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Modulation par changement de mode. — La

modulation par changement de mode consiste dans le passage d'un ton majeur à un ton mineur prenant la même tonique, comme, par exemple, d'ut majeur h ut mineur, ou d'un ton mineur à un ton majeur, prenant la même tonique, comme, par exemple, d'ut mineur kut majeur. Quand la modulation a lieu du ton majeur au ton mineur prenant la môme tonique, on baisse les notes modales du ton majeur d'un demi-ton chromatique.

Modulation par changement de mode du ton d'ut majeur à celui d'ut mineur, ton éloigné d'ut majeur :

TECnXtQUE. ESTHÉTIQUE ET PÈnAGOCIE

Ut majeur

Ut iimicur j.

Quand la modulation a lieu du ton niinuur au ton majeur prenant la même tonique, on hausse les uotes modales d'un demi-ton chromatique.

Ut mineur

Modulation par changement de mode du ton d'ut mineur à celui d'ut majeur, ton éloigné d'td majeur :

Ut majeur

^9. Modulation par l'équivoque. — Dans la modulation par Vcquivoquo, l'équivoque a lieu dans un groupe de noies entendues mélodiquement ou en accord, et appartenant à la fois au ton que l'on quitte et à celui dans lequel on module. Celle communauté d'éléments e.\istant entre deux tons établit cette équivoque et sert de lien entre eux.

Modulation d'ut majeur à celui de fa mineur, ton éloigné, au moyen de l'équivoque :

Ut majeur

Fa mineur

^3Xi

On voit dans cet exemple les notes : t(t, mi, sol

appartenant aussi bien au ton d'ut majeur îqu'à celui de fa mineur, ton éloisné d'ut majeur. Quand on entend ce groupe de notes, il y a équivoque, parce qu'on peut croire qu'on est aussi bien en ut majeur qu'en fa mineur, et de cette équivoque nait la modulation.

10. Modulation enharmonique. — La modulation au moyen de l'enharmonie, appelée modulation enharmonique, se fait par le passage d'une note ou d'un accord h la note enharmonique de cette note ou à l'accord enharmonique de cet accord. Par le changement d'aspect, cette note enharmonique ou cet accord enharmonique conduisent à un ton éloigné auquel ils appartiennent et dans lequel on module :

ton de Mi

Dans cet exemple, on module du ton de la bémol majeur à celui de mi majeur au moyen du mi bémol appartenant au tonde la bémol, que l'on transforme, par l'enharmonie, en un i-é dièse, note sensible du ton de mi.

Par la transformation d'une note d'un accord, au moyen de l'enharmonie, cet accord change de nom et d'espèce, tout en donnant à l'oreille une impres-

sion semblable, sous ses divers aspects. — Si l'on exécute sur un piano ou sur un orgue les accords suivants, on reconnaîtra facilement les mêmes sons dans chaque accord; mais, par l'enharmonie, les tendances résolutives et attractives de certaines notes se modifient, parce que le changement d'aspect de ces notes les fait appartenir à des tonalités différentes.

ton de Ml? mineur

ton de

On voit, par ce qui précède, combien l'enharmonie est utile dans la modulation.

11. Considérations sur la modulation. — Du mot mode sont nés : moduler et modulation. Dans le langage musical, ces mots ont plusieurs nuances de signification, se rattachant toutes à l'origine latine : modus, manière d'être, et modulari, diriger le chant agréablement en passant d'un son à un autre.

Dans l'anliquilé grecque, la modulation signifiait la manière de chanter avec agrément dans l'étendue d'uu mode, d'un ton.

Dans le plain-chant d'église, lequel dérive des modes grecs, la modulation consiste « à traiter convenablement un mode (ou un ton) ' en y faisant entrer tous les sons compris entre les deux exlrémilés de son étendue et en donnant une importance plus marquée aux notes essentielles de ce mode».

Ce qui différencie le plain-chant religieux de la

1. Daos l;i musique de plain-chant, les mots mode et ton sont indiftéremment employés pour désigner une mcme chose.

musique moderne et profane, c'est que dans le plainchant toute altération pouvant donner l'idée d'un ton étranger à celui dans lequel on est, est évitée; tandis que dans la musique profane, la modulation se fait par le passage d'un ton à un autre, dans le courant du même morceau ou d'une même phrase musicale.

