjetant le rachis vers le bras qui tient l’épée, ce qui lui imprime une courbure à concavité tournée du côté qui travaille et amène l’abaissement de l’épaule correspondante. On observe en effet ces déviations chez les maîtres d’armes, chez les professionnels, mais les séances espacées comme elles le sont chez les collégiens, les mettent à l’abri de ces déformations, et d’ailleurs on peut les éviter en faisant travailler également l’un et l’autre bras, ce qui obvierait pareillement à cet inconvénient du développement exagéré du bras droit quand lui seul travaille. Ce serait là un remède purement théorique pour un tireur de profession, car on ne pourrait acquérir une certaine force à l’épée si l’on perdait son temps à exercer la main qui ne doit pas faire assaut; mais comme il s’agit ici d’un simple exercice, en tirant alternativement à droite et à gauche on ne perdra rien des avantages, tout en conservant aux deux moitiés du corps leur symétrie de forme et de vigueur.
L'escrime est, d’autre part, un exercice assez coûteux, soit que l’on fréquente une salle d’armes, soit que l’on ait recours au maître d’escrime. Il est, à la vérité, assez facile de trouver un ancien prévôt retraité qui soit toujours heureux d’arrondir sa retraite avec de modestes appointements. Dans notre pays, où tout le monde est soldat, il est aussi indispensable de savoir tenir une épée, qu’il est nécessaire à un futur marin de savoir nager; mais, nous le répétons, cet utile talent ne doit s’acquérir qu’à la puberté.
Y. Natation, rame. — Le corps humain, un peu moins dense que l’eau, flotte à peu près ; mais sa partie la plus lourde, la tête, comprend justement les orifices des voies aériennes, et c’est à faire émerger la bouche et les fosses nasales que l’homme est arrivé en créant l’art de nager. Il exige des mouvements puissants des quatre extrémités, des inspirations rares et profondes et une action régulière de tous les muscles ; le corps, dans cet exercice, doit progresser par un mouvement d’extension qui, parti des jambes, se propage aux cuisses, au rachis et aux membres
HYGIÈNE INFANTILE
supérieurs. La natation augmente la puissance musculaire et elle est sédative pour le système nerveux ; elle ajoute un excellent exercice gymnastique au bain, quelle complète en le rendant amusant. Par l’action tonique du bain froid, elle fortifie, en même temps que, en exerçant les éléments contractiles de la peau, elle aguerrit le nageur contre le danger des refroidissements; elle développe la poitrine par l'amplitude des inspirations soutenues et profondes qu’elle exige. Cependant, bien qu’elle soit un des exercices les plus hygiéniques, elle constitue un des sports les moins cultivés, et les jeunes gens qui savent nager sont l’exception. On a maintes fois constaté que parmi les pêcheurs de nos côtes une proportion infime seule sait nager, et ces braves gens opposent toujours à l’étonnement qu’on leur manifeste, le récit de quelque naufrage, parmi eux légendaire, et dans lequel les seuls sortis sains et saufs ne savaient pas nager, ce qui n’a rien de bien étonnant puisque le cas est presque général chez eux. Passe pour ces humbles, mais il semblerait que ce petit talent, facile à acquérir, fût indispensable aux jeunes gens qui se destinent à la carrière maritime ; or, dans la marine on paraît y attacher moins d’importance et un grand nombre d’officiers, dit-on, ne savent pas nager. Cela tient en partie, il faut le dire, à ce que, dans les lycées, il est bien moins facile d’enseigner aux enfants la natation que la gymnastique ou l’escrime. La majeure partie des lycéens, à Paris, sont externes ; s’ils vont au bain froid, ils doivent y être conduits pour leur éviter de dangereuses flâneries, et souvent les questions d’heures, de distance, etc., compliquent tellement les choses, qu’elles entraînent l’abstention. Il n’y a donc que dans les lycées et les grands internats où l’on apprenne à nager. En province, quand la ville est au bord d’une rivière, l’enseignement de la natation est presque général dans les lycées et collèges, mais que devient-il, quand la localité n’est desservie que par un cours d'eau étroit et sans profondeur ?
Il faudrait que les lycées de l’avenir fussent dotés d’une piscine analogue à celle que l’on voit au lycée de Yanves ; les enfants y apprendraient à nager, ce qui est un exercice salutaire au point de vue du développement, hygiénique sous le rapport de la propreté ; mais ce n’est là que son moindre avantage, auquel peuvent suppléer d’autres moyens. Ce qui importe bien plus, c’est que, à notre époque où tout le monde est soldat, il peut se présenter, en campagne, telle circonstance où l’on regrette amèrement de ne savoir pas nager, et où cette lacune de l’éducation mette la vie en question.
Les pulmonaires, les emphysémateux, les cardiaques, les rhumatisants avérés feront sagement de s’abstenir. La pratique de la natation sera interdite, quand elle donnera lieu à des palpitations persistantes dont la constance pourrait entraîner le développement hypertrophique du cœur.
La natation, indépendamment des difficultés qu’elles trouveraient à s’y livrer, n’est pas un exercice de filles.
La rame est très hygiénique et d’une action puissante sur le développe-
HYGIÈNE DK LA SECONDE ENFANCE
ment. C’est le sport national des Anglais; chaque année Oxford ei Cambridge ont une lutte à l’aviron qui passionne le pays et provoque un retentissement analogue, toutes proportions gardées, à celui du Derby d’Epsom. Aucun genre d’exercice ne met simultanément en jeu plus de muscles : ceux des membres, les dorso-lombaires, les psoas iliaques, les muscles antérieurs de l’abdomen, les pectoraux entrent en jeu; les matelots ont des torses et des bras d’une musculature remarquable.
L’art de ramer comprend deux temps essentiels : 1° la rame est portée en arrière ; les membres abdominaux sont relâchés, alors le tronc s’incline fortement sur les cuisses, et les bras s’étendent de toute leur longueur. 2° La rame prenant point d’appui sur l’eau est ramenée en avant, les membres inférieurs se raidissent, le tronc se redresse et se penche même en arrière, les avant-bras se fléchissent énergiquement sur les bras, soutenus eux-mêmes par la contraction des pectoraux.
A chaque coup de rame, le thorax dans l’inspiration fait un effort d’expiration entravé par l’occlusion de la glotte, qui ne s’ouvre qu’à la fin de l’effort. La respiration prend donc le rliythme du mouvement de la rame, elle se répète de 36 à 40 fois par minute ; elle est à la fois plus profonde et plus fréquente. C’est au moment où le tronc se fléchit en avant pour porter l’aviron le plus possible en arrière que doit avoir lieu l’inspiration, mais cette attitude est la moins favorable possible à l’abaissement du diaphragme. Pour limiter cette flexion défavorable à l’ampliation respiratoire, les Anglais remplacent le siège fixe par un banc à coulisse, de telle sorte que, aux inclinaisons alternatives du rameur en avant et en arrière, ils substituent les déplacements en sens opposé du banc mobile.
Le canot est un exercice qui tend par l’usage à devenir violent ; il en faut écarter tous les sujets chez lesquels est reconnue ou même soupçonnée quelque tare cardiaque ou pulmonaire. Comme dans tous les exercices physiques, mais avec une sollicitude plus inquiète encore, les parents posent ici la question du danger. 11 faut pourtant, pour que l'enfant fasse l’apprentissage de la vie physique et l’éducation de ses sens qu’il en vienne à connaître le péril, pour arriver à ne pas le craindre et à savoir l’éviter ; tout cela exige une certaine dose de liberté. Les jeunes gens ne doivent guère aborder ce sport avant l’âge de 14 ans. L’exercice de l’aviron est un de ceux qui, à Paris, ont trouvé place dans les sports que l’Université fait pratiquer à ses élèves. Le lac du bois de Boulogne et les douze yoles qui le sillonnent, sont mis à la disposition des jeunes gens qui ne courent aucun danger, la partie qu’ils fréquentent n’étant pas assez profonde pour qu’on s’y puisse noyer.
Le patinage est un sport très avantageux, puisqu’il donne le moyen de faire de l’exercice de plein air durant les froids intenses; il développe les muscles des membres inférieurs et active la respiration.
YI. Bicyclette. — La bicyclette est un excellent exercice, à la eon Encyclopédie d’hygiène. — VIII. 16
HYGIÈNE INFANTILE
dition d’en faire un usage modéré et de ne pas confondre l’usage avec l’abus; ce qui a entraîné en grande partie la réaction récente contre les exercices physiques, ce sont surtout les prouesses du sport vélocipédique. La tenue et les façons de faire des professionnels avec leur langage technique si prétentieux et quelques accidents, dus pour la plupart à des imprudences, n’étaient pas pour encourager les parents, ils ont contribué à mettre en défiance contre la vélocipédie, et cette défiance s’est étendue un instant à tous les exercices physiques.
En dehors des luttes sportives et quand on se garde des concours de vitesse, la bicyclette offre à la jeunesse un exercice attrayant qui a tout le charme d’un jeu, où l’on trouve au besoin l’avantage de se passer de partenaires ; l’agrément que donne cet exercice fait que les jeunes gens le pratiquent sans avoir besoin d’y être contraints, et tel écolier qui trouverait monotone et fatigant de faire une ou deux lieues à pieds, roulera à bicyclette, prenant du mouvement, et voyant du pays pendant toute une matinée et bien plus que s’il allait à pieds.
La bicyclette met en œuvre les masses musculaires volumineuses des membres inférieurs, elle a par conséquent l’avantage d’activer la respiration ; Hallopeau établit, d’après son expérience personnelle, que chez un sujet qui respire 20 fois par minute, le nombre des inspirations monte seulement à 24 ou 26, pendant la progression d’allure modérée à bicyclette, et que l’accélération est moindre que celle de la marche qui donne de 28 à 30 respirations. On ne peut donc prononcer ici le nom de dyspnée, et nous savons, d’autre part, que chez les jeunes sujets qui doivent seuls nous occuper ici, la tolérance à la dyspnée est bien plus grande que chez l’adulte: or, dans la marche à allure modérée à bicyclette, on n’arrive jamais à l’essoufflement. La respiration pendant la course est modifiée dans un sens avantageux : elle est beaucoup plus ample et plus profonde, et permet de recueillir le principal profit des exercices de plein air, qui ont le double avantage d’activer l’hématose et la circulation en même temps qu’ils font respirer un air pur et sans cesse renouvelé.
La bicyclette ne fait pas travailler seulement les muscles des membres inférieurs, la nécessité de garder l’équilibre met en œuvre un grand nombre de muscles du tronc, de la région dorsodombaire et des bras qui sont dans un état de tension continuelle. Son mérite capital c’est d’activer la respiration. La majorité des jeunes sujets s’v livrent avec grand plaisir et sans aucun inconvénient.
La bicyclette a l’avantage d’être dosable ; on peut, chez les jeunes sujets, mesurer progressivement son action ; elle ne devient un exercice de force que sur les rampes ou dans les luttes do vitesse; les enfants en tirent rapidement profit en peinant fort peu.
On l’a accusée de développer chez les jeunes sujets des habitudes vicieuses; c’est inexact, quand la selle est bien faite et l’attitude bonne. Le bicycliste doit être assis sur la selle et non à califourchon ; le poids du
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
corps portant, non sur le périnée, mais sur les ischions, et la selle doit avoir, en arrière, une largeur suffisante pour que le sujet soit assis; elle doit être horizontale, le bec ne doit pas être relevé et le tronc ne doit pas être incliné en avant.
Pour ce qui est des filles, les excitations anormales quand elles se produisent, ne sont pas involontaires. Le mouvement dès cuisses, pour faire mouvoir les pédales, est indépendant des organes sexuels auxquels il ne peut se transmettre sans la volonté du sujet. La question de l'usage de la bicyclette chez les filles parait devoir être résolue dans le sens de l’affirmative; on a cité des cas d’aménorrhée guérie par cet exercice, soit qu’il congestionne directement l’utérus, soit qu’il améliore simplement l’état général.
Ce qu’il faut surveiller avec le plus d’attention, c’est l’action de cet exercice musculaire sur le cœur; c’est sur lui que son influence est plus immédiate, et. mal administré, il peut forcer le cœur. Le poumon n’a pas à souffrir de la même manière, les sujets ne sont pas oppressés, mais respirent à pleine poitrine. L’exercice ne doit jamais agir que par une progression très lente ; il faut que l’enfant soit entraîné, qu’il progresse lentement dans l’effort et n’aille jamais jusqu’à la fatigue. On doit non seulement faire l’éducation des muscles, mais entraîner aussi le cœur et le poumon; il faut que le cœur puisse subir la poussée du fluide sanguin et se contracter avec force pour le chasser ; il faut, de même, que le champ de l'inspiration s’accroisse graduellement.
Il y a le chapitre des accidents, des chutes, aux fâcheuses conséquences desquelles les jeunes sujets échappent parleur vivacité et leur souplesse, de sorte que, pour eux, on peut accepter l’euphémisme de descentes involontaires, employé par Hallopeau. Si les chutes ont aux âges suivants des résultats sérieux, cela tient à l’agilité moindre chez les adultes et les hommes mûrs, et à la fragilité des os chez les vieillards. Les chutes sont surtout fréquentes dans la période d’éducation vélocipédique, en raison de la difficulté de garder l’équilibre. Quant aux autres accidents, ils n’ont rien qui soit spécial à la bicyclette, et si on l’interdit à certains sujets il faudra proscrire, dans les mêmes conditions, la course, le saut et un bon nombre d’autres exercices. Ce n’est pas sur les malades qu’il convient de juger l’action de la bicyclette, mais sur les sujets bien portants, pas plus qu’il ne convient d’avoir en vue les professionnels qui font des excès de vitesse, mais ceux qui font de la bicyclette pour leur plaisir. On a cité des cas de mort subite chez des malades atteints d’affections organiques du cœur; mais il est à peu près évident que ce dénouement inopiné serait survenu spontanément à courte échéance, ou bien à propos de tout autre exercice un peu animé, et que le « cyclisme » n’a joué ici que le rôle d'une cause occasionnelle très subalterne. Gela revient à proclamer une vérité évidente par elle-même et qu’il est à peine besoin d’affirmer, à savoir que, chez les cardiaques, l’usage de la bicyclette à une allure exagérée peut
HYGIÈNE INFANTILE
être fatal, mais seulement, au même titre que tous les autres exercices violents. On a également signalé le vélocipède comme étant néfaste pour les tuberculeux, et Ton a rapporté un cas d’hémoptysie. Si l'on veut bien songer au nombre énorme de gens qui font de la bicyclette, on reconnaîtra que la proportion des accidents est absolument infime. Personne n'a jamais songé d’ailleurs à laisser faire, dans les conditions pathologiques que nous venons d’indiquer, et il est de toute évidence que l’interdiction doit être rigoureuse pour tous les enfants atteints de tares pulmonaires ou cardiaques; nous ne permettrions même pas la bicyclette à un jeune sujet atteint d’affection mitrale si complète que fut la compensation.
Quant à l’attitude courbée en avant que prennent les vélocipédistes, soit disant pour agir plus puissamment sur les pédales, elle paraît inutile à ce point de vue, et d’ailleurs, malgré la production d’un mal de Polt que lui attribue M. Yerneuil, elle semble exempte de dangers, elle constitue simplement une posture disgracieuse, sans aucun avantage, et qui, à la longue, peut amener une mauvaise tenue permanente. Il est facile d’obvier à cette attitude dépourvue d’élégance en exigeant l’emploi d’un guidon suffisamment élevé pour rendre impossible l’inflexion en avant.
Le très réel inconvénient de la bicyclette, ce sont les rivalités entre camarades ; il sera toujours facile de s’opposer à ce que des sujets jeunes prennent part à un concours, à un match vélocipédique, mais on n’empêchera jamais deux écoliers, se promenant côte à côte à bicyclette, de lutter de vitesse et de dépasser de beaucoup l’allure modérée qui est dépourvue de tout danger. On devra, en somme, faire pour la bicyclette, et surtout pour elle, ce qu’il convient de faire pour tous les autres exercices et n’autoriser les enfants à y prendre part qu’après les avoir fait examiner par un médecin, qui indiquera pour chacun les exercices autorisés et ceux qu’il convient d’interdire. En Angleterre, aucun jeu n’est pratiqué sans l’autorisation du médecin, et, suivant le résultat de son examen, certains jeux sont obligatoires, d’autres simplement permis, d’autres enfin rigoureusement interdits, sans que jamais un enfant soit admis à pratiquer un exercice qui lui aurait été défendu.
