‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 180 sur 364 · De ce ma · texte numérisé non relu

De ce ma

que Grétry pcrdi

accueillie favorablement, la pièce vaut à son auteur la pension de 1.000 livres qu'on accordait aux musiciens ayant fait représenter trois grands ouvrages à l'Opéra. La Caravane du Caire (15 janvier 1784), qui connut un succès prolongé, et Panurge dans l'Ile des Lanternes (25 janvier 1785), plus critiqué, venaient fortifier la position que Grétry avait enlevée de haute lutte à l'Académie royale'».

11 n'abandonnait pas, pour cela, l'Opéra-comique, puisqu'à la même époque (24 juin et 24 octobre 1784), il ajoutait à la liste de ses compositions de demicaractère ses deux chefs-d'œuvre dont l'un demeure définitif, l'Epreuve villageoise et Richard Cœur de lion.

De 1786 à 1789, il n'écrit plus que de bien faibles partitions, et travaille à ses Mémoires ou Essais sur la musique, dont le premier volume parut en 1789, et dont les deux suivants, terminés en l'an III, ne parurent qu'en l'an V (publiés aux frais de l'Etat).

Grétry possédait les charges de « censeur royal », sorte de sinécure, et de « directeur de la musique particulière de la reine ». Il était aussi inspecteur de la Comédie italienne depuis 1787. Au commencement de la période révolutionnaire, il lit représenter un Pierre le Granrf (13 janvier 1790), qui parut un peu une pièce de circonstance, en raison des allusions à Louis XVI et à Necker qu'elle contenait. Déjà, sa ville nalale lui avait élevé un buste (1780), le sacrant ainsi grand homme de son vivant. Paris [l'honora d'une statue dans le péristyle de l'Opéra-Comique, en 1805, et la société des Enfants d'Apollon l'accueillait en 1809. Enfin, la municipalité de Liège donnait son nom à une des places de la ville". Après les mauvais jours de la Uévolulion, Grétry était devenu inspecteur du Conservatoire (1795) et membre de l'Institut. En 1796, il se fixa à VErmitage de J.-J. Rousseau à Montmorency. C'est là qu'il mourut, le 24 septembre 1813, d'une violente hémorragie. Ses obsèques furent célébrées à Saint-Hoch, et on y exécuta la Messe des Morts de Gossec. Il avait épousé, le 3 juillet 1771, à Saint- Roch, Jeanne-Marie Grandon'-.

Outre ses Mémoires, Grétry laissait un ouvrage en trois volumes intitulé de la 'Vérité, ce que nous fûmes, ce que nous sommes, et ceqite nous devrions <5fre, publié en l'an IX, et dans lequel il exposait ses vues politiques et son idéal républicain. Au moment de sa mort, on trouva chez lui en manuscrit les Réflexions d'un Solilaire, sorte de promenades philosophiques que l'auteur dirige à travers les sujets les plus disparates. Disons de suite que Grétry philosophe n'égale point Grétry musicien et encore moins Grétry esthéticien, bien que cette production littéraire témoigne d'une étonnante activité d'esprit.

Nous ne pouvons donner ici la liste complète de ses compositions musicales, et nous devrons nous borner à en signaler les plus importantes. Les voici, rangées par ordre chronologique:

8. En 1778, Grétry travaillait en même temps que Gluck à IpJdgéuxe n Tam-ide.

9. Haies avait été présenté à Grétry parSu.-.rd; il avait écrit dcul lièces fort spirituelles : Midas et l'Amant jaioux, et mourut on 1780,

Eve:

Tho

Ou trouvera un Hèle, écuvcr anglais, dans l'Alma-

( <ii>e resta au répertoire jusqu'en 1829 ot ni lUuiis. Cf. H. de Curzon, loco cit., p. 55. .aiuii a Liège de la statue de Grétry, voir Gazette

re naquirent trois filles, Jenni, I.ucilc et Anioinette, iules trois. Grétry avait reçu la croii de la Légion

honneur en ISoi. (Constant Pierre, Le Consercatoire de musique

I de déclamation, p. US.)