Le plain-chant religieux possède plusieurs modes (ou tons), variant entre eux par la disposition dans l'ordre des intervalles de tons et de demi-tous.

Voici la reproduction des gammes ou modes du plain-chant avec la place occupée par les demi-tons :

.on '

"Vat

un'

ton ^

ih

ton 1

ll/o Ion 1

Ion 1

ll^to-l

SX

tcn'

ll/atOD^ ii

liston '

Chaque mode du plain-chant n'a aucun lien avec un autre mode. Cette musique est appelée pour cette raison musique unitonique, ce qui indique que le morceau chanté est dans un seul ton et ne module pas.

Dans la succession des notes formant les divers modes du plain-chant, les anciens considéraient avec effroi la succession de trois sons voisins formant l'intervalle de quarte augmentée appelé triton, parce qu'il contient trois tons. Ils appelaient cet intervalle le diable dans la musique {diabolus in mitsica], en raison de sa dureté et surtout parce que les deux notes formant cet intervalle et son renversement, la quinte diminuée, donnaient à l'oreille une impression d'instabilité en désaccord avec le syslènie musical du plain-chant, dont la tonalité, constituée sur l'unité de ton, exigeait que chaque degré de la gamme portât avec lui le sentiment de repos. Lorsque les notes du chant étaient accompagnées harmoniquement, celte idée de repos ne pouvait être rendue que par l'accord consonant (accord parfait) formant V harmonie consonante.

Ce système d'harmonie consonante fut employé jusqu'à la fin du seizième siècle et au commencement du dix-septième, époque à laquelle un musicien de génie en Italie, Claude Monteverdi (appelé par d'autres MoNTEVEnDE), né à Crémone vers 156S, mort à Venise en 1649, s'éloignant des traditions d'école de son temps, eut l'idée de mettre en rapport les notes du fameux triton fa-si et de la quinte diminuée si-fa, et d'attaquer sans préparation ces intervalles considérés alors comme dissonances'.

La préparation d'une dissonance consiste à faire entendre la note formant dissonance dans unaccord, à la même partie, dans l'accord qui précède.

Exemple d'une dissonance préparée :

Exemple d'une dissonance attaquée sans préparation:

Avec l'innovation harmonique de Monteverdi, les deux notes fa et si prirent une destination nouvelle. Aujieu d'être des éléments de repos, elles devinrent un'élément de mouvement, en raison d'une certaine tendance attractive qui portait le fa à descendre sur

1. Avant MoKTEVEnDi (ou Montevekdf.) qucliiucs essais passagers de cette inuovalion avaient été remarquai cbez plusieurs compositeurs.

sa note voisine le mi, et le si à monter sur sa note supérieure ut.

Cette attraction du si (septième degré) versl'îi^ (huitième degré) donna naissance à la note sensible, qui caractérise la musique profane moderne et la différencie du plain-chant liturgique où elle n'existe pas. 11 résulta de cette innovation, qu'à l'élément de repos, qui est le propre de la musique religieuse duplain-chant, fut substitué l'élément de la ti'ansition de la modulation, qui appartient à la musique profane.

Dans la musique moderne, profane, mondaine, les tons ont la propriété de s'enchaîner et de passer de l'un à l'autre par l'affinité de certains sons qui tendent ii se porter sur d'autres qu'ils attirent. Cette propriété est particulière au système de musique moderne et n'existe pas dans l'ancien système musical des Grecs ni dans celui du plain-chant d'église. La musique modulante (dans le sens moderne) date de la fin du seizième siècle et du commencement du dix-septième.

La modulation a créé le coloris dans la musique, et est propre à exprimer toutes les passions qui s'agitent dans l'âme humaine.

Au contraire, la pure simplicité du plain-chant d'église, dont chaque morceau est conçu dans un seul ton, convient parfaitement, mais uniquement, à l'expression de l'amour divin et des sentiments religieux.

12e ENTRETIEN THÉORIQUE

intervalles (DEUXIEME ENTRETIEN)". — POSITION DES INTERVALLES DANS LES DEUX MODES. — ORIGINE NA- TURELLE ET FORMATION DES INTERVALLES. — FONCTION DES INTERVALLES DANS LA GAMME. — CARACTÈIRE ET PROPRIÉTÉS ESTHÉTIQUES APPARTENANT A CHAQUE INTER- VALLE.

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