A Paris et dans les grands centres, outre que la circulation à bicyclette dans les rues perd son avantage capital d’exercice de plein air, elle présente, au milieu d’un mouvement actif de véhicules et de piétons, de sérieux dangers, toujours difficiles à prévoir et souvent impossibles à éviter. Elle doit donc être interdite aux jeunes gens, et il est regrettable qu’un arrêté de police ne les protège pas contre leur propre imprudence en leur fermant les voies urbaines d’une façon formelle et absolue. Il est essentiel que la machine soit pourvue d’un frein, pour permettre aux novices d’être maîtres de leur allure sur une pente rapide, et d'éviter les accidents et les chutes dans les descentes. L’avantage d’alléger le poids du véhicule de quelque 250Kr, en supprimant le frein, est bien minime en comparaison des accidents qu’il permet d’éviter.
En résumé, l’usage de la bicyclette, chez les jeunes sujets bien portants,
HYGIÈNE UE LA SECONDE ENFANCE
constitue un excellent exercice qui donne, au point de vue physique, les meilleurs résultats; mais il présente, sous le rapport moral de sérieux inconvénients : il permet aux jeunes écoliers des excursions plus ou moins lointaines, dans lesquelles les parents ne peuvent ni les suivre, ni les surveiller; il les met en rapport avec des compagnons de promenade souvent plus âgés qu’eux, qui ne sont pas de leur monde et constituent une société des plus mêlées. Ils peuvent alors nouer, loin du contrôle des parents, des liaisons souvent peu choisies. Les liens de la famille sont ainsi relâchés; et les écoliers, émancipés prématurément, s’arrogent peu à peu, une indépendance fâcheuse. Il convient donc de ne leur mettre une bicyclette entre les mains que le plus tard possible. En dehors des cas où le père peut accompagner son fils, dans ses excursions, il est sage de ne pas permettre les sorties prolongées, et de réserver cette distraction agréable pour l’époque de la villégiature de vacances, et loin des grands centres.
VII. Exercice chez les filles. — Dans un livre intitulé L’homme et sa destinée, M. Funck-Brentano affirme, avec preuves à l’appui, que ce n’est pas l’homme, mais bien la femme qui fait la vigueur et l’avenir d’une race; quand la femme devient débile, la race s’étiole. Plus que l’homme, la femme a besoin d’un corps vigoureux et sain pour avoir un cerveau solide et résistant, et transmettre le tout à sa descendance. Le souci de l’accroissement physique pour les jeunes filles est donc au moins aussi important que pour les garçons ; elles ont besoin de développer leur vigueur et de fortifier leur constitution afin de devenir aptes à mettre au monde des enfants robustes et à les allaiter. Pour les jeunes filles qui sont bien portantes et dont le développement physique est satisfaisant, la tâche sera aisée, il sera seulement nécessaire d’entretenir leur vigueur musculaire. Celles qui sont frêles et délicates rendront la mission des parents plus difficile ; néanmoins, une éducation physique bien conduite, des soins persévérants auront raison le plus souvent des vices de constitution ; les enfants, en grandissant, monteront peu à peu dans l’échelle et leur organisme pourra gagner graduellement en force, de façon à acquérir une vigueur moyenne ou même supérieure. La même sollicitude apportée à élever les générations ultérieures pourra ainsi relever graduellement la race.
Le genre de vie des filles, aussi bien dans les pensionnats qu'au sein de la famille, n’est pas de nature à les fortifier. Dans les internats, elles ont une existence sédentaire et restent immobiles la plus grande partie du jour, durant les classes, penchées sur leurs cahiers, à l'heure des récréations, occupées à des leçons de dessin ou de piano ou à quelque tapisserie, et soigneusement enfermées à l’abri du grand air pour lequel elles nourrissent une répugnance obstinée. C’est ainsi qu’elles deviennent anémiques, nerveuses et débiles, et qu’elles sont plus tard incapables de faire face aux fonctions et aux devoirs de la maternité.
HYGIÈNE INFANTILE
La vie au foyer paternel, qui est presque la règle à présent, n’est pas meilleure pour elles ; là, plus encore que dans un pensionnat, les filles peuvent satisfaire leurs goûts tranquilles et casaniers, et les mères qui partagent leurs tendances et qui ont été élevées comme 'dles, ne réagissent pas contre cette inertie. Les jeunes filles alors sortent à peine pour aller suivre des cours et en revenir, encore beaucoup d’entre elles font-elles le trajet en voiture. Elles y trouvent, comme au logis, des pièces chauffées, soigneusement closes, à l’abri des courants d’air, avec cette circonstance aggravante, que l’atmosphère en est viciée par l’exhalation pulmonaire de vingt ou trente compagnes.
Pour les filles comme pour les garçons, le séjour au grand air est indispensable : malheureusement leur genre de vie aussi bien que leurs goûts les en écartent bien davantage, et les mères en ignorent l’influence salutaire, bien que son importance ait été démontrée scientifiquement, et qu’il soit établi que Pair est par excellence l’élément destructif des microorganismes, agents pathogènes des maladies infectieuses.
La crainte du froid empêche encore bien plus les mères de faire sortir leurs filles par tous les temps. Elles ignorent combien il est salutaire d’aguerrir la peau contre le froid, et que, en l’habituant, à réagir, on évite à l’économie les congestions viscérales qui sont un des effets les plus redoutables du refroidissement; elles ne savent pas que les gens qui, par goût ou par nécessité, restent exposés aux intempéries, s’enrhument bien moins facilement que ceux qui vivent à l’abri et évitent le froid et le mauvais temps. En dépit de conditions d’hygiène médiocres, les enfants de la classe pauvre, mal nourris, insuffisamment vêtus, mais qui vivent au grand air et sont dehors par tous les temps, affrontant le vent, la pluie et la neige, sont d’ordinaire autrement robustes et résistants que les enfants riches élevés dans la mollesse et entourés de précautions de toute espèce. Il est donc indispensable d’habituer les filles aux intempéries et de les faire sortir quelque temps qu’il fasse.
Jusqu’à Page de sept ans il n’y a pas lieu d’établir de distinctions entre les deux sexes au point de vue des exercices et des jeux : il suffit de donner simplement du mouvement aux uns comme aux autres. Plus tard les différences s’accusent spontanément ; la fillette a manifestement moins de force que le petit garçon, et, à partir de l’âge de dix ans, les filles, plus calmes, plus réservées, ne manifestent pas pour les exercices violents le même penchant que les garçons. Les besoins de l’organisme sont les mêmes dans les deux sexes, mais les jeux et les exercices musculaires doivent être différents ; la plupart de ceux que l’on vante pour les garçons ne conviennent pas aux filles ; les exercices violents, l’éducation athlétique ne sont pas leur fait. Durant l’adolescence il suffit de leur faire prendre du mouvement, de mettre en jeu leur activité, sans exiger d’elles de grands efforts, et d’activer leur respiration, pour leur faire absorber de l’oxygène, les efforts violents ne leur étant pas salutaires.
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
La femme doit accomplir des fonctions physiologiques qui sont incompatibles avec le travail musculaire. La menstruation, la grossesse, l’allaitement sont des dépenses matérielles qui équivalent à une dépense de force ; s’il s’v joint des fatigues musculaires, l’épuisement est profond et rapide. La paysanne qui se livre aux travaux des champs vieillit et se flétrit prématurément, elle y ruine sa santé.
Si la femme est impropre aux travaux manuels, elle n’est, pas faite non plus pour les exercices de force. 11 faut donc écarter de la gymnastique des filles tous les exercices qui ne tendent qu'au développement des muscles ; ils sont mal appropriés à leurs aptitudes physiques, altèrent l’élégance des formes, déterminent le grossissement des mains, le déve loppement du buste, dont l’ampleur contraste avec des jambes grêles, alors que l’esthétique donne comme idéal de la forme féminine des hanches larges et un bassin ample. Il faut viser au développement des régions du corps de la femme dont l’ampleur est en rapport avec ses fonctions futures. Le bassin est le réceptacle du fœtus, et, des conditions plus ou moins favorables trouvées dans le sein maternel, dépend son développement normal ultérieur. On doit chercher à obtenir ici les effets généraux de l’exercice, ceux qui stimulent la respiration et l’activité circulatoire, plutôt que les effets locaux. La gymnastique, outre l’inconvénient de développer au-delà de la mesure le haut du corps, peut amener des déformations bien plus regrettables en voûtant les épaules, en arrondissant le dos.
Un exercice artificiel qui conviendrait aux filles, à la condition de le pratiquer alternativement des deux mains pour ne pas provoquer de déviation du rachis, c’est l’escrime. C’est le seul exercice artificiel qui, théoriquement, convienne aux jeunes filles ; l’escrime ne donne aux bras qu’un exercice modéré, ce sont les extenseurs de la cuisse, c’est-à-dire les muscles du bassin qui font le plus grand effort. Cette localisation du travail qui tend à développer la région qui en est le siège ; c’est-à-dire le bassin, est précisément celle qu’il importe de conseiller à la femme. Mais la pratique de l’escrime par une jeune fille a quelque chose d’excentrique qui n’est pas dans nos mœurs. Le rôle des femmes n’étant pas de porter l’épée, il est inutile de les initier à un art dont l'usage leur est interdit; mais nous avons à notre portée nombre de jeux qui consistent en mouvements spontanés et qui étant conformes à la destination naturelle de chaque membre, ne peuvent amener de déformation.
La natation n’est pas non plus un exercice de jeunes filles ; outre la difficulté de s’y livrer si l’on n’habite pas un pays traversé par une rivière, ou au bord de la mçr, elle constitue un exercice un peu violent, elle exige de vigoureux efforts qui, soutenus pendant un certain temps, entraînent autant de fatigue et d’essoufflement que la course ; elle exige, dans l’àge du développement, une surveillance active et peut provoquer des palpitations qui amèneraient une hypertrophie cardiaque si l'on ne
HYGIÈNE INFANTILE
cessait les bains. C'est là une contre indication très regrettable, car, très hygiénique en soi, le bain froid, quand on y adjoint la natation, constitue une pratique d’hygiène de premier ordre.
Les jeunes filles ayant pour la plupart une vie sédentaire et retirée, ont autant besoin d’air que d’exercice. On ne peut insister trop sur l’utilité pour elles des jeux de plein air. Tous les jeux dont la course et le saut sont un élément, doivent leur être recommandés : les barres, les quatre coins, le cerceau, la corde. Ce dernier jeu, d’après les calculs de Lagrange, comporte une dépense de forces égale à celle des exercices gymnastiques les plus fatigants; il y a lieu, non pas de l’interdire aux jeunes filles, ce qui serait pour elles une grande privation, mais de le surveiller de peur que par émulation elles ne soient conduites à faire des efforts trop prolongés et à se surmener. Citons encore la marelle que tout le monde connaît et qui est sans danger. Nous ne dirons rien de l'équitation qui, pleine d’attrait pour les jeunes filles, ne convient absolument pas aux femmes mariées pour lesquelles elle a même des dangers. Il nous paraît inutile de développer chez les jeunes filles un goût qu’elles auront le regret de renoncer à satisfaire une fois mariées.
Les jeux de balle, de ballon, de paume sont trop violents pour les demoiselles. Il en est un pourtant qui est à la mode depuis quelques années ; il est moins difficile et moins violent que la paume et peut être joué par les dames : c’est le lawn^tennis importé de l’Inde par l’officier Anglais qui l’avait imaginé et presque aussi populaire chez nous qu’en Angleterre.
Le lawn-tennis se joue avec des balles creuses en caoutchouc et des raquettes de paume plus légères et plus longues. L’emplacement, où a lieu la partie, gazon, plancher en bois, ou surface recouverte déciment ou de bitume, doit être aussi uni que possible ; en travers de cette surface ou cours est tendu un filet, par dessus lequel il s’agit de renvoyer les balles. C’est une lutte d’agilité, d'adresse, un passe temps amusant, et un exercice qui exige une certaine dépense de forces. L’installation en est facile et peu coûteuse.
L’exercice par excellence pour les filles, le jeu qui leur convient le mieux, celui qui, pour la plupart d’entre elles a le plus d’attrait, c’est la danse qui recherche plutôt la grâce et l’aisancc des mouvements que la force. Les jeunes filles y inclinent naturellement, ce qui lui donne un prix particulier dans leur éducation. 11 ne s’agit pas ici bien entendu de ce que Daily appelait d’indignes sauteries, de cette danse qui empiète sur le sommeil, au sein de l’atmosphère méphitique d’un salon, où le bénéfice de l’exercice disparaît absolument sous le vice du procédé. Nous voulons parler de la danse en plein air, de la ronde enfantine où les jeunes filles tournent en se tenant par la main sur une pelouse, en chantant de vieux airs qui se transmettent d'àge en âge. C’est à la fois un jeu plein d’une gaieté innocente et sereine et l’exercice le mieux fait, dit
Rochard, pour développer la grâce et l’harmonie des attitudes, favoriser le jeu des poumons et des organes de la voix.
Citons encore le croquet, divertissement bien tranquille qui consiste à pousser avec un maillet à long manche une boule de bois, de façon à franchir, en roulant, un certain nombre d’arceaux en fil de fer, disposés d’une manière spéciale. Ce jeu n’exige pas de grands mouvements et partant ne comporte qu’une minime dépense de forces : il oblige les jeunes filles à se mouvoir au grand air, exerce leur adresse, et les amuse vivement, ce qui importe beaucoup, le plaisir étant une nécessité hygiénique à laquelle tous les jeux ne donnent pas satisfaction. N’oublions pas de mentionner le volant, les grâces et l’escarpolette, jeux trop connus pour que nous insistions.
Y 111. Dangers de l’exercice. — Surmenage physique. — Lorsque les sujets sont sains, l’exercice, pratiqué dans les conditions normales, ne peut amener aucun désordre de la santé ; mais avant de les laisser se livrer aux exercices violents, il faut s’assurer qu’ils sont bien portants et ne présentent aucune tare organique, aucun trouble momentané de la santé qui constitueraient des contre-indications formelles aux exercices en général ou à certains d’entre eux. En dehors même de toute lésion d’organes et de tout désordre fonctionnel, il faut tenir compte, chez les jeunes gens sains, des prédispositions morbides résultant pour eux de la période de croissance où ils se trouvent.
Nous avons vu déjà que, en ce qui concerne l’appareil locomoteur, il y a lieu de garder des ménagements spéciaux : le travail d’allongement des os, qui a pour siège la région des épiphyses, s’accompagne d’une hyperémie qui exige des précautions ; au cours des jeux et des exercices violents, des frottements, des coups portant sur les régions péri-articulaires, les tiraillements des insertions tendineuses résultant de contractions musculaires énergiques, peuvent donner beu à des inflammations dans le tissu osseux gorgé de sang et qui est le siège d’un travail plastique très actif ; de là des ostéites et des ostéomyélites qui deviendront infectieuses si des germes septiques en circulation viennent s’arrêter dans les régions malades. Chez les sujets lymphatiques, chez les enfants qu’entache la scrofule, ce prologue de la tuberculose, une arthrite aigiie traumatique dégénérera facilement en arthrite fongueuse. Les arthritiques jeunes ont une tendance aux hydarthroses du genou et la moindre offense articulaire suffira pour convertir la prédisposition en état morbide. Chez les jeunes sujets, le système circulatoire offre comme trait spécial la suractivité du cœur, qu’elle soit simplement liée à des contractions plus énergiques, ou dépende d’une augmentation de volume qui constitue l’hypertrophie de croissance. Il en résulte des palpitations fréquentes, des épistaxis et de la céphalalgie, manifestations plus accusées encore chez les arthritiques qui ont une tendance bien marquée aux poussées congestives : cette
HYGIENE INFANTILE
disposition est plus accentuée chez les sujets dont le cœur est affecté de quelque lésion acquise ou congénitale. Les catarrhes bronchiques et même les poussées congestives vers le poumon éclosent facilement chez les arthritiques, à la suite d’un refroidissement frappant le corps couvert de sueur, après un jeu ou un exercice.
