‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 120 sur 364 · Piccinni arriva en Krancc le 31 décembre · texte numérisé non relu

Piccinni arriva en Krancc le 31 décembre

ËSCYCIMPÈniE DE LA MUSIQUE ET DICTIOS'XMRE DU CONSERVATOIRE

renia jamais son édiicalioiiitalienne'. Au demeurant, Gluck lui-même ne descendit que bien rarement dans l'arène où on rompait des lances à propos de lui. De loin eu loin, il disait sou mot à l'occasion, un mot vif et péremptoire. Mais c'est très justement que M. d'IJdine, en citant la lettre qu'il écrivait le 16 novemlire 1777 à la comtesse de Frise, ajoute : « Tout Gluck se retrouve dans celte page, avec ses défauts, sa gaieté, ses préoccupations financières et l'ennui — un plus gros mot vient à l'esprit — que lui causaient au fond les combats déchaînés par son intransigeance ^ »

Le 23 septembre 1777, l'Opéra représentait ArHîirfe, que le Chevalier avaitcomposéeen utilisant, à la gi-ande indignation des Lnllistes, le vieux poème de Ouinault; aussi, le premier contact avec le public lut-il réservé et quelque peu froid. Dans le .Iniii'iinl <lr politique et de littérature^, La Harpe déclarait tout net qu'il n'y avait ni mélodie ni chant dans le nouvel ouvrage, et que le rôle d'Armide était une criaillerie monotone et fatigante. Piqué au vif, Gluck riposta dans le Journal de Paris par une lettre cinglante'*, et ce duel suscita une recrudescence d'épigrammes et de pamphlets j à l'adresse du défenseur de Piccinni. Cependant Ar- : mide, où, ainsi que l'écrit M. Coquard, le Chevalier, j espérant porter un coup décisif aux Piccinnistes, « avait mis toutes les séductions possibles " , ne tardait pas à conquérir la foule; de son côté, Berlon, le directeur de l'Opéra, cherchait à rapprocher les deux rivaux; mais le lliland de Piccinni remportait un grand succès le 27 janvier 1778, et Marmontel, auteur du livret, ne cachait point son intention d'accommoder, à l'intention du maestro, les autres poèmes de Quinault. C'était donc une série d'opéi'as piccinnistes qui s'annonçait, de sorte que les deux camps, loin de désarmer-, allaient continuer à combattre avec une inlassable opiniâtreté.

Devismes, le nouveau directeur de l'Académie royale, personnage de goût éclectique et d'esprit avisé, songea alors à exploiter à son profit la querelle des Gluckistes et des Piccinnistes et à transformer l'Opéra en un champ de bataille de la musique. Non seulement il mandait une troupe de bouiîonnistes, mais encore, désireux d'opposer' les deux adversaires sur le même terrain, il confiait à Piccirmi le même sujet, Iphiijénic en Tauridc, que celui que Gluck avait emporté à Vienne, en février 1778; il y joignait la promesse de faire représenter l'ouvrage du maestro italien avant celui du Chevalier =. Piccinni n'était pas seul, d'ailleurs, à s'intéresser à ce beau drame; Gluck avait longtemps hésité devant le livret que lui offrait (iuillard, et, fort de ces tergiver'sations, Grétry s'était l'ait prorrrettre la pièce, au moment où il rêvait de s'installer à côté du musicien allemand à l'Opéra. On jirge de son désappointement lorsqu'il apprit que Gluck acceptait définitivement de mettre en musique le poème de Guillard'^.

Piccirmi devait éprouver une déception un peu analogue lorsque, en novembre 1778,1e bruit cour'ut de l'imminent retour de Gluck, qui, disait-on, apportait achevée la partition d' Ipkiijriiic'' . Gluck arrivait, en effet, et malgré les protestations de Piccinni, auquel Devismes assurait qu'on « lui forçait la main », 1'/phigénic allemande entrait en répétitions pour passer le 18 mai 1779. Klle subjugua Paris du premier coup, et d'une façon irrésitible, dont témoignent éloquemment les articles du Mercure et du Journal de Parix. « Cette compréhension par un public théâtral, écrit M. Gevaert, d'une pareille œuvre, est un phénomène presque unique dans l'histoire de l'art musical, et fait le plus grand honneur à la population parisienne de 1779". ..

La retentissante carrière d'Iphigénie allait rendre plus sensible au Chevalier rinsuccès de son dernier opéra français, Echo et Karcisse, paroles du baron de Tschudi, ministre du prince de Liège, que l'Académie royale représenta le 24 septembre 1779^. Chansons, parodies et calembours surgirent alors de tous côtés, où les Piccinnistes se vengeaient crrrellement de l'insolence hautaine affichée par les Glirckistes au cours de leurs triomphes. GIrrck ne pardonna pas à la France la chute d'Echo et Narcissi'; il quitta Paris pour n'y plus revenir, au mois d'octobre suivant, bien qu'il frit nommé maître de musique des errfants de France; il avait alors 6b ans'".

Fixé désormais h Vienne, il y achève tranquillement ses années de vieillesse, idolâtré de ses concitoyens et dédaigneux des elTorls auxquels se livrait le parti gluckiste, qui ne voulait pas désespérer de le voir réapparaître à Paris. Cependant, en septembre 1780, le ministre Amelot engageait des démarches pour rappeler le fugitif. On promettait à Gluck une somme de 6.000 livres par an, à charge de donner un opéra nouveau ; si cet opéra arrivait à dépasser 40 représentations, on lui allouait en plus 2.000 livres, auxquelles s'ajoutaient les droits d'auteur habituels. Après le succès de quatre ou cinq opéras nouveaux, on accordait à Gluck une pension de 2.000 livres réversible à sa femme; enfin, le ministre lui passait annuellement 4.000 livres sur mandats particulier-s". Deux ans plus tard, le bruit court que le Chevalier arrive avec un nouvel opéra, Hi/pi'rmni'Stre^-, et le comité de l'Opéra s'assemble afin de délibéi'er sur le prix fort élevé, 20.000 livres, qu'en demairde le musicien. Il s'agissait d'un poème écrit par Caizuhigi en 1 778, et que Gluck, après l'avoir fait retoucher par le bailli du lîoullet, avait confié à un de ses meilleurs élèves, Antonio Salieri. On finit par régler la question d'argent, et la pièce fut jouée, le 26 avril 1784, sous le titre des Danaides.

Les démarches auxquelles Gluck s'était livré à celte occasion ne le montrent pas sous un jour trop favorable; on peut même dire, avec M. Jullien, qu'il joua là un rôle plus cauteleux que fier". Il abusait,

Page 1