SIÈGES, CUAISES ET COUSSINS
Sièges en frêne plein par mèlre carré 0,039
— par place 0,007
Sièges rembourrés, crin et cuir par mèlre carré. 1.10
— — par place 0,28
Coussins de crin, par place 0,21
226. — • iM. le dodeur Marage a fait à Paris une sériede recherches analogues à celles de M. Wallace Sabi.nb : mais il employait comme corps sonores des sirènes de forme spéciale donnant les voyelles OU, 0, A, É, 1.
Il a reconnu, d'abord, que la durée du son résiduel (qu'il appelle son de résonance] n'est pas la mèine en général pour les diverses voyelles, ce qui prouve
que, le son résiduel élail, au moins en partie, dû à la résonance et non pas seulement à la rétlexion. La dilléience peut être grande, puisque dans le grand ampliilhéàlie île laSorbonne vide d'auditeurs, la durée du son résiduel qni est de 2-8 pour l'O est seulement de t»8 pour l'I. Cependant, dans l'arrrphilliéàtre de physiologie de la Sorhonne, la durée est la même l'i pour toutes les voyelles.
D'autre part, M. Mabage a délerminé l'inllncnce prudiiitop.ir la présence des auditeurs et il a l'econnu, comme M. Saiu.ne, que la durée du son résiduel diminue quand les salles sont pleines, qu'elle peut êlre réduite de moitié el même davantage. Voici deux séries de résullats où (el t' re|irésenlenl en secondes les durées du son r'ésiduel, respectivement quand la salle est vide ou quand elle est pleine :
Grand amphilhéAtre i ( de la Sorbonne. ' /'
AmpliithéiUre
de physique
à la Sorbonne.
OU
227. — M. SiGu. Ex.NER, professeur de physiologie à l'Université de Vienne, a fait également une importante série de recherches sur les conditions de l'audition dans' les salles, et il a précisé certaines des indications fournies par M. Sabine, notamment sur la question de ce que ce dernier appelle le son résiduel. Mais la méthode de M. Exner nous parait devoir donner des résultats plus certains, car elle permet d'obtenir : 1" l'intensité du son direct; 2° la durée de l'écho (c'est-à-dire la durée du son r'ésiduel); 3° l'intensité de l'écho après un temps donné.
Voici le principe de la méthode : le son est produit par la détonation d'une capsule de fulminate de mercure, placée par exemple au point A où doit se trouver l'orateur, s'il s'agit d'une salle de cours. L'observaleur, placé en dehors de la salle, n'enlend pas le son produit qui est recueilli par un microphone M que l'on déplace à volonté; ce microphone est relié par des (ils à un téléphone T, et c'est par l'intermédiaire de cet appareil que l'observateur perçoit le son produit. 11 n'y a pas égalité d'intensité entre le son que l'observateur percevrait directement et celui que lui fait entendre le téléphone; mais il ne s'agit que de mesures comparatives, et si rien n'est changé dans le microphone, le téléphone et les lils qui les relient, à des sons produits égaux en intensité correspondront toujours des sensations sonores d'égale intensité pour l'observateur, et celte comiilion est suffisante pour permettre la comparaison.
Mais il n'en est plus ainsi, si l'on vient à modifier la résistance des fils conducteurs, c'est-à-dire leur longueur : plus celle-ci sera grande, et plus le son perçu au téléphone sera faible. Un appareil , appelé rhéostat l\, placé dans le circuit des lils conducteurs, permet de faire varier à volonté la résistance de ce cir'cuit; si celle-ci est sul'lisarament grande, l'iirtensité du son transmis par le téléphone est assez alfaihlie pour que l'observateur n'entende plus rien. On conçoit aisément que si le son produit augmente d'intensité, il faudra une résistance plus grande pour obtenir le silence du téléphone, de telle sorle que la mesure de cette résistance, qui est indiquée directement par le rhéostat, peut servir à évaluer comparativement l'intensité du son recueilli par le microphone.