La crise de la puberté détermine chez les filles des phénomènes congestifs des annexes de l’utérus et de la dysménorrhée qui rendent difficile la pratique des exercices physiques, laquelle alors n’est pas exempte d’inconvénients. Gomme le fait remarquer Legendre, dans un travail très bien fait sur les dangers des exercices du sport, la typhlite, la pérityphlite, l’appendicite sont plus fréquentes dans la jeunesse qu’à tout autre âge ; elles établissent, par le fait d’une première atteinte, une prédisposition morbide que certains exercices et tout spécialement la bicyclette peuvent transformer en état pathologique.
Toutes ces prédispositions morbides, spéciales à la jeunesse, doivent entrer en ligne de compte quand il s’agit de faire choix d’un exercice inoffensif pour tel écolier en particulier, et d’en régler la pratique. Le médecin, soucieux de l’hygiène, pourra même tirer parti d’un exercice donné en l’appliquant à activer le développement de tel ou tel appareil retardé dans son évolution.
Quand l’enfant aborde un exercice pour la première fois, les troubles et les malaises qu’il présente sont dus à la fatigue, plus prompte à se produire chez les novices. Il faut néanmoins surveiller la manière dont se comportent le cœur et le poumon et ne pas en imputer trop aisément les troubles fonctionnels à la fatigue. L’essoufflement accompagne tout exercice un peu violent, dont il est une manifestation négligeable s’il est modéré ; il en est de môme de la fatigue qui peut tenir à un manque d’énergie et se produire sans excès de travail. On peut engager l’enfant à lutter contre la fatigue, mais pour la dyspnée, il n’en est pas ainsi, et si l’essoufflement atteint un certain degré, il faut suspendre l’exercice sous peine de voir survenir une congestion du poumon. Doué d’une certaine tolérance pour l’essoufflement, l’enfant supporte bien mieux que l’adulte la fatigue respiratoire, aussi faut-il être en éveil quand elle survient plus vite et qu’elle est plus accentuée que d’ordinaire : il faut se défier alors d’une lésion cardiaque et examiner le cœur avant d’autoriser l’enfant à se mêler à des jeux violents. Les troubles fonctionnels du cœur, les palpitations n’ont pas la même signification fâcheuse que la dyspnée extrême, et n’impliquent pas nécessairement une lésion cardiaque, mais, par leur répétition fréquente, ils peuvent à la longue développer une hypertrophie du cœur, il y a donc encore ici contre indication formelle aux exercices de vitesse.
Des douleurs articulaires généralisées à toutes les articulations qui ont travaillé avec excès, bien qu’elles ne soient pas la suite ordinaire du travail physique, sont dépourvues de signification mauvaise ; mais,
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
localisée à une articulation, le genou surtout, la douleur n’est plus due à la courbature, elle doit faire craindre une osteïte épiphysaire due aux froissements péri-articulaires. Nous savons, en effet, avec quelle facilité de légers traumatismes éveillent, chez les jeunes sujets, des lésions graves des os et des articulations.
L’abus des exercices physiques, quels qu’ils soient, peut donner lieu à un certain nombre d’accidents et, de troubles de la santé. Qu’un enfant se soit livré sans retenue à un exercice au-dessus de ses forces, au lendemain de ce travail physique immodéré surviendra de la fièvre, de l’abattement, de la perte d’appétit, de l’embarras gastrique ; les yeux seront cernés, les urines foncées chargées d’urates ; ces troubles, accompagnés de douleur à la pression des muscles ou des groupes musculaires spécialement mis en jeu, caractérisent la fièvre de surmenage : par le fait d’un exercice disproportionné, il y a destruction d’une trop grande quantité de matière organique et élimination trop rapide de ces déchets insuffisamment oxydés ; on rend du charbon au lieu de rendre de la cendre.
Quand le surmenage est poussé à un haut degré, l’urée et l’acide urique augmentent fortement dans l’urine, l’acide phospliorique est presque doublé, il y a plus de sulfates, et les chlorures peuvent diminuer d’un quart. Le fait grave c’est que l’urine devient infiniment plus toxique ; et l’on sait que l’urine peut quelquefois se résorber dans l’organisme même, de manière à entraîner la mort.
Bouchard, cherchant à se rendre compte des inconvénients d’ordre chimique qui résultent du surmenage physique, se demande si l’excès de destruction de matières qui résulte de l’abus des exercices physiques, ne constitue pas dans certains cas un réel danger. L’effort musculaire se traduit normalement par la destruction d’une certaine quantité de matière organique; tant que cette quantité n’est pas exagérée, il n’en résulte aucun inconvénient ; mais dès qu’il se fait une destruction trop considérable des matières constitutives des cellules, l’affaiblissement de l’organisme ne tarde pas à se manifester, le surmené voit ses forces diminuer et il est exposé à ce moment à devenir plus facilement la proie des maladies infectieuses.
On sait la fréquence de ces affections, notamment du typhus, de la fièvre typhoïde, dans les armées en campagne, et l’on peut dire que la fatigue est la cause des maladies infectieuses parce qu’elle détruit les moyens de défense de l’organisme contre les agents infectieux. Il est commun de voir des jeunes gens qui usent de la bicyclette d’une manière immodérée, et qui, durant un certain temps, paraissent en tirer profit, l’appétit augmente, l’activité physique s’accroît, puis ils maigrissent au-delà du degré normal et tombent malades.
Au point de vue physique, l’équilibre de température du corps est maintenu par le fonctionnement d’appareils de déperdition qu’un travail excessif vient troubler. La chaleur interne peut alors s’élever à 40 et 41°
HYGIENE INFANTILE
et entraîner la mort immédiate comme cela se voit quelquefois dans l’armée. C’est là un accident rare du travail musculaire excessif, qui n’en reste pas moins très dangereux au point de vue des effets ultérieurs. L’hyperthermie des centres nerveux peut, par exemple, amener le besoin de respirer vite, la dyspnée modératrice de Lorrain, qui peut déterminer des lésions ultérieures du cœur et du poumon chez ceux qui portaient des tares de ces appareils.
Il y a cinq ou six ans que la campagne menée avec tant de conviction et d’ardeur contre le surmenage intellectuel de la jeunesse et en faveur de l’éducation physique, a été couronnée d’un plein succès ; les exercices physiques occupent une place de jour en jour plus grande dans l’éducation, et personne ne songerait à s’en plaindre, si cette restauration de la culture physique n’avait été excessive. Cette réforme, accueillie par la jeunesse avec une extrême faveur, devint bientôt, grâce à l’attrait de la nouveauté et la mode entrant en jeu, l’objet d’un véritable engouement. Les exercices prirent peu à peu les allures d’un sport et affectèrent des façons spéciales qui jusque là étaient réservées aux professionnels. Les matchs, les lendits, les concours surexcitèrent l’amour-propre etéveillèrent des rivalités d’élèves à élèves, et d’école à école. Les coefficients attribués aux exercices physiques, la publicité donnée dans les journaux, à côté des choses du théâtre, aux noms des lauréats éveillèrent une émulation futile à propos de laquelle on a prononcé le mot de cabotinage. Il en résulte que, peu d’années après l’accomplissement de cette réforme des exercices gymnastiques que l’on n’était pas loin de regarder comme le signal de la régénération de notre race, une réaction se montre, exagérée et excessive comme toutes les réactions, qui tend à nous mettre en défiance contre les dangers de l’exercice. Aujourd’hui, les médecins les mieux disposés en faveur de l’éducation physique se voient obligés d’intervenir pour empêcher les abus d’en compromettre le succès. Dès 1891 une réaction se montrait, et les exercices physiques étaient dénoncés comme funestes aux progrès des études. Fercol rendait compte, en ces termes, à l’Académie, des progrès de l’éducation physique : « L’Académie a contribué pour sa part à réhabiliter l’éducation physique et elle ne s’en repent pas. Cependant, il est permis de se demander aujourd’hui si le succès de notre campagne n’a pas dépassé un peu nos justes espérances. L’initiative du gouvernement, des municipalités, des sociétés savantes a développé, chez la jeunesse des écoles, une émulation qu’il était facile de prévoir. La presse, avec ses échos retentissants a encore enfiévré l’ardeur de nos jeunes athlètes. Ce ne sont que sports, matchs, lendits, paris, défilés, couronnes, lauriers. Nos lycéens voient leurs noms dans les gazettes, quelle joie et quel honneur ! On peut bien se demander si ce sont les mêmes noms qui figurent au palmarès, et si ces jeux athlétiques ne nuisent pas quelque peu au sérieux et à la régularité de la classe. Naguère on a mené ici une campagne énergique contre ce que l’on appelle le
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
surmenage intellectuel des écoliers. Je n’y ai jamais beaucoup cru pour ma part, cependant on y a mis bon ordre en haut lieu : On a diminué les heures de classe, opéré dans les programmes d’enseignement des coupes sérieuses. Si on ajoute à ces réformes la concurrence que fait à nos études le sport athlétique, on ne peut s’empêcher de redouter pour un avenir prochain l’abaissement du niveau des études ». On a fait ressortir l'influence regrettable que ces luttes peuvent avoir sur les études en créant, dans les jours qui précèdent le match ou le lendit, des préoccupations incompatibles avec une application soutenue et en donnant lieu, au lendemain de l’épreuve, à un état de fatigue exclusif de tout travail sérieux.
Dès l’année 1893, au congrès de Besançon, « l’Association Française pour l’avancement des sciences » avait chargé le Dr Legendre de faire un rapport sur « l’abus des exercices physiques et l’encouragement excessif donné aux exercices dits sportifs pendant la croissance ». L’année suivante au Congrès de Caen, ce rapport a donné lieu à une vive et intéressante discussion où les orateurs, se défendant de vouloir limiter les exercices physiques, ont demandé seulement qu’on empêchât les abus qui sont la conséquence des concours. « Si l’on veut », a dit Bouchard « laisser aux enfants une certaine liberté dans le choix de leurs exercices, il est indispensable d’exercer une surveillance réelle, de façon à défendre aux débiles les exercices qui ne sauraient leur convenir, et il est du devoir de l’état vis-à-vis des familles qui leur confient leurs enfants de faire examiner ceux-ci, avant de les laisser se livrer à des exercices physiques qui peuvent être exagérés, en un mot, si vous voulez maintenir les concours, je ne vous demande qu’une chose, c’est d’empêcher d’y prendre part tous les enfants qui, après une épreuve, accusent 160 palpitationsà la minute ».
M. de Goubertin a écarté la préoccupation de laisser participer à des exercices trop violents des enfants atteints d’affections organiques ou de prédispositions morbides incompatibles avec les jeux athlétiques, en faisant remarquer que les éducateurs n’ont pas attendu le cri d’alarme des médecins pour se préoccuper des dangers que peuvent présenter les abus des exercices du sport ; il est tout à fait partisan de la graduation réglée des exercices physiques avec une surveillance incessante de la part du médecin.
La conclusion de toute cette discussion a été la nécessité de faire examiner chaque enfant par un médecin pour déterminer la nature des exercices auxquels il peut se livrer ; d’interdire les exercices de nature à aggraver les affections du cœur et du poumon ; d’exiger toujours un entrainement préalable : enfin d’encourager l’exercice mais de faire la guerre au sport.
11 semble bien que la réaction contre l’éducation physique ne doive pas aller jusque là ; lorsque l’on aura écarté d’un exercice ou d’un concours tous les candidats qui n’auront pas été progressivement entraînés
HYGIÈNE INFANTILE
ou qui seront entachés d’une tare organique, ceux qui deviendront malades par excès d’efforts représenteront une bien faible minorité. Les exercices du sport pour les écoliers ont lieu sous la surveillance de maîtres autorisés qui ne laissent pas atteindre, dans un match, la dose d’efforts qu’il serait imprudent de dépasser. Si l’on bannit des exercices physiques l’aiguillon de l’émulation, il y a bien des chances pour que nos jeunes gens retombent dans l’état d’inertie physique d’ou les avait tirés, il y a quelques années, l’intervention de l’Académie.
Il y a certainement une part de vérité dans les reproches adressés à l’abus des exercices physiques ; une réforme aussi considérable que celle qui visait au relèvement physique de notre race par la restauration des exercices du corps ne peut être appliquée sans entraîner quelques excès ; mais il serait profondément regrettable d’en voir le succès compromis par des alarmes exagérées et il n’est pas douteux que, après quelques écarts et quelques tâtonnements inhérents à toutes les institutions nouvelles, on n’arrive à trouver une juste mesure dans l’application de cette urgente réforme.
§ VI. — Maladies scolaires
Il n’y a pas de maladies spéciales aux lycées et aux écoles, qu’on ne rencontre que là et qui méritent, à proprement parler, la qualification de scolaires. Toutefois le milieu dans lequel l’enfant est placé, le genre de travail auquel il est astreint, peuvent avoir comme conséquence des lésions matérielles et des troubles fonctionnels qui laissent sur divers appareils de l’économie une empreinte plus ou moins profonde. Deux affections sont plus manifestement justiciables du milieu scolaire, ce sont la myopie et les déviations rachidiennes.
D’autre part, les enfants sont particulièrement aptes à contracter et à transmettre les affections contagieuses et infectieuses, la diphtérie, les fièvres éruptives, la coqueluche, les oreillons, et les agglomérations scolaires favorisent la propagation de ces maladies contagieuses. Enfin le genre de vie des internats, le séjour continuel dans une atmosphère viciée, aux classes, à l’étude, au dortoir, l’absence presque absolue d’exercice, surtout pour les filles, ont une action fâcheuse sur de jeunes organismes qui dépensent dans la lutte contre les influences nocives une vitalité qui serait mieux employée à favoriser le développement et à fortifier la constitution.
Le bilan de la mortalité n'est pas facile à établir pour les lycées et les internats, les élèves étant repris par leur famille aussitôt que la maladie prend une tournure inquiétante ; mais on sait que, en dehors des épidémies qui y sévissent, la mortalité n’est pas considérable; elle dépasse
HYGIÈNE DÉ LA SECONDE ENFANCE. 255
néanmoins certainement celle des établissements fréquentés seulement par des externes.
L’internat en effet n’est profitable qu’à une catégorie d’élèves, ceux qui, élevés en serre chaude dans leur famille, soumis à une hygiène mal conduite, sont entourés d’un luxe de soins, de gâteries, de précautions minutieuses contre les influences extérieures qui les empêchent de s’y aguerrir. La vie de collège les endurcit contre la température du dehors, les astreint à un sommeil et à des repas réguliers : ils trouvent au lycée une alimentation peu raffinée, mais saine, au lieu des sucreries dont les bourrait la tendresse maternelle. Il n’en est pas moins vrai que pour tirer profit du milieu médiocre que leur offre l’internat, il fallait que ces écoliers fussent chez eux dans des conditions détestables.
L’étude des maladies scolaires ne comporte pas de classification ni d’ordre spécial ; nous allons passer en revue les affections qui ressortissent spécialement du milieu scolaire et celles qui, purement contingentes, ne s’y rencontrent fréquemment qu’en raison de leur nature infectieuse.
