V'JE. INTÉRIEURE
du Pouponnât , de la Noumcorie ei de»
Salles de berceaux
Fig. 20. — Nourricerie et pouponnât de Guise (d’après M. Cacheux).
On veut faire tout le bien possible avec les trop faibles ressources dont on dispose, au risque de le faire mal ; on ne se dit pas que pour
certaines institutions d’assistance qui ont, comme les crèches, une importance sociale de premier ordre, il faudrait se demander d’abord ce qu’il faut pour atteindre le but qu’on se propose et proportionner ensuite les ressources à employer à la nécessité reconnue. Les municipalités, les départements, l’Etat lui-même, ont ici des devoirs à remplir qui ne sont d’ailleurs que la conséquence de la loi à laquelle le docteur Théophile Roussel a attaché son nom, car il est malheureusement rare que l’assistance privée soit assez bien dotée et assez éclairée pour être efficace.
Pourtant cela se rencontre à l’état d’heureuses exceptions ; nous en avons quelques exemples dans les dispensaires d’enfants, et la ville de Rouen vient d’en fournir un exemple pour les crèches.
Le département de la Seine-Inférieure est un des mieux dotés au point de vue de l’assistance, c’est aussi un de ceux qui possèdent le plus grand nombre de crèches ; il y a, en effet, outre des crèches privées installées dans plusieurs manufactures, 7 crèches publiques qui reçoivent plus de 250 enfants donnant lieu à 73,000 journées de présence et à une dépense totale de 49,835 fr. 65, soit 67 c. 1/2 par jour et par enfant.
Rouen possède à lui seul 4 des 7 crèches publiques du département. Ces crèches sont médiocres ; mais elles se perfectionneront sans aucun doute, car deux de ces crèches, qui sont des crèches laïques, viennent de recevoir des donations importantes : 100,000 francs à l’une et 50,000 francs à l’autre.
Mais, de plus, une cinquième crèche vient d’être construite dans des conditions de confort, de sage hygiène, dans des proportions générales qui laissent bien peu à désirer. C est un cadeau que le directeur du Journal de Rouen, M. Rrière, fait à la ville.
Cette crèche toute nouvelle et si bien comprise mérite de nous arrêter quelques instants.
La Crèche Elisabeth et Marguerite Brière (fig. 21) est située, à Rouen, rue Lenotre et rue Dumont-d’Urville, elle a été construite par M. G. Simon, architecte. Sa situation n’a pas été choisie au hasard, mais afin d’éviter aux mères des courses fatigantes et improductives, le fondateur a voulu qu’elle fut située dans un quartier industriel, près d’une école maternelle et de deux écoles communales, garçons et filles. Elle est d’ailleurs isolée de toute construction et entourée d'un jardin.
Le sous-sol (fig. 21) comprend la buanderie, la section à air chaud, le calorifère et la cave. Le premier étage, qui surmonte seulement la partie centrale, contient l’appartement de la directrice (fig. 21) et une chambre d’isolement. Au-dessus se trouve un grenier utilisé comme séchoir et qu’un monte-charge met en communication avec la buanderie (1).
(1) Docteur Ch. Bataille. — Communication à b Société Normande d’Hygiène pratique. — La Normandie Médicale (mars 1892).
PROTECTION ET ASSISTANCE DE L'ENFANCE
Fig. 21. Crèche Brière, à Rouen.
Le rez-de-chaussée est la partie la plus importante. C’est là que se trouvent le dortoir ou salle du sommeil, le pouponnât ou salle des jeux, la lingerie, la cuisine, la salle d’allaitement, le lavabo et les water-closets. Deux autres pièces accessoires sont destinées à une salle de réunion et au cabinet de la directrice, placé de telle sorte que, de son bureau, elle puisse voir ce qui se passe dans le pouponnât et la salle du sommeil.
Les mères entrent à la crèche par le côté gauche et trouvent, après avoir traversé un petit vestibule, la salle d’allaitement qui sert aussi de salle d’inscription. On a placé dans cette salle des chaises basses pour les mamans qui viennent allaiter, ainsi qu’un lavabo où elles doivent se laver les mains et les seins. C’est là aussi que matin et soir on habille et déshabille les enfants pour leur faire prendre et quitter l’uniforme de la crèche. L’uniforme est complet pour les tous petits ; ceux qui marchent ne mettent que des souliers et une blouse par dessus leurs vêtements. Des casiers numérotés s’alignent sur les murs, et chaque enfant a deux casiers, dont l’un pour ses vêtements et l’autre pour les vêtements de la crèche.
