THÉOPHILE SEMET
Semet compte parmi les auteurs relativement heureux. Nombreuses sont celles de ses œuvres qui ont vu le feu de la rampe : les Nuits d'Espar/ne, laDemoi-selle d'honneur, Gil Blas, VOndine, enfin la Petite Fadellc. donnée le U septembre 1869. L'histoire de ce dernier ouvrage est assez singulière, si l'on songe qu'une pièce de ce nom, et tirée elle-même du célèbre roman de George Sand, avait été jouée aux Variétés, en 1850; ses auteurs s'appelaient Anicet Bourgeois et Charles Lafont, et dans cette églogue dialoguée ils avaient intercalé quelques mélodies dont la composition était échue à un jeune musicien fort inconnu alors, M. Th. Semet. Cette paysannerie réussit et fut l'objet de plusieurs reprises. Ce succès donna sans doute l'idée de transformer le vaudeville en opéracomique. Lorsque, en 1868, on annonça cette Petite Fadette avec musique de Semet, M. Martinet, directeur des Fantaisies-Parisiennes, protesta par lettre, disant qu'elle appartenait à son théâtre depuis six mois. On passa outre, et, lors des représentations, on reconnut que George Sand avait repris soir bien et retravaillé d'après son propre roman ces trois actes et cinq tableaux; seulement elle s'était adjoint Michel Carré, lequel ne fut pas nommé. Quant à Semet, il avait complètement récrit son œuvre. Les applaudissements ne manquèrent pas le premier soir, car on bissa même la ronde campagnarde de M"" Bélia (bientôt remplacée par M"" Moisset dans le rôle de Madeleine), l'ariette de M™" Révilly (la mère Fadet), les couplets de Barré (Landry) et la charmante romance de Potel (Cadet-Caillaux). De plus, M"= Galli- Marié s'y montrait une protagoniste remarquable, malgré le malaise ou l'émotion qui, ce même premier soir, la fit s'évanouirpendantun entr'acte; mais la critique regardait au delà de l'interprétation, elle découvrit des points de ressemblance avec les Dragons de Villars et autres œuvres connues; elle observa ainsi que l'illustre romancier avait été souvent obligé de passer à côté de son œuvre même, pour ne pas paraître le plagiaire de ses imitateurs; elle trouva la pièce trop longue, pour un sujet assez monotone in se; enfin elle remarqua, non sans raison, que le groupement des voix choisies nuisait à l'efl'et de la partition, puisque, le soprano. M"" Guillot (Sylvinet), n'ayant qu'une partie secondaire, on n'entendait d'un bout à l'autre que deux mezzo, un baryton, une basse et un trial pour tout ténor.
Semet ne revit pas la Pelile Failetic à la salle Favart; elle a été reprise en 1886, il est vrai, mais au Chàteau-d'Eau, refuge suprême des oubliés et des dédaicnés.
ENCVCLOPÈniE DE LA MUSfQUE ET niCTIO.yXAfnE Dr' CO.XSERVATOmE