ECOLE FLAMANDE. — ECOLE WALLONNE
Par René LYR
RKDACTECR EN CHEF POCR LA BRLlîlQCE DE S. /. HL
et Paul GILSON
DE L lîN-SEIH
AL EX BEI.GignE
Sous sa physionomie politique actuelle, la Belgique existe depuis 1830 seulement; mais les provinces belgiques, mentionnées par Jules César, gardèrent, sous les dominations, à travers l'histoire, une existence intrinsèque. Cette force originale a permis à des historiens comme M. H. Pirenne d'établir que la nalimi belge se manifesta, de toujours, latente. Toutefois, son e.'cpression intellectuelle résulte d'un double courant: germanique d'une part, gallo-latin d'autre part.
11 semble qu'à l'origine les occupants de notre territoire étaient Celtes-Gaulois. Les Wallons descendent, en ligne directe, de ces aïeux. Les Flamands, venus avec l'envahisseur, sont, au contraire, de souche germanique. Tantôt réunis, tantôt séparés, selon les caprices de la conquête ou de la politique, ces deux éléments etluiiques n'ont cessé de garder les car'actères primitifs. Jamais ils ne se sont confondus, et, quoiqu'une sorte de nécessité géographique ait plusieurs fois uni leurs elforts, ils sont restés foncièrement antagonistes. Observons encore que, bien qu'appartenant a la famille gallo-latine, le Wallon diffère quelque peu du Français, par exemple, de même que le Flamand, (ils du Nord, n'a que des accointances lointaines avec l'Allemand d'aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, l'histoire musicale de nos provinces s'est confondue et se confond avec celle des races voisines auxquelles Flamands et Wallons appartiennent par atavisme, auxquelles ils furent incorporés au gré des événements. Nous en retracerons brièvement l'évolution, se traduisant sous deux aspects : populaire et savant, dans un ordre chronologique, dégageant les caractéristiques de chaque période et celles des personnalités qui les représentèrent.
Les documents, certes, nous manquent pour conjecturer ici de ce que fut l'art musical (?) au temps des Gaulois : les Bardes n'ont laissé souvenir qu'aux pages des auteurs latins. Nous savons que leurs chants entrahiaient les guerriers aux farouches combats, qu'ils accompagnaient les druides blancs, « coupant le gui sacré au tronc noueux des chênes ». La civilisation romaine marqua la pénétration, chez les peuplades barbares des Gaules, de l'Eglise chrétienne et de ses rites. Les monastères du moyen âge ache-
vèrent l'éducation, qui ne fut point aisée, si l'on s'en rapporte aux édits de Pépin le liref et doCharlemagne. Ce dernier, d'après Eginhard, cultivait la musique; il fit venir des chanteurs romains, qui fondèrent des écoles à Metz, à Soissons, à Orléans, à Lyon, à Sens, à Paris, à Dijon, à Cambrai. Celle-ci exerça sans doule une intluence sur le développement de l'art musical dans les contrées riveraines d'Escaut et de Meuse. Nous n'en avons point de preuves tangibles. Aussi bien commencerons-nous cetle histoire de la musique en Belgique au premier musicien qu'elle puisse revendiquer : Hurbalil. .Né vers 840, Hucbald acquit une grande renommée. Il dirigea et fonda de nombreuses écoles, forma des musiciens qui, à leur tour, professèrent partout son enseignement. Le premier, il codifia chez nous les lois de la musique vagabonde. Il indique un système de notation imilé des Grecs, dans son principal ouvrage, Musica Enchiriades. — Un autre Belge, contemporain du moine de Saint-Amand, et qui vécut à Liège, Francoii. écrivit la plus ancienne méthode de musique mesurée : Aïs cantiis mcnsiii-iibilis. — A la fin du moyen âge apparaissent les ménétriers ou