Le dortoir communique avec la salle d’allaitement par une porte vitrée. Il communique d’autre part avec le corridor qui conduit au lavabo et avec le pouponnât. Les dimensions sont 12m70 de long, 8m80 de large, 5m de haut, soit une superficie de Illmc76, et un cube de 558m80. Six fenêtres éclairent ce dortoir.
Au milieu de la pièce se trouvent 20 lits de camp jumeaux et, le long des parois 28 berceaux ; soit 48 places.
Les 28 berceaux sont seuls occupés tout le long du jour : les enfants plus grands sont au pouponnât et ne viennent dormfr que 2 heures.
Ce dortoir est chauffé, comme les autres pièces, par le calorifère. Mais en outre, il s’y trouve une cheminée aménagée d’une façon intéressante.
Elle comprend : un foyer à air libre devant lequel on change les enfants, petite opération qui nécessite un feu vif. Au-dessus se trouvent un bain-marie, où l’on peut constamment réchauffer les bouillottes des lits, et un bain de sable pour chauffer les biberons. De chaque côté est placé un chauffe-linge.
Le pouponnât ou salle de jeu est destiné aux enfants qui marchent ou commencent à marcher. Les dimensions : 10 mètres de long x 8 mètres 80 de largeur = 88 mètres carrés x 5 mètres de hauteur = 440 mètres cubes, sont un peu plus restreintes que celles du dortoir, ce qui est logique, puisque dans le dortoir tous les enfants se trouvent réunis pendant 2 heures, tandis que dans le pouponnai les maillots ne viennent jamais.
Le pouponnât est séparé de la salle du sommeil par un mur épais, la porte vitrée est constamment close.
Le pouponnât donne sur une vérandah par 3 grandes portes-fenêtres
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munies d’impostes s’ouvrant; c’est par là qu'il reçoit le jour et le soleil. Cette vérandah sert de préau pour la belle saison.
Le lavabo est bien compris. Il est muni de cuvettes largement approvisionnées d’eau chaude et froide ; il s’y trouve une baignoire pour les enfants et une pour le personnel, qui est tenu de prendre au moins un bain par mois. Des casiers numérotés contiennent les objets de toilette des enfants qui sont individuels. Une trémie conduit les linges souillés directement à la buanderie.
Le chauffage, la ventilation ne présentent rien qui puisse être loué particulièrement. Il est possible que le système de ventilation réserve quelques mécomptes au constructeur, mais ce qu’on peut louer sans réserve, c’est l’arrondissement des angles des murs, et la bonne distribution d’eau chaude.
Le personnel comprend une directrice, trois berceuses et une aide pour la salle du sommeil et pour les maillots, une infirmière et une jeune fille pour le pouponnât, une cuisinière repasseuse et une blanchisseuse. Une visite médicale est faite chaque jour par le docteur Ch. Bataille.
Les moyens d’assurer la propreté des enfants sont, avons-nous dit, souvent très insuffisants. S’il existe dans certaines crèches, comme celle dite Saint-Marcel (rue Vendrezane) et celle du Chemin de fer de l’Ouest, des baignoires (où l’on a toutefois le tort de placer deux enfants à la fois, ce qui peut u’étre pas toujours sans inconvénient), il y a des crèches qui n’ont même pas de lavabos.
Une crèche de Paris, que nous ne voulons pas nommer, n’a ni baignoires, ni lavabos; on lave les enfants à l’eau froide prise à un robinet, dans un vase quelconque. Nous avons vu, dans un département du centre, une crèche où les enfants n’ont pour leur toilette qu’une seule éponge et l’eau d’un seul seau: et nous avons trouvé le même fait signalé dans un rapport d’inspection pour une crèche de Paris.
S’il y a plusieurs éponges, il n’y a parfois qu’un seul peigne et qu’une seule brosse, ou bien il y a une serviette commune à plusieurs enfants. On n’a pas encore compris partout qu’il faut des objets de toilette absolument individuels, comme il faut des vêtements de rechange individuels, comme il faut des lits individuels pour les heures du repos: et on en est resté à un communisme primitif et très peu aseptique. Nous avons même vu dans une crèche qu’il n’existait que deux cuillères pour faire manger la soupe aux enfants et la raison qu’on en donnait ingénument, c’est qu’il n’y avait que deux femmes pour distribuer ladite soupe et qu’il suffisait que chacune d’elles fût armée d’une cuillère.
Alimentation dans les crèches. — Ce n’est pas seulement par cette pénurie de cuillères que pèche le régime alimentaire. Le biberon règne en maître dans la plupart des crèches, et le biberon à tube y est fort Encyclopédie d’hygiène. — V. 17
commun ; il est commode ; le personnel trouve qu’il nécessite moins d’attention de sa part; ce personnel ignore s’il est ou non hygiénique, car on ne le lui a pas appris, et il ne sait même pas qu’il est peu prudent de faire servir un seul biberon à plusieurs enfants successivement, comme nous l’avons vu pratiquer il y a peu de temps encore dans une crèche de province.
