‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 327 sur 364 · HERVE · texte numérisé non relu

HERVE

Immédiatement après Offenbach il faut citer l'iorimond Ronger, dit Hervr, né à Houdain en 1821, mort à Paris en 1892, et que nous pouvons considérer comme le père de l'opérette française.

12 octobre 1867, première de l'Œil rrerr. Une date! Interrogeons les chroniques du temps. iNous sommes moins gais et nous avons été un peu plus blasés sui' les charmes de l'opérette. Pourtant, l'oxivre d'Hervé a bien gardé sa valeur personnelle, son intérêt, sa fleur d'insenséisme point complètement desséchée. La coupe poétique se distingue par son indépendance :

Je n aurai plus qu à mourir.

Et encore la chanson de Gérômé :

Les gens qui sont dans le

Ne comprennent pas tout ça;

Quand its nous voient avec leurs bonn', ça les vexe.

Ils fout un pit qu'est long comme ça.

Quant à la prose (peu différenciée comme rythme), elle contient des modèles d'insanité soigneusement travaillés, par exemple le grand récit de Gérômé : u A la bataille de Moule-en-Suif, je m'étais engagé dans le régiment des patineurs irlandais. Je force la porte d'une maison déserte. Un laboureur qui se trouvait là par hasard me demande le chemin de Versailles. Je lui fends la tête d'un revers de ma latte, et du même coup j'abats trois arbres qui se trouvaient derrière lui. Le lendemain j'étais nommé inspecteur du gaz chez une riche famille parisienne. » C'est de l'ineptie voulue, d'un effet toujours considérable sur les auditeurs les plus rétifs.

Chilpéric remonte h 1868, une année qui compte, au point de vue de la production théâtrale : l'année du Premier Jour de bonheur, de l'aid Forcxiier. du Monde oii. l'on s'amuse, de la Péricliole, de Uencriéve de Brahant, de Cadio, de Miss Multon, de la Madone des Roses, etc., etc.

Le scénario est inénarable, et il serait matériellement impossible d'analyser la suite très incohérente des scènes juxtaposées où le roi Chilpéric enlève au paysan Landry sa femme Frédégonde pour l'emmener à la cour et en l'aire sa première lingére ; congédie ladite Frédégonde quand survient sa fiancée Galswinthe, après lui avoir loué un petit entresol dans la banlieue de Soissons; et voit sa nuit de noces troublée par la vengeance de la maîtresse délaissée, dont le sympathique Alfred — le plus beau page de l'histoire de France, déclare le livret — déjoue les projets infernaux.

Plusieurs de ces bouffonneries sont restées populaires : le récit de la grande découverte de Ricin, le médecin du roi : « C'est moi qui ai trouvé le moyen d'arrondir les billes de billard. Avant moi, elles étaient

SERVATOIliE

carrées; le carambolage était très dilllcile;,il n'était même que l'elTel du hasard, » les doléances du grand légendaire Grégoire de Tours, réduit ù compter les faux cols de Cliilpcric ; le compliment d'arrivée de Galswiiithe, qui ne manque ni de rimes ni de saveur :

Pour arriver chez vous, 6 le plus doux ries maitres, Il nous fallut franchir pas mal de kilomètres; Mais, sitôt que l'on voit votre abord distingué, On oublie aisément que l'on est fatigué...

Quant à la partition, disons avec M. Edouard Stoullig que le « compositeur toqué » d'une fantaisie déjà remarquée dans V(Eil crevi^ se montre compositeur sérieux dans Chilpcric. Les druides grotesques du premier acte chantent un chœur qui réveille les échos de la forêt de Sigwd, comme tout ;'i l'heure nous allons songer à Lohcngrln : Hervé avait pressenti le dieu Wagner. Rappelons encore la célèbre légende de » Monsieur » Chilpéric; la chanson du Jambon; le quatuor « Divine Frédégonde >> ; le finale des ombrelles, la chanson du Papillon bleu; le duo de Chilpéric et de Frédégonde; l'entrée de la Cour, la valse du divertissement, suivie d'un galop si enlevant; le verveux finale (accompagné parla batterie de cuisine de M"° Frédégonde), toujours redemandé d'enthousiasme.

Le Petit Faust, opéra-bouffe en trois actes et quinze tableaux, paroles de Hector Crémieux et Jaime flls (Folies Dramatiques), date de 1869. L'auteur joua luimême le rûle de Faust; les autres rôles principaux furent chantés par Mulher, Vavasseur, M™^'* Van Ghel et Blanche d'Antigny.

