SEMENTS
publics
ÉTABLISSEM
Laïques.
ENTS PRIVÉS
Congréga-
nistes.
TOTAL
établisse-
ments.
TOTAL des enfants recueillis.
Loiret
Lot
Lozère
Maine-et-Loire
Manche
Marne
Marne (liante-'
Mayenne
Meurthe-et-Moselle
Meuse
Morbihan
Nièvre
Nord
Oise
Orne
Pas-de-Calais
Puy-de-Dôme
Pyrénées (Basses-)
Pyrénées Hautes-)
Pvrénées-Orientales
Rhône
Saône (Haute-)
Sarthe
Savoie
Seine
Seine-Inférieure
Seine-et-Marue
Seine-et-Oise
Sèvres (Deux-)
Somme
Tarn
Tarn-et-Garonne
Var
Vaucluse
Vendée
Vienne
Vienne (Haute-)
Vosges
Yonne
L'origine des orphelinats est très variable, un certain nombre qui appartiennent à des hospices, à des hôpitaux, voire à des bureaux de bienfaisance, ont été régulièrement fondés et dotés. Beaucoup, même dans les hôpitaux, ont été créés abusivement, sans qu’une fondation spéciale existât, et les commissions administratives se sont trouvées tout à coup en présence d’un fait accompli, la supérieure ayant successivement introduit un ou deux enfants, puis 3, puis 4, qu’on a logés d’abord dans un coin, sous les combles, puis pour lesquels on réclame un beau jour un logement plus large, mieux agencé, si bien que la commission n’ose pas jeter ces pauvres enfants sur le pavé ni ne consent à les laisser logés dans le coin mal salubre où on les a entassés d’abord, et qu’elle créée ainsi à l’hôpital ou à l’hospice qu'elle administre, une obligation
nouvelle qui n’avait pas été prévue par les fondateurs ; et si bien qu’il faudra, pour satisfaire à cette obligation, prendre sur les fonds dont l’attribution est cependant nettement établie et qui ne devraient, sous aucun prétexte, être détournés de leur destination.
L’enquête constatait que la plupart du temps ces établissements portent le nom d’orphelinats, bien que nous ayons dit déjà que les orphelins V sont à l’état d’exceptions rares, les autres se nomment refuges, asiles, maisons ou œuvres du Bon Pasteur, maisons de la Providence, œuvres de la miséricorde, ouvroirs, ouvroirs asiles, etc.
Les orphelinats privés sont surtout des œuvres modernes et il semble que trop souvent ils aient été créés en vue d’avoir, dans un but industriel, la main d’œuvre à bon marché. Aussi est-ce dans les grands centres qu’ils sont le plus nombreux et c’est depuis le grand mouvement industriel qui caractérise le xixe siècle qu’ils se* sont multipliés.
La plupart des orphelinats n’ont aucune situation légale.
L’enquête sénatoriale constatait que sur 914 établissements qui avaient répondu à la question qui leur était faite sur leur situation légale, 103 étaient reconnus d’utilité publique, 292 étaient autorisés, 519 n’avaient, qu’une situation tolérée ou même ignorée. M. Th. Roussel s’est attaché, dans son remarquable rapport, à montrer ce que cet état de choses a de fâcheux et quelle nécessité il y aurait à exiger l’autorisation préalable et à faire régulièrement l’inspection de ces établissements.
M. Th. Roussel fait, remarquer que si un très grand nombre d’orphelinats restent privés de toute constitution légale, cela tient d’une part à l’amour d’une liberté sans contrôle de la part des chefs d’établissements et d’autre part à la tolérance impassible de l’autorité. Sans doute l’inspecteur primaire visite les écoles de ces orphelinats, non toutefois d’une façon très régulière, et il peut arriver même qu’il ignore l’existence de ces écoles ou qu’il oublie de s’y rendre. L’inspecteur du travail des enfants y pénètre souvent aussi ; enfin, l’inspecteur des enfants assistés y va quelquefois s’il y a là des pupilles de son service ; mais le plus ordinairement on lui amène les pupilles au parloir, il ne visite pas l’établissement tout entier, sauf dans certains départements, comme la Seine-Inférieure, où l’autorité préfectorale a su organiser une inspection spéciale.
Tous les abus restent possibles, le contrôle étant insuffisant ; et les conditions d’hygiène, de salubrité, de confort, sont en tous cas très souvent défectueuses.
Nous avons vu dans certains orphelinats des lits composés d’une simple paillasse, avec un drap et une couverture ou même une couverture, sans draps ; des lavabos rudimentaires ou nuis ; une alimentation insuffisante qui expliquait le teint hâve et anémique des pensionnaires.
Sur 1,110 établissements qui figurent dans les relevés de l’enquête sénatoriale, 840 seulement faisaient connaître le nombre des mineurs
PROTECTION ET ASSISTANCE DE L'ENFANCE
recueillis par eux : 327 établissements contenaient de 20 à 50 enfants, 210 en contenaient de 50 à 100 : 191 n’en contenaient que de 1 à 20. Un comptait 102 établissements ayant plus de 100 mineurs. Ceux qu'on relevait alors comme en contenant le plus grand nombre étaient l’orphelinat de Saint-Nicolas, à Igny (Seine-et-Oise) avec 420 enfants; le Bon Pasteur d’Angers et l’ouvroir Sainte-Marie à Nantes, avec chacun près de 600 enfants.
