‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 3)Chapitre 156 sur 330 · LA TRANSPOSITION · texte numérisé non relu

LA TRANSPOSITION

t. La transposition. Définition. — Lorsque nous avons étudié la tonalité, nous avons observé que toutes les différentes gammes reproduisaient identiquement la gamme modèle d'ut à divers degrés de hauteur.

Nous avons eu par là une première idée de ce qu'on appelle en musique: la transposition. En effet, toutes ces gammes, dans leurs tonalités variées, ne produisent autre chose que Vair appartenant à la gamme il'ut, entonné plus haut ou plus bas que le modèle, c'est-à-dire au delà de la place qu'il occupait primitivement.

De l'adverbe latin Irons, qui veut dire au delà, et du verbe ponerc, qui fait positum au supin et signifie pOfer, est né notre mot Iranspusition.

■2. Utilité de la transposition. — La transposition

consiste, en musique, à placer une composition musicale dans un autre ton que celui dans lequel elle est écrite, c'est-à-dire, selon le sens indiqué parl'étymologie latine, au delà du ton écrit, soit plus haut, soit l.ilus bas.

Toutes les voi.x n'ayant pas la même étendue de sous, il arrive que tel morceau convenable pour une voix contient des notes trop aiguës ou trop graves, dépassant la limite des notes pouvant être émises par uiie autre voi.x.

Le but principal de la transposition est de faciliter à n'importe quelle voi.K l'exécution d'une œuvre niu sicale conçue et écrite dans un autre diapason que le sien.

La transposition n'est pas seulement usitée dans

la nmsique vocale ; la musique instrumentale s'en approprie également le procédé ; ce qui permet à des instruments de différentes espèces d'exécuter des œuvres ayant primitivement été composées pour d'autres, n'ayant avec les premieis aucun rapport de forme ni de diapason.

La transposition est souvent utilisée, avec grand prolil, dans l'orchestration de certains morceaux composés spécialement pour un instrument solo.

Il arrive parfois que le ton dans lequel est écrit un solo instrumental ne saurait produire à l'orchestre certains effets d'expression, de coloris, de puissance sonore indispensables pour la bonne impression du morceau. On a donc recours à la transposition, afin de placer ce morceau dans un ton plus favorable et plus conforme aux exigences d'orchestre composé d'une quantité d'instruments variant entre eux de timbre, d'élendue et de propriétés.

Le giand compositeur français Hector Berlioz, dans sa belle orchestration pour orchestre symphonique de Vlnvitation à la Valse, composée pour le piano, par Weber, dans le ton de ré bémol, a transposé le morceau en ré naturel, beaucoup plus brillant et plus sonore à l'orchestre que le ton de ré bémol.

3. Deux manières de transposition. — La transposition s'opère de deux manières, d'où résultent la transposition en écrivant et la transposition en lisant.

Parlons d'abord de la première, la plus facile des deux.

4. Transposition en écrivant. — Pour transcrire une composition musicale dans un autre ton que celui dans lequel il est écrit, deux opérations sont nécessaires:

Qualification de la transposition. — 1° Quand on a fait le choix du ton dans lequel on veut tiansposer le morceau, on analyse exactement l'intervalle existant entre la tonique du premier ton et celle du ton dans lequel on transpose. Cet intervalle qualifie la transposition à opérer, et l'on dit que l'on transpose, soit, par exemple, à la seconde majeure, soit à la iiercc mineure, soit à tout autre intervalle.

On transporte alors, au moyen de l'écriture, les notes du morceau à l'intervalle voulu, de manière à obtenir, entre chacune des notes du morceau à transposer et du morceau transposé, le même intervalle que celui existant enti'e les deux toniques du morceau dans ses deux formes tonales.

La seconde opération consiste à modifier l'armature tonale du morceau à transposer en y écrivant les altérations constitutives appartenant au ton nouveau, après avoir préalablement supprimé celles du ton priniitif.

On modifie également les altéralions qui se présentent accidenlellemenl dans le courant du morceau, alin d'obtenir, entre tous les sons correspondants des deux tons, l'intervalle exigé par la transposition.

L'exemple suivant fera comprendre cette double opération :

On désire Iransposer une seconde majeure plus bas la mélodie suivante.

Mélodie à transposer :

toQ de Sol majeur

TECIIXinVE. ESTHÉTIQVE ET PÉDAGOCŒ '

Celte mélodie devra être transposée dans le ton de fa majeur, placé une seconde majeure au-dessous de celui de fui. A la place du fa (/((',<(.' indiqué à l'armature, on mettra le sj bémol appartenant au ton de fa majeur, et on écrira toutes les notes du preniiei' ton, une srronde majeure au-dessous.

iMéme mélodie transposée en fa majeur :

o. Le mode ne change pas dans la transposition

— Avant de passer à l'étude de la Iraufjiosilioii en Usant, il est utile de faire observerque dans la tiausposition, il n'y a que le ton primitif du morceau qui est changé; tandis que le mode reste toujours le même.

