‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 2)Chapitre 51 sur 364 · Le 8 février 1728 (Pélissier, loco cil · texte numérisé non relu

Le 8 février 1728 (Pélissier, loco cil

11. M. lîrenet, les Concerts en France sous l'ancien régime, p. 173. 1-2. Voir l'invcnLaire de Destouches publié par M. Pàlissier, loco cil.

rappellent tantôt la manière de LuUi, en ce sens qu'elles sont construites sur un rythme régulier et net, et que leur courbe présente des inflexions modérées; tantôt, elles prennent une valeur plus musicale, se caractérisent, deviennent de véritables mélodies, mais en restant toujours sobres et d'une concise élégance. Concision et élégance, telles semblent être les deux qualités essentielles de la mélodie de Deslouches. Nous allons en trouver des exemples dans

Issé et dans OmphaleK Exécutée le 17 décembre 1697, à Trianon, en présence du souverain, la pastorale héroïque d'Issé formait un des divertissements donnés à l'occasion du mariage du duc de Bourgogne. Lors de cette représentation, « l'assemblée, rapporte le Mercure galant, fut nombreuse et en sortit très satisfaite ^ ».

Au 11'^ acte de cette pastorale, l'air d'Issé : " Amour, laisse mon cœur en pai.\^, »

offre un excellent échantillon de la manière réservée, précise et élégante du musicien.

Destouches connaît la puissance d'un rythme répété avec insistance. C'est ainsi que, dans le Prologue,

l'inévitable épisode descriptif se présente sous les espèces d'un « bruit de guerre » soutenu par un dessin persistant et martelé de la basse :

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au-dessus duquel violons et trompettes clament d'énergiques fanfares.

Gomme Campra, mais moins fréquemment que celui-ci. Destouches emploie la forme de l'air italien, à (/(( capo. L' « Invocation à la Nature » d'Hilas, dans hsc, appartient à ce type*-. Destouches ne montre , du reste , aucune prédilection particulière pour tel ou tel dispositif, passant indifféremment des formes binaires aux formes ternaires. Chez lui, les vocalises se font plus rares que chez Campra, le style demeurant généralement syllabique. Certains airs sont de vérilables ariosos intermédiaires entre l'air proprement dit et le récitatif, tel celui de Leucosie au 11' acte des ÈUmenU. Somme toute. Destouches ne modifie rien aux formes mélodiques employées avant lui; il leur donne seulement plus de concision, plus de relief.

Son récitatif ne diffère guère de celui de Lulli, auquel il emprunte ses caractères principaux et sa fidélité à suivre la parole. Ainsi, au 11° acte d'/sst!, le

1. Les seules éditions modernes de Destoucbes existant actuellement sont celles de la collection Michaijlis, i savoir, Issé, Omphale et les Eléments.

2. Mercure galant, janvier 1608, p. 340. On prétendait que Destouches ignorait l'art dé la composilion lorsqu'il écrivit Issé. Clément et l'abbé de la Porte, dans leurs Anealoles dramatiques, assurent que Destoucbes fut obligé d'avoir recours à des musiciens pour écrire ses chants et ses basses, mais ils ajoutent qu'il « apprit les Règles dans la suite » (III, p. 134). Dans son Histoire de l'opéra, Parfaict ne dispense à l'auteur que des éloges : n Le musicien fait voir dans cette Pastorale qu'on peut, dès le premier pas, faire douter si on pourra se surpasser par la suite ; son génie et son goût s'y déploient tout entiers. Rien de plus naturel que son cbanl, do plus vif que ses peintures, ei surtout rien de plus flatteur que son récitatif. » (1, p. 303.)

L'accusation d'ignorance portée contre Destouches remonte à Leccrf de la Viéville, qui écrit : .1 Je ne puis mempéclier de dire ici l'histoire de M. Destouches jeune, occupé de ses escrciccs, ou, si vous voulez, des plaisirs d'un mousquetaire, sachant à peine les éléments de la musique. M. Destouches est saisi de la fureur de faire des opéras. Il ne l'ait qu'écouter un génie qui lui parle et qui réchaufTe en secret.

dialogue amoureux de Pan et de Doris (scène m) est assurément d'une belle et juste déclamation; dans le ballet des Eléments, écrit en collaboration avec Lalaiide, la part réservée au récitatif se restreint beaucoup, alors que celle qu'occupent les airs se développe de façon notable^.

La tragédie lyrique d'Ûmphale, que Destoucliescomposa sur un livret d'Houdard de La Motte, et qui fut reprise au moment de la Guerre des Bouffons. amène aux mêmes conclusions à l'égard du style mélodique de son auteur. Au Prologue, le duo : « Amants qui souffrez, » donne bien la mesure du talent de Destouches, talent fait d'élégance et de pondération. L'air d'Hercule au l'' acte montre le musicien attentif à saisir l'accent juste, et il en est encore ainsi dans le beau récit de la magicienne Argine (1V° acte). Destouches aime les rythmes piquants, ingénieux, tel le deuxième air à 3/8 des Magiciens [l\° acte), où on peut lire ceci " :

Il produit des airs, des sjmphonics c|u'il ne saurait noter ; il les chanta comme la nature les lui dicte ; il faut qu'un autre les note sous lui, et. pendant qu'il apprend les règles de la composition, il compose par avance en maitrc, il fait Issé, un des plus aimables opéras qui aient paru depuis Lulli. » {Lecerf. loco cit., 3' Dialogue, p. 136.)

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