L’enquête sénatoriale nous montre dans certains cas le but franchement et uniquement industriel de certains orphelinats avoué par les personnes qui les dirigent. Citons ici textuellement le rapport de M. Th. Roussel.
« Un certain nombre d’orphelinats congréganistes, maisons de la Pro- » vidence ou autres, ne reçoivent pas d’enfants avant l’âge de 10 ans, » pour les garder jusqu’à lô> 18, 21 ou même au-delà ; jusqu’à 25 ans, » comme à l’établissement Dom Bosco, de Nice : jusqu’à la mort, comme » dans les refuges et les maisons du Bon-Pasteur.
» Dans les orphelinats où le sentiment de la charité chrétienne domine » toute préoccupation de lucre, on reçoit généralement l’enfance à partir » de 6 à 7 ans, assez souvent à 5 ou même à 4 ans ; quelquefois à 3 ans » (orphelinat Saint-Martin, à Digne, etc.) ; ou même à 2 ans, comme à » Saint-Domnin (Basses-Alpes). »
D’ailleurs, la tendance industrielle est facile à constater quand on étudie, avec le rapport de M. Th. Roussel, d’où viennent les ressources des orphelinats.
L’origine de ces ressources est variable et ne saurait être toujours bien précisée. Les préfets en envoyant les documents demandés par l’enquête sénatoriale, faisaient remarquer qu’il était impossible d’avoir, le plus souvent, des indications nettes en ce qui concerne les recettes et les dépenses, et qu’il y avait là une « réticence volontaire et calculée. »
Un préfet disait notamment : « Un renseignement me paraissait utile » à obtenir : le chiffre de la dépense annuelle d’un enfant ; j’aurais » voulu connaître encore quel est le produit du travail des pupilles. Ces » détails m’ont été soigneusement cachés ; ce qui m’a porté à croire que » le but moral, humanitaire, qui existait à l’origine, n’est pas le seul en » réalité. En sorte que sans nier les services rendus à la société par ces » établissements, on est fondé à craindre que la plupart ne soient surtout » des entreprises commerciales fondées sur V exploitation de l’enfant. » Beaucoup d’autres interprétations qui se rencontraient dans les rapports des préfets étaient si sévères, que l'honorable sénateur rapporteur n’a pas cru devoir les reproduire. Ce n’étaient peut-être pas les appréciations les moins justes. En tous cas, il y a là une situation des plus regrettables, et chaque ligne pour ainsi dire du rapport si important de M. Th. Roussel met en pleine lumière la nécessité d’un contrôle sérieux et régulier.
D’une façon générale, et avec les renseignements incomplets qu’on
possède, on peut dire qu'un petit nombre d’orphelinats couvrent leurs dépenses avec le seul produit des fondations, rentes sur l’État ou revenus de propriétés foncières qui ont constitué leur base originelle.
Le produit des dons et legs, avec ou sans charges testamentaires, fournit un contingent' d'une importance variable à un grand nombre d’autres orphelinats.
Les subventions de l'État distribuées annuellement par le Ministre de l'Intérieur, sur le fonds de secours aux établissements et institutions de bienfaisance, celles qui proviennent du Ministère de l’Instruction publique, de la Guerre, de la Marine, de l’Agriculture, ne donnent qu’un supplément de ressources secondaires (1).
Les subventions départementales ou communales sont, aussi, peu importantes en général : à moins qu’il s’agisse d’orphelinats départementaux (Drôme, Eure-et-Loire, Isère, Seine-Inférieure, etc.), ou d’orphelinats municipaux (Belfort, Epinal, Angers, etc.).
Les cotisations des membres fondateurs ou adhérents de ces œuvres sont souvent la partie la plus importante des ressources sur lesquelles elles peuvent compter.
Une autre ressource provient du paiement de prix de pension par des parents, des protecteurs, des bienfaiteurs.
Parmi les ressources diverses, il en est une que l’éminent rapporteur de l’enquête sénatoriale voyait avec surprise prendre une grande importance par le chiffre des produits et qui consiste dans la rétribution payée pour l’assistance des enfants aux pompes funèbres. « Dans plusieurs de » nos grandes villes, dit en effet M. Th. Roussel, particulièrement dans » les départements du Midi, les Orphelinats de la Providence, de la » Miséricorde, des Sœurs de la Présentation, etc., ne manquent pas après » chaque décès qui survient dans les familles riches, d’envoyer tout » leur jeune personnel figurer aux funérailles, aux messes de neuvaine, » quarantaine et bout de l’an. Le produit de cet emploi singulier des » pupilles de la charité représente dans certains budgets le cinquième » ou le sixième de la recette totale de l’année. Dans une petite ville telle » qn’Aubenas (Ardèche), l’orphelinat des filles de la Providence a » retiré, en 1880, de l’assistance aux pompes funèbres des 32 filles » recueillies dans cet établissement la somme de 1,104 fr. sur un total » de 8,167 fr. que présente son budget des recettes. A l’orphelinat. » Sainte-Marthe, de Grasse, on voit en 1880, pour un total de recettes » de 8,500 fr., l’assistance aux convois et pompes funèbres figurer pour » 1,500 fr., le travail des 52 filles ne figure que pour 1,000 fr. Dans » certaines localités, à Auxerre par exemple, le produit de l’assistance
(1) Cependant, cela peut être la ressource principale dans quelques cas spéciaux. C’est ainsi que l’orphelinat ou ouvroir de Saint-Maurice, à Sathonay (Ain), exclusivement destiné aux orphelines des soldats, est entièrement entretenu aux frais du ministère de la guerre C’est une fondation particulière duc à l’autorité militaire.