S'il y a un écho, les ondes réfléchies parviendront
ENCVr.LOPÈDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIONyAlHE PU CONSERVATOIRB
également au microplione, et le téléphone fera entendre le son correspondant; à cet égard, les conditions sont les mêmes que si l'observateur élail placé à l'endroit où se trouve le microphone. Mais l'appareil est, disposé de manière à l'aire entendre à volonté le son direct seul, ou le son réiléchi seul.
A cetelfet, le circuit de lils qui relie le microphone au téléphone peut ^tre à volonté coupé, interrompu, ou, au contraire, rétahli dans sa continuité. Il va sans dire que le téléphone resie toujours muet si le circuit est coupé, et qu'il ne peut parler que si la continuité est rétablie. A loutons que ces changements sont obtenus automatiquement et à des inslants que l'on peut fi.ver au gré de l'observateur.
Voyons maintenant comment on utilise cet appareil que M. KxNEH appelle acoiistimètre .
Supposons d'abord qu'il s'agisse de déterminer l'intensité du son direct arrivant en un point donné Soit A la place occupée par l'orateur, c'est en ce point que l'on fera partir les capsules qui servent de corps sonore; le microphone M est transporté à côté de cette place. Le téléphone T est placé en dehors de la salle, et dans des conditions telles que l'observateur qui s'en servira ne puisse entendre directement le bruit produit par la détonation de la capsule; le rhéostat l{ est à portée de l'observateur qui peut ainsi faire varier à volonté la résistance du circuit. On fait détoner successivement un certain nombre de capsules; l'observateur augmente progressivement la résistance jusqu'à ce que le téléphone devienne muet; d'après M. Exner, on arrive généralement à ce résultat après un nombre d'essais variant de 7 à 10. On note la valeur de la résistance correspondante.
Le microphone M est alors transporté au point B, par exemple, où on veut déterminer l'intensité du son qire percevrait l'auditeur occupant cette place, et l'on recommence les e.xpériences de la même façon. On note la valeur de la résistance pour laqirelle le téléphone est muet, résistance qui est nécessairement moindre que celle obtenue précédenrment, car l'intensité du son arrivant en B est moindre que celle du son en A. La comparaison des résistances donne le rapport des intensités.
On coni'oit qu'il n'y a pas, pour celte recherche, à se préoccuper du son réiléchi, qui est toujours plus faible qrre le son direct et qui, par conséquent, ne sera plus perçu, alors que ce dernier sera encore entendu.
Il résulte des recherches faites par M. Exner dans diverses salles que l'alFaiblissement du son direct n'est pas considérable. Il a trorrvé que, en désignant par' 100 l'intensité drr son produit (c■e^t-à■dir■e du son recueilli par le microphorre placé à côte de A), l'intensité du sorr transmis à diverses distances jusqu'à t2"3 dépasse 99 en général; la plirs grande différence qu'il a observée correspond à une distance de S^a? (2= amphithéàtr-e de physiologie), l'irrtensité n'étant que de 9.t,;>.
La marche de l'expérience est dllféiente lorsqu'il s'agit d'évaluer la drrrée du sorr résiduel. Dans ce cas, le circuit n'est pas terme au moment de la détonation de la capsule, mais seulenrent quelques instarrts après, de telle sorte que le téléphone ne transmet pas le son direct à l'observateur; mais, si la fermeture du circuit a eu lieu tr'es peu de temps après la détonation, l'observateur entend le son résiduel On retarde alors progressivement la fermeture dir circurt, de telle sorte que le son résiduel est entenilu pendant un temps de plus en plus court; si etilirr,
cette fermeture est assez retardée pour qrre le son résiduel soit éleirrt, aircuri sou n'est plus entendu. Le temps qui s'est écoulé, depuis la délonation jusqir'à l'instant où celle exiinclion dir son dans le léléphone se produit, donne la durée dir son résiduel.
