Ibid., I, p
'.1. II. de Curzon, les Idées de Gréiry et ses Visions d'anenir (Guide musical, juin l'J07, p. 413), et Gréiry (l'JÛ7), p. 00.
sortir du terrain réservé à l'opéia-comique, Grétry contribua, comme ses prédécesseurs Duni, Philidor, Monsigny, à la réforme de l'opéra, en vulgarisant l'usage d'une déclamation calquée sur le langage naturel, où l'ironie et l'émotion se mêlaient comme dans la vie réelle.
La lecture des Essais de Grétry est particulièrement intéressante et instructive, en ce qu'elle montre que leur auteur fut un précurseur véritablement inspiré. Grétry devina avec une parfaite clairvoyance l'avenir réservé à la musique dramatique; il a émis des principes dont le modernisme nous étonne sous la plume d'un écrivain de la seconde moitié du xvni' si(''cle ; il a résumé en un corps de doctrines les idées que Gluck réalisa à l'Opéra, et que Wagner reprit, par la suite, sans leur apporter de modifications essentielles'. Et il apparaît ainsi que Richard Wagner est, dans une certaine mesure, le fils intellectuel de Rousseau, de Diderot, de d'Alembert et de Grétry.
Grétry a proclamé avec force et avec une parfaite netteté la nécessité, dans la musique dramatique, de l'union intime de la poésie et de la musique. Il a proclamé que, dans le drame, chaque personnage devait avoir le langage qui lui convenait^. 11 a écrit : « La musique est un non-sens si, par le bruit de son orchestre, elle empêche les paroles d'arriver intelligiblement à l'oreille de l'auditeur; elle est un contresens si elle éclate avec une vaine science... elle est un contresens quand elle n'est pas tellement d'accord avec la poésie qu'on ne sache, pour ainsi dire, dislinçiuer le musicien''. » Aussi, pouvait-il justement ajouter : » Oui, j'ose prédire encore une révolution en musique. »
Sans doute, l'esthétique de Grétry dépasse de beaucoup ses compositions; le technicien, chez lui, en dépit d'efforts méritoires et de dons naturels des plus remarquables, n'égalait point le théoricien. Grétry faisait peu de cas des recherches purement musicales, des accompagnements trop savants, trop souvent froids et conventionnels, et disait, avec infiniment de raison, qu'une beauté inutile est une beauté nuisible*. A rencontre de Rameau, il demandait la prédominance de la mélodie sur l'harmonie; mais, s'il critiquait l'abus de la science, s'il craignait pour l'artiste les entraves trop étroites des règles, il ne méconnaissait point la nécessité d'une solide éducation musicale: « L'artiste inspiré, écrit-il, peut parfois se passer de la science, mais, souvent aussi, il s'égare; il est sans caractère, parce qu'il est sans principes^. » Seulement, il fallait se garder d'étouffer le sentiment : » Que l'harmonie des accompagnements, la partie scolastique, ne soit regardée que pour ce qu'elle est, je veux dire le soutien de la mélodie, le piédestal de la statue'^. » Dans toute son œuvre, Grétry a réalisé un heureux mélange de « Gemiithlichkeit » allemande et d'espiit français.
Voyons maintenant comment Grétry a appliqué ses principes. En matière de déclamation, il se montre très strict; il s'est livré à une étude minutieuse de la langue et de la prosodie fi'ançaisos; aucun détail, aucune finesse ne lui échappent, et il triomphe des
1. Consulter sur ce point lY-tude précitée de M. de Curzon IGuidi' vitisical, mai-juin 1907) et son ouvrage Grétri/ {les Musiciens célibres, 1907). Voir aussi R. Rolland, Musiciens iVaulrefois (1908).
t. Dans son second volume, il expose longuement la façon dont la musique doit peindre les diverses passions et les divers caractères. (R. Rolland, loco cit., p. 263.)