HÔPITAUX VENTILÉS NATURELLEMENT
Morts. Malades.
Moyenne 1.224
Les inconvénients, les difficultés de la ventilation artificielle sont une nouvelle raison de généraliser les pavillons, bien indépendants, sans étages, dans lesquels la ventilation peut se faire aisément en même temps que le chauffage. C’est ce qu’on a pu faire à Bourges, à Montpellier. Combien est plus compliqué, par contre et plus dispendieux le chauffage d’un bloc aggloméré comme l’Hôtel-Dieu de Paris.
Au nouvel Hôtel-Dieu (1), l’air propulsé par 4 ventilateurs mus par la vapeur a préalablement, comme à Tenon du reste, passé à travers des trous garnis de coton qui doit être changé souvent et brûlé sur les grilles des générateurs de vapeur. L’air est échauffé avant d’arriver dans les salles par des poêles à eau placés au dehors. Chacun des ventilateurs peut faire pénétrer en moyenne 49,000 mètres cubes d’air par heure. Ceux-ci se composent de cinq grands cylindres juxtaposés dont les parois sont cannelées pour en augmenter la surface ; à l’intérieur de celui du milieu se trouve un serpentin dans lequel circule la vapeur ; les cylindres communiquent entre eux et sont remplis d’eau chauffée par la vapeur du serpentin. Chacun de ces poêles contient 900 litres d’eau à 60 ou 65 degrés, il est entouré d’un double manchon en tôle formant à l’air deux conduits dans l’un desquels il est en contact direct avec la surface des cylindres à ailettes, sur laquelle il se charge de calorique, tandis que dans l’autre, placé entre le premier et l’extérieur, il conserve à peu près sa température primitive. Un registre placé sur le trajet de l'air avant son arrivée au poêle règle son admission dans l’appareil de même qu’au-dessous de celui-ci se trouvent des vannes qui permettent, en laissant passer plus ou moins d’air chaud et d’air froid, de régler la température des salles à tous les étages et d’une façon indépendante pour chacune d’elles. Cet air pénètre dans les salles par trois orifices placés au centre des planchers et surmontés, au moins dans certaines d’entre elles, de poêles en fonte qui permettent aux malades de se chauffer pendant la saison froide. Dans d’autres salles, au contraire, les bouches d’arrivée, placées au niveau du plancher, sont simplement recouvertes d’une grille. L’évacuation de l’air se fait par des bouches, naturellement plus nombreuses et plus petites que les bouches d’entrée et placées sur les parois verticales
Saint-Antoine.
Hôtel-Dieu
Pitié
Cochin
Charité
(1) Dr Boisseau, loc. cit.
HOPITAUX ET HOSPICES
de chaque pièce, Ces bouches sont au nombre de 1(5 (8 de chaque côté) par salle de 24 lits ; en réalité, il y en a 16 à la partie supérieure de la pièce et autant à la partie inférieure presque au niveau du plancher, les premières devant servir exclusivement pendant l’été, les secondes pendant l’hiver. Cette disposition est rendue nécessaire par ce fait que l’air vicié par la respiration et la combustion est plus léger que l'air ordinaire, et que la bouche de sortie doit être placée au niveau où l’air est le plus vicié. Malheureusement ce niveau est aussi celui où se rassemble l’air chaud en hiver et, comme en cette saison le chauffage devient la principale préoccupation, on évacue l'air par les bouches inférieures pour conserver le calorique.
L’air est, en fin de compte, évacué par de grandes cheminées d’appel qui surmontent les bâtiments au nombre de six et à la partie supérieure desquelles sont installés des poêles à vapeur qui déterminent le tirage. Pour arriver dans ces cheminées l’air suit un trajet un peu différent suivant qu’il est évacué par les bouches d’été ou les bouches d’hiver : dans le premier cas, il est conduit dans les cheminées d’évacuation par le chemin le plus court et le plus direct ; dans le second cas, au contraire, il parcourt une galerie pratiquée dans l’épaisseur des murs et dans toute la hauteur de la salle (1). Le prix de revient de ces appareils n’a pas été moindre de 500,000 à 600,000 francs. Les poêles à eau chauffés par la vapeur présentent de réels avantages hygiéniques et économiques, mais il sera toujours difficile, sinon impossible, de régler le système de vannes assez exactement pour introduire la quantité d’air froid et d’air chaud nécessaire pour maintenir la température des salles à 18 degrés. Les bouches d’évacuation ont 25 centimètres de côté, soit 0mu,0625 de section qui, réduite d’un tiers par le fait du grillage, égale sensiblement 0mti,04. La vitesse d’écoulement de l’air étant de lm,05 par seconde, la quantité d’air écoulé est de 0,104 x 1,05 = 0,6720 ; en multipliant ce chiffre par 3600, on a la quantité d’air débitée dans une heure. Cette quantité est de 2419 mètres cubes, soit environ 100 mètres cubes par heure et par malade dans une salle de 24 lits. Malgré ce chiffre élevé, il eût été préférable de ne pas placer les grillages ; le débit d’air eût été plus considérable et la vitesse d’évacuation moindre, ce qui eût été un double avantage.
On a proposé d’introduire dans les salles non seulement de l’air chauffé par les calorifères, mais un air plus ou moins chargé de vapeurs désinfectantes, d’oxygène artificiellement préparé, d’ozone, etc. Nous mentionnons le fait sans même citer un de ces multiples procédés, car ce qu’il faut aux malades c’est de l’air pur, naturel, sans préparation chimique, comme sans surélévation de sa température.
C’est pour cela que la question du chauffage des salles d’hôpital ne peut pas, par exemple, être résolue par les calorifères à air chaud. Il y a
(1) Dr Du Gazai., La ventilation du nouvel Hôtel-Dieu ( Gazette hebdomadaire ), 1878. Encyclopédie d’hygiène. — V. 28
pourtant une exception possible pour les hospices. — On sait que M. Emile Trélat a proposé pour les dortoirs qui ne doivent être habités que la nuit de les chauffer par de l’air surchauffé, toutes fenêtres closes, puis, quand les parois sont suffisamment réchauffés et rayonnent de la chaleur, d’aérer pendant quelque temps par la large ouverture des fenêtres. Il va de soi qu’un tel système ne saurait être accepté pour des malades ; mais dans les hospices où l’on reçoit des vieillards ou des infirmes, les dortoirs doivent être abandonnés complètement pendant le jour et il doit être absolument interdit de séjourner ailleurs que dans les promenoirs, réfectoires, salles de réunion. Si un des hospitalisés a besoin de son lit pendant le jour, sa place est dans l’infirmerie spéciale de l'hospice, qui est un véritable petit hôpital et doit être agencé, servi et chauffé en conséquence. Il suit de là que, dans un hospice bien tenu, les locaux ne sont pas tous simultanément occupés, mais alternativement, et qu’on peut employer l’air chaud à réchauffer les parois dans ces locaux pendant qu'ils sont vides, à la condition de les aérer, avant et après, par l’ouverture des fenêtres.
Les appareils de chauffage par la vapeur et par l’eau sont aujourd’hui ceux qui paraissent devoir être préférés pour les grands hôpitaux.