PROTECTION ET ASSISTANCE DE L ENFANCE
» aux convois funèbres est augmenté de celui de l'assistance aux ma- » riages. »
L’inspection générale a signalé à diverses reprises cet abus qu’on fait du temps des orphelins et orphelines en faveur de la vanité des familles riches. Nous avons déjà dit (1) combien c’était là une pratique ancienne, mais son ancienneté ne la rend ni plus juste ni plus respectable.
Enfin, « l’une des principales ressources et trop souvent, il faut le » dire, la ressource vitale de la plupart des établissements de charité » dont l’existence n’a pas été solidement assise sur des dotations, est » celle qui provient du travail des enfants recueillis, » dit très justement M. Th. Roussel, et il ajoute que « les faits dénoncés de temps à autre » dans la presse, ou même à la tribune de la Chambre des députés,
» déférés plus d’une fois à la justice, prouvent que ces suppositions ne » sont pas gratuites. » (2).
En somme, les orphelinats sont loin de rendre les services qu’on en pourrait attendre. Ils devraient être des écoles professionnelles et n’ètre autorisés ou même tolérés qu’à cette condition. Les enfants et particulièrement les filles ne devraient en sortir que munies d’un trousseau, convenable et d'un petit pécule, et aussi pourvues d’un métier qui les puisse faire vivre (3). Pendant l’àge scolaire, ces enfants devraient fréquenter les écoles publiques, se trouver mêlés aux enfants de leur âge, avec lesquels ils auront à vivre plus tard. Enfin, s’il n’est pas actuellement possible de réglementer ces établissements, de les surveiller, de contrôler leur organisation et leur fonctionnement d’une manière suffisamment efficace, c’est que les lois qui les concernent sont à refaire, et il faut lés refaire au plus tôt. On parle beaucoup de la séquestration prétendue de certains aliénés; on ne parle pas assez de séques-
(2) Le préfet d’un grand département dans lequel 13 établissements de charité ont été soumis à l’enquête, s’exprimait ainsi :
« Pour les adolescentes, jusqu’à la majorité, l’orphelinat n’est plus qu’un atelier où elles
travaillent sans rétribution. Les maisons religieuses telles que reçoivent une
pension pour les enfants engagés jusqu’à leur majorité, et les occupent tout le jour et souvent la nuit à des travaux de couture, faisant concurrence aux ouvrières ordinaires ; l’établissement ne payant pas de salaires, fait toujours des bénéfices.
» La jeune fille, cloîtrée et surmenée, est non seulement privée du fruit légitime de son travail ; mais sa santé et son avenir sont souvent compromis par le régime intérieur. Elle peut être assez habile dans certains ouvrages spéciaux, mais elle est incapable des soins du ménage, et à sa sortie, sans instruction, sans expérience, sans épargne, elle est bien mal préparée pour la lutte pour l'existence, et pour éviter tous les dangers auxquels clic va être exposée. »
(3) H y a des congrégations charitables qui font déjà de leur mieux, imitant une sainte femme, Jeanne Biscot, fondatrice et première supérieure de la Société des sœu;s de Saint- Agnès d’Arras et de la maison de la Sainte-Famille de Douai, qui voulait que le gain du travail des enfants de son orphelinat « retourne entièrement au profit de leurs pauvres » parents ».
trations possibles dans les refuges, dans les bons pasteurs, partout où des enfants, des adolescents, des filles et des femmes sont cloîtrés, séparés du monde , sans surveillance de l’autorité , et où tous les abus sont à craindre.
Certes il y a de bons, d’excellents orphelinats et ce sont ceux-là, qu’ils soient congréganistes ou laïques, qui ouvrent le plus largement leur porte à tout agent délégué par l'autorité: ce sont ceux-là qui, n’ayant qu’à gagner en considération à être bien connus, donnent le plus volontiers le relevé de leurs recettes et de leurs dépenses. Il faut constater avec M. Roussel que dans ce nombre se trouvent la plupart des orphelinats protestants et quelques autres aussi, mais en trop petit nombre.
Ceux qui très libéralement donnent l’instruction, assurent l’éducation professionnelle, soit à l’intérieur, soit en envoyant leurs pupilles en apprentissage en ville (1) pendant la journée ; ceux qui reçoivent les enfants illégitimes; ceux enfin qui n’ont en vue que l’assistance large et éclairée et non la charité étroite et intolérante, ceux-là mériteraient ici une mention spéciale, si la place que doit occuper dans ce livre l’article qui les concerne n’était forcément restreinte.