HISTOinE DE LA MUSIQUE

Le Ihiioii. op. com. (20 aortt 1708)', Liicile (!) janvier 17G9), le Tableau parlant [20 septembre 1709), Silvain (tl) février 1770), tes Deux Avares (27 oct. 1770, à Fonlaincblea»), l'Ainitié à l'Opi-enve (13 novembre 1770), Zrinire et Azor (9 novembre 1771, à la cour, et, à Paris, le 16 décembre 1771)^ l'Ami delà Maison (14 mai 1772), le Matjnifiqiic (4 mars 1773), la Rosière lie Salencij (aux Italiens, le 28 février 1774), la Fausse Magie {[" mars illh)^,Cèphale et Procris (à Versailles, le .tO décembre 1773; à l'Opéra, le 2 mai 177r>), Matroco (23 février 1778), les Trois Ages de l'Opéra (27 avril 1778), le Jugement de Midas (27 juin 1778), l'Amant jaloux (23 décembre 1778)', les Evénements imprévus (1779), Aucassin et Nicolette (Versailles, 30 décembre 1779), Andromaqiie (6 juin 1780), Emilie OH la Belle Eselave, dans la Fête de Mirza de Gardel (1780), Colinetteàlaeour ou la Double Epreuve {l^' janvier 1782), l'Embarras des richesses (26 nov. 1782), la Caravane du Caire (IS janvier 1784), l'Epreuve villageoise (24 juin 1784), Richard Cœur de lion (24 octobre 1784), Panurge dans l'île des Lanternes (23 janvier 1785), les Méprises par ressemblance (1786), le Comte (l'Albret (8 février 1787), le Prisonnier anglais (26 décembre 1787), /eiîira/coji^rfen? (26 juin 1788), /lmp%trion (1.-; juillet il88), Raoul Barbe bleue, Aspasie, Pierre le Grand |1790), plus quelques œuvres de ses dernières années, dont Anacréon chez Polijcrate (17 janvier 1797), qui remporta un vif succès.

r.rétry, outre ses compositions dramatiques, aécrii de la musique instrumentale : deux quatuors pour clavecin, flûte, violon et basse, et un ouvrage didactique, destiné à une de ses nièces, sous le titre de Méthode simple pour apprendre à préluder en peu de temps avec toutes lesressoui-ees de l'harmonie (an X).

On voit, par l'énumération qui précède, et qui n'a pas, nous le répétons, la prétention d'être complète, que l'œuvre de (irétry est considérable. Le gouvernement belge a entrepris la publication complète de ses ouvrages dramatiques, et environ 40 volumes ont déjà paru, (irétry occupe iiiconlestablemenl une place éminente dans l'histoire de l'opéra-comique français, et règne sans partage, dans le demi-genre, avec des qualités que nul autre artiste de son temps ne posséda au même degré.

L'esthétique de Grétry est celle que professèrent les gens de leltres du xvui"= siècle, et en particulier les Encyclopédistes. Cette esthétique proclame la supériorité de la musique dramatique sur la musique instrumentale, et se fonde sur l'imitation de la nature. Déjà, la vocation de Grétry pour l'opéra avait trouvé

1. Grimm. dans sa Correspondance liitih-aire, rcssant article au premier ouvrage de Grèlry représenté à la ComédiL' ilalicnnc. Après avoir critiqué le livret du Huron et dit son fait à Marmonlel qui en était l'auteur, il ajoute : .. Le génie de M. Grétry a soutenu le poète sur le bord du précipice où sa maussaderie et sa maladresse l'auraient infailliblement jeté; » puis, il trace du jeune musicien le portrait suivant ;

