SAMUEL ROUSSEAU
iNé à Neuvemann, dans l'Aisne, en 18o3, Samuel Housseau était emporté en 1904 par un mal foudroyant. M. Henry Marcel, alors directeur des Beaux- Arts, a rappelé éloquemment devant la tombe du compositeur que, dans sa trop courte e.\islence, il a entassé les œuvres et les services. Entré à dix-sept ans au Conservatoire, en 1871, il y remportait à vingtquatre ans le premier prix d'orgue, et le prix de Home a vingt-cinq. « Ces deux succès parallèles ont imprimé à sa carrière une double direction : la musique sacrée le disputa toute sa vie dans son cœur à la musique profane ; je ne sais même pas si, en dépit de la mâle vigueur et du sentiment dramatique qu'il déploya dans ses deux grandes œuvres théâtrales, l'art religieux ne garda pas ses secrètes prédilections : la Fille de Jephté, la Messe solennelle de Pâques, son recueil de Chunts sacrés, ses nombreuses pièces pour orgue, attestent la persistance d'un goût suscité, sans doute, par le milieu où s'écoula sa première jeunesse, chez son père, le distingué facteur d'harmoniums dont on n'a pas oublié le nom. Il apporta dans ces ouvrages un sentiment de la tradition vivifié par les recherches harmoniques modernes, et une dignité de style en rapport avec la grandeur des sujets qu'il traitait.
« Mais le maître de chapelle de Sainte-Clotilde céda, lui aussi, aux séductions du théâtre, qui, par la variété des sentiments qu'il met en œuvre, la couleur et le mouvement qu'il comporte, a toujours été, dans ce pays, la forme musicale préférée. Les concours publics auxquels il prit part lui furent uniformément favorables. La science de l'harmonie, la pureté de son écriture, donnaient à toutes ses compositions une tenue et une autorité particulières. Après Dianorah, qui remporta le prix Cressenl, Mcrowiij, couronné par la Ville de Paris en 1891, et qui ne fut exécuté qu'au concert, eût mérité de prendre place sur une graude scène lyrique où sa belle déclamation,
ses riches développements, son gi-acieux divertissement, le puissant finale du deuxième acte, eussent produit tout leur effet.
« 11 manqua à Housseau, pour imposer cet ouvrage, un peu de cet entregent, de ce don d'importunilé qui tiennent parfois lieu de titres plus sérieux. U fut plus heureux en 1898 avec la Cloche du nUin, qui fournit à l'Opéra une carrière moins longue que le succès de la première rejirésenlation ne le faisait présager, et qui met de nouveau à la scène cette civilisation franque pour laquelle lîousseau éprouvait la même attirance qu'Augustin Thierry. ■>
On reconnut en elfet dans la partition de Samuel Rousseau une œuvre absolument remarquable, de superbe envolée lyrique, usant de leitmotiv et abusant parfois des procédés wagnériens, mais accusant parfois la forte personnalité de l'auteur.
L'Opéra-Comique a représenté en 19H une œuvre posthume de Samuel Rousseau, Leone, un drame corse, tiré d'une nouvelle d'Emmanuel Arène, le Dernier Bandit, émouvante histoire de « vendetta ».