Hervé, se souvenant de ses débuts aux Folies-Nouvelles, des joyeuses fantaisies qui avaient nom la Belle Espagnole, la Perle de l'Andalousie et le Drame en 1789, avait rêvé d'étendre son genre, et, comme l'a dit Raoul Toché, témoin de ces splendeurs éteintes, « d'élever l'insanité à la hauteur d'une institution >>, en portant à la scène cet (EU crevc, de folle mémoire, où un bailli épique donnait cette consultation sous forme de poésie :

Monsieur tire-t-il de l'arc? — Non.

— Monsieur en a-t-il un? — Non.

— Monsieur a-t-il le temps

D'en acheter un et d'apprendre à en jouer?

— Non, non, non!

— Eh bien! c'que j'vois d'plus clair, C'est que Monsieur aille se faire lanlaire.

Comme disait encore Toché, ce n'est pas tout à l'ait du Victor Hugo, mais ça exprime bien ce que ça veut exprimer. Cependant,' l'insanité de VŒU cr'evij est trop méthodique, trop rationnelle en quelque sorte; on sent la mystification travaillée. De même les plaisanteries de Chilpéric ont été pastichées par des générations de vaudevillistes. Le Petit Faust a gardé cette supériorité d'un livret amusant, suffisamment raisonnable et toujours attaché comme un satellite à l'évolution du grand « Faust ».

Hector Crémieux et Jaime fils, les deux paroliers, gens de théâtre, hostiles aux pures charentonnades, avaient voulu mettre sur pied une parodie solide de l'œuvre de Gounod, et nous voyons qu'ils y avaient réussi. Les effets comiques sont d'une pitrerie assez basse et malheureusement incurable, mais la pièce se tient encore debout, et la musique — du seul compositeur qu'ait jamais redouté Offenbach — reste délicieuse.

Jonas a fait applaudir le Canmd à trois becs, un des grands succès des Folies-Dramatiques. — De Gaston Serpette, qui avait été lauréat du concours de Rome et que des succès rapides avaient attiré sur la musique légère, il faut citer le Hoijaume des femmes, le Gamin de Paris, Adam et Eve, le Songe d'une nuit d'été, le Carnet du diable, le Château de Tire-Larigot, Cousin-Cousine, Carillon, le Capitole. — De 'Vasseur, la Timbale d'argent, cette fameuse timbale qu'il avait enlevée du premier coup et qu'il manqua au second essai, la Petite Reine. — D'Àndran, la Dormeuse éveillée, Gillette de Narbonne, la Renie des Reines, Pervenche, la Duchesse de Ferrure, l'Enlèvement de la Toledad, la Poupée, Madame Serpette. Miss Hehjett, dont le succès fut considérable, le (iniud Mogol. -— De Victor Roger, Joséphine midur [uii- '<'\ smtrs, les Femmes de Japhet, les Vingt-huit .lours ilr Clairette. — De Louis Varney, les Mousquetaires au couvent, Fanfan la Tulipe, les Petits Mousquetaires, l'Amour mouillé, la Femme do Narcisse, les Petites Brebis, le Fiancé de Thijlda, les Petites Barnett, le Papa de Francine et Mademoiselle Georgei, qui fut sa dernière pièce importante. — Enfin, et surtout, de Robert Planquette, les Cloches de Corneville, Bip, le Talisman, la Princesse Colombine, la Cantinière, Surcouf, etc.

CAMILLE LE SENiNE, 1914.

COMPOSITEURS DE MUSIQUE INSTRUMENTALE, PROFESSEURS ET EXÉCUTANTS CÉLÈBRES

L'école française a été si brillamment représentée dans la période contemporaine au point de vue de la composition instrumentale, de l'enseignement et de la musicographie, que nous sommes contraints de nous borner à de simples mentions biographiques, en suivant l'ordre de l'alphabet.

Charles-Valentin ALKAN (1813-1888), élève de Dourlen et de Zimmermann; premier prix de piano au Conservatoire de Paris en 1823. 11 a laissé des Chants et des Préludes qui l'ont fait appeler par César Franck le « poète du piano », des Eludes d'un beau caractère et le Festin d'Esope.

BARBEDETTE (1827-1902), pianiste, compositeur et musicographe.

Emile BERNARD (1843-1902), élève de Benoist, Clapisson et Reber, organiste à Notre-Dame-des-

Champs; a laissé des cantates, deux suites d'orchestre; Béatrice, ouverture symphonique, deux concertos avec orchestre pour violon et pour violoncelle ; hymnepour orgue, harpe et orchestre; de la musique de chambre, trio avec piano, deux sonates piano et violon et piano et violoncelle; suite piano et violon;, divertissement pour instruments à vent ; de la musique de piano.

Paul BERNARD (1827-1879), auteur de morceaux de salon pour piano, la Feuillée, l'Hirondelle du clocher, etc.