Signalons pourtant ici les principaux orphelinats qui donnent l’enseignement agricole :
Ardèche : Asile agricole de Vallon : Établissement des sœurs agricoles de Meysse. — Ariège : Orphelinat protestant de Saverdun ; Orphelinat de Saint-Joseph, à Lavesanet. — Aveyron : Orphelinat agricole de Grèzes. — Cantal : Orphelinat agricole de La Forêt, à Aurillac. — Charente : Orphelinat agricole de Leclerc-Chauvin. — Charente-Inférieure : Colonie agricole de Saint-Antoine, à Bois. — Côte-d’Or : Orphelinat agricole de Bezonotte. — Côtes-du-Nord : Orphelinat agricole de Saint-Ilan. — Drôme: Orphelinat départemental agricole. — Eure : Orphelinat agricole de Nagel. — Eure-et-Loir : Orphelinat agricole Bordas, à Chàteaudun. — Gard : Colonie agricole, à Servas. — Gironde : Établissement agricole de Prabitey ; Orphelinat agricole de Saint-Louis, à Villeneuve-d’Ornaz ; Orphelinat agricole de filles, à Villeneuve-d’Ornaz. — Isère : Orphelinat agricole de Notre-Dame de Vouïs, à Voiron. — Haute-Loire : Orphelinat agricole de Saint-François Begis, au Puy. — Lot : Orphelinat agricole d’Arnis. — Lot-et-Garonne : Providence agricole, à Saint-Cirq. — Maineet-Loire : Orphelinat agricole de Pouillé. — Meurthe-et-Moselle : Orphelinat agricole de Haroué. — Oise : Colonie agricole du Mesnil Saint-Firmin ; Orphelinat agricole de Merles. — Pyrénées (Basses) : Orphelinat agricole, à Pau. — Saône-et-Loire : Orphelinat agricole de Méplier ; Asile agricole de Montferroux ; Orphelinat agricole de La Loyère. — Seine-Inférieure : Orphelinat agricole du Havre. — Vienne : Colonie agricole des Bradières. — Vosges : Orphelinat agricole de Charmois.
(i) Orphelinat maçonnique, Orphelinat de Saint-Germain-en-Laye, Orphelinat protestant de Castres, etc.
PROTECTION ET ASSISTANCE DE L'ENFANCE
Enfin disons quelques mots de deux établissements qui dépendent, l’un du Ministère de la Marine et l’autre du Ministère de la Guerre, et accordons aussi quelques lignes à un orphelinat que des femmes artistes ont fondé dans un esprit de Charité très digne d’admiration :
Pupilles de la marine. — C'est là une oeuvre d’assistance qui dépend absolument du Ministre de la Marine. L’établissement des pupilles de la marine a été fondé à Brest, en 1862, dans le but de recueillir, élever et diriger sur une profession honorable des orphelins légitimes de gens de mer. Cet établissement a été réorganisé depuis, par un décret du 26 août 1882 (1).
L’effectif maximum des pupilles est fixé à 500. Il comprend des orphelins de père et de mère et des orphelins de père ou de mère ; les premiers sont reçus à partir de 7 ans, les seconds à partir de 9 ans.
L’admission a lieu dans l’ordre des catégories suivantes :
1° Les orphelins des officiers mariniers, maîtres au cabotage et marins de l’inscription maritime qui servaient à l’Etat ou au commerce, ou qui étaient titulaires, soit d’une pension de retraite, soit d’une pension de demi-solde ; 2° Les orphelins des sous-officiers et soldats des corps de la marine, morts en activité de service ou titulaires d’une pension de retraite sur la caisse des Invalides de la marine ; 3° Les orphelins des maîtres entretenus, des ouvriers et journaliers employés dans les divers services des ports ou établissements de la marine qui sont morts par suite d’accidents ou de blessures reçues dans un service commandé.
Les orphelins de ces diverses catégories dont les pères ont été tués à l’ennemi, ou sont morts des suites de leurs blessures ou en accomplissant un acte de dévouement, sont reçus en première ligne.
La disparition à la mer, l’aliénation mentale, l'amputation de deux membres, la cécité complète, donnent aux enfants les mêmes droits que la mort du père ou de la mère.
Les pupilles qui peuvent toujours, pour cause d’inconduite, . être rendus à leurs parents ou à leur tuteur, cessent en tous cas d’appartenir à l’établissement dès qu’ils ont atteint 14 ans. Ils peuvent alors entrera l’école des mousses (2), ou se faire admettre dans les ateliers des arsenaux, ou prendre ultérieurement du service dans les équipages de la flotte. Dans certains cas ils peuvent rester jusqu’à 16 ans sous le patronage de la marine et être placés en apprentissage au dehors.
Les pupilles reçoivent dans l’établissement une instruction primaire et professionnelle.
(1) Manuel des Œuvres , Paris, Poussielgue, 1891.
