F=TT
deson paisible é.
Ti r r
1"- FI' j'^' 1
N '. ^ ■' j ■' ri
r.f, EXCrCLOPÉDIE HE LA MISIQUE ET DICTIONNAIRE DU CONSERVATOIRE
iiJ J J'ji i.jM J'J' ^|, fr f, |i ly 11 Ml
camp un jeune etbeausol.dat Ainsi chantait ap.pu . yé sur sa lan
ce Allez, vo.les zéphyr ,jo - yeux Portes mes chants vers ma pa
tri . e Di . tes que jeveilleenceslieux Dites que jeveilleenceslieuxPoiu'laglc
e Di tes que je veille en ceslieux Dites que
reet pourmon a
jeveifleencesliei'xpouilagloireetpourmonami epourmonami e
HISTOinE DE LA Ml'^IQUE
XVIIIo ET XIX" SIÈCLES - FRANCE 1655
Mais Alexandre Clioron n'était pas fait pour s'attarder dans la romance. Par la traduction d'ouvrages didactiques , par son Dictionnaire des Musiciens,il préparait l'édification d'un très grand ouvrage encyclopédique, Inlrodiiclion '/t la connaissance raisonnée de la .W(/S!(/i(e, qui devait demeurer inachevé, lorsque, en 1810, il fut nommé membre correspondant de l'Académie des Beaux-Arts. Les remarquables rapports sur des objets d'art et de littérature qu'il rédigea alors, entre autres celui sur les l'rijicipes de Vcrsilication, de Scoppa, attirèrent sur lui l'attention du gouvernement. Une brochure publiée en 1813, l'Organisation des Arts en France, lui valut d'être nommé, par Louis XVIll, directeur des fêtes et cérémonies religieuses et d'être appelé à préparer la réorganisation des maîtrises de cathédrales. C'était accepter d'entrer en lutte contre le Conservatoire, que la Révolution avait fondé pour enlever au clergé le monopole de l'enseignement de la musiqne, et que la Restauration, ennemie de l'intluence laïque, voulait amoindrir.
Alexandre Choron, qui était un croyant fervent, et qui avait le culte de Palestrina ainsi que des autres maîtres de la musique religieuse, n'hésita pas à se charger d'une mission qui pouvait devenir favorable à ses projets. 11 se mil à l'œuvre, insoucieux des inimitiés qu'il suscitait. Le retour de Napoléon arrêta les réformes qu'il avait préparées; il fut rendu à d'autres travaux.
La protection du minisire Carnot, qui avait ordonné l'usage de sa méthode pour apprendre à lire et à écrire, devenue la base de l'enseignement mutuel, allait lui perraeltre de voir enlin aboutir son projel d'école, lorsque l'Empire fut renversé. Le ministre successeur de Carnot n'avait pas la même confiance, et il se contenta de témoigner sa bienveillance à Alexandre Choron en le nommant, eu 1816, régisseur général de l'Opéra. En ce temps-là, le directeur de l'Opéra, nommé par le roi, ne possédait, pour parvenir à cet emploi, d'autre titre que la noblesse de son nom, et comme il était nécessaire de lui adjoindre un homme actif, intelligent et quelque peu musicien, on avait inventé la fonction de régisseur général.
Alexandre Choron la remplit pendant dix -sept mois avec un dévouement et une supériorité dont on n'avait pas encore eu d'exemple. Il parvint à monter, en moins d'un an et demi, sept ouvrages nouveaux et quatorze ouvrages anciens. Mais comme sa bonne volonté se heurtait constamment à l'incapacité du directeur, et parce qu'il voulait des réformes, il dut démissionner en 1817.