Adolphe BLANC (1828-1885), « l'un des derniers^ fidèles du genre purement classique », suivant la définition de M. Albert Lavignac. Sonates, duos,, trios, quatuors, un beau septuor.

Frédéric BRISSON (1821-1890), auteur de nom-

IllSTOinE DE LA MISIQIJE

PÉRIODE CONTEMPORAINE. - FRANCE 1813

breuses compositions pour l'iiarnionium, l'orgue et le piano; le premier, dit M. Arthur Pougin, qui ail eu l'idée d'écrire de la musique avec deux sortes de grosseurs de notes.

Edouard BROUSTET (1836-1901), auteur de musique de clianibre et de musique de piano.

CASTILLON (1838-18-31, classé par Hugues Imbert comme le « précurseur de la musique de chambre sérieuse en Fiance », et qui a laissé de nombreuses comimsitions pour piano.

Adolphe DAVID (1847-1897), pianiste et compositeur.

Léon DELAHAYE (1844-1896), professeur d'accompaguemeiil au Conservatoire, pianiste et compositeur.

Victor DOLMETSCH (1852-1904), pianiste et compositeur.

Alfred ERNST 1 1860-1893), musicographe distingué, auteur tl'étiides sur Berlioz et ^Vagne^.

Henry FISSOT (1843-1896), pianiste, organiste et coniposileiu'. Professeur au Conservatoire.

Octave FOUQUE (1844-1883), organiste, compositeur el musicographe.

Achille LEMOINE (1813-1893), pianiste, compositeur et édileur de nmsique.

LEFEBURE-WELY (1817-1870), pianiste, organisle et compositeur, a laissé trois symphonies exécutées aux concci'ts Pasdeloup; une cantate : Après la Victoire; un opéra-comique : tes liecvuteurs (1861); de la musique d'orgue et de chant pour l'église; une sonate concertante pour piano et orgue, un quatuor, un quintette; des morceaux de piano au nombre de deux cents environ, notamment : /es Cloches du Monastère, la Ttetraite militaire, les Papillons d'or, les Veilleurs de nuit, la Chasse à courre, les Laçjunes, les Binious de ISajjles.

Alexandre LUIGINI (1830-1906), violoniste, compositeur et chef d'orchestre.

Charles MALHERBE (1863-1912), musicographe, compositeur, collectionneur, archiviste de l'Opéra.

Olivier MÉTRA (1830-1889), compositeur de valses, a fait jouer en 1879 le ballet de Yedda à l'Opéra.

Alfred MUTEL (1820-1892), compositeur el violoniste.

Théodore NISARD (1812-1887), auleur d'ouvrages sur le plain-rhaut.

Eugène NOLLET (1828-1904), harpiste, pianiste et auteur de nombreux morceaux de salon.

Joseph O'KELLY (1829-1883), pianiste et compositeur.

Théodore RITTER (1836-1886), virtuose et compositeur.

Théodore THURNER (1840-1893), virtuose, compositeur et professeur.

Renaud de VILBAC (1829-1884), pianiste, organiste et compositeur (musique religieuse; morceaux de piano pour salon).

Parmi les grands professeurs il convient de citer :

BARBEREAU (1799-1879), grand prix de Rome de 1824, nommé en 1872 professeur de composition au Conservatoire de Paris, puis professeur d'histoire de la musique.

CHEVÉ I iMii-tSC, i), fonda une écolo de musique où il appli(iua sfs [nincipes sur la notation musicale.

DANCLA ( tSlS-lSj7), professeur de violon au Conservatoire.

DELABORDE (1839-1913), élève d'Alkan et de Moskelès, mort doyen des professeurs du Conservatoire.

ELWART (1808-1877), professeur titulaire pen-

dant trente ans d'une classe d'harmonie au Conservatoire.

Félix LE COUPPEY (1811-1887), élève de Pradher et de Dourlen, suppléant de Henri Ilerz, en 1848, comme professeur de piano, professeur de la classe de pianofemmes de 1834-1883; il a laissé de nombreux traités d'enseignement et formé Caroline Rémaury, M°"= Hermann. M""" Wable, M'i" ïaravant, M'"= Chèné, M"° Marchand, M""-- Hilla-Manolte, Mm'- Pène-Iîordes, etc.

Antoine MARMONTEL ( 1810-1898), successeur de Zimnierinann en 1848, resté titulaire de la classe de piano (hommes) jusqu'en 1887, a laissé les Classiques de piano, édités par la maison Heugel, édition revue, doigtée et accentuée de 220 morceaux des maîtres classiques, ainsi que les traités : Vadc-mecum du professeur de piano; Cmisrih ilmi i>nifesseur sur l'ensci- (jnement technique el rrsi/i< i, i>ir ,lii piano; les Pianistes célèljrcs; Sijinphoitislrs .7 Virtuoses; Virtuoses contemporains ; Eléments d'esthétique musicale et Considérations sur le beau dans les Arts.

