Préface des Psaumes de 1501. Lyon
rudes ' ". Ce fut donc bien un mouvement populaire; et le succès étonnant des Psaumes protestants, au xvi'^ siècle, tint en partie à la simplicité de leur style, en réaction déclarée contre la polyphonie compliquée.
Mais la forme la plus curieuse que trouva cet instinct de simplification expressive en France fut l'admirable mouvement de Musique mesurée à l'antique, qui, sous l'impulsion de Baïf et de ses collaborateurs musiciens : Joachim Thibaut de Courville, Jacques du Faur, Jacques Mauduit, Eustache du Caurroy, et, le plus grand de tous, Claude le Jeune, réunis en une Académie de Poésie et Musique, s'eirorça de rétablir l'antique union des deux arts -. C'avait été aussi la pensée du Cénacle florentin, et le point de départ de la réforme mélodramatique, qui aboutit à l'opéra de Péri et de Caccini. Les musiciens de la Pléiade française, non moins soucieux des droits de la poésie, mais plus jaloux de ceux de la musique, ne se résignèrent pas, comme les collaborateurs du comte Bardi, à sacrifier l'art magnifique de la polyphonie, qui était en pleine fleur. Ils entreprirent de le modeler exactement sur la poésie, en calquant la prosodie musicale sur la prosodie des syllabes déclamées; et ainsi ils obtinrent une musique nouvelle, riche, souple et précise, s'incorporant aux mots, et suivant leur métrique aux ondulations capricieuses, avec une variété et une fluidité de rythmes admirables. Cette rythmique, qui fait la principale beauté de la musique mesurée à l'antique, issue de l'Académie de Baif, caractérise aussi les Airs à voix seule avec accompagnement de luth, auxquels cotte musique donna naissance, dans les premières années du .wii" siècle^. L'Air de cour français diflere de l'Air récitatif italien par l'observation de la quantité des syllabes, au détriment parfois de l'accent pathétique, par la richesse de l'accompagnement harmonique, et surtout par l'extraordinaire liberté rythmique*.
Les poètes et les musiciens de l'Académie de Baïf ne voulaient pas seulement réformer la poésie chantée, mais y joindre la danse % et ressusciter le drame antique'^. Les troubles religieux et politiques de la fin du règne de Henri III vinrent malheureusement arrêter leurs travaux, au moment où Mauduit et Baïf allaient faire représenter " une pièce de théâtre en
1. Préface des Psaumes à 4 parties, à voix de contrepoint t'ijal consonnante ait verbe. \ÔM, Lyon.
2. L'Académie de Poésie et Musique, fondée en 1370, donnait des concerts hebdomadaires dans la maison de Baïf. Charles L\ y assistait. Sous Henri 111, l'.\cadémie devint l'Académie du Palais,
cal. Cependant, la musique terminait ordinairement les séances, e( parfois Baïf et Mauduit orpuiisaient des Ballets chantés. L'Aca-
reprit un regain de vie entre 1600 et 1610.
3. Les maîtres de la musrque mesurée à l'antique furent aussi les premiers maîtres de l'air à voix seule avec accompagnement de luth. Certaines pièces mesurées de Claude le Jeune et de Mauduit furent publiées, au commencement du xvii« siècle, réduites
principal maître de l'air de cour sous Louis XIII, Pierre Guesdron, pi-ocjde de Claude le Jeune; et il y a lieu de constater que l'apparitiun de l'air de cour coïncide avec l'engouement surprenant pour les a-uvres mesurées a l'antique, qui furent presque toutes publiées apri's 1600, c'est-à-dire après la mort de Baïf et de Claude le Jeune. On trouvera les principales de ces œuvres de Claude le Jeune, Mauduit et du Caurroy, dans la collection des Maîtres musiciens de la Renaissance par H. E.vpert.
4. Cette liberté fut telle, que nombre des pièces de Guesdron ne peuvent plus être ramenées à aucun rythme musical ni poétique
libres. Et cette floraison rythmique persista jusque vers 1640,
vers mesurés, à la façon des Grecs ' >.. — II est vrai que la conception du théâtre grec a étrangement varié, suivant les pays et les siècles; et sans doute, Baif et ses collaborateurs, Mauduit, Claude le Jeune, croyaient-ils la réaliser en partie, quand ils composaient le Ballet comique de la Reine, dont la musique nous a été conservée. A cette œuvre fameuse, donnée le 15 octobre 1581, au Louvre, devant le roi, pour le mariage du duc de Joyeuse avec Mlle de Vaudemont, sœur de la reine, prit part en effet toute l'Académie de Poésie et Musique ; et, comme l'a montré M. II. Prunières, c'est à tort qu'on en a fait honneur seulement, pour la direction générale, à Baltasarini, dit Beaujoyeulx, violoniste piémontais de Catherine de Médicis; pour le poème, à Agrippa d'Aubigné et à La Chesnaye, qui le signa; pour la musique, à Beaulieu et Salmon, musiciens de la chambre du roi. Cette représentation dramatico-musicale, dont les personnages étaient Circé et divers dieux ou demidieux, comprenait des récits en vers déclamés, des chants à 4, a et 6 parties, des chœurs d'instruments à 5 parties, deux ballets, quelques airs à voi.x seule et un dialogue. Musicalement, il n'y avait là rien de nouveau. C'était une combinaison d'éléments anciens, assemblés en une première ébauche de comédieballet. Ni la situation dramatique, d'ailleurs sans intérêt, ni l'accent des paroles n'ont la moindre influence sur le chant mélodique, qui est agréable, clair, bien balancé, et présente quelques rapports avec la mélodie de Caccini, avec ses vocalises ornementales *.
Interrompu par les guerres de religion, le genre du Ballet chanté reprit une vie nouvelle, sous Henri IV. Le récit parlé disparait; et l'élément dramatique s'introduit dans la musique, au commencement du .wil" siècle, peut-être sous l'influence d'Italiens venus en France, comme Caccini, peut-être grâce au génie d'un artiste qui fut le plus grand des musiciens français de la première moitié du ,xvn= siècle, Guesdron. M. H. Prunières a mis en lumière la floraison subite, entre 1005 environ et 1620, du ballet dramatique, sans déclamation parlée, avec récits et dialogues chantés; les ressources vocales et instrumentales, dont disposaient les compositeurs, étaient souvent considérables '. Le faite du genre fut atteint, avec le Tancrède de 161,'? et la Délivrance de Renault, de 1617. Le vigoureux air d'Armide, que