Il quitta l'Opéra, où il avait trouvé des chœurs très faibles et un public sans culture, avec la volonté de réaliser immédiatement son projet d'une école dont le but serait :
« La préparation à l'exécution la plus parfaite possible des œuvres classiques, principalement les compositions vocales des maîtres de toutes les écoles et de toutes les générations; le perfectionnement du chant national par l'enseignement universel de la jnusique élémentaire et la propagation générale du ■chant choral; l'instruction de jeunes professeurs destinés à seconder les vues des législateurs relatives à l'enseignement du chant dans l'enseignement primaire. »
Et il fonda l'Ecole normale de musique, où il mit en pratique une Méthode concertante de musique à quatre parties, dont on put bientôt constater l'excellence. Dans cette méthode, les études du solfège ne
se confondaient pas avec celles du chant, ni celles de la tonalité avec celles du rythme. En outre, elle avait l'immense avantage de faire étudier simultanément sous un même maître des élèves de force différente, car les quatre parties formant les divers exercices étaient distribuées de telle sorte que les élèves encore inexpérimentés dans l'élude de l'intonation ou dans celle du rythme pouvaient chanter en même temps que les élrves déjà familiarisés avec toutes les difficultés du solfège.
Avec des ressources presque infimes, mais avec un dévouement qui le poussa jusqu'à parcourir à pied les provinces du Nord et du Midi, afin de recruter des voix, Alexandre Choron réussit à donner des exécutions de grandes œuvres de Bach, de Haendel et de Palestrina.
Les Exercices de l'Ecole normale de musique, installée au cours de Rohan, près le faubourg Saint- Germain, eurent un tel retentissement, qu'une subvention, qui peu à peu s'éleva jusqu'à 40.000 francs, fut accordée par le gouvernement et que, en 1828, leur succès entraîna, par émulation, la fondation de la Société des concerts du Conservatoire. L'Ecole prit le litre de Conservatoire de musique pratique, puis, son caractère s'affirmant de plus en plus, celui d'F.cole de musique religieuse, que Niedermeyer devait reprendre vingt ans plus tard.
Alexandre Choron, décoré de la Légion d'honneur, nommé maître de l'Université, directeur de la maîtrise de l'église de la Sorbonne, où de fréquentes solennités musicales réunissaient les admirateurs des maîtres de la Renaissance, devint un précieux auxiliaire pour les évêqiies, qui, de partout, le conviaient à la rénovation de leurs maîtrises.
La subvention ayant été réduite à 12.000 francs, l'Ecole fut transportée rue de Vaugirard, et, par des prodiges d'ingéniosité, Alexandre Choron parvint à en maintenir la réputation. 11 se consacrait tout entier à ses élèves, qu'il réunissait trois fois par semaine dans une classe générale où il enseignait avec éloquence et enthousiasme, captivant son auditoire par sa vaste érudition, qui embrassait la philosophie, la littérature, l'histoire, la religion et la science, l'instruisant sans effort, grâce à l'expérience acquise par sa propre éducation, par son séjour à l'Ecole normale, par ses recherches pour faciliter les méthodes de l'enseignement primaire. Et son incroyable activité se reposait par des travaux de composition, des psaumes et des motets, ou d'érudition. Exposition abrégée de la musique, manuel encyclopédique de musique (collection Roret).
Le gouvernement de Juillet ne soutint pas son œuvre. Choron avait rendu d'immenses services, mais on ne pouvait oublier qu'il avait dressé son école contre le Conservatoire avec une audace de moins en moins dissimulée, et que, devenu un instrument dans les mains du clergé, il poursuivait une tentative de réaction au profit des maîtrises. Cet abandon, qui rendait vains ses efforts, causa la mort d'Alexandre Choron; sa santé déclina rapidement; il prit froid, un soir qu'il était descendu, malgré son médecin, dans la cour de l'école voisine de la salle de concert où l'on exécutait un des chefs-d'œuvre par lui remis en honneur, et il mourut peu après, le 26 mai 1834. Ses funérailles furent très simples, suivant sa volonté.