D’ailleurs, le personnel des crèches reçoit des prospectus, des réclames, qui vantent tel biberon de tel inventeur et il choisit un peu au hasard, suivant le prix courant, et surtout suivant que le prospectus est plus ou moins habile à le tromper (1).
D’ailleurs si le lait est mal donné à l'aide de biberons défectueux, ce lait n’est, pas toujours très bien choisi. Il y a sans doute beaucoup de crèches qui font venir, de telle ou telle ferme normande ou picarde renommée, du lait soigneusement cacheté, mais il en est d’autres, et nous en pourrions citer à Paris même, où l'on s’approvisionne à la laiterie voisine de lait écrémé, déjà coupé d’eau de Seine ou de l’Ourcq, et qu’on puise dans de larges terrines où tous les germes que les allants et venants apportent dans leurs vêtements et secouent dans leurs mouvements peuvent trouver le terrain de culture le plus favorable à leur développement. Ce lait est souvent simplement tiédi au moment de l’emploi et rarement porté à l’ébullition, c’est-à-dire à l’état de stérilisation que rendrait pourtant si nécessaire sa provenance douteuse.
Il arrive même que ce lait soit donné très parcimonieusement, surtout dans les villes où il coûte cher.
Voici du reste le régime d’un certain nombre de crèches tant de Paris que de province; nous évitons, on le conçoit, de les désigner autrement que par des lettres.
(I) Consulter H. NapiAs. — Hygiène des Crèches in Bulletin Soc. Med. Pub. 1891. — Depuis la publication de ce travail, une circulaire ministérielle du 20 janvier 1892, a prié les préfets d’inviter formellement les maires à ne pas faire ou laisser faire dans les mairies des distributions de prospectus ou brochures émanant de prétendues académies et vantant les biberons de tel inventeur. Voici cette circulaire :
Paris, le 20 janvier 1892.
Monsieur le Préfet, je suis informé qu’une Société qui prend le titre « d' Académie ( l'hygiène contre les maladies du premier âge et la mortalité des nourrissons » envoie dans les mairies une brochure dite •< l’Art de donner des soins aux nouveaux-nés » et où se trouve une apologie du biberon Robert ; cette publication doit être remise aux auteurs des déclarations de naissances ; elle porte, d’ailleurs, sur la couverture les mots « gratis dans toutes les mairies ».
Je vous prie de vouloir bien inviter formellement MM. les Maires de votre departement à ne faire ni laisser distribuer, sous aucun prétexte, par leurs secrétaires ou employés, la publication dont il s’agit ou toutes autres analogues.
Je vous serai obligé de m’accuser réception de la présente circulaire par un des prochains courriers.
Recevez, etc.
Le Ministre de l'Intérieur,
ÜONSTANS.
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Crèche A. — Lait au verre ou au biberon : à partir de 3 mois : bouillie ;
à partir de sept mois : soupe grasse : vin coupé d’eau comme boisson.
Quantité de lait non déterminée.
Crèche B. — 2 litres de lait par jour pour 16 enfants.
Crèche C. — 3 litres de lait pour 22 enfants.
Crèche D. — 8 litres de lait pour 20 enfants.
Crèche E (récemment fondée). — 6 litres de lait par jour pour 20 enfants. — Soupe qu’on fait manger avec une seule cuillère et dans la même assiette (visite d’inspection du 25 juillet 1890).
Crèche F. — Pour les plus petits enfants : bouillies, eau panée, lait coupé de tisane d’orge.
Crèche G. — Bouillie claire faite d’orge et d’avoine.
Crèche H. - Bouillies dès le plus jeune âge; à partir de 0 mois la soupe deux fois par jour, le reste est fourni par les parents.
Crèche I. — Lait 5 litres pour 16 enfants; soupe au lait à 10 heures, à 4 heures bouillon gras, goûter fourni par la famille, la crèche ne donne comme boisson que du lait coupé ; les parents qui veulent que leurs enfants boivent du vin l’apportent à la crèche. On 'ne se sert jamais de biberon, mais de verre.
Crèche J. — Lait pour les petits (quantité non déterminée), soupe grasse et tartine pour les plus grands: à 4 heures soupe et pommes de terre.
Crèche K. — Le lait est donné au verre (quantité non déterminée), bouillon et petits potages à partir de 8 mois. — Après 1 an : 3 soupes, tartines, lait. On donne aussi à tous les enfants comme boisson de l'eau sucrée avec de la fleur d’oranger.
