La reine Hortcnsc
Hortense-Eugénie de Beauharnais est née à Paris le 10 avril 1783. Son père, le vicomte Alexandre de Beauharnais, et sa mère, Joséphine Tascher de la Pagerie, étaient originaires de la Martinique.
Jusqu'à l'âge de onze ans, elle eut une existence uniformément heureuse dont l'avenir paraissait devoir être toujours souriant, car le monde privilégié de l'aristocratie lui était ouvert par droit de naissance, et elle était destinée à s'y élever très haut par ses extraordinaires qualités de grâce, d'intelligence et d'esprit, que sa tante et marraine proclamait en l'appelant sa 11 Céleste Filleule ».
Mais, dès les premiers bouleversements de la Révolution, elle fut arrachée à la quiétude et jetée, pour quarante-trois années, dans l'agitation d'une nouvelle vie, où elle dut expier la gloire de marquer sa place dans l'histoire, comme fille d'impératrice, épouse de
roi et mère d'empereur, en éprouvant les pires douleurs qui peuvent atteindre une jeune fille, une épouse, une mère...
La musique tint une grande place dans la vie de la reine Hortense; elle consacra tous ses loisirs à la composition de romances qui restent comme un écho des tristesses et des joies de sa vie. L'ambition d'écrire une grande œuvre ne lui vint jamais; elle se borna à exprimer eu de légères compositions les tendresses de ses rêves, les désillusions de son cœur, les fiertés de son âme chevaleresque. Aussi n'a-t-elle point de place dans les recueils d'histoire musicale.
Seul, le critique Scudo, qui vivait au temps où la piété du fils s'efforçait de ressusciter les œuvres de la mère, a consacré à la reine Hortense musicienne quelques lignes qui résument tout ce qui a été écrit sur ce sujet :
« Au milieu des splendeurs de l'Empire, au milieu de ce bruit d'armes et de conquêtes, on vit une femme charmante, une reine comme il y en eut autrefois sous les Valois, qui joignait au prestige de la grandeur les grâces de la personne et le goût des talents aimables. Blonde, bonne et tendre, la reine Hortense réunissait dans son hôtel tout ce qu'il y avait d'artistes distingués, de poètes, de musiciens et d'hommes de loisir que le tourbillon des affaires n'avait point absorbés. Là, on causait beaucoup de galanterie, de théâtre, de peinture et surtout de musique. Lorsqu'un sentiment doux ou pénible, une espérance ou un regret, traversaient le cœur de la reine, elle se mettait au piano et cherchait à exprimer, dans une mélodie simple et naïve, les soucis dont son âme était pénétrée. Léchant une fois trouvé, on le communiquait aux invités avec liberté entière de blâmer ou d'approuver, puis on le passait à Plantade ou à Carbonnel pour qu'ils fissent un accompagnement.
Il Les choses se passaient, chez la reine Hortense, absolument comme aux xii" et xin" siècles, alors qu'une noble châtelaine allait chez un harmoniseur, ou musicien de profession, faire noter la romance que l'amour lui avait inspirée. On pense bien que celles de la reine Hortense étaient recherchées des amateurs. On les chantait dans tous les salons, et les orgues de Barbarie les faisaient retentir dans tous les carrefours de l'Europe.
« C'est à la reine Hortense qu'on doit le premier album de romances qui ait été publié en France; c'est elle qui eut l'idée de mettre un dessin en regard de chaque romance et de traduire par le crayon la pensée du poète et du musicien. »
Pour rendre complet ce portrait de la reine Hortense musicienne, il reste à ajouter que sa gloire d'avoir eu du succès ne fut pas épargnée parla jalousie; sa carrière de musicienne, bornée à la romance, apparaît ainsi comme la miniature de la carrière d'un grand musicien.
On prétendit, en effet, que la reine musicienne n'était pas l'auteur de la plus célèbre de ses romances. Partant pour la Sijrie, qui reste le type de la romance sentimentalement belliqueuse, et on l'attribua au professeur de harpe de l'impératrice Joséphine, Dalvimare. Mais les Mémoires du temps font justice de ce dénigrement.
On sait que cette romance, maintenant délaissée, a eu une destinée fameuse : sous la Restauration, elle servit de ralliement aux bonapartistes et devint un chant séditieux; sous le deuxième Empire, elle fut l'hymne patriotique que, pendant dix-huit ans, le pays tout entier chanta.
Parlant pour la Syrie.
Marziale