La plirs petite durée du son résidirej que M. Exnp.r ail observée a été de 0»,5H, la plus grande de 1»,63. Ces nombres sont moindres que ceu.K donrrés par .M.SABrNE [22;-)]; mais il esta rernarquerqne les salles étirdiées par ce dernier observateur étaient notablement plus grandes que celles où M. ExjNkr faisait ses recherches.
Reste enfin la détermination de l'intensité du son résiduel après irn temps donné, une seconde, par exemple. Poirr l'obtenir, l'expérience était disposée comme dans le premiercas;seulernent,le rirciiitélait interrompu au moment de la détonation et était rétabli automatiquement une seconde après ce moment, de telle sorte que l'observaleui' n'entendait pas le son dir-ect, mais seulement le sou résiduel, et cebrici seulement à partir de l'instant où le circuit était fermé. On 'aisait alors l'évaluation de l'intensité du son perçrr, par la manœure du rhéostat, comme nous l'avons indiqué plus haut.
On opérait naturellement d'irne manière analogue pour une autre durée, une demi-seconde, par exemple.
Les résultats obtenus par M. Exner sont très intéressants, car ils montrent l'importance que doivent avoir ces sons résiduels. C'est ainsi que, après une demi-seconde, l'intensité ne fut jamais moiridr'e que 58, l'intensité du son produit étant toujours 100; et, après une seconde, si dans certaines salles et pour certaines positions, linlensité du son était nulle, dans d'autres cas, elle n'était pas moindre que 75.
M. Exner, par ses expérierrces, a apporté une importante contribution à l'élude de l'acoustique des salles, en permettant de se lendre un compte exact de l'influence dessous réfléchis, intluence qu'on admettait bien, comme nous l'avons dit, mais que l'on ne savait pas évaluer.
228. — On dit que les défauts que peut présenter une salle au poiirl de vue de l'acoustique sont d'être confuse ou sourde.
^o^rs venons d'étudier en détail les causes qui rendent une salle confuse : ce sont les ondes rédé liies, et les sous de résonance ayarrt pour résultat de donner, pour chaque noie ou pour chaque syllabe émise, un son résiduel qui vient troubli^r la pureté de l'audilron de la note, de la syllabe sui^antr; les ondes réiléchies peuvent même donner des échos qui ont pour lésullal que chaque note ou chaque syllabe est errtendrie deux fois.
L'expression de salle sourde est difficile à définir avec quelque précision : s'il n'y a pas d'obstacle matériel entre le corps sonore et l'audileur, l'inlensilé du son sera tonjoirrs au iiroins égale à ce qu'elle serait en pleirr air' pour la mêrrre dislance ; mais c'est celle intensité qu'on peut juu'er insrrflisante,et la salle sera bonne, à ce point de vue, si l'intensité obtenue dépasse cette valeur.
Il y a deux moyens pratiques d'atteindre ce résultat, ainsi (|u"il résulte de ce qire nous avons indiqué précédemrrrent :
Le premier consiste à disposer des srrrfaces planes rigides, placées de maurère à ce que les n^fit-xions qui s'y prodrrisent n'amènent qu'un relard insigniliant dans l'action des ondes réiléchies sur celle des
TEr.n.vrçfE. EsniÈTinvE et pédagogie
oniles direcles : c'rsl l'ellel des abal-voix dont nous aTons parlé plus haut.
Touiel'ois, non seulement, ce moyen n'est pas loujouis facile à réaliser en pratique, mais son application peut amener des lésullats que l'on ne prévoyait pas. Il existe, en ell'et, dans la salle, d'autres parois, rigides, el il est possible qu'il se produise des réflexioEis multiples eutie ces parois et la surface que l'on aura introduite, de telle sorte qu'on auia prolongé la durée du son résiduel : on auia donc ainsi rendu la salle cou use.