Quelques jours après sa mort, tous ses élèves, dont plusieurs devaient se faire un nom, comme le compositeur de romances Monpou, le critique Scudo,
Je chef d'orchestre Dietsch et son gendre Nicou, se réunirent à la chapelle des Invalides et y célébrèrent sa mémoire en chantant le Requiem de Mozart, dont il avait préparé les études. Quelques mois plus tard, son élève préféré, le fameux ténor Duprez, excitant à l'Opéra l'admiration générale par la puissance de sa déclamation, par la grandeur de l'accent dramatique, par l'ampleur du chant, associait à son triomphe le glorieux enseignement de son maître.
Les musiciens éprouvèrent alors qu'ils avaient perdu l'un des meilleurs parmi eux et qu'ils étaient désormais privés d'une force immense, dont l'emploi, s'il eût été appliqué au progi-és de l'éducation populaire et de la musique contemporaine, au lieu de se restreindre à la rénovation des maîtrises et des œuvres anciennes, aurait assuré à Alexandre Choron la reconnaissance durable que la postérité, oublieuse des hommes qui aimèrent trop le passé, réserve aux apôtres de l'avenir.
'j. — Sophie Gail.
Sophie-Edmée Garre, qui illustra dans les arts le nom que son mari, l'helléniste Gail, illustra dans les lettres, est née à Paris le 28 août 1775.
Son père, habile chirurgien-major, avait été appelé de Melun à la cour, où il était entré en relations avec l'élite des artistes et des gens de lettres, pour lesquels son salon était très hospitalier. Ce milieu intellectuel favorisa le développement rapide des précoces dispositions musicales de Sophie Gail. Dès l'âge de douze ans, elle fut excellente pianiste et sut chanter avec tant de goût et d'habileté, que son extraordinaire talent de fillette donnait aux auditeurs émerveillés l'illusion d'entendre une minuscule cantatrice.
A quinze ans, elle fit ses débuts dans la composition, en écrivant des romances jugées dignes d'être insérées dans les journaux spéciaux créés par la vogue du genre, entre autres dans le Journal d'Ariettes d'Antoine Bailleux, professeur et compositeur, devenu marchand de musique.
En 1794, on la maria, sans trop la consulter, à nn savant professeur de grec au Collège de France; bientôt, les incompatibilités de caractère devinrent si vives, qu'il fallut recourir à la séparation. Sophie Gail abandonna l'austérité du foyer conjugal pour retourner à la joie de briller dans les réunions mondaines par ses talents, par son esprit et par sa jeunesse.
Les succès de salon ne lui suffisant plus, elle parlit pour donner des concerts dans les provinces méridionales de la France et en Espagne. Elle en revint décidée à se consacrer tout entière à la musique, car les applaudissements qui l'avaient partout accueillie lui donnèrent en son talent une confiance dont jusque-là elle avait manqué, parce qu'elle était assez sage pour se défier des flatteries de son entourage.
La vogue de quelques-unes de ses romances l'incita à s'élever jusqu'à la composition dramatique. Elle écrivit d'abord deux airs pour un drame, Montoni, représenté au théâtre de la Cité, puis un opéra en un acte, représenté dans un salon.
Méhul s'intéressa à ces premiers essais, dont l'inexpérience n'était point sans promesse. Oubliant alors pour un temps qu'elle était adulée par les hommes les plus illustres, qu'elle séduisait par sa physionomie animée, par son esprit souple, par ses reparties
ingénieuses, Sophie Gail se retira dans le travail et se livra à de patientes études musicales sous la direction de Fétis, de Paèr et de Neukomm.
La représentation au théâtre Feydeau, en 1813, de son opéra-comique en un acte, les Deux Jatou.v, fut, par son grand succès, la récompense de son effort courageux. C'était la première fois qu'une femme triomphait véritablement au théâtre; aussi la victoire fut-elle très retentissante.
