‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 183 sur 364 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

dillicultés causées parles rimes féminines avec une prodigieuse aisance, dont le Tableau parlant apporte de nombreux exemples'.

Attentif à la vérité de la déclamation, Grétry s'efforce de nuancer celle-ci selon le personnage qui est en scène; en un mot, il cherche à caractériser musicalement son personnage; écoutons ce que disait Lacombe à ce propos : « Les expressions générales du sentiment ou de la passion prennent des modifications particulières suivant l'âge, le sexe, les conditions; i> et Lacombe déclare que le compositeur peut établir de véritables caractères musicau.r, tels que ceux du babillard, du grondeur, du rieur, du jaloux, de l'avare, etc.*. On ne saurait méconnaître que Grétry ait fort bien réussi à créer de semblables caractères. L'espièglerie d'Agathe, la niaiserie de Jacquinot, la malice d'Isabelle, le dévouement de Blondel, sont réalisés de main de maître. Et que dire du « naturel »'.' Il se rencontre à chaque page de l'oeuvre de Grétry. On connaît l'histoire de l'orchestre s'arrètant pendant les répétitions du Hiiron, au moment où Caillot, le meilleur acteur de la Comédie italienne, chantait le morceau célèbre : « Dans quel canton est l'IIuronie".' », morceau d'un naturel si parfait qu'il décalque, pour ainsi dire, la parole'.

Grétry, qui était bien de son temps, n'avait pas manqué aussi d'inonder ses ouvrages de « sensibilité ». Liicile en déborde; c'est le type de la pièce à mouchoirs; tout l'auditoire y fondait en larmes. Le fameux quatuor : « Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille? » devenait le prototype national de cette sensibilité, et bénéficia d'une vogue immense et tenace. Quelque soin que Grétry ait mis à respecter le « naturel » dans sa déclamation et dans sa mélodie, il faut cependant remarquer qu'il abandonna quelques concessions à l'ancien goût français, en plaçant des vocalises sur les mots à panache, tels que victoire et gloire. Dans la réalisation de ses personnages musicaux, Grétry complète l'action du « langage chanté » au moyen de tous les artifices que lui procure la technique musicale, savoir, le rythme, la tonalité, l'instrumentation.

Du rythme, il fait un emploi judicieux; chaque caractère possède son rythme propre; les sentiments s'adjoignent des ossatures rythmiques qui deviennent spéciales à chacun d'eux, qui les particularisent et les définissent. M. Brenet observe justement que, dans Colinette à la Cour, les paysans chantent à 2/4 ou à 6/8, tandis que la comtesse se réserve la mesure à 4 temps, plus grave, de condition plus élevée, en quelque sorte'". Grétry associe l'idée de sérieux à l'usage presque exclusif de la mesure à 4 temps. S'agit-il de mettre en scène des vieillards, il leur attribuera des rythmes secs et menus, comme dans le duo de la Fausse Magie, où le syllabisme se trouve si bien en situation, alors qu'il fera chanter Linvalet Lucette sur des mélodies doucement infiéchies, à rythmes alanguis.

Grétry marque une prédilection accusée à l'égard de certaines successions de valeurs qui ne manquent

Jbi,

En 1782

à trouver des formules lapidaires,

, précise, de haut relief.

iiuel point la déclamalion-de Grê-

8. Lacombe, .^pi-clarl,- des Bamx-Aris. Cité par M. Brenet dans Gréh-;/, sa Vie et ses Œuvres, f. 233. Cf. R. Roll.md, loco et. .p. 265.

0. Grétry écrivait ; « Je lis, je relis vinpjt fois les paroles que je veux peindre avec les sons; il me faut plusieurs jours pour échauffer ma tête. » [Essais, l. 168.)

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