PENDANT L’ANNÉE
Nombre de journées de présence. . .
Nombre de berceaux
— — gratuites J
— déplacés dans les lits de camp.
— — payantes 1
Nombre d’enfants qui ont profité de la crèche
Taux de la rétribution maternelle :
Pour un enfant
Chiffre moyen des enfants présents chaque jour
Pour deux ou plusieurs enfants
Maximum
Minimum
Nombre de vaccinations
— des décès
Nombre de jours d'ouvert1" de la crèche.
De plus, les renseignements suivants doivent être joints : noms des membres du comité d’administration, de la présidente, de la vice-présidente, de la trésorière et de la secrétaire des dames patronnesses ; noms des médecins. Rapport des médecins. Et enfin un compte moral indiquant sommairement les motifs d’augmentation ou de diminution des recettes ; les mutations survenues dans le nombre des sociétaires et des enfants secourus, ainsi que dans le personnel dirigeant et servant; les améliorations dont le service serait susceptible. C’est à ce compte moral que doit être joint le rapport médical.
Si le règlement du 30 juin 18(52, qui d’ailleurs devrait être entièrement revu, prévoyait, pour l’installation des crèches, des conditions d’hygiène et de salubrité bien modestes, bien insuffisantes, aujourd’hui qu’on se montre si justement exigeant quand il s’agit de l’hygiène de l’enfance, ces conditions sont cependant loin d’ètre toujours remplies. Ce n’est pas d’aujourd’hui seulement que les hygiénistes signalent cet état de choses et réclament pour qu’il y soit porté remède.
Dès 1877, la Commission des logements insalubres de la ville de Paris, en faisait l’objet d'un rapport dont voici les principaux passages : (1)
« La transformation des crèches est d’autant plus difficile que celles-ci ne sont soutenues que par la charité privée et les allocations qui leur sont faites par M. le préfet de la Seine et le ministre de l’Intérieur. La maison destinée à l’établissement d’une crèche, d’un asile, ne doit pourtant pas être une habitation comme une autre. Sa destination spéciale, l’âge des enfants qu’elle reçoit, l’espace que chacun d’eux doit y trouver, la quantité, la pureté de l’air qu’il doit y respirer, l’exposition à l’Est et au Sud qui sont les plus favorables à la salubrité de la maison, les influences du voisinage à éviter : tout cela exigerait pour l’établissement des crèches une construction spéciale.
(1) Au nom d’une sous-commission composée de MM. Allard, Coudereau, Fouqué, de Ferandy, Delaunay, Paillard, Hudelo, Perrin et Du Vivier, rapporteur.
PROTECTION ET ASSISTANCE DE L'ENKANCE
« 11 serait à désirer que les crèches eussent les lambourdes de leur plancher posées sur aire en bitume, de manière à préserver les pieds de enfants du froid et de l’humidité. Le carreau est froid, il s’use sous les pieds des enfants et leurs mouvements soulèvent une poussière qu’il n’est, pas sans danger de respirer.
« Le sol planchéié est plus sain; toutefois les planches s’imprègnent d’humidité et leurs intestices se garnissent de poussière que le balayage n’enlève qu’imparfaitement. Le plancher devra donc être ciré de manière à éviter que les miasmes pénètrent dans le bois.
« La Commission des logements insalubres a pu, en effet, se convaincre que si l'odeur nauséabonde des crèches, des asiles et des écoles tient à plusieurs causes, c’est cependant et surtout aux émanations dont s’imprègnent les planchers, les peintures, les badigeons des murs et des plafonds qu’il faut attribuer le danger auquel sont exposés les enfants lorsqu’ils sont réunis en trop grand nombre dans des crèches étroites, mal éclairées, mal ventilées.
« Cette question n’est pas de celles dont on puisse dire que, toujours résolues, elles restent toujours à résoudre, surtout en ce qui concerne les maladies épidémiques. La Commission a constaté que le cubage d’air est trop souvent insuffisant.
« Si nous prenons les chiffres les plus favorables, soit un mètre carré par enfant comme superficie et quatre mètres de hauteur, nous avons quatre mètres cubes d’air par enfant, ce qui est insuffisant : de là les manifestations scrofuleuses, surtout si la crèche est située dans des locaux insalubres, bas, humides, obscurs, mal aérés.
« Les fondateurs et les directeurs de crèches devraient donc se conformer au décret en date du 28 février 1862, en réduisant l’effectif des berceaux de chaque chambre, afin qu’il y ait, dans chacune, dix mètres cubes par enfant au minimum, à moins d'une ventilation compensatrice bien établie.