I. Déformations rachidiennes. — Parmi le petit nombre d’affections qui sont réellement imputables au milieu scolaire viennent en première ligne les déviations du rachis ; il n’est ici question que de difformités dues à l’incurvation plus ou moins accusée du rachis ou même de véritables torsions, sans lésions du squelette, sans aucun rapport, par conséquent, soit avec le rachitisme, soit avec la gibbosité due à la carie tuberculeuse des vertèbres ou mal de Pott. Ces déviations tiennent simplement à des attitudes vicieuses que l’enfant prend au cours des occupations de sa vie d’écolier. Il est rare qu’il apporte en naissant une tendance à la déformation ; on doit à Chaussier une statistique précieuse à ce point de vue et significative par l’importance de son chiffre : sur 23.200 enfants naissants, il n’en a trouvé que 122 anormalement conformés, encore s’agissait-il, non de déformations, mais de malformations, véritables monstruosités. C’est l’école qui est la cause la plus commune des déformations du squelette, en imposant à l’enfant des attitudes défectueuses ; ce sont tantôt, et le plus souvent, des inflexions latérales ou scolioses, tantôt des courbures antéro-postérieures, la cyphose et la lordose. Beaucoup de ces déviations sont imputables aux mauvaises attitudes que l’écolier prend en écrivant, soit par le fait d’une disposition mal entendue des tables et des bancs, soit par les exigences de certaines méthodes d’écriture, etc.
Les inflexions antéro-postérieures sont assez rares ; la plus commune est la cyphose, c’est la courbure à convexité postérieure, dont la forme légère ou moyenne constitue le dos voûté ou dos rond ; le plus souvent elle est due à une posture habituelle, comme l’attitude courbée des myopes, ou celle des enfants voués aux pratiques religieuses exagérées.
HYGIÈNE INFANTILE
Chez l’écolier, elle peut être due à un écartement trop grand entre la table et le banc, ou à l’emploi de tables trop basses relativement aux bancs; l’élévation des épaules est, le plus souvent, accompagnée d’une exagération de la courbure normale du dos. D’après Mathias Roth, de Londres, elle est due fréquemment, dans les pensionnats de demoiselles, à une mauvaise tenue au piano; le tabouret, sans dossier, étant trop éloigné du clavier, et l’élève se courbant en avant pour atteindre les touches. Elle peut tenir à la débilité constitutionnelle, à la convalescence de longues maladies, alors que la faiblesse est restée extrême, et que la résistance du rachis est très atténuée.
Infiniment plus rare est la lordose ou courbure concave en arrière; elle est due à l’exagération de la courbure lombaire normale. Quelquefois c’est une conformation de race, comme pour les femmes Cubaines. Chez les enfants elle est souvent provoquée par la hauteur trop grande de la table par rapport au banc ; pour arriver à poser les avant-bras sur la table, l’écolier est obligé de se renverser en arrière. La lordose peut être due encore au précepte qu’imposent certaines maîtresses recommandant à leurs élèves de se tenir droites en cambrant les reins ; c’est là un précepte absurde et cette ensellure disgracieuse peut à la longue devenir permanente.
Il faut, d’après Daily, renoncer à l’art de se déformer et laisser les enfants quand ils sont assis, se reposer, c’est-à-dire placer leur tronc dans une très légère flexion à courbure unique du crâne au coccyx, tout en leur offrant un dossier au niveau de la première vertèbre lombaire, vers la région du centre de gravité. Il faut aussi que le siège comprenne plus des deux tiers des cuisses, les ischions et le coccyx; sur cette large base de sustentation, un poids considérable peut être supporté sans fatigue. En dehors de ces causes, il n’y a plus que des lordoses d’origine pathologique, telles que celle des enfants atteints de double luxation congénitale du fémur et celle qui accompagne la paralysie pseudo-hypertrophique.
La déviation qui est la plus commune, est celle qui se produit dans le sens latéral, durant l’adolescence, et tout particulièrement chez les filles de 11 à 14 ans. C’est à la période où s’accomplit le grand travail organique qui marque le passage de la seconde enfance à l’adolescence qu’on observe le plus souvent la scoliose; à ce moment, le rachis devient le siège d’un surcroît d’activité nutritive et l’on comprend qu’il suffise alors d’une attitude vicieuse, plus ou moins habituelle pour amener des irrégularités, des déviations, parfois même de véritables torsions dans les rapports des vertèbres entre elles. Les déviations sont infiniment plus fréquentes chez les filles que chez les garçons ; on a prétendu que les filles paraissaient plus souvent affectées de scoliose, simplement parce que leur croissance est plus attentivement surveillée ; mais il y a là une erreur d’observation. Les chirurgiens et médecins militaires, devant lesquels défile, à l’époque du conseil de révision, toute la jeunesse mas-
HYGIENE DE LA SECONDE ENFANCE
culine, sont unanimes pour affirmer la rareté des cas de scoliose chez les jeunes gens. La scoliose fait partie des vices de conformation ou infirmités incompatibles avec le service militaire; le jeune homme atteint de cette difformité ne peut entrer ni à Saint-Cyr ni à l'école polytechnique; or l’éviction pour ce motif est extrêmement rare. 11 est néanmoins très important de surveiller même les garçons pour entreprendre, en temps opportun, un traitement efficace et en tous cas empêcher les jeunes gens atteints de scoliose, d’aller au devant d’une déception où l’amourpropre est en jeu.
La scoliose est plus fréquente chez Tes jeunes filles, nous l’avons dit, et cela, dans une mesure très notable. Pour Daily, les déformations sont beaucoup plus rapides et plus graves chez elles ; les filles sont plus dociles que les garçons, et comme on exige d’elles plus de stabilité, elles restent plus longtemps qu’eux dans les positions vicieuses qui amènent les déviations. Daily affirme que parmi celles qui ont fait leurs études et conquis leurs diplômes, il n’en est pas une sur dix qui ne présente quelque assymétrie, quelque inégalité des épaules et des côtes; pour lui, le rapport des déformations du sexe fort au sexe faible serait de 1 à 15. D’un ensemble de statistiques recueillies par les observateurs les plus autorisés, il résulte que la fréquence de la scoliose est représentée par le chiffre de 84,33 p. 0/0 chez les filles.
La prédominance de la scoliose chez les filles est liée à des causes bien établies : les jeunes filles dont la taille est souple et élancée y sont plus particulièrement exposées ; le poids de la tête, des épaules et du haut de la poitrine, agissent d’autant plus activement sur le rachis que le bras de levier est plus long. La complexion plus délicate des filles, leur vie plus sédentaire, consacrée en grande partie à des travaux d’aiguille, de tapisserie, qui exigent la station assise et courbée ; l’absence d’exercices musculaires propres à développer les forces, suffisent pour expliquer la prédominance de la scoliose chez elles. La cause première, la cause prédisposante est une faiblesse de constitution, une débilité native, très souvent héréditaire, ou acquise par suite d’une mauvaise hygiène ou par le fait de maladies telles que la fièvre typhoïde ou les fièvres éruptives. L’influence héréditaire est souvent pressentie par le médecin : la mère consulte pour sa fille atteinte d’une scoliose à peine perceptible pour des yeux moins prévenus que les siens; la source de sa clairvoyance est souvent facile à découvrir; atteinte elle-même d’une déviation dont elle a souffert moralement, elle a mis toute sa sollicitude à la deviner chez sa fille pour lui éviter les mêmes mécomptes par des soins précoces.
Une croissance rapide a pour nous une très grande importance et on en constate l’influence dans la grande majorité des cas. Un fait général qui mérite d’être signalé, c’est la fréquence de la scoliose dans les grandes villes et sa rareté chez les gens de la campagne, plus robustes; on dit Encyclopédie d’hygiène. — VIII. 17
qu’elle n’existe ni chez les indigènes du Mexique, ni chez les nègres, ni chez les Caraïbes.
A côté des causes que l’on peut appeler constitutionnelles, les causes mécaniques jouent un rôle important dans le développement de la scoliose ; ces causes sont nombreuses et très variées : lésions musculaires, brides cicatricielles, lésions traumatiques du rachis, tumeurs développées dans le voisinage des vertèbres, affections douloureuses diverses. Ce qui nous intéresse ici, ce sont les attitudes vicieuses habituelles ; les circonstances qui peuvent donner lieu à ces attitudes sont nombreuses autant que variées, mais celles-ci se réduisent toutes à une inclinaison habituelle du tronc, soit à droite, soit à gauche. Les fillettes prématurément employées à porter des enfants ou de lourds fardeaux la présentent souvent; elle résulte de la contraction des fléchisseurs latéraux du rachis, pour prévenir le déplacement du centre de gravité: or, comme c’est presque toujours le bras gauche qui porte le fardeau, comme pour conserver la liberté du bras droit, le rachis s’infléchit à droite et présente une convexité gauche. Les filles occupées, trop jeunes aux soins du ménage et qui repassent du linge sur une table trop élevée, peuvent, si le fait se répète souvent, être atteintes de scoliose à convexité droite.
Fahrner (de Zurich) et Guillaume (de Neufchâtel) ont, les premiers, appelé l’attention sur une déviation de la colonne vertébrale à convexité droite avec exhaussement de l’épaule correspondante, qui résulte d’une mauvaise posture prise en écrivant sur une table trop haute. Pour écrire, l’élève est obligé alors de faire reposer l’avant-bras droit sur la table, ce qui refoule en haut l’épaule droite. Ce refoulement en haut s’exagère encore par le fait de la fatigue, lorsque le tronc, s’affaissant, n’a d’autre point d’appui que l’avant-bras droit. Pour hausser le coude au niveau de la table trop élevée, le tronc s’incline du côté opposé et le rachis décrit une courbure à convexité droite. Quand cette attitude forcée se répète souvent, l’omoplate change de position, elle se porte en haut et en dehors, et comme elle est attachée au thorax, surtout par des muscles qui s’insèrent à la colonne vertébrale, leurs attaches, sollicitées par l’omoplate déplacée, tirent à elles le rachis dont elles augmentent la courbure : pour que la tète conserve sa rectitude normale, il se forme au-dessous de la courbure à convexité droite et au-dessus d’elle des inflexions moins accusées et de sens inverse, ce sont les courbures compensatrices.
La convexité dorsale droite est de beaucoup la plus commune ; sur 100 cas de scoliose, on trouve plus de 80 scolioses droites; Adams donne le chiffre de 83 p. 100 et Eulenburg, 92 p. 100. Pour Daily, qui avait sur ces questions de déviations rachidiennes, une compétence spéciale, cette courbure saillante à droite ne se verrait plus communément comme autrefois; la plus fréquente aujourd’hui serait la scoliose à courbure unique, convexe à gauche ; elle serait due à une mauvaise méthode d’écriture, l’anglaise, qu’il faut toujours incriminer quand il s’agit d’infirmités
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
fâcheuses. Celle-ci pourrait néanmoins être employée sans grands dommages, si le maître d’écriture laissait l'élève incliner son cahier en sens inverse de l’obliquité des lettres, mais il croit bien faire en exigeant que le cahier reste parallèle au bord de la table ; de sorte que l’élève est obligé de serrer le coude droit au corps et d’incliner le bassin à gauche, en se tenant dans la position unifessière gauche: le tronc décrit alors une courbe convexe à gauche et la répétition habituelle des mêmes actes finit par amener une scoliose permanente. C’est ainsi que presque toutes les scolioses ont pour point de départ la station unifessière qui est le plus souvent déterminée par les écritures inclinées. Ce qui confirme l’hypothèse de la relation étiologique entre les attitudes scolaires défectueuses et la scoliose, c’est qu’elle est à peu près inconnue dans les campagnes et assez commune dans les grandes villes.
Javal a eu sous les yeux une photographie représentant deux classes, l’une où les enfants ont appris à écrire droit et l’autre où ils se servaient de l’écriture penchée. Dans cette dernière, l’attitude de la plupart d’entre eux était déplorable, tandis que dans l’autre, tous se tenaient d’une façon correcte.
La conclusion ici, serait que pour éviter la scoliose due aux écritures penchées, il faudrait revenir à notre écriture nationale, à l’écriture droite ; un certain nombre d’objections s’oppose à l’adoption de ce mode d’écriture : il est moins usité et il faut le dire moins rapide, moins courant que l’anglaise ; dans le commerce, l’écriture anglaise est préférée et c’est celle qu’on exige des employés.
II. Myopie. Daltonisme. Affections contagieuses des yeux. — Dans tous les pays où existent des écoles et des lycées, les ophthalmologistes sont unanimes pour reconnaître la fréquence de la myopie et son accroissement considérable avec le degré d’avancement dans les études; Rarement le fait d’une prédisposition héréditaire, elle est le plus souvent acquise. Elle est plus commune chez les écoliers que dans tout autre milieu social ; c’est une des affections qui se développent le plus fréquemment dans le petit monde scolaire. Elle est, le plus souvent, la conséquence des conditions de travail dans les lycées et les écoles, ce qui parait démontré par son accroissement énorme à mesure que l’on passe des classes inférieures aux plus élevées. Ces conditions obligent l’écolier à regarder de trop près et exigent de l’œil des efforts d’accommodation répétés, qui finissent par lui donner une conformation défectueuse. Les myopes sont trois ou quatre fois plus nombreux dans les hautes classes que dans les classes inférieures, et bien plus communs dans les écoles supérieures que dans les écoles primaires. Certains peuples, certaines races y sont plus que d’autres prédisposées ; autrefois, en Angleterre, aucun écolier ne portait de lunettes ; dans les écoles supérieures de New-York, de Boston, de Cincinnati, on trouve 19 p. 100 de
HYGIENE INFANTILE
myopes, tandis qu’en Allemagne, dans les classes supérieures des gymnases, la moyenne des myopes arrive à 52 et 53 p. 100. D’après Colin, à Berlin, pour les deux dernières années des gymnases et des écoles réales, le nombre des myopes oscille entre 35 et 60 p. 100, monte à 64 p. 100 à Breslau, à 75 p. 100, à Magdebourg, à 80 p. 100 à Erlangen et atteint 100 p. 100 à Heidelberg. En France la myopie est devenue si commune que l’on n’en fait plus un motif d’exclusion pour le service militaire et la marine, et que l’on transige avec elle dans les carrières où l’intégrité de la vision est indispensable.
La myopie consiste dans l'impossibilité de voir nettement les objets lointains, dont l'image, par suite d’un allongement du globe oculaire, vient se peindre en avant de la rétine ; pour voir distinctement, le myope est obligé de se rapprocher des objets, dont l’image alors recule et peut se former sur la rétine. La myopie est rare chez l’enfant, à mesure que l’œil se développe, le diamètre, antéro-postérieur s’allonge et devient prédominant, alors que, à la naissance, il était, à peine égal au diamètre transversal. C’est vers l’âge de 8 à 10 ans, quand l’évolution de l’orbite et le développement corrélatif de l’œil tendent à l’allongement de son axe, que viennent agir les causes qui font dépasser à l’organe les limites normales, et lui donnent un diamètre antéro-postérieur allongé d’où résulte la myopie. C’est alors qu’il faut écarter toutes les causes de myopie acquise : éclairage insuffisant, impression défectueuse des livres, méthodes d’écriture qui exigent des élèves une mauvaise attitude, agencement mal compris des tables et des bancs ; toutes les conditions en un mot qui obligent l’enfant à regarder de trop près ses livres et ses cahiers. La rareté, l’absence presque absolue de myopes parmi les gens qui vivent au milieu de vastes horizons et sont accoutumés à voir à de longues distances, opposée à la fréquence relative de la myopie parmi les citadins même étrangers aux travaux scolaires, établit bien nettement l’influence fâcheuse de l’adaptation de l’œil aux horizons bornés et à la vision des objets rapprochés.
La cause de myopie la plus anciennement connue est l'éclairage défectueux des locaux scolaires ; la lumière peut pécher par excès ou par défaut, mais c’est surtout l’éclairage insuffisant qui est en cause ici.
