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Orchestre Réduction
584 tWCrCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIRE DU CONSERVATOIRE
Commencée à l'occasion des fêles de la Raison, la collaboration d'autres musiciens que Gossec aux fêtes de la liévolutiou ne cessera plus désormais. A la fin de l'année 1793, le 10 nivôse an II, 30 décembre, pour célébrer la reprise de Toulon sur les Anglais et les victoires des armées républicaines, la Convention orfjanise la « fête des triomphes de la Hépublique ». Suivant le plan dressé par David, quatorze chars remplis de soldats blessés au combat, escortés par des jeunes filles portant des palmes et précédant le char de la Victoire, se réunirent aux Tuileries, firent une slalioii devant les Invalides et vinrent au champ de Mais, où fut exécutée l'œuvre composée pour la circonstance, VHi/mne sur la prise de Toulon, poème de Chénier. Les journaux écrivirent que la musique était de Gossec. La publication de l'œuvre, six ans plus tard, donne le nom de Catel. Vraisemblablement, les témoins de la lete l'ignorèrent, car c'est vers cette époque que VAlinanach des. Spectacles écrivait : « Quelques artistes se plaignent que le citoyen Gossec ait le privilège exclusif de toutes les fêtes civiques. Cola blesse l'égalité et la liberté, c'est une aristocratie digne de l'ancien régime, que d'éloufferle talent de ses frères. Le citoyen Gossec, homme libre, doit savoir que les succès obtenus imposent l'obligation de se prêter à ceux de ses semblables. »
Le rôle d'apôtre et de précurseur appelle l'injuste critique. Depuis 1789, sans défaillance, Gossec avait rempli ce rôle avec une activité trop généreuse et un succès trop complet pour être épargné. Quand vient l'année 179i, son exemple est suivi par tous les musiciens; l'Institut national de musique, bientôt Conservatoire, né de ses efforts et de ceux de Sarrette, est organisé et groupe les artistes nécessaires à la célébration des fêtes; l'organisation régulière et périodique des fêtes est à l'ordre du jour de la Convention. Dans la séance du 6 frimaire an II (26 novembre 1793j, Danton a dit :
Le peuple Revolutiun :
demande (pu
doit c(^iébrer le*' çnnde^ acfii
solenniseia m i l j m ui ' u i ii n lu di i nies à ceux qui peu%ent ks poittr, dt 1 iiistiuctiou i la jeunesse, et des fctes nationales au peuple
Le décret du 14 frimaire an II, 4 décembre 1793, qui nrifniiisc le gouvernement révolutionnaire, a prépair rii.iliilmb.' (Ii^ fêtes patriotiques en décidant que u chaque deeadi, les lois seront lues aux citoyens,
dans un lieu public, soit par le maire, soit par un officier municipal, soit par les présidents de section ».
Lès premiers mois de l'année 1794 virent le premier essai d'organisation nationale, sous le titre de i< fêtes décadaires », à propos de la « Fête à l'Etre suprême », qui vint après une « fêle de l'ouverlure des travaux pour l'extraction des salpêtres », célébrée en février, et une « fête des élèves pour la fabrication des canons, poudre et salpêtre », célébrée en mars, qu'il faut mentionner, parce qu'il reste de la première le S<ili,('li-e rcpublicdiii , de Cherubini, qui venait prendre place à côté de Gossec, Catel et Méhul, avec une souriante et spirituelle chanson, en attendant l'occasion des grandes œuvres, et parce qu'il reste de la seconde des Stances de Catel et de Dalayrac.