« La nécessité de dix mètres cubes d’air par enfant est démontrée par de savantes recherches et des études expérimentales : ainsi la capacité pulmonaire de l’enfant est d’environ moitié de celle de l’adulte, et le nombre des respirations lui est supérieur d’un tiers. — Le chiffre minimum exigé pour l’adulte étant quatorze mètres, le calcul indique donc dix mètres pour l’enfant.
« Ce calcul concerne, il est vrai, les enfants reçus dans les asiles, mais la commission croit devoir exprimer le vœu, à propos des exigences que comporte l’hygiène des crèches, que le cubage soit le même, c’est-à dire dix mètres cubes par enfant, en raison des miasmes dégagés par les linges salis par les déjections.
« Dans ses visites, la commission des logements insalubres a recommandé une bonne ventilation, et, parmi les moyens de ventilation, l’ouverture régulière des fenêtres et des portes. Cette simple précaution a
paru suffisante, alors que la disposition des fenêtres permet de renouveler l’air facilement.
« Une crèche percée de larges et liantes fenêtres montant jusqu’au plafond, une crèche dont les fenêtres seraient ouvertes toutes grandes dès que les enfants se trouveraient absents, une crèche qui serait soigneusement balayée, nettoyée, époussetée chaque jour, ne serait pas malsaine, et dans les locaux où l’installation de certains appareils de chauffage et de ventilation est impossible, les simples précautions que nous venons d’indiquer peuvent être suffisantes.
« L’exécution de ces mesures a été poursuivie, mais là ne s’est pas arrêtée la sollicitude de la commission.
« Pénétrée de cette vérité qu’il faut donner à la mère de famille la conviction que la santé de son enfant ne peut pas être compromise par la fréquentation de la crèche ou de l’asile, la Commission des logements insalubres a dû prendre les mesures nécessaires pour que la loi du 13 avril 1850 reçoive une application rigoureuse et constante en faisant exécuter dans les crèches et asiles de la ville de Paris tous les travaux d’assainissement qui ont paru nécessaires.
« Ces travaux peuvent se résumer ainsi :
« Niveler les cours afin de faciliter l’écoulement des eaux pluviales et ménagères.
« Les crèches et les asiles sont souvent humides, surtout lorsqu’ils sont au rez-de-chaussée, et, dans ce cas, on devra revêtir les murs de boiseries. Si les constructions ne sont pas encore faites, on devra revêtir tous les murs et leurs enduits de matériaux hydrofuges jusqu’à vingtcinq centimètres au moins au-dessus du sol intérieur.
« Les crèches à rez-de-chaussée doivent être sur caves et, dans tous les cas, les lambourdes du plancher doivent être, posées sur aire en bitume. Ce plancher doit toujours être en contre-haut du sol de la rue et de la cour.
« Laver à grande eau le sol et les murs des chambres, cuisines, etc.
« Lessiver les murs fréquemment partout où le lavage peut être opéré sur des surfaces protégées par une peinture à l’huile jusqu’à un mètre cinquante centimètres de hauteur. Le surplus peut être badigeonné à la chaux à l’exclusion du badigeon à la colle. Les travaux de peinture seront renouvelés au moins une fois chaque année. Il est bien compris qu’il ne faudra alors admettre les enfants à la crèche ou à l’asile qu’après qu’il se sera écoulé un temps suffisant pour sécher les peintures.
« Faire entrer partout l’air et la lumière.
« Il suffit pour cela, dans quelques cas, de jeter bas une cloison maladroitement établie, ou de la remplacer par une cloison pleine dans sa partie inférieure, avec vitrage ou fenêtres dans la partie supérieure.
« Ventiler et chauffer les salles au moyen de poêles.
« Une crèche devrait être exposée à l’est ou au sud, jamais à l'ouest.
PROTECTION ET ASSISTANCE DE L'ENFANCE
Elle recevra les rayons du soleil sur ses murs, pour qu’ils soient bien secs ; sur ses fenêtres, pour que les salles et le préau couvert soient éclairés et assainis: dans son préau découvert, pour que les enfants, pendant leurs jeux, se baignent dans la lumière et le soleil, qui colorent leur visage et qui les fortifient. »
On pourrait certainement discuter les propositions de la Commission des logements insalubres sur quelques points spéciaux. Il semble notamment que les parquets cirés ont quelques inconvénients en favorisant les chutes et qu’un parquet bien jointif, lavé chaque jour, serait préférable. On pourrait même essayer ici le parquet de liège que M. 0. André a préconisé pour les écoles, et qui est à la fois très peu dur et tout à fait imperméable : les chutes y seraient sans danger et un lavage antiseptique avec un torchon mouillé d’eau boriquée ou phéniquée pourrait être fait tous les jours sans laisser d’humidité. D’ailleurs, le parquet pourrait être recouvert d’un tapis de linoléum.