Nous indiquerons pour plusieurs hôpitaux dont nous donnerons plus loin la description, le système de chauffage adopté. Donnons ici la description, d’après Hudelo (1), du système de chauffage installé à l’hôpital Tenon :
Les appareils de chauffage sont des poêles à eau chauffés par la vapeur; ils sont formés de tuyaux verticaux à nervures; les uns sont à neuf tuyaux, les autres à cinq; les appareils à neuf tuyaux sont enfermés dans une chambre en maçonnerie de 2m 70 de long sur 98 centimètres de large; les tuyaux ont un diamètre intérieur de 25 centimètres; leur diamètre extérieur est de 266 millimètres, les cannelures ont une saillie de 5 centimètres. Chaque tuyau a une hauteur totale de 3m 20; il est formé de deux manchons cannelés réunis par un joint de caoutchouc; le premier manchon a une hauteur totale de lm 20 ; la hauteur du second, placé au bas du tuyau, est de lm80 ; chaque manchon présente à chacune de ses extrémités une partie lisse de 10 centimètres de hauteur, le reste de sa hauteur est occupé par les cannelures. Le tuyau est complété par deux chapeaux lisses, l’un en bas, l’autre en haut, dont la hauteur est de 10 centimètres. Chaque chapeau est muni d’une tubulure ayant 50 millimètres de diamètre intérieur et 80 de hauteur. Les tubulures inférieures ainsi que les tubulures supérieures, sont reliées par un tube en cuivre rouge de 8 centimètres de diamètre intérieur formant une couronne allongée; la couronne supérieure porte deux petits robinets destinés à l’évacuation de l’air; aux deux extrémités de chaque couronne sont des
(t) Péclet, Traité de la chaleur, 4e édition, par A Hudelo. — Paris, G. Masson, 1878.
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tubulures destinées à relier entre eux par des tubes tous les appareils d’un même bâtiment. La circulation intérieure communique avec un vase d’expansion placé au rez-de-chaussée. Le tuyau à nervure placé au milieu et en avant des appareils de chauffage renferme, dans sa partie inférieure, un serpentin parcouru par la vapeur et destiné à chauffer l’eau générale dans ce tuyau; ce serpentin a lm 30 de hauteur.
Quant à la chambre dans laquelle les tuyaux sont renfermés, ses parois sont formées : au fond, par des poteries creuses embrassant les tuyaux de fond et laissant entre elles et ces tuyaux un vide de 10 centimètres dans lequel circule l’air ; sur les côtés, d’un mur en briques creuses de 20 centimètres d’épaisseur, jointoyé en ciment ; en façade, d’un coffrage en tôle s’appuyant sur un poitrail en fer et qui est destiné à laisser passer l’air froid sans contact avec les tuyaux: ce coffrage est divisé en cinq compartiments, dont quatre cintrés embrassant les tuyaux de face comme les tuyaux du fond et un cinquième plus étroit au centre et dans lequel passe le tuyau qui amène la vapeur dans le serpentin. Le coffrage et les neuf tuyaux reposent sur des poitrails posés sur fondation en meulière, à 80 centimètres au-dessous du sol du sous-sol. Les deux murs latéraux en briques creuses s’appuient sur ces mêmes fondations ; celles-ci forment une chambre inférieure dans laquelle viennent déboucher deux pénétrations voûtées de 40 centimètres de large sur 60 de hauteur percées dans la galerie de ventilation, et amenant l’air dans l’appareil et dans le coffrage antérieur. L’air qui a traversé l’appareil, ainsi que celui qui a traversé le coffrage, arrivent à la partie supérieure de l’appareil dans deux compartiments spéciaux et sont lancés dans les gaines de ventilation où ils se mélangent ; en réglant au moyen de registre chacun de ces deux courants, on obtient la température convenable et on la maintient constante. Quand la température varie peu, au lieu d’agir sur les registres d’air, on ouvre plus ou moins les conduits de vapeur.
Le chauffage est obtenu au moyen de quatre chaudières, de 75 chevaux chacune, du système Thomas et Laurens, munies de réchauffeurs et fournissant la vapeur à la fois aux machines et aux appareils de chauffage. La vapeur est prise sur chaque chaudière au moyen d’un tuyau en cuivre rouge de 10 centimètres de diamètre; ce tuyau suit la galerie en sous-sol dans un caniveau en meulière, construit dans l’axe du chemin de fer et dans lequel se trouve également le tuyau de retour ; ce caniveau passe sous les cuisines et vient s’ouvrir dans un autre caniveau qui lui est perpendiculaire et qui traverse l’hôpital. En outre des branchements destinés aux pavillons isolés (femmes en couches, varioleux), ce dernier caniveau reçoit quatre branchements perpendiculaires pour les quatre bâtiments principaux. Ces tuyaux ont 6 centimètres de diamètre et se divisent en d’autres tubes de 3 centimètres qui fournissent la vapeur à chacun des appareils de chauffage. Ces tuyaux montent au devant de chaque appareil dans le coffrage dont il a déjà été parlé; l’eau de retour
s’échappe par un tuyau de cuivre de 2 centimètre de diamètre qui vient se réunir à un tuyau disposé parallèlement à la conduite de vapeur et qui a 5 centimètres de diamètre ; les tuyaux de retour se réunissent définitivement en un tuyau de 5 centimètres de diamètre (1).
Le système d’éclairage de nuit est encore très variable dans les hôpitaux. Il n’est pas rare de retrouver dans de petits hôpitaux de province la veilleuse à l’huile, fumeuse, qui charbonne et emplit l’atmosphère de noir de fumée ; de plus en plus depuis le commencement de la nuit jusqu’au jour, c’est-à-dire jusqu’au moment ou la quantité d’oxygène de l’air est à son minimum dans les salles non ventilées.
Le gaz, qui est un progrès, remplace souvent déjà la veilleuse ancienne mais souvent aussi il brûle librement et les produits de la combustion se mêlent à ceux de la respiration des hospitalisés. Dans beaucoup d’hôpitaux anglais, allemands, et dans un certain nombre des nôtres un entonnoir renversé de 25 à 30 centimètres de diamètre est placé à 1 mètre environ au-dessus de la flamme et recueille ainsi les produits de la combustion qu’il va porter au dehors par un conduit spécial ; mais il recueille souvent bien mal et toujours insuffisamment ces produits et l’eau qui se condense dans ces tuyaux d’évacuation nuit beaucoup à leur fonctionnement.
A Saint-Thomas' Hospital (Londres) les salles sont éclairées par des becs de gaz placés à lm95 au-dessus du plancher et fixés aux tuyaux de ventilation avec lesquels ils sont mis en communication pour l’extraction des produits de la combustion. A l’hôpital de Norfolk et Woolwich l’éclairage est aussi au gaz avec tuyaux d’évacuation qui servent aussi à extraire l’air vicié. A l’infirmerie d’Edimbourg les salles sont éclairées
(1) Indépendamment des indications qu’on trouvera plus loin à propos des hôpitaux dont nous donnerons la description sommaire, voici les systèmes en usage dans quelques établissements hospitaliers :
Hôpital militaire de Vincennes. — Chauffage par circulation de vapeur. Ventilation par appel en contrebas. Installation de MM. Grouvelle, Chevalier et C1 * * * * * * * * i0.
Hôpital militaire de Bayonne. — Salles chauffées par des poêles du système Fradellizi, à simple enveloppe et sans prise d’air à l’extérieur.
Hôpital Saint-Thomas (Londres). — Chauffage par cheminées ouvertes et par tuyaux d'eau chaude. Ventilation par cheminées d’appel.
Hôpital de Norfolk et Woolwich. — Chauffage par l’eau chaude. Veutilation par cheminées d’appel.
Infirmerie royale d'Edimbourg. — Chaque salle est chauffée par trois cheminées ventilatrices. On y a adjoint le chauffage par la vapeur.
Hôpital militaire de Berlin. - Chaque salle est ventilée par un poêle calorifère de construction spéciale, prenant l’air à l’extérieur, lequel est placé au centre de la salle, et par une cheminée à foyer ouvert, placée à l’une des extrémités. Pour aider à la ventilation il y a, dans les salles les plus hautes, un canal d’évacuation d’air pratiqué dans le plafond, avec registre de fermeture.
Hôpital de Dresde. — Calorifères.
Hôpital général de Hambourg (Ancien hôpital). — Calorifères à air chaud saturé d’humidité.
Hôpital de Copenhague. — Poêles ventilateurs et tuyaux de vapeur.