Comme élèves il a formé : Francis Planté, J. Cohen, Deschamps, Lestoquoy, Bizel, Mangin, Ghys, Alph. Duvernoy, Fissot, Diémer, Paladilhe, Th. Dubois, Guiraud, Colomer, Lavignac, Emmanuel, Delahaye, Martin, Lack, Cervantes, Antonin Marmontel, son fils adoptif, qui devait aussi marquer dans l'enseignement du piano, Berthemet, Bonnet, Thomé, E. Bourgeois, Wormser, A. 'Thibaud, Ismenèz, Bellaigue, C. Pierné, Charles-René, Mesquita, Braud, Chansarel, P. Courras, Galeolti, Jemain, Bondon, Reitlinger, Berny et Delafosse.

Lambert-Joseph MASSART (1811-1892), professeur de violon, inaitre de W'ieniowski, Marsick, etc.

Georges MATHIAS (1826-1910), professeur de piano et compositeur.

RAVINA (1818-1906), premier prix de piano au Conservatoire, en 1831, virtuose célèbre, auteur de nombreuses compositions pour son instrument favori et des Classiques du pianiste.

SAVARD (1814-1881), professeur d'harmonie au Conservatoire; a publié un cours complet d'harmonie théorique et pratique.

Adolphe SAX (1814-1894), facteur célèbre et professeur de saxophone au Conservatoire.

Les principaux chefs d'orchestre appartenant à la période dont nous nous sommes occupés sont :

Jules-Etienne PASDELOUP (1819-1887), élève de Laurent et de Zininiermann, au Conservatoire de Paris, créa en 1831 la Société des jeunes artistes du Conservatoire, qui donna des concerls symphoniques classiques dans la salle Ilerz, loua en 1861 le Cirque d'hiver pour y organiser les Concerts populaires de musique classique, qui en réalité firent une large part à la jeune école française (Saint-Saëns, Massenet, Bizet, Lalo, etc.). L'entreprise, d'abord très tlorissante, devait souffrir de la concurrence de Colonne et de Lamoureux et prit fin en 1884. De même une autie entreprise de concerts avec chœurs, tentée en 1866 dans la nouvelle salle de l'Athénée, avait échoué. Un essai de résurrection des Concerts populaires ne réussit pas davantage en 1886.

Charles LAMODREDX (1834-1899), élève de Girard pour le violon, de Leborne pour le contrepoint et la fugue, créa une association de musique de chambre avec Colonne, Adam et Rignault; fonda, en 1873, la Société de l'harmonie sacrée (première exécution à Paris des œuvres de Bach et Haendel), succéda à Deldevez, en 1878, comme premier chef d'orchestre

EACVCLOPhOIE DE LA MISIOIE ET DICTIOSWAIRE DU CONSEIlVATOIIiE

lici l'Opéra, où, après un départ assez rapide, il rentra sous la direction Ritt el Gailhard. 11 avait été auparavant premier chef à l'Opéra-Comique et, de 1872 ;i 1878„ second chef de la Société des concerts. Enfin, en 1881, il créa les concerts Laraoureux (nouveaux concerts), qui devaient avoir une fortune si brillante et devenir un des principaux centres du wagnérisme. Edouard COLONNE (1838-19101, né à Bordeaux en 1838, élève, au Conservatoire de Paris, de Girard et Sausay (violon), Elwart et Ambroise Thomas (composilion), fonda en 1873 le Concert national, qui se transforma plus tard en Association catholique et dont les concerts eurent lieu à l'Odéon, puis au Chàtelet. 11 devait donner à Paris, en province el à l'étranger une suite de plus de l.ïïOO concerts, où le public lui

dut surtout des créations complètes des grandes œuvres de Berlioz (Hequicm, Romiio et Juliette, Damnation de F'iiiff. rKiifaiire du Christ, etc.), et des principale-^ cnniiiMMiKiiis de César Franck.

Ernest ALTES ;is:;(i-i.s9',i), second chef d'orchestre à rOpéin de i8f*U ù 18^7.

Jules DANBÉ (I840-190o), fonda en 1871 les concerts Uanbé au Grand-Hôtel.

DELDEVEZ (1817-1897), en 1872 premier chef de la Société des Concerls du Conservatoire; en 1873, premier chef de rOpéra.

François-George HAINL (1807-1873), premier chef d'orchestre de l'Opéra en 1863, dirigea pendant quelque temps les Concerts du Conservatoire.

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