" Ce. M. Grétry est un jeune homme qui f.-iit son coup d'essai; mais ce coup d'essai est le chef-d'œuvre d'un maître qui élève l'auteur sans contradiction au premier rang. Il n'y a, dans toute la France, que Phili. dor qui puisse se mesurer avec celui-là, et espérer de conserver sa réputation et sa place. Le style de Grétry est purement italien. Philidor a le style un peu allemand, et en tout moins châtié. Il entraine souvent de force par son nerf et sa vigueur. Grétry entraine d'une manière plus douce, plus séduisante, plus voluptueuse ; sans manquer de force, quand il le fanl, il vous ûte, par le charme de son style, la volonté de lui résister; du cùté du métier, il est savant et profond, mais jamais aux dépens du gnilt. La pureté de son style enchante; le plus grand agrément est toujours à cùté du plus grand savoir; il sait surtout finir ses airs et leur donner la juste étendue, secret très peu connu de nos compositeurs... ; depuis le grand tragique jusqu'au comique, depuis le gracieux jusqu'aux linesscs d'une déclamation tranquille et sans passion, on trouve dans son opéra des modèles de tous les caractères, o

l'occasion do se manifester en Italie, où ses essais de musique religieuse restèrent sans lendemain. A Home, il ne cachait pas son antipathie à l'égard du récitatif d'opéra séria. Pourquoi, écrivait-il plus tard dans ses Mémoires, ne pas laisser l'acteur réciter, une fois l'effusion lyrique achevée^'? En arrivant à Paris, tout imprégné des œuvres de Pergolése.de Galuppi, etc., dont la fraîcheur et la vivacité l'avaient conquis dés son enfance, il se trouva en contact avec le clan encyclopédiste, et adopta les théories de J.-J. Itousseau et de Le liatteux.

Pour lui, la musique instrumentale appartient à un genre inférieur. .Non pas (ju'il refuse toute originalité à quiconque cultive la symphonie, bien au contraire; seulement, d'après lui, le symphoniste « n'a pas le goût et le tact nécessaires pour bien classer des pensées neuves et piquantes, en s'astreignanl partout à l'expression et à la prosodie de la langue" ». Grétry souligne sa pensée sans ambages lorsqu'il déclare qu'il conviendrait d'ajouter des paroles aux symphonies d'Haydn''. 11 voit dans les œuvres instrumentales d'Haydn « un vaste dictionnaire d'expressions n où doit puiser le compositeur dramatique.

La musique de théâtre est donc la musique la plus parfaite, et cela, parce qu'elle exprime quelque chose, parce qu'elle peint les passions, les mouvements de l'àme, parce qu'elle imite la Nature. Ici, le mot Nature n'est pas seulement pris dans le sens de Cosmos : il est synonyme surtout de naturel, de simple, d'adéquat au but qu'on se propose.

Pour Grétry, « la parole est un bruit où le chant est renfermé* »; par conséquent, le modèle proposé au chant sera la parole elle-même, et c'est en étudiant les inflexions de celle-ci, qu'on parviendra au chant naturel. « La musique vocale ne sera jamais bonne si elle ne copie les vrais accents de la parole; sans cette qualité, elle n'est qu'une pure symphonie », écrit Grétry, posant ainsi clairement la question. Le compositeur doit, avant tout, étudier la déclamation, comme le peintre doit pratiquer d'abord le dessin d'après nature. Selon l'heureuse expression de M. H. de Curzon, Grétry « voulait une sorte de musique sentimentale' ».

Tels sont les principes directeurs de l'esthétique de Gréiry; on reconnaît sans peine en eux la marque des Encyclopédistes, des philosophes, dont Grétry faisait sa société habituelle, et dont il était vraiment l'homme. On peut dire que l'auteur de Lucile réalisa dans sa musique toutes les doctrines formulées par Diderot, Rousseau, d'Alembert, et notamment, par ce Lacombe qui déjà, en 17o8, exposait, dans son Spectacle des Beaux-Arts, la plupart des idées de Grétry. Sans

; Gré-

Plus loin, Grimm, toujours aussi dithyrambique, nous dépein Iry : « M. Grétry est de Liège; il est jeune, il a l'air p.'ile, blême, souffrant, tourmenté, tous les symptômes d'un homme de génie, » {Corresp. lut., septembre 1768, VIII, p, 163. 166). — M"» do Bawr a laissé sur Grétry des pages émues et attachantes (Cf. H. de Curzon, Grétry.

2. Voir Scudo, Zi'mire et Azor, la Fausse Magie (licvue des Deux Mondes, i" nov. 1802 et 1" août 1803).

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