Décrétée par la Convention le 18 floréal an II, 7 mai 1794, après le rapport lu par Robespierre, au nom du comité de salut public, « sur les rapports des idées religieuses et morales avec les principes républicains et sur les fêtes nationales », la « Fête de l'Etre suprême » fut célébrée, un mois plus tard, le 20 prairial, 8 juin, à Paris, et dans toutes les communes de la République. Le plan proposé par David pour la fête de Paris avait été adopté. Il comprenait une cérémonie aux Tuileries et une autre au champ de Mars, alors champ de la Réunion. Le Détail des cérémonies, de l'ordre à observer dans la fête de l'Être suprême, et Vlnstruction particulière x)our les commissaires chargés des détails de la fête, complétèrent le plan, en préparant l'exécution parfaite de toutes les parlies de la fête, dont la fin, au champ de Mars, comportait le chant d'un hymne à l'Etre suprême et à la patrie par le peuple tout entier. Cette grandiose et audacieuse conception de Robespierre, inspirateur de la fête, put être pleinement réalisée. Ce concert immense, unissant les mille et mille voix de tout un peuple assemblé, reste l'événement caractéristique de la fête de l'Être suprême. Il est un fait unique dans l'histoire musicale de tous les pays, et, dans l'histoire musicale de la France, il marque le triomphe définitif des elî'orts accomplis, depuis les premiers temps de la Révolution, pour mêler la musique à la vie sociale et la mettre au rang des autres arts.
Dans la préparation de cette apothéose, tous les musiciens rivalisèrent de dévouement. 11 avait été décidé que, dans chacune des quarante-huit sections de Paris, dix vieillards, dix jeunes gens, dix mères de famille, dix jeunes filles, dix enfants, formant un
firsTOfRR nii LA MVSIQUË
XVIII' ET XIX' SIÈCLES. — FRANCE ir.sr,
rluour de -2.400 voix, seraient réunis pour ciianler, avec les artistes de l'Inslilut national de musique et des théAtres, aux Tuileries, l'hymne à l'iUre suprême, au champ de Mars, les strophes à l'iître suprême et à la Patrie « sur l'air des Marseillais », dont le refrain di'vait être repris par tout le peuple. Pour chaque section, un musicien l'ut désigné et chargé des répétitions. Les archives du temps apprennent que Méhul fut désigné pour la section des Tuileries, Catel pour la section Marat, Devienne pour la section Ciuillaume-Tell, Ualayrac pour la section des Lombards, Kreutzer pour la section des Piques. Lesueur était dans une autre, et aussi Cheruhini, comme l'a rappelé Henri Blanchard dans la Gazette musicale du 4 aoiU 1844 : « II nous souvient d'avoir entendu dire à Cheruhini que, malgré sa qualité d'étranger, il se mit à enseigner au.x dames de la halle, violon en main, et dans le lieu même de leur commerce journaliei-, ce lameux chant national qui poussait nos soldats à la victoire ou les faisait mourir gaiement pour la gloire du pays ». La veille de la fête, le 19 prairial, 7 juin, tout le peuple répandu dans les rues apprit des musiciens le refrain final des strophes adaptées jiar Cliénier à la Maiscillaise :
Un tableau du peintre Lefebvre, à la bibliothèque du Conservatoire, depuis 1870, conserve cet émouvant souvenir. Il représente Méhul, sur un tréteau, prés de la rue Montmartre, entouré d'une foule attentive au chant du violon.
Gossec avait composé, sur un poème de Chénier, une œuvre développée, pour chœur à voix mixtes et accompagnement d'instruments k vent, Uijiime à ifltre siipréiiw, et, sur deux strophes du même poème, un chant populaire destiné à l'exécution par le peuple, aux Tuileries. A la suite de circonstances encore ignorées des historiens (presque certainement parce que les idées exprimées par Chénier ne répondaient pas à la pensée de Robespierrei, Gossec dut adapter à la musique écrite un poème de Desorgues, parodié sur celui de Chénier. En outre, la version développée pour chœurs n'eut pas à être exécutée. On ne se servit que de la version populaire en deux strophes de VHymne à l'ÈIre aiiprême, simple cantique qui devint le chant le plus populaire de Gossec, et que, Ionstemps après ces temps héroïques, on lui rappelait pour égayer sa vieillesse.
Larghetto (irèsgrodeux et religieux)