‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 102 sur 364 · Confessions, IX. Ceci se passait en · texte numérisé non relu

Confessions, IX. Ceci se passait en

ENCYCLOPÈniE DE hA MUSIQUE ET DFCTIOX.VAinE PU COySEnVATOIRE

Observations sur VAlcestc de M. Gluck, il explique tout au long son esthétique à cet égard'.

Ptjgmalion cherche donc l'expression de la vérité dramatique au moyen d'une nouvelle alliance de la parole, du geste et de la musique. A qui en revient la musique? C'est là une question quia fait l'objet de nombreuses controverses et qui demeure assez obscure-^. Gomme pour le Devin, ce fut à un Lyonnais qu'on attribua la musique de Pygmaliivi. Rmisspau avait i-cn.niihV- à I.yon un négociant ili"- rcWr villi' appeb- Ibir.irc Coiiiiipt, auteur d'un oiici :i-.ni,ih|iH' iutitulu te Mdrriii ,rainoiii: Eiitbousiasiup a iaiidition de la musique de Coignet, Rousseau aurait sollicité et obtenu pour son Pijgmalion la collaboration du négociant lyonnais. Le livret et deu.x morceaux seulement de la partition appartiendraient en propre à Rousseau ^

Exécuté pour la première fois en 1770 à Lyon, chez M. de La Verpillière, Pi/gmalion y remporta un grand succès, mais ne fut joué à la Comédie française que le 30 octobre 177o.

Le i1/(')Tî(ir ayant publié, en novembre 1770, une correspondance de <■ l'Observateur français à Londres Il qui atliibuail à Jean-Jacques le drame et la musique de Pygnuilion, Coignet réclama aussitôt (26 novembre), et liousseau laissa passer cette rectification sans protester à son tour. D'un autre cûlé, Grimm et Bacliaumoiit s'accordent pour déclarer que Coignet est l'auteur de la musique. Mais, lorsque l'ouvrage fut monté à la Comédie française en 177o, Baudron, le chef d'orchestre de ce théâtre, écrivit une nouvelle partition de Pijgmalion, dans laquelle il ne laissa subsister que deux morceaux de Rousseau,

déjà intercalés dans l'œuvre de Coignet*, partition à laquelle, sur l'insistance du public, on substitua d'ailleurs la musique du compositeur lyonnais. M. Edgar Istel prétend qu'un manuscrit de la bibliothèque particulière du château de Berlin, découvert par M. Thourel, contient la partition originale de Pygmalion, et que cette parlilinD a l'ié i-crite par Rousseau lui-même. Il a étudi.' alliTilivcnient les rapports de la musique avec l'aigunieut ; il signale l'emploi fréquent de la sourdine par les instruments à cordes, et conclut en affirmant que la partition de Rousseau est liien plus rapprochée du texte de l'édition de Kurzbùck, à Vienne (1771-1772), que l'ouvrage de Coignet =.

Quoi qu'il en soit, il convient de rendre justice à Rousseau et de reconnaître en lui le père du mélodrame français. Le Traité du mélodrame publié en 1772" proclamait que Pygmalion « deviendrait l'époque d'une grande révolution du théâtre ». Grimm le déclarait n d'un efl'et sui-prenant », et Gœthe disait que ce petit ouvrage ferait époque.

11 ne subsiste que des fragments de Daphnis et Chloé, fragments publiés en 1779, après la mort de Rousseau, par des amis du philosophe''. Le poème est de Corancez; quant à la musique, elle n'ajoutera rien à la gloire de Rousseau.

Enfin, le recueil posthume (1781) contient quelques romances bien typiques de la manière de l'auteur du Devin, entre autres : « Que le jour me dure « et : « Je l'ai planté. » La première de ces romances consiste en un simple air de trois notes; en voici le début :

La deuxième devint célèbre sous le titre le R Quant à la Romanci; du Saule, écrite sur des paroles de Ueleyre : « Chantez le saule, » et qu'on a appelée le chant du cygne de Rousseau, elle témoigrre d'un profond pathétique. Dans les Consolations figurent aussi plusieurs morceaux du recueil de douze Canzoneltes ilalicnnes, recueil publié après le retour de Jean-Jacques de Venise, et aujourd'hui perdu*.

Bien que Rousseau n'eût pas une pratique très approfondie et très solide de la musique, il ne mérite point le dédain dont certains musiciens l'ont accablé. Il possédait un sentiment pénétrant de la vérité d'expression dans la musique dramatique, et il a parlé de la musique en des termes inconnus avant lui. Sa tentative 'de mélodrame marque une date dans notre histoire musicale, et, comme théoricien et polémiste, sa réputation fut considérable et justifiée. Il a émis, sur la musique, à côté de nombreux paradoxes, des idées fécondes et neuves.

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