L'autre moyen consiste à obtenirdes sons de résonance; c'est ce que les anciens taisaient, à ce que rapporte Vitruvk, en plaçant des vases d'airain sur les crtiés de la scène dans les théâtres. Seulement, là encore, il se présente l'inconvénient de prolonger la durée de la sensalion. Pour éviter la contusion des sons dans ces conditions, il faut que les sons émis ne se succèdent pas trop rapidement, ce qui est possible pouruii discours, pour unedéclamation, mais ne sauiail l'être pour la musique où les notes se succèdent avec rapidité. On ne saurait donc compter sur un semblable moyen.
I.e seul procédé qui serait salis'aisanl au point de Tue théoric|ue serait de construire une salle dontlns parois très réflécliissantes auraient la forme d'un paraboloide de révolution; l'orateur ou le chanteur devrait être placé au foyer même, et devrait émettre les sons en regardant du côté du sommet. De cette façon, les auditeurs ne recevraient que des sons pro Tenant d'ondes réfléchies et d'intensité accrue.
FiQ. 48.
Si nos souvenirs sont exacts, celle disposition a été, il y a longtemps, proposée par Ad. Sax; elle n'a jamais été réalisée à notre connaissance, ce qui se comprend, car cette forme n'est guère pratique. Il importe, d'ailleurs, de remarquer que les conditions Irèssalisfaisaites qu'elle devrait donner ne se manifesteraient que si le corps sonore était placé au fo.\er même, ou au moins, à une très petite distance; encore ne faudrait-il pas entre la dislance FB parcourue par le son direct pour un auditeur placé en B et le cheraiir Kl + IB parcouru par le son réfléchi, une trop grande dillérence.
229. — Les salles de musique, concert ou théâtre ne sont pas dans des conditions aussi simples que que celles nous veiiorrs de considérer : il n y a pas un seul corps sonore, chanteur ou instrumentiste, il y en plusieurs, il y en a même quelquefois un grand nombre qui sont répartis souveirt sur une assez grande étendue.
Quels effets doivent résulter de ces conditions'?
Il im|iorte, d'abord, de remarquer que ce que nous avons dit précédemment sirhsiste entièrement. 11 faut que, pour chaque exécutant pris isolément, les
conditions soient bonnes ; il est impossible que l'auditioii soit salisfaisante pour un ensemble d'exécrrtants si elle est mauvaise pour chacun d'eux, ou même pour qirelqires-irns d'entre eux.
Mais il est une ciniditron nouvelle, c'est qiredes sons émis au même instant pai' li>s divers exécutants soient entendus en miHne temps, sans quoi aucune attaqire ne parait nelle et l'rarrclre.
Il est évident qu'un airdileur n'entend un son émis qu'avec un certain retard, pirisque les ondes ne se propagerrt pas instant.inémenl : il est même facile, comme nous l'avons dit, de calcrrlerce retard quand On conruiU la distance du corps sonor e à l'observateuri en comptant un centième de seconde pour 3 m. 40 de distance. Mais ce qu'il faut, ce (|u'il l'audrail, c'est que ce retard fitt le même pour' tous les exécut;rnts, c'est-à-dire qu'il fairdrait qire loirs les exécutants fussent à la même dislance de rauditeur.
l'héoriquemenl, cela servait possible dans le cas d'rrn auditeur unique : il suflirait de disposer les exécrrlanls le long d'un arc de cercle dont l'ainlileur serait le centre. Mais le résirllal ne pourrait être atteint dans le cas de plusieurs auditeurs, car ceux-ci ne pourraient tous occuper exactement le centre de l'arc de cercle.
Il faut donc admettre que des sons émis simultanément par divers exécutants n'arriveront pas en meure temps aux oreilles des auditeurs; que, par exemple, darrs un opéra, les sons de l'orchestre parviendront avant ceux des solistes placés prés de la rampe, et que ces derniers seront enlenilus avarrt les sons émis par les chœurs, si ceux-ci sont au fond de la scène.