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par quatre lustres de 4 becs de gaz chacun placés dans l’axe longitudinal de la salle à 2m 25 de hauteur. Il y a de plus un bec de gaz à côté de chaque lit et tous ces appareils, munis de conduits d’évacuation contribuent à la ventilation de la salle.
A Tenon, tous les services de l’hôpital sont éclairés au gaz. L’éclairage des salles présente seul une disposition particulière : le gaz est enfermé dans un double tube, le second tube étant destiné à recueillir les produits de la combustion : le gaz non brûlé aboutit à un tuyau noyé dans le plancher supérieur et en communication avec les gaines d’extraction de l’air vicié des salles.
A l’hôpital militaire de Bourges, l’éclairage au gaz a été aussi adopté. Dans les salles de malades, il y a, appliquées contre les murs, trois grandes lanternes vitrées bien fermées et pourvues de volets mobiles. Le chapiteau de ces lanternes se termine par un tuyau de fumée qui aboutit à une cheminée percée dans la muraille, allant s’ouvrir au niveau du toit et contribuant à la ventilation de la salle. Les gaz de la combustion s’échappent par ce conduit et, si une fuite avait lieu par le robinet ouvert, le gaz suivrait nécessairement la même voie d’échappement.
L’éclairage électrique est destiné à se substituer à l’éclairage au gaz. Nous n’insistons pas sur les raisons de salubrité qui militent en faveur de cette substitution. A l’hôpital de Sabbatsberg à Stockholm, l’éclairage électrique, établi depuis 1884 et comprenant 228 lampes à incandescence, a fourni des résultats satisfaisants. Le Landesscinitàtsrath de la Basse-Autriche a résolu d’employer dans les hôpitaux de Vienne la lumière électrique. On doit d’abord faire un essai dans un petit hôpital (1).
Au nouvel hôpital du Havre, pour la première fois en France, ce mode d’éclairage a été installé. L’administration a utilisé les deux générateurs de vapeur et la machine de 15 chevaux établie dans le sous-sol de la buanderie pour les besoins de ce service. Ces appareils fonctionneront de jour pour le service du blanchissage et la nuit pour celui de l’éclairage. Les générateurs électriques se composent de trois machines du système Gramme à double enroulement. Ils alimentent 47 lampes de 2 carcels réparties dans les salles et 20 lanternes représentant 59 lampes placées dans les jardins, soit en tout 106 lampes de 2 carcels ou de 20 bougies. Chaque appareil est pourvu d’un commutateur permettant l’extinction séparée de chacune des lampes. Il y a également un commutateur général pour l’allumage de toutes les lampes ou pour leur extinction simultanée. Des bouchons de sûreté ont, en outre, été placés à différents endroits du parcours, en vue de parer aux accidents, s’il s’en produisait, dans le circuit.
(1) Dict. Encyclopédique des Sciences médicales , art. Hôpitaux , par le Dr Boisseau.
Los appareils sont reliés aux dynamos par des fils et câbles recouverts de gutta-percha établis, partie souterrainement, partie en élévation, au moyen de potelets scellés sur les murs d’enceinte. Les fils sont divisés en quatre circuits convergeant au local des machines d’où l’on peut surveiller l’intensité de la lumière des lampes branchées sur chacun de ces circuits et régler aussi la force motrice proportionnellement au nombre de lampes allumées.
Ajoutons qu’en Allemagne si on trouve encore l’éclairage au gaz dans des établissements qui sont pourtant ingénieusement emménagés à d’autres égards comme l’hôpital de Friedrichshain, l’hôpital d’enfants de l’empereur et de l’impératrice Frédéric, le sanatorium de Falkenstein, etc., par contre l’hôpital d’Urban (Berlin) est complètement éclairé par plus de 1,200 lampes à incandescence.
Enfin, le nouvel hôpital de Hambourg a des lampes à incandescence dans les salles des malades, mais les services généraux sont encore éclairés au gaz.
§ VIII. — Mobilier des salles.
Le mobilier des salles de malades doit être réduit à son minimum. Il ne doit s’y trouver ni armoire encombrante ni tables et sièges inutiles; rien de ce qui peut diminuer le cube d’air, augmenter les surfaces infectables, favoriser la formation de coins et angles obscurs. Ori ne saurait croire à quel point, dans beaucoup de petits hôpitaux-hospices, eette règle élémentaire d’hygiène hospitalière est méconnue !
Souvent les salles sont encombrées de vieilles armoires de bois sculpté, de crédences et de bahuts anciens, de chaises de paille, de fauteuils tapissés et raccomodés qu’on secoue à grands coups de baguettes les jours de nettoyage et dont il s’élève des nuages de pousssières opaques composites et fort peu aseptiques. On trouve sur le sol des tapis variés faits de bouts d’étoffe ingénieusement découpés en étoile. Les lits sont en bois, quelquefois avec un ciel plein supporté par quatre montants solides. On les trouve le plus souvent encore drapés de rideaux, voire de rideaux de couleur. La literie est composée de paillasses, de lits de plumes, de matelas dont la laine a appartenu à des brebis depuis longtemps fossiles.
Dans les hôpitaux plus importants, le lit de fer n’est pas encore toujours la règle. La paillasse n’est pas partout remplacée par le sommier. Si les rideaux sont blancs, on ne les change que deux fois ou même une fois chaque année.
De telles dispositions rudimentaires ne sont pas moins barbares, à notre époque, que l’étaient celles des hôpitaux du siècle dernier avec leurs lits où 4, 6, et jusqu’à 9 personnes couchaient ensemble, sur une paille rarement changée dans les paillasses que des nichées de rats choisissaient pour domicile. Les uns étaient couchés à la tète, les autres aux pieds du lit, alternant ainsi deux à deux et ne disposantque de 8 pouces 1/2 de largeur par individu! On arrivait ainsi à tenir 6 à la fois dans chaque grand lit de 52 pouces et deux ou trois autres patients attendaient sur un banc attenant au lit, leur tour d’en profiter pour dormir.
Ce fut seulement en 1799 qu’on vit apparaitre le lit de fer dans les hôpitaux de Paris. Il n’y fit pas une fortune rapide puisqu’on 1817 le rédacteur de l’article Hôpital du dictionnaire des sciences médicales en 60 volumes, Coste, signale la lenteur de la transformation.
Aujourd’hui à Paris, comme aussi dans presque toutes les grandes villes de France le lit de fer est la règle et la paillasse a disparu.
Un lit d’hôpital doit présenter un certain nombre de conditions élémentaires. — Il ne faut pas qu'il soit trop mobile afin que les mouvements du malade ou du personnel qui le soigne n’impriment pas de secousses intempestives, pourtant il faudrait qu’il pût à la fois être stable et mobilisable et nous voudrions que les deux pieds de la tète fussent munis de fortes roulettes caoutchoutées et que les deux autres pieds en soient dépourvues. On aurait ainsi une stabilité suffisante et si on doit transporter le lit, le tourner pour un examen ou une petite opération immédiatement nécessaire, il suffirait de soulever les pieds non munis de roulettes pour le rendre immédiatement mobile.
Sa largeur ne doit pas être trop considérable pour ne pas trop encombrer les salles et pourtant être suffisante pour que l’homme y soit à l’aise (75 centimètres au minimum, 1 mètre au maximum). Il est utile que sa hauteur permette de faire les pansements, l’examen médical, etc., sans se courber outre mesure : c’est là une condition qui n’est pas seulement utile au personnel qui soigne le malade, mais au malade lui-même, qui sera mieux examiné et pansé sans contredit. Il doit pouvoir être facilement démonté pour être facilement lavé, désinfecté et au besoin mis à l’étuve. Il est bon d’éviter de le peindre de couleurs foncées telles que le noir, le vert, le brun, sur lesquels les taches n’apparaissent pas suffisamment. Une peinture grise claire ou jaune paille est préférable. Cette peinture doit être vernie pour résister au lavage. Un nikelage serait préférable encore.
