‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire (volume 3)Chapitre 167 sur 330 · SON EMPLOI. — SON HISTOIRE · texte numérisé non relu

SON EMPLOI. — SON HISTOIRE

a. De l'utilité du métronome. — Les locutions italiennes employées pour indiquer les différents mouvements ainsi que les dilférentes nuances sont un moyen ingénieux offert au compositeur pour communiquer sa pensée et ses intentions à ses interprètes. Cependant les artistes exécutants n'ont pas tous le même tempérament, le même goût ni le même caractère, ce qui fait que le même mouvement et la même nuance peuvent être interprétés de différentes ma-

nières, selon la laron de sentir, de comprendre de cliacun.

A celte considération sur la diversité des interprétations d'un même morceau, on peut en ajouter une autre sur l'application d'un même terme de mouvement a dillërents morceaux n'ayant entre eux aucune analogie de style, de couleur ni de facture.

Citons, par exemple, le mouvement atlcipo (vii| d'une sonate dans la mesure à quatre temps, quand le même mouvement peut être appliqué pareillement à une valse à trois temps ou à un caprice à Six-huit d'une essence toute dilTérente.

Citons encore le mouvement moderato (modéré), lequel peut être appliqué indifféremment à une composition triste ou à une composition gaie, à une œuvre sérieuse ou à une œuvre légère qui exigeront chacune une interpi-étation conforme aux sentiments qu'elles expriment. Ces sentiments étant lout à l'ait opposés, il est évident que le mouvemenl modéré de l'une ne devra pas ressembler au mouvement modère de l'autre. La manière d'interpréter un mouvement pouvant varier selon le sentiment personnel de chaque exécutant et encore selon le style propre de chaque espèce de composition, il en résulte qu'une œuvre musicale risque foit d'être souvent dénalurée et mal comprise.

C'est pour remédier à cet inconvénient qu'on inventa un petit instrument régulateur appelé métronome, qui fournit au compositeur le moyen de fixer d'une manière précise et mathématiquement déterminée, l'indication du mouvement senti et voulu par lui.

Avec les indications du métronome, le même mouvement sera interprété de la même manière par tous el partout, quels que soient le tempérament de chaque exécutant et le caractère particulier du morceau.

Échelle

du métronome

et division

de cette échelle.

Le métronome.

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Fig. I. — Métronome.

h. Description du métronome. — Le métronome (du grec métron, mesure, et nomos, loi, règle, règlemesure) est un petit instrument composé d'une boile

ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIOX.XAIHE DU COySEnVATOIRE

en forme de pyramide quadrangulaire contenant un balancier ou pendule en acier en forme de ligeallon. gée, lequel est mis en mouvement par un mécanisme intérieur d'horlogerie et dont les oscillations s'exécutent en formant un bruit sec et net comme une espèce de tic tac.

Derrière ce balancier est placée une bande blanche en forme d'échelle sur laquelle sont insciils, dans la longueur de l'instrument, plusieurs numéros dont le plus faible est 40 et le plus élevé 208. Le balancier est garni d'un petit poids mobile que l'on hausse ou que l'on baisse pour accélérer ou ralentir à volonté les oscillations. Plus le poids mobile est placé bas, plus les oscillations sont précipitées; au contraire, plus on le place vers le haut du balancier, plus les oscillations de ce balancier sont lentes. Les chilfres placés sur la bande blanche qui se trouve derrière le balancier indiquent le nombre d'oscillalions qu'il exécute dans une »u/u(/e. Ainsi, 44, 60, 120, etc., etc., indiquent que si le poids mobile fixé au balancier est placé vis-à-vis d'un de ces numéros, ce balancier donne 44, 60, 120 oscillations par minute perceptibles pour l'oreille par les coups de tic tac que produit chaque oscillation.

c. De l'emploi du métronome. — Pour marquer le mouvement d'un morceau, le compositeur inscrit en tête de ce morceau une ligure de note quelconque (blanche, noire, croche, etc.) à côté de laquelle il place un numéro du métronome. Entre la ligure de note et le numéro on met deux petites barres horizontales'. Exemple :

J = 160;cl =

ce qui veut dire : noire égale 160; blanche égale 54.

La figure de note inscrite a une durée égale à celle d'une oscillation du balancier. Le numéro inscrit indique la hauteur à laquelle le petit poids mobile doit êlre fixé, de manière à ce que le balancier exécute par minute le nombre d'oscillations déterminé par ce numéro.

L'exécutant, pour se conformer aux indications métronomiques du compositeur, fera glisser le poids mobile le long du balancier jusqu'au numéro indiqué et le fixera au niveau de ce numéro. L'espace de temps s'écoulant entre chaque oscillation du balancier donnera la durée exacte, dans une mesure, de la valeur de note indiquée par l'auteur. Ainsi l'indication métronomique suivante

indique que le poids mobile étant fixé vis-à-vis de ce numéro 30, chaque oscillation (ou tic tac) du balancier équivaudra à une noire et donnera la durée de cette noire dans la mesure.