(2) En Angleterre un certain nombre d’enfants abandonnés sont aussi reçus sur le navire Exmouth, à Portsmoulh qui est une école de mousses et de jeunes matelots. Nous trouvons dans une remarquable communication faite par la regrettée docteur Emilie Bovell-Sturge au Congrès de La Haye, une intéressante statistique concernant ces enfants de 1876 à 1882.
Les demandes d’admission faites en faveur d’enfants dont les familles sont dans l’un des cinq arrondissements maritimes sont reçues par les commissaires de l’inscription maritime de la circonscription. Les demandes qui concernent les enfants domiciliés dans l’intérieur doivent être adressées au Préfet maritime du 2e arrondissement (Brest).
Chaque demande doit être accompagnée :
1° De l’acte de naissance de l’enfant ;
2° D’un certificat délivré par un médecin de la marine ou de l’armée, ou par un médecin civil désigné par l’inscription maritime constatant que l’enfant est bien portant, qu'il n’est atteint d'aucune maladie contagieuse, qu’il n’a aucune trace ni aucun germe de scrofule, qu’il a été vacciné :
3° Des actes de l’état-civil constatant la position de sa famille ;
4° Des étals de service du père ;
5° Des certificats et autres pièces devant servir au classement de l’enfant (degré d’instruction, moralité, conduite de l’enfant, position de la famille, charges, ressources, etc.).
Les mauvais sujets susceptibles d’être envoyés dans les maisons de correction ne sont pas acceptés.
Lorsque la limite d’àge fixée pour la sortie est atteinte, les familles ou tuteurs sont prévenus un mois à l’avance de la date du départ. Un certificat est délivré à l’élève sortant, et des frais de route lui sont accordés pour rentrer dans ses foyers.
Orphelinat Heriot. — (Enfants de troupe). — L’orphelinat Hériot, classé comme annexe aux écoles militaires préparatoires, relève du ministère delà guerre et toutes les dispositions qui régissent ces écoles préparatoires lui sont applicables. (Décrets du 3 novembre 1884 et 14 décembre 1866. — Loi du 12 février 1887).
Les conditions d’admission à cet orphelinat sont aujourd'hui réglées par une instruction du 12 avril 1888, qui abroge toutes les dispositions antérieures et qui s’occupe en même temps de l'administration des enfants de troupe laissés dans leur famille. L’admission des enfants de
Pendant cette période de sept ans il a été reçu 1941 garçons à bord de YExmouth ; le
tableau suivant montre ce qu’ils sont devenus :
Entrés dans la marine royale 328
Entrés dans la marine marchande 634
Entrés dans l’armée comme musiciens 130
Retournés dans leurs paroisses pour diverses causes 242
Fugitifs 10
Morts 8
Restent sur le navire au 31 décembre 1882 363
Total 1.941
PROTECTION ET ASSISTANCE DE L’ENFANCE
troupe à l'orphelinat Hériot est réglée par le titre IV de cette instruction qui comprend les articles 33 à 43 ci-après :
Art. 33. — Les candidats à l’orphelinat fondé par M. le commandant Heriot sont choisis parmi les enfants de troupe orphelins de l’armée de terre.
Art. 34. — Ils doivent être lils de soldats, caporaux ou brigadiers ou sous-olïiciers et être âgés de 5 ans au moins et de 13 ans au plus.
Art. 35. — Les parents ou tuteurs déclarent, dans la demande qu’ils adressent au Conseil d’administration du corps auquel appartient l’enfant de troupe dont ils sollicitent l’admission à l’orphelinat Hériot, qu’ils ont connaissance des dispositions suivantes :
1° Le secours annuel qu’ils reçoivent cessera de leur être payé à partir de la mise en route de l’enfant sur cet établissement;
2° A l’àge de 13 ans, l’enfant sera admis dans une école militaire préparatoire. A cette demande sera joint un certificat d’aptitude physique.
Art. 36. — Lorsqu’ils reçoivent une demande de cette nature, les conseils d’administration établissent, après enquête, un rapport individuel sur la situation dans sa famille de l’enfant qui en fait l’objet.
Art. 37. — Au l“r juillet de chaque année ils transmettent hiérarchiquement aux commandants des corps d’armée un mémoire de proposition pour chaque enfant dont l’admission à l’orphelinat Hériot est demandée.
Ce mémoire est accompagné de la demande des parents prescrite par l’article 35, du rapport du conseil d’administration et du dossier qui a servi à l’admission du candidat en qualité d’enfant de troupe
Art. 38. — Les propositions d’admission à l’orphelinat sont soumises à la commission régionale en même temps que les demandes concernant l’admission des candidats aux places d’enfants de troupe.
Elles sont examinées par la commission et résumées sur un tableau spécial qui est transmis au Ministre avec les dossiers concernant les candidats.
Art. 39. — Le Ministre prononce les admissions à l’orphelinat Hériot et en informe MM. les commandants des corps d’armée, en leur renvoyant les dossiers des candidats dont la proposition n’a pu être accueillie.
Les dossiers des candidats admis sont adressés au commandant de l’orphelinat.
Art. 40. — Les enfants de troupe désignés pour être admis à l’orphelinat entrent dans cet établissement dans le courant du mois d’octobre, au jour fixé par le Ministre.