On admet que. pour une classe ou une salle d’étude, la question de l’éclairage est résolue quand il y fait suffisamment clair à la place la plus sombre, ou pour préciser, quand on y peut lire aisément à distance de 50 centimètres un texte en caractères dits diamant. Il faut que l’éclairage intérieur se rapproche autant que possible de la lumière en plein air, sans soleil. Les fenêtres, dont la partie inférieure peut ne pas descendre au-dessous du niveau des tables, doivent être aussi hautes que faire se peut, car c’est par leur partie supérieure que la lumière arrive aux élèves qui en sont le plus éloignés. L’étendue minimum du ciel que l’on doit voir de la place la moins favorisée a été fixée, par la commission d’hygiène
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
de la vue dans les écoles, à 30 centimètres dans le sens vertical. Mais, comme Loyet le fait remarquer, cette indication n’a qu’une précision apparente, elle n’implique pas l’uniformité d’intensité lumineuse, rien n’étant, à ce point de /vue, variable comme une même étendue du ciel examinée dans les diverses saisons et aux différentes heures de la journée. Pour critérium du degré d’éclairement, Loyet propose l’emploi du radiomètre. Sur un radiomètre très sensible et toujours le même, on note le nombre de tours opérés dans un temps donné, en un point de la classe qui peut être regardé comme recevant le minimum de lumière compatible avec la vision sans efforts. Il est alors facile, avec cette sorte d’étalon, de déterminer les conditions d’éclairement de tous les points de la classe et de savoir si tel ou tel pupitre reçoit une lumière suffisante. Les conditions d’éclairage peuvent être aussi satisfaisantes que possible alors que le jour est dans son plein, mais la lumière devient insuffisante quand le jour diminue ; il faudra donc supprimer tout exercice de lecture ou d’écriture, quand le jour commence à baisser.
Le plus souvent, la lumière viendra par les côtés, et l’éclairage sera unilatéral ou bilatéral : le dernier mode est préférable. Quand la lumière ne pourra arriver que d’un côté, il faudra disposer la classe de telle façon que les élèves soient éclairés à gauche. La discussion sur les mérites respectifs des deux modes d’éclairage a été traitée dans une autre partie de cet ouvrage, nous n’y reviendrons pas. La myopie par éclairage défectueux est la plus difficile à faire disparaître ; ce serait, comme le dit Javal, une entreprise coûteuse que de mettre dans de bonnes conditions d’éclairage nos innombrables écoles, encore, après avoir obtenu ce résultat, n’empêcherait-on pas l’écolier de retrouver au logis un mauvais éclairage, el de lire à la lueur incertaine du foyer ou d’une chandelle. L’éclairage artificiel péchera toujours par son insuffisance ; le meilleur système, mais bien trop compliqué, serait de donner à chaque élève une lampe à abatjour. Le gaz est acceptable, si l’on fait usage de becs circulaires et d’une cheminée en verre ; pour ne pas échauffer par irradiation la tête des élèves, les becs doivent être au moins à lm,80. Il faut, pour que la lumière soit suffisante, un bec au moins pour six élèves. L’éclairage électrique risque rarement de fatiguer les yeux par son insuffisance et n’a aucun inconvénient quand on se sert de lampes à incandescence ; il n’échauffe pas la pièce et ne vicie pas l’air ; on ne peut guère objecter que son prix élevé.
Une autre cause de myopie est celle qui résulte d’une mauvaise typographie ; les livres classiques, produits en quantités énormes, par des maisons qui n’ont d’autre mobile qu’un intérêt mercantile, sont partout fort défectueux, en France aussi bien qu’à l’étranger. Ils sont en partie ou en totalité imprimés en caractères trop fins ; toute impression, d’après Colin, dont les caractères ont moins d’un millimètre et demi de hauteur est nuisible aux yeux; les pleins des lettres doivent avoir au moins un
HYGIÈNE INFANTILE
quart de millimètre d’épaisseur ; les interlignes au moins deux millimètres et demi. La disposition des caractères en lignes horizontales est une cause de fatigue ; les lignes noires et les interlignes blancs affectent toujours, si nous gardons une immobilité complète, les mêmes points de la rétine. La longueur des lignes d’impression, à mesure qu’elle augmente, fait subir aux myopes des efforts d'accommodation rapidement intenses; Perrin et Javal admettent, comme une bonne longueur, les lignes de8cent; ils croient que les livres de classes ne doivent pas avoir plus de 7 lettres au centimètre. La lisibilité des caractères qui a une importance majeure, ne dépend pas de leur hauteur, mais de leur largeur et la suppression des interlignes ne la diminuerait pas. Javal, remarquant qu’on lit très bien une ligne dont on ne voit que la moitié supérieure, propose de supprimer la partie basse des lettres longues p et q, de diminuer les queues du g, du j, de l’y. Ce serait un bon moyen de diminuer les interlignes qui, d’après lui, sont du luxe, et cette suppression des interlignes ne diminuerait pas la lisibilité. Cette affirmation est hasardée; lorsque les lignes sont très rapprochées, il faut, en passant de l’une à l’autre, une tension considérable des muscles de l’œil pour éviter des confusions de lignes, et les passages pleins ont pour les yeux un aspect de lourdeur que ne donnent pas les passages interlignés. Il serait préférable, toutefois, d’employer des caractères raisonnables, en supprimant les interlignes, que d’interligner des caractères fins. Javal considère comme indispensable que l’on n’admette pas pour les livres classiques, de types au-dessous du 8 interligné d’un point.
L’impression des livres en caractères noirs sur fond blanc, constitue le contraste le plus absolu. La couleur du papier n’est donc pas indifférente, et pour atténuer ce contraste, on a songé à imprimer en blanc, sur fond noir, ce qui diminue la lisibilité. Javal a fait prévaloir l’emploi, pour les livres classiques, de papier d’une teinte jaunâtre tirant sur la nuance bois. J. Arnould, qui soutient la même opinion dans son Traité d'hygiène, prêche d’exemple, et cet important ouvrage est imprimé sur papier jaune tirant sur la nuance bois. Les lettres sur fond jaunâtre sont lues avec la même facilité que si elles étaient sur fond blanc; des lettres blanches sur fond noir semblent plus grandes que sur fond blanc, mais ne peuvent être lues qu’à une distance moindre, surtout quand il s’agit de lettres un peu compliquées comme B, E, M, etc.
Toutes ces conditions remplies, il y a encore pour les livres classiques, d’autres défectuosités à indiquer ; la trop grande minceur du papier, qui fait apercevoir au recto les lignes imprimées au verso ; un tirage fait sans soin ou avec des caractères usés, et qui peut donner une mauvaise impression.
Comme on ne peut caractériser ces divers éléments par une évaluation précise, Javal propose de définir par une épreuve d’ensemble, la lisibilité des ouvrages qui pourraient être acceptés : tout livre qui, tenu vertica-
lement et éclairé par une bougie placée à un mètre, ne sera pas parfaitement lisible à la distance minimum de 80cent, devra être refusé.
Pour faire disparaître les cas de myopie dus à la typographie défectueuse, il suffirait d’un arrêté ministériel interdisant l’emploi, dans les établissements scolaires de l’État, de livres qui ne seraient pas imprimés dans les conditions de lisibilité appropriée à l’âge des enfants auxquels ils sont destinés.
Le tableau noir de l’école doit avoir une surface absolument mate, n’obligeant pas les élèves à lutter contre les rayons réfléchis par une surface polie. Pour la même raison, les cartes géographiques murales ne doivent pas être vernies, on doit y éviter la surcharge des détails et les noms en caractères microscopiques.
Ecriture. — Quels sont les rapports de la myopie avec l’écriture ? Celle-ci comprend deux types, l’écriture droite et l’écriture oblique. La seconde agit indirectement par l’attitude plus ou moins défectueuse qu’elle impose ; en écrivant, l’enfant, tient la tète penchée latéralement, dans le sens de l’inclinaison de l’écriture, ce qui l’oblige à regarder plus ou moins obliquement et amène la fatigue des muscles oculaires par effort d’accommodation, les yeux étant inégalement distants du papier. Avec l’écriture droite, l’écolier regarde droit devant lui, et les yeux sont à égale distance du papier, c’est celle qu’il faut regarder comme la plus convenable pour la vision. 11 faut donc adopter la formule de Georges Sand : écriture droite sur papier droit, corps droit.
Layet (de Bordeaux) et le professeur Berlin, ont montré le rapport intime qui lie l’attitude que prend l’écolier en écrivant à la direction des principaux jambages ; ils ont établi que la ligne du regard, celle qui joint les centres de rotation des deux yeux, est toujours perpendiculaire à la direction des pleins de l’écriture. Avec l’écriture droite, la ligne du regard reste parallèle à la normale aux pleins des lettres; pour l’écriture anglaise, oblique en bas et à gauche, la normale aux pleins de l’écriture étant oblique en bas et à droite, la ligne du regard, pour lui rester parallèle oblige la tête à s’incliner à droite, et les yeux sont à distance inégale du papier, d’où efforts d’accommodation.
11 faut éviter l’écriture au crayon sur papier ou sur ardoise, elle se détache moins sur le fond, est moins facile à lire et donne un reflet fatigant; les lettres tracées à l’encre sont visibles à lm,20 ; celles au crayon ne dépassent pas 90cent. Les lettres blanches sur fond noir paraissent plus grandes, mais ne sont distinctes qu’à distance moindre. Les lettres grises sur fond noir (au tableau), sont moins lisibles ; le tableau noir ne doit pas être brillant pour éviter les reflets.
Mobilier. — Les recherches de Guillaume et de Fahrner ont établi qu’il faut agencer le mobilier de façon à permettre en écrivant une attitude correcte. Il faut que la table surplombe le banc, tandis que, dans les mobiliers anciens, pour permettre à l’élève de se lever sans être gêné par
HYGIÈNE INFANTILE
le bord de la table, la distance était positive, c'est-à-dire qu’il y avait un écart entre les deux plans verticaux, passant l’un par le bord postérieur de la table, l’autre par l'arête antérieure du banc, ce qui permettait à l’élève de se tenir debout à sa place ou de circuler sans être gêné, entre la table et le banc, mais l’obligeait à se pencher en avant pour écrire et à tenir la tête trop près du papier, vu ainsi à trop courte distance. Quand la distance est nulle ou négative, l’enfant est maintenu droit, les avantbras reposant sur le pupitre et le bas du dos appuyé contre le dossier du banc. Ce dossier devra être assez voisin de la table et assez droit pour que l’écolier puisse y prendre un point d’appui en écrivant. Les pieds de l’enfant doivent reposer à plat sur le sol ou la barre d’appui.
La hauteur de la table par rapport au banc ou différence, doit être telle que lorsqu’on laisse tomber les bras sans effort, l’avant-bras vienne se poser horizontalement sur la tablette sans que le coude et par conséquent l’épaule correspondante soient relevés. Il ne faut pas que le pupitre soit assez élevé pour obliger l’enfant à écarter le bras en écrivant. Le pupitre doit être incliné d’avant en arrière, et cette inclinaison qui facilite le repos des avant-bras sans élévation des coudes, place le cahier de telle sorte que le rayon visuel le rencontre sous un angle à peine différent du droit et dispense l’élève de pencher la tète en avant. La pente de la tablette doit être de 15 à 20 degrés.
Pour prévenir la myopie, en empêchant les écoliers de tenir les yeux trop près de leur livre ou de leur cahier et de lire à trop courte distance, Perrin munit la table d’un avertisseur automatique , cadre rectangulaire, dont la barre horizontale est à la hauteur du front de l’écolier qu’elle tient en respect.
Dans la famille il n’est pas besoin d’un mobilier spécial : une table ordinaire avec un pupitre, une chaise haute avec un tabouret de dimensions appropriées à la taille de l’élève sont suffisants. A mesure que l’enfant grandit, on réduit par un trait de scie les pieds de la chaise et du tabouret.
Pour Javal, le mobilier défectueux n’est pas la cause principale de la myopie, car, même avec un mobilier scolaire convenable, les écoliers se tiennent mal en très grande majorité : d’après lui, c’est dans les mauvaises méthodes d’écriture que réside la cause la plus active de myopie.
En résumé, pour éviter la myopie, on ne devra jamais, dans les écoles primaires, permettre à l’enfant déliré ou d’écrire à une distance moindre de 33cent. Il faudra donc choisir, pour les exercices qui exigent l’application de la vue, les heures où il fait suffisamment clair. Les livres devront être imprimés en caractères assez gros; les enfants tiendront leur papier droit et l’on devra leur enseigner l’écriture droite. Enfin, il faudra améliorer les mobiliers scolaires défectueux.
On placera aux premiers rangs les élèves notoirement myopes, et pour lire au tableau, il feront usage de verres concaves, aussi faibles que pos-
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
sible, montés non pas sur lunettes ni sur pince-nez, mais sur le lorgnon dit face à main que l’on est obligé de tenir.
Nous rapprocherons de la myopie un autre défaut de la vision qui n’a avec elle de commun que le siège, et à la genèse duquel le milieu scolaire, reste complètement étranger, mais dont il importe de prendre soin dès l’enfance, c’est le daltonisme ou achromatopsie, ou cécité pour les couleurs. La dyschromatopsie est une affection des plus répandues et en ayant recours à des procédés d’exploration délicats, on arrive à cette conclusion que peu de personnes voient les couleurs de la même façon, ce qui justifie l’adage vulgaire « Il ne faut pas discuter des couleurs ».
S’il s’agit seulement de nuances, il n’y a, à ce défaut visuel, qu’un inconvénient léger, mais quand ce vice de la vision devient très accusé, il réalise une infirmité véritable. D’ordinaire il s’agit de cécité pour une couleur qui peut être complète ou partielle. Pour Favre, de Lyon, qui a fait le premier des recherches sur ce point, il y a 8,2 p. 100 d’enfants atteints de cécité complète pour une couleur et 23,8 p. 100 qui sont affectés de cécité partielle. Cette proportion est beaucoup plus élevée que celle que l’on rencontre chez les sujets moins jeunes, ce qui mène à conclure que le sens des couleurs se modifie avec l’éducation du sens de la vue, laquelle se fait avec le temps.
Des recherches faites en Amérique et en Allemagne établissent qu’il existe deux catégories de daltoniens ; les uns ont de l’achromatopsie, c’est-à-dire une cécité complète pour les couleurs, les autres ont une notion incomplète ou une ignorance des couleurs par défaut d’exercice. Les daltoniens vrais ont une cécité absolue pour une couleur, le plus souvent le rouge, ils sont incurables. Les autres, qui pèchent seulement par un défaut d’éducation du sens des couleurs, peuvent être améliorés ou complètement guéris, pourvu que l’on exerce leur vue à un âge où ce sens peut encore être modifié. Cette éducation du sens des couleurs est d’une grande importance au point de vue des aptitudes professionnelles. En matière d’accidents, d’après Favre, le daltonisme a peut-être fait autant de ravages que la pire des maladies ; en effet, chez les employés des chemins de fer, chez les marins, les anomalies du sens des couleurs sont grosses de conséquences funestes : elles excluent l’exercice de toutes les professions dans lesquelles la notion exacte des couleurs est indispensable ou leur créent des difficultés.
Qu’il s’agisse du daltonisme vrai ou de la faiblesse du sens des couleurs, on peut soumettre tous les enfants qui pèchent sous ce rapport à l’éducation du sens chromatique : les enfants incurables seront au moins fixés sur le degré de leur infirmité et sauront quelles professions leur sont interdites : les autres pourront acquérir un développement suffisant du sens des couleurs. On se sert dans ce but d’un procédé fort simple : sur une table bien éclairée, sont étalés pêle-mêle des écheveaux de laine présentant les diverses couleurs avec cinq teintes graduées pour chacune
HYGIENE INFANTILE
d’elles ; l’enfant doit choisir dans l’ensemble les diverses nuances d'une même couleur et les grouper auprès d’un échantillon servant de type.
Pour en finir avec les affections de l’appareil visuel, disons un mot des maladies des yeux dans les écoles. Il faut y redouter la propagation des affections contagieuses des yeux. Les enfants sont sujets aux blépharites et aux conjonctivites granuleuses, inflammations qui rendent les yeux larmoyants et portent les petits malades à s’essuyer ; il y a souvent, en pareil cas, échange de mouchoirs, et c’est là, d’après Galezowski, une source de contagion qui, pour peu que le voisin soit granuleux peut, de l’école, être portée dans la famille. Les taies de la cornée, le leucoma, l’albugo, sont très fréquents chez les enfants lymphatiques ou scrofuleux. L’école, qui n’y est pour rien, peut néanmoins hâter l’apparition des conséquences fâcheuses de ces affections ; pour permettre en effet aux rayons lumineux de pénétrer dans l’œil en lisant ou en écrivant, l’enfant donnera à la tête et au tronc des attitudes vicieuses dont la répétition prolongée finira par entraîner des scolioses et des difformités définitives. De plus, ces lésions de la cornée peuvent obliger les enfants à des efforts d’accommodation qui entraînent la myopie. Le remède est d’assigner aux enfants une place variable avec l’état de l’appareil visuel en leur choisissant, parmi les différentes directions d’accès de la lumière dans la classe, celle qui leur est le plus commode.