Plusieurs exemples vont faire comprendre le mécanisme de l'instrument.

Premier exemple : \]n morceau dans la mesure à Trois-quatre a l'indication métronomique suivante :

On placera le poids mobile du balancier au niveau du numéro 120 placé sur l'échelle, et chaque oscillation indiquera la durée d'une noire dans une mesure

1. Plusieurs compositeurs inscrivent le numéro avant la figure île noie. Oucllc que ïoit la manière de |irocéder, le résultat est iilentiquemeut semblable.

à Trois-quatre, c'est-à-dire d'un temps de chaque mesure. Pour la durée entière d'une mesure à Troisquatre, il faudra donc trois oscillations du balancier.

Deuxième e.rem/>/f .•L'indication métronomique d'un morceau également en mesure à Trois-quatre, est ainsi inscrite :

Le poids mobile étant placé en face du numéro 100, chaque oscillation du balancier donnera la durée de la blanche pointée dans la mesure, c'est-à-dire que cette blanche pointée, qui vaut trois temps, prendra la durée absolue de chaque battement du balancier, lequel coriespondra à la durée de trois temps ou de la mesure entière.

Troisième exemple : Un morceau dans la mesiu'e à Six-huit a l'indication métronomique suivante :

= so.

Le poids mobile étant placé au niveau du numéro 80, chaque oscillation du balancier donnera la durée d'une croche, c'est-à-dire que pour la durée d'une mesure entière composée de six croches, il faudra six oscillations ou coups de tic tac.

Quatrième esemple : La même mesure à Six-huit ayant l'indication métronomique suivante

on placera le poids mobile en face du numéro 80, et chaque oscillation du balancier donnera la durée d'une noire pointée dans une mesure, c'est-à-dire que pour la durée d'une mesure entière contenant deux noires pointées, il faudra deux oscillations du balancier.

Cinquième exemple : Une mesure à Six-huit ayant l'indication raétrouomique suivante

d. = SO

on placera le poids mobile en face du numéro 80, et chaque oscillation du balancier donnera la durée d'une blanche pointée dans une mesure, c'est-à-dire que pour la durée d'une mesure entière contenant une blanche pointée, il faudra une seule oscillation. Un voit par ces diOérenls exemples que la valeur de note inscrite dans l'indication métronomique prend, dans une mesure, la durée d'une oscillation du balaticier, à laquelle elle correspond.

Première observation essentielle. J'ai déjà dit précédemment que la place occupée par le poids mobile sur le balancier déterrainaitle degré de vitesse ou de lenteur de ce balancier. Plus il est placé bas, plus les oscillations du balancier sont rapides; au contraire, plus il est fixé vers le haut, plus ces oscillations sont lentes. Les numéros du métronome se comptent de haut en bas, c'est-à-dire que le numéro le moins fort (n° 40) part d'en haut. Les numéros augmentent graduellement de valeur en allant de haut en bas.

Il ne faut pas croire que les numéros les plus faibles (ceux qui donnent les oscillations les plus lentes) ne servent à indiquer que les mouvements lents, et que les mouvements rapides ne sont exclusivement indiqués que par des numéros élevés. C'est la valeur lie note marquée par le compositeur qui détermine le mouvement par la durée qu'elle occupe dans une mesure ou, si l'on veul, par le nombre de temps ou de fractions de temps qu'elle occupe dans une mesure.

TËcu.viQUE. ESTm:riQrE et PÉnAcnaiE

PRINCIPES DE LA MUSIQUE :!2r,

Si une oscillation lente, représentée par un niiraéro plutôt faible que fort, correspond à un temps d'une mesure, le mouvement sera lent; mais si la même oscillalion lente correspond à deux temps d'une mesure, ce mouvement sera le double plus vile et par conséquent rapide. Au contraire, si une oscillation rapide, représentée par un numéro plutôt fort que faible correspond à un temps d'une mesure, le mouvement sera rapide; mais si la même oscillalinn rapide correspond ;\ une fraciion d'un temps d'une mesure, le mouvement sera plutôt lent que rapide.

Dcti.iièmc observation. II n'y a point de règle établie qui oblige le compositeur à employer une valeur de note plutôt qu'une autre dans l'indicalion métronomique du mouvement. Cependant, dans les mesures dont la noire simple ou pointée forme l'unité de temps, on emploie quelquefois la croche pour les mouvements larges, lents, soutenus (surtout dans les mesures composées); cette croche indique une fraction de temps, ainsi que [le battement du balancier du métronome auquel elle correspond et dont elle prend la durée.