A partir du jour de leur mise en route, ils ont droit à la solde et aux prestations allouées aux soldats de 2e classe de l’infanterie comme les élèves des écoles militaires préparatoires auxquels ils sont assimilés.
Ils continuent également à figurer sur les contrôles des corps jusqu’au jour de leur engagement dans l’armée.
Art. 41. — Les enfants admis à l’orphelinat sont conduits à l’Ecole de Rambouillet, d’où ils sont dirigés sur l’orphelinat, à La Boissière (Seine-et- Oise), par les soins des commandants de ces établissements.
Art. 42. — Dès que les parents sont informés de l’admission des enfants, ils font connaître immédiatement à l’autorité militaire s’ils ont l’intention de les conduire eux mêmes à Rambouillet, à la date prescrite. Dans ce cas,
il leur sera délivré une feuille de route au nom de l’enfant de troupe intéressé.
Art. 43. — Les enfants que leurs parents ne peuvent pas conduire euxmèmes sont dirigés sur l’Ecole par les soins de l’autorité militaire, qui prescrit les mesures nécessaires et les porte à la connaissance des familles.
L’Orphelinat Hériot contient, en dehors des places réservées aux enfants de troupe pour lesquels il est surtout organisé, dix places réservées au choix du fondateur, qui peut les accorder à des enfants, orphelins ou non, assujettis seulement à remplir les conditions d’âge et de constitution physique exigées des autres candidats.
Le commandement de cet orphelinat est exercé par un capitaine ayant sous ses ordres un personnel militaire.
Orphelinat des Arts. — L’orphelinat des arts a été fondé en 1880 par dix femmes artistes (1).
Le but de la Société est de recueillir et d’élever les petites filles d’artistes morts pauvres, sans distinction d’art, de religion ou d’état civil. « Cette dernière condition nous a paru indispensable, nous disait la grande artiste et la digne femme qui préside la Société, dans un milieu où les unions illégitimes ne sont pas rares et où les pauvres orphelines sont en même temps privées de leur protecteur et du nom qu’il n’a pas eu le temps de leur donner. »
C’est là de la charité large comme on la voudrait plus souvent voir comprise et appliquée ; c’est un sentiment qu'on voudrait plus souvent trouver chez les personnes qui s’occupent des œuvres de l’enfance et qui excluent trop souvent des secours qu'elles donnent les enfants nés des unions illégitimes, comme si les pauvres petits êtres étaient responsables de l’irrégularité de leur naissance.
La mesure libérale prise par l’orphelinat des arts comble une lacune ; car Y Association des Artistes dramatiques , qui rend des services incontestables, porte dans ses statuts qu’elle viendra en aide aux orphelins légitimes. Elle ne s’occupe pas des autres.
Les enfants admis à l’orphelinat des arts doivent avoir 4 ans au moins et 12 au plus. Elles restent dans la maison jusqu’à 18 ans accomplis et elles y reçoivent l’enseignement primaire et professionnel, tel que dessin, peinture sur étoffe et sur porcelaine, aquarelle, musique, couture, broderie d’art, comptabilité, sténographie. Quelques-unes, qui se destinent à l’enseignement, continuent leurs éludes jusqu’au brevet supérieur, mais toutes sans exception sont initiées aux soins du ménage et employées à tour de rôle à faire les lits, la cuisine, la vaisselle, au lavage et au
(1) MMmcs H. Gréville, E. Riquier, Sarali Bernhardt, Krauss, Léontine Beaugrand, Croisette, Reichemberg, Zulnia Bouffard, Jenny Thénard, et enfin Marie Laurent, l'initiatrice de l’œuvre dont elle est l’âme. Elle est administrée par un comité où se trouvant aussi les noms de MMes Viardot, Baretta-Worms, Broisat, Abbema, Lloyd, etc.
PROTECTION ET ASSISTANCE DE L’ENFANCE
repassage. Ce que nous voulons, dit Mme Laurent, c’est faire de nos filles des femmes honnêtes et courageuses, capables de comprendre et de supporter les difficultés de la vie, sans se laisser vaincre par elles.
Une fois sorties de la maison, les jeunes filles aiment à y revenir et elles sont d’ailleurs suivies par leurs protectrices du Comité d’administration, qui leur vient en aide en donnant des petites pensions de 15, 20 et 30 fr. par mois' à celles qui ne gagnent pas suffisamment leur vie.
Les ressources de l’œuvre consistent dans les cotisations de ses membres, les dons, le produit de fêtes ou de ventes de charité, et les subventions de l’État et de la Ville.
Ces ressources ont permis une extension assez rapide de l’œuvre pour qu’elle ait pu acheter à Courbevoie, sur la côte de Bécon, une propriété avec 6,000 mètres de terrain, qui a coûté 60,000 francs, mais sur laquelle on a dû faire de nombreux travaux d’appropriation et d’agrandissement. Telle qu’elle est aujourd’hui, la construction présente, outre les pièces réservées aux divers services généraux et à l’administration, des classes, un atelier de peinture, un atelier de couture, un atelier de broderie, une classe spéciale pour la musique, les réfectoires, les dortoirs, une infirmerie.