Crèche L. — Lait 8 à 9 litres par jour pour une moyenne de 25 enfants ; soupe au lait dès qu’ils peuvent manger ; à 14 mois, soupe deux fois par jour, bœuf coupé menu ; à 2 ans, soupe 3 fois par jour. — Comme boisson : lait coupé.
Ajoutons qu’on coupe souvent le lait avec une eau quelconque ; qu'il est peu de crèches qui songent à le couper d’eau bouillie; que beaucoup n’ont pas de filtres ou n’ont que des filtres banals capables tout au plus d’arrêter les œufs des plus gros helminthes.
Il n’y a guère qu’une crèche où l'on ait établi un régime alimentaire rationnel; il est vrai que cette crèche n’est pas surveillée mais dirigée par un médecin, c’est la Nursery municipale de Grenoble.
La Nursery municipale de Grenoble (fig. 22) a été ouverte le 17 décembre 1883. Elle occupe au cours Berriat, c’est-à-dire dans un des quartiers où la population ouvrière est nombreuse, une superficie totale de 1,253 mètres carrés; les bâtiments comptent dans ce chiffre pour 303 mètres, le reste est représenté par deux jardins et un préau couvert.
Le Dr Gallois, qui la dirige, en adonné une intéressante description (1). Voici, d’après lui, comment y est réglée l’alimentation :
(1) Grenoble, imprimerie Allien père el fils, 1 8S8.
Pour les enfants nourris au sein, la mère est tenue de donner à téter en arrivant. Elle doit le faire encore avant de reprendre son enfant. Les enfants sevrés doivent avoir fait un repas avant de venir.
Les repas pris à la Nursery ne commencent donc qu’à neuf heures et demie. Ces repas sont au nombre de quatre pour les plus petits, et de trois pour les plus grands. Le lait en fait la base dans tous les cas, pur. ou additionné d’eau pour les plus petits.
Tableau du régime alimentaire des enfants.
Enfants nourris exclusivement au sein. La mère vient allaiter quatre ou au moins trois fois dans la journée.
Ire Categorie. .
2 Culéyorie. . .
3' Catégorie., .'s
Catégorie..
5e Catégorie.. .1
Catégorie..
Enfants de deux à trois mois incomplètement nourris au sein. La mère ne vient allaiter que deux ou une fois dans la journée. Les repas supplémentaires, pris à 9 h. et demie, midi, 2 h. et demie et 5 heures, consistent en 75 à 100 grammes de lait coupé u° 2.
Enfants de quatre et cinq mois incomplètement nourris au sein. Les repas supplémentaires, pris aux mêmes heures que pour la catégorie précédente, consistent en 100 à 150 grammes de lait coupé n° 1.
Enfants de six mois à un an, partiellement sevrés. Les repas supplémentaires, pris aux mômes heures que ci dessus, consistent en 125 à 180 grammes de lait pur; à midi, potage au lait et à la farine d’avoine, 5 à 10 cuillerées, suivant l’âge.
Enfants d’un an à dix-huit mois presque entièrement sevrés; à 9 h. et demie, lait pur 200 grammes ; à midi, potage au lait avec farine d’avoine, semoule, farine do maïs, etc.; à 4 heures, panade au lait.
Enfants de dix-huit mois à trente mois entièrement sevrés ; à 9 heures et demie, tartine de beurre salé ou petit pain au lait; à midi, potage au lait; à 4 heures, tartine ou petit pain
Formules de coupage de lait.
Lait coupé n° 1 . .
Lait coupe n° 2,.
j Lait de vache pur non écrémé
’j Eau bouillie
) Lait de vache pur non écrémé ) Eau bouillie
I litre.
1 litre.
1 litre 1/2
Entre six mois et un an, les repas sont constitués par du lait pur, sauf un seul pour lequel il est donné un potage au lait. D'un an à dix-huit mois, les potages sont plus nombreux et préparés soit avec de la farine d’avoine ou de maïs, de la semoule, etc.
Entre dix-huit mois et trois ans, les enfants mangent «à l’un de leurs repas une tartine de beurre salé ou un petit pain au lait.
On a cru devoir supprimer absolument la viande comme aliment, le vin comme boisson. A cet âge, en effet, dit le Dr Gallois, les substances trop azotées et, l'alcool sont pins nuisibles qu’utiles à l’enfant bien portant. Le lait et l’eau sont toujours donnés bouillis.
(1) A la crèche Brière à Rouen, le D1’ Bataille a réglé l'alimentation en s’inspirant de ce que le Dr Gallois a fait à Grenoble. Le régime diffère surtout par l’introduction de la viande pour les enfants de plus de 18 mois. Voici d’ailleurs le régime de la crèche Brière ;