III. Rougeole. — La rougeole est incomparablement la plus fréquente de toutes les affections contagieuses de l’enfance, et l’on ne rencontre que bien peu de sujets qui n’aient pas eu à compter avec elle. Cette facile diffusion peut bien tenir en partie à une réceptivité plus grande de l’enfant pour cet exanthème, mais elle est due à coup sur, aux conditions de sa contagiosité : c’est dans les premiers jours de l’éruption, mais par dessus tout c’est durant la période d’invasion que la rougeole se transmet avec une facilité extrême. Or l’invasion, qui n’empêche pas l’enfant de sortir et de se mettre en rapport avec d’autres enfants, n’est signalée que par quelques symptômes de catarrhe des premières voies, larmoiement, coryza, laryngite, qui n’attirent pas l’attention des parents et ne font pas songer à l’isolement. Un enfant qui ne présente aucun trouble ostensible de la santé, à part ces signes de catarrhe, est déjà très contagieux, et peut, par un contact médiat de quelques minutes, infecter un grand nombre de ses camarades, à l’école, au catéchisme, dans une matinée enfantine, etc. et dix ou douze jours après, chacun des enfants contaminés et dont l’infection est encore presque latente peut devenir lui-mème l’origine d’une petite épidémie.
A moins que l’enfant ne soit devenu suspect par un contact antérieur avec un frère ou une sœur atteints de rougeole, l’isolement arrive presque toujours trop tard et le diagnostic n’est pas fait que déjà le malade a infecté ses camarades. Beaucoup de parents se font complices de ces
faciles conditions de transmission ; considérant la rougeole comme un mal nécessaire et inévitable, ils s’abstiennent volontiers de prendre aucune mesure d’isolement ; il leur parait commode d’être débarrassés d’un seul coup de la préoccupation de ce mal nécessaire. Cette façon de raisonner serait défendable si elle ne s’appliquait qu’à des enfants ayant dépassé cinq ou six ans, mais, lorsque la famille compte des sujets au-dessous de trois ans, le calcul n’est pas acceptable. On sait que la complication la plus fréquente de la rougeole est due à l’extension aux petites bronches du catarrhe initial qui peut donner lieu à une broncho-pneumonie ou à une bronchite capillaire ; or, il n’est pas indifférent d’être atteint de complications broncho-pulmonaires à deux ans ou à quatre, et chez le jeune enfant la broncho-pneumonie est redoutable et cela d’autant plus qu’il est plus jeune ; si bien que la maladie absolument fatale au-dessous d’un an, donne encore une mortalité de 50 p. 100 à un an et devient infiniment moins meurtrière à partir de 3 ans. La tuberculose est encore dans la rougeole, que l’on a qualifiée de « vestibulum tabis », une grave complication à craindre et cela, d’autant plus que l’enfant sera de souche tuberculeuse. La rougeole, on l’a dit, n’est redoutable que pour les faibles ; toutes les fois donc que, dans la famille d’un rougeoleux, il y aura des antécédents tuberculeux, ou bien que, parmi les frères ou sœurs se trouveront de très jeunes sujets ou des enfants très délicats, il conviendra de pratiquer aussitôt l'isolement, quelque minime qu’en soient les chances de réussite.
Quelle doit être, pour les convalescents et pour les suspects la durée de l’isolement? 11 va sans dire que l’isolement du convalescent ne doit prendre fin que lorsque celui-ci ne menace plus ses frères et sœurs d’un danger de contagion. Pour trancher cette question, il faut connaître la limite de la contagiosité, laquelle est loin d’être hors de doute. Cette durée est toutefois bien moindre que l’on n’est tenté de l’admettre ; elle ne paraît pas excéder 8 à 10 jours, ce qui rend bien sévère le délai de 21 jours qui est le minimum officiel pour la rentrée dans les lycées. Le contage de la rougeole s’éteint très vite et perd au bout de quelques heures sa nocivité. Si des enfants, indemnes de rougeole antérieure, pénètrent dans une chambre habitée quelques heures auparavant par un rougeoleux, la contagion ne se fait que rarement. Les objets, vêtements, jouets, ustensiles, qui ont servi à un enfant atteint de rougeole, ne gardent pas comme pour la scarlatine ou la diphtérie l’élément contagieux et dans les cas de rougeole, la désinfection paraît du luxe.
Les médecins militaires sont d’un avis contraire : pour Colin le germe rubéolique est en quelque sorte pesant ; il séjourne, s’attarde dans les locaux, dans les bâtiments où il s’est développé. Czernicki a observé un cas de rougeole grave sur un soldat logé dans une chambre qui, l’année d’avant, avait été le foyer de début d’une épidémie de rougeole, et en dépit d’une désinfection à l’acide sulfureux. Un infirmier militaire con
HYGIÈNE INFANTILE
tracte la rougeole en grattant le plancher d'une chambre habitée 22 jours auparavant par un malade atteint de rougeole. La fragilité du germe rubéolique serait donc contestable, et l’on pourrait discuter l’opinion de Sevestre qui admet que le microbe inconnu de la rougeole perd sa virulence au bout de deux ou trois jours, si la rougeole n’était une maladie extrêmement fréquente et si ces cas de contagion à longue portée n'étaient infiniment rares.
Quant aux suspects, à ceux qui ont été en contact avec des rougeoleux, ils doivent être isolés jusqu’à la limite de l'incubation qui, de 10 jours en moyenne, peut atteindre 12, 15 et même 20 jours.
IV. Scarlatine. — La contagion est la seule cause connue de la scarlatine, mais pour y être accessible, il faut une prédisposition spéciale qui manque chez un grand nombre de sujets, de sorte que le nombre des enfants ayant eu la rougeole est infiniment supérieur à la proportion de ceux qui ont été atteints de scarlatine. On trouve toujours dans le passé d’un scarlatineux, un contact avec un malade atteint antérieurement, et si l’on ne retrouve pas la trace de la contagion, on ne peut la nier, étant donnée la ténacité extrême du contage et sa facilité de transport à de grandes distances.
La porte d’entrée parait surtout résider dans les voies respiratoires, et la muqueuse du pharynx. La peau, la muqueuse digestive, le sang ne viennent qu’au second rang : la voie atmosphérique est sans doute la plus importante, car on peut prendre la scarlatine sans avoir de contact immédiat avec un scarlatineux, en respirant simplement dans son voisinage.
La contagion peut s’opérer médiatement par les vêtements, les draps, les objets qui ont été au contact des malades et par l’entremise de ceux qui les soignent sans qu’ils aient été pris eux-mêmes. Tout le monde connaît ce cas de scarlatine transportée par une lettre. Le poison scarlatineux a une ténacité extrême, et conserve sa puissance infectante beaucoup plus longtemps que celui de la rougeole. Il résiste à la dessication, et les objets qui le récèlent peuvent être contagieux durant de nombreux mois ou même des années. Il réside probablement pendant la desquamation, dans les écailles qui se détachent de la peau des malades ; c’est à cette période que la scarlatine paraît avoir son maximum de contagiosité, mais elle se transmet déjà pendant l’éruption. Il est douteux qu’elle soit transmissible pendant sa courte phase prodromique. La contagiosité persiste longtemps, elle s’étend à toute la période de desquamation et se continuerait même au-delà ; on cite un malade qui aurait infecté sa jeune sœur après sept semaines d'isolement et un autre qui aurait communiqué l’infection après 73 jours, à plus de dix semaines du début.
Le seul moyen d’arrêter la propagation est de séquestrer rigoureusement les enfants jusqu’à la fin de la desquamation. Dans une famille,
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
l’isolement d’un scarlatineux s’opère bien plus sûrement que pour la rougeole, où la contagion, si intense durant la période d’invasion, est accomplie avant que le médecin ait pu intervenir et prendre les mesures nécessaires. Ici l’éruption apparaît rapidement, après 12 ou 18 heures de maladie et la. scarlatine au début, est bien moins contagieuse que la rougeole. Pour ce qui est des élèves des lycées et des écoles, il ne suffit pas de les exclure de ces établissements durant 40 jours quand ils sont atteints, ou pendant la durée maxima de l’incubation quand ils habitent une maison infectée, ou qu’ils ont été en contact avec des scarlatineux ; il semble que s’impose ici la question de fermer l'établissement scolaire pour prévenir l’extension de l’épidémie. On évitera ainsi que des enfants atteints d’une scarlatine fruste ou qui a passé inaperçue, ou bien ceux qui apportent le contage dans leurs vêtements ne viennent transmettre le principe morbide à leurs camarades.
Le point important, une fois la séquestration opérée, est de déterminer l’époque à laquelle le scarlatineux cesse d’élaborer des éléments contagieux, c’est-à-dire où la désinfection est applicable. La désinfection des sujets guéris s’impose, en effet, avant de les admettre en libre pratique : lavages, à l’eau et au savon noir, durant 4 à 5 jours, de tout le corps y compris le cuir chevelu ; puis grand bain tiède d’une demi-heure, puis enfin, onction générale avec la vaseline boriquée. Après le dernier bain, il faut faire revêtir à l’enfant des vêtements nouveaux. Enfin il est indispensable de désinfecter la chambre et les vêtements portés par les enfants pendant la maladie: on devra détruire leurs livres et leurs cahiers, leurs jouets, etc.
La durée de l’isolement, comptée à partir de l’invasion, sera de 40 jours ; c’est la limite imposée aux élèves des lycées et des écoles avant leur rentrée au milieu de leurs condisciples.
On ne doit permettre le retour d’un enfant à l’école ou au lycée, lorsqu’il est convalescent de scarlatine, qu’après la cessation de toute desquamation. Dans quelque^ cas rares, il est vrai, la desquamation épidermique n’appartient plus à la scarlatine, elle est le fait d’une dermatite consécutive à l’exanthème, mais comme rien ne distingue cette forme, le mieux est de maintenir l’isolement, tant qu’elle persiste.
La coqueluche est une affection contagieuse, cela est hors de doute, mais l’on n’était pas fixé encore sur la nature du contage. Il est infiniment probable qu’il est de nature parasitaire, bien qu’aucun des nombreux microbes décrits comme agents pathogènes n’ait encore été démontré comme tel d’une manière évidente. Ce microbe parait résider jusqu’ici dans l’air expiré par les malades, et dans leur expectoration. Les objets souillés par cette expectoration peuvent devenir des agents de transmission. L’activité maxima de la contagion semble correspondre à la période d’acmé ; la puissance du miasme contagieux est très grande ; un enfant peut contracter la maladie après avoir joué une demi-heure, un
HYGIÈNE INFANTILE
quart d’heure ou même quelques minutes avec un coquelucheiix. Roger cite un cas presque instantané de contagion à la suite de la rencontre en plein air de deux enfants, dont l’un atteint de coqueluche.
Les malades seront isolés aussi longtemps qu’ils ne seront pas complètement rétablis, mais comme il est impossible de savoir à qqel moment la coqueluche cesse d’être contagieuse, on admet que l’isolement devra être prolongé trois semaines après la cessation des quintes caractéristiques. Quant aux suspects ils devront être écartés pendant la durée maxima de la période d’incubation qui est de 6 à 7 jours.
Y. Variole, varicelle, oreillons. — La variole est le type des maladies évitables; son préservatif par excellence est la vaccination. Lorainadit, il y a 25 ans, que l’on peut mesurer le degré de civilisation d’un peuple en tenant compte du nombre de varioleux qu’il perd. Si l’on tient le critérium pour valable, il ne place pas notre pays aux premiers rangs parmi les peuples civilisés. En France il meurt encore plusieurs milliers de varioleux ; l’Allemagne a détruit presque radicalement la variole chez elle par la pratique de la vaccination et de la reyaccination.
La variole est d’autant plus rare dans une école que les élèves se trouvent dans de meilleures conditions d’immunité ; il faut donc fajre procéder, aussi bien dans les familles que dans les écoles et les lycées, à la revaccination des enfants à partir de 5 ans. Dans un rapport de Layet, sur 6,000 revaccinations pratiquées dans les écoles de Bordeaux sur des enfants de 6 à Î4 ans, on trouve que la proportion des succès a été de 43 p. 100. Cette proportion qui est de 40 p. 100 de 6 à 7 ans, augmente à mesure que les enfants sont plus âgés, c’est-à-dire plus éloignés de la vaccination première, de 9 à 10 ans elle est de 43,5 p. 100, de 12 à 13 et au-dessus de 44,5 p. 100. L’insuccès de la revaccination de 6 à 10 ans, est imputable à la persistance de l’immunité ; mais au-dessus de 10 ans, il ne faut pas s’endormir dans la quiétude, et l’insuccès appelle le contrôle d’une deuxième revaccination.
A la suite de la variole, l’isolement s’impose, et son complément obligé consiste dans les mesures de désinfection que nous indiquons pour la scarlatine. Enfin l’entourage tout entier du malade devra s’astreindre à la revaccination. La durée officielle de l’isolement est ici, comme pour la diphtérie et la scarlatine, de quarante jours.
La varicelle étant contagieuse, exige l’isolement des sujets atteints, et bien qu’elle constitue une affection éruptive d’une rare bénignité, bien qu’elle n’ait rien de commun avec la variole et ne soit que très exceptionnellement le point de départ de complications de quelque gravité, les enfants qui en ont été atteints ne doivent rentrer au lycée qu’après un délai de 25 jours. L’incubation de la varicelle est de 8 à 10 jours ; ce n’est donc qu’après ce délai que dans les familles les suspects pourront se croire indemnes.
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
Les oreillons sont contagieux dès la fin de la période d’incubation comme l’a établi Rendu, et la contagion aurait lieu dès cette époque par l’haleine expirée. Il considère, pour cette raison, comme illusoire la quarantaine imposée aux enfants des écoles atteints d’oreillons. Mais on en peut dire autant de la rougeole et de quelques autres affections contagieuses, et si l’isolement échoue le plus souvent, les rares succès qu’il procure suffisent à justifier les mesures de prudence. Les enfants atteints d’oreillons ne doivent retourner avec leurs condisciples que dix jours après la disparition absolue de toute manifestation. La bénignité de l’affection et l’extrême rareté des complications chez l’enfant n’expliqueraient pas, dans les familles, l’omission de l’isolement ; en tous cas cette négligence serait sans excuse, si l’entourage comptait de grands jeunes gens, pour lesquels l’affection ourlienne se complique quelquefois de manifestations d’une certaine gravité.
YI. Diphtérie. — La propagation de la diphtérie constitue un péril plus menaçant de jour en jour. Depuis quelque trente ans, cette affection existe à l’état endémique dans les quatre ou cinq plus grandes villes de France et ne cesse de progresser ; elle fait maintenant plus de cinq mille victimes chaque année dans notre pays. A quelle cause convient-il d’attribuer cette augmentation ? Il est impossible de rien affirmer à cet égard. 11 parait rationnel d’incriminer la multiplication des contacts, conséquence de la facilité croissante des communications, la promiscuité des crèches, des asiles maternels, les réunions du catéchisme, les assemblées de plaisir, les rapports multipliés dans les jardins publics, les squares, les promenades, mais par dessus tout l’école.