D’autre part, il est certain que la peinture à l’huile, à base de zinc, soigneusement vernie et d’une teinte claire, qu’on peut laver à la lance ou à l’éponge, vaudrait mieux que le chaulage ; on pourrait même souhaiter le beau revêtement de faïence que nous avons vu à la crèche Marie-Henriette, à Anvers, une des plus belles et des mieux tenues de celles que nous avons visitées.
Mais en tous cas, les critiques que faisait alors la Commission des logements insalubres sont restées presque toutes justes. Elles pourraient être plus vives encore si on examinait le fonctionnement des crèches, l’absence des moyens suffisants dans quelques-unes pour assurer la propreté corporelle des enfants, la mauvaise entente du régime alimentaire, le défaut de surveillance médicale, etc.
Ajoutons que ces critiques s’adressent à des crèches de toutes sortes et quelle que soit leur étiquette : crèches laïques, crèches congréganistes, crèches protestantes, crèches maçonniques.
Ces critiques ont été formulées à diverses reprises. Nous en avons retrouvé quelques-unes, et non des moins sérieuses dans le rapport de M. le préfet de police sur le service de la protection des enfants du premier âge pendant l’année 1889 dans le département de la Seine.
Ce rapport donne sur les crèches des indications importantes.
Pour l’application de la loi Roussel, le département de la Seine est divisé en 18 circonscriptions dans chacune desquelles un médecin-inspecteur et une dame visiteuse sont chargés de surveiller les nourrices et d’inspecter les crèches. M. le préfet de police constate que cette utile institution est un progrès, puisque il y avait en 1889, à Paris, 41 crèches avec 1494 places, dans la banlieue, 22 crèches avec 710 places, soit pour tout le département 63 crèches avec 2,204 places, ce qui donnerait une augmentation de 100 places sur l’année 1888. D’après le rapport préfectoral, la moyenne des enfants présents était de 1195, soit 15 de plus qu’en 1888.
En moyenne, chaque enfant avait, pendant l’année, payé, à titre de rétribution, 10 fr. 63 et avait coûté 62 fr. 91. Chaque journée de présence se trouvait avoir coûté aux crèches 0,95 centimes, et la rétribution moyenne n’avait été que de 0,15 centimes.
« On remarque, dit M. le préfet de police, une tendance trop grande à transformer les crèches en simples garderies ; le nombre des enfants allaités au sein par leurs mères est, en effet, trop restreint : presque tous les enfants sont élevés au biberon ou, plus âgés, mangent de la soupe. Les comités qui s’occupent de l’admission dans les crèches, les directrices de ces établissements devraient insister vivement auprès des mères pour qu’elles continuent le plus longtemps possible à donner le sein.
« Parmi les améliorations à réaliser encore dans certaines crèches, il faut citer l’usage du biberon sans tube et tenu à la main, l’usage des bains, l’emploi d’une alimentation lactée d'origine irréprochable, l’agrandissement de certains locaux qui ne sont pas toujours en rapport avec les progrès de l’hygiène, l’augmentation du personnel. Le personnel, en effet, n’est pas toujours suffisant, étant donnée l’importance des soins qu’exigent certains enfants que leurs mères apportent chaque jour en mauvais état.
« Le service médical enfin est presque partout négligé. Contrairement aux prescriptions des règlements, aucune crèche n’est visitée quotidiennement par un médecin. Ce défaut de contrôle empêche d’arrêter, dès leur début, les maladies épidémiques qu’entraîne fatalement toute aggloration un peu importante d’enfants en bas âge. Plusieurs crèches ont dû être fermées à la suite d’épidémies meurtrières, dont le développement eût pu être entravé s’il y avait eu un service médical plus régulier. »
Toutefois, malgré l’avis de M. le préfet de police, le service médical n’est pas seul en cause dans le développement excessif de ces épidémies infantiles, Fût-il très bien organisé qu’il ne pourrait que remédier en partie à l’installation vicieuse des crèches, à la promiscuité des objets de toilette, au mauvais régime alimentaire.