ménestrels (aussi nommés trouvères). Nos pays en comptèrent iieaucoup qui eurent grande renommée : A(l<'iiez, entre autres, né en Brabant vers 1240. La Bibliothèque nationale de Paris possède un recueil de ses chansons, avec texte musical. — Adam de le Haie let non de la Halle), surnommé le Bossu d'Arras, né en 1240 également, à qui l'on doit, en plus d'un nombre considérable de chansons et de fabliaux, le ./(■(( de Robin et Marion qui passe pour le premier essai de comédie pastorale en musique. Le succès du Jeu de Robin et Marion fut énorme, il se prolongea, et l'on pourrait à peine le comparer à celui qu'obtiennent les plus célèbres opérettes de nos jours. Adam de le Haie emploie déjà les ornements, dont la mode fut probablement rapportée d'Orient par les croisés. — La musique » savante » de l'époque ne quitte pas les monastères. Les chefs ecclésiastiques de nos provinces contribuèrent à enrichir le répertoire de l'Eglise. Olberl, Estieiine. Ueri'ier, liiijobrand, Damieii, abbés ou moines, y ont laissé un nom. Ceci nous conduit au seuil du xv« sircle, à la nais-
isic
E:\lA'CLOPEDJli DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIRE DU CONSERVATOIRE
sance de Guillaume Duf'ay, fondateur de la fameuse école dite du contrepoint néerlandais. On a longtemps discuté sur le lieu natal de ce musicien, généralement considéré comme le plus habile de son temps, et qui dota elfectivement la musique de formes neuves. « Les quelque cent cinquante composilions que l'on garde de lui, écrit M. E. Ciosson, montrent un progi't'S considérable dans la figuration harmonique : le perfectionnement de la notation, une expression relative. » Félis a cru pouvoir conclure que Dufay naquit à Chimay, villette du Hainaut, patrie de Froissart. Mais le nom, Uufay, tend plutôt à faire croire qu'il est né à Fay-la-Ville, ou Fay-le-Chàteau (Ilainaul). Attaché vers 1248 à la maîtrise de Saint-Quentin, à Cambrai, Dufay y reçut son éducation musiccfle. 11 fut ordonné prêtre à Paris, puis vécut à la cour de Bourgogne, à Rome, où il dirigea la chapelle papale; en Savoie enfin, où il est mort en 1471. On a de ce compositeur plusieurs messes intitulées : Ecce
ancilla Domini, l'Homme armé, Se la face utj pale, Tant me déduis. Il a écrit aussi des chansons, d'une grande pureté harmonique. — Guillaume Dufay, dans ses Messes, suivit la coutume instaurée par les musiciens savants du moyen âge, lesquels, pour animer leurs monuments austères, empruntaient volontiers les fleurs de sève populaire. Telle mélodie répandue, profane ou mondaine, servit mainte fois de th>"me à la musique religieuse. C'est ainsi que la mélodie de ['Homme armé, le plus « en vogue -■ sans doute, fut longtemps pour ainsi dire imposée aux compositeurs désireux d'affirmer leur « maîtrise » par la confection obligée d'une messe. Celle de Dufay est la plus ancienne, mais on connaît plus de quarante compositions sur ce même Cantus firmus. 11. Julien Tiersot, dans son livre la Chanson popidaire en France (Plon- Heugel, 188'J), a étudié ce procédé, et particulièrement {'Homme armé. Il a tenté de reconstituer la mélodie, qui serait, d'après lai :
f Ockeijhcm, dans sa messe de 7 tons (Kyrie, Et in terra pax , Miserere, Pater omnipolens Deus, Et resurrexit. Et vitam venturi, Sanctùs, Pleni, Hosan •, Agnus Dei), Hobrccht, Busnois, Josquin de Prés (deux
messes), Pipelaere, Réuis, Caron, Tinctoris, etc., de même que plusieurs Italiens et Français, utilisèrent ce motif. Voici le Kyrie de la messe de l'Homme armé de Dufay :
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