On observera encore qu'il n'y a pas de chan;ïpment de ton, quand on écrit ou exécute les notes une oclarc juste au-dessus ou au-dessous de l'écriture ; c'est plutôt un changement de diapason, de registre, qu'une transposition qui est opéré.

li. Transposition en lisant. — Dans la transposition en lisant, il faut exécuter le morceau à l'intervalle désiré, et dans le ton nouveau, sans modilier la notation par l'écriture; c'est un travail exclusivement mental, dans lequel, seuls, les yeux et la pensée doivent agir.

Pour obtenir ce résultat, les trois opérations suivantes doivent être elTectuées simultanément par la pensée.

Première opération. ■ — On remplace (mentalement) la clé écrite par une autre clé fictive, donnant aux notes écrites le nom nouveau qu'elles doiventporter dans le ton transposé.

Seconde opération. — On modifie (toujours menlalemenl) l'armature tonale et constitutive du morceau, en supprimant à la clé les altérations du ton primitif pour y placer (fictivement) les altérations constitutives appartenant au ton dans lequel on transpose.

Tnnsii'me opérai ion. — On analyse préalablement ■devant quelles notes et de quelle manière les altérations accidentelles qui se présenteront dansie courant ■du morceau et ne figurant pas à l'armature devront être modifiées.

Quelques développements accompagnés d'exemples feront comprendre le mécanisme de ces trois opérations mentales.

Première opération :

7. Changement de la clé. — Remplacement de la clé écrite par une clé supposée : Afin d'obtenir avec les noies écrites dans le ton primitif les noms nouveaux qu'elles doivent porter dans le ton transposé, on suppose par la pensée une autre clé que celle employée dans le premier ton. Cette nouvelle clé donne le nom des notes appartenant au ton transposé.

On sait, par ce qui a été dit dans la partie de cet ouvrage se rapportant aux clés, qu'une note occupant une position quelconque sur la portée peut recevoir tour à tour, au moyen d'une clé nouvelle, chacun des sept noms de notes. Il suffit donc, pour trouver la clé dont on doit faire usage, de chercher celle qui donne à la tonique du ton écrit le nom du ton dans lequel on désire transposer le morceau. Au moyen de cette

nouvelle clé, la tonique du ton primitif se Iransî'onne en tonique du ton transposé.

Quand, par exemple, un niorcoau écrit en cb^ de sol, en ut majeur, doit être transposé soit en rô, soit en ini, en fa, en .so/.eu la ou en si. on cherchera la clé donnant à la tonique ut du ton écrit le nom de la Ionique du ton choisi pour la Iransposition. C'est ce que démontrent les exenqiles suivants :

Ion rcrit

Si, par exemple, le morceau écrit dans le ton d'ut doit être transposé une seconde au-dessus, en ré, on suppose la clé d'ut troisième ligne h la place do la clé de sol, parce que, sans changer de position, la tonique ré occupera, en clé d'ut troisième, la même place sur la portée que la tonique ut du ton écrit en clé de sol. Il en serait de même pour les autres clés ;i. choisir pouvant convenir au ton dans lequel on transpose.

Ces clés ne seraient plus les mêmes si le modèle était lui-même écrit dans une autre clé que la clé de sol.

Supposons, par exemple, que le morceau en ut dont nous venons de parler soit pour le piano ou l'orgue; avec la clé de sol pour la main droile, on emploie la clé de fa quatrième a. la main gauche, i[ni exécute les sons graves. Il faudra donc supposer à la place de la clé do fa quatrième du ton écrit, la clé donnant le nom de la tonique du ton choisi pour la transposition, à Vut écrit en clé de fa quatrième dans le ton à transposer.

(ton écrit)

/• ■». *J^ tonique

Ré

Ml

Fa

La

ii:

Si

Si, par exemple, le morceau en ut doit être transposé en ré, on supposera la clé A'ut seconde Ihjne à la place de la clé de fa quatrième, parce que, sans changer de position, la tonique ré occupera, en clé d'ut seconde, la même position sur la portée que la tonique ut du ton primitif écrit en clé de fa quatrième.

La clé nécessaire à la transposition étant trouvée, on la substilue par la pensée à l'ancienne, pendant toute la durée du morceau, et on lit les notes comme si cette nouvelle clé figurait réellement à la place de l'aulre. Cette nouvelle clé fournit le nom des notes dans le ton transposé.

Il est toutefois convenu que les clés usitées pour une transposition à un intervalle quelconque ne fon que changer le nom des notes, sa^ns pour cela en déter miner le degré d'élévation (le diapason).

Quand on transpose à un intervalle quelconque, c'est le nom seul de la note formant cet intervalle, et non la qualification de l'intervalle qui indique la clé nécessaire pour la transposition, parce que, cette note ne changeant pas de nom, quelles que soient les allérations déterminant ces qualifications, la clé reste la même.

Si nous transposons, par exemple, un morceau écrit

ESr.yCLOPÈDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIONS' AIRE DU CO.X.sERVATOIHE

nii ut majeur une seco)idc an-dessus, la transposition .uira lieu dans le ton de ré, sans que nous ayons à nous occuper de la qualification de cette seconde, parce que le nom de la note formant intervalle de secimdc avec un ut reste toujours le même, bien que celte seconde soit mineure, majeure ou augmentée, et la clé doit également rester la même.

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