Ces critiques et quelques autres non moins importantes, nous les avons retrouvées formulées aussi parM. le conseiller d’Etat L. Bequet(l), en 1885, dans les termes suivants :
1° L’ouverture de la crèche et sa fermeture ne concordent pas partout avec les heures où commencent et finissent les travaux des usines et des ateliers ;
2° Les visites des médecins n’y sont pas toujours faites quotidiennement ;
3° Les enfants nés hors mariage sont impitoyablement exclus de certaines crèches; dans quelques autres, leur admission n’est que difficilement obtenue ;
(1) Léon Bequet. — Régime et législation de l’Assistance publique, p. 323,
PROTECTION ET ASSISTANCE DE L'ENFANCE. 251
4° Les crèches ne devraient pas être fermées les dimanches et jours fériés ;
5° L’alimentation n’y est pas assez prudemment réglée:
6° L’enfant devrait pouvoir être conservé de nuit à la crèche dans certaines circonstances particulières et notamment lorsque la mère serait malade, soit à l’hôpital, soit à domicile, ou si l’enfant se trouvait soudain privé de sa mère ;
7° D’une part, le principe de l’exemption de la rétribution maternelle n’est pas largement appliqué ; d’autre part, cette rétribution ne devrait jamais dépasser le taux de 10 centimes pour un enfant, ni celui de 15 centimes pour deux enfants du même ménage, alors qu’elle est généralement de 20 ou 30 centimes, et parfois de 50 centimes (1) ;
8° Certains locaux de crèches ne présentent pas toutes les garanties de salubrité ;
9° Le plus souvent, il n’est pas tenu de comptabilité régulière.
Toutes ces critiques sont encore justes aujourd’hui comme nous avons eu l’occasion de le montrer ailleurs (2).
L’installation est souvent exiguë et le mode de construction défectueux, non seulement dans les crèches qui ont été installées dans des bâtiments construits pour un autre usage et appropriés, vaille que vaille, à leur destination nouvelle, mais aussi dans quelques crèches construites tout exprès. Il y a pourtant quelques modèles intéressants qui ont été reproduits par M. Cacheux, dans son intéressant ouvrage sur les crèches, et dont nous donnons ici deux exemples :
La crèche Sainte-Marguerite, à Grenelle (fig. 19), a été construite sur les plans de M. Guillotin et peut recevoir trente enfants. Le terrain a coûté 7,000 francs: la construction a coûté environ 20,000 francs, qui ont été généreusement donnés à l’œuvre par M. Guillotin.
11 a été en outre dépensé pour l’installation :
Literie 1,806 fr. 23
Lingerie 3,108 65
Articles de ménage 1,057 »
Chaises, berceaux, tables et accessoires 530 05
Pouponnière 205 »
Eau, jardin, droits de voirie 589 40
Impressions, circulaires, etc 500 40
Total 7,796 fr. 75
La nourricerie et le pouponnât, de Guise (fig. 20) ont été créés par M. Godin, pour les ouvriers de sa manufacture, et font partie de l’en-
(1) La contribution de 50 centimes doit être bien rare en France. Nous ne la connaissons pas. Mais à l’étranger, elle est assez commune.
(2) H. Napias, Hyg. des crèches, in Revue hygiène, 1891.
semble des institutions remarquables auxquelles il a donné le nom de
Familistère (2).
Le bâtiment où il a établi la nourricerie (enfants au-dessous de 2 ans) et le pouponnât (enfants de 2 à 4 ans), et que nous reproduisons ici d'après M. Cacheux, a coûté environ 40,000 francs ; il a 15 mètres de longueur.
Fig. 19. — Plan de la crèche Sainte-Marguerite de Grenelle, à Paris (d’après Cacheux).
Nous pourrions citer encore quelques bons modèles, tels que ceux de la crèche Saint-Pierre du Gros-Caillou, de la crèche laïque du XIe arrondissement, de la crèche du Chemin de fer de l’Ouest, etc. Mais ce sont là des exceptions, et trop souvent on trouve les crèches au deuxième ou troisième étage, dans un appartement quelconque, plus ou moins mal éclairé, aéré, ventilé, chauffé. — Le chauffage consiste quelquefois (c’est le cas d’une crèche parisienne située dans un quartier élégant et riche) en un seul poêle Chouberskv-
Tout cela tient évidemment, comme aussi les dispositions fâcheuses que
(I) Pour le Familistère de Guise , voyez Hygiène urbaine, Habitations collectives , t. III, p. 462.
PROTECTION ET ASSISTANCE DE L’ENFANCE
nous signalerons tout à l’heure, à cette conception arriérée de l’assistance qui, n’étant pas considérée comme un devoir et une obligation, conserve le caractère précaire de la charité et de l’aumône.