Si nous considérons, par exemple, un spectateur placé dans la salle en 0,, il entendra le son de l'instrument A de l'orchestr'e avant le son émis par le lénor B, et celui-ci avant le son émis par le choriste C, à la condition, bien errtendu, que ces trois sons soient émis simultanément ; et cela, parce que les ondes émises par le chanteur ont à parcoirrir un espace plus grand que celles émises par l instrument; le retard dépendra de la dilfér'ence des dislances, c'esl-à-dire de AB; rie même, le relard entre l'audition du son émis par le ténor el l'audition du son émis par le choriste dépendra de la ditférence des distances, c'est-à-dire de BC.
Il importe de remarquer que , si nous considérons d'autres speclateur's Oj, 0^, ils errterrdronl les sons plus tar'd que le spectateur 0,, car ils sont plus éloignés des corps sonores; mais les relards des soirs érrris par A, par B et par C (et c'esl là seulement ce qui intéresse au point de vue de l'elfet prnduili seront les mêmes quelles que soient les positions occupées par les spectateurs, car ces retards dépendent, non des dislances, mais des différences entre ces distances, drllérences qui sont toujours AB el BC.
230. — .\ous admettons que les divers exécutants, obéissant rigoureusemenl aux indications du chef d'orchestre, émettent les sons absolument au même instant; on pourrait se demander s'il en est bien exactement aiirsi ; car' l'exécutant placé en C ne doit
FiG. 43.
sns
ENCYCLOPÈniE DE LA MUSIQUE ET DiaTlONX.MRE DU COSSEnVATOIRE
voirie raouvementdu clield'orcliestreqn'aiirèsrexéciitant B, puisque la dislance que la lumière a à parcourir est plus grande pour C que pour H; mais, éianl donné la très grande vitesse de la propagatiou de la lumière, 3000U0 kilomètres par seconde, la durée correspondante au parcours BG est absolunienl négligeable; en admetlant que l.i distance BC atteigne lOO mètres, condition qui ne se présente que bien rarement, le temps que la lumière m'-tlrait à parcourir cet espace serait seulement de un trois-millionième de seconde.
On peut donc admettre que les sons sont émis au même moment.
Mais, par cela même, ils ne seront pas entendus au même instant, et toute augmentation de distance de 3 m. 40 amènera un retard de un centième de seconde.
Ces retards, s"ils sont perçus, produisent des elfets fâcheux ; pas de netteté dans l'attaque; tout accord paraîtra arpégé.
231. — Mais, là encore, il n'est pas nécessaire d'atteindre à une simidtanéité absolue de la perception de divers sons, parce que notre oreille ne nous fournit pas le moyen de constater cette simultanéité.
L'expérience a montré que les astronomes, dont l'oreille est très exercée à ce point de vue, confondenl, comme s'ils étaient simultanés, les battements de deux penilules entre lesquels il y a en réalité un intervalle de deux centièmes de seconde. Nous ne croyons pas que cette sensibilité soit jamais dépassée, et nous pensons que, pratiquement, lorsque nous entendons, comme c'est le cas dans une audition musicaJH, sans éauter attentivement, comme c'est le cas dans les observations astronomiques, cet intervalle doit être considérablement augmenté. Nous pensons que, pour cette valeur, on peut premlre un dixième de seconde, valeur peu dill'érente de l'intervalle de temps (un huitième de seconde) qui sépare deux triples croches dans un mouvement marqué 60 au mélrouome.
Pendant un dixième de seconde, le son parcourt 34 mètres; deux sons émis en des points dilîérents A et B paraîtront donc simultanés pour un auditeur 0 dont la différence des distance à ces deux points sera moindre que 34 mètres.
La condition la plus défavorable est celle dans laquelle les trois points A, B et 0 sont en ligne droile : la dilférence des chemins parcourus Bn et AO est AB, dislance des points oui les sons sont émis; c'est celte dislauce qui doit être moindre que 34 mètres.