On se souvintjdes échecs éprouvés par les femmes compositeurs qui, avant elle, avaient osé briguer la gloire dramatique : M"" de la Guerre, en 1694, avec un opéra en cinq actes, Ccphale et Pi-ocris; M"" Duval, en 17o6, avec un opéra -ballet, les Génies; M"» Louis, en 17o8, avec un opéra-comique en un acte. Fleur d'épine; M°"= Devinnes, en 1800, avec un opéra en un acte, la Ceinture de Véiuis; M™" Simon Candeille, en 1807, avec un opéra-comique en deux actes, Ida ou l'Orpheline de Berlin; puis M"°*de Zède et Lucile Grétry, la fille de l'auteur de Richard Cœur de lion.
Le succès de l'opéra-comique les I)<?u.c Jaio!(.r apparut comme une revanche du sexe féminin, et Sophie Gail devint célèbre.
Les opéras-comiques iU"° de Launay à la Bastille, Anyéla ou l'Atelier de Jean Cousin, en collaboration avec Boieldieu, et la Méprise, représentés en 1813 et en 1814, n'ajoutèrent rien à sa réputation; mais, en 1816, la réussite complète de son opéra-comique la Sérénade lui valut une renommée encore plus glorieuse.
Mis en musique par Sophie Gail sur une pièce écrite par une femme qui avait illustré dans le roman, et aussi dans la romance, un nom presque homonyme, Sophie Gay, l'opéra-comique la Sérénade mérita, autant pour les qualités de la partition que pour les qualités du livret, une vogue qui se maintint au cours de nombreuses représentations et qui affirma définitivement, par une double victoire, que le triomphe dans le genre opéra-comique n'était point inaccessible au génie féminin.
Quelques années plus tard, Sophie Gay devait rendre encore plus certaine cette affirmation en écrivant pour Paèr le livret du Maître de Chapelle. Mais Sophie Gail ne put ajouter à son succès de la Sérénade^.
Le souci de rechercher la gloire de compositeur dramatique ne lui avait pas fait renoncer au genre de ses débuts. Elle avait publié un nombre considérable de romances et de nocturnes à deux voix, parmi lesquelles étaient devenus populaires, même en dehors de la France : la Jeune et Charmante Isabelle, Heures du Soir, Celui qui sut toucher mon cœur, romance tyrolienne. N'est-ce pus elle? Vous qui priez, priez pour moi, romance composée sur les derniers vers écrits par le poète Millevoye, Mœris, dont Sophie Gail avait écrit le poème et la musique.
Peu après le succès de son opéra-comique, elle était allée à Londres interpréter ses romances; puis sa liaison avec une cantatrice fameuse, M°"= Catalani, l'avait entraînée jusqu'en Allemagne, où les concerts donnés en commun se poursuivaient dans l'enthousiasme, lorsque la parole imprudente d'un prince allemand vint les interrompre en brisant l'union des deux amies. 11 avait dit un jour, sans prendre garde au voisinage de M"»» Catalani :
« J'aime écouter la cantatrice, mais je préfère causer avec la femme compositeur. »
1. Un flls de Sophie Gail épousa une fille de Sophie Gay. La famille est représentée aujourd'liui par M"" Léonie Detroyat.
HISTOIRE DE LA MUSIQVE
lit, lasse (le scènes de Jalousie, Sophie Gail était revenue à Paris. Elle s'apprêtait à l'aire représenter un nouvel ouvrage au théâtre Feydeau, lorsqu'elle succomba aux atteintes d'une maladie de poitrine, le ■2't juillet 1S19, dans sa quarante-quatrième année.
Ses obsèques réunirent à la foule de ses admirateurs les nolabilités des lettres et des arts, et, en présence de l'assistance sincèrement émue, son éloge funèbre fut prononcé par l'académicien Lemontey. Hncore plus que par son œuvre, trop fragile pour durer longtemps, et, en outre, interrompu à l'heure de la maturité du talent, Sophie (lail était digne, par l'énergie de son caractère et par la supériorité de son intelligence, des solennels hommages rendus il sa mémoire.