Les dortoirs ont 22m de long et une hauteur de 3m 50. Ils sont éclairés et aérés par de larges fenêtres s’ouvrant sur les deux faces opposées, les unes à Test, les autres à l’ouest. Chaque dortoir peut contenir 34 lits. A chaque extrémité se trouvent les lavabos, bien éclairés, bien aérés, avec deux cabinets de toilette, water-closet. L’infirmerie, qui contient 7 lits, est au premier étage ; elle a son escalier spécial. Deux salles de bains avec 5 baignoires et hydrothérapie, un grand gymnase, une vaste cour ombragée pour les récréations, complètent cette belle et ingénieuse installation.
Les travaux d’installation, ajoutés au prix d’achat, font monter la dépense à 150,000 fr., sur lesquels plus de 120,000 sont payés. Le reste doit être liquidé en 10 annuités, dont 7 restent à courir. L’œuvre a du reste un fonds de réserve qui, sans être élevé, permettrait de solder immédiatement le reliquat, si elle ne jugeait prudent de conserver de quoi faire face à l’imprévu.
L’orphelinat a des lavabos et des salles de bains convenablement agencés au point de vue de l’hygiène. Ce sont là des installations qui se rencontrent trop peu souvent dans les orphelinats, au moins dans notre pays (1).
Rappelons en terminant cet article, que de tous temps on a songé à l’utilité qu'il y a d’instruire les orphelins dans une profession. Nous en
(1) A l’Orphelinat municipal d’Anvers, que nous visitions l’an dernier avec Mmc Kergomard, nous avons trouvé une installation rationnelle des lavabos et des salles de bains. Nous avons d’ailleurs été frappé là par un autre détail intéressant. On sait combien dans la plupart de nos orphelinats l'heure du repas est silencieuse; souvent le silence imposé par la règle est
avons déjà dit un mot (1), ajoutons ici que on appelait autrefois maîtres de l’hôpital de la Trinité , les artisans qui avaient gagné la franchise dans cette maison, soit qu’ils y eussent fait leur apprentissage, soit qu’ils y eussent instruit un apprenti. Cet hôpital de la Trinité était situé à l’angle de la rue Saint-Denis et de la rue Greneta (2). 11 avait eu diverses destinations jusqu’au 17e siècle, époque à laquelle on y reçut des orphelins des deux sexes, qui y étaient élevés et y apprenaient un métier. On attira là quelques bons ouvriers, auxquels le Roi s’engageait à accorder gratuitement la maîtrise, après qu’ils auraient formé un apprenti. Au 18e siècle, il y avait dans l’enclos de la Trinité, 120 boutiques ou échoppes, et un arrêt de 1768 déterminait les professions qui pouvaient y être représentées (3). L’apprenti de la Trinité était réputé fils de maître. L’ouvrier qui désirait enseigner dans l’hôpital, devait adresser sa demande au procureur général, il était ensuite examiné par les jurés de sa communauté en présence de l’administrateur de l’hôpital et du procureur du roi au Châtelet. La maîtrise lui était conférée d’office quand il avait entretenu et formé un apprenti. Les jurés qui voulaient visiter l’enclos de la Trinité n’y étaient admis qu’accompagnés de deux administrateurs de l’hôpital et de « deux bons bourgeois ou marchands connaissans auxdits ouvrages »
Les maîtres de l’hôpital général obtenaient la maîtrise dans les mêmes conditions. En vertu de l’Etat qui avait créé l’hôpital général chaque corporation était tenue de fournir, lorsqu’elle en était requise, deux
en même temps recommandé par des maximes inscriles sur les murs ; nous avons rencontré celle-ci :
Parler peu et bon Parler peu et doux Parler peu et rond Parler peu et aimable.
Saint François de sales.
D’ailleurs on ne sc contente pas de recommander le silence, on l'impose et chacun mange silencieux le repas plus ou moins substantiel que distribue une religieuse. A Anvers les orphelins étaient, dans une salle à manger, groupées par petites tables de 12, servies par l’une d’elles à tour de rôle et la conversation vive et animée de chacune de ces tables donnent l’idée d’un dîner de famille, tout ce petit monde, causait, riait, et ne perdait pas une bouchée.
(2) La rue Greneta s’appelait en 1236 la mr de ta Trinité. Ce n’est qu'en 1262 (F. et L. Lazare ). qu'elle s’appela rue D’arnetal, puis successivement, par corruption, Guernetal, Garnetal, Greneta.
(3) Arquebusiers; Balanciers, batteurs d’or, boisseliers, bouquetières bourreliers, boursiers, boutonniers-passementiers, brodeurs, brossiers-vergetiers ; Ceinturiers, chameliers, cloutiers ; coffretiers-malletiers, cordonniers, couteliers ; Découpeurs, doreurs ; Eemballeurs, éperonniers, épingliers évcntaillistes ; Filassières, fondeurs, fourbisseurs ; Gainiers, graveurs ; Horlogers, Lapidaires, luthiers ; Mégissiers, miroitiers; Nattiers; Oiseliers, orfèvres; Papetierscartiers, papetiers colleurs, patenostricrs-bouchonniers, peaussiers , plumassiers, potiers d’étain, Savetiers, Tabletiers-peigniers, tisserands, tireurs d’or, tondeurs de draps.