Il en est bien rarement ainsi; par exemple, à l'Opéra de Paris, la scène ayant une profondeur de 25 mètres, les sous émis par les chanteurs situés prés du décor de l'ond en C et ceux émis par un instrument ((uelconqne de l'orchestre A au même instant doivent paraître simultanés pour un auditeur placé dans la salle.
Il va sans dire qu'il en serait tout autrement s'il y avait réflexion des sons, puisque, alors, l'audition de l'un des sons pourrait donner lieu à des sensations distinctes.
232. — Est-il possible d'améliorer une salle qui présente des échos qui iroublent l'ainlition? Il ne paraît pas douteux qu'on puisse y arriver en supprimant la réflexion des onilcs sonores qui est la cause
de ces échos. Pour cela, il faut connaître les surtaces sur lesquelles se produit la réflexion, puis modifier ces surfaces de manière à empèclier la production de ce phénomène.
Une étude très intéressante de ce genre a été l'aile pour la salle du Trocadéro par M. Lyon. Voici, en résumé, comment cette étude a été conduite :
Il fallait, d'abord, chercher eu quel point de la salle était entendu l'écho d'un son produit en un point déterminé de la scène.
Des essais préliminaires ont montré que, pour avoir des résultats nets, il lallait, comme on pouvait le prévoir, produire un son assez intense et bref; on reconnut que, à cet égard, une claquette en bois convenait très bien.
La scène fut divisée en un certain nombre de rectangles qui furent numérotés et reportés sur uu plan de la salle, de manière que, pour chaque expérience, on connût exactement l'endroit où le son avait été produit
D'autre part, une série d'observateurs occupaient à un même instant dans la salle des positions déterminées, qui étaient connues par le numéro des lau- 'euils qu'ils occupaient, et qui pouvaient également être reportées sur le plan de la salle.
Pour faire une détermination, un expérimentateur se plaçait dans un rectangle de la scène et Taisait fonctionner la claquette; il pouvait arriver que, pour les posilions occupées par les auditeurs, il n'y eût pas d'écho sensible; les auditeurs se déplaçaient alors jusqu'à ce que, dans de nouvelles positions, l'un d'eux entendit neltemenl un écho ; en général, cet écho était entendu, mais faiblement, par les auditeurs voisins. On notiiit la posilioii de l'auditeur pour laquelle l'écho était le plus manifeste. On reportait afors sur le plan les deux points qui se correspondaient ainsi.
On répélail la même opération pour toutes les posilions que le corps sonore pouvait occuper sur la scène, et l'on trouvait ainsi une série de couples de points se correspondant que l'on reportait également sur le plan.
Pour l'explication des opérations subséquentes, il surfit de considérer seulement un de ces couples, car' ces opérations furent reproduites de la même façon pour tous les couples.
Connaissant deux points tels que le son produit en l'un d'eux donnait un écho à l'autre, il s'agissait de déterminer sur quelle partie des parois de la salle se faisait la réilexion, c'est-à-dire qu'il s'agissait de trouver un point de ces parois tel que les dr-oites partant de ce point et aboutissant, d'une part au corps sonore, et, d'autre part, au point où l'écho avait été nettement entendu lissent des angles égaux avec la normale à la paroi. C'était, en somme, un problème de géométrie dont la solution élail facilitée, pai'ce que les surfaces constituées par les parfois ne sont pas des snilaces quelcoiu|ues, mais des surfaces de forme simple et connue. Nous ne nous arrêterons pas sur la méthode qui fut employée pour résoudre ce problème : une construction géométr-ique assez, simple donna avec une exactitude suffisante la posilion du point clierché, c'est-à-dire du point oii se faisait la réilexion. Malgré la simplicité relative, le travail fut considérafife, parce qu'il fallut répéter la construction géoméfrique pour tous les coujiles de points.
