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1586 ENCYCLOPÉniE DE LA MrSIQVE ET DICTIONNAIRE DU COXSEFÎVATOmE
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La veille de la fête, toutes les maisons furent ornées. « Une mer de tleurs, écrit Michelet, inonda Paris : les roses de vingt lieues à la ronde y furent apportées, et des fleurs de toutes sortes, ce qu'il fallait pour fleurir les maisons et les personnes d'une ville de 700.000 ùmes ». Ce ne pouvait être l'ardent et unanime enthousiasme de la fête du 10 août 1793, où la proclamation de la constitution nouvelle apportait l'espoir de la réconciliation nationale et de la paix avec l'étranger. Mais, en cette journée du 8 juin 1704, Paris tout entier avait été préparé à l'union et à la joie, par la musique, qui allait donner à la fête la collaboration de tous. Un beau soleil de printemps fit le reste.
Aux Tuileries, Robespierre prononça un discours, qu'il interrompit pour mettre le feu à un monstre symbolisant l'athéisme, dont les débris fumants s'abattirent au pied de la statue de la Sagesse. Puis les musiciens, avec les 2.400 voix réunies dans les 48 sections, chantèrent l'Hymne à l'Èlre stiprrme de Desorgues et Gossec. — « Les hymnes, écrit Tissot dans Vllistoii'e complète de la Révolulion française, empreints d'un caraclère éminemment grave et religieux, et bientôt répétés par tout le peuple, semblaient être des chants sortis de tous les cœurs, qui s'élevaient vers le ciel sur les ailes de l'ardenlfr espérance. » Le cortège se forma au champ de Mars, suivant l'ordre et les dispositions arrêtés par David
HISTOIRE DE LA MUSIQUE
el que les commissaires avaient fait connaître ù tous. Le peuple, groupé dans ses 48 sirotions, se divisa on deux colonnes, l'une formée dos hommes, l'aulro formée des femmes. Entre les deux colonnes prirent place les professeurs et les élèves de l'Institut national de musique, dont les symphonies rythmèrent la marche, et la Convention avec Hobespierre, escortant un char traîné par huit bœufs, qui portait un chêne abritant la Liberté, au pied de laquelle étaient une charrue et une presse d'imprimerie.
Lorsque l'immense cortège parvint au champ de Mars, ainsi organisé, tout était disposé pour l'exécution grandiose des strophes adaptées à la Mai-aeillaise par le peuple tout entier. A la place de l'autel de la Patrie, une montagne avait été élevée. Elle était surmontée d'une colonne, où Sarrette pouvait diriger les signaux annonçant les diverses reprises du chant au peuple d'exécutants rangé sous la baguette de Gossec. Sur le sommet de la montagne, la Convention prit place. Au-dessous de la Convention, dans le milieu de la montagne, se rangèrent les artistes de l'Institut national de musique et des théâtres. De chaque côté s'étagèrent les 2.400 voix, choisies dans les 48 sections, les voix d'homme du côté où s'étenlendait, jusqu'aux extrémités du champ de Mars, la colonne formée par les femmes. Les artistes chantèrent le Chant du ti juillet de Cbénier et Gossec, et jouèrent une des symphonies composées pour la musique de Sarrette. Puis l'heure du peuple vint.
Le détail des ct'n'monics avait réglé l'exécution des strophes de Chénier adaptées à la Marseillaise pour célébrer l'Être suprême et la Patrie :
Les vieillards et les adolescents qui seront sur la montagne chanteront une première strophe sur l'air des Marseillais, et jureront ensemble de ne poser les armes qu'après avoir anéanti les ennemis de la République.
Tous les hommes répandus dans le champ de la Réunion répéteront en chœur le refrain.
Les mères de famille et les jeunes filles placées sur la montagne chanteront une seconde strophe : celles-ci promettront de n'épouser que des citoyens qui auront servi la patrie, et les mères remercieront l'Etre suprême de leur fécondité.
Toutes les femmes répandues dans le champ de la Réunion répéteront ensemble le refrain.
La troisième et dernière strophe sera chaulée par tout ce qui sera sur la montagne.
Le peuple entier répétera en chœur le dernier refrain.
Ces instructions, données dans les sections parles musiciens-répétiteurs, étaient présentes à l'esprit de Ions, au moment solennel. Elles furent suivies par tout le peuple, que disciplinait l'art. Uien ne troubla la majesté du splendide concert, rien ne diminua l'apolhéose, audacieusenieut conçue, de la fête.
Le jour du 10 août 1793 avait pu être proclamé « le plus beau qu'ait éclairé le soleil ». Ce chant de la Marseillaise, le 8 juin 170'i-, méritait d'être proclamé le plus beau concert qu'aient entendu les hommes.
Un témoignage nous reste de la forte impression laissée parmi les musiciens, au lendemain de leur collaboration avec le peuple. C'est une lettre de Méhul, conservée au musée des Archives nationales. Elle est datée du 29 prairial an II, 17 juin 1794, neuf jours après la célébralion de la fête de l'Èlre suprême, et adressée à un membre de la commission d'instruction publique, à propos d'un hymne à l'Être suprême de Désaugiers, qu'on proposait à Méhul de mettre en musique, pour le répertoire des fêles futures.
Je m'empresse, citoyen, de répondre à l'invitation de la Commission d'instruction publique, et de l'assurer qu'elle me trouvera toujours disposé à lui consacrer mon temps et mes faibles talents, lorsqu'il s'agira d'être utile à la chose publique. Je vais donc m'occuper sur-le-champ de l'hymne de Désaugiers, mais avant je voudrais connaître les intentions de la commission sur les moyens d'exécution qu'elle désire. L'hymne se chantant à l'Opéra peut prendre un caractère dramatique; il peut offrir des peintures musicales, des récitatifs, des airs et des chœurs; mais s'il n'était destiné qu'à, être chanté par le peuple dans les fêtes décadaires, il faudrait nécessairement lui donner plus de simplicité.
Le peuple français n'est pas encore musicien, quoiqu'il soit très sensible à la musique; mais avec le temps il chantera et chantera bien, si les artistes musiciens, bien pénétrés de la dignité de leur art, et surtout de l'influence qu'il peut avoir sur l'esprit public, oublient leurs chants efféminés, pour donner à leurs nouveaux accords la grandeur et la fermeté qui doit caractériser l'artiste républicain.
Fais-moi donc savoir, citoyen, si le peuple doit chanter l'hymne de Désaugiers, ou si la musique que la Commission me demande ne sera exécutée qu'à l'Opéra. Pour moi, il me semble que le peuple doit chanter, et que c'est à l'Opéra à adopter le chant du peuple.
Salut et fraternité. Méhul.
En Méhul, la conviction était sincère et ardente. Entre cette lettre du 17 juin 1794 et une fête pour célébrer Fleurus, donnée aux Tuileries le 4 juillet 1794, où on l'entendra pour la première fois, Méhul écrit le Chanl du départ, « la seconde Marseillaise «.
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