LA MODULATION
1 Modulation. Définition. — Les tons voisins nous conduisent logiquement à parler de la modulation. Nous savons déjà qu'on entend, par ce mot, le passage d'un mode à un autre, et, par extension de signification, d'un ton à un autre. Moduler consiste à opérer une modulation en passant d'un ton à un autre.
La modulation peut avoir lieu de deux manières, d'où résultent la modulation aux tons voisins et celle aux ions éloignés.
Une modulation est toujours déterminée par une ou plusieurs notes étrangères au ton d'où l'on vient, et appartenant au ton dans lequel on module.
2. Modulation passagère. — La modulation est passagère, c'est-à-dire de courte durée, quand la phrase musicale ne continue pas longtemps dans le ton dans lequel on a modulé. Dans ce cas, les altérations qui ont déterminé la modulation se placent accidentellement devant les notes.
Dans la phrase précédente nous voyons le fragment n" 1 enut majeur. Dans le fragment n" 2 apparaît un fa dièse étranger à la tonalité d't(« majeur et amenant une modulation en sol majeur, dont il est la note sensible. Au fragment n" 3, la phrase module en mi mineur par un fa dièse, altération constitutive de ce ton, et par le rédièse, note sensible. Enfin, le fragment n°4 retourne dans la tonalité primitive A'ut majeur. Ces modulations étant de très courte durée sont passagères; les altérations qui les caractérisent sont placées devant les notes.
3. Modulation fixe. — La modulation est fixe, stable ou dé/initivi', quand elle est de longue durée. Les altérations qui caractérisent une modulation de longue durée exigent le plus souvent l'emploi d'une nouvelle armature qu'on écrit après une double barre de mesure. On peut placer une modulation passagère au milieu du ton dans lequel s'est opérée une modulation fixe.
1. On a appelé tous Je inêtne base deux tons ayant une mAme tonique, mais do modes différents.
TECIIXIQUE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE
Ici nous voyons la phrase n" 1 en ut majeur suivie de la plirase n" 2 amenant une modulalion en fa majeur au moyen dn si bomot. On met alors le si bt'mol, altération constitutive de fa majeur, à une nouvelle armature précédée d'une double barre de mesure. Le court fragment n» 3 amène une modulation passagère en (■(' mineur par Vut dièse, note sensible de ce ton; la phrase se termine en fa majeur, dans le fragment n° 4. •
4. Modification de l'armature tonale, dans la modulation. Présence du bécarre à l'armature tonale. — Lorsque, dans le courant d'un morceau a3-ant des altérations constitutives à la clé, il survient une modulation fixe de longue durée, exigeant une
nouvelle armature, on est quelquefois obligé de supprimer une ou plusieurs altérations faisant partie du ton que l'on quitte et figurant à la clé. I,a suppression de ces altérations s'indique dans la nouvelle armature au moyen de bécarres remplaçant les altérations dont ils viennent annuler l'elfet.
On voit par là que la présence du bécarre à l'armature est indispensable dans certains cas.
Le bécarre se place de deux manières à l'armature : 1° si le ton dans lequel on module prend à l'armature moins de dièses ou moins de bémols que le ton que l'on quitte, les bécarres qui doivent annuler les altérations que l'on supprime se placent à la clé après les altérations qui ne parlent ]ias et qui deviennent constitutives dans le ton nouveau ;
ton de Mi majeur
modulation en Ré majeur prenant 2^ en moins, I annulés par deux bécarres
ton de Mlb majeur
modulation en Fa majeur prenant 2 b en moins annulés par deui bécarres
2" Si le ton dans lequel on module prend des altérations de nature différente que celles figurant à l'armature du ton précédent, on écrit les bécarres annulant les altérations du ton précédent avant celles appartenant au ton dans lequel on module.
ton de Sip majeur
modulation <rn Ré majeur
ton de La
modulation en Fa majeur
Nous voyons, dans ce premier exemple, le ton de si bémol majeur avec son armature formée de deux bémols ; on module ensuite en ré majeur, et l'on place à la nouvelle armature les deux bécarres annulant les deux bémols du tonde si bémo\ avant les deux dièses appartenant au ton de ré majeur.
Dans le deuxième exemple, on voit le ton de la majeur avec ses trois dièses à la clé; on module ensuite en fa majeur, et l'on place les trois bécarres annulant les trois dièses du ton de la avant le si bémol du ton de fa majeur.