La contagion, cela est à peu près démontré, ne s'opère pas à distance par la voie atmosphérique, mais par contact direct entre les sujets malades et les enfants sains. Le contage, représenté par le bacille de Lœffler, ne se trouve ni dans le sang, ni dans les viscères, ni dans le système nerveux ; il ne réside que dans les produits morbides locaux, fausses membranes ou liquides de jetage expulsés par le malade, qui peuvent être projetés sur les muqueuses d’un sujet sain. La transmission peut encore être opérée par des débris de fausses membranes ayant souillé des objets à l’usage des diphtériques : literie, linge, vêtements, jouets, tentures, etc. C’est là le mode de contagion le plus fréquent ; on peut contracter la diphtérie par l’intermédiaire d’un fiacre ayant transporté un diphtérique ; par un vêtement passant d’un diphtérique à un sujet sain ; par des objets ayant servi à des malades. L’exsudât est contagieux dès l’apparition delà pellicule blanchâtre qui va constituer la fausse membrane, et l’on ne doit pas perdre de vue que le bacille non seulement persistera tant que celuici existera ne fùt-ce qu’à l’état de vestige, mais que l’on a encore trouvé des bacilles dans des sécrétions de malades qui ne présentaient plus d’exsudat appréciable, et cela, 25 jours après le début de l’infection.
HYGIÈNE INFANTILE
Ce n’est pas seulement sur les surfaces malades que le bacille persiste avec sa virulence et survit à l’exsudât, mais, dans des fausses membranes desséchées et à l’air libre, le bacille peut vivre encore quatre ou cinq mois, Roux et Yersin ont vu persister pendant cinq mois la virulence de leurs cultures. On connaît des exemples sans nombre de contagion à très longue échéance, par des objets ayant servi à des diphtériques, par des vêtements portés par des malades plus de deux ans auparavant. Tout le monde sait l'histoire de ce pinceau ayant servi quatre ans avant à badigeonner une angine couenneuse et qui donna la maladie à un enfant atteint d’une simple angine catarrhale.
La diphtérie n’est pas comme la variole et la fièvre typhoïde, une maladie évitable, elle ne confère même pas l’immunité à longue échéance. Une première atteinte de scarlatine ou de coqueluche ou même de rougeole, mettent presque sûrement à l’abri des récidives, tandis que les exemples de sujets ayant eu plusieurs fois la diphtérie ne sont pas rares. La magnifique découverte de Roux et Behring qui a apporté à la thérapeutique une ressource presque infaillible contre la diphtérie n’cst pas aussi puissante pour la prophylaxie. La sérothérapie ne conférerait l’immunité que pendant l’espace de trois mois environ ; cette sorte de vaccination devrait donc être répétée à trop courte échéance pour que son application devienne d’un usage courant.
Le rôle préservateur du sérum de Roux n’en est pas moins de la plus haute valeur : les suspects, les enfants qui dans leur famille auront été au contact d’un frère ou d’une sœur diphtériques devront être traités préventivement par le sérum, et il est probable que la prophylaxie pourra être obtenue par des doses assez faibles. On ne connaît pas encore exactement les doses vaccinantes pour l’espèce humaine, mais il est presque certain que, au lieu d’une ou deux injections à la dose de 20 ou de 10cc, qui donnent lieu parfois à de l’hyperthermie, à des éruptions érythémateuses ou ortiées, etc., accidents plus inquiétants pour l’entourage que réellement dangereux, on obtiendrait l’immunité temporaire à l’aide de doses minimes de 1 ou 2ec. Peut-être même, en cas d’épidémies de maison, la sérothérapie deviendra-t-elle ainsi une mesure prophylactique couramment appliquée.
Aussitôt que, dans une famille, dans un lycée ou une école, un enfant est atteint d’une des localisations de la diphtérie, il doit être séparé des autres de la façon la plus rigoureuse. 11 va sans dire que cette mesure s’étend aux suspects, aux sujets qui ont été en contact avec les enfants contaminés. Pour les premiers, la durée de l’isolement, doit être de six semaines ; c’est là un maximum un peu sévère, mais au-delà duquel on n’a guère vu de transmission. Pour fixer la limite de l’isolement des suspects, il faut se baser sur la durée maxima de l'incubation, généralement très courte. En France, on admet qu’elle est de trois à cinq jours, mais on l’a vue durer 15 jours: il faut donc, pour n’avoir rien
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
à redouter, porter à 20 jours la durée de l’isolement; encore ce délai serait-il insuffisant si l’on tient compte de deux faits signalés par J. Bergeron,en 1874, et dont l’incubation aurait duré trois semaines. L’isolement devra être suivi de deux ou trois bains savonneux et de frictions générales. Il faudra d’ailleurs, même après la guérison apparente et lorsque toute trace appréciable d’exsudat aura disparu, continuer, comme pendant la maladie, les lavages avec une solution très légère de sublimé. Les personnes qui auront été en rapport avec le malade devront également s’astreindre à ces irrigations. D’Espine, de Genève, considère comme étant la plus efficace pour la désinfection des premières voies, de la bouche et du pharynx, une solution d’acide salicylique très faible aux 2/1000.
Une sage précaution, bien qu’un peu rigoureuse, pour enrayer l’extension du mal, dans l’école ou le lycée, aussitôt l’apparition d’un cas de diphtérie ou même d’angine douteuse, consisterait à examiner chaque jour la gorge de tous les enfants et à éloigner, sans hésiter, tout écolier qui prêterait au moindre doute. Après plusieurs cas avérés, le licenciement s’imposerait pour empêcher la classe de devenir un foyer d’épidémie.
La désinfection doit s’étendre à tous les objets qui ont servi aux malades, linge, literie, vêtements portés pendant la maladie, livres, ustensiles de table, de toilette, jouets, etc. La chambre avec ses boiseries, ses rideaux, ses tentures ne doit pas être omise. Le bacille ne résistant pas à quelques minutes d’exposition à l’humidité avec une température de 58°, un simple ébouillantement stérilisera à coup sûr le linge et les objets qui pourront y être soumis. La literie, les vêtements et tous les objets transportables seront traités à l’étuve à vapeur sous pression ; le parquet, les murs, les boiseries seront lavés au sublimé.
Si malgré les mesures prises au lycée, pour l’exclusion des suspects, la maladie continue à se montrer dans les classes, l’établissement devra être licencié et les locaux subiront les mesures de désinfection les plus minutieuses. Alors, mais seulement alors, les élèves pourront rentrer aux conditions que nous avons indiquées pour les convalescents et les suspects.
En Angleterre, de par la loi, le malade peut être enlevé de chez lui pour empêcher la contagion de gagner l’entourage. Il y a peu d’années, Gibert (du Havre) a montré comment la diphtérie a pu diminuer de plus de moitié, dans la ville, grâce à l’organisation de la brigade sanitaire qui pratique la désinfection des logements. On est arrivé à ce résultat sans aucune sanction légale, et par simple persuasion.
YII. Fièvre typhoïde, tuberculose. — La fièvre typhoïde ne peut guère se propager par la voie de l’école ; quand le malade en arrive à émettre des produits contagieux, il est forcé de rester chez lui ; avant donc d’incriminer l’école, il convient de se rappeler que pour la fièvre typhoïde, l’infection se transmet surtout par la voie digestive et que la seconde enfance, qui est l’âge de la vie où l’on compte la plus grande
Encyclopédie d’hygiène. — VIII. 18
HYGIÈNE INFANTILE
proportion de fièvres typhoïdes, est aussi celui où l’on boit le plus d’eau et avec le moins de précautions. On sait que la fièvre typhoïde est une des rares maladies évitables et que pour s’en affranchir il suffit de boire de l’eau d’une pureté absolue et d’envoyer à l’égout toutes les souillures de la maison. Dans les internats, la contagion peut être directe, car on a trouvé le bacille d’Eberth dans l’atmosphère des salles, mais il faut, pour qu’il y ait contagion, que ce contact soit très prolongé, encore ces cas de transmission par la voie pulmonaire sont-ils très rares.
La tuberculose est une maladie parasitaire et contagieuse. Le microbe agent de la contagion existe surtout dans les poussières que produisent après dessication les crachats des phtisiques et le pus des plaies tuberculeuses. La contagion a lieu principalement par la voie pulmonaire, mais ce n’est pas l’air expiré par un phtisique qui en fournit les éléments ; Straus a établi que l’air expiré par les tuberculeux est bactériologiquement pur. C’est surtout l’inspiration des poussières provenant de crachats desséchés sur le sol ou sur un tapis, qui mêlent à l’air de la chambre les bacilles de Koch, lesquels infectent les sujets sains par les voies respiratoires. L’air peut de même déposer les bacilles sur la muqueuse du pharynx et du vestibule laryngé, laquelle, grâce à son réseau lymphatique très fourni, peut donner lieu à des adénites cervicales tuberculeuses.
La vie scolaire prédispose à la tuberculose pulmonaire en faisant vivre les élèves dans un air insuffisamment renouvelé et chargé de miasmes organiques, les leucomaïnes, véritable poison humain. Brown Séquard a établi que les animaux qui y sont soumis sont en état de réceptivité pour les germes pathogènes, dont l’absorption et la pullulation sont favorisées par cette intoxication ; le manque d’exercices physiques, en laissant inactives certaines parties du poumon et notamment les sommets, que leur vitalité moindre livre sans défense au développement des microorganismes, agit dans le même sens. Ces conditions sont surtout celles des filles, dont le genre de vie exagère les inconvénients inhérents à la sédentarité. Toutefois la contagion dans les internats est rare et il faut qu’elle soit favorisée par un mauvais terrain. Le plus sûr moyen de prévenir la contagion est de détruire par l’eau bouillante ou par le feu les crachats avant leur dessication.
La contagion a donc lieu surtout par la voie pulmonaire, mais il y a d’autres portes d’entrée, et notamment le tube digestif ; le parasite peut se trouver dans le lait des vaches tuberculeuses qui sont très communes dans les grandes villes où ces animaux passent leur vie à l’étable ; il est donc prudent de n’user du lait, lorsqu’il est de provenance douteuse, qu’après l’avoir fait bouillir, bien que le lait cuit soit d’une digestion moins facile que le lait non bouilli. On a signalé également la propagation de la tuberculose par l’usage des fromages fermentés.
VIII. Teignes. — Un certain nombre d'affections parasitaires du cuir
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
chevelu ou de la peau sont transmissibles et ont pour foyer de contagion non seulement les écoles, mais en s’élevant dans la hiérarchie sociale, les pensions, les lycées, et même les cours particuliers fréquentés par les jeunes filles des classes moyennes et élevées. Telles sont les diverses variétés de teignes, favus, teigne tondante, herpès circinné, pelade. On peut aussi contracter à l’école certains impétigos ou eczémas, enfin les parasites cutanés, les poux, la gale.
La teigne faveuse est un peu plus commune chez les garçons que chez les filles, ce qui tient sans doute à leur genre de vie qui les expose davantage aux affections contagieuses. D’après Bazin, la maladie atteint surtout les enfants lymphatiques et scrofuleux. Comme pour la teigne tondante, la contagion est la seule cause déterminante du favus ; elle peut procéder d’un contact direct, ou être transmise par l’air chargé de fines poussières provenant des croûtes faviques; mais d’ordinaire, elle a pour intermédiaire un peigne, une brosse à cheveux ou un objet quelconque sur lequel se sont déposées les spores de l’achorion. Il est rare de l’observer chez les enfants bien tenus et propres, aussi est-il beaucoup plus commun dans les campagnes que dans les grandes villes. Il est aussi fréquent dans les populations malheureuses, parce que sans doute, à la campagne, la contagion par les animaux (le chat, le lapin, la souris, le rat) en multiplie les sources, mais surtout à cause de la saleté et de l’incurie complète propres aux campagnards ; ici les soins manquent, tandis que chez les enfants des villes la chevelure est peignée et brossée et que si, malgré la surveillance, ils deviennent malades, on leur donne de suite les soins convenables. Dans beaucoup de régions, les soins spéciaux manquent encore, et les populations rurales ne trouvent pas au chef-lieu de traitement spécial institué. Feulard a établi que le favus, maladie encore assez répandue en France au début du siècle, tend à disparaître grâce aux progrès de l’hygiène et du bien-être. Il est arrivé à cette conclusion en compulsant les statistiques publiées annuellement par l’administration de la guerre, et donnant la proportion des conscrits refusés pour affections contagieuses du cuir chevelu. La teigne est, à tort sans aucun doute, considérée comme cause d’exemption, ce qui porte nombre d’individus à entretenir avec soin leur maladie pour échapper au service militaire.
Le favus est plus contagieux que la teigne tondante, et plus commun qu’elle dans les campagnes ; les plaques soufrées qui recèlent les spores les laissent échapper sous forme de poussières qui flottent dans l’air et vont porter le contage à distance : en revanche, la durée du favus est beaucoup moindre et le traitement en a plus facilement raison.
La teigne tondante (herpès tonsurant ou trichophytie, et l’herpès circinné qui en est la localisation cutanée, gont fréquents dans les populations rurales pour les mêmes raisons que le favus, mais à un moindre degré. Toutefois la trichophytie est encore plus commune dans les villes ;
HYGIÈNE INFANTILE
l’incurie et la malpropreté en favorisent l’éclosion, mais la seule cause déterminante est la contagion. Celle-ci peut être d’origine animale (veau, bœuf) ; elle peut ausssi résulter d’un contact direct, ainsi un sujet atteint de sycosis peut transmettre l’herpès circinné à un enfant par embrassement. Les enfants portent à l’école la contagion qui peut rester quelque temps latente et se propager insidieusement ; les sujets contaminés sont renvoyés chez eux, mais dans les campagnes ils restent sans traitement et peuvent demeurer ainsi des années sans recevoir l’instruction primaire. Il y a le plus grand intérêt, on le voit, à ce que l’instituteur apprenne à reconnaître les teignes de façon à couper court au plus tôt à l’extension de la maladie.
La pelade, relativement moins fréquente que les autres variétés de teignes, se rencontre plus spécialement chez l’enfant de six à douze ans : c’est une affection de la peau qui, comme son nom l’indique, se traduit par la chute des cheveux et des poils. C’est une dénudation, une calvitie absolue de tous les points atteints ; au niveau des plaques de pelade, la peau est à nu et tranche par sa blancheur et sa décoloration sur les parties voisines. Quand ces plaques sont étendues elles rappellent par leur couleur et leur aspect lisse, la surface d’une bille de billard.
Quelle est la nature de la pelade, est-elle contagieuse '! C’est une question qui n’est pas encore tranchée. Un grand nombre d’auteurs ont signalé des micro-organismes qu’ils regardaient comme la cause de la maladie, mais ces micro-organismes différaient les uns des autres ; de sorte que Cornil a pu affirmer que l’on ne connaît pas le champignon parasitaire de la pelade. Il est exact, d’ailleurs, et accepté par tous les médecins qu’elle peut survenir d’emblée à la suite d’une vive émotion ; on a vu aussi des alopécies partielles identiques comme aspect à celles de la pelade succéder à la destruction accidentelle ou expérimentale des nerfs destinés au cuir chevelu. D’autre part il paraît démontré que la pelade est en certains cas positivement contagieuse ; des coiffures, des peignes, des tondeuses l’ont à coup sûr transmise. Des pompiers de la ville de Paris qui couchent au corps de garde sur des sommiers, en ont été infestés et l’on n’a mis fin à l’épidémie qu’en obligeant chacun d’eux à apporter pour se coucher une serviette propre qu’il épinglait à la tête du sommier. Les uns ont donc admis, avec Aug. Ollivier, que la pelade est une trophonévrose non contagieuse, d’autres, avec le professeur Hardy, qu’elle est contagieuse et parasitaire, encore qu’on n’en ait pas isolé l’élément spécifique. Il est probable que ces opinions si différentes contiennent chacune une partie de la vérité et qu’il existe deux maladies, différentes d’origine, identiques d'aspect, qui sont confondues sous le même nom. Il y a un trop grand nombre de faits de contagion bien observés et indéniables pour que celle-ci puisse être mise en doute. Toutefois, un caractère spécial à la pelade est que la contagion est beaucoup moins marquée que pour les teignes proprement dites, et qu’on l’a vue manquer dans un grand nombre de faits au milieu des circonstances les plus propres à la produire.
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
La pelade est, comme la tondante et plus qu’elle encore, insidieuse au point de vue de la transmission, parce que plusieurs petites plaques, cachées sous les cheveux, peuvent exister très longtemps à l’insu des parents et constituer un foyer de contagion dont on ne se défie pas.
