Ua accord de trois sons forme une triade
et tient un rôle neutre, tant au point de vue de la tonalité qu'à celui de la modalité.
o. Gamme mineure théorique. — La véritable gamme mineure qu'on doit admettre en théorie pure est donc celle qui contient ses trois notes modales, car celle-là seule est complètement mineure, au même titre que l'autre est complètement majeure.
On l'appelle, pour cette raison : gamme mineure théorique. On l'appelle également gamme antique, parce qu'elle est privée de la note sensible qui est un des caractères dislinctifs de la tonalité moderne, et qu'elle reproduit exactement une des gammes de l'ancienne modalité des Grecs : celle dans le mode Eolien, dont le plain- chant liturgique de l'Église catholique a conservé la forme pour l'un de ses modes.
ESCYCLOPÏWIE DE LA MUSIQUE ET DICTW-YNAIRE DU COSSERVATOIRE
6. Plusieurs formes de gammes mineures. — Nous allons voir maintenant les raisons très sérieuses qui font que, dans la pratique, on iloil, la plupart du temps, altérer, d'une manière ou d'une autre, cette forme rigoureusement pure et logique.
Un premier inconvénient qu'elle présente, c'est d'être composée e.xactement des mêmes sons qu'une gamme majeure dont la tonique concorderait avec son troisième degré', et serait placée une tierce mineure au dessus.
Mî b majeur
De fréquentes confusions seraient à craindre entre deux gammes formées d'éléments semblables, c'està-dire de mêmes sons. Pour éviter ces confusions, il n'y a qu'un moyen, c'est de changer une des notes. Laquelle? Le choix va se trouver tout indiqué.
Un deuxième inconvénient, c'est que la gamme mineure théorique, normale, telle que nous l'avons présentée plus haut, est dépourvue de note sensible, de ce septième degré placé ù un demi-ton de la tonique, et qui la fait si inipéiieusement pressentir et désirer. En examinant l'exemple de la gamme d^ut mineur écrit précédemmeni, on voit qu'entre le septième degré (s.i bémol) et le huitième [nt) il y a l'espace d'un ton. Ce septième degré ainsi placé à un ton de la tonique ne peut remplir le rôle de note seiidhU. C'est donc le septième degré qui doit être modifié et rapproché de la Ionique.
Pour obtenir ce rapprochement, on place ce septième degré un demi-ton chromatique plus haut au moyen d'une altération ascendante, et l'on obtient la sensible désirée, puisque au moyen de cette modification ce septième degré se trouve à la distance d'un demi-ton diatonique de la tonique, vers laquelle il tend à se porter tout naturellement.
■ Le caractère modal est affaibli par la perte d'une de ses notes typiques (troisième note modale), mais le sens tonal est netlement établi.
Il résulte de cette première modiPicalion la gamme suivante :
Cette gamme est désignée de différentes façons :
1° gamme mineure à trois demi-Ions;
2° gamme mineure avec seconde augmentée ;
3° gamme mineure 7iarmoriigMe, parce qu'effectivement elle est la plus employée dans la science de l'harmonie;
4° gamme mineure avec sixte mineure, parce qu'il y a entre la tonique et la sus-dominante un intervalle de sixte mineure.
La gamme harmonique avec seconde augmentée a les trois demi-tons diatoniques qu'elle contient,
placés du deuxième au troisième degré, du cinquième au sixième et du septième au huitième.
On y trouve un ton entre le premier et le deuxième degré, le troisième et le quatrième, le quatrième et le cinquième degré, enlin un quatrième ton et un ilemi-ton chromatique entre le sixième et le septième degré.
On y trouve également deux notes modales sur le troisième et sur le sixième degré. L'altération du septième degré lui fait perdre sa qualité de troisième note modale.
degrés:!
1 1 toQ et 1 ^2 ton chrorû. 1
1 1 tun 1
*^ 1 V2 ton ""
1 diatonique |
1 % ton diatoniqu
1 V2 ton 1 Vz ton e 1 t chromatiqne n diatoniqne ■
noie modale
-note ' " '
modale
Cette gamme n'est pas sans défaut. Elle est difficile à chanter à cause de la seconde augmentée, intervalle qui apporte un élément chromatique dans une gamme diatonique (la seconde augmentée étant formée d'un ton et d'un demi-ton chromatique).
Pour remédier à celte nouvelle imperfection, on a imaginé de rapprocher à son tour le sixième degré du septième, en plaçant les deux degrés à la distance d'un ton, ce qui supprime en ell'et cette seconde augmentée qui se trouve remplacée par une seconde majeure (intervalle conjoint et facile à chanter).
C'est ainsi qu'on a obtenu cette nouvelle forme, dite,: avec sixte majeure, parce qu'entre la Ionique et la sus-dominante la sixte, de mineure qu'elle était dans la gamme harmonique, devient majeure.
degrés; 1 2
'siKte majeure
4paE=^
il Vztoo I
La gamme avec sixte majeure, pas plus que les autres, n'est encore exempte d'inconvénient; la seconde augmentée a disparu, mais au prix du sacrifice de la deuxième noie modale, si bien qu'il n'en reste plus qu'une seule, celle du troisième degré, et que la gamme ainsi transformée n'est presque plus mineure, puisque tous les degiés, sauf le troisième la mùdianlc), sont pareils à ceux de la gamme majeure prenant la même tonii|ue.
Aussi, l'usage s'est-il étalili de n'employer cette forme que pour la gamme ascendante, dans laquelle la note sensible est plus désirable, et, par une sorte de compensation, de rétablir les trois notes modales théoriques dans la gamme descendante. De la sorte, la sixte et la seizième qui étaient majeures en montant, étant abaissées d'un demi-ton chromatique en descendant, deviennent mineures. C'est iiourquoi cette gamme est désignée sous le nom de gamme mineure avec sixte majeure en montant et sixte mi-