5. Double rôle du bécarre. — Les précédents exemples démontrent clairement le double rôle que peut remplir le bécarre. Lorsqu'il annule un bémol constitutif, il emprunte la propriété ascendante du
dièse; au contraire il prend la fonction du bémol lorsqu'il annule un dièse, puisque, dans ce dernier cas, il baisse d'un demi-ton chromatique l'intonation de la note précédemment dièsée.
Après avoir donné une définition de la modulation, il nous reste à savoir comment elle s'elfectue.
6. Modulation aux tons voisins. — Les modulations les plus naturelles et les plus usitées sont celles aux tons voisins.
La modulation aux <ons roisi»is est déterminée, soit par la note^sensible, soit par la sous-dominante, la sus-tonique ou la sus-dominante du ton dans lequel on module.
On se rendra très bien compte des degrés devant être altérés dans une gamme donnée, pour moduler dans les cinq tons voisins de cette gamme, en analysant le tableau suivant présentant la gamme d'ut majeur avec les diverses altérations caractérisant les modulations dans ses cinq tons voisins.
Gamme d'Ut majeur
ton principal :
Modulant en la mineur (relatif) par le sol dièse, note sensible de ce ton :
l"ton voisin
Modulant en sol majeur (ton de la dominante) par le fa dièse, note sensible de ce ton:
2? ton voisin
Modulant en fa majeur (ton de la sous-dominante) par le si 6émo/, sous-dominante de la gamme de fa:
3? ton
voisin
Modulant en mi mineur, relatif mineur du ton de la dominante, par le fa dièse, altération constitutive et sus-tonique en mi mineur et le ré dièse, note sensible :
il ton
voisin
Modulant en ré mineur, relatif du ton de la sousdominanle {fa majeur), par le si bémol, altération constitutive et sus-dominante de l'é mineur et Vut dièse, note sensible :
5? ton voisin
Pour moduler au ton relatif mineur, il faut faire entendre la note sensible de ce ton montant sur sa tonique.
Modulation d'ut majeur en son relatif la mineur par le sol &, note sensible de la :
iJ ,
PÏ=
Pour moduler au ton de la dominante, il faut faire entendre la note sensible de ce ton montant sur sa tonique.
Modulation d'ut majeur en sol majeur par le fa dièse, note sensible de ce ton :
Pour moduler au ton de la sous-dominanie, il faut faire entendre la sous-dominante de ce ton.
Modulation d'ut majeur en fa majeur par le si bémol, sous-dominante de ce ton :
aJ—^
Pour moduler au relatif mineur du ton de la dominante, il faut faire entendre la note sensible et la sus-tonique de ce ton qui donne son altération constitutive.
Modulation d'ut majeur en mi mineur, par le ré dièse, note sensible, et le fa dièse, sus-tonique et allération constitutive de ce ton :
Pour moduler au relatif mineur du Ion de la sousdominante, il faut faire entendre la note sensible ou la sus-dominante de ce ton qui donne son altération constitutive.
Modulation d';(/ majeur en i-é mineur par l'ut dièse, note sensible, et le si bémol, sus-dominante et altération constitutive de ce ton :
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Dans la modulation aux tons voisins, la modulation la plus usitée est celle au ton de la dominante, parce que la résonance naturelle des corps sonores nous apprend qu'une note tonique produisant sa quinte harmonique, l'oreille est toute préparée à l'accepter comme tonique d'un nouveau ton. Pour cette raison, il existe une telle affinité entre une tonique et sa dominante, qu'elles se portent naturellement et presque impérieusement l'une vers l'autre.
Il est intéressant de présenter une observation relative à la modulation au ton de la dominante et à celui de la sous-dominante :
Quand on module au ton de la dominante, il faut hausser par une altération ascendante la sotts-dominante du ton que l'on quitte, laquelle devient la note sensible du ton dans lequel on module.
Au contraire, pour moduler au tonde la sous-dominantc, il faut baisser par une altération descendante la note sensible du ton que l'on quitte, laquelle devient alors la sous-dominante du ton dans lequel on module.
7. Modulation aux tons éloignés. — La modulation aux tons éloignés s'opère par divers procédés, dont les principaux sont : le changetnimt de mode; l'équivoque et l'enhai'monie.