Cette glorification que lui firent ses contemporains, au lendemain de sa mort, peut nous sembler exagérée ; mais il convient de se souvenir qu'ayant su s'élever, dans l'art auquel sa vie avait été vouée, à un point qu'aucune femme n'avait encore atteint, elle méritait qu'on attirât l'attention sur le bel exemple de volonté qu'elle avait donné.
G. - L.-B. Piadher.
Louis-Barthélemy Pradher est né à Paris le 18 décembre 1781. Fils d'un professeur de violon réputé, il fut tout naturellement porté vers la musique. Dès l'âge de huit ans, il en commença l'étude avec son oncle Lefèvre, chef d'orchestre de l'Opéra-Comique, puis il entra à l'École royale de musique, où il reçut les leçons de Gobert pour le clavecin. Les cours (le l'École ayant été interrompus à la chute de la royauté, il fut conlié pendant deux ans par le gouvernement, ainsi que son condisciple Boëly, qui devint un célèbre organiste, aux soins de M">° de Montgeroull, dame de l'aristocratie que son admirable talent de virtuose et de professeur avait sauvée de l'émigration.
A la fondation du Conservatoire, il fut rappelé par son mailre Gobert, qui avait été réintégré dans son enseignement, et, en 1798, il obtenait le l" prix de piano. Il étudia ensuite l'harmonie dans la classe de Berton, le contrepoint, la fugue, la composition, dans celle de Méhul.
En 1800, il abandonna le Conservatoire et épousa la fille du compositeur Philidor, mort cinq années avant.
En 1800, la publication de la romance Bouton de Rose, sur une poésie de la princesse de Salm, qui portait alors un nom moins solennel, celui de M"" Pipelet, valut à Pradher une précoce renommée, à laquelle s'ajoutèrent bientôt ses succès de virtuose dans les salons et dans les concerts.
iNomraé après concours, en 1802, à la mort de Hyacinthe Jadin, professeur de piano au Conservatoire, Pradher forma de remarquables élèves, comme Henri et Jacques Herz, Rosellen. Sa classe triompha dans tous les concours, et la réputation de son enseignement lui mérita la faveur de Louis XVIll, qui l'attacha à sa chapelle et à sa musique particulière; la faveur de Charles X, qui le maintint dans ce poste envié et le décora de la Légion d'honneur; la faveur de Louis-Philippe, qui lui confia l'éducation musicale de ses enfants.
Après vingt-cinq années d'enseignement au Conservatoire, Pradher prit sa retraite, léguant à son successeur Ziramermann une classe dont la brillante destinée devait se continuer indéfiniment, car à Zim-
merinann succéda Marniontel, et h Marmontel Diémer, qui on assure actuellement la glorieuse tradition.
Tout en enseignant le piano, Pradher n'avait pas renoncé à la composition. Ses nombreuses romances, qui furent réunies en vingt-deux recueils; ses opérascomiques, le Voisinaoe, le Chevalier d'industrie, la Folie musicale, l'Emprunt secret, le Philosophe en roi/age, Jennij la Bouquetière, les Enlèvements impromptus, représentés de 1800 à 1824; ses compositions pour piano ou pour instruments à cordes, lui valurent une notoriété très giande, dont il eût pu profiter pour s'élever encore plus haut, si ses goûts très modestes ne l'avaient poussé à abandonner Paris pour vivre paisiblement en province les vingt dernières années de sa vie.
Veuf de sa première femme en 182."), il avait épousé en secondes noces M"= Félicité More, fille d'un directeur de théâtre du Midi, qui avait débuté à la scène dés l'âge de cinq ans, dans le rôle de Jeannette du Déserteur, et qui d'enfant prodige était devenue l'une des artistes les plus applaudies de l'Opéra-Comique, l'interprète recherchée par les compositeurs les plus célèbres, par Auber pour créer Fra Diavolo, par Adam pour créer le Chalet.