PROTECTION ET ASSISTANCE DE L’ENFANCE
compagnons pour enseigner leur métier aux enfants élevés dans cet hôpital. Ces compagnons, après six années, recevaient des lettres de maîtrise sur un certificat signé des administrateurs. Les maîtres de V hôpital de la Miséricorde étaient ceux qui avaient gagné la maîtrise en épousant une des cent orphelines de l’asile de la rue Censier. C’étaient les administrateurs qui se chargeaient de leur choisir un mari parmi les ouvriers de bonne conduite. L’hôpital leur donnait une petite dot. Le mari était reçu maître gratuitement et sans-chef d’œuvre ; il n'avait qu’à présenter son brevet d’apprentissage et l’acte de célébration de son mariage.
Au xvne siècle il existait à la manufacture des Gobelins un véritable orphelinat dont les élèves devenaient également maîtres sans frais; en effet l’édit du 21 décembre 1607 porte qu’il sera entretenu, aux frais de l’Etat, dans cet, établissement soixante enfants qui obtiendront la maîtrise d’office après six ans d’apprentissage et quatre ans de compagnonnage.
A la manufacture de la Savonnerie on élevait également des enfants pauvres et deux d’entre eux étaient, chaque année, reçus maîtres tapissiers de haute lice.
§ II. — Union française pour le sauvetage de l’enfance.
L’Union française pour le sauvetage de l’enfançe est de date relativement récente. Son histoire ne remonte pas au-delà de 1887. Elle doit son existence à deux femmes de cœur ; Mesdames C. de Barau et P. Kergomard. Emues des crimes .odieux que racontaient presque tous les jours les compte-rendus des tribunaux sous la rubrique : les enfants martyrs, elles adressèrent le 16 juin 1887 sous le titre : « Société de sauvetage de l’enfance » un appel aux journaux. Cet appel fut entendu. Les adhésions leur arrivèrent nombreuses. Un mois après, le 19 juillet, une assemblée générale put avoir lieu. Un comité d’initiative fut nommé, et des statuts provisoires furent votés. Une année se passa en active propagande et en travail d’organisation. La Société ne fut définitivement constituée sous son titre actuel : « Union française pour le sauvetage de l’enfance » avec les statuts qui la régissent maintenant, que le 19 juin 1888. C’est la date officielle de sa fondation (1). Dès lors son développement fut rapide Un décret du 28 février 1891 l’a reconnue d’utilité publique. Lorsque la loi du 24 juillet 1889 a été promulguée, la première de toutes les sociétés
(1) Le président de cette œuvre intéressante est M. Jules Simon ; les vices-présidentes : Mmes Rergomard et Julie Toussaint ; les vice-présidents : MM. Th. Roussel et Fr. Passy. Nous relevons dans le conseil d’administration les noms de MM. H Monod, Buisson, Greard, Banaston, Steeg, Thulié, etc., etc.
privées elle a reçu l’autorisation exigée par les articles 17 et 19 de cette loi pour recueillir les enfants maltraités et en danger moral et exercer sur eux, après jugement conforme du tribunal civil, les droits de jouissance paternelle.
En se constituant, l’Union française ne s’est pas proposé d’exploiter le vaste champ de travail qu’offre l’enfance malheureuse. Elle a choisi, dans cet immense domaine, pour ne pas disperser ses forces, un terrain bien délimité, Ainsi que le dit l’art. 1er de ses statuts, elle a pour but de rechercher, de signaler à qui de droit ou de recueillir les enfants maltraités ou en danger moral. Elle laisse en dehors de son programme les orphelins qui appartiennent de droit à l'Assistance publique; les enfants vicieux, dépravés, qui relèvent des colonies pénitentiaires; ceux dont les parents, honnêtes, mais dans une grande misère, ou à cause des exigences de leur travail, sont dans l’impossibilité de subvenir à leurs besoins ou d’exercer sur eux une surveillance suffisante. Sans se désintéresser absolument de la situation de ces catégories d’enfants et surtout de la dernière, elle entend s’occuper avant tout de ceux qui sont l’objet d’une exploitation odieuse ou les innocentes victimes de la brutalité de parents indignes, de tous les petits martyrs, de tous ces petits mendiants, qui déguenillés et grelottant, vont dans nos rues tendre la main aux aux passants ; des enfants enfin que la conduite notoirement scandaleuse de ceux qui les entourent risque de dépraver. Son but n’est pas de faire œuvre de simple bienfaisance ou de correction, mais de sauvetage ; elle ne veut pas secourir ni amender, — au moins directement, — mais protéger et préserver. Au point de vue moral, les enfants auxquels elle s’intéresse sont des enfants honnêtes de parents vicieux et non des enfants vicieux de parents honnêtes. Fermement convaincue que la loi. du 24 juillet 1889, qui permet de déchoir certains parents de leurs droits de puissance paternelle est une loi salutaire, elle veut en être un instrument d’application aussi efficace que possible.
Voici d’ailleurs le détail du programme qu’elle a formulé pour compléter et préciser l’article 1er de ses statuts cité plus haut.