Pour les mouvements modérés comme lenteur ou comme vitesse, on emploie généralement la noire dans les mesures simples et la noire pointée dans les mesures composées. Cette noire, qu'elle soit pointée ou non, représente un temps de la mesure. Enfin, pour les mouvements très rapides, on emploie souvent des blanches simples ou pointées selon l'espèce de la mesure. Ces blanches, ainsi que les battements du balancier dont elles prennent la durée, indiquent alors plusieurs temps de la mesure et quelquefois la mesure entière, comme cela a lieu dans les mesures .2,3 , . 6

Tout ce qui précède ne doit être appliqué qu'aux

mesures simples à 7, à -et à j, dont la noire occupe * 4 -t

un temps, et aus mesures composées a 5 , a - et a -r-

qui prennent une noire pointée comme unité de

temps. Dans les mesures simples moins usitées à—, à

ô et a .- , et les mesures composées a — a 7-r , a 77. 8 0 15 lo 10

qui y correspondent, c'est la croche pour les premières et la croche pointée pour les secondes qui forment l'unité de temps.

2,3 4 Enfin, dans les mesures simples à-, à -et à-, la

blanche occupe un temps et la blanche pointée forme

l'unité de temps dans leurs mesures composées cor-

respondantes : les mesures a^, a-ret a-;-, r 444

Il est bon d'observer que l'indication ninn^'ïgwe du métronome est toujours la même quelle que soit la valeur de note formant l'unité de temps d'une mesure.

Ainsi, par exemple, les indications métronomiques

suivantes : j = 100 pour la mesure à-, T^i: 100 pour

la mesure à g , 1= 100 pour la mesure à-, donneront un seul et semblable mouvement pour les trois mesures.

d. Plusieurs indications métronomiques pour un même terme de mouvement. — Les termes français

ou italiens employés pour désigner les dill'érentes variétés de lenteur et de vitesse n'indiquent pas un mouvement rigoureusement précise! invariable. Il y a plusioui's degrés de vitesse dans le mouvement vite ('tlU-t/ro), dans le mouvement assez vite ou moddri (nltenretto ou niodcrato), dans le mouvement très vite [presto ou prestissimo). Il y a également dans le mouvement lent (lento ou amlantr), dans le mouvement iiindérànent lent {anilantino), dans le mouvement très lent [liirgo ou adagio), plusieurs degrés de lenteur pour chacun pris séparément.

Chaque terme de mouvement indique donc un degré relatif et variable de vitesse ou de lenteur prenant sa manière d'être du caractère, du slyle, de la couleur, de l'espèce de mesure dans lesquels sont conçus ou écrits les morceaux de musique.

C'est ainsi que le même terme de mouvement peut avoir une indication métronomique dilVéreiite selon qu'il est appliqué à une composition vocale ou à une composition instrumentale et se trouve quelquefois avec un chiffre plus élevé dans la musique instrumentale.

Dans les mesures à deux temps, les chiffres métronomiques sont souvent plus élevés que dans les mesures à quatre temps, bien que le mouvement de ces deux espèces de mesures soit désigné par le même terme.

On pourra remarquer encore qu'une composition musicale contenant peu de notes dans chaque mesure, aura généralement un chiffre métronomique plus élevé qu'un morceau contenant une grande quantité de notes également dans chaque mesure, bien que le mouvement de ces deux morceaux soit indiqué par le même terme.

Il résulte de tout ce qui précède, que le même terme de mouvement (quel que soit ce mouvement) peut recevoir plusieurs indications métronomiques différentes. Ainsi, pour donner un exemple, nous trouvons dans la partition à'Hérodiad" de Massenet le mouvement Allegro moderato portant pour une

même mesure à - les indications métronomiques

suivantes :

J = 84,J= llfl,W = 120, * = 168,

ce qui établit plusieurs degrés de vitesse formant autant de mouvements différents, qui sont cependant désignés par le même terme : allegro moderato.

Dans la Sta<((e, opéra-comique de Iîkyer, le mouvement A/?e3?'o a les deux indications métronomiques suivantes, dont on remarquera l'écart important :

i° mesure a - J =116; 2" mesure à C J :^ 176.

Il serait facile de citer de nombreux exemples de ce genre, pour tous les mouvements, qu'ils soient lents, modérés ou vifs.

Dans son Traité de l'expression musicale, M. Mathis LussY fait observer, avec beaucoup de vérité, que l'on trouve fréquemment dans les dilférentes éditions des œuvres classiques pour le piano, lesquelles ne portaient point primitivement d'indications métronomiques, des évaluations de mouvements différentes pour la mêms composition musicale. Le tableau suivant en est un témoignage frappant. On y trouve dans quatre éditions de la Sonate pathétique de Beethoven des indications métronomiques variant dans chaque édition :

Édilion Moschelès.

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