Quelques années après les bouleversements de la révolution de 1830, Pradher et M"" Pradher-More, abandonnant le Conservatoire et l'Opéra-Comique, partirent à l'étranger donner quelques concerts, puis ils se fixèrent à Toulouse, où l'activité toujours jeune de Pradher s'employa à la fondation d'un Conservatoire devenu florissant après lui.
Retiré à Gray, dans la Haute-Saône, où habitait la famille de sa femme, Pradher y mourut en 1843. On l'avait presque oublié à Paris, et sa mort ne fit pas grand bruit dans le monde musical. Sa femme lui survécut pendant prés de quarante ans; elle disparut elle aussi sans éclat.
11 ne reste plus de l'œuvre de Pradher que quelques romances; mais les musiciens peuvent se souvenir avec reconnaissance qu'il fut un vaillant serviteur de la musique par la probité et le dévouement de sa carrière de professeur au Conservatoire de Paris et par son souci de décentralisation artistique, auquel nous devons la fondation du Conservatoire de Toulouse.
-F. Blangini.
Joseph-Marie-Félix Blangini est né àTurinle 18 novembre 1781. Son père détestait la musique au point de s'enfuir quand on en faisait dans sa maison; mais il avait l'humeur assez, procédurière pour se désintéresser de tout ce qui n'était point la chicane et s'adonner, avec autant d'activité que d'inconscience, à la dilapidation de sa fortune en frais de justice. Aussi négligea-t-il de s'opposer à ce que son fils fût, à la cathédrale de Turin, le meilleur élève du maître de chapelle.
Ce désintéressement permit au jeune Blanginijde devenir un excellent violoncelliste, de débuter dans la composition dès l'âge de 12 ans et d'èlre en état, quatre ans avant sa vingtième année, de subvenir, |)ar l'exercice de son talent, â ses besoins, à ceux de sa mère et de ses soîurs, lorsque son père mourut après avoir achevé la dissipation du patrimoine familial, et lorsque l'envahissement du Piémont par les armées françaises, en 1709, rendit nécessaire la fuite vers un pays étranger hospitalier.
Sur le conseil delà princesse Félicité de Savoie, la famille Blangini avait décidé de s'établir en France, à Paris. La mère, les trois filles et les deux fils parlirent, emportant le^peu qui restait de leur richesse disparue. La voiture qui les portait fut attaquée, avant de parvenir à la frontière, par des brigands qui ne laissèrent aux fugitifs que la vie. L'exode jusqu'à Paris était désormais impossible; mais Félix Blangini ne larda point à relever les siens du découragement où les avait jetés l'aventure.
Avec deux de ses sœurs, l'une qui jouait du violon, l'autre qui chantait, il oiganisa des concerts dans les villes du Midi, à Marseille, à Montpellier, à Lyon et jusqu'en Suisse; en quelques mois, les moyens de gagner Paris furent trouvés.
Dès l'arrivée à Paris, Blangini alla se présenter au Conservatoire et fit valoir son talent de pianiste en présence du jury d'examen. A l'unanimiléon l'adrail, en lui donnant même la faculté de choisir entre les différentes classes de piano celle dont il préférait devenir l'élève! Ce fut pour lui une déconvenue... car il n'avait point douté un seul instant qu'on pût lui proposeï autre chose qu'une place de professeur. Mais il s'en remit vite.
Dans l'hôtel où il s'était installé avec toute sa famille, habitait une vieille grande dame, la marquise de Saint-Simon, qui, habillée à la Porapadour, fidèle à l'épinette et à la musique de LuUi et de Hameau, évitait jalousement toute fréquentation avec ses voisins. En faveur de Blangini, qui, comme elle, donnait tout son temps à la musique, elle adoucit la sévérité de sa solitude et lui permit de venir parfois la distraire de l'isolement où son attachement au passé se complaisait. Elle s'intéressa à Blangini et se plut à lui enseigner la science du monde et l'art des belles façons.
