ADRIEN BARTHE
On a souvent retracé le tableau des diflîcullés de tout genre que rencontrent les jeunes compositeurs avant d'obtenir seulement des directeurs la faveur d'une audition, au piano, de leurs œuvres.
« On a calculé, écrivait Fétis en 1827, que le nombre d'opéras n'eus depuis 1740, dont lajmusique est faite et qui n'ont pas été joués, s'élève à plus de douze cents. »
Quel total n'atteindrait-on pas si l'on pouvait donner la liste complète de tous ceux qui n'ont pas môme été reçus et sont éternellement restés en portefeuille!
C'est pour atténuer ces obstacles, hélas! trop réels, qu'une note du ministère des beaus-arts introduisit, en 1863, dans le cahier des charges du Théâtre- Lyrique une clause entraînant, pour le directeur, l'obligalion de monter chaque année au moins une pièce en trois actes dont la musique aurait été composée par des pensionnaires ou anciens pensionnaires de Rome n'ayant encore eu aucun ouvrage joué à Paris.
Le premier livret mis au concours avait été tiré par M. Adeiiis d'un poème de lord Byron, combiné avec un acte de Romeo et Juliette, et la commission d'examen, présidée par Auber, décerna à l'unanimité le prix à la partition de M. Barthe, lauréat de Home de 18S4.
11 n'est pas sans intérêt de rappeler que cinq morceaux seulement avaient été désignés aux concurrents pour être mis en musique. Ce fut d'après ces cinq morceaux écrits simplement pour piano et chant que la commission rendit son verdict.
L'œuvre couronnée obtint un succès d'estime, justifié par une inspiration facile, agréable, mais peu personnelle; puis, comme si un accord tacite fût intervenu entre l'administration des beaux-arts et la direction du Théâtre-Lyrique pour ne pas tenir compte de la clause tutélaire du cahier des charges de 1863, aucun nouveau concours ne fut ouvert. Les pauvres prix de Rome étaient encore une fois privés d'une occasion de se produire. Or, ainsi que le dit M. V. Leiranc dans ses Éludes .su/- le théâtre contemporain, les grands écrivains et les artistes, comme les grands généraux, se révèlent à l'improviste. Peu importe si, comme il l'ajoute plaisamment, il arrive qu'ils ne viennent pas quand on les attend.
Quatre jeunes artistes avaient concouru en même temps que Barthe, dont la Fiancée d'Ahijdos est restée le premier et l'unique ouvrage.
Ces quatre artistes étaient : M. Conte, quia donné.
en 1874, un petit opéra-comique, Boppo; M. Samuel David, l'auteur de Madcinoincllc Si/lvia et do la Fée des Bruyères; enfin M. Théodore Dubois et M. Paladilhe, qui, l'un avec Aheii Ilamet, l'autre avec Patrie, ont pris place parmi les représentants les plus autorisés de l'école française actuelle. On voit que Barthe avait affaire à forte partie.
Il convient de rappeler que le compositeur appartint au corps enseignant du Conservatoire.