A l'aide d'un théodolite, appareil per-mettanl de mesurer des angles dans l'espace, il l'ut possilile de préciser les points de la paroi correspondant aux
TECH.VJQirE, ESTHÉTIQUE ET PÉDAGOGIE
ACOUSTIQUE MUSICALE soy
résultats foiiinis par l'épure fjfoinélrique, [lar exemple, en notant qu'il correspondait à telle partie d'un molif ornemental peint sur lu voi'>le Ce ponit tut repiirlé sur une photographie delà partie correspondanie de celle voiUe.
On corniaissait donc ainsi en quelle partie de la paroi se taisait la réHesion correspondant à l'écho observé par le couple de points considéré.
La question était résolue; on voidut cependant faire une vérilication expérimentale des résultats trouvés, et voici la disposiiion qui l'ut adoptée :
Une cabane aphone fut construite; elle aurait di^ être telle que le son produit à l'intérieur par la claquette en bois ne pflt être entemlu de l'extéiieirr; en réalité, celte condition ne put être remplie alisolirnient, mais les sons ainsi peirus diiectemeul étaient très faibles. Cette cabane pouvait être déplacée de manière à occuper à volonté un des rectarrgles dans lesquels on avait divisé la scène.
Deux ouvertures étaient pratiquées dans deux parois opposées de la cabane; à chacune de ces ouvertures, était adapté irn loirg tube, dont, par un dispositif qu'il est inutile de décrire, ou pouvait faire varier la direction à volonté; chacrm d'iux était relié aux bords de l'ouverture corresfiondante par une partie mobile, analof:ne aux soufflets des chambres noires, de mairière à permettre l'inclinaison dans toutes les directions. A l'intérieur de la cabane, un volet était placé devant chai|ire ouverture, de manière à irrtercepler à volonté le passage des rayons sonores par l'un oir l'airlie tube.
Pour taire une expériericede vérification, la cabane était placée en un point de la scérre, et un auditeur occupait dans la salle le point correspondant, déterminé comme nous l'avons dit précédemment. Un des tubes était alors dirigé vers cet auditeur et, par ce lutte, lorsque la claquette fonctionrrait, l'auditeur entendait le son direct; l'autre tube était dirigé vers le point de la voi"ite sur lequel l'épure géométrique avait indiqué que la réilexion devait se laire, point qui était repéré sur une photographie, comme nous l'avons dit; des dispositions simples permet talent de s'assurer que les tubes avaient bien la direction convenable.
Dans ces conditions, on fermait à l'aide du volet l'ouverture du tube diri;,'é vers l'auditeur, et l'on faisait tonctiormer la claquette; l'auditeur entendait le son de celle-ci, ce qui était la preuve que la réilexion se faisait au pomt irrdiqué, puisque le son ne pouvait parvenir directement à l'auditeur par suite de la direction donnée au tube.
Mais on compléta la vérification ainsi qu'il suit : l'ouverture du tube dirigé vers la vor^te restant ouverte, on démasqua celle du tube dirigé vers l'auditeur, et l'on proiluisit un son à l'aide de la claquette : l'auditeur entendit alors un écho, c'est-à-dire deux sons successifs, le premier-, par les rayons sonores directs, le second, par les rayons réfléchis, le relard de ce son étant d'autant plus grand que le chemin parcouru par ces derniers était plus considérable.
Enfin, si on déplaçait progressivement le tube dirigé vers la vorlte, l'écho s'atlaiblissait et d'autant plus que le déplacement était plus considérable. C'était donc bien au point indiqué que se faisait la réflexion.
En répétant les mêmes opérations pour tous les couples de points, on arriva à déterminer quelles étaient les parties des parois sur lesquelles se pro-
dirisaient des réllexions capables de donner naissance a des échos.
Il est clair que si l'on peut arriver à empêcher la réflexion de se produire, les échos dispaiaitront et la salle sera débar-rassée d'un défarrl qui la rend r'éellement impropr-e à des airditiorrs musicales. Il ne resterait plus qu'à étrrdier la questiorrs des résoirances possibles et à chercher les moyens de les amiuler, s'il en existe, poirr être assuré que la salle serait complètement satisfaisante.