Cette éducation ne devait point être inutile à Blangini, car le succès de concerts donnés avec ses sœurs, en 1799, et celui de ses premières romances, publiées en 1800, lui ouvrirent les salons aristocratiques, où il sut plaire autant par ses manières charmantes que par sa musique giacieuse.
Eu 1802, il fit ses débuts au théâtre en écrivant les deux derniers actes d'un opéra-comique, la Fausse Duègne, que le compositeur Della-Maria avait laissé inachevé. Le succès fut médiocre; mais en même temps sa romance II est trop tard, chantée dans toute la France et répandue jusqu'en Sibérie, lui assurait une grande notoriété, qu'il s'appliqua à développer en composant d'innombrables romances et nocturnes, la plupart à plusieurs voix, dont il ne dédaignait point de se faire l'interprète, et qui lui valurent de devenir le professeur de chant de toutes les femmes à la mode, renommées pour leur naissance, leur beauté ou leur esprit. Il lui fallut déployer une activité excessive. Dix salons le réclamaient le même soir, et il ne pouvait éviter d'aller dans un, quand il était allé dans un autre, sous peine dejfaire pleurer de beaux yeux. Car certaines de ses élèves, au cœur très tendre, se seraient alarmées d'une Irop longue visite dans un autre salon que le leur, ou de trop longs nocturnes à deux voix chantés avec une autre partenaire qu'elles.
Peu à peu, la vogue de ses romances et de ses nocturnes se répandit partout, jusque dans la rue, et il fut exposé à ne pouvoir se soustraire à l'obsession de ^sa musique. Dans un article de la Revue de Paris, consacré à Blangini, .Arsène Houssaye a raconté qu'il lui demanda un jour :
« Pourquoi avez-vous l'habitude de vous boucher
de temps en temps les oreilles? — C'est un souvenir d'un certain temps de ma vie où je ne pouvais faire un pas sans entendre ma musique, » répondit Blangini.
En )80o, le désir de se reposer de Paris en voyageant le conduisit à Munich, où le duc de Saxe- Cobourg le nomma maître de chapelle et oii tous les grands personnages se disputèrent ses leçons. Quand il fut las de compliments, il revint à Paris avec l'intention de triompher au Ihéàtre comme il avait triomphé dans les salons.
Il fit représenter, à l'Opéra, Nephtali, opéra en 3 actes, dont le succès fut assuré par quelques heureuses mélodies, entre autres celle de l'air Votre cœur est-il intlexiblc? que Méhul jugeait admirable; puis il donna au théâtre Feydeau plusieurs opérascomiques qui ne réussirent pas. Bientôt découragé par ses essais infructueux, le compositeur abandonna son rêve de gloire dramatique, pour retourner à la romance et au nocturne à deux voix.
La cour de Napoléon était alors à l'apogée de sa splendeur. Le talent de Blangini était sympathique au grand maître des cérémonies, le comte de Ségur, au premier ministre, Talleyrand, à Napoléon lui-même; aussi fut-il convié à toutes les fêtes. Il y rencontra la sœur de Napoléon, femme du prince Borghèse, la belle et insouciante Pauline, qui, « séduite autant par ses yeux que par sa musique », le nomma directeur de sa musique particulière, afin de mieux accaparer l'artiste et de le posséder toujours près d'elle. Bientôt, sans souci du qu'en dira-t-on, elle l'emmena à Nice, où, loin du mari, l'amoureuse princesse et le galant musicien vécurent des mois délicieux. Napoléon, scandalisé d'un lête-à-tète trop longtemps prolongé, voulut interrompre le iluo en rappelant à Paris Blangini, qui, par crainte du ressentiment de l'empereur, s'apprêtait à obéir immédiatement. Mais la princesse Pauline empêcha son départ.
(I J'improvise, lui dit-elle, les paroles, et vous la musique d'un nocturne qui ne regarde pas Sa Majesté mon frère ; je ne céderai qu'à laforce des baïonnettes. »
Elle dut cédera l'obligation de revoir son mari, envoyé à Nice par la volonté de Napoléon; et Blangini, emportant l'ineffaçable souvenir des jours de bonlieur, parvint à Paris au moment où l'empereur organisait pour son frère Jérôme le royaume de Westpbalie.