Toutes les teignes sont propagées plus activement par le fait de la substitution des coiffures, par la superposition et l’accumulation des coiffures et des vêtements à des porte-manteaux voisins, et surtout placés au-dessus les uns des autres. A ce point de vue, les cours particuliers, où nombre de jeunes filles de la classe moyenne font maintenant leur éducation, sont fréquemment des foyers de contagion, et, consulté dans ce milieu, sur la nature d’une plaque dénudée, le médecin, qui n’avait encore vu de teignes qu’à l’hôpital ou dans la clientèle pauvre, se raidit contre l’évidence, obligé de faire un effort pour s’avouer que sa cliente est teigneuse, et de s’ingénier à trouver un euphémisme qui traduise à la mère cette catastrophe, sans employer le mot technique. Une source commune de transmission est la fâcheuse habitude des gens chargés de la toilette des enfants, de peigner et de brosser plusieurs d’entre eux avec les mêmes engins. On signale encore la transmission par les masques d’escrime.
Gibert (du Havre) cite un mode de transmission qui, à coup sur, n’est pas banal : Un jeune homme, pour dissimuler sa calvitie, due à un certain nombre de plaques de pelade, portait une perruque dont sa sœur se coiffait par gaminerie, ce qui suffit à lui donner la teigne.
Pour prévenir la contagion de la pelade, sans cependaut entraver l'instruction de jeunes gens atteints d’une maladie dont la transmission n’est pas fatale et dont l’évolution est souvent assez longue, l’Académie de médecine conseille l’adoption des mesures ci-après :
« Les jeunes peladiques ne pourront être admis que sur la présentation d’un certificat d’un médecin de l’établissement attestant la possibilité de recevoir le sujet. Ils seront séparés des autres pendant les classes rt isolés pendant les récréations. Si la présence d’un de ces malades admis ou conservés par tolérance venait à occasionner des cas nouveaux, la tolérance cesserait aussitôt.
Pour préserver les sujets sains, les contacts immédiats seront évités en obligeant les peladiques à maintenir leur tête couverte ou au moins la partie malade. Les autres élèves seront prévenus de n’employer aucun objet appartenant à leurs camarades et particulièrement les objets qui ont été en rapport avec la tête ou la face de ceux-ci.
L’échange des coiffures, cause fréquente de transmission, sera sévèrement interdit. Les objets de toilette du malade lui seront exclusivement réservés, ainsi que sa literie, spécialement les oreillers et traversins.
Enfin, comme mesure de prophylaxie générale, l’Académie, tout en laissant au médecin traitant sa liberté complète, demande que, pendant toute la durée de la maladie, les élèves aient les cheveux tenus courts sur toute la tète ; chaque matin, les parties malades seront exactement lavées
HYGIÈNE INFANTILE
à l’eau chaude et au savon, sans préjudice des moyens thérapeutiques que le médecin jugera utile d’appliquer et dont il conserve la plus libre disposition. Ces mesures ont pour but d’éliminer régulièrement de la surface de la tête tout élément qui y serait déposé et qui pourrait être un agent de transmission ; elles sont absolument de rigueur. Il sera prudent de les continuer longtemps après la guérison confirmée, non seulement pour assurer celle-ci, mais encore pour prémunir les sujets sains contre la contamination directe ou indirecte, au cas très fréquent de guérison imparfaite ou de récidive. Enfin tous les objets ayant été en contact avec la tête des peladiques seront désinfectés, sinon détruits. Cette mesure est nécessaire, même pour le peladique qui peut être réinfecté par sa propre coiffure (1). »
Le parasite de la gale est rarement transmis à l’école ; pour qu’il passe d’un sujet contaminé à un sujet sain, il faut un contact prolongé; le sarcopte, d’ailleurs, est noctambule et ne quitte guère son sillon que la nuit, aussi, le mode de contagion de beaucoup le plus commun, c’est le partage du même lit ; ce qui explique la bien plus grande fréquence de la gale durant l’hiver, les malheureux faisant alors lit commun par économie.
L’impétigo ne passait pas naguère pour être habituellement contagieux ; un grand nombre d’auteurs soutiennent aujourd’hui sa contagiosité. On est disposé maintenant à en admettre deux variétés, l’une non transmissible, se montrant sur les enfants lymphatiques ou scrofuleux, l’autre, impétigo contagiosa, une des formes les plus transmissibles dans les écoles. L 'eczéma impétigineux , X impétigo granulata ou teigne granulée doivent être spécialement surveillés.
Il n’est pas douteux maintenant que certaines formes d’impetigo du cuir chevelu ou de la face sont contagieuses par le contact des surfaces malades, ou par le transport à des surfaces saines du suintement morbide, à l’aide des doigts qui en sont souillés. Les petits malades s’inoculent par le grattage de parties saines. Tilbury Fox a souvent inoculé l’impetigo avec succès, et Vidai, dans la moitié des cas, a réussi à renouveler le mal sur le sujet même qui le portait.
Les poux se transmettent chez les enfants avec une grande facilité et grâce à une pullulation rapide, les affections pédiculaires sont très communes chez les enfants. L’irritation qu’ils provoquent détermine l’apparition d’affections dégoûtantes du cuir chevelu et de la peau, impétigo, eczéma, prurigo, etc. Il en résulte des engorgements ganglionnaires. L’insomnie qu’ils déterminent est une cause de dépérissement et de marasme pour les enfants. Pour s’en débarrasser il faut non seulement détruire les poux, mais aussi leurs œufs adhérents aux cheveux et qui éclosent successivement.
(1) Circulaire de M. le Ministre de l’instruction publique aux recteurs sur les prescriptions relatives aux élèves atteints des maladies contagieuses, mars 1800.
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
L’indication, comme pour toutes les affections parasitaires, c’est l’exclusion de l’école, jusqu’à guérison complète, des enfants contaminés. Les enfants qui sont simplement porteurs de poux devront eux-mêmes être exclus jusqu’à nettoyage complet. Pour éviter la diffusion de la teigne on devra proscrire, au vestiaire, les porte-manteaux superposés et tenir la main, autant que faire se peut, à ce que chaque élève ait le sien, de façon à éviter les substitutions de coiffures.
IX. Affections de l’ouïe. — Les recherches de Weil, de Samuel Sexton, de Moure, de Gellé ont établi l’extrême fréquence des troubles de l’audition chez les élèves des écoles primaires. A Stuttgart, Weil a examiné, au point de vue de l’ouïe, 4,500 enfants de 7 à 14 ans et placés dans les conditions sociales les plus diverses. Dans les écoles primaires, 30 p. 100 des enfants entendent mal d’une oreille ou des deux, et la proportion des cas de simples anomalies de l’audition est bien plus considérable. A cet égard, les enfants de familles aisées sont dans des conditions meilleures que ceux des familles pauvres. La proportion des troubles de l’ouïe croit avec l’âge. Chez 2 p. 100 des enfants observés il y a perforation du tympan ; chez 15 p. 100, une accumulation decerumen qui recouvre le tympan. Ce sont là, pour la classe, des faits très importants ; les enfants qui ont de l’obtusion de l’ouïe, ne peuvent suivre la leçon avec fruit que s’ils sont placés près du maître. Il est à désirer qu’à leur entrée à l’école et de temps en temps ils soient examinés au point de vue de l’ouïe par l’instituteur ou par le médecin de l’école, ce qui permettra d’éviter aux enfants des reproches immérités et de prendre les mesures nécessaires pour les mettre à même de suivre la leçon.
Les lésions de l’appareil auditif procèdent de causes variées : basses températures des classes, action de courants d’air froids par les fentes des fenêtres, maladies propres aux écoliers, rougeole, diphtérie et au premier rang, scarlatine. Gellé a établi que, sur 20 à 25 p. 100 des élèves, l’ouïe est assez abaissée pour nuire à l’intelligence des leçons. Un grand nombre d’enfants sont hors d’état de subir l’épreuve de la dictée au tableau et d’écrire, sans fautes dues à l’audition imparfaite, une dictée faite par l’instituteur placé à huit mètres derrière l’élève. Gellé a mis en relief cette particularité intéressante : de 12 ans 1/2 à 13 ans 1/2, chez les filles, on constate une brusque augmentation du nombre des cas de surdité, ce qui concorde avec ce que l’on sait de la surdité chez les grandes filles, qui est toujours plus tranchée au moment des règles.
Moure (de Bordeaux) a constaté que, sur 616 enfants atteints de surdité plus ou moins marquée, 500, au moins étaient parfaitement curables, à la condition de ne pas attendre pour les soigner que les lésions se soient aggravées avec le temps. La lésion la plus commune est un catarrhe chronique de la trompe et de la caisse du tympan avec poussées congestives. Joël de Lausanne confirme les recherches de Moure ; comme lui il
HYGIENE INFANTILE
attribue la surdité à des lésions catarrhales, et comme lui les croit curables, il y a donc, au point de vue de la surdité, un sérieux inconvénient à construire des classes trop étendues, car non seulement les écoliers affectés d’obtusion auditive ne peuvent entendre le maître, quand ils sont placés trop loin de lui, mais ils ne peuvent distinguer les mouvements de ses lèvres qui, comme on sait, aident si manifestement les sourds à comprendre la parole.
Si donc, examiné à son entrée à l’école, l’enfant ne perçoit la parole qu'à trois mètres, il devra être assis à une table voisine de l’instituteur. Le maître sera placé bien en vue et évitera de dicter en déambulant de long en large à travers la classe.
Nous parlons ailleurs des soins à accorder aux dents, et de la surveillance qu’elles exigent, nous n’y insisterons pas ici.
Les maladies scolaires sont, à quelques nuances près, les mêmes pour les filles et pour les garçons ; nous avons suffisamment insisté sur les déviations du racliis, bien plus communes chez les filles, nous en avons donné les raisons. La cause la plus active de la scoliose, chez elles, c’est l’écriture Anglaise à laquelle on les astreint parce que l’on tient beaucoup à leur donner une écriture correcte et que l'attitude que leur impose l'Anglaise agit puissamment pour dévier le rachis. (Juant à la myopie, elle est, comme fréquence relativement à l’autre sexe, dans un rapport inverse, parce que les jeunes filles ne sont pas soumises à un entraîne ment scolaire aussi exagéré et qu’elles n'ont à faire ni épures ni dessins au tire-ligne. Elles s’occupent il est vrai à des ouvrages à l'aiguille ou au crochet, tapisseries, broderies, etc., qui obligent à de pénibles efforts d’accommodation, mais sont d’un usage moins général. D’après Colin, de Breslau, d’une statistique portant sur un chiffre important de 40,000 élèves, il résulte que la proportion des myopes dans les écoles de filles est de 10 à 23 p. 100, tandis que pour les garçons des gymnases et des écoles réales, dans les deux dernières années d’études, le chiffre va de 34 à 60 p. 100. La myopie n’a pas non plus, pour les filles, les mêmes fâcheux résultats qu’elle entraîne pour les jeunes gens, obligés de renoncer aux carrières qui exigent une bonne vue.
Certaines affections, comme la phtisie, les névroses, la chlorose, les troubles digestifs sont, chez elles, le résultat de la vie sédentaire bien plus absolue dans le sexe féminin. Dans les pensionnats et les couvents, l’aménorrhée est d’une déplorable fréquence, et, lorsque cet état se prolonge, il amène fatalement la chlorose et le nervosisme, avec l'inappétence et lu dyspepsie. Ces troubles procèdent de la vie renfermée et du manque presque complet d’exercice. Cette sédentarité, la vie en commun au dortoir avec des compagnes atteintes de tuberculose, la rumination d’un air confiné et vicié par la respiration d’un grand nombre de personnes peuvent amener la phtisie chez les jeunes filles saines, mais, c’est, plutôt à quelque prédisposition héréditaire qu’en est liée
HYGIÈNE DE LA SECONDE ENFANCE
l’éclosion. Les cas de contagion de la tuberculose sont rares, mais moins dans les pensionnats que dans la famille. L’évolution de la phtisie dans les internats, quelle que soit son origine, a lieu souvent chez les filles avec une effrayante rapidité.
X. Service médical des internats. — Un médecin doit être attaché aux lycées et aux autres internats. Ses fonctions consistent d’abord à traiter toutes les affections médicales ou chirurgicales qui sont soignées dans l’établissement ; en second lieu, et c’est là la partie la plus élevée de son rôle, le médecin doit donner son avis sur toutes les questions d’hygiène et de prophylaxie qui intéressent les élèves et que l’on ne saurait résoudre sans son assistance ; il doit provoquer toutes les modifications au régime intérieur de l’internat, qui sont de sa compétence, et en surveiller l’exécution.
Pour le traitement des maladies et des accidents, il doit être assisté et suppléé par un élève en médecine habitant l’établissement, quand celui-ci est assez important. Il serait préférable que le médecin habitât la maison, mais cette manière de faire, si avantageuse pour les élèves, n’est plus guère dans nos mœurs et constitue une très rare exception. C’est là un fait regrettable, car, entre deux visites consécutives du médecin, il s’écoule près de 24 heures, et dans cet intervalle il peut se présenter bien des maladies subites où des questions imprévues, des cas fortuits qui exigent une intervention rapide ou une décision immédiate.
Outre 1 elève en médecine attaché à l’établissement, une hospitalière religieuse ou laïque surveille l’exécution des prescriptions. Il est d’usage que la visite médicale ait lieu le matin. Avant l’arrivée du médecin, une liste a été dressée des élèves qui ont à le consulter, et, à son arrivée, les élèves défilent tour à tour dans son cabinet, sont examinés par le médecin qui, s’il y a lieu, fait une prescription consignée sur un registre spécial. Ceux qui présentent les signes avant-coureurs d’une affection contagieuse sont isolés dans une des chambres annexées à l’infirmerie. Ces consultations ne sont pas toutes sérieuses, elles servent de distraction à un bon nombre d’amateurs désireux de se ménager un intermède aux occupations sérieuses : elles sont néanmoins très utiles en ce qu’elles permettent de traiter efficacement quelques malaises réels, de prévenir quelquefois à temps une maladie grave ou d’empêcher la diffusion d’une affection contagieuse, en isolant d’abord jusqu’à ce qu’ils retournent dans leur famille les élèves qui en sont atteints.
Avant ou après sa consultation, le médecin voit les malades alités au dortoir ou à l’infirmerie.
Le médecin de l’internat doit revoir à leur rentrée dans l’établissement les élèves qui ont été écartés comme atteints d’affections contagieuses, il doit les examiner avec soin pour s’assurer qu’ils sont guéris ; que ceux qui ont été atteints de fièvres éruptives ne présentent plus traces dp
HYGIÈNE INFANTILE
desquammation ; que les coquelucheux n’ont plus de quintes, que les diphtériques ou ceux qui ont été atteints d’autres contagions ont passé hors de l’établissement le délai applicable à chacune d’elles pour garantir contre les chances de contagion. En ce qui concerne les externes, le médecin du lycée doit à leur rentrée de convalescence faire une enquête rigoureuse pour se mettre à l’abri des certificats de complaisance émanés du médecin de la famille et attribuant à l’élève une maladie non contagieuse qui permettrait sa rentrée plus prompte et l’exempterait de subir les délais applicables à l’affection contagiense qu’il a réellement subie.
11 entre encore dans les attributions du médecin de l’internat de prescrire les régimes spéciaux ou de contrôler l’opportunité de ceux qui ont été prescrits par le médecin de la famille des élèves ; d’interdire ou d’autoriser leur participation à certains exercices violents que des susceptibilités fonctionnelles spéciales, ou des lésions organiques du cœur rendraient dangereux ; de prescrire la revaccination à l’entrée de l’écolier, ou bie>p en temps d’épidémie ou des revaccinations périodiques lorsque le délai qui s’est écoulé depuis la précédente vaccination rend l’immunité douteuse.
Pour que le médecin soit suffisamment renseigné dans ces diverses circonstances, il serait fort important qu’il établit à l’entrée de l’élève, après enquête et examen minutieux, le dossier des antécédents pathologiques.