233. — Une élude d'un autre genre était nécessaire poirr déterminer- les conditions capables d'empêcher la réfle.xion sur- une surl'ace résistante.
Les e.vpéi-iences devaient être faites naturellement en irn endroit oi'i il ne se produisait pas s|iontanément d'écho. Cette condition, plus difhcile a rencon- Irer- qu'on ne pourrait le croii-e, coudirisit M. Lyon à faire ce^te seconde partie de ses essais au Parc aux Princes.
L'installation était constituée par une cabane où l'on produisait le son; les vibrations produites à l'intérieur se transmettaierrt à l'esléiieur par- une ouverture pratiquée dans l'une des parois; celle-ci, qui avait d'abord été dressée verticalement, dirt être inclinée, parce qu'elle prodrrisait des i-éflexinns secondair-es nuisibles, l'incliuarson errt pour ellet de renvoyer les vibrations dans une direction ascendante, de telle sorte qu'elles ne pouvaierrt parvenir à l'obser-vaterrr.
En face de l'orrverture et à quelque distance, se trouvait la surface rétléchissaule : c'était un miroir de 2 mètres de diamètre a\ant une courbure de 50 mètres de lajon. Ce miroir- était disposé de marrière à prendre exactement les positions prgées nécessaires porrr que le son lût renvoyé exactement dans la direction orj se trouvait l'observateur chargé de corrsiater s'il y avait ou non réflexion des ondes sonores.
Dans ces conditions, lorsqu'uri son était produit dans la cabane, l'observateur entendait le son venant directement et, un instant après, l'écho, c'est-à-dire le son produit par les ondes qui avaient sulii la réilexion sur le miroi
Les expériences consistèrent à placer devant le miroir- des obstacles diver-s tels que cordes parallèles en diverses substances, réseairx a mailles de dimensions ditférenles, bandes d'étoiles parallèles ou croisées, étoffes couvrant entièrement la suriace du miroir.
Le résultat de ces essais fut que ces moyerrs affaiblissaient plus ou moins complètement l'écho, mais ne le faisaient pas alisolument disparaître. Pour atteindre ce dernier résiritat, il fallut employer une double épaisseur- de molleton, la première épaisseur étant placée à quelque distance du miroir- et la seconde à qrrelque distance de la première.
Les résultats olitenus sont foi-t importants, car ils montrent notamment que, pouraméliorer les conditions acoustiques du Trocadéro, il suftit de recouvrir d'une double épaisseur de molleton les parties des parois qui ont été reconnues nuisibles par la première série de recherches. Il faut espérer qire cette modificaliorr seraapporléearr Trocadéro, et si, comme il y a tout lien de l'espér-er, les résultats sont ceux qu'on en attend, on atteindra rrn double but : améliorer la salle du trocadéro et vérifier pratiiuement la méthode qui a été employée par M. Lyon et les résultats auxquels il esl arrivé.
ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQIE ET OfCTlOiVlVAIRE DU COVSEHV \T01RB
La première paiiie des expériences a d'ailleinsune grande importance, en mniiltant. que les réllesions sonores, qui peuvent f'Ire si ;;ênantes au pniul do vue de l'audition de la musi(|ue, se pioduisent bien en réalité coninie la llieorie le laisail prévoir lors de la construction des salles destinées à laiie enlendre à un nombreux puldic soit des orateurs, des acteurs, des chanteurs ou un orchestre; ou devra donc, à I avenir, tenir compte des indirations de la théorie, en doimanl aux surlaces qui limitent ces salles îles formes et diîS dimensions telles que les ondes sonores réfléchies ne puissent parvenir aux oieilles des auditeurs en ayant parcouru un chemin notablement plus long que les ondes directes.
CHAPlTIiE VII