On le choisit pour être directeur de la musique du nouveau souverain. Il partit pour Cassel et y séjourna jusqu'aux désastres de 1814, qui entraînèrent la chute de Jérôme.
Revenu à Paris pendant les Cent-Jours, il dut à la protection de la duchesse de Berri de pouvoir y demeurer sous la Restauration et de bénéficier des faveurs de Louis XVIll. En 1817, il fut nommésurintendant de la chapelle du roi et professeur de chant au Conservatoire; quelques années après, il reçut des litres de noblesse, la décoration de la Légion d'honneur, la naturalisation française, et, pour compléter son bonheur, il épousa la fiile d'un financier. Le succès lui était demeuré fidèle, et, par la vogue persistante de ses romances, il avait pris place à côté des maîtres contemporains les plus illustres; aussi fut-il désigné, en 1823, lorsque l'élite des musiciens de la capitale fut appelée à former un corps de musique attaché à l'état-major de la garde nationale. Il eut l'occasion d'y constater que « les plus habiles généraux réunis ne formeraient peut-être pas une compagnie de bons soldats », comme le prouve une anec-
HISTOrnE DE LA MUSIQUE
dote qu'il a racontée dans ses Souvenirs, publiés en 1834 par Maxime de Villemarest :
» ... Avec Catel, je fus nommé sergent ayant iirade de sous-lieulenanl; j'allai plusieurs fois me mêler à ce corps de musique, composé en majeure partie des célébrités du Conservatoire. Le célèbre violoniste Raillot y tenait le trianf;le ; cela peut donner une idée du reste; un professeur de violoncelle était chargé de la grosse caisse. Ce corps d'élite, s'il en fut jamais, marchait sous les ordres de son capitaine Cherobini, ayant pour lieutenants Herton et PaiT.
11 Un jour que nous étions sur la place du Carrousel, en tète de la légion de service, on exécutait, comme de coutume, la marche des Deux Joiirnéca, opéra de Cherubini... que le bon goût du capitaine lui faisait toujours choisir. J'entendis derrière moi des gardes nationaux qui murmuraient dans leurs rangs : » 11 est impossible de marcher en mesure avec de pareils musiciens!... »
Il ne manquait à Blangini, pour n'avoir plus rien à ambitionner, que de remporter au théâtre un succès dérmitif.
II s'efforça de le rechercher au théâtre Feydeau, aux Nouveautés, aux Variétés; mais la révolution de 1830 vint avant qu'il pût ajouter à sa gloire de compositeur de romances le couronnement d'une œuvre de théâtre triomphante. Et alors, avec le changement de régime, disparut son bien-être! Il perdit le bénéfice de ses places, et la faillite d'une banque anéantit ses économies. Avec le changement de mœurs disparut sa gloire. On se lassa de ses romances et de ses nocturnes, de ses petites œuvres seulement élégantes, qui avaient réjoui une génération dont la nonchalance allait faire place aux ardeurs du romantisme.
Lorsqu'il mourut, le 18 décembre 1841, il était devenu si oublié, si délaché de la gloire, que ses derniers jours avaient été remplis par la préoccupation d'être nommé adjoint au maire dans une petite commune de la Beauce, et que, pendant les dernières années de sa vie, comme jadis le vieux poète Benserade, réduit à faire la confidence de ses vers méprisés aux murs de sa chambre, sur lesquels il écrivait avec du charbon, Blangini avait dû se consoler de l'indifférence où il était tombé, en faisant la confidence de ses dernières mélodies à son violoncelle.
Sentant que son œuvre était condamné à l'oubli, il ne voulut pas que quelque chose de lui-même survécût aux grandes dames qu'il avait charmées, et, avant de mourir, il brisa son violoncelle.