Le sommier doit être aussi simple que possible. Pas de ressorts à boudins, pas de pièces attachées par du cuir ou des ficelles. En Allemagne, en Autriche, nous avons vu utiliser comme sommiers des toiles métalliques doubles, tendues sur un cadre en fer. Ce système est possible à désinfecter par l’étuve, mais il est fort difficile à laver et fort inférieur
aux sommiers à lames métalliques tels que ceux que Tarnier avait choisis pour l’ameublement de son pavillon pour les femmes en couche, tel aussi que celui du système Herbet (fig. 57) qui est un de ceux qui réalisent le mieux l’idéal de simplicité et de salubrité qu’on doit rechercher dans l’ameublement hospitalier.
Les pièces qui garnissent le lit doivent être faciles à désinfecter à l’étuve ou par le lessivage. Un seul matelas bien fait, de crin ou de laine, un traversin et un oreiller de crin avec les draps et les couvertures nécessaires doivent constituer toute la literie. — Pour les matelas, le crin que nous avons vu employer en Autriche-Hongrie est trop en dehors de nos habitudes pour être préféré ; la laine est pourtant plus infectable, mais grâce à l'emploi de bonnes étuves, c’est une condition fâcheuse dont les dangers peuvent être entièrement écartés. Les lits de plumes ne doivent jamais être tolérés même dans les hospices, car en dehors des
causes d’infection ils sont un véritable magasin de mauvaises odeurs à tout le moins incommodes.
Dans les pavillons destinés aux malades atteints d’affections transmissibles on pourrait dans certains cas et surtout quand l’établissement n’a pas d’étuve, se servir de paille, de varech, de balle d’avoine, en choisissant, selon les pays, la substance dont le prix de revient est moindre et qu’on pourrait brûler ensuite en ne conservant que l’enveloppe qui serait lessivée après avoir été trempée dans l’eau bouillante ou dans une solution antiseptique. La laine de bois, la laine de tourbe rendent l’une et l’autre des services, soit à cause de leur bon marché, soit par leur faculté d’absorption.
Mais il convient de répéter que moyennant une soigneuse désinfection par la vapeur des matelas de chaque malade la laine peut être conservée et reste le meilleur couchage pour les hospitalisés. Ajoutons qu’il faudrait que cette désinfection du matelas eut lieu après le départ de chaque malade et que les couvertures fussent aussi convenablement désinfectées, que ce fût pour ainsi dire un matelas neuf et des couvertures neuves qui soient mis à la disposition de chacun des entrants.
HOPITAUX ET HOSPICES
On a fait des oreillers, des traversins, des matelas même, d’une trame légère de fil de fer. Ce sont là des pièces de literie peu infectables, mais dispendieuses et dont l’utilité, encore une fois, peut être considérée comme douteuse avec la possibilité démontrée de désinfecter la laine.
On n’admet plus aujourd’hui que les lits soient garnis de rideaux et cette opinion est vraiment la seule qui donne satisfaction à l’hygiène hospitalière. La suppression des rideaux est pourtant loin encore d’être une mesure générale. On les veut bien faire disparaître dans les quartiers d’hommes, mais, pour les femmes, on allègue la pudeur pour s’obstiner à les conserver. Certes on comprend que pour découvrir une malade il puisse être regrettable qu’on l’expose aux regards de ses voisines, mais rien n’empêche d’avoir par exemple un paravent mobile composé de feuilles de moleskine faciles à laver à l’éponge et à l’eau phéniquée ou boriquée ; on imaginerait même aisément un paravent métallique, pouvant être lavée au bichlorure et passé à l’étuve. Mais rien ne saurait faire excuser la présence de rideaux qu’on renouvelle tous les six mois, parfois seulement tous les ans et dans lesquels un typhique succède à un scarlatineux, un blessé à un phtisique, etc., car il ne faut pas oublier que dans beaucoup de petits hôpitaux-hospices de provinces on trouve encore, pêle-mêle, dans une salle unique, ^vieillards et malades, fiévreux et blessés, contagieux et non contagieux !
Et à supposer même que, voulant à toute force garder les rideaux, on consentirait à les renouveler avec chaque malade l’hygiène les condamnerait encore comme formant des cloisons qui s’opposent au renouvellement de l’air des salles.
Nous voudrions pourtant que le lit d’hôpital fut muni à sa tête d’une sorte de flèche recourbée et solide afin de pouvoir y accrocher une corde ou une chaînette qui permette au malade de se remonter dans son lit, qui permette aussi de suspendre sur la tête du malade une gaze moustiquaire quand cela est jugé utile.
11 y a des hôpitaux qui ont imaginé de séparer les hospitalisés non seulement par des rideaux mais par des cloisons incomplètes, formant des boxes où l’air ne se renouvelle qu’avec difficulté. Cette pratique est condamnable et plus condamnables encore sont les alcôves que nous nous souvenons d’avoir vues quelquefois et notamment dans une petite maternité.
La table de nuit de bois, massive et fermant bien, se retrouve trop souvent encore dans les établissements hospitaliers. Elle doit être remplacée par une table à trois tablettes lisses, en métal ou en verre et supportées par des colonnettes métalliques. L’urinoir, qui devrait être en verre, suivant le conseil de Guyon, se pose sur la tablette inférieure, la tablette supérieure reçoit les tisanes et potions, la tablette médiane permet de déposer la vaisselle et les cuillers et fourchettes.
Ce sont également des tablettes lisses de fer nikelé, de faïence, de
verre, montées sur colonnettes, qui doivent servir à porter les médicaments et objets utiles pour les pansements. Les constructeurs d’instruments de chirurgie ont imaginé un grand nombre de meubles pour les instruments, pour les solutions antiseptiques, pour le lavage des mains du chef de service ou de ses aides. Nous ne voulons pas indiquer ici tel ou tel de ces système; leur caractère commun c’est la recherche de l’aseptie et du nettoyage facile.
Ajoutons que tous ces meubles doivent être essentiellement mobiles sur des roulettes enveloppées de caoutchouc de façon à pouvoir se déplacer sans bruit et à se trouver à portée du médecin pendant la visite, de l’élève, de l’infirmier ou de l’infirmière qui font les pansements. De plus, en dehors des visites, ces appareils peuvent être entreposés dans une annexe de la salle des malades.
§ IX. — Annexes des salles de malades. — Cabinet d’aisance
Les salles des malades comportent, pour chaque pavillon, un ensemble d’annexes indispensables qui doit comprendre ; un cabinet pour le médecin, un cabinet pour la surveillante, un cabinet de bains avec une ou deux baignoires où seraient donnés les bains simples, de telle façon que l’établissement des bains généraux ne serve que pour les bains médicamentaux et l’hydrothérapie. On doit trouver aussi dans ces annexes un vidoir, un lavabo, et enfin des cabinets d’aisance.
Ces cabinets doivent être particulièrement soignés dans "les hôpitaux et les conditions de leur installation, dans ce cas particulier, ont été bien formulées dans un rapport de MM. A. -J. Martin et Thoinot (1), approuvé successivement par le comité consultatif d’hygiène publique de France et parle conseil des inspecteurs généraux des établissements de bienfaisance.
L’importance de ce document nous engage à le reproduire ci-dessous presque in-extenso.
Les rapporteurs font d’abord remarquer que l'installation des cabinets d’aisance dans les hôpitaux et hospices doit être envisagée à un double point de vue : général ou spécial à telle catégorie d’hospitalisés. Elle varie, d’autre part, suivant les conditions locales. Toutefois les principes qu’il y a lieu d’appliquer sont les mêmes dans tous les cas ; il convient de les poser tout d’abord :
(1) Rapport au comité consultatif d’hygiène au nom d’une commission composée de MM. Brouardel, président , Bergeron, Bouffet, Bourneville, Colin, Gariel, Jacquot, H. Monod, Ogier, G. Pouchet, Proust, A. -J. Martin et Thoinot, rapporteurs.
HOPITAUX ET HOSPICES
Principes. — Dès qu’une matière usée quelconque de la vie journalière est produite, elle doit être expulsée immédiatement au dehors de l’habitation, afin d’enlever ainsi toute cause de putréfaction et de fermentation.
Les appareils d’évacuation doivent permettre la libre, rapide et complète circulation de toutes les matières usées, sans stagnation d’aucune sorte en aucun point et sans qu’il puisse y avoir retour de gaz et odeurs.
La propreté la plus absolue doit régner dans tous les locaux et sur tous les appareils.
Cette question de l’installation des cabinets d’aisances dans de bonnes conditions de salubrité a donné lieu à de multiples solutions (1).
Les appareils destinés à recevoir les matières usées sont : des closets, des urinoirs, des vidoirs. Ils communiquent avec des fosses fixes ou mobiles, ou des égouts. Groupés ou séparés, ils peuvent être placés près des salles de malades ou être tout à fait isolés, dans les cours ou jardins.
Lieux d’aisance. — Dans le cas' où ils sont placés près des salles des malades, les locaux qui renferment ces appareils ne doivent jamais communiquer directement avec elles mais former des annexes qui en seront séparées tout au moins par un corridor aéré et éclairé largement sur ses deux faces latérales (fig. 58).
Le cas le plus général est celui de lieux d’aisances renfermant : 1° un ou plusieurs cabinets, avec water-closets ; 2° des urinoirs particuliers dans les services d’hommes, ou une cuvette hydraulique pour la toilette des femmes, dans les services qui leur sont consacrés.
La pièce où sont placés ces appareils doit être divisée en deux parties à peu près égajes : la première forme vestibule ; la seconde est consacrée à l'installation des appareils, dans des stalles isolées, qui communiquent avec le vestibule, par des demi-portes s’arrêtant à 0m 10 du sol et ayant au plus 2m de hauteur.
Cette pièce doit être spacieuse, assez élevée pour que les odeurs puissent monter au-dessus de la personne qui y fait usage des appareils, bien éclairée et d’une ventilation facile. Elle doit avoir au moins une fenêtre dont un ou plusieurs carreaux seront en verre perforé, ou munie d’une ou plusieurs valves en mica ou avoir des lamelles mobiles en verre.
Sol. — Le sol sera carrelé en carreaux imperméables de grès cérame jointoyés au ciment et posés sur un lit de ciment. Les murs n’auront aucun angle, mais des arêtes arrondies ; celles qui les raccordent au sol
(1) On n’a pas indiqué les solutions multiples et les appareils ingénieux qui portent le nom de tel ou tel inventeur. On trouvera d’utiles indications précises, avec un caractère scientifique et expérimental dans les rapports de la classe 64 à l’exposition universelle de 1889. Les deux auteurs de ce volume étaient rapporteurs de cette classe qui comprenait l’hygiène et l’assistance publique.
Fig. 58.
seront en grès cérame ; il n’y aura ni plinthes, ni moulures, aucun coin sombre, ni arrière cavité, soustraits à l’inspection, au nettoyage et à l’aération.
Murs. — Les murs seront peints à l’huile en tons clairs et recouverts d’une couche de vernis. On pourra les revêtir, sur une hauteur de lm à lm 50 soit de carreaux en grès cérame, soit de carreaux ou de briques
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('■maillées, soit de plaques de verres posées contre des lames de plomb, soit de linoléum.
Vestibule. — Dans le vestibule des lieux d’aisances est placée une armoire facilement accessible, destinée aux instruments de nettoyage (balais, brosses, seaux, torchons, bassins et urinoirs non en service).
Cabinets. — Les cabinets doivent être installés de telle sorte que les matières soient immédiatement expulsées au dehors. Pour cela il y a lieu d’y installer : line cuvette ou water-closet, un réservoir de chasse, une occlusion hydraulique ou siphon.
Water-closets, — Le water-closet ne renfermera aucun clapet ni partie métallique. La cuvette, non conique à paroi postérieure verticale et même légèrement fuyante en arrière, de manière que le bol fécal ne l’atteigne pas en tombant. La partie effilée du tronc de cône se continue avec le syphon qui est placé sous la cuvette.
Cuvette. — Le bord supérieur de la cuvette forme un bourrelet dans lequel est pratiquée une rainure qui distribue l’eau sur toute la surface interne de la cuvette ; cette rainure communique en arrière avec une tubulure qui se raccorde avec le tuyau vertical du réservoir de chasse au moyen de chanvre et d’un mastic au blanc de zinc ou mieux à l’aide d’un cône en caoutchouc. La grande ouverture de ce cône s’emmanche sur la tubulure de la cuvette ; on la fixe au moyen d’une ligature en fil de fer. Dans la petite ouverture pénètre l’extrémité du tuyau de chasse sur lequel le cône est également fixé par une ligature en fil de fer. Des coudes en plomb facilitent ce raccordement.
On choisira la cuvette en composition de grès ou de faïence émaillée et de forme telle que toutes les parois en soient lavées par l’effet de la chasse d’eau.
Des essais préalables pourront être faits en enduisant l’intérieur du bassin avec du noir de plombier et en y jetant un certain nombre de morceaux de papier.
Sous l’influence d’une chasse de 10 litres d’eau, la cuvette devra être entièrement nettoyée et l’eau du syphon renouvelée.
Le plancher et les murs à l’emplacement du siège doivent être parfaitement enduits sans présenter ni gerçures ni crevasses. En cas de plancher et pour le garantir des infiltrations possibles, la cuvette sera placée sur un terrasson en plomb battu et soudé et relevé au pourtour, le long des parois sur 0m15 à 0m20 de hauteur, de façon à former un réservoir parfaitement étanche sur toute la surface du siège. Le terrasson reposera sur une aire bien dressée et sa pente dirigée vers un indique fuite débouchant à l’extérieur et à saillie parfaitement visible.
Mais ces dispositions sont exceptionnelles et le carrelage en grès cérame les rend inutiles.
L’air doit circuler librement autour de la cuvette ; à cet effet, le siège sera formé de parties mobiles sur charnières et facilement démontables. L’ouverture de la lunette doit présenter une forme allongée semblable à celle de la cuvette. Ses dimensions doivent être de 0m025 environ plus grandes pour protéger le rebord du bassin et empêcher les matières de s’y attacher. La largeur entre le bord extérieur de devant du siège et le bord intérieur de la lunette doit être maintenue à 0m075. Une disposition préférable consiste à former le siège d'un simple abatant qu’on peut relever à volonté pour faire servir la cuvette soit d’urinoir, soit de vidoir au besoin. Une disposition encore plus simple consiste à surmonter le pourtour de la cuvette d’une couronne en ébonitoïde fixée sur le bourrelet supérieur au moyen de ciment et d’un mastic à base de caoutchouc et formant une demi-lune laissant en avant une partie libre.
Siphon. — Le siphon, également en grès vernissé ou en porcelaine, sera réuni à la cuvette par un joint de manière à empêcher des fuites et à donner plus de solidité à l’ensemble de l’appareil. Il aura une plongée suffisante de 7 centimètres. Il sera raccordé à la clnite par une pipe en plomb coudée et cintrée à la demande sans déformation aucune de la section.
Pour empêcher le désarmorçage, le siphon sera ventilé au moyen d’une prise d’air, branchée sur un tuyau d’évent spécial débouchant à l’air libre sur le toit ou communiquant avec une boîte de ventilation encastrée dans la muraille. Le diamètre de ce tuyau doit être de 0m05,
Réservoir de chasse. — L’appareil de chasse est constitué par un réservoir en fonte d’une capacité variable suivant les cas, mais qui n’est jamais moindre de 5 litres et doit être généralement de 10 litres pour un appareil ordinaire. Il sera placé à lm60 au minimum au-dessus de la cuvette ; le tuyau d’évacuation en plomb bien dressé ne doit pas être inférieur comme diamètre à 0m35 ni supérieur à 0m40 ; la vitesse d’écoulement, dans une semblable installation, n’est pas inférieure à 4 litres ou 4 litres 1/2 par seconde, suffisante pour opérer le lavage complet de la cuvette. Il est utile de placer un robinet d’arrêt sur l’alimentation du réservoir de chasse pour servir en cas de réparation ou de visite du réservoir. Le réservoir de chasse doit être autant que possible placé directement au-dessus de la cuvette et entre les deux il doit y avoir une hauteur de 2 mètres au moins.
Le tuyau de chasse est en plomb et d’un diamètre de 40 millimètres ; il doit avoir un trajet aussi rectiligne que possible, car si on lui fait faire des inflexions, chaque coude brise la chûte, ce qui diminue d’autant sa force vive.
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Les appareils de chasse sont à tirage, c’est-à-dire qu’ils sont à la disposition du visiteur, soit par une corde métallique terminée par une poignée directement mise à portée et fixée au mur, soit qu’ils soient actionnés par l’ouverture de la porte après la sortie du visiteur seulement, ou bien ils sont automatiques et réglés pour fonctionner à des intervalles choisis suivant les nécessités du service.
Plombs. — Les plombs employés doivent présenter des parois lisses à l’intérieur sans bavures au droit des soudures ; ils seront parfaitement dressés, et les coudes ne subiront aucune déformation dans leur section intérieure. Les raccords avec la cuvette ont besoin d’être particulièrement soignés pour éviter des fuites, si minimes qu’elles soient.
11 y aura un water-closet par 15 à 20 malades.
Papier. — Il est utile de fournir aux malades du papier neuf, propre tout au moins. On le placera dans une boîte disposée dans les cabinets ou on en distribuera directement.
Urinoirs. — Les urinoirs seront : ou’ formés de plaques, ou à auges, ou à bassin à retenue d’eau en porcelaine.
Les plaques seront imperméables, planes, en ardoise, en lave émaillée, ou en verre, ou demi-cylindriques en verre. Elles auront lm 20 de hauteur, seront placées en cimaises contre le mur et solidement mastiquées au minium de manière à ce qu’il ne persiste pas la plus légère fente ; au ras du sol elles seront mastiquées à des tuiles plates en grés qui forment une rigole doucement inclinée vers le mur et vers l’un des côtés où se trouve le tuyau d’écoulement.
Dans le bord supérieur de la plaque court une rigole à ciel ouvert en moulure bien horizontale par où l’eau déborde en nappe sur la surface de la plaque. Un réservoir automatique y fera des chasses à intervalles réguliers.
Les urinoirs à retenue d’eau sont en porcelaine et disposés le long de la muraille, et communiquant avec les tuyaux d’évacuation par un siphon de plomb ventilé en couronne.
Appareils à auge. — L’appareil à auge (fig. 59) consiste en un collecteur formé d’un tuyau de grès, du calibre de 30 ou de 22 centimètres, placé horizontalement et percé à sa partie supérieure d’une série de trous de lunettes sur lesquels s’adaptent les sièges. Dans l’une des extrémités de ce collecteur débouche le tuyau de chasse d’un réservoir automatique dont la capacité en rapport avec celle de l’auge varie entre 75 et 200 litres; il faut qu’à la fin de la chasse tout le contenu de l’auge ait été complètement renouvelé et qu’il n’y reste que de l’eau claire.
Par son extrémité opposée, l’eau communique avec son tuyau de chute
par l’intermédiaire d’un siphon. Au point de jonction du siphon et du collecteur, celui-ci a sa paroi inférieure légèrement relevée, de façon que normalement il reste toujours dans le collecteur une nappe de liquide, haute de 6 à 8 centimètres, dans laquelle tombent les matières et l’urine au fur et à mesure de leur émission.
A des intervalles réglés des chasses automatiques expulsent le contenu de l’auge.
Bidets. — Les cuvettes pour les toilettes de femmes sont en porcelaine enchâssées dans un cadre en bois qui est supporté par trois pieds en
fonte. L’eau peut y être amenée à volonté ou enlevée : un siphon ventilé est disposé sur le tuyau d’évacuation des eaux.
Vidoirs. — Le vidoir est formé par une cuvette composée de quatre plaques en faïence scellés en ciment sur les parois d’une enveloppe en tôle pleine et sur une devanture en fonte, ou mieux d’une cuve de tôle émaillée, très profonde. Ils sont surmontés d’un robinet d’eau de fort débit
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et sont munis à la partie inférieure de siphons ventilés. Une ou plusieurs claies en fer galvanisé placées latéralement permettent de poser des vases après le lavage, afin de les égouter avant de les remettre en service.
Cabinets collectifs. — En dehors de ces installations qui constituent des modèles pour un cabinet d’aisance complet et dont le tout ou les parties peuvent être reproduits dans des édifices isolés, il peut arriver qu’on ait à disposer des cabinets collectifs, réunis au nombre de deux ou plusieurs. Dans ce cas on peut faire avantageusement usage de sièges spéciaux pour la défécation accroupie.
La cuvette isolée et l’auge peuvent indistinctement servir. Le niveau supérieur est alors placé à 20 centimètres du sol et les dessus du siège sont remplacés par des coquilles en verre ou grés vernissé, percées d’un trou correspondant à la cuvette; des parties d’une seule pièce, cannelées, indiquent la place des pieds. On les raccorde avec les parois par des remplissages en ciment recouverts d’un enduit hydrofuge.
Pour recevoir les urines on dispose devant les sièges un terrasson à retenue d’eau, dont le trop plein est mis en communication avec le tuyau d’évacuation par un siphon de grés. Ce terrasson est recouvert par une grille à barreaux méplats en fer galvanisé. L’eau y est renouvelé à des intervalles déterminés par une chasse automatique donnée par un réservoir spécial placé au voisinage du plafond.
Les terrassons à retenue d’eau peuvent être établis en plomb, en ardoise, en lave ou en fonte émaillée, en verre. Dans ces derniers, la grille de métal est remplacée par des cannelures ou des saillies en verre faisant corps avec le fond du terrasson et suffisamment rapprochées pour que le pied se pose toujours d’aplomb (fig. 60).
Ces diverses installations nécessitent l’usage d’une quantité plus ou moins grande d’eau. Les appareils récepteurs se raccordent avec les tuyaux de descente par des branchements, en plomb de préférence, qui ne doivent pas former avec la verticale un angle supérieur à 45 degrés.
Tuyaux. — Les tuyaux de chute, d’un diamètre minimum de 0m 08 et maximum de 0m 16, en fonte émaillée à l’intérieur et peints à l’extérieur soigneusement jointoyés, doivent, autant que possible, être à l’extérieur, et d’un contrôle facile ; sinon, il faut les 'dissimuler derrière des garnitures mobiles.
Ils se rendent, suivant les conditions locales, à des fosses fixes, ou à des tinettes, ou à un réservoir d’égoûts, à petite ou grande section.
Epreuves. - Avant la mise en service des installations précitées, il ne faut jamais négliger de contrôler leur étanchéité, en les éprouvant avec la fumée, les essences et l’eau. •
Encyclopédie d’hygiène. j— V.
Closets à terre. — Dans les cas où la localité manque d’eau en quantité suffisante, mais dans ce cas seulement, ces installations doivent être remplacées par des closets à terre sèche, qui se composent d’un sceau, d’une trémie pour la poudre sèche, placés en arrière et au-dessus du siège. La trémie doit être assez grande pour contenir une provision de poudre pour plusieurs jours. Ce siège est à bascule et est relié à la trémie par un mécanisme; lorsque le visiteur se lève, il se produit une secousse qui projette dans la tinette une certaine quantité de poudre. Il peut être actionné aussi par l’ouverture de la porte. On peut aussi supprimer tous ces mécanismes et pratiquer individuellement le déversement direct à la pelle.
Le contenu des tinettes doit être enlevé tous les jours et porté hors des bâtiments, dans des pavillons isolés.
On emploie pour ces appareils soit de la terre séchée, soit la poussière sèche des routes, ou mieux des cendres de foyers ordinaires ou d’industrie, de la poudre de tourbe, du charbon, du varech, etc.
Appareils accessoires. Tables de nuit. — Nous croyons devoir compléter ces indications en appelant l’attention sur les appareils accessoires, qui sont maintenus dans les salles, soit pour recevoir les matières des malades qui ne peuvent se déplacer. Ces appareils sont principalement les tables de nuit et les chaises percées. Nous rappelons que les tables de nuit dont nous avons parlé plus haut doivent avoir une charpente de fer creux avec des tablettes de verre ou de tôle émaillée.
Chaises percées. — Les chaises percées se composent d’une carcasse en tôle légère peinte à l’huile, divisée en deux parties mobiles autour d’une charnière horizontale afin d’extraire le seau; le dossier et les bras permettent au malade de s’appuyer. Le seau repose sur une petite tablette distante du sol de 7 centimètres. Le siège en bois ciré est carré avec 0m 40 de côté et est à 0m 42 au-dessus du parquet. Le dossier a 0m 25 de hauteur. Le seau en tôle émaillée intérieurement a une section ovale (grand axe antéro-postérieur 0m 33, petit axe transversal 0m 27) et 0m 29 de hauteur; la forme et les dimensions de la carcasse sont telles que le seau se place exactement sous la lunette et que la petite distance laissée entre les deux est suffisante pour l’extraction et l’introduction du seau, mais trop faible pour livrer passage aux urines et aux matières (1).
A l’hôpital de Hambourg, la chaise percée est formée d’un trépied en fer, haut comme le siège d’une chaise et portant à sa partie supérieure un cadre circulaire également en fer dans lequel on place le vase en porcelaine. Cet appareil est léger, transportable et d’un entretien facile.
(1) D’autres dispositions sont également recommandables, nous en avons indiqué une excellente à propos de Crèches.
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4ül
Un couvercle en tôle sert à recevoir le vase dans le cas où les selles doivent être conservées pour être montrées au médecin traitant.
Seaux. — Les seaux dits inodores, à valve basculante ou à tirage, doivent être rejetés parce qu’ils sont d’unnettoyage compliqué et que
cette opération n’est pas sans de nombreux risques de souillure pour l’opérateur et le local.
Rèsorvoirde chaste d’eau ordinai re
Nettoyage et désinfection. — Le nettoyage des cabinets d’aisance ne devra jamais se faire à sec, ni avec des lavages à grande eau ; le sol notamment, doit être constamment sec. On le nettoie avec un linge légèrement imprégné d’eau et si l'on veut, d’une solution antiseptique, pour laver les quelques gouttes d’urine qui auront pu, par mégarde ou négligence, être projetées en dehors de l’appareil.
Dans le cas où l’on juge utile que les matières soient immédiatement désinfectées, on doit, soit placer dans les réservoirs de chasse des solutions désinfectantes s’écoulant à intervalles réguliers en rapport avec les périodes de chasse, soit disposer des appareils (1) permettant l’écoulement d’une certaine quantité de liquide désinfectant chaque fois que fonctionne l’appareil de chasse auquel il est ajusté (fig. 61).
§ X. — Services «le clilrurgle. — Salles «l’epêi-atlon.
Les conditions dans lesquelles se fait la chirurgie moderne, les audaces que lui permet l’antiseptie, justifient une étude spéciale de l’installation des services de chirurgie et des salles d’opérations.
Sans doute on a pu dire que les armes que fournit la science moderne sont toujours excellentes, quel que soit le terrain choisi comme champ de bataille ; qu’on peut soigner et opérer partout des blessés, moyennant qu’on ne fasse aucune faute contre l’antiseptie ; mais il ne semble pas
(1) Appareils construits par MM . Genestc et Hersclter sui les Indications île l’un de nous Voir Progrès médical, 1886).
que les résultats si brillants obtenus par certains virtuoses de la chirurgie, permettent de s’abstraire de toute préoccupation dans l’organisation des services de chirurgie des hôpitaux. C’est ce qu’a brillamment exposé le docteur F. Terrier dans une lettre à M. Peyron, directeur de l’Assistance publique de Paris (1).
« Voici pour moi, dit M. Terrier, la doctrine fondamentale qui doit guider dans une installation chirurgicale. Tout blessé, tout malade atteint d’une lésion dite chirurgicale, est suspect d'infection , et doit, dès son entrée à l’hôpital, être soumis à un classement déterminé sur lequel je reviendrai dans un instant.
« Il résulte de cette proposition générale qu’un service de chirurgie doit être absolument isolé , comme on l’admet aujourd'hui pour les services des femmes en couches. 11 ne doit pas être placé, comme nous le voyons dans nos hôpitaux, au milieu des services de médecine. C’est là une pratique déplorable contre laquelle on ne saurait trop réagir et qui viole les notions les plus élémentaires de l’hygiène.
« Depuis mon installation à l’hôpital Bichat, continue M. Terrier, c’est-à-dire depuis sept années, je n’ai jamais observé que deux érysipèles nés dans mes salles chez mes opérés : or, l’un de ces érysipèles lut manifestement pris par un opéré qui avait été se promener dans le service de médecine voisin, service où existaient des érysipèles de la face. Et d’ailleurs, en supposant une impossibilité matérielle de contamination directe entre les malades de médecine et ceux de chirurgie, il est facile de comprendre l’existence d’une contagion indirecte par les gens de service qui non seulement ne sont pas isolés, mais ont un contact fréquent et journalier, en particulier au moment des repas en commun.
« Le service chirurgical étant isolé, comment doit-il être installé ?
« Un malade chirurgical ou un blessé se présente-t-il à l’hôpital, il faut, dès qu’il est, admis dans le service de chirurgie, le diriger vers une première salle dans laquelle il sera possible de le déshabiller, de le faire baigner et de lui donner des vêtements hospitaliers sortant de l’étuve à stérilisation. Les vêtements du malade seront réunis en paquet et de suite portés dans l’étuve à stérilisation, pour les nettoyer avant de les lui restituer en partie. Ce sont là des précautions hygiéniques absolument élémentaires, qui sont loin d’être prises la plupart du temps. Si, en effet, dans beaucoup de services, les entrants sont envoyés au bain et ont leurs vêtements partiellement changés, en ce sens qu’on leur fournit du linge, ils n’en conservent pas moins leurs vêtements principaux : jupons ou robes pour les femmes, pantalons et gilets pour les hommes. Or, si l’administration hospitalière ne peut donner à chaque entrant un vêtement complet propre, elle peut, pendant que les malades sont dans le bain, faire stériliser les habits possibles à conserver, en les plaçant dans
(1) Progrès Médical , 2 août 1890.
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l’étuve. Grâce à ces précautions, le malade ou le blessé entrant à l’hôpital peut être relativement désinfecté. .
« Notons de suite que cette désinfection, possible pour beaucoup de malades chirurgicaux, ne l’est plus lorsqu’il s’agit de blessés plus ou moins gravement atteints, et que dans ces cas la désinfection prématurée est des plus relatives et doit même être considérée comme nulle, malgré les soins qu’on peut y apporter.
« Dès l’entrée du malade ou du blessé à l’hôpital, il doit donc être plus ou moins complètement nettoyé, dans une salle à part et pourvue de bains et d’une étuve à stérilisation (1).
« C’est alors que les malades ou blessés devront être divisés en trois catégories, répondant précisément aux desiderata de la théorie que j’ai déjà exprimée plus haut, en disant qu’un blessé ou malade était fatalement suspect d’infection.
« S’agit-il d’un malade ayant une opération à subir pour remédier à une lésion congénitale ou acquise non infectée, par exemple pour un bec-de-lièvre, une fissure palatine, une tumeur non ulcérée du sein, une tumeur du ventre, etc. ? Ce malade, après avoir été baigné et avoir mis des vêtements désinfectés, doit être considéré comme indemne de toute infection primitive. Dans ces cas, il peut entrer dans une salle que je désignerai par la lettre A, salle qui est exclusivement destinée à ce genre de malades chirurgicaux. C’est la salle des non infectés primitivement.
« Voyons maintenant un autre cas. Nous avons affaire à un malade porteur d’une lésion des téguments ; un ulcère de jambe, une plaie suppurante, une ulcération d’une lésion maligne, etc. Ce malade ou blessé, qui doit subir une opération ultérieure, au moins dans certains cas, est un malade infecté: il doit être nettoyé avec soin, comme les précédents ; mais, ce nettoyage fait, il n’en reste pas moins infecté pour le chirurgien. On doit donc le mettre à part et surtout le séparer absolument des malades non infectés. Il faudra le placer dans une deuxième salle B, isolée de la précédente et qui sera la salle des in fectés primitivement.
« Cette distinction, cette séparation, continue M. Terrier, qui est tout ce qu’il y a de plus élémentaire en fait d’hygiène hospitalière, n’existe pas dans notre pays... »
Il se présente un troisième cas, c’est, celui d’un blessé apporté à l'hôpital après un pansement quelconque chez un pharmacien, et pour lequel il est impossible d’affirmer qu’il n’y a pas infection. Le savant chirurgien de l’Hôpital Bichat voudrait qu’il pût être mis dans une troisième salle C, qui serait une véritable salle d’observation. La grandeur
(I) Il ne nous parait pas nécessaire qu’une étuve soit clans la salle, — au moins une étuve pour les vêtements, — mais les vêtements pourront être portés à l’étuve à vapeur sous pression que doit posséder tout établissement hospitalier et en être rapporté avec les précautions convenables.
respective de ces trois salles doit varier d’ailleurs selon qu’il s'agit d'un hôpital central ou d’un hôpital excentrique. La salle d’observation C devrait être plus vaste dans un hôpital du centre ; les salles A et B devraient contenir au contraire plus de lits dans un hôpital excentrique. La salle d’observation peut être moins importante pour un service de femmes que pour un service d’hommes, parce qu’il convient de tenir compte de la fréquence possible des accidents suivant les sexes.
M. F. Terrier veut que chacune de ces trois salles soit pourvue, en annexe, d’une salle d’opération. Les salles opératoires annexées aux salles A et B peuvent être fermées la nuit et ne servir que lors de la présence du chirurgien de service. La salle G doit avoir sa salle d’opérations constamment prête, toujours chauffée et éclairée, avec un matériel très complet.
M. F. Terrier insiste sur ces points et surtout sur le chauffage constant : « On comprend facilement, dit-il, que le blessé ou le malade qui entre à l’hôpital et va subir une opération d’urgence doive être opéré dans une salle chaude. Cette notion est tellement élémentaire qu’il paraît presque naïf de la rappeler, et cependant il y a, sinon tout à faire, au moins beaucoup à faire dans nos hôpitaux, pour que cette simple précaution soit prise.
« Une vitrine renfermant les boites d’instruments, un buffet fermé où sont préparées les pièces extérieures des pansements, deux tables, des tablettes sur lesquelles sont disposés les flacons contenant les solutions antiseptiques et les bocaux renfermant soit les pièces de pansement, soit les tampons aseptiques, soit les éponges préparées antiseptiquement. Tel est le mobilier principal et fort simple de ces salles. Ajoutons-v : un lavabo, un filtre Pasteur-Chamberland avec barillet, dont le trop-plein ira se rendre dans un récipient chauffé au gaz, une étuve pour le linge, un fourneau à gaz et enfin une étuve stérilisatrice des instruments, du modèle Poupinel-Wiesnegg. Quant au lit opératoire, une simple table solide et en bois, étroite, recouverte d’un matelas et d’une toile cirée, me paraît très suffisante. S’il me fallait la remplacer par quelque chose, je choisirais la table nickelée de mon ami et élève Poupinel, Pour déposer les instruments lors des opérations, on peut utiliser une table analogue à celle de Just L. Championnière, supportant des plateaux de nickel pur repoussé ; le prix en est minime et ces plateaux sont tout à fait inaltérables.
« Parmi les appareils indispensables à ajouter au matériel des salles, on doit signaler un autoclave. Un seul de ces appareils, destiné à stériliser les compresses qui abritent les environs du champ opératoire, nous parait suffire pour tout le service ; il peut être placé soit dans une salle d’opérations, soit mieux dans un local spécial attenant à la pharmacie. C’est qu’en effet l’interne en pharmacie du service de chirurgie a un rôle fort important à jouer : celui de préparer les éponges antiseptiques,
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ce qui nécessite des manipulations longues et minutieuses, et celui de préparer les compresses stérilisées. J’ajouterai que, depuis mon entrée dans les hôpitaux, je n’ai jamais eu qu’à me louer du zèle et du dévouement des divers internes en pharmacie qui se sont succédé dans mon service de chirurgie et dont la tâche était assez lourde. Si l’on pouvait avoir, en outre, un appareil stérilisateur des objets de pansements, toujours sous la direction de l’interne en pharmacie, l'organisation serait presque parfaite... »
Selon M. Terrier, les trois salles, A, B et G, doivent, autant que possible, être disposées de façon qu’il y existe des chambres d’isolement.* Cette nécessité s’impose dans les cas de delirium tremens ; quand un blessé est amené déjà atteint de tétanos ou d’érysipèle ; quand des phénomènes septiques graves se sont développés, etc. Enfin, dans nombre de cas, lors d’opérations très sérieuses, il est nécessaire que l’opéré soit soumis à une surveillance incessante et qu’il soit absolument isolé des autres malades ou blessés. Tel est le cas pour les malades ou blessés opérés de laparatomie, de gastrostomie, de kystes hydatiques du foie, de cholécystotomie ou cholécystectomie, etc., etc.
Le service de chirurgie devant être isolé des services de médecine : « il en résulte, dit M. Terrier, une petite complication : c’est qu’un service de chirurgie complet doit avoir 6 salles de malades, 3 du côté des femmes et 3 du côté des hommes. Si la construction de l’hôpital établit une division absolue entre les services des femmes et les services des hommes, à chacune de ces six salles il faut fatalement annexer un petit amphithéâtre d’opérations, comme nous l’avons déjà dit ci-dessus.
« Toutefois, il me parait possible, en maintenant fort complète la séparation des services masculins et féminins, d’établir, entre les deux salles A, entre les deux salles B, et les deux salles G, les trois amphithéâtres opératoires que nous croyons nécessaires au bon fonctionnement d’un service chirurgical bien organisé et qui dès lors serviraient pour les hommes et pour les femmes. Ceci est affaire de projet du constructeur et me paraît relativement facile à résoudre ».
C’est, comme le dit le chirurgien de Bichat, une chose qui n’existe pas encore chez nous que l’isolement complet des blessés. Notons que l’hôpital de Friedrichshain, construit en même temps que notre hôpital Tenon, a sur lui cet avantage de présenter une séparation complète des services de chirurgie (1).
Les modèles de salles d’opérations ne manquent pas. Il en existe actuellement chez nous de très belles (Lyon, Lille, Paris, Chartres) mais il convient de rappeler que les premières qui furent construites dans les
(1) Voir plus loin les plaus de ces hôpitaux.
données de k science moderne ont été celles du docteur Tripier à Lyon et du docteur Maunoury à Chartres (1).
Nous ne décrirons pas ces salles qui sont connues aujourd’hui de tous ceux qui s’intéresse à ces questions ; nous donnerons seulement cidessous le devis des dépenses qu’a occasionnées la construction et l’ameublement de la salle d’opérations de l’Hôtel-Dieu de Chartres afin de